PLUS UN ENFANT CONNAIT SA MÈRE, PLUS IL L'AIME

« Il y a, de par le monde, des amarillys.
Solitaires,
Qui naissent entre deux vagues
Et n'aiment que la MER !
La mer si bleue... »

« Omnia vincit Amor et nos cedamus Amori »
« l'Amour triomphe de tout ; nous aussi, plions devant l'Amour »
(Virgile, Egl. X, Vers 69)



 
La lutte du Bien et du Mal, c'est-à-dire de l’Esprit dans la femme et de la Force dans l’homme, dure depuis la jeunesse de l'humanité.
Depuis plusieurs milliers d’années le monde lutte, l'humanité souffre, le Mal règne et grandit, le Bien est vaincu et s'affaiblit ; le Droit est sacrifié à la Force.
Mais cet état de choses ne doit pas toujours durer. La progression dans le mal a un terme fatal ; le terme même de la vie, puisque l'invasion du mal, dans l’homme, détruit peu à peu son existence ; l'invasion du mal dans les sociétés détruit peu à peu les sociétés : par la guerre, par le meurtre, par le suicide, par l'assassinat, par la misère, par la stérilité voulue de la femme.
Il faut donc que le Mal ait un terme ou, sinon, que l'humanité disparaisse.
Ce terme c'est la Rédemption.
C'est le renversement de la marche actuelle des choses.
C'est le triomphe de l'Esprit sur la Force, ramenant l'humanité dans la voie du Bien, la voie de l'Evolution progressive.
Ce grand événement qui doit, tout d'un coup, renverser l'œuvre de destruction du passé, a été prévu et annoncé depuis longtemps. L’antiquité l'a aperçu comme un phare brillant dans un avenir lointain, et ce n'est pas là une vision surnaturelle, la marche forcée des choses devait amener ce résultat. Il pouvait même être calculé avec une précision mathématique.
Pendant que l'évolution masculine entraînait l’humanité dans les abîmes, l'évolution féminine l'élevait sur des hauteurs qui devaient, un jour, ouvrir un horizon nouveau à la pensée humaine.
Nous sommes arrivés à ce terme fatal. Le Mal a pris des proportions telles dans le monde, qu'il ne semble pas qu'il puisse progresser encore sans briser tous les rouages de l'organisme physiologique et moral de l'humanité.
Le vol est dans les lois, dans les administrations, dans le commerce, dans les mœurs, le crime est de tous côtés autour de nous, l’injustice est partout, l'hypocrisie triomphe, la débauche de l'homme, qui est la cause de tous ces maux, est dans tous, ou presque tous, elle commence avec l'enfant et ne s'arrête qu'à l'impuissance...
Mais, pendant que le Mal est arrivé à ces proportions effrayantes par l’œuvre de l'homme, le Bien a progressé dans la même mesure par l'œuvre de la femme.
Chaque génération apportant à l'Esprit de celles qui naissent un progrès acquis dans la vie de ses aïeules.
Cette marche ascendante vers la lumière était appelée à produire, à un moment donné, une magnifique éclosion de toutes les vérités, un épanouissement soudain de toutes les grandeurs morales, le triomphe définitif de la Science, la renaissance du Droit, la reconstitution de la Société.

La femme reprendra sa place au sommet de l'Evolution humaine. En sortant de sa captivité intellectuelle, en brisant ses chaînes, elle montrera à l'homme ce qu’il est. C’est pour cela que la Fable lui met en main un miroir.
L'homme méchant, qui sera vaincu dans cette lutte suprême, a toujours été représenté, à ses pieds, dans l'attitude de la rage, de la honte et du dépit. Toute son hypocrisie passée sera démasquée, il n'y aura plus de lutte possible.
Cette Rédemption de l'homme par la femme a été pressentie et annoncée par une multitude d’esprits clairvoyants.
Une femme remarquable, Mme d’Agout (Daniel Stern) exhorte la femme à prendre, enfin, en main la grande tâche que l’Evolution humaine et sociale lui impose. Ecoutez-la :
« Il me déplait que les femmes pleurent si abondamment. Elles sont victimes de quoi ? De leur ignorance qui les rend aveugles, de leur oisiveté qui les livre à l’ennui, de leur faiblesse qui les retient captives, de leur frivolité qui leur fait accepter toutes les humiliations pour une parure, de cette petitesse d’esprit surtout, qui borne leur activité aux intrigues galantes et aux tracas domestiques.
« Pleurez moins, mes chères contemporaines, la vertu ne se nourrit point de larmes, quittez ces gestes, ces attitudes et ces accents de suppliantes, redressez-vous et marchez, marchez d’un pas ferme vers la Vérité, osez, une fois, la regarder en face, et vous aurez honte de vos gémissements, vous comprendrez que la Nature ne veut point de votre immolation stérile, mais qu’elle convie tous ses enfants à une libre expansion de la vie. Prenez votre part de la science, un peu amère et du travail compliqué de ce siècle, la société qui se transforme a besoin de votre concours.
« Méditez, pensez, agissez et bientôt le temps vous manquera pour plaindre vos maux chimériques et accuser les prétendues injustices du sort, qui ne sont autres que les justes châtiments de vos ignorances volontaires. »

Les hommes eux-mêmes ont entrevu ce dernier cycle de la vie de l’humanité.
Enfantin a dit ces mots, que l’on a gravé sur sa tombe : « L’âge d’or n’est pas dans le passé, il est dans l’avenir. »
Un auteur anonyme qui signe M.-E.-G., a publié en 1874, un livre intitulé : « Retour du Christ » (avec une préface d’Alexandre Dumas), dans lequel il développe la même idée : « La Rédemption par la femme ».
Citons encore ces vers de Louis Aragon :

« L'avenir de l'homme est la femme 
Elle est la couleur de son Âme 
Elle est sa rumeur et son bruit 
Et sans Elle, il n'est qu'un blasphème. »
(Zadjal de l'avenir, Le Fou d'Elsa, poème - 1963)

Enfin, si tous n’ont pas aperçu l’œuvre de régénération morale et sociale qui devait s’accomplir par la femme, à peu près tous les penseurs ont compris que l’œuvre de l’homme s’effondre, qu’elle est minée de toutes parts, et ne peut plus être relevée par l’homme seul.

