DIEU ?

« On croyait avoir tout dit lorsqu'on avait donné au « bon pèlerin » Louis de Bourbon le nom de Roi-Soleil, à cause de son identification avec l'astre dans sa conception du gouvernement. Mais voici qu'il nous mène plus loin et nous montre comment, à force d'aimer, on devient l'AUTRE.
Qui pourra jamais sonder le cœur des hommes et comprendre la démesure de leur soif de divinité ? »
(Emanuela Kretzulesco-Quaranta - Versailles, le Triomphe du Soleil - 1972)



L’IDÉE DE DIEU DANS LA PHILOSOPHIE
Science, Religion et Philosophie sont des mots qui prétendent tous les trois avoir la même signification ; tous trois veulent être l’expression de la vérité.
Cependant une grande différence existe entre eux.
La science affirme ; la Religion impose ; la philosophie cherche.
Or, comme il n’y a qu’une vérité et qu’elle ne peut être que dans la science, qui affirme, pourquoi la chercher dans la philosophie ? Pourquoi les religions de l’antiquité qui imposaient ce que la science affirmait n’ont-elles pas suffi aux hommes ? Pourquoi ont-ils institué cette nouvelle méthode de recherche : la philosophie.
Il faudrait, pour répondre à cette question, faire toute l’histoire de l’esprit humain, montrer comment l’homme, doué dans son enfance phylogénique d’un esprit droit et d’une raison juste qui lui permettaient de comprendre les lois de la Nature (qualités qui caractérisent encore son enfance ontogénique) perdit peu à peu ces facultés primitives ; il faudrait montrer, comment en s’enfonçant dans son évolution sexuelle, son esprit se troubla, comment il cessa, insensiblement, de comprendre le monde qui l’entourait, comment il perdit la science.
(Cette histoire est faite : elle est reproduite à l'article sur la psychologie et la loi des sexes)
Pendant que cette évolution décroissante de ses facultés s’accomplissait, son esprit inquiet de cette dégénérescence (dont il a une vague conscience dans sa vie actuelle, quoiqu’il la nie) cherchait à retrouver les connaissances primitives de ses aïeux. Cette science perdue existait en germe dans son esprit, c’était un lot de l’héritage ancestral, mais elle y était voilée. Il travailla à lui rendre une forme, un corps, à la formuler.
Semblable à celui qui s’éveille après un rêve qui l’a vivement impressionné et qui fait des efforts de mémoire pour en ressaisir le fil qui lui échappe, ainsi, l’homme chercha à retrouver les vérités premières, mais sa raison perdait de jour en jour sa droiture primitive, et, comme c’est en elle, seulement, qu’il cherchait la cause des choses, il s’enfonçait de plus en plus dans les profondeurs d’une obscurité qui devait, pendant tant de siècles, tenir la place de la science.
La philosophie n’a jamais été que l’expression de cette défaillance de l’esprit de l’homme, elle répond à un besoin qui s’est imposé en l’absence de la science, mais qui disparaît en face de la certitude, en face des faits démontrés.
La philosophie a une autre faiblesse. C’est d’être exclusivement spéculative. Elle n’aspire à connaitre la vérité que pour le bonheur de la posséder, elle ne la traduit pas, dans le domaine des faits, en lois religieuses ou sociales pour guider l’humanité dans les nations. Or, la mission de la science est, au contraire, de rechercher la vérité pour l’appliquer à la vie matérielle et morale de l’homme, pour en tirer des règles de conduite. Elle est aussi active que la philosophie est passive.
Examinons les formes principales que l’esprit inquiet des hommes a données à la spéculation philosophique depuis le jour où il a perdu la connaissance positive de la vérité.
Examinons, d’abord, la valeur de la doctrine rationaliste, puisque tous les systèmes philosophiques reposent, directement ou indirectement, sur la raison de l’homme.

LE RATIONALISME
Pour que l’homme puisse prendre sa raison pour guide il faut que la raison de l’homme soit droite.
Or, il y autant de degrés dans la justesse de raisonnement des hommes qu’il y a d’individus.
La raison n’est pas une entité, une et absolue, que l’on puisse consulter avec assurance, c’est l’expression d’une somme intellectuelle qui varie suivant l’individu qui parle.
Et les esprits qui voient faux étant les plus nombreux, le nombre ne fait pas l’autorité. C’est au contraire, dans ce cas, la minorité qui l’emporte, les raisons droites étant plus rares.
Il ne faut donc pas invoquer comme une preuve de vérité la vulgarisation d’une idée et le nombre d’adepte qui la défendent, les idées fausses étant les plus faciles à propager, puisque les esprits faux sont les plus nombreux.
Quant aux idées justes, comme elles ne sont accessibles qu’à la minorité dont l’esprit est droit, elles ne peuvent être comprises « à priori » que par un petit nombre de personnes.
Mais comme ce qui est vrai peut être démontré par la science, cette démonstration faite, il faut imposer la vérité démontrée à la raison des masses. Sans une autorité scientifique qui impose une croyance, la vérité serait, presque toujours, niée puisqu’elle ne répond pas à l’état d’esprit de la multitude des hommes.
Prenez le rationaliste le mieux doué, mais étranger à la science et dites-lui, par exemple, que l’eau est formée de deux gaz, que l’air n’est pas un tout homogène mais un mélange de divers éléments, que l’être humain a été formé la tête en bas et les pieds en haut, cet homme vous répondra que tout cela « est absurde », attendu que sa raison lui fait voir l’eau sous un autre état que les gaz, que sa raison lui montre l’air comme un milieu transparent dans lequel il n’aperçoit aucun élément, que, habitué à voir marcher l’homme sur ses pieds, il ne peut pas concevoir qu’il ait occupé une autre station dans laquelle la marche est impossible.
Et cependant, il est bien vrai que l’eau est un composé de deux gaz, que l’air n’est pas un tout homogène, que pendant toute l’évolution humaine le fœtus a la tête en bas et les pieds en haut. Et vous qui êtes « savant », qui avez acquis la connaissance de ces choses et les propagez avec conviction, vous mettrez, certainement, dans la discussion avec ceux qui nieront ce que vous affirmez, l’obstination de celui qui est arrivé à la certitude, vous mettrez, dans votre désir de les convaincre, l’ardeur du prosélytisme.
Mais, supposez qu’il arrive, dans l’avenir, un moment où la science obscurcie, perdue, n’explique plus aux nouvelles générations le comment et le pourquoi des phénomènes, supposez qu’on leur donne à croire des conclusions sans préliminaires, des faits non démontrés, quoique vrais, il se trouvera, certainement, parmi nos descendants, des esprits forts, des « rationalistes », qui diront : Je ne crois pas tout cela, parce que « c’est absurde », je ne veux pas de mystère et je n’admets que ce que ma raison explique.
Et cet homme semblera avoir raison, et, cependant, celui qui enseignera tous ces faits, démontrés aujourd’hui, n’aura pas tort, puisqu’il propagera la vérité. Et la lutte naîtra entre ces deux hommes remplis de bonne volonté l’un et l’autre.
Nous nous trompons quand nous disons que le missionnaire de ces vérités n’aura pas tort ; il aura, au contraire, un immense tort, c’est d’avoir perdu « la science », d’être tombé lui-même, dans l’ignorance des choses qu’il enseigne et de ne pouvoir plus les appliquer, d’être obligé de les présenter sous la forme de vérités acquises à une époque reculée, mais devenue « mystères » par l’ignorance des générations dégénérées.
Il aura le tort de baser son enseignement, non plus sur la science, mais sur la tradition. Ce qui arriverait en pareil cas c’est ce qui arrive aux prêtres actuels de tous les cultes. Ils propagent des vérités fondamentales, devenues des mystères pour eux, des idées qu’ils sont incapables d’expliquer scientifiquement et qu’ils veulent imposer en vertu de leur propre autorité, et le rationalisme des masses ignorantes leur jette à la tête une négation qu’ils ne peuvent plus combattre.
C’est ainsi qu’ils imposent la croyance en Dieu, sans connaître, eux-mêmes, l’essence de ce Dieu qu’ils ordonnent au peuple d’adorer, sans penser que leur affirmation ne suffit pas et que, pour que la foi soit inébranlable il faut qu’elle soit basée sur l’évidence des faits.
C’est cette foi là que la science vient rétablir, c’est elle qui vient mettre dans les esprits des choses compréhensibles là où la tradition mettait des choses qui semblaient absurdes parce qu’elles étaient incompréhensibles.
Ainsi, la science, en ajoutant au mot Dieu le mot Oxygène, rend tout d’un coup, cette idée claire, précise, indiscutable pour tous les gens instruit, elle supprime le mystère et le remplace par l’évidence.
La trinité, cette autre idée qui semble aux rationalistes le dernier mot de l’absurdité dans sa forme mystérieuse, devient une vérité évidente lorsque la science l’explique par les trois états de l’Oxygène.
Donc, avant de dire : Je ne crois pas cela parce que « c’est absurde », dites-vous : la tradition me donne telle idée à croire, examinons, « par la science », la valeur de cette idée, mais ne faites pas appel à la raison pour croire ou nier, attendu que la raison n’explique rien et ne juge que les apparences qui sont, presque toujours trompeuses. La raison ne nous dit pas que la terre tourne, ni que les premières formes traversées par l’homme pendant son développement à la surface terrestre, ou pendant sa vie embryonnaire, ne ressemblaient en rien à sa forme actuelle, c’est la « science » qui nous dit cela.
Donc, la vérité ne peut pas être trouvée par les hommes qui n’ont d’autre guide que leur raison. Elle est le privilège de ceux qui sont en possession de connaissances acquises.
Et ceux-là ont pour mission l’enseignement. Ce sont des ministres chargés de propager les vérités démontrées en les faisant connaitre à ceux qui ont les moyens intellectuels nécessaires pour les comprendre, en « les imposant » aux autres.
Car, « la science ne se propose pas, elle s’impose. »
Vous n’allez pas proposer à un enfant d’examiner si la terre tourne, vous lui enseignerez cette vérité comme un fait acquis, vous lui en imposerez la croyance.
Proposer l’examen des vérités aux ignorants, c’est livrer la science à ses ennemis, c’est retourner à la barbarie, au chaos intellectuel, c’est perdre tout le bénéfice acquis par les hommes de génie qui nous ont précédé.
Donc, le libre examen, que nous avons cru si longtemps être le dernier mot du progrès, est, au contraire, une cause de désordre et de discorde si on le donne à ceux qui ne savent pas s’en servir.
Il faut une autorité dogmatique, et la « Science » porte en elle ses droits à cette autorité.

