LA CHEVALERIE, LA TABLE RONDE ET LE GRAAL




« Qu'est-ce que c'est, le Graal ? Vous savez pas vraiment ! Et moi non plus ! Et j'en ai rien à cirer ! Regardez-nous : y'en a pas deux qui ont le même âge, pas deux qui viennent du même endroit ! Des seigneurs, des chevaliers errants, des riches, des pauvres ! Mais, à la table ronde, pour la première fois dans toute l'histoire du peuple breton, nous cherchons tous la même chose : le Graal ! C'est le Graal qui fait de vous des chevaliers, des hommes civilisés, qui nous différencie des tribus barbares. Le Graal, c'est notre union. Le Graal, c'est notre grandeur. »
(Alexandre Astier, ArthurKaamelott)


G


« On voit bien que le guerrier des sociétés traditionnelles n'est pas un destructeur mais quelqu'un qui défend, si l'on veut, les droits de la lumière, les territoires du vent ; quelqu'un qui, par la beauté du geste, de la posture, par son cœur-courage, est un artiste solitaire, hautain, debout. »
(Jacqueline Kelen, L'éternel masculin)

Un véritable guerrier n'est pas belliqueux
Un véritable lutteur n'est pas violent.

(Lao-Tseu)

« Amor vuol fe' e dove fe' nonne amor non può »
« Amour veut foi et où il n'y a foi, amour ne peut »

« Dans la légende du Graal, se réalise un nouvel enrichissement du symbole du Soi, issu de la même matrice, qui vise justement à mettre un terme à la confrontation des opposés et à favoriser leur réconciliation. L'être humain sert de « vase » à cette fin, car les opposés ne peuvent s'unir que si la réconciliation s'est opérée dans l'individu. Celui-ci devient ainsi le réceptacle de la transformation du problème des opposés dans l'image de Dieu. Cette prise de conscience, chaque être humain représente un lieu de transformation et un vase au sein duquel Dieu vient à la conscience, nous conduit à la discussion du thème central de notre histoire, le Graal. »
(M.L. von Franz et E. Jung, La légende du Graal, La mission de Perceval)

« Wolfram d’Eschenbach a donné à celui qui cherche le Graal, au roi du Graal, le nom de Perceval qui signifie « Perce à travers » (Perça-vel : « perce bien »). Le mot provençal ancien : Trenca-vel veut dire la même chose : « tranche bien ». Wolfram d’Eschenbach a donc chanté le vicomte Raimond-Roger Trencavel de Carcassonne sous le nom de Perceval. »
(Otto Rahn, La cour de Lucifer)

« Le Don Quichote n'est pas une parodie des romans de chevalerie, contrairement à l'opinion admise. Le chevalier errant est un cabalier, celui qui connait la cabale, la langue des oiseaux ; il est aussi un pèlerin en quête. (...) L'araméen « Q'chot » signifie « vérité », ce qui nous renseigne quant à l'objet des pérégrinations du chevalier à la triste figure. »
« En grec, Âne se dit onos et l'anagramme de ce mot, noos, désigne l'esprit. Cet esprit, il est nécessaire de le capter, encore faut-il savoir quelle en est la source. La réponse tient dans le personnage de Dulcinée, la Dame...
« « Monseigneur, vous nous fatiguez avec votre Dulcinée, vous savez bien qu'elle n'existe pas, qu'elle est le produit de votre imagination !
« Il importe peu qu'elle existe, répondit le gentilhomme hors du monde, puisque je l'aime. » »
(R. Khaitzine, La langue des oiseaux, t.3)


« Qu'y a-t'il à l'intérieur du Graal ? À l'intérieur de soi ? Quelle vision d'éternité procure-t-il, au regard de quoi plus rien d'autre n'est important ? Car le Graal, on ne peut le saisir, seulement le refléter. Il est une invitation à l'alchimie intérieure, à la transfiguration. Un retour à cet âge d'or que Don Quichotte plus tard appelle de ses vœux. »




CODE D'HONNEUR de la Chevalerie Séculaire :
De toute sa Vie le Chevalier
n'aura jamais menti
jamais volé
jamais assassiné
qui que ce soit.

Aime et sers


Souvent l'homme vil appelle valeurs dépassées celles qui le dépassent : ainsi de l'honneur, de la bravoure, du sens de la justice et de la loyauté.

ORIGINE DE LA CHEVALERIE
Tous les excès amènent des réactions. A côté des révoltés, nous allons trouver les soumis ; à côté des infidèles, les fidèles.
Il existait des associations militantes, déjà connues des Latins, qui combattaient encore au Moyen Âge, sous les noms de Chevaliers Teutoniques, Rose-Croix, Porte-Glaives, Livoniens.
Rappelons rapidement les bases de l'ancien régime : Le régime social actuel est un dérivé lointain et une altération monstrueuse de l'ancien régime gynécocratique, qui donnait à la Femme, la direction spirituelle et morale de la Société.
Une Déesse-Mère régnait sur une petite tribu, qui, agrandie, devint une province, à laquelle souvent elle donnait son nom.
La Déesse Arduina donna son nom aux Ardennes.
Avant la conquête romaine, les Gaulois comptaient 22 Nations ou Matries, les Gallo-Kymris 17, les Belges 23.
C'est pour cela que les Nations (lieux où l'on est né) sont toujours représentées par une figure de femme.
La Déesse-Mère était la Providence (de providere, celle qui pourvoit) de ceux qui étaient groupés autour d'elle. Elle les instruisait, elle les pacifiait ; car c'est elle qui rendait la Justice.
Les hommes n'entreprenaient rien sans la consulter. Ils étaient ses fidèles et dévoués serviteurs. Ils étaient Féals, mot qui vient de Faée (fée) et a fait féodal (qui appartient à un fief).
Le Fief (domaine noble) donnait à la Dame des droits féodaux auxquels les Seigneurs participaient, sous condition de foi et hommage.
Les Seigneurs étaient rangés sous sa loi, qu'ils ne discutaient pas.
Ils étaient des hommes-liges, ce qui voulait dire légaux. On les disait légals et féals, c'est-à-dire loyaux et fidèles.
Elle leur donnait leur part de terre et eux payaient en travail une redevance, qui servait à l'entretien de la vie des femmes et des enfants de la collectivité, qui n'était pas à la charge de l'homme (1).
Le mot domaine vient de Domina (la Dame).
Le domaine de la Mère, qui est le lieu où les enfants avaient passé les jours heureux de leur enfance, s'appelait la Matrie.
C'est pour la défendre que les hommes s'armaient ; mais ils ne marchaient que sous les ordres de la Déesse-Mère.
Ce premier régime, qui attache l'homme à l'autorité morale de la Femme, fut l'origine de la féodalité (du mot latin fœdus, qui veut dire alliance). Ce régime, dans sa première forme, fut celui que des modernes ont appelé matriarcat ; il était basé sur le droit maternel (Jus naturale), qui est le droit réel, celui qui soutient la vraie morale et crée la Justice. On l'appela le droit civil (d'où civilité, politesse, attention, respect).
Mais la loi de la Femme fut renversée par la loi romaine, le vrai droit (divin) par le droit romain, qui créa le régime de la brutalité masculine et méprisa l'autorité morale dans la Déesse.
Rome mit la Patrie à la place de la Matrie, mais on a toujours continué à dire la Mère-Patrie. La nation gauloise conquise s'accoutuma au gouvernement barbare des empereurs romains, qui la soumirent à des déprédations et à toutes les violences du régime du bon plaisir de l'homme ; mais elle est restée une Nation (lieu où l'on a reçu le jour) ; elle n'est pas une Patrie (lieu où le père est né). Les Gaulois portaient sur la poitrine un collier, qui était le signe de leur alliance avec la Déesse-Mère de leur fief, et la haine était si grande entre les partisans de la force et les défenseurs du droit, que les Romains leur arrachaient brutalement leur collier et leur faisaient honte de se soumettre à la domination des femmes.
Après le départ des Romains, la Gaule fut envahie par des barbares, qui y apportèrent un nouveau ferment de révolte masculine.
C'est ainsi que l'on vit apparaître les Francs, puis les Souabes, les Saxons, les Bavarois, les Slaves, et que disparurent les anciens noms du pays.
Les Germains avaient gardé l'esprit des tribus matriarcales.
Chez eux, la famille compte plus que l'individu ; la tribu se range sous une autorité gynécocratique souveraine, qui la guide et la protège, et à qui elle remet le soin de sa destinée ; ils ont le respect des supérieurs (les grands), la soumission à leurs ordres et l'esprit de vasselage.
C'est chez les Germains (La Germanie comprend les Flandres et la Hollande) que l'on vit paraître les Frères Hospitaliers de Marie, plus connus sous le nom de Chevaliers Teutoniques.
C'est chez eux qu'apparaît la Chevalerie. Marc'h signifie cheval dans l'ancien celte. De ce mot on fera Marc (monnaie) ; mais on en fera aussi Marquis, l'homme de marque, celui qui marque bien.
Le féal chevalier sera le vassal de la Dame-Fée. Il sera féal, ce qui indique la foi et l'hommage que le vassal doit à son suzerain.
L'homme-lige, celui qui est lié par un lien moral, promet à sa Dame toute fidélité contre qui que ce soit sans restriction.

