ORIGINES ET HISTOIRE DU CHRISTIANISME


« En Elle était la Vie, et la Vie était la Lumière des hommes »
(Évangile de Jean, 1, 4.)


PRÉAMBULE
« Concernant le pape Léon X (1475-1521), les historiens font l'impasse sur un document troublant et fort dérangeant qui tendrait à prouver que les érudits de la Renaissance étaient très sceptiques quant à l'authenticité des écrits ayant présidé à la fondation de la chrétienté et de l'église catholique. Ce document consiste en une lettre adressée par le pape à son ami et ancien secrétaire l'érudit cardinal Pietro Bembo, qui fréquentait Alde Manuce :
« Quantum nobis prodest haec fabula Christi ! » (« Combien cette fable du Christ nous est-elle profitable ! »).
Ce texte édifiant et surprenant fait partie des archives de la bibliothèque vaticane (Leonis X Petri Bembi... Epistolarum familiarum ; libri VI ; Venise, 1552). Une opinion aussi péremptoire et définitive de la part d'un pape oblige à réviser tout ce que nous croyions savoir de l'histoire des hommes, des religions et des arts qui en furent les supports. » (Richard Khaitzine, 2003)

☆☆☆

Il manque à l'histoire des religions un grand chapitre : celui qui doit être consacré à l'origine réelle du Christianisme.
Cette science n'existe pas. Les vraies origines chrétiennes sont inconnues, et les Eglises diverses qui se rallient à ce titre ne désirent pas qu'on les connaisse.
L'histoire réelle du Christianisme n'a rien de commun avec le récit qui nous a été donné sous le nom de Nouveau Testament.
Derrière ce Livre, caché par lui, est l'histoire d'un mouvement de rénovation sociale, grandiose, extraordinaire, d'une haute portée, qui brilla sur le monde pendant deux ou trois siècles, mais qui fut renversé, dénaturé et caché par des faussaires qui en firent une caricature grotesque et voulurent avec cela dominer le monde.
Dans ce vaste réseau d'intrigues, que nous allons démasquer, presque toutes les personnalités ont été dénaturées. Le mensonge a triomphé et la réalité a disparu sous l'amas d'absurdités qu'on lui a substituées.
La science religieuse des falsificateurs n'a été qu'une collection de mystères, jamais expliqués clairement, mais remplis de sous-entendus et de malentendus, de paraboles obscures, de rapprochements de termes sans signification, de jeux de mots pour les foules avides d'erreurs.
Il y a cependant, sous ce fatras, quelque chose de grand à étudier.
C'est à cette étude que nous consacrons ces lignes.

PREMIER SIÈCLE DE NOTRE ÈRE
Une ère historique commence. Nous pouvons l'appeler « le temps de la folie et de la cruauté ».
La première année de l’Ère, dite chrétienne, a été appelée « Anno Domini » (année de la domination).
C'est, en effet, la domination des faibles par les forts, de l'Esprit par la brutalité, qui commence.
Nous sommes à l'aurore d'un monde nouveau, nous allons avoir à rectifier l'histoire mensongère qu'on nous a enseignée et à mettre en évidence le plus terrible des cataclysmes moraux que l'humanité ait subis, la plus grande des révolutions qui, par une antithèse qui est frappante, s'appelle « une religion », alors que son œuvre a été l'effondrement de « LA RELIGION ».
L'Eglise a elle-même, bien souvent, écrit son histoire. Ses adversaires ont eux aussi relaté ses luttes, ses ambitions et ses crimes. Et cependant la vérité qu'il fallait dire n'avait pas encore été écrite. Il restait donc à faire une œuvre plus utile peut-être que toutes celles qui ont été livrées à l'impression, celle qui devait expliquer comment le mal profond dont souffre l'humanité est venu d'un régime dit religieux, mais en réalité formidablement athée.
Terrible histoire que celle qui va nous montrer tout le passé glorieux de la Terre effacé, toute l’intellectualité torturée par un nouveau régime social, fait de bêtise, de cynisme et d'hypocrite justification.