LE PANTHÉÏSME
Celui des systèmes philosophiques qui s’est toujours le plus rapproché de la vérité scientifique dans la question de l’existence de Dieu, c’est le panthéisme.
L’identité substantielle de Dieu et du monde, du Dieu qui répand à flots la vie dans la Nature, n’est pas autre chose que la conception antique de l’existence et du rôle de l’Oxygène dans le monde.
Quoi de plus juste, en effet, que de voir Dieu dans l’universalité des êtres, puisque chaque être vivant porte en lui une parcelle de l’Élément-Divin !
En étendant même à la matière inorganique cette universalité divine on ne s’éloigne pas encore de la vérité puisque l’Oxygène est un élément si répandu dans la Nature que, non seulement tous les corps vivants en sont pénétrés, mais presque tous les métaux puisqu’ils existent presque tous à l’état d’oxydes métalliques. Lorsque ce n’est pas à l’état de combinaison qu’il se trouve associé au métal il y est, à l’état libre, dans les espaces intermoléculaires ou à la surface du corps. Il existe à l’état gazeux dans toute notre atmosphère, il forme le 5ème de son volume, il forme les 9 dixièmes du poids de l’eau, il entre dans la plupart des composés organiques et inorganiques, il tient tant de place autour de nous que nous ne pouvons pas concevoir l’Univers sans lui. Enfin, il existe à l’état radiant dans les espaces interplanétaires, dans les courants électriques, dans les organes d’innervation. A cet état il est « la force » ; force « génératrice », qui ne lui est pas transmise, qu’il tient de sa propre volonté, c’est-à-dire de son action. Et quoiqu’à l’état moléculaire cette force ne se manifeste pas avec la même intensité qu’à l’état atomique, on ne peut cependant pas la mettre en doute. Elle est dans chaque molécule et n’attend, pour se manifester, qu’un changement d’état, c’est-à-dire le passage de l’état composé à l’état libre. La force est donc latente dans tous les composés oxygénés.
Cette force « intime et mystérieuse » que possède l’atome d’Oxygène c’est « l’intelligence sourde » que les panthéistes voient dans la Nature tout entière. Nier cette force serait faire acte d’ignorance, car toutes les nouvelles théories chimiques et physiologiques la mettent en évidence. Les philosophes, qui ne connaissent pas l’essence de cette force, veulent la mettre en dehors du monde, ils voient, en elle, la manifestation d’un Dieu inconnu, mais, en même temps, ils la considèrent comme le signe de la continuelle présence de ce Dieu dans l’Univers, ce qui implique une contradiction : ou Dieu est extra-naturel, ou Dieu est dans la nature.
Si on a quelque peine à comprendre que la force qui maintient le monde dans sa fécondité, qui fait son harmonie, qui lui donne sa majesté puisse émaner de la matière, c’est parce qu’on ne sait pas que la substance du monde a plusieurs états, qu’elle peut devenir, dans l’état actif, ce qu’elle n’est pas dans l’état inactif, c’est parce qu’on ignore que l’atome possède « la force » que ne possède pas la molécule qui, dans son inertie, est prise comme type de la « matière ».
On ignore que la force atomique est l’origine de tout ce qui a été, de tout ce qui est, de tout ce qui sera dans le domaine des faits psychiques. On ignore que, privée de vie à l’état moléculaire, la substance du monde devient apte à engendrer la vie à l’état atomique, que, privé de forme, l’atome est le générateur des formes, que, incapable de penser, il produit l’âme pensante, que, aveugle, il fait la lumière, que, dénué de beauté, il est l’origine de tous les chefs-d’œuvres de la Nature.
Cette puissance qui réside dans l’état radiant, cette « essence vitale ou divine », que possède l’atome, a été, de tous temps pressentis. Kepler accorde au globe des facultés vitales, un fluide, selon lui, y circule, une assimilation s’y fait aussi bien que dans les corps animés, chacune de ses parties est vivante. Il n’est pas jusqu’aux molécules les plus élémentaires, dit-il, qui n’aient un instinct, « une volonté ».
Le panthéisme, en faisant de Dieu le « Grand Tout » qui anime l’Univers, formulait donc la véritable doctrine scientifique de la divinité. Il ne lui manquait plus qu’une chose : donner à ce principe universel un nom qui permit de le connaitre, de le retrouver dans la Nature, de le définir ; allons plus loin, de le ranger dans la nomenclature des corps simples.
C’est ce que la science moderne a fait. Mais Spinoza est né trop tôt pour avoir vu la sanction de sa doctrine dans l’œuvre de Lavoisier. Il est resté dans les nuages indécis de la spéculation, il n’a pas su mettre l’idée flottant dans son esprit sur le terrain plus sûr, mais moins brillant, des sciences positives.
Aujourd’hui il se fait un retour au panthéisme. Les philosophes, toujours livrés à l’éternelle incertitude que donne leur méthode d’investigation, après avoir vainement cherché la vérité hors de la Nature, commence à comprendre qu’ils se sont égarés. Les attaques, si souvent répétées, de la science positive, les ont rappelés à la réalité.
En voulant se rapprocher des méthodes scientifiques, sans, cependant, renoncer à leurs conceptions, ils reviennent au panthéisme.
M. Vacherot, dans son « Nouveau spiritualisme », fait un pas dans cette voie. « La vieille théologie qui sépare Dieu du monde a fait son temps, dit-il, comme la vieille psychologie qui sépare l’esprit de la matière. Si la philosophie ne veut point abandonner les vérités qui lui sont si chères, il faut qu’elle les dépouille des préjugés caducs, des images illusoires, des abstractions inintelligibles, qui en faussent ou en obscurcissent le sens. Il faut qu’elle les mette sous l’autorité de l’expérience et les fasse apparaître dans cette pure lumière de l’évidence qui ne permet guère le doute. La tradition spiritualiste peut et doit revivre au sein de l’esprit moderne, définitivement conquis aux méthodes scientifiques, à la condition de se retremper dans les eaux vives de la science contemporaine. »