(1) Organisation du travail 
Quelques mots sur l'histoire de la propriété foncière, pour montrer que les biens nationaux ne sont légitimes que quand ils appartiennent à la Matrie.
Avant l'organisation matriarcale, les hommes erraient d'un lieu à l'autre, étrangers au sol qu'ils occupaient.
Les Déesses-Mères, en organisant le travail, divisèrent le sol et le délimitèrent pour les travaux agricoles. Elles donnèrent aux hommes la part de terre qu'ils avaient à cultiver. De là vint le mot « tenancier », qu'on retrouve dans le vieux mot latin « tenere » (tenir ; celui qui a).
Mais le tenancier devait donner une part de ses produits à la Mère, à l'organisatrice, dont le rôle moral, maternel, éducateur, n'était pas producteur des biens matériels nécessaires à la vie. Il fallait donc que l'homme travaillât pour elle et pour les enfants de la collectivité. Il faisait cinq parts du produit de sa terre, en gardant quatre et donnant la cinquième à sa Maîtresse. Le travail que représentent ces quatre parts a eu des appellations restées dans les langues. Ainsi, « arbé », dans les langues celtiques, veut dire quatre. De là s'est formé « arbeit » qui, en celtique, signifie « travailler » (en allemand « arbeiten »).
« Arabe » est le nom donné à ceux qui étaient soumis à cette redevance (« arba’a » : quatre en arabe).
Arabe ne serait pas un nom de peuple, mais un nom générique désignant celui qui travaille la terre. « Arare » veut dire labourer.
Les Bretons étaient quelquefois appelés « arbi » (hébreu, heber, arabe), « ceux qui travaillent ».
Chez les Celtes, où « Vyer » signifie quatre, la grange dans laquelle se gardaient ces quatre parts fut appelée « Vyer heim » (« vyer », quatre, « heim », demeure), d'où nous avons fait « ferme ».
Le souvenir du cinquième lot payé à la Maîtresse laisse également des traces dans le mot « five », qui signifie cinq et dont on fait « fief ».
Une ferme s'appela « quinta » chez les Ibères. Le grec « pente », cinq, forma le latin « penaere » , « payer l'impôt ».
Et, si nous poussons plus loin, nous trouvons que, dans la langue géorgienne, cinq se dit « chuth », qui n'est que le « schot » celtique, tribut. En Corée, cinq se dit « tasel », désignant par son nom même la taxe imposée au tenancier.
La personne à qui était payé l'impôt s'appelait « Fron » (« Frau », Dame). La terre de son obédience prit le nom de « Fron-terre », dont nous avons fait frontière. L'homme tenancier se fixa sur le sol où il errait auparavant sans s'y intéresser. A partir de ce moment, il contracta des habitudes de permanence, et cela eut un retentissement sur sa vie morale ; ses affections passagères devinrent plus durables quand il demeura dans un même lieu. Mais ce fut aussi le commencement de l'idée de propriété foncière, qui devait avoir un si triste avenir à cause de l'exagération que l'homme met dans tout ce qu'il fait, et à cause aussi de ce manque de jugement qui l'empêche d'apercevoir les causes naturelles des choses, surtout du Droit des Femmes, ce privilège donné à l'autre sexe et dont il ne comprend pas le motif. C'est ainsi qu'avec le temps les hommes commencèrent à trouver bien lourde leur sujétion. Ils travaillaient sur un sol dont ils n'héritaient pas (la fille seule héritait). On vit alors des hommes, plus audacieux que les autres, s'attacher à la Maîtresse et prétendre partager avec elle la redevance des tenanciers.
Alors le cinquième donné fut divisé, et chacune de ses deux moitiés devint un dixième (la Dîme).
C'est ainsi que Joseph, à la cour de Pharaon, régla la taxe du peuple (Genèse, XLI, 24).
Théophile Cailleux dit : « Le cinquième se dédoubla dans la suite, par la séparation des pouvoirs (civil et religieux), ce qui produisit la Dîme. »
Par « civil », il faut entendre le pouvoir masculin, et par « religieux », le pouvoir féminin.
C’est le commencement du partage de l'autorité entre l'Homme et la Femme.
Par toute la terre, nous trouvons la même organisation.
Chez les hindous, la loi divine de Manou (Manou signifie Mère) attribuait à la Déesse-Mère le sixième du revenu. Darius instaura en Perse cette redevance, mais dans des conditions de gouvernement masculin qui font de la Maîtresse un Maître. Quelle différence entre le Maître et la Maîtresse, entre la douceur dans l'assujettissement naturel de l'homme à la Femme et l'assujettissement forcé d'un homme sous le joug brutal d'un autre homme !
Le servage est issu de cet esclavage illégal, imposé par l'homme vainqueur à l'homme plus faible qui, ayant été dépossédé de ses droits de propriété par la force, est obligé de se soumettre à un Maître de terre, un Maître terrien, et se trouve forcé de lui consacrer une partie de son travail, comme l'homme des anciens temps gynécocratiques la consacrait à la Mère commune de la Tribu.
C'est encore ici l'imitation d'une loi légitime devenue illégitime par le changement des sexes.
L’homme doit le produit de son travail à la Femme parce qu'elle est d'une autre nature que lui et parce qu'elle est la Mère qui a enfanté l'humanité, il ne doit rien à un autre homme qui peut travailler comme il travaille.
L'obéissance de l'homme à la Femme est une vertu. L'obéissance de l'homme à un autre homme est une bassesse.
Celui qui, dans l'antiquité, cherchait à se libérer de l'autorité maternelle était flétri, et le mot « libertin » indique le sens de cette flétrissure.
Les principes qu'on inculquait à l'enfant lui donnaient le respect de l'autorité maternelle, il savait que sa soumission l'ennoblissait.
Le jeune homme était encore le dévoué serviteur de la Dame, et il en était récompensé par des marques d'approbation que sa conscience demandait, par des signes de tendresse que son cœur désirait. Cela mettait dans sa vie l'immense satisfaction du Bien réalisé, en même temps que cela le mettait à l'abri des soucis de la vie matérielle, la Dame pourvoyant à tout, et c'est pour cela qu'elle est la « Providence ». L'homme tenait tout de cette sécurité providentielle.
L'ancienne organisation matriarcale régnait partout, elle avait établi une autorité morale, religieuse et législative, invincible comme tout ce qui est basé sur les lois de la Nature.
« Chaque peuplade avait sa Grande Prêtresse, dit Edouard Grimard ; ces femmes jouaient un rôle plus ou moins semblable à la fameuse Voluspa des Scandinaves, qui, avec une autorité que nul n'eut osé lui contester, dirigeait tout un Collège de Druidesses. Et, tandis que l'homme tremblait devant les manifestations d'un monde inconnu, les femmes, plus hardies, exaltées par leur enthousiasme, prophétisaient sous certains arbres centenaires, considérés comme sacrés. » (Cité dans Les Bibles de Leblois.)
« Chez les Celtes, dit Fabre d'Olivet, les Femmes du suprême sacerdoce exercèrent la première Théocratie. Un Collège de Femmes était chargé de tout régler dans le culte et dans le gouvernement. Les lois données par les Femmes étaient toutes reçues comme des inspirations divines.
« A la tête de chaque Collège de Femmes, car il y en avait dans toutes les contrées, était une Druidesse qui présidait le culte et rendait des oracles ; on la consultait dans les affaires particulières, comme on consultait la Voluspa dans les affaires générales. Leur autorité était très étendue. Leur nom vient de Drud, qui veut dire puissance directrice de laquelle dépendent toutes les autres. Les Druides, que l'on voit à côté des Druidesses, ne faisaient rien, sans prendre leurs avis. Le peuple recevait avec le plus grand respect les ordres et l'enseignement de ces prêtresses, qui exerçaient le pouvoir législatif, mais confiaient à l'homme le pouvoir exécutif. C'est ainsi que la Voluspa nommait un Kank (ou Kang ou King), qui signifia plus tard « roi », qu'on regardait comme le délégué de la Déesse institué par Elle, par sa faveur divine. Et le peuple se soumettait sans aucune hésitation à ce chef qu'elle avait nommé et qui était, autant pontife que roi. »
A cette époque primitive remonte la formation de la langue ; la création de la poésie et de la musique qui étaient appelées « la langue divine ». On dira plus tard « la langue des Dieux » quand on mettra des Dieux à la place des Déesses, mais, à l'origine, les Dieux ne sont pas nés.
« Tel avait été le décret divin que l'homme recevant ses premières impulsions de la Femme tiendrait de l'amour ses premiers développements », dit encore Fabre d'Olivet..