LA FIN D’UN MONDE
La philosophie de l'homme qui avait étouffé la science de la Femme avait fait naître un tel malaise dans les esprits que partout on attendait un retour à la raison primitive.
La résurrection de la Déesse, qu'on espérait, devait faire cesser la domination de l'homme perverti. C'est en ce sens qu'on annonçait « la fin du monde » ; on entendait par là un changement de régime social.
Cette attente était devenue générale, quoique les hommes ne la comprissent pas dans le même sens que les femmes, qui les premières en avaient parlé. Les hommes répétaient les mots, les phrases, qui étaient courants dans les conversations, et prenaient pour eux ce qui avait été dit pour l'autre sexe, d'autant plus que la corruption, qui grandissait avec le despotisme, faisait perdre à la femme son autorité morale.
Plutarque nous apprend que, au moment où Marius, annonçant les Césars, s'apprêtait à bouleverser la constitution romaine, les haruspices d'Etrurie avaient été consultés sur divers prodiges : « Les habiles dans la science des Etrusques déclarèrent que ces prodiges annonçaient l'avènement d'une autre race d'hommes et le renouvellement du monde. Car il y a en tout, disaient-ils, huit générations d'hommes, de vie et de mœurs toutes différentes, à chacune desquelles est assignée une durée que la Divinité détermine par la révolution d'une grande année. Quand l'une prend fin et que l'autre va commencer, il se produit quelques signes merveilleux sur la terre et dans le ciel, montrant clairement, à ceux qui ont étudié et pénétré ces mystères, qu'il est né une humanité différente de celle qui la précède et moins aimée, ou, au contraire, plus aimée des Dieux. »
Ce passage se rapporte à l'année du premier consulat de Sylla (88 avant notre ère).
Dans Ovide, il est dit : « Toute race vivante sera renouvelée et le ciel donnera à la terre une humanité née sous de meilleurs auspices et qui ignorera le crime. Mais celle-là non plus ne conservera pas longtemps son innocence et elle doit la perdre en vieillissant. »
Tous les auteurs du temps étaient hantés de la même idée.
Lucrèce annonce la fin du monde comme prochaine.
Sénèque en dit autant, et il annonce que cette humanité condamnée va faire place à une autre plus innocente et plus heureuse, du moins pour un temps.
C'est l'ancienne idée des prophétesses dont l'écho était arrivé jusqu'à Rome, à moins que les Romaines, elles-mêmes, aient fait les mêmes vœux que les femmes israélites, ce qui est probable.
Virgile annonçait une ère de paix et de félicité à laquelle devait présider un « fils des Dieux », c'est-à-dire un régénérateur béni par eux dès sa naissance, qui établirait la paix universelle et avec qui naîtrait et grandirait l'âge d'or.
On retrouve dans Virgile les idées d'Isaïe. Dans une églogue, il est dit :
« Une nouvelle série de siècles va commencer : voici venir une Vierge, une nouvelle création descend du ciel. »
L'âge de fer est fini et nous allons revoir l'âge d'or.
« Les traces de nos crimes seront effacées et la terre sera délivrée de sa longue épouvante. Le serpent va mourir. » (Eglogue à Pollion.)
Qui sera ce sauveur ?
Du temps des Eglogues, c'était « le premier enfant venu de noble race à qui il plaisait à un poète de prédire une belle destinée ». Puis, du temps des Géorgiques, ce fut Octave. « Ah ! Que ce noble jeune homme vienne enfin au secours du monde détruit ! Ne lui refusez pas cette gloire. »
Le Sunnite croit que son Mahdi, prophète inspiré, doit vaincre l'Antéchrist, et fonder l'empire universel.
Le Chiite continue à croire à l'incarnation future de l'Imam.
Les femmes s'en mêlaient ; des inspirées vivaient dans une exaltation prophétique qui dura pendant toute la crise religieuse qui enfanta le Christianisme.
Rome était pleine de gens qui prophétisaient. On attendait la fin de la terre, soit par le feu (fin physique), soit par un déluge suivi d'une régénération.
Les Oracles sibyllins avaient annoncé un temps de destruction et de ruine et ce sont eux qui avaient dit la vérité.
Bien loin d'être une ère de paix, c'était une ère de guerre qui allait s'ouvrir ; loin d'être le triomphe de la justice, on allait voir l'injustice régner souverainement et répandre partout la douleur et les gémissements. Le mal grandissait et la nouvelle race d'hommes annoncée comme devant régner devait être plus mauvaise que toutes celles qu'on avait vues jusque-là. C'est la puissance romaine qui avait ouvert cette ère du mal qui devait se continuer dans la puissance de l'Eglise et laisser dans l'histoire une tache de boue et de sang.
Les métaphores par lesquelles on avait annoncé la fin du monde avaient été mal interprétées. Ainsi, quand les prophètes avaient dit que les fondements de la terre allaient s'ébranler, cela s'appliquait aux institutions sociales qui allaient être attaquées et détruites, et non au globe terrestre et à ses conditions physiques.
Quand ils avaient dit que le soleil, la lune et les étoiles allaient s'obscurcir et s'éteindre, cela se rapportait aux lumières de l'intelligence comparées aux astres du ciel et qui (suivant l'expression antique) allaient être mises sous le boisseau par l'homme pervers.
Et c'est bien ce qui se produisit, puisque les conquérants qui arrivaient au pouvoir avaient toujours pour premier soin d'étouffer la pensée, souvent même de faire brûler les livres dès qu'ils prenaient possession du trône.
Toutes les métaphores annonçaient le renversement du « monde intellectuel » et le règne de la brutalité.
Ainsi, quand Isaïe dit, apostrophant Babylone : « Brillante étoile, comment es-tu tombée du ciel ? », elle fait une allusion à la ruine du règne de l'Esprit féminin en Chaldée. Ce style était celui de l'époque.
Cicéron écrit à Atticus, en parlant de Pompée déchu de sa popularité et de sa grandeur : « En effet, il était tombé de la hauteur des étoiles. »
Cérinthe, Juif d'Antioche, avait inventé le millénarisme ; il annonçait la fin prochaine du monde et le retour du Christ sur la terre, pour y exercer sur les justes un règne temporel de mille ans, pendant lequel les saints jouiraient ici-bas de toutes les voluptés sensuelles. C'était la doctrine de Krishna mal interprétée, intervertie, donnant au sexe masculin les immunités du sexe féminin.