LE SPIRITUALISME
La doctrine philosophique qui a été le plus longtemps en faveur c’est le spiritualisme, sorte de compromis entre la tradition scientifique et la raison obscurcie.
Par un côté, par la tradition scientifique, elle se rattache aux vérités premières, elle affirme un principe créateur, éternel, universel. Par l’autre, par la raison privée des lumières de la science, dont elle croit pouvoir se passer, elle s’éloigne de la conception vraie de ce principe et s’égare dans toutes sortes de divagations. Nous avons vu le peu de crédit qu’il faut accorder au rationalisme. Or, une doctrine qui ne s’appuie que sur la raison au lieu de s’appuyer sur la science doit forcément tomber dans l’erreur. C’est le cas du vieux spiritualisme. Non seulement il n’explique rien, mais il ne peut rien expliquer et ses raisonnements manquent toujours de base. « Le spiritualisme se ferait illusion à lui-même, dit le spiritualiste, M. Caro, s’il se persuadait qu’il possède la démonstration rigoureusement et positivement empirique de Dieu. »
En effet, les spiritualistes affirment l’existence d’un principe qu’ils sentent nécessaire, mais dont ils n’ont aucune idée nette, un principe qui est, pour eux, un mystère, le mystère des mystères.
« Il y a longtemps, dit Descartes, que j’ai dans mon esprit « une certaine opinion » qu’il y a un Dieu qui peut tout et par qui j’ai été fait et créé tel que je suis. »
« Ne cherche point à pénétrer dans l’essence de Dieu ; c’est une impiété de vouloir découvrir ce qu’il prétend le cacher (Ménandre). »
« Personne ne saurait concevoir la plénitude de la profondeur de Dieu, mortel ne fais donc pas trop de recherches sur l’essence et la nature du Grand Être, ni sur les lois par lesquelles il gouverne. » (Porphyre)
C’est ainsi qu’après avoir essayé de prouver Dieu sans y être arrivé, les philosophes finissent toujours par le déclarer « incompréhensible ».
M. Tiberghien dit : « La question de l’existence de Dieu n’est pas susceptible de démonstration. »
Il est certain qu’il ne faut pas essayer de démontrer ce qu’on ne comprend pas. Encore moins faut-il essayer de prouver ce qu’on ne peut pas démontrer.
Tant que la question de l’existence de Dieu appartenait à la philosophie elle était, par cela même, placée en dehors du champ de l’observation et de la démonstration. En la mettant sur le terrain de la science on lui rend la possibilité d’être vérifiée et démontrée.
Le Dieu des spiritualistes est donc loin d’être un Principe défini. C’est une conception qui prend la taille de l’esprit de celui qui l’affirme. Tantôt mesquine jusqu’au ridicule, tantôt sublime jusqu’à la folie, presque toujours vulgaire, souvent grotesque.
Pour le plus grand nombre de ceux qui se déclarent déistes, Dieu est un être organisé physiologiquement comme l’homme, agissant d’après les lois qui régissent la vie humaine et guidé par des idées semblables à celles qu’engendre la raison humaine. Ils font de Dieu un ouvrier fabriquant le monde comme l’horloger fabrique une montre. Quelques-uns le font même se reposer après le travail, toutes choses qui supposent un système nerveux organisé comme celui de l’homme pour penser et pour agir.
« Il vaudrait mieux n’avoir aucune idée de la divinité que d’en avoir des idées basses, fantastiques, injurieuses, indignes d’elle, c’est un moindre mal de la méconnaître que de l’outrager. J’aimerais mieux, dit le bon Plutarque, qu’on crût qu’il n’y a point de Plutarque au monde, que si l’on disait que Plutarque est injuste, envieux, jaloux et si tyran qu’il exige plus qu’il ne laisse le pouvoir de faire. »
Dans les traditions philosophiques les plus élevées on entend par Dieu « l’être » infini et absolu, « l’être » un et entier, tout « l’être ». Cette façon d’envisager la question se rapproche de notre nouvelle doctrine de la divinité ; mais elle en diffère en ce qu’elle manque de précision et de clarté.
« L’être en soi », tout l’être, c’est l’Oxygène, puisque l’être fini, l’être créé ne doit la vie qui l’anime qu’à la présence de ce principe qui est, bien réellement, « l’être en soi ».
Beaucoup de spiritualistes ont affirmé qu’ils voient Dieu « Dans l’admirable spectacle que nous offre la Nature. »
Ceux-là, encore, affirment inconsciemment notre doctrine, car, qu’est-ce que l’harmonie de la Nature, sinon le rapport qui existe entre l’être créé et la force qui l’a créé, le lien qui unit la cause à l’effet, en un mot, toutes les choses qui résultent des lois naturelles ?
Ce qui fait la beauté de la Nature c’est la vie sous toutes ses formes ; c’est tout ce qui affecte nos sens d’une façon quelconque, c’est la lumière qui nous éclaire et produit des ombres et des clartés d’un effet enchanteur, c’est le son, origine de toutes les mélodies, ce sont les saveurs, les odeurs qui nous impressionnent agréablement, c’est la pensée spéculative qui plane par-dessus tout cela. Or, toutes ces choses sont l’œuvre de l’Oxygène. C’est ce corps qui engendre la vie et l’entretien, c’est lui qui donne à la plante sa forme, sa couleur, son parfum, c’est lui qui est le principe de la lumière, de la chaleur, de l’électricité, du son, des odeurs.
Si vous supprimez tout cela, que reste-t-il de « l’admirable spectacle de la Nature », que reste-t-il à la surface terrestre ?
Rien que des métaux inertes, sans eau, sans chaleur, sans lumière ; le chaos, en un mot, c’est-à-dire l’absence d’organisation, d’harmonie, de vie.
Voltaire disait « Si Dieu n’existait pas il faudrait l’inventer. », après lui M. Acollas a démontré que « si Dieu existait il faudrait le supprimer. ».
Et, cependant, tous les deux ont raison.
Si Dieu auquel Voltaire fait allusion, le principe de vie, le principe organisateur de l’Univers, en un mot, l’Oxygène, n’existait pas pour donner à la Nature son harmonie actuelle il faudrait inventer l’Oxygène.
Mais si le Dieu auquel M. Acollas fait allusion, le Dieu personnel, relégué hors du monde, sur le trône de sa déserte immensité, comme disait M. Cousin, si ce Dieu inutile, inconnu et incognoscible, comme le néant qu’il est, existait, il faudrait le supprimer, puisque son existence qui n’a aucun objet, ne sert que de ferment de discorde entre les hommes.
C’est cette conception étroite de la divinité, c’est ce Dieu personnel, qui trône dans le ciel en dehors de la Nature et montre toutes les faiblesses de l’homme en même temps qu’il en a tous les attributs, qui est la véritable cause de l’athéisme qui a envahi l’esprit public dans les temps modernes.
Cependant il ne faut pas nier le Principe-Créateur parce que l’ignorance et la superstition l’ont défiguré.
Il ne faut pas faire profession d’athéisme car cette négation atteint une vérité scientifique que nul homme sensé ne peut nier. Le mot athée sert aujourd’hui à exprimer une négation absolue, une négation totale, un nihilisme qui va jusqu’à la science. Il est donc prudent de rétablir la véritable signification du mot avant de s’en servir.
Il ne faut pas tomber dans le même travers que les esprits forts qui ne savent pas distinguer les nuances de la vérité scientifique, philosophique ou religieuse, de ceux qui croient que la négation d’une église particulière entraîne la négation d’un Principe et qui se figurent qu’en rejetant les doctrines de l’église romaine on doit aussi rejeter toutes les croyances séculaires de l’humanité. Non, c’est là une erreur plus dangereuse encore que celle qu’on veut combattre.
La science ne nous permet pas d’abolir l’idée de Principe, elle élargit, au contraire, cette idée, elle l’explique, elle la définit, elle la démontre, elle rétablit la notion antique de l’idée Divine dans sa plénitude, dans sa grandeur, dans sa pureté, elle rend l’athéisme impossible en restituant aux hommes la connaissance complète du Dieu qui a fait l’homme.
Cette connaissance positive du Principe Créateur fait l’objet de la pensée humaine depuis que l’homme est en possession de ses facultés intellectuelles. C’est cette connaissance que tant d’hommes d’élite, dans les nations, ont cherché, que tant d’hommes ont pressenti, dont le germe est au fond de toutes les consciences, que la raison demande, que le cœur désire.
Tous les peuples ont mis dans une religion cette aspiration suprême, tous ont nommé ce Principe, en attendant qu’ils le connaissent.
Dans toutes les langues il y a un terme qui correspond au mot Dieu, ce qui prouve que l’idée que ce mot représente a toujours fait l’objet de la pensée spéculative de l’humanité, car le langage n’est que l’expression de l’esprit.
Dieu, tout en étant resté inconnu, a donc toujours été pressenti. En attendant qu’on lui rende sa véritable nature on lui a prêté mille formes, mille figures bizarres. Le catholicisme nous en a donné une dernière image dans un vieillard à barbe blanche ou dans un homme crucifié.
Mais tout cela devait aboutir à une connaissance positive du Principe réel qui nous a donné la vie.
La foi, c’est-à-dire le besoin de croire à ce Principe, est un sentiment si fort dans l’homme qu’il a mieux aimé adorer des idoles, en attendant autre chose, plutôt que de vivre dans l’incertitude qui lui donnait une sorte de vertige intellectuel.
Ce sentiment général, si fort encore à notre époque, est, pour nous, une garantie de la réussite de notre audacieuse entreprise. L’homme veut croire quelque chose. Or, quand nous lui aurons apporté une vérité qui ne peut être mise en doute, la foi deviendra inébranlable et générale. Ce sera la régénération morale de l’humanité.
En même temps, lorsque nous aurons écarté les questions de détail qui alimentent la discorde entre les sectes et les partis, la déplorable intolérance qui les divise disparaîtra.
Les hommes s’apercevront qu’ils sont tous d’accord sur les grands Principes lorsqu’ils comprendront que ces Principes sont la science même. Ils cesseront alors de se quereller sur des questions sans importance de forme et de mots.
Ce sera la concorde universelle.