LES HOMMES LIBRES
Le droit romain avait semé un vent de révolte qui s'était étendu sur toute l'Europe et avait créé dans L'esprit des hommes un turbulent désir d'affranchissement de toute autorité morale, spirituelle et maternelle.
Du reste, le jurisconsulte Ulpien, qui traduit bien l'opinion des hommes à l'égard des femmes, nie le droit naturel inhérent à la féminité et représenté par l'autorité maternelle.
Il écrit : « Pas de droit naturel, tous les hommes naissent libres ; la servitude, qui soumet l'homme à la domination d'autrui, est contre nature. »
Oui, les hommes naissent égaux, mais les sexes sont différents, et ce qui est contre nature, c'est que l'homme se soumette à la domination d'un autre homme, au lieu de se soumettre à la domination spirituelle et morale de sa Mère ou d'une autre femme qui la représente.
C'est l'Église Catholique qui devait mettre dans son dogme ce principe impie en confondant les sexes dans une égalité qui n'existe pas et qui supprime toutes les prérogatives du sexe féminin. C'est elle qui va faire l'homme et la femme égaux dans le péché, donnant à l'homme le péché véniel (de Vénus) et à la femme le péché mortel de l'homme ; ce qui ne l'empêche pas de proclamer l'homme-Dieu.
Honorius II ou Honorius III, on ne sait au juste lequel (c'était peut-être même Cadulus, évêque de Parme, antipape), dit que « le chef de l'Église a été instauré chef des Enfers, de par la volonté de Jésus (le Christ) annonçant à Satan : Tu ne serviras qu'un seul maître (l'homme).
« Si tu ne te conformes pas à la bulle qui exige qu'on observe ses secrets inviolablement, Satan te possédera, tandis que tu dois le posséder et le tenir. Ne faut-il pas connaître la voie souterraine par où descendre à l'Enfer afin de mieux clore le soupirail du Tartare ? Appelle le Diable par l'audace, de peur que, sans être attendu, il ne t'assiège par la crainte. Archidémon, tu serviras. »
Faut-il s'étonner, après cela, d'apprendre que les femmes étaient si malheureuses dans les premiers siècles du Catholicisme, qu'elles pleuraient à la naissance d'une fille et souvent les enterraient vivantes ? Mahomet le leur reproche dans le Coran.
Du reste, c'est le siècle où, au Concile de Mâcon, en 581 ou 585, un évêque posa sérieusement la question de savoir si la femme avait une âme. Après de longs débats, le Concile voulut bien lui en accorder une.
Donc, l'ironie masculine prend une forme nouvelle. C'est la femme qui représente l'homme dégénéré dans la folie sexuelle, celui qu'on représentait sous la figure du singe : les « cagots » du Moyen Âge, les démons à queue. C'est depuis cette époque que les dévots sont appelés cagots.

LE TEMPS DE LA CHEVALERIE (XIIème siècle)
La Chevalerie, qui emprunte son rituel aux anciens Mystères, est une forme nouvelle de l'ancienne religion. Son origine est obscure.
Quelques auteurs la font dériver d'un Ordre équestre de Rome. Déjà les équités (les chevaliers) formaient l'élite de la société gauloise (d'où équité).
D'autres la font remonter à des tribus qui, sous le nom de Normands, ont envahi au IXe siècle l'Europe méridionale. Pinkerton, Mallet et Percy attribuent l'origine de la Chevalerie aux Scandinaves.
Cette institution possédait un cérémonial très compliqué et très symbolique. Comme les anciennes sociétés secrètes, elle avait trois degrés :
Le Page (qui correspond à l'Apprenti Maçon) ;
L'Écuyer (qui correspond au Compagnon) ;
Le Chevalier (qui est le Maître).
L'éducation du Page était faite avec le plus grand soin. Il était confié à la garde d'une haute et noble Dame, qui lui enseignait tous les devoirs de déférence qu'il devait remplir envers la Femme.
On lui expliquait ce qu'est l'honneur et pourquoi le respect de la Femme est son premier devoir.
A 14 ans, il était mené à l'autel où on lui donnait solennellement une épée, attachée à un baudrier porté de l'épaule droite au côté gauche, et qui devait lui servir à protéger la Dame outragée, dont il devenait le défenseur.
Par cette cérémonie, il passait au grade d'Écuyer. A partir de ce moment, il était attaché à la personne d'un chevalier qui lui indiquait tous ses devoirs.
Il faisait un stage dans ce grade, et, s'il en était jugé digne, était armé Chevalier (3ème degré). Alors, on lui enseignait les mystères et les symboles de l'Ordre.
Il jurait de courir au secours de l'opprimé, de sacrifier sa vie pour l'honneur et pour la défense des mystères de l'Ordre.
La lame à deux tranchants de l'épée lui rappelait qu'il devait défendre la Justice et l'Ordre de la Chevalerie, et ne se battre jamais que pour le maintien de ces deux piliers du Temple de l'honneur.
La lame représentait la Vérité, parce qu'elle est droite comme celle-ci.
La cotte de mailles était le symbole de la forteresse élevée contre le vice. De même que les châteaux sont entourés de murs et de fossés, la cotte de mailles est Fermée de toutes parts. Elle protège le chevalier contre les mauvaises passions. Le bouclier qu'il place entre son corps et l'ennemi devait lui rappeler que le chevalier lui-même est un bouclier interposé entre la Dame qu'il doit protéger et l'ennemi qui l'outrage : c'est ainsi qu'on lui enseignait qu'il devait être la sauvegarde de sa paix et de sa tranquillité.
Après sa réception, le Chevalier était exhibé en grande pompe. Un banquet suivi de largesses et d'aumônes terminait les cérémonies. Les Chevaliers possédaient des signes et des mots sacrés pour se reconnaître entre eux et empêcher les usurpateurs de prendre leurs titres. Ils étaient unis par des croyances Communes, par des mystères qu'ils ne pouvaient révéler.
Tous les vieux romans sont remplis d'allusions à ces mystères. L'Ordre de la Chevalerie fut une réaction contre la brutalité des mœurs régnantes. Tout parfait gentilhomme se déclarait protecteur de l'innocence opprimée, défenseur du faible ; il s'honorait de rendre hommage aux Dames et de se dire leur serviteur. L'humanité, l'amour, la justice étaient les qualités distinctives des chevaliers.
Ils étaient preux (de probus, probe), c'est-à-dire ennemis du mensonge, et braves, c'est-à-dire ennemis de la lâcheté. Ces qualités étaient l'antithèse du mensonge religieux et de la lâcheté des Pères de l'Église, qui avaient outragé la Femme.
Chateaubriand dit : « Au moyen âge, le langage n'était rien, parce que la foi était tout. La religion avait condamné la galanterie, on devint galant ; elle avait condamné les lettres et les sciences, on rechercha les lettres et les sciences qu'elle avait représentées comme une invention du génie infernal qui éloignait du salut. »
Les chevaliers, en se vouant à l'honneur et à l'amour, firent une vertu de ce qui avait été pour l'Église un péché. Les poètes créèrent un genre littéraire qui éloignait des livres religieux. On renouvela la Théogonie, que le Catholicisme avait renversée, les anciens Mystères qu'il avait anathématisés.
L'amour des chevaliers fut chanté par les Troubadours (1), il inspira les artistes, réveilla l'esprit philosophique tombé en discrédit ; on s'élança dans les nouvelles carrières des lettres, des arts, des sciences. Ce fut une aurore nouvelle qui remplit les esprits d'un enthousiasme inattendu devant lequel l'Église dut se taire ; elle dut accepter, reconnaître et même consacrer la Chevalerie. Le stimulant de tout cela ? La Femme.
C'est à Elle que le poète, l'artiste, demandent la récompense de l'effort produit ; Elle redevient Déesse, Elle redevient Juge et remet les choses à leur place, l'honneur en haut, la bassesse en bas.
C'est sous cette impulsion féminine que la Chevalerie adoucit l'esclavage, changea les mœurs, fit germer des vertus aimables depuis longtemps abandonnées, forma les caractères, réprima la fougue des passions, inspira le respect de la Vérité, l'attachement au devoir, l'exactitude à tenir sa parole. La guerre devint moins féroce, la violence et l'oppression diminuèrent. La génération nouvelle prit pour idéal l'honneur.
La Chevalerie fleurit principalement en Espagne. Ce fut là surtout que parurent les chevaliers errants, dont le plus célèbre fut don Rodriguez, surnommé le Cid. Il y avait alors en Espagne une vingtaine de rois indépendants les uns des autres ; les chevaliers errants allaient à cheval, armés de toutes pièces et suivis de quelques écuyers, offrir leurs services à celui qui se trouvait disposé à les mieux payer.
La poésie à Madrid fut chevaleresque et galante.
De ces deux mots : Madrid-Gala, on fit Madrigal. Rappelons que Madrid vient de Madre-Isis (Mère Isis) et se prononce encore Madris.
Madrid donna longtemps le ton à l'Europe. Le théâtre espagnol, qui allait bientôt naître, sera imité par les Français.
Au XVIème siècle, l'espagnol se parlait dans toutes les capitales, comme aujourd'hui le français.
(1) « Dans toutes les représentations alchimiques, et même symboliques au sens le plus large, le vert est la couleur du secret, de la connaissance cachée, de l'envers des choses : facile à retenir, l'envers est ce qui est en vert ! La langue des oiseaux se régale des multiples homophonies de cette couleur : dans le vert on entend aussi le verre, qui symbolise la transparence, puisque la lumière passe « à tra-vert ». Tendez l'oreille : c'est la couleur du verbe, de la vertu et de la vérité. Ce qui est tout vert est ce qui est ouvert, c'est à dire l'inverse du verrou.
« C'est la langue verte et fleurie des troubadours... et des trouvères, les biens nommés, qui excellaient dans l'art des messages codés. » (P. Burensteinas, Un alchimiste raconte)