LA RÉSURRECTION
En même temps qu'on annonçait un Messie, on annonçait une « résurrection » (mot qui vient de re-surgere, surgir de nouveau).
Et les bons esprits entendaient par là le retour de la Femme à la vie sociale afin de faire cesser les calamités amenées par le règne de l'Homme. Mais cette idée simple, inséparable de celle du Messie, finit par prendre une forme surnaturelle. La Déesse antique, la Femme du passé éloigné, était devenue pour l'homme un Esprit sans corps. (On l'avait tant représentée par des têtes d'anges munies d'ailes et volant dans les airs !)
Aussi la Résurrection que les exaltés attendaient était celle d'un Esprit plutôt que celle d'un être réel. Du reste, c'était l'époque du merveilleux le plus extravagant, on croyait à tout excepté au réel. Et cela n'est pas étonnant ; la Femme n'était plus écoutée, n'était plus comprise, et c'est par des divagations qu'on voulait expliquer le verbe lointain de celles qui avaient parlé.
L'idée de la Résurrection de la Femme était partout dans les prophètes ; celle d'une Résurrection surnaturelle n'était nulle part. Et comment y aurait-elle été, puisque les femmes prophétesses ne connaissaient pas le surnaturel que l'homme inventa plus tard ? Mais ceux qui avaient révisé les Écritures avaient effacé les noms féminins. Dès lors, comment comprendre que c'était d'Elle qu'il s'agissait dans les rêves d'avenir qui avaient été faits ?
Les savants ont considéré l'idée de la résurrection comme une rêverie orientale, parce qu'ils n'ont pas compris le vrai sens du mot résurrection, qui est le retour d'un régime, non d'un homme.
Il est bien certain que l'idée est orientale. Toute l'Asie, avant l'Europe, a attendu le retour de la Déesse, et nous voyons une croyance mazdéenne affirmer la Résurrection, des morts (des femmes mortes socialement). Là, ce n'est pas non plus la résurrection des individus, mais la résurrection d'une autorité. C'est une idée abstraite dont on fait une idée concrète.
Mais la misogynie était si violente dans le cœur de l'homme, à cette époque, qu'il ne voulait pas comprendre cette signification du mot, resurgir et probablement la niait quand les femmes l'expliquaient. Il voilait, sous une idée absurde, une réalité gênante.
Du reste, la femme était déjà assez avilie pour qu'on ne comptât plus sur Elle, ni avec Elle. On l'avait mise à l'écart. « Un oint a été retranché », avait-on déjà dit depuis longtemps.
L'homme avait pris le grand rôle dans la société, il avait si bien fait régner ses idées masculines qu'on avait perdu de vue que c'était justement pour cela que le monde féminin attendait un « sauveur ».
Dans l'esprit de la Femme, il s'agissait, non d'un être surnaturel, mais d'une femme comme Myriam, comme David, venant une fois de plus formuler la « loi morale », la donnant de nouveau aux hommes ; de là le mot de Rédemption.
L'Oint qu'on attendait pour délivrer « les bons » n'était pas un personnage qui allait ressusciter sous une forme humaine et qui, dans une seule existence, allait souffrir et mourir pour les péchés du genre humain ; c'est dans le passé que l’oint avait souffert et qu’il était mort, on n'attendait pas qu'il ressuscitât pour souffrir de nouveau, mais, au contraire, pour régner dans sa gloire.
Les épreuves douloureuses subies par la Femme dans le passé devaient cesser au moment de sa résurrection.
On répète encore tous les jours que les Juifs ne pouvaient comprendre un Messie souffrant et humilié.
Quand on a fait la légende de Jésus, on a rapproché les temps et résumé dans une seule vie ce qui avait duré des siècles. On a fait du passé un futur quand on a annoncé un Messie qui viendrait souffrir les douleurs et les humiliations de la Femme.