LE MATÉRIALISME
Tous les systèmes philosophiques ont leur côté faible. Ils apportent tous, en naissant, une tâche originelle : la faiblesse de l’esprit humain qui les a engendrés. Le matérialisme qui, de tous les systèmes, est celui qui se rapproche le plus de la « science », n’est cependant pas exempt de reproches. Il a aussi ses défauts.
Le mot d’abord qui sert à désigner ce système (et qui fait l’objet de la grande querelle des hommes), n’est pas exact. La « matière » n’est pas l’agent de la force, en tant que matière. C’est l’atome qui est cet agent, et l’atome n’est pas matière, puisqu’il ne tombe, sous nos sens, d’aucune manière.
Il est vrai que l’atome sort de la matière et y rentre ; mais sous sa forme radiante, il n’est pas matière, il est mouvement aussi ; c’est sous la forme atomique, seulement, que nous voyons régner la force. Donc la force n’est pas matière et la matière n’est pas force, si nous prenons ces mots dans leur signification exacte.
L’électricité est une force ce n’est pas une matière. Un morceau de fer est une matière, ce n’est pas une force, mais il peut devenir force en changeant d’état, de même que les atomes qui constituent l’électricité peuvent devenir matière en s’arrêtant.
La discussion qui roule sur ces mots force et matière résulte d’un malentendu sur la signification des mots.
La matière ne possède aucune des propriétés que les spiritualistes attribuent à « l’Esprit ». Elle est inerte et inactive. En attaquant les matérialistes qui affirment que la « matière » sent, pense, agit, les philosophes sont dans le vrai ; la « matière » ne sent pas, n’agit pas. Toutes ces facultés sont les propriétés de l’atome.
Il est certain que l’on faisait, dans l’antiquité, une distinction capitale entre ces deux états de la substance universelle. Le mot « matière » indiquait l’état inactif qui résulte de l’arrêt du mouvement de l’atome dans une combinaison, le mot « Esprit » ou « force » indiquait l’action de l’atome libre.
Si les matérialistes voulaient attribuer à la « matière inactive » les actions de la « substance active », ils tomberaient dans une grave erreur. Ils ne sont donc pas exempts de reproches, puisque, pour commencer, le mot qui leur sert de dénomination est incorrectement employé. C’est ce mot, mal employé, qui est la cause de tous les anathèmes que l’on a porté contre le système. Si le matérialisme a été considéré comme apportant aux graves questions qui agitent l’esprit humain une solution négative c’est parce que, en effet, la matière n’est pas apte à devenir l’agent des phénomènes de la vie. Il y avait donc là un malentendu.
Si nous-mêmes, nous nous sommes quelques fois servi du mot matière, dans le courant de cet exposé, pour indiquer l’état actif de la substance du monde, si M. Crookes associe ces deux mots « matière radiante », c’est parce que nous avons tous l’habitude irraisonnée d’employer des mots impropres.
Il est évident que si l’on attribuait à la matière ce que la matière ne peut faire ce serait donner une solution négative à tout ce qui est.
Mais telle n’a jamais été l’intention des adeptes de ce système. Le matérialisme ne nie pas la réalité des choses, il nie l’interprétation, la signification donnée aux faits par ceux qui, ne sachant pas expliquer « l’état-Esprit » de l’atome, mettent cette force en dehors de la Nature ; ils nient l’existence et l’intervention d’un Dieu extra-naturel et, cependant, doué de toutes les facultés humaines et agissant, dans le ciel, comme l’homme agit sur la terre.
Mais si le matérialisme nie cette mesquine conception, il ne nie pas l’existence d’un état dérivé de la matière et capable d’engendrer la vie, d’un Principe-Créateur. Et comment le nierait-il puisqu’il se base sur la méthode expérimentale et que nous pouvons prouver expérimentalement l’action créatrice et vivifiante de l’Oxygène.
Lorsque Laplace répondait à Napoléon qui lui parlait de Dieu « nous n’avons pas besoin de cette hypothèse », il se trompait étrangement. Nous n’avons pas besoin, certainement, du Dieu-homme des religions modernes, mais nous ne pouvons pas vivre sans le Dieu Oxygène, et M. Laplace, sans ce Dieu-là, sans ce Principe vital qui circulait en lui, n’aurait pas fait cette réponse à Napoléon, car il n’aurait pas été en vie à ce moment.
Il est évident que si on supprimait de la croyance des hommes le « Principe de vie », la raison serait comme affolée, elle ne saurait plus à quoi se rattacher, elle chercherait, dans le vague, le pourquoi d’elle-même. Il en résulterait, dans l’esprit, une anxiété que nous avons éprouvé nous-même, un jour, lorsqu’en lisant les déclamations des spiritualistes nous avons crû, un instant, que cette prétendue négation universelle avait été prononcée. Nous étions victime d’un malentendu, le matérialisme ne supprime rien ou, plutôt, il ne supprime que l’absurde.
Ce qu’il prétend faire, c’est expliquer « ce qui est », non le détruire.
Le second reproche que nous avons à faire au matérialisme, ou plutôt, aux matérialistes, c’est d’avoir fait au monde de belles promesses qui n’ont pas été tenues.
Il semblait, il y a quelques années, que la nouvelle méthode allait immédiatement résoudre tous les grands problèmes qui agitent la pensée humaine.
Et, cependant, combien de vieilles erreurs ont été laissées debout, combien de nouvelles erreurs ont été introduites dans la science, à l’ombre de cette doctrine ! La méthode, peu sûre, de quelques-uns de ses représentants, un enthousiasme irréfléchi pour des idées nouvelles, séduisantes, mais absurdes, les extravagances qui, à l’ombre de ces idées nouvelles, ont été introduites dans la science, et y règnent encore, ont inspiré, aux vrais savants, une juste méfiance. Et en même temps que cette imprudence donnait des armes aux ennemis de la science, elle diminuait la valeur du système.
Et ces défenseurs maladroits d’une grande cause ont ajouté à leur imprudence l’arrogance, le sarcasme, la raillerie qui sont les armes des faibles ; ils ont mêlé la passion aux idées qu’ils n’ont pas su développer, ils ont nié arbitrairement des principes qu’ils n’ont pas su remplacer, en un mot, ils ont suivi une méthode « qui n’est pas scientifique ».
Or, la vérité n’est pas plus dans la négation irraisonnée des esprits forts qu’elle n’est dans l’affirmation irraisonnée des spiritualistes.
Il ne suffit pas de nier, il s’agit de remplacer, par des idées vraies, les idées fausses que l’on veut détruire. Le scepticisme est anti scientifique. La science « affirme », puisque la science veut dire « savoir », la science n’est jamais négative. « C’est une plus grande perfection de connaitre que de douter, disait Descartes ».
Tout cela ne veut pas dire que le matérialisme, en tant que doctrine, était incapable de tenir ses promesses, cela veut dire, seulement, que c’est une arme qui a été maniée par des mains inhabiles.
En entreprenant, dans notre « Nouvelle Science », de faire une histoire positive de tous les phénomènes de la Nature, notre but est de prouver que toutes les solutions demandées pouvaient être données, à la condition expresses de rester sur le terrain sûr de la « vraie science ».
Le matérialisme bien compris, c’est-à-dire purgé de toutes les idées malsaines dont on l’a fait le drapeau, est la plus haute expression de la pensée, le dernier effort de l’esprit. Celui qui s’élève jusque-là, celui qui peut arriver à donner l’explication scientifique des phénomènes de la Nature se met intellectuellement au-dessus de tous ; si on l’attaque c’est que ses positions dominantes excitent toujours l’envie.
Le spiritualisme, qui croit pouvoir se passer de la science, est l’expression inconsciente de la paresse ou de l’impuissance de l’esprit. Celui qui le professe avoue implicitement qu’il est incapable de faire l’effort intellectuel qui peut l’amener à la connaissance des causes et des phénomènes. Il avoue, inconsciemment, qu’il aime mieux supposer le monde dirigé par la volonté arbitraire d’un être surnaturel plutôt que de chercher, par lui-même, à expliquer cette action qu’il croit au-dessus de son entendement.
Cependant, nous devons reconnaître que si nous sommes obligés de faire le procès des spiritualistes, ce n’est pas non plus le système, en lui-même, que nous attaquons, ce sont les hommes qui le défendent maladroitement.
La vieille tradition spiritualiste n’est pas aussi loin de la science qu’on le croit. En affirmant l’intervention d’un « Esprit » qui gouverne tout elle ne fait qu’affirmer « la force » qui est l’essence de l’atome. Si vous rendez à « l’Esprit » sa réalité en reconnaissant son origine dans l’atome, et si vous rendez à la matière sa « spiritualité », en lui rendant l’activité qu’elle acquiert en se décomposant, vous avez abattu la frontière qui sépare le spiritualisme du matérialisme. Il ne reste plus, alors, d’autre différence, entre ces deux systèmes, que celle qui réside dans les mots.
Actuellement, les matérialistes rejettent le mot « Esprit » parce qu’ils n’aperçoivent pas, dans la nature, le principe que ce mot représente. Et, cependant, les actions attribuées à ce principe sont bien réelles, donc, le mot seul est discutable.
Les spiritualistes donnent au mot « matière » une signification qui n’est pas celle que la science moderne entend lui donner. Ils ignorent, ou feignent d’ignorer, que le mot « matérialisme » exprime, aujourd’hui, la doctrine qui explique les phénomènes de la nature au moyen des connaissances acquises par les hommes, au lieu de l’expliquer par l’intervention d’un agent ou d’une cause existant en dehors de la Nature.
Or, ceux-là même à qui le mot « matérialisme » fait horreur sont, comme les autres, et sans s’en douter, les adeptes de cette doctrine à leurs heures.
Vous qui mettez entre les mains de vos enfants un livre de physique ou de chimie, vous êtes matérialiste puisque vous lui donnez les moyens d’expliquer la Nature par la science. Vous qui appelez le médecin auprès d’un malade, vous êtes matérialiste puisque vous faites appel à la science au lieu de vous adresser à l’être surnaturel en qui vous placez la Toute-puissance.
Vous qui vous médicamentez, vous êtes matérialiste puisque vous croyez à la thérapeutique. Vous qui croyez à l’influence du climat, des saisons, de la température, vous qui avez une si juste crainte des intempéries atmosphériques, des courants d’air, de la foudre, etc., vous qui cherchez la cause de vos malaises dans les changements qui surviennent dans le milieu que vous occupez, vous êtes matérialiste puisque vous reconnaissez que « la matière » qui constitue les éléments atmosphériques, a une action toute-puissante sur votre organisme.
Or, comme toutes les personnes sensées accordent une confiance illimitée à l’action des agents atmosphériques, il faut en conclure que toutes les personnes sensées sont « matérialistes ». Ce qui le prouve, c’est que, lorsqu’un intérêt puissant est en jeu, lorsque la vie est en danger, toutes, même celles qui se croient les plus spiritualistes, rabattent beaucoup de la confiance qu’elles accordent à l’intervention d’un être surnaturel et demandent à la « science » ce qui serait, cependant, bien plus facile de demander à cette puissance infinie.
Remarquez aussi que ceux qui condamnent le plus violemment le matérialisme scientifique, sont ceux qui pratiquent le plus ouvertement le « matérialisme mondain ».
Voyez les femmes du monde ou celles de la bourgeoisie si attachées à la religion régnante et qui nous jettent si facilement à la tête des épithètes flétrissantes, ce sont celles-là, cependant, qui donnent le plus de prix aux choses « matérielles », les vêtements, les meubles, les bibelots, les raffinements de nourritures ; toutes leur vie est occupée de futilités « matérielles », tandis que les choses intellectuelles dont s’occupe le savant leur sont tout à fait étrangères. Et ce sont elles, pourtant, qui nous accusent d’un « grossier matérialisme ». Étrange renversement de la signification des mots.