LA DAME
« Au temps de la féodalité, on ne donnait le nom de Dame qu'à la femme noble et aux châtelaines non mariées. La Dame avait alors son écu, sa bannière, ses pages et son écuyer ; elle recevait l'hommage de ses vassaux, et elle avait la première place à l'église. On attachait alors une grande idée de respect au titre de Dame. Les reines elles-mêmes s'honoraient de le porter. Au temps de la Chevalerie, tout chevalier faisait choix d'une Dame à laquelle il consacrait tous ses soins et rapportait la gloire de ses exploits, et dont il portait les couleurs.
« Plus tard, le titre de Dame ne fut plus qu'un titre banal, donné à toute femme mariée. La Dame de carreau était celle qui occupait la première place dans l'église, où elle avait droit de se faire donner un carreau de velours et de faire porter la queue de sa robe. »(Dictionnaire illustré de Décembre-Alonnier.)

QUELQUES MOTS SUR LE XIIIème SIÈCLE QUI COMMENCE ET SES CONSÉQUENCES
L'histoire, si pauvre pendant les siècles qui viennent de s'écouler, se trouve maintenant en face d'une multitude de faits. Les uns annoncent un réveil de l'esprit, un retour à la raison, les autres une progression terrible dans le mal.
On trouve maintenant quelques noms célèbres à citer dans la philosophie, dans les arts, dans les lettres.
C'est le siècle de Philippe-Auguste, et c'est aussi celui de saint Louis (1). L'architecture se développe et atteint tout de suite une hauteur prodigieuse ; elle nous en laisse une preuve dans Notre-Dame de Paris et la Sainte Chapelle.
Les troubadours commencent la poésie, Joinville et Villehardouin commencent la prose. Enfin, comme le dit Victor Cousin, le XIIIème siècle est notre grand siècle en attendant le XVIIème.
A quoi attribuer ce commencement de renaissance ?
A l'institution de la Chevalerie, inaugurée au siècle précédent, et qui a déjà porté ses fruits, qui a relevé l'esprit masculin en reconstituant sous une forme nouvelle le culte de la Femme.
Louis XI, en 1475, institua l'Angélus tel qu'il est maintenant. Avant lui, on ne récitait l'Ave Maria que le soir ; il rendit une ordonnance ainsi conçue : « Il est ordonné à tous Français, chevaliers, hommes d'armes et manants, de se mettre à deux genoux au coup de midi, et de faire une prière à Notre-Dame pour obtenir bonne paix. »
L'ordonnance fut exécutée avec exactitude. Personne n'avait l'idée de se révolter contre le culte de la Femme. Mais ceci prouve qu'il faut qu'il soit imposé par le bras séculier, c'est-à-dire le bras de l'homme qui ordonne.
Dans le XVème siècle, il n'y avait pas au coup de l'Angelus, dans les maisons, dans les rues, dans les champs et sur les chemins, un Français qui ne se prosternât pour saluer Marie.
On connaît la dévotion de Louis XI. En 1478, il détacha de l'Artois le comté de Boulogne et le transporta à Marie qu'il déclara comtesse du Boulonnais. A titre de redevance féodale, il déposa sur son autel un cœur d'or du poids de 13 marcs, et promit que ses successeurs au trône seraient astreints à renouveler l'hommage et l'offrande à la Vierge suzeraine.
On sait que ce prince cruel ne portait d'autres ornements dans ses audiences solennelles qu'une petite Notre-Dame en plomb à son feutre royal. Il avait coutume de dire qu'il faisait plus de cas de ce petit morceau de plomb que de tout l'or de son royaume.
Il mourut un samedi, comme il l'avait désiré, agenouillé devant sa petite Vierge, et voulut être enterré à Notre-Dame de Cléry.
(1) Confrérie de la Paix ou des Chaperons blancs : Sous Philippe-Auguste, une confrérie dite de la Paix, ou des Chaperons blancs, se forma au Puy-en-Velay, dans un des anciens sanctuaires celtiques de l'antique Vierge noire honorée du temps des Druides. Chaque année, en souvenir des anciens bardes, de grands concours poétiques avaient lieu le 15 août entre les ménestrels (troubadours ou trouvères) à tous les Puys Notre-Dame, ce qui prouve bien qu'alors le culte de la Déesse était encore florissant en France, puisque, à date fixe, on lui rendait hommage, dans tous les sanctuaires du Royaume qui se trouvaient bâtis sur des collines dédiées à Marie, la Vierge antique des temps passés. Naturellement, on y mêla le surnaturel.
Les membres de cette confrérie portaient cousue sur leur chaperon blanc une image de Notre-Dame. Ils se vouèrent à la vertu, jurèrent de ne plus jouer aux dés, de garder la paix, d'éviter l'intempérance, de chasser les ribaudes de leur camp, de ne plus jurer, d'éviter toutes les imprécations et de bouter hors de France les étrangers. Ceci n'est pas libéral.
La Confrérie de la Paix était animée du souffle qui avait soulevé les communes. Le roi et les prélats en eurent peur, parce que ces hommes se mirent à parcourir les campagnes, prêchant l'égalité entre les hommes (sous l'égide de la Femme), et défendant aux seigneurs de lever des taxes sans l'autorisation de la Confrérie.
On chercha à dissoudre l'association de ces audacieux qui attaquaient les puissants seigneurs féodaux et les puissants prélats, et on y arriva en lançant contre eux une tourbe de routiers soudoyés pour les combattre.
Ces gens simples, qui croyaient à la Justice, qui se mettaient sous l'égide de la Femme, furent vaincus, momentanément, mais non définitivement. La Confrérie ressuscitera plus tard, organisée par les prêtres qui s'en serviront pour leur cause.
Sous le règne de François 1er, un incrédule ayant eu l'idée d'abattre, au milieu même de Paris, la tête d'une image de Notre-Dame, le roi chevalier fit solennellement amende honorable à Marie, pieds nus, tête nue, et avec un cierge à la main. Les seigneurs de la cour et tous les membres du Parlement suivaient processionnellement le monarque, qui replaça de ses propres mains, sur l'autel où avait eu lieu la mutilation, une magnifique statue de la Vierge Marie.