Un prêtre, auteur d’un beau livre : « La Lettre tue », a fait une admirable peinture de cet effondrement :
« Une formidable épreuve se prépare pour l’humanité, dit-il. De toutes parts, la croyance à la révélation s’écroule. Jusqu’à ce jour, quand on demandait où est la Vérité, on pouvait répondre : elle est ici, dans ce livre écrit sous l’inspiration de celui qui ne peut ni tromper, ni se tromper ; et l’homme ouvrait les Lois de Manou, le Zend-Avesta, la Bible, le Coran ou l’Evangile, et pour sa foi religieuse, il trouvait une base ferme, inébranlable, positive, visible. Point de doute, car ceci est la parole de Dieu : « Hic est véritas ».
« Cet appui solide, qui donnait aux générations d’autrefois, la force, parce qu’elle leur donnait la conviction, est miné sans relâche. La science, non au service de la haine et de l’incrédulité, mais la science froide, impartiale, abat chaque jour quelque grande ruine du passé. Ecoutez : en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, en Hollande, en Belgique, en France, aux quatre coins de l’horizon, n’entendez-vous pas le bruit sourd de quelque chose qui tombe ? C’est la chute du grand temple de la foi antique, dont les débris encombrent au loin le sol. La Vérité n’y réside plus, dit-on. Elle n’y a jamais résidé ; ce n’était que son reflet. Désormais qui veut la saisir doit la chercher dans sa raison, écho affaibli de la raison éternelle. L’autorité, si commode, d’un texte ou d’un homme infaillible nous échappe sans retour. Nous voilà seuls en face de l’infini.
« Nous sommes au bord d’une époque pleine de mystères ; un courant irrésistible nous y entraîne. Quelle étoile guidera notre course, quelle force nous poussera vers le port ? N’y a-t-il devant nous que doute, négation, ironie, désespoir ? C’en est-il fait des vertus du foyer domestique, des vertus plus fières du croyant et du citoyen ? Plus rien que l’âpre recherche des plaisirs, la soif de l’or, l’égoïsme, la brutalité, la fraude, nul rayon, nulle lueur. Le froid, la mort, vont-ils tout envahir ? Eh bien ! Oui, si entre la foi du passé et le matérialisme, il n'y a pas de milieu, alors tout est fini, dans le monde moral va s'accomplir le rêve de Byron : Darkness, L'empire des ténèbres commence. »
Cela est si vrai que, voyant leurs dogmes tomber et ne comprenant pas qu'en dehors d'eux la religion puisse durer, les ministres des différents cultes croient la plupart que la fin des temps approche et que l’univers actuel va se dissoudre au milieu des convulsions sociales et cosmiques prédites par l’Apocalypse.
« Notre grand Arago, s'écrie Quinet, soutenait que la vie physique de ce globe peut finir et s'arrêter faute d'air respirable.
« Et le monde moral, et la vie des intelligences, qu'en dirons-nous ? Ne la voyons-nous pas s'évanouir faute d'air et périr d'étouffement ? »

Oui, les convulsions sociales prédites par l'Apocalypse vont devenir une réalité. Mais ce n'est pas une révolution, c'est une Évolution pacifique qui va changer le monde.
Cela ne viendra ni de la politique des vieux gouvernements, ni de la dynamite des anarchistes, ni de la science des « Darwinistes », mais d'une force plus puissante que toutes celles-là : de la parole de Vérité qui secoue et ranime les esprits, de la parole de la Femme qui fait vibrer la conscience des hommes.
C'est d'elle que vient la Vraie Science, qui va donner au monde une foi nouvelle.

Concluons ce long fil d'articles en empruntant, à nouveau, ces quelques mots à l'ouvrage « Esquisses morales » de Marie de Flavigny, Comtesse d'Agoult :
« La maternité est une révolution dans l'existence de la femme, et c'est le propre des révolutions de susciter toutes les puissances de la vie. Il faudrait supposer une bien complète déchéance pour qu'en cette crise douloureuse de la nature créatrice la femme ne sentit pas l'enthousiasme du dévouement palpiter dans son sein. Le premier vagissement de son enfant est l'oracle qui lui révèle sa propre grandeur ; et le fer qui détache de ses flancs une créature immortelle en qui elle se voit revivre la détache du même coup des puérilités et des égoïsmes de sa jeunesse solitaire. Cette rude étreinte des forces génératrices, ce labeur étrange imposé à sa faiblesse, ces espérances, ces angoisses, ces effrois inouïs qui l'oppressent, l'exaltent, et éclatent en un même gémissement ; puis cette convulsion dernière à laquelle succède aussitôt le calme auguste de la nature rentrée dans sa paix après avoir accompli son œuvre suprême, tout cela n'est point, comme on l'a dit, le châtiment ou le signe de l'infériorité de tout un sexe. Loin de là ; cette participation plus intime aux opérations de la nature, ce tressaillement de la vie dans ses entrailles, sont pour la femme une initiation supérieure qui la met face à face avec la vérité divine dont l'homme n'approche que par de longs circuits, à l'aide des appareils compliqués et des disciplines arides de la science. »



Plus un enfant connait sa Mère, plus il l'Aime.
(Son sourire mystérieux est une promesse de bonheur)