CONCEPTIONS PRIMITIVES RELATIVES A L’ORIGINE DE LA VIE
Toute l’antiquité a proclamé la genèse naturelle des êtres organisés, et il ne pouvait pas en être autrement puisqu’elle ne connaissait pas le Dieu personnel dont les modernes ont fait la cause de toutes choses.
Le seul Dieu que l’antiquité connaissait était l’Élément-Créateur, le Principe subtil qui engendre la vie : l’Oxygène. Il fallait donc bien affirmer la genèse naturelle puisque l’on savait que le Principe de la vie est un agent de la Nature.
Le surnaturel est une conception moderne qui caractérise une ère de décadence intellectuelle et d’ignorance que le genre humain a traversée mais dont nous sommes à la veille de sortir.
Dans toutes les cosmogonies de l’antiquité on a représenté, à l’origine des choses, un état de chaos, c’est-à-dire d’absence de tout ce qui anime la nature, l’absence de lumière, d’eau, de vie. Cet état répond à la période primitive de formation des astres, période pendant laquelle ils ne sont encore qu’un amas nébuleux. Ces nébuleuses sont composées de molécules qui se réunissent, s’agrègent, se rapprochent de plus en plus, de manière à former un noyau solide, mais sur lequel le feu, la vie n’existe pas.
Nous devons supposer que tous les astres, y compris la terre, ont été formés ainsi, et non pas de fragments détachés d’un soleil, comme le prétend la théorie de Laplace.
Cet état de chaos dure, pour la terre, tant qu’elle n’est pas fécondée par la radiation solaire, ce qui nous oblige à supposer qu’à l’époque chaotique de la terre le soleil n’était pas encore incandescent. Il était ce que sont actuellement les planètes, un astre obscur, mais dont la surface était, sans doute, oxydée comme l’est la croûte terrestre.
Le jour où cette oxydation détermina l’incandescence de l’astre, la radiation qui se répandit dans l’espace alla féconder tous les corps célestes qui se trouvaient dans l’aire immense de son action.
Aussitôt « la lumière fut », fait qui a toujours été considéré comme la première manifestation de la divinité, et en effet, la matière n’acquiert ses propriétés « Divines », autrement dit, Dieu se manifeste, que dans l’état igné.
Le second acte de l’Élément-Divin est la création de l’eau, fait qui est encore confirmé par la science.
Pour qu’il y ait de l’eau il faut qu’il y ait de l’Oxygène et que cet Oxygène se trouve à l’état « naissant », c’est-à-dire « radiant », pour se combiner avec l’hydrogène diffusé dans l’espace. Donc, pendant la période chaotique ou nébulaire il n’y a ni eau ni lumière ; après cela il est inutile de dire qu’il n’y a pas de vie.
La radiation qui apporte la lumière et donne naissance à l’eau fait naître, en même temps, à la surface terrestre la « vie ». Ces trois manifestations sont solidaires l’une de l’autre et toutes les écritures de l’antiquité nous montrent l’accomplissement de ce premier acte de la Genèse.
« Le Verbe était porté sur un principe humide et il en sortit « le feu pur et léger » qui se perdit dans les air. L’air léger, semblable à l’esprit, (la radiation), occupe le milieu entre l’eau et le feu ; et la terre et les eaux étaient tellement mêlées ensemble que la surface de la terre, enveloppée par les eaux, n’apparaissait en aucun point. Elles furent toutes deux agitées par le « verbe de l’esprit », parce qu’il était porté au-dessus d’elles ». Hermès Trismégiste.
Remarquons que le mot « esprit » est toujours donné, dans les mythologies de l’antiquité, à la matière à l’état atomique, c’est-à-dire active, mais particulièrement à l’Oxygène « naissant », autrement dit au courant électrique. Le mot s’est perpétué dans l’histoire et est arrivé jusqu’à nous. Sa signification seule s’est altérée. Nous la rétablissons. Il nous reste à prouver les faits que nous avançons en montrant qu’ils ne sont que le fond même de la tradition.
Remontons donc jusqu’à l’origine des idées qui nous ont été transmises par les générations et nous verrons que ces idées sont les principes fondamentaux et indestructibles de la science humaine.