L'INFLUENCE DE L'ORIENT
L'ancien régime tendait à rentrer peu à peu dans la société, tel un corps malade qui tend à revenir à la santé.
La civilisation avait commencé en Orient, où les femmes avaient régné longtemps. Elle revenait en Occident de différentes manières, par les Arabes, par les Juifs, par les Cathares, par tous les hérétiques, par les idées rapportées d'Orient lors des Croisades.
L'influence de la civilisation arabe surtout se faisait sentir (1). Elle avait déjà sa littérature, ses arts, sa poésie, et surtout sa brillante architecture. Les Arabes avaient fondé des écoles en Egypte, au Maroc, en Syrie, en Perse, en Andalousie ; ils avaient une philosophie qui se développait et qui s'inspirait de la philosophie indienne et de la philosophie grecque. C'est ce mouvement qui, remontant vers le Nord, vint apporter aux écoles de Paris le germe de toutes les grandes idées nées et cultivées autrefois en Orient.
C'est ainsi que les écrits d'Aristote, connus et enseignés depuis longtemps dans les écoles de Cordoue et de Séville, furent introduits en France en 1215 par un Espagnol nommé Maurice. C'est à la civilisation arabe que la France doit ses arts, ses sciences, ses mathématiques, son architecture, c'est-à-dire tout ce que l'Église laissa passer (2).
Mais la Métaphysique d'Aristote inspira de l'inquiétude à l'Église, qui commença par la condamner au feu ; il fut défendu de la transcrire, de la lire, et même de la garder, sous peine d'excommunication. Un siècle plus tard, les prêtres, plus éclairés, s'aperçurent qu'Aristote n'était pas aussi contraire à la théologie qu'ils l'avaient cru d'abord ; alors ils en recommandèrent et en imposèrent même l'étude. Cela prouve le peu de valeur des écrits de ce philosophe.
(1) Il convient de parler également de l’influence de la civilisation islamique et non spécialement arabe. Car la plupart de ceux qui ont exercé cette influence en Occident n’étaient pas de race arabe, et si leur langue était l’arabe, c’était seulement une conséquence de leur adoption de la religion islamique.
(2) « Nous tenons à noter encore spécialement l’importance que les Hindous accordèrent toujours à l’étude des mathématiques comprenant, sous le nom général de ganita, l’arithmétique (pâtî-ganita ou vyakta-ganita), l’algèbre (bîja-ganita) et la géométrie (rêkhâ-ganita). Les deux premières surtout de ces trois branches reçurent dans l’Inde, dès les temps anciens, un remarquable développement, dont l’Europe, par l’intermédiaire des Arabes, devait d’ailleurs bénéficier plus tard. » (R. Guénon, Les doctrines hindoues)

L'INFLUENCE JUIVE
Les Juifs, dispersés sur la surface du globe après la prise de Jérusalem, portèrent dans la société nouvelle les traditions du monde ancien. Ils avaient puisé dans les écoles arabes un grand savoir qu'ils répandaient partout où ils passaient. Ils avaient traduit en hébreu plusieurs ouvrages de philosophie arabe, et on traduisit bientôt ces traductions en latin, ce qui permit de les répandre. Elles arrivèrent ainsi jusqu'à Paris.
Victor Cousin appelle les Juifs « des courtiers philosophiques ». Mais ils ne se bornèrent pas à traduire, ils produisirent des grands hommes comme Avicébron et Maïmonide, qui furent les continuateurs d'Avicenne et d'Averroès.




L’ORDRE DE LA TABLE RONDE
En 516, on fonda un Ordre nouveau, celui de la Table Ronde (Royale-Hache, 22ème degré, dans la hiérarchie moderne). Voici ce qu'on raconte :
Le roi Arthus avait installé une table ronde pour tous les chevaliers, pour éviter le haut bout et le bas bout. Tous les chevaliers étaient égaux, ils avaient des qualités reconnues et portaient des armures que l'imagination populaire appela enchantées, parce que leur position élevée leur donnait un prestige surhumain. C'est ainsi que l'on disait que leurs lames aiguës étaient protégées par des fées ; les fées sont quelquefois appelées des nains (1).
Les chevaliers étaient toujours aimés par une Dame, dont l'amour était un talisman. Aussi la chronique disait-elle qu'ils revenaient toujours victorieux.
Ces récits font le sujet des légendes bretonnes. On y trouve des épopées courtoises se déroulant dans une société civilisée.
Les chevaliers sont mondains, galants, dévoués aux idées de la Dame. C'est ce qui s'est perpétué dans le genre troubadour.
Ils portent les couleurs de leur Dame. La galanterie de cette époque semble quelquefois exagérée dans les actions héroïques.
La devise d'Arthus est : « Je maintiendrai », d'où maintenant (celui qui maintient). Il maintient l'ancienne doctrine, la science antique, et nous allons voir jusqu'où va son audace.
(1) Dans le cours de l'évolution humaine, les Femmes, restées petites pendant que la croissance des hommes continuait, sont souvent appelées des nains, des Pygmées. Aussi, la tradition des nains qui, dans les familles, ont le droit de tout dire, qui ont de l'esprit et se moquent de la vanité des orgueilleux et de la comédie sociale, tout cela vient de ce que les nains, ce furent d'abord les petites femmes, qui ont l'esprit et l'audace, la répartie et la science. Plus tard, prenant le symbolisme à la lettre, on remplaça la petite femme par un vrai nain masculin. Finalement, ces nains devinrent les bouffons à qui on laissait le droit de tout dire pour faire rire, mais qui étaient des hommes de taille ordinaire.

LÉGENDE DU SAINT GRAAL
C'est la lutte de sexes qui est au fond de tous les conflits.
Dans les anciens Mystères, on avait expliqué la loi des sexes, dont les Rose-Croix gardaient le secret.
Mais ce n'était pas seulement une fleur qui représentait le sexe féminin ; c'est aussi un vase, une coupe, un calice, et c'est cette coupe qu'on appelait le Saint Graal.
Il suffit d'annoncer qu'on possède quelque chose de précieux pour que tous essaient de s'en emparer. C'est ce qui nous explique qu'on essaie de prendre ce vase.
On voit tout de suite que c'est de ce symbole sacré que l'Église va s'emparer pour en faire le calice.
Puis, comme ce vase contenait le sang de la femme, il fallut aussi lui faire contenir le sang de l'homme, et c'est alors que des Pères, d'une imbécillité débordante, inventent la légende de Joseph d'Arimathie recueillant le sang de Jésus, coulant de la plaie qu'on lui fait au côté, pour qu'il ait aussi un organe sanglant qu'on puisse opposer à celui de la femme.
Tout cela en attendant que l'hostie, qui est la contrepartie sexuelle de la sécrétion du vase, vienne s'y annexer.
Abordons maintenant la question historique, car il y a toujours de l'histoire au fond des Mystères. Tout le monde connaît l'histoire du Vase de Soissons, intercalée dans l'histoire de Clovis.
Voici ce qu'on nous dit :
Pendant le sac de l'église de Reims dédiée à Marie (avant le Catholicisme), un soldat s'empara du vase. Clovis l'exige pour lui ; le soldat refuse ; Clovis le tue.
Il peut se faire que ce soldat ait été un chevalier qui a pris le calice pour le sauver de la profanation. Quoi qu'il en soit, cette insistance du roi pour avoir le Vase prouve qu'il s'agit de quelque chose qui a plus de valeur qu'un simple objet d'orfèvrerie, quelque chose qui est pour l'Église un trophée et un triomphe sur le culte féministe encore secret en partie.
Ceci explique l'importance que l'on donne à cette légende.
Sans cette explication, l'histoire serait d'une stupidité et d'une brutalité outrées.
Le vase de Soissons est un ciboire, qui faisait partie des objets pillés dans l'église de Reims. Donc, d'abord, il y avait une église à Reims avant l'introduction du Catholicisme en Gaule, et dans cette église un ciboire.
Cet objet faisait partie des accessoires d'un culte antérieur à celui du Catholicisme. Ce culte, c'est celui des premiers Chrétiens, les Johannites (voir l'article sur les origines et l'histoire du Christianisme) (1).
Clovis mourut le 27 novembre 511 ; l'Ordre de la Table Ronde fut fondé en 516, cinq ans après, et on lui donna le nom de Royale-Hache pour rappeler le coup de hache donné par Clovis.
Cet épisode du Vase de Soissons a été raconté par Grégoire de Tours (544-595) dans l'Histoire ecclésiastique de France, en latin. Tous les auteurs venus après lui ont répété son récit sans chercher ce qu'il y avait derrière. Grégoire de Tours le savait-il lui-même ?
La légende catholique nous dira :
« En ce temps-là, le grand roi Salomon (que les masculinistes ont mis pour Daud, « David », sa Mère) conservait une coupe merveilleuse taillée dans l'escarboucle qui, jadis, avait brillé au front de l'archange Lucifer. Son éclat était tel que nul œil humain ne la pouvait contempler. (C'est l'Étoile flamboyante avec au centre la lettre G, Graal (2)) C'était en cette coupe que Johanna avait célébré les agapes de la Cène dernière (3). Joseph, l'ayant retrouvée chez Simon le lépreux, l'acheta et recueillit dans ce vase le sang du Seigneur, qui lui apparut dans sa prison et lui révéla le grand mystère que seuls peuvent connaître les possesseurs du Saint Graal. » Les possesseurs, ce sont les femmes, puisque le vase sacré, c'est leur sexe.
Remarquons les maladresses de cette légende : d'abord, ce personnage, Joseph, ne fait pas partie des douze, et, tandis que tous sont célébrés par les Catholiques dès la première heure, ont des autels consacrés, sont des patrons de villes et d'églises, c'est à peine si on cite ce Joseph d'Arimathie, dont le rôle aurait cependant été important dans l'histoire de Jésus. Cela vient de ce que, au début, on ignorait encore le culte du Saint Graal ; on n'avait donc pas pu le copier. Quand on l'aperçut, on s'occupa de le mettre à l'avoir de Jésus. Mais comment faire pour lui donner l'emblème du sexe féminin ?... C'est alors qu'on imagina le coup de lance, qui allait laisser échapper le précieux sang qui, dans l'ancienne religion, se déposait dans le vase sacré.
Donc, Joseph d'Arimathie est un personnage inventé tardivement et introduit dans la légende de Jésus en même temps que le coup de lance et pour donner un auteur à l'histoire du vase sacré du Saint Graal.
Cette légende catholique fut copiée sur un roman du temps, dans lequel on racontait ainsi une histoire d'Amfortas blessé au côté : « Perceval voit le roi Amfortas blessé au côté. Sa blessure s'ouvre à de certaines dates ; il est au château du Saint Graal. Un chevalier, pour le guérir, doit toucher sa blessure en faisant une certaine question. Perceval la pose justement et sauve le roi. »
(1) « Le point important pour nous, et qui ne nous paraît aucunement douteux, dit René Guénon, c’est que les origines de la légende du Graal doivent être rapportées à la transmission de certains éléments traditionnels, d’ordre plus proprement initiatique, du Druidisme au Christianisme ; cette transmission ayant été opérée régulièrement, et quelles qu’en aient été d’ailleurs les modalités, ces éléments firent dès lors partie intégrante de l’ésotérisme chrétien. L’existence de celui-ci au moyen âge est absolument certaine ; les preuves de tout genre en abondent pour qui sait les voir, et les dénégations dues à l’incompréhension moderne, qu’elles proviennent de partisans ou d’adversaires du Christianisme, ne prouvent rien contre ce fait. Il faut d’ailleurs bien remarquer que nous disons « ésotérisme chrétien », et non pas « Christianisme ésotérique » ; il ne s’agit point, en effet, d’une forme spéciale de Christianisme, il s’agit du côté « intérieur » de la tradition chrétienne, et il est facile de comprendre qu’il y a là plus qu’une simple nuance. » (Recueil, L'ésotérisme du Graal)
(2) Pour faire comprendre la réaction spirituelle que la sexualité produit chez la femme, on représente l'esprit par une étoile : l'Etoile flamboyante, au milieu de laquelle se trouve la lettre G (ghimel en hébreu). Cette lettre est la première du mot qui indique le sexe féminin dans une multitude de langues. Cette lettre, suivant les idiomes différents, est C, G, K, Q, X.
Parmi les noms du sexe féminin qu'une de ces lettres commence, citons Gunè, femme en grec, Graal, vase sacré (sexe) en celtique, Qvina, femme en suédois, Queen, reine en breton ; en sanscrit, ga signifie être creux, envelopper, contenir. En annamite et dans l'Afrique centrale, ghé exprime l'idée de cavité, de vase, de récipient.
Cette signification s'est conservée dans cette expression : vase d'élection.
(3) Il faut rappeler que les noces de Cana sont les noces de Johanna. Ce nom, masculinisé depuis est devenu Saint-Jean.