INDE
Les « Védas » sont une des sources les plus anciennes que nous connaissions. Elles sont de celles où toutes les religions ont puisé leurs préceptes, car toutes se sont copiées les unes sur les autres, en empruntant toujours à leurs devancières les dogmes et les rites sur lesquelles elles se basaient.
En remontant de l’une à l’autre, dans l’histoire, nous arrivons à l’Inde, ce berceau de la pensée humaine.
Le premier livre du code de Manou est consacré à la Genèse, cette grande question que toutes les religions sont venues étudier dans les versets du législateur indien.
Il débute ainsi : « Toi seul, ô Divin fils de Swayambhouva, fus instruit dès l’origine des choses et peux nous dire ce qu’est cette grande cause universelle qui existe par elle-même, et que la raison humaine ne peut comprendre. »
Ce monde était dissous dans le non-être imperceptible, sans propriétés distinctes, ne pouvant tomber sous les sens, ni être imaginé par la pensée. C’était le sommeil de la Nature. »
Le monde, ainsi décrit, c’est l’état dans lequel se trouvait notre planète, alors qu’elle n’était, dans l’espace, qu’une nébuleuse informe. C’est un monde inorganique dans lequel l’Oxygène n’a pas encore apporté la vie, aussi il est « dissous dans le non-être ».
Tout ce que l’Oxygène engendre y fait défaut. L’être organisé n’est pas ; s’il était, il ne serait pas pourvu des sens spéciaux nécessaires pour apporter des impressions ; d’une pensée pour les concevoir.
Quand vint l’heure du réveil, celui qui existe par lui-même, qui n’est pas à la portée des sens extérieurs, développant sa nature avec les cinq éléments et les principes subtils, parut brillant de lumière, et sa présence chassa la nuit. »
L’heure du réveil c’est le moment où le soleil s’allume et envoie ses radiations dans l’espace. Alors « celui qui existe par lui-même », l’Oxygène, se manifeste sous ses différents états, et pour commencer, « il fait la lumière » et chasse la nuit.
Nous avons, dans ce verset, la preuve que la conception d’un Elément-Divin, est unie à l’idée de l’incandescence du Soleil. Dieu naquit le jour où le Soleil s’enflamma.
Avant ce moment le monde était dissous dans le non-être.
Celui que l’intelligence seule conçoit, qui échappe aux sens, qui est sans portée visible, éternel, âme universelle que nul ne peut définir ni comprendre, développa sa puissance. »
Cette puissance ce sont toutes les forces dont la radiation est l’agent. « Celui » que l’intelligence seule conçoit c’est l’Oxygène, puisqu’il échappe à nos sens lorsqu’il est à l’état radiant. Nous ne voyons pas passer le courant électrique. Il est « l’âme universelle », puisque, partout où il va, il porte la vie.
Il résolut dans sa pensée de tirer de sa propre substance tous les êtres, et il déposa dans les eaux, qu’il créa premièrement, le germe de la vie universelle. »
Tous les êtres sont faits de sa substance, puisqu’il n’y a pas d’êtres vivants sans Oxygène. Il créa les eaux. Evidemment, puisque l’eau n’est qu’un de ses composés. Il y déposa le germe de la vie universelle ; sans aucun doute, puisque la vie n’apparait que dans un milieu humide.
Le germe était contenu dans un œuf d’or, aussi brillant que l’astre éclatant du jour, et dans lequel Brahma, le seigneur de tous les êtres, déposa une parcelle de sa pensée immortelle et fécondée par sa volonté. »
L’œuf d’or c’est la cellule primitive. Brahma est un des noms donnés à l’Oxygène.
Les eaux ont reçu le nom de Nara parce qu’elles étaient une émanation de l’Esprit-Divin. »
C’est-à-dire un composé d’Oxygène.
Il tira de sa propre essence ce souffle immortel qui ne périt pas dans l’être (l’influx nerveux) et, à cette âme de l’être, il donna l’Ahancara. » (La conscience).
Puis il donna à cette âme de l’être l’intellect aux trois qualités et les cinq organes de perception extérieure. »
Et ayant uni l’Ahancara aux cinq organes subtils capables de toutes les modifications les plus diverses, il forma les principes matériels de la vie organisée et alors créa tous les êtres. »
De ce moi uni aux six principes imperceptibles dont le grand être forma son existence manifestée de laquelle il allait tirer l’Univers, est venu le nom de Sarira (composé de six atomes) dont les sages désignent la forme du générateur céleste. »
C’est dans cette source immense (le Soleil) que se transforment les principes matériels de la vie, et le souffle immortel qui ne périt pas dans l’être et où tout ce qui est animé reçoit ses facultés et ses attributs. »
C’est dans le Soleil que s’opère la décomposition qui met l’Oxygène en liberté. C’est là qu’il devient le souffle immortel qui ne périt pas dans l’être, puisque c’est dans l’incandescence, qu’il acquiert l’état radiant.
Par ses particules subtiles, douées de force d’agrégation et de transformation, unies au principe de volonté, ont été formés tous les êtres de ce monde périssable, émané de l’impérissable. »
Les particules douées de force d’agrégation et de transformation, ce sont les atomes, tout cela est de la chimie.
Avouons que Manou était plus près de la science que Lavoisier.
Les êtres périssables émanés de l’impérissable, ce sont les corps organisés. Ils sont périssables parce qu’ils peuvent être décomposés. L’impérissable ce sont les éléments impérissables, c’est-à-dire indécomposables.
C’est avec les particules périssables émanées des cinq éléments qui composent la forme manifestée du Grand Tout, que tout a été créé. » Les particules périssables ce sont les molécules ; les particules impérissables ce sont les atomes.
La forme manifestée du Grand Tout c’est le corps vivant, plante ou animal.
Après avoir créé l’Univers et donné ce code de lois pour la direction des êtres animés, le Maître-souverain, qui s’est manifesté dans l’œuf d’or, retourne s’absorber dans l’âme universelle lorsque la fin des transformations créatrice est arrivée. »
M. Jacolliot dans sa traduction des Védas ajoute à ce texte les commentaires suivants : « Brahma manifesté, c’est-à-dire sortant de son repos, préside à la création. Ce temps représente sa période d’action, « son jour », pendant lequel la Nature entière se transforme. Quand il s’absorbe dans « l’âme universelle », ce temps représente sa période de repos, et la Nature se dissous. »
Si nous devions donner la traduction scientifique de ces commentaires nous dirions : Brahma manifesté, c’est l’Oxygène manifesté, c’est-à-dire actif ; sortant de son repos, sortant d’une combinaison dans laquelle il était au repos. Il préside à la création puisque c’est lui qui est le « générateur ».
Quand il s’absorbe dans l’âme universelle, la Nature se dissout. C’est-à-dire quand il rentre dans le grand réservoir de la matière universelle, quand il s’endort dans une combinaison, la Nature, qu’il n’anime plus, se rendort, car la nature c’est la vie.
Tant que dure ce sommeil du germe des germes qui s’absorbe dans l’âme suprême, les principes de sensation et d’intelligence, les particules matérielles et celles qui composent l’immatériel se désagrègent et se dissolvent dans l’essence universelle. »
Tous les êtres perdent leur force d’attraction, leurs formes, leurs fonctions, et les organes des sens sont comme s’ils n’étaient pas. »
C’est-à-dire que tout ce qui a été donné par l’Oxygène disparaît.
Lorsque le Créateur-Souverain, de nouveau se manifeste, tous les types, toutes les formes qui existent de toute éternité en lui, reprennent la forme visible, et la semence universelle, de nouveau, répand partout la vie universelle. »
Les formes existent en lui, puisque c’est la radiation solaire qui donne aux plantes leurs formes spécifiques.
Aussi, en s’absorbant dans sa pure essence et en se manifestant alternativement, le souverain maitre révèle à la vie ou rejette dans le repos de la dissolution tous les êtres animés ou inanimés de cet Univers. »
Il est impossible de mieux définir le rôle de l’Oxygène.
C’est à la fin de cette nuit que Brahma sort de son repos et que Nara, l’Esprit-Divin, émane de sa propre substance, et se manifeste pour la création. »
De sa propre substance il tira l’éther, qui est une matérialisation de sa volonté et possède, d’après le sage, le pouvoir de transmettre le son et la lumière. »
Il faut entendre par cet Ether, qui est une matérialisation de sa volonté, l’espace interplanétaire, dans lequel se répandent ses radiations, dans lequel se propage son mouvement, et le mouvement, cette propriété active de l’atome, est toujours désigné par le mot « volonté ». Les sages de l’Inde avaient déjà reconnu qu’il est l’agent de la transmission du son et de la combustion, ainsi que de la lumière.
Une modification de l’éther produit l’air qui a la faculté de transporter le son et la lumière jointe à la tangibilité et à la transmissibilité des odeurs. »
L’Oxygène radiant en s’arrêtant à la surface terrestre y devient l’Oxygène gazeux de l’atmosphère, c’est pour cela qu’ « une modification de l’éther produit l’air. ».
La lumière qui n’est qu’une augmentation ou une diminution d’obscurité, naît d’une transformation de l’air, et a pour qualité de rendre sensible les formes. »
L’eau nait, à son tour, d’une transformation de la lumière et a pour qualité la saveur. »
« De l’eau transformée et modifiée nait la terre (la matière inorganique désagrégée ou dissoute) qui a pour qualité la solidité et toutes les qualités qui précèdent. »
« De l’eau, de la chaleur et de la terre naissent toutes les créatures animées et inanimées, grâce au germe que l’esprit divin produisit de sa propre substance. »
Ce germe c’est l’atome libre d’Oxygène.
« C’est ce germe qui ne périt pas dans l’être (puisqu’il est l’origine du système nerveux) car il devient l’âme de l’être, et retourne, à l’époque du pralaya, s’absorber dans l’esprit divin, qui, lui-même se repose dans Swayambhouva. »
Telle est la création. »

En résumé l’Esprit-Divin, Dieu, produit l’éther, l’éther produit l’air auquel il donne toutes ses propriétés physique. Or, nous savons que c’est l’Oxygène qui donne à l’air ses propriétés physiques. L’eau naît d’une transformation de la lumière. Cela pourrait sembler étrange à ceux qui sont étrangers à la science et M. Jacolliot, lui-même, dit à ce sujet que « la science ne saurait, sans doute, admettre toutes ces spéculations ». Cependant rien de plus scientifique.
L’eau et le feu procèdent du même élément, et Manou le savait avant que la chimie moderne l’ait constaté.
L’Oxygène est le générateur de l’eau comme il est le générateur du feu (1).
Héraclite essaya aussi d’établir que le feu se change en air, l’air en eau et l’eau en terre. Il soutenait que le feu « n’est que mouvement » de là il fut conduit à enseigner que « tout est mouvement » : Démocrite, Leuccipe et Epicure soutenaient aussi la théorie atomique, telle que nous la reconstituons.
Partout la Genèse naturelle des êtres organisés est affirmée ; il n’est question nulle part d’une création spontanée due à la puissance d’un Dieu surnaturel.
On retrouve dans les œuvres des successeurs de Manou des versets tout entier des Védas, à peine modifiés dans la forme. Mais le fond reste partout le même, jusqu’au moment où l’idée s’obscurcit, où la science disparaît du monde.
Alors le Grand Élément, l’Élément-Dieu, devient un être caché quelque part, son séjour céleste, immense et resplendissant, devient un paradis, logé dans un coin de l’espace ; toutes ces propriétés physiques deviennent les attributs d’un être existant en dehors de la Nature, presque d’un homme, d’un Dieu personnel.
(1) Suivant Pythagore, l’air impur, hétérogène, est ce qui se trouve au-dessous de l’air pur, homogène. Ce dernier était l’éther, « matière céleste, libre de toute matière sensible » cette matière céleste c’est la radiation composée d’atomes libres.

ÉGYPTE
Primitivement il n’y avait rien dans le vide. Peu après, une ombre effroyable qui se terminait en obliques replis (la nébuleuse) et se revêtait d’une nature humide (apparition de l’eau) s’agitait avec un fracas terrible. Une fumée s’en échappait avec bruit. Une voix sortait de ce bruit, elle me semblait être la voix de la lumière. »
Le bruit et la fumée sont les conséquences physiques des phénomènes de combinaison et de décomposition de la matière. La voix de la lumière c’est le verbe de la radiation, « sa parole » qui crée la vie.
Après la formation de la terre commence l’action génératrice du soleil. Le symbolisme exubérant sous lequel elle est cachée est résumé dans les lignes suivantes de M. Pierret : « Le soleil traverse le Ciel comme un « épervier d’or », où c’est un homme à tête d’épervier, qui navigue dans sa barque, ou simplement un disque ailé nommé « Hout » à Edfou, ou un coureur infatigable allongeant les jambes, circulant à travers le monde, sans s’arrêter, sans trêve à sa besogne. Illuminant la double terre (les deux hémisphères) il est le « maître de la vie », il fait subsister tout ce qu’il a produit, il produit les plantes nutritives, fait la végétation, fait subsister les troupeaux. La production de ce qui existe, des animaux et des hommes, sort de son œil. « Il engendre et détermine les formes. » »

CHALDEE
Cosmogonie chaldéenne.
Un temps exista où tout était eau et ténèbres. Bel, coupant « la tête » à Omoraka en fit le Ciel, tandis que de son corps il forma la terre. Bel sépara ensuite les ténèbres de la lumière, puis, en six jours régla le monde dans l’état où il est.
Par le mot « tête » il faut entendre le foyer d’émission de la radiation. On l’appelle tête parce qu’on le compare à la tête de l’homme qui est le foyer d’émission de la pensée. Par le mot corps il faut entendre la matière à l’état solide.
On compare la terre au corps parce que la terre s’est formée des particules apportées par la radiation et devenues solide en passant de l’état dynamique à l’état statique.
C’est par le même procédé, peut-on dire, que les corps vivants se forment. Les matériaux primitifs qui les composent passent de l’état dynamique à l’état statique.

SYRIE
Dans la genèse des Syriens, la cellule primitive est un œuf qu’une colombe couve pendant plusieurs jours dans les eaux de l’Euphrate. De cette cellule primitive naît Astarté, la mère universelle.

GRÈCE
La plus ancienne source nationale de la cosmogonie des Grecs, la Théogonie d’Hésiode, place le chaos à l’origine des choses. Vient ensuite l’eau et le « double soleil », représenté par Thétis (1).
La génération spontanée au sein de l’élément humide était le premier dogme de la religion babylonienne. Les historiens de la philosophie grecque parlent quelquefois d’un prétendu écrivain phénicien, nommé Mochos, qui aurait composé des livres sur l’histoire et les doctrines religieuses de sa patrie. On le disait originaire de Sidon et antérieur à la guerre de Troie.
La cosmogonie de Mochos, rapportée par Damascius, n’a pas d’autre fondement que celui que nous venons de rappeler. Il est bien probable, comme l’a soutenu Ewald, critiqué, il est vrai, par M. Renan, que le traducteur grec a pris pour le nom d’un écrivain phénicien le mot qui, dans l’idiome des chananéens, désignait la matière humide et féconde. La philosophie de Mochos serait ainsi « la philosophie de la matière première ». C’est ainsi que, dans les fragments de Sanchoniathon, que nous a conservé Philon de Byblos, dans la première cosmogonie, la matière féconde, à l’état chaotique, d’où sortira l’univers organisé, est une boue humide. Or, le nom de cette matière primordiale, dans le texte actuel de Sanchoniathon, Môt, corrigé en Môch, selon une conjecture vraisemblable, serait précisément celui du prétendu auteur phénicien, Mochos.
Rappelons d’abord que, chez Bérose comme dans la Bible et dans la tradition grecque, l’homme est pétri du limon de la terre.
Sans insister sur les textes classiques qui montrent l’homme sortant des mains de Prométhée, le prêtre babylonien a recueilli deux versions de ce mythe qui rappellent les deux récits bibliques de la création : « Bel alors se trancha sa propre tête, et les autres dieux (les Elohim), ayant pétri le sang qui en coulait avec la « terre », formèrent les hommes. » Voilà la première version ; voici la seconde : « Bel voyant que la terre était déserte, quoique fertile, commanda à l’un des dieux de lui couper la tête, et pétrissant le sang qui en coulait avec la « terre », il façonna les hommes ainsi que les animaux. » Ainsi, dans un récit c’était les Elohim qui façonnaient les hommes avec de l’argile, dans l’autre c’était bel lui-même. Cette œuvre de démiurge, (car il n’est pas question de création, mais de formation d’un nouvel être aux dépens d’une matière préexistante), le Dieu juif du second chapitre de la « Genèse » l’accomplit comme Bel : « Il façonne l’homme du limon de la terre. » (Jules Soury)
Cette conception de la Genèse est prise toute entière dans les cosmogonies des peuples de la vallée du Tigre et de l’Euphrate.
Ces deux Divinité, l’eau et le soleil, engendrent la vie.
Deux vers d’une vieille rapsodie homérique appellent « Occeanos » père des dieux, c’est-à-dire père des premiers hommes, et Thétis leur mère. Enfin Aphrodite Anadyomène sort de l’œuf d’or (la cellule) au sein des eaux.
Il n’y a rien d’original dans la mythologie grecque. De même les philosophes, inspirés à leur insu par l’esprit qui régnait partout, n’ont fait que donner une forme nouvelle aux anciennes idées.
Empédocle et Anaximandre de Millet pensaient que d’un mélange de terre et d’eau s’étaient formés des êtres inférieurs (des plantes) qui, par des mutations nombreuses et une progression continue dans la perfection, avaient produit tous les êtres vivants y compris l’homme.
Empédocle, qui vivait 450 ans avant J.-C. affirmait déjà l’éternité de la force et de la matière en ces termes : « Ceux qui s’imaginent qu’il naît quelque chose qui n’ait pas encore existé auparavant, ou que quelque chose meurt ou périt entièrement, sont des enfants ou des gens d’un esprit étroit. »
Thalès de Millet, dans la théorie qu’il donne de l’origine des animaux, les fait provenir de l’eau, indispensable à l’apparition de la vie.
(1) Ce double soleil peut s’expliquer de différentes manières. Peut-être s’agit-il de l’action bi-latérale des radiations solaires sur les corps qui se forment à la surface terrestre, peut-être entend-on par-là les deux états du corps actif : l’Oxygène positif et négatif, émanés de différents soleils et faisant à la surface terrestre deux courants magnétiques.

ÉTRURIE
D’après l’étrusque Suidras, la création est ainsi racontée dans la mythologie de son pays : « Un auteur très ancien a écrit que le grand Démiourge, ou architecte de l’Univers, a employé 6000 ans aux ouvrages qu’il a produit, et qu’il les a distribués en six temps dans les six maisons du soleil.
« Au premier mille il fit le ciel et la terre ; au deuxième mille le firmament, qu’il appela Ciel ; au troisième mille il fit la mer et les eaux qui coulent dans la terre ; au quatrième mille il fit les deux grands flambeaux de la Nature ; au cinquième mille il fit l’âme des oiseaux, des reptiles, des quadrupèdes, des animaux qui vivent dans l’air, sur la terre et dans les eaux ; au sixième mille il fit l’homme. Six mille ans ont précédé la formation de la race humaine, qui semble ne devoir subsister que pendant six mille autres années qui compléteront la période de 12000 ans au bout desquels le monde finit (1). »
(1) Cette croyance a passé chez les chrétiens qui croyaient que le monde ne devait durer que 6000 ans : de là l’attente de la fin du monde vers l’an mille, où, ajouté au temps qu’ils supposaient écoulé avant J.-C., formait à peu près les 6000 ans prédits.

SCANDINAVIE
Dans la Genèse du Kalévala, poème cosmique et héroïque des Finlandais, le Dieu suprême, qui a nom Ukko, sillonne l’air sous la forme d’un aigle, forme que l’on donne souvent à la radiation qui fend l’air comme un aigle. Le Dieu ainsi personnifié cherche à déposer les œufs d’or d’où doit naitre le monde organique ; il les laisse tomber au sein des eaux personnifiées par la vierge Luonnotar.

OCEANIE
Dans les mythologies océaniennes le monde organisé sort d’un œuf dans lequel le Dieu primitif a enfermé le germe de la vie. « Dans le principe il n’y avait rien, et le Dieu suprême Ihoiho-Taaroa habitait dans le vide. Il créa d’abord l’eau, et le Dieu germe, Tino, se mit à flotter à sa surface. »
Ihoiho divise ensuite son corps en deux parties : l’une mâle, « Taaroa », l’autre femelle, « Ina ». De leur union nait « Oro ». (Tradition des Orero-Océaniens).

MADAGASCAR
Dans la Genèse des Sakalaves, peuples autochtones de Madagascar, « l’Esprit » créateur laisse tomber au milieu des eaux un œuf qui donne naissance à tous les êtres animés.