LE PRINCE DU LIBAN, ROYALE-HACHE
Ce grade conservé par les Maçons modernes en dénature complètement l'esprit. C'était à prévoir. C'est le plus scabreux de tous ; c'est pourquoi on le dissimule et on dit au récipiendaire de chercher sa signification dans l'hermétisme ou le cabbalisme.
Mais là il ne trouvera rien non plus, puisque ce sont l'hermétisme et le cabbalisme qui ont tout caché.
Il s'agit, en effet, de faire connaître l'histoire du Saint Graal, c'est-à-dire du sexe féminin considéré surtout dans ses conséquences spirituelles.
Pourquoi ce titre : Prince du Liban ? Le Liban est une chaîne de montagnes de la Syrie, et c'est sur ce mont que se trouve le Carmel où les secrets de la doctrine sont gardés. (Les profanes y feront mourir le prophète Élie.)
Le grade que nous allons étudier est divisé en deux actes et se passe dans deux chambres différentes.
La première représente l'atelier du Mont Liban ; sur le sol, des armes, symboles de la lutte que les premiers Frères ont dû soutenir, des haches, des scies, des maillets. Ce sont les premières persécutions contre les Johannites, plus tard réfugiés et cachés en Syrie.
L'assemblée se nomme Collège, afin de continuer l'enseignement des Druidesses. Cet atelier est tendu en bleu, couleur céleste des femmes (couleur de Myriam, auteure du Sépher, premier Livre du Pentateute : « La Genèse ») ; onze lumières éclairent la salle.

ACTE SECOND ET SUITE DE LA LÉGENDE D'ARTHUS ET DU SAINT-GRAAL
Le second appartement est tendu en rouge. Au milieu, une table ronde sur laquelle sont différents objets, entre autres un plan sur papier doré ; mais tout cela pour cacher le vrai symbole antique, qui mettait au centre de la table une coupe d'or, signe tangible, symbole du Saint Graal, le très vénérable calice.
Autour de la table, 12 sièges aux pieds flanqués de lions ailés, emblème des héroïques supports (sphinx) de la pensée chrétienne (johannite). Un siège plus élevé représente un trône éblouissant qui reste vacant ; c'est le saint Siège de la Déesse, que les Druidesses de l'île de Sein avaient appelé Gador. Il est réservé à Celle qu'on attend. Son dossier est surmonté de la colombe d'Istar, qui représente toujours Notre-Dame le Saint-Esprit. Ce mystérieux, siège vide attend l'envoyé divin, le Christ promis. Il n'a plus été occupé depuis que l'aventurier (qu'on appelle Paul de Tarse) l'a profané en osant y placer son indigne image que ses complices ont appelée Jésus.
Et le Président dira : « Cette table sacrée nous rend tous égaux. C'est la Déesse, qui est au-dessus de nous, qui a droit d'occuper le trône élevé. C'est elle qui viendra recréer la Table Ronde, c'est-à-dire l'égalité entre les hommes, égalité que les ambitieux (prêtres ou rois) avaient supprimée. »
Dans la Franc-Maçonnerie moderne, ce sont des hommes qui remplissent le rôle des femmes. Dans ce grade, notamment, le Président porte le titre de Grand Patriarche, alors que ce mot ne date que de l'époque catholique, comme nous le montre Renan, et qu'avant ce moment le mot était féminin : Matriarche.
Le second appartement de ce grade est dit Conseil de la Table Ronde ; on nomme aussi l'assemblée Conseil du Liban.
Ce nom sert à désigner la réunion d'ensemble des affiliés du 19ème au 22ème degrés, fondés depuis Johanna (Saint-Jean depuis que son nom a été masculinisé) pour conserver le secret de sa doctrine.
Le symbole du Saint Graal, conservé par tous les Johannites, doit attester le sexe de la Révélatrice, que les Catholiques ont voulu changer, en donnant la gloire de son œuvre à un homme.
La cérémonie de réception a pour but d'expliquer au récipiendaire l'hypocrisie de ceux qui ont fait des changements de sexe, comme si le sexe mâle qu'on va donner à la Divinité pouvait manifester l'esprit féminin, comme réaction physiologique.
Tout ce qu'on met dans les rituels modernes à ce sujet est incompréhensible. Cependant, on dira que « la Hache (Royale-Hache) est celle du Gnosticisme qui, en abattant les énormes troncs de l'intolérance, de l'hypocrisie, de la superstition, de l'égoïsme et de l'oisiveté, permet aux rayons de la Vérité d'arriver jusqu'à l'esprit humain et de l'inonder de lumière ».
Mais tout cela n'explique pas le Mystère ; on le cache au contraire sous une sorte de jeu de mots. On raconte au récipiendaire « divers incidents de la coupe des arbres sur le mont Liban ». Allez donc comprendre que cette coupe (des arbres), c'est le Saint Graal, l'organe sacré de la Femme !... Le Secret de Bismillah.
Puis on embrouille tout cela en montrant la royauté masculine, représentée par Salomon, mais en réalité Clovis, retournée au mal, brûlant l'encens devant Moloch, pendant que le corps d'Hiram (1) est enterré sous l'autel, c'est-à-dire sous l'oubli et l'indifférence publics.
A ce propos, le Chevalier d'éloquence entame discrètement un vague éloge des sciences occultes et parle du Grand Œuvre ; naturellement, ce qu'il en dit est faux et remonte à l'ancienne magie, et nous apprenons, dans ce discours, qu'Ananias portait un nom qui signifiait divination.
Le Grand Œuvre !.. Mais ce sont, tout simplement, les fonctions du Saint Graal ; le symbolisme l'explique : un calice, dessus une Rose portée par une croix (ou qui porte une croix), des ailes qui indiquent une montée, une colombe qui symbolise l'Esprit.
Et c'est ainsi que le vil plomb (la fonction basse) se change en or (en Esprit). Inutile de rappeler les divagations chimiques de ceux qui ont cru qu'il s'agissait de la transmutation des métaux (2).
(1) « Hiram » doit se lire de droite à gauche comme lisent les Hébreux et non de gauche à droite suivant L'usage des Européens : Hiram alors devient Maria ou plutôt Myriam. Le heth « H » final en hébreu se prononce « A ».
(2) Arcane, en alchimie, est une opération mystérieuse, un remède dont la composition est sécrète. C'est la transmutation noble des alchimistes.

Les anciens chevaliers de la Table Ronde prêtaient le serment suivant :
« Sur cette coupe d'or qui tient ici la place de la coupe sacrée de Kyria, notre Christ, nous jurons de consacrer toute notre vie et de combattre jusqu'à la mort pour la conquête du Graal sacré. »
La légende qui fait intervenir Merlin l'enchanteur dans l'institution de ce grade, lui met dans la bouche ce discours :
« Les anges avaient emporté le premier calice au ciel, et ils avaient ensuite déposé dans le lointain et mystérieux temple de Mont salvat, sous la protection d'un prince spirituel, nommé Titurel, et de purs chevaliers, cette précieuse relique qui devait conférer, à qui la possédait, les plus sublimes pouvoirs. »
Ici, la légende est en désaccord avec la Franc-Maçonnerie ; elle dit que c'est sur le Mont Salvat (Mont du Salut), en Espagne, que la coupe est gardée par des chevaliers, et elle ajoute que, pour la garder, il faut être brave et noble.
La Franc-Maçonnerie dit le Mont Liban. Lequel des deux choisirons-nous ? Aucun. Ces deux noms, Liban et Salvat, nous semblent être des rapprochements de mots sans portée. Liban vient de libation, mot très employé dans l'occultisme à propos du vase, et Salvat annonce salvation, mot qui répond à l'idée messianique qui accompagne la légende du Saint Graal.
Du reste, ce vase sacré n'est gardé nulle part, il est partout ; et la connaissance du mystère qu'il recèle n'est pas non plus localisée dans un endroit quelconque ; des profanes l'ont.
Cependant, il peut se faire qu'on y ait mêlé l'histoire merveilleuse de la Vierge et que Mont Salvat soit une mauvaise traduction de Mont Serrât, endroit consacré, en Catalogne, au culte de Marie.

Voici ce qu'on fait dire à Merlin :
« Quand mourut son dernier défenseur, le mystique calice, recueilli par les anges, fut emporté au ciel pour y être consente jusqu'au jour où sur terre paraîtra un Juste digne d'être élu à sa garde.
« Mais la Sainte Table nous est restée. C'est la Table du Seigneur (Kyria). Une place à cette table restera inoccupée jusqu'à ces temps bénis où un envoyé digne de la conquérir paraîtra » (1). Cette Sainte Table n'est pas une idée nouvelle ; elle était déjà dans le Madhu-Parva de l'Inde, qui enseigne la communion dans le calice d'or.
(1) Idée renouvelée par les Saint-Simoniens.

La légende d'Arthus est mêlée à celle de Geneviève, dont il reçut probablement l'inspiration.
C'est peut-être elle qui fonda l'Ordre de la Table Ronde. Elle est appelée Maër-lin, et c'est de ce nom qu'on a fait Merlin l'enchanteur. On dira aussi le transformateur, mot qui indique le changement de sexe. Lin, c'est le Linus des Grecs, qui apprit à lire à Hercule, qui lui cassa son alphabet sur la tête. Elle est appelée aussi Eva-linus (devenue le prénom Evelyne) celle qui explique les secrets de la Nature. C'est la fée Viviane qui serait ainsi transformée.
Dans la légende masculiniste, celle-ci fait tomber l'enchanteur Merlin dans le gouffre.
Au VIème siècle, en Grande-Bretagne, Arthus avait succombé dans la lutte contre les Saxons ; mais les Bretons ne le croyaient pas mort, on le croyait dans une île enchantée, avec autour de lui Merlin et Geneviève ; et, de Geneviève, on fait la femme d'Arthus quand on met le mariage partout.
Le culte du Graal semble une réaction contre les trois phallus (1) de la Trinité catholique. Ce culte nous explique l'usage de donner une coupe comme récompense aux chevaliers.
La coupe a dû avoir une grande renommée, car nous la retrouvons en maints endroits. Ainsi, elle nous apparaît dans la légende du roi de Thulé et dans tous les vases sacrés que les religions ont célébrés et que l'art a reproduits. Grand mystère qu'il faudra un jour expliquer dans toute sa profondeur, à la grande stupeur du satanisme.
Maurice Boué de Villiers, dans un livre intitulé Les Chevaliers de la Table Ronde, met un discours prophétique dans la bouche de Merlin l'enchanteur : « Seuls les purs peuvent s'élever à la divine connaissance. La vue du Graal ne peut être supportée que par des yeux très purs. La lumière aveugle parfois. La vérité, propice à quelques-uns, peut être funeste à beaucoup.
« La lumière descend d'en haut, mais peu à peu elle s'obscurcit dans les ténèbres pour s'éteindre. Et cela s'accomplit ainsi jusqu'à ce que les hommes soient enfin illuminés et dignes de contempler l'infinie clarté.
« Telle est l'image de la descente des Messagers divins.
« Moi-même, je reçus le don sacré de réfracter la lumière d'en haut. Je fus un Barde initié aux Mystères sacrés, comme les Druides. Mais, aujourd'hui, je pleure les pommes d'or des anciennes vérités que les vers rongeurs du mensonge ont corrompues et qu'un brutal vent d'erreur et d'ignorance, toujours nouveau, détache de l'arbre immortel de la sagesse. Mais une nouvelle lumière, la suprême Lumière qui ne doit plus s'éteindre, est descendue pour éclairer le monde. Le Christ (suprématie féminine) est le soleil dont nous ne connûmes que les lueurs à travers les temps. Bientôt un de ses rayons traversera ton cœur. Mais garde-toi du chevalier noir. »
(1) La croix n'est devenue le signe du Christianisme qu'au VIème siècle ; jusque là, la religion nouvelle avait pour insigne trois phallus enlacés.

L'auteur cité fait dire au futur chevalier :
« Ainsi devras-tu dégager de toi l'être immortel qui dort son calme sommeil et le tendre vers la clarté divine. Comme du ver naît le papillon, de l'homme rampant naîtra l'ange à l'esprit lumineux.
« Cherche en toi les mystères que tu veux connaître : l'homme possède en lui le miroir profond qui réfracte la Vérité. Mais, de même qu'un lac troublé agité par le vent reflète imparfaitement l'azur, l'âme agitée ou troublée par les passions ne peut refléter dans toute sa pureté la Vérité sacrée.
« Calme donc en toi les vains tourments de la vie, libère-toi des attaches d'en bas, et la révélation attendue t'apparaîtra éblouissante et claire. Trois épreuves te seront tendues dont tu devras triompher. Trois coques enveloppent l'homme et obstruent aux yeux de son esprit la lumière ineffable ; trois coques doivent être brisées pour permettre aux feux du soleil divin de rayonner en lui. Tu devras vaincre l'instinct aveugle du corps, les vices de l'âme et l'erreur de l'esprit. Et ainsi tu acquerras la pureté du corps, la vertu de l'âme, la sagesse de l'esprit. Que ton seul ennemi soit l'ennemi caché en toi, car c'est toi-même qu'il faut vaincre.
« Garde-toi de l'amour mortel qui empoisonne les âmes.
« Le monde appartient à qui sait se vaincre. Ton chemin est un chemin de lumière. Tourne les yeux vers l'étoile divine et marche vers elle. Nul n'atteint la cime des monts s'il ne gravit la pente agreste et les rochers escarpés. Ainsi, beau chevalier, devras-tu suivre le tortueux chemin des épreuves avant d'arriver au faîte étoile.
« Tue l'amour humain, un mirage, dit Viviane, et tel il t'apparaîtra, ô Parsifal ! Tu le croiras éternel, tu savoureras le désir qui ronge et corrompt, mais, lorsque tu voudras saisir l'objet envié, ce que tu auras cru infini s'évanouira comme un songe, et seul restera en toi l'humain désir qui meurt et renaît sans cesse plus tenace. Sache vaincre l'éphémère épreuve si tu ne veux pas être vaincu par elle. »