LA GENÈSE BIBLIQUE
Les premiers chapitres de la Genèse Biblique sont identiques aux premières descriptions des autres livres sacrés de la haute antiquité. C’est une traduction, ou une nouvelle rédaction, des idées qui étaient populaires en Egypte à l’époque ou furent rédigés les premiers livres du Pentateuque.
La ressemblance du Livre premier de Moïse avec les versets du Zend-Avesta et avec ceux des Védas trahit leur commune origine, et prouve, une fois de plus, que toutes les religions ont pour point de départ le culte primitif de la Nature.
La Genèse Biblique nous montre, à l’origine des choses, l’état nébuleux de la terre, antérieur à l’incandescence du Soleil, idée que nous avons vue émise avant lui par Manou et par Zoroastre.
« Genèse Chap. I.2. – Et la terre était sans forme, et les ténèbres était sur la face de l’abîme, et l’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux. »
Rappelons que « l’esprit de Dieu » c’est, tantôt l’électricité qui se dégage des liquides, tantôt la radiation ; dans tous les cas, c’est l’Oxygène à l’état naissant.
« Genèse Chap. I.3. – Et Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fut. »
Nous avons expliqué cette première manifestation de l’Oxygène dans la lumière, ce qui fait mettre ce phénomène à l’origine de toutes les actions Divines.
« Genèse Chap. I.5. – Et Dieu nomma la lumière jour et les ténèbres nuit, ainsi fut le soir, ainsi fut le matin. »
Ceci nous indique le commencement des relations qui s’établirent entre le Soleil et la terre, lorsque le Soleil s’enflamma. Ce grand événement cosmique amena à la surface terrestre des alternances de clarté et d’obscurité, alternances qui n’existaient pas avant que le Soleil fut allumé, et, par conséquent, avant que l’Oxygène se manifestât dans sa radiation.
Jusqu’ici la cosmogonie biblique est en parfait accord avec la science.
Cette période primitive de l’histoire de la terre forme la « première époque » de la Genèse biblique, le premier « jour » puisque le mot jour, dans presque toutes les langues de l’antiquité signifie « époque ». L’âge de la terre pendant lequel Dieu (le Soleil) fait pousser de l’herbe verte et des arbres fruitiers est le troisième jour de la création. Les deux époques précédentes ont été : la première l’état nébulaire, la seconde l’âge minéral antérieur à la période de transition dans laquelle nous voyons apparaître la végétation.
La Bible en affirmant que Dieu créa l’homme dans la terre humide ne fit que répéter ce qui avait été affirmé avant elle dans toutes les écritures sacrées de l’antiquité.
La Genèse spontanée au sein de l’élément humide est le premier dogme de toutes les religions primitives.
Dans la grande cosmogonie indienne, les eaux ont reçu le nom de « Naras » parce qu’elles étaient une émanation de l’Esprit-Divin (l’Oxygène) appelé Nara, et les eaux ayant été le premier lieu de mouvement (ayara) de Nara.
De là l’Esprit-Divin créateur a été appelé Narayara, ou « celui qui se meut sur les eaux. ».
Dans le Prasada, poème des poèmes, on lit : « ô, Narayara, toi dont l’esprit flottait sur les eaux et s’était réveillé pour mettre fin à la dissolution de tous les êtres, ayant résolu de faire émaner les mondes de ta substance éternelle. »
En Perse l’eau est appelée « fille d’Ormuzd », et Ormuzd c’est l’Oxygène.
Dans les fragments de Sanchoniathon que nous a conservé Philon de Byblos, dans la première cosmogonie la matière féconde est une boue humide d’où sortira l’univers organisé. Dans Bérose, comme dans la Bible et dans la tradition grecque, « l’homme est pétri du limon de la terre ».
« Bel, alors se trancha sa propre tête et les autres dieux (les Elohim) ayant pétri le sang qui en coulait avec la terre formèrent les hommes. »
Dans cette explication donnée par les prêtres babyloniens de la formation première de la matière organisée, Bel est le Soleil, il tranche sa tête, c’est-à-dire une de ses radiations, dont il donne les atomes. Les autres dieux, les Elohim, sont les autres éléments qui concourent à cette Genèse primitive.
Tout ce langage mythologique, qui semble si obscur quand on n’en comprend pas la portée, devait être, pour ceux qui s’en servaient, aussi simple, aussi facile à comprendre que l’est, pour nous, notre langage scientifique moderne.
Il y avait derrière chacun de ces mots une idée scientifique dont la signification s’est perdue. Cette vérité commence à être aperçue, car les efforts des savants tendent à retrouver, dans la tradition antique, la confirmation des faits nouveaux que la science nous fait connaitre.
C’est cette méthode que nous employons.
Nous faisons table rase de toutes les idées fausses que l’époque historique nous a léguées et nous remontons aux premiers jours de l’antique Orient ; nous mettons les faits démontrés par la science en face des traditions afin de faire ressortir la vérité des principes qui les ont fait naître.

CONCLUSION
Il règne parmi les hommes un formidable malentendu qui entretient la discorde entre eux et qui provient de ce que, aujourd’hui, la vérité a deux faces.
Vue d’un côté elle est grande, simple, elle a la forme que la science moderne tend à lui rendre ; de l’autre elle est défigurée, altérée, méconnaissable : c’est la tradition.
Ceux qui la voient sous la première face nient la seconde, ceux qui n’ont pas encore « découvert » la science et ne savent pas qu’elle est le chemin de toute vérité, refusent d’abandonner l’ancienne forme qu’ils donnent à leurs idées.
Et, cependant, tous partent du même point de départ et vont vers le même but et la querelle qui les divise ne réside que dans les mots.
Nous entreprenons de réconcilier ces deux partis extrêmes, de ramener la concorde parmi les hommes en leur montrant que « la Vérité » est dans la science, mais que la science est à l’origine de toutes les traditions. Nous entreprenons de démontrer que le malentendu est dans l’expression des idées plutôt que dans les idées elles-mêmes.
Du reste, la signification des mots change avec le temps et avec la modification des idées. Le mot « surnaturel » voulait dire autrefois « au-dessus des lois de la Nature » ; il veut dire aujourd’hui : « au-dessus de nos connaissances » des lois de la Nature.
Or, comme la somme de savoir que chacun possède est très variable, le surnaturel ne commence pas, pour tout le monde, au même point.
Tel fait, très bien connu et très bien expliqué aujourd’hui par la physique et la chimie, fait encore partie du domaine du surnaturel dans les pays où ces sciences n’ont pas pénétré, ou même, autour de nous, dans les classes de la société où la science n’a pas encore été « révélée ».
Le domaine du surnaturel se rétrécit en raison de l’élargissement du champ de nos connaissances.
Il lui restait, cependant, un terrain sur lequel la science n’avait pas apporté sa lumière, et c’est sur ce terrain, tous les jours plus étroit, que se livrait la bataille qui règne encore entre les spiritualistes et les matérialistes.
Pour faire cesser la discorde, il n’y avait donc qu’une chose à faire : étendre nos connaissances jusqu’aux derniers retranchements, gagner le petit domaine qui manquait à l’empire du savoir humain et y planter le drapeau de la science. C’est ce que nous essayons de faire. Mais nous ne nous dissimulons pas les dangers de l’entreprise. Nous savons que, pour arriver à ce résultat, il faut s’élever au-dessus de la routine scientifique, il faut quitter les ornières des études classiques, aller plus loin que l’étape qu’on appelle aujourd’hui « l’état actuel de la science ».
Or, la situation exceptionnelle qu’il faut prendre pour se mettre ainsi, résolument, à la tête d’une réforme scientifique a bien des dangers. D’un côté on s’expose au mécontentement, plus ou moins violent, de ceux qui tiennent la science emprisonnée dans une étroite limite et qui ne permettent pas aux audacieux qui n’ont pas leurs titres académiques de remuer le terrain sur lequel ils sommeillent.
On s’expose à se trouver en face de l’opposition systématique, ou du silence calculé, que la science officielle fait autour de toute idée de progrès qui n’émane pas d’un des siens.
D’un autre côté, en s’enfonçant dans la profondeur des choses abstraites, on s’expose à n’être compris que d’un public très restreint, le grand public n’étant même pas arrivé au niveau que la science officielle permet d’atteindre.
Or, le scepticisme accompagne toujours l’ignorance. On nie quand on ne comprend pas.
Et cependant les vérités que notre génération a le devoir de remuer sont celles qu’on ne peut plus traiter aujourd’hui que sur le terrain de la science, qu’on ne peut plus vulgariser que sous une forme scientifique.
C’est dans ces difficiles conditions que nous allons commencer l’apostolat ; nous ne disons pas la lutte, car notre nouvelle doctrine n’est pas, comme ses devancières, un système venant perpétuer et envenimer la guerre ; elle est, au contraire, une œuvre de paix, de conciliation, de concorde ; elle exhorte les hommes de bonne volonté, de quelque parti qu’ils soient, à se rapprocher, à renoncer à la violence, à l’injustice, à la mauvaise foi qui envenime les discussions et à se tendre la main, dans un élan de sincérité, sur le terrain nouveau, mais sûr, d’une vérité scientifique démontrée.
La science, qui ne se dépare jamais de la sérénité que donne la possession de la Vérité, ne doit pas être défendue avec des armes indignes d’elle. Pour avoir le droit de la servir, il faut savoir s’affranchir de toute haine, de toute passion, de tout ressentiment, de tout intérêt. Enfin, il ne faut blesser personne si l’on veut amener tous les hommes à partager les mêmes convictions, il faut, au contraire, appeler tous les esprits éclairés et sincères à la discussion afin que LA SCIENCE, cette religion suprême, arrive à éclairer l’humanité entière.
Puisque la Vérité est « Une », tâchons que l’expression de la Vérité soit également « Une », afin que les mille religions contradictoires qui se partagent le monde vienne se fondre en une seule doctrine qui soit, à jamais, la religion de l’avenir.
Cette Religion universelle et pacificatrice est, depuis longtemps, pressentie et annoncée. Tous ceux qui comprennent la signification des progrès réalisés dans toutes les voies sentent que nous sommes arrivés à une époque de régénération, à une époque où la raison humaine, qui s’éveille, conduit tous les peuples de la terre vers « l’unité scientifique (1) ».
(1) M. Reville, comme tant d’autres, semble avoir pressenti cet avènement d’une nouvelle ère religieuse. Un jour qu’il inaugurait son cours des religions comparées, au Collège de France, il disait ceci : « L’Histoire des religions est-elle appelée à dégager des ténèbres du passé une religion qui sera un jour la religion universelle : c’est le secret de l’avenir. Ce que je sais, c’est que l’Histoire des religions tend à mettre en lumière, dans chacun, l’esprit religieux en ce qu’il a de plus intime. Quand j’entends des hommes, amis de la justice, de la liberté, du progrès et prêts à mourir pour leur conviction, me dire qu’il n’est pas de religion, je m’étonne et leur réponds : sans le savoir, vous avez une religion ; vous êtes un chapitre du cours que nous commençons. »

Le terrain est préparé, il n’y a plus qu’à lui confier la graine qui doit germer, et à laisser grandir, elle portera ses fruits.

À suivre : NOS VÉRITABLES ORIGINES, NOS RACINES, NOTRE ARBRE GÉNÉALOGIQUE