Fabre d'Olivet nous donne, de cette époque, une appréciation très juste. Il dit : « La fondation de l'Ordre de la Chevalerie, que plusieurs écrivains ont traitée de bizarre, faute d'avoir examiné son but, fut le résultat des circonstances particulières où se trouvait alors la société européenne. Ce fut une réaction contre une brutalité. Cela répondait à un besoin de la nature de l'homme, d'abord le besoin d'opposition : on avait martyrisé les femmes, défendons les femmes ; puis l'homme aime prendre le rôle de protecteur, donnant ainsi à sa force une noble destination : il se fit le protecteur de la faiblesse et le vengeur de l'innocence opprimée.
« L'humanité, l'amour, la justice, l'honneur, étaient les qualités distinctives des chevaliers, qualités que la religion catholique se vit forcée de reconnaître, quoique ce soit elle qui les avait toujours méconnues. Elle les reconnut par politique, pour mettre de son côté la force qui est dans la vérité et dans la morale, mais il y avait contradiction entre ces deux religions, l'une adorant l'homme, l'autre adorant la Femme.
« La Chevalerie adoucit d'abord l'esclavage, puis le supprima tout à fait.
« L'amour régénéré, sanctifié, changea les mœurs ; il y fit régner une poésie qui avait disparu, et cela fit germer des vertus aimables qui donnèrent naissance aux Beaux-Arts. Ce fut une renaissance, la vraie.
« La Justice opéra sur les caractères, en modéra les emportements, et parvint à réprimer, jusqu'à un certain point, la fougue des passions, L'honneur éclaira la bravoure et mit à la gloire son véritable prix. La guerre se fit avec moins de férocité ; la violence et l'oppression diminuèrent. Le respect pour la Vérité, l'attachement à ses devoirs, l'exactitude à tenir sa parole, formèrent le caractère du gentilhomme. Un homme d'honneur fut un homme nouveau, un homme particulier à cette époque de l'état social, un homme dont on aurait vainement cherché le modèle ailleurs, ni chez les Grecs, ni chez les Romains, ni chez aucune autre nation de la Terre. » (État social, t. II, p. 116.)
Cela rétablissait l'égalité, mais non comme le voulait l'Église qui avait supprimé la différence des sexes et créé l'égalité en Jésus-Christ. La nouvelle conception de la Justice sociale rétablissait les différences sexuelles, mais remettait l'égalité entre tous les hommes. Cette égalité véritable remplissait les esprits d'un enthousiasme inattendu. L'honneur exigeait que tout travail reçût son prix, que tout talent eût sa récompense, que tout homme distingué montât à sa place, que la Femme fût aimée et glorifiée.
Il fallut céder à l'honneur.
On retourna à l'antique métaphysique, ce qui obligea la théologie à suivre le mouvement. La religion catholique ne pouvait plus conserver son autorité au milieu des nations nouvelles qui se formaient sous l'influence de la Chevalerie et de la littérature.
L'Église avait fait un crime de la galanterie, et voici qu'une religion nouvelle se basait sur la galanterie.
L'Église avait condamné les sciences, comme contenant des inventions pernicieuses, des suggestions du génie infernal, et voici que la nouvelle religion s'appuyait sur les lois de la Nature qu'elle recherchait et restituait.
Les Beaux-Arts même renaissaient.
Les chevaliers voulaient l'amour et l'honneur, deux aspirations de la psychologie masculine. Ce fut un retour à la vertu, naguère considérée comme une faiblesse, et dont l'Église même faisait un péché.
La poésie renaissait. On abandonnait l'Église et on retournait à l'ancienne Théogonie rajeunie dans une forme sociale nouvelle.
L'homme cherche la gloire. A partir de cette époque, il la trouva dans la poésie, l'art, la Vérité. On s'élança dans la carrière que l'honneur, la justice et l'amour avaient ouverte à tous.
Cette époque, le cycle breton d'Arthus, ou de la Table Ronde, a été une époque féconde pour la littérature. C'est d'elle que datent les légendes bretonnes qui seront imitées jusqu'au XIIIème siècle et seront de véritables épopées courtoises.

LE JEU DE CARTES (TAROT)
Il semble qu'on ait voulu employer tous les moyens de propagande pour faire connaître cette grande et mystérieuse « Loi des sexes », car nous allons la retrouver dans le Tarot, forme altérée de la Torah qui ne devait pas périr.
Nous y trouvons deux couleurs, parce qu'il y a deux sexes.
Les arcanes majeurs du Tarot sont représentés par les cartes jaunes et les arcanes mineurs par les cartes noires.
L'arcane majeur est féminin ; il comprend les coupes et les ors.
L'arcane mineur est masculin ; il comprend les épées et les massues (bâtons).
De ces arcanes, on a fait le jeu de cartes des Francs, encore en usage actuellement.
- La coupe, c'est le sexe féminin. On en a fait le cœur. Il a comme conséquence l'or, dont on fait le carreau. Cela représente la plus haute manifestation de l'Esprit féminin.
- L'homme est représenté par les cartes noires. Le sexe masculin, c'est ce qui pénètre, l'épée ou la lance, dont les cartes réformées feront le pique, et sa réaction, la force musculaire, est symbolisée par la massue (bâton), devenue le trèfle (1).
Cela fait un quadrille.
Trois figures complètent le jeu dans l'ancien Tarot : la sota (reine), le cavalier, le roi. Sota est le nom archaïque (conservé en espagnol) de l'ancienne reine d'Egypte, que d'autres appellent Seth, et qui rétablit le pouvoir féminin après la première persécution qui l'avait renversé.
Dans les jeux réformés, on mettra les personnages dans un ordre renversé. On dira : roi, dame, valet. Mais, dans le primitif Tarot, la Dame occupe la première place, le chevalier vient ensuite, puis celui qu'on appelle roi et qui n'est, d'abord, que le lieutenant, le valet.
On représente ces quatre signes par des animaux : les quatre bêtes de l'Apocalypse.
- La coupe, c'est le Lion.
- L'or, c'est l'Aigle (ou l'Ange).
- L'épée (ou la lance), c'est l'Homme.
- Le bâton (massue), c'est le Taureau.
A l'époque de la Table Ronde, les cartes reparaissent, et on va donner à l'homme jeune les noms des chevaliers de l'époque : Lancelot, La Hire, Hector, Roger.
Les rois, introduits postérieurement, porteront les noms des grands conquérants.
Dans la légende de la Table Ronde, il y a un Chevalier noir.
C'est le traître qui refuse de reconnaître la Déesse comme sa souveraine ; c'est le perfide, l'ennemi du Bon Principe ; c'est Satan. Il prend la première place, et c'est ainsi que le valet devient le roi.
Personne ne peut rien contre lui. Quiconque l'a affronté sait qu'une puissance infernale le protège. Un ange seul pourrait lui arracher le terrible artifice qui le rend invulnérable aux coups les plus rudes. C'est le Principe du mal, la ruse et le mensonge.
Le Chevalier noir vole la coupe d'or, la prend au milieu de la table avant que nul n'ait pu l'en empêcher, et dit : « Si quelqu'un ose me disputer cette coupe, qu'il me suive dans la clairière, je l'y attends. »
C'est la force qui s'affirme contre le droit.
Les chevaliers stupéfaits de cette profanation disent : « Qui vengera l'opprobre qui pèse sur nous ? »
Viviane subit le sortilège du maudit. Elle est métamorphosée en source (c'est-à-dire cachée) ; elle est condamnée à pleurer dans la forêt, esclave du maléfice qui annihile tous ses charmes.
Mais un jour viendra où un saint guerrier interrompra le sortilège par la vertu de sa miraculeuse pureté et nous délivrera, en triomphant du Chevalier noir. C'est le Prédestiné, celui qui doit venir en réparation remettre la Déesse sur le trône élevé de la Table Ronde. (Cette légende est celle que reproduit la Belle-au-bois dormant, éveillée par le Prince Charmant.) Dans la légende de la Table Ronde, ce rôle est donné à Parsifal. A moins que, pour nos ennemis, Parsifal ne signifie persifler.
(1) D'après Cailleux, l'épée d'Arthus, qu'il appelle Escalibur, est une des figures du Tarot (Origines celtiques, p. 341, note).




« La jeune dame, noble et gracieuse, qui arrête Raymondin dans sa course puis s'adresse à lui en l'appelant par son nom est une épiphanie du monde invisible, providentiel, en des heures d'opacité et d'affolement où règne le sentiment d'absurdité. En s'emparant de la bride de son cheval, elle relie l'homme égaré à la part féerique, prodigieuse, de son être, seul recours dans l'adversité. Autrement dit, à sa dimension spirituelle. »
(Jacqueline Kelen, Passage de la Fée : La légende de Mélusine)


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