L’ANDROCRATIE ROMAINE
C'est par les yeux, par les trophées, les emblèmes, qu'on faisait entrer dans les esprits l'idée de la gloire masculine, qu'on ennoblissait le patriotisme, cette glorification du règne de l'homme et de ses conquêtes.
Sur les temples, sur les fontaines, sur les portiques, les théâtres, les marchés, sur le socle des statues, on inscrivait des résumés de l'histoire de l'homme conquérant et triomphant, qu'on faisait glorieuse alors qu'elle était inique.
Tous les mâles statufiés avaient des biographies gravées sur le marbre, qui stimulaient les autres, qui créaient l'envie, invitant à la surenchère...
Même hors les villes, le long des routes, on trouvait des traces de la glorification du règne de l'homme, et sur les tombeaux les épitaphes en faisaient foi.
On ne voulait laisser perdre aucun fait de la puissance masculine.
Quand le Sénat s'assemblait, on rappelait le souvenir de tous les Romains qui avaient participé au pouvoir, et, pour que la trace en restât dans l'histoire, on ajoutait à leur cortège tous ceux dont les aïeux mâles avaient fait quelque chose.
La famille, constituée sur le régime paternel, glorifiait, dans des espèces de musées familiaux, les ancêtres guerriers ; aux funérailles, on portait leur image faite de cire, en grande tenue et revêtue des insignes du commandement ou du triomphe.
C'est ainsi qu'on enseignait aux masses, à la jeunesse, aux femmes !... à glorifier l'homme ; aux esclaves, aux faibles, à le craindre, mais peut-être aussi à le détester.
Et les Femmes, dans ce régime nouveau, étaient aussi avilies que les hommes étaient élevés.
Les plus grandes figures féminines, loin d'avoir, dans l'histoire, l'éclat des grands hommes qui se glorifiaient mutuellement, étaient enveloppées d'obscurité, le plus souvent anonymes ; leur modestie naturelle les avait diminuées, on l'exagérait encore, tant on les faisait petites. Elles paraissent même abjectes, suivant la nouvelle morale qui avilissait la grandeur intellectuelle et ne glorifiait que l'orgueil.
C'est l'époque où la Femme avilie se débattait contre ceux qui voulaient l'asservir. Triste histoire, terrible épopée d'une race de captives et d'esclaves, qui nous montre la Gynécaïa, cette belle harmonie féminine, comme dit Baschofen, finissant avec Cléopâtre, qui semble marquer la fin du règne de la Femme.
C'est alors que ceux qui protestent contre le régime nouveau vantent les vertus antiques, celles de l'ancien régime.
Les modernes ne doivent pas faire d'anachronisme à ce sujet : la vertu antique ce n'est pas celle de Rome et de la Grèce, c'est celle du « Matriarcat », qui, du temps de Rome et de la Grèce, était déjà antique.
Et, pendant que les Romains affirment ainsi la gloire de l'homme, ils se figurent qu'elle est éternelle.
Jupiter, suivant Virgile, leur a donné la domination qui ne finira pas. « A tout jamais, suivant Horace, on verra monter sur les marches du Capitole le Pontife et la muette Vestale. »
Sera-t-elle toujours muette, la Femme ? Là est la crainte perpétuelle; aussi, que de crimes pour l'empêcher de parler!...
On construisait des écoles pour enseigner les idées masculines, des théâtres pour amuser le peuple et donner à la nation l'illusion de la vitalité intellectuelle, mais aussi des routes stratégiques pour porter par les armes la nouvelle légalité aux nations rebelles qui refusaient ce nouveau Droit.
Singulière éducatrice que Rome, qui enseigne aux hommes l'orgueil et qui appelle le triomphe de la force un droit !
Adieu la paix, les lois naturelles, la vie de l'esprit ; tout cela devait sombrer devant « la loi de l'homme », tout cela devait être renversé. L'antique sagesse féminine allait devenir la virtus du mâle, sa qualité virile.
Mais avec ce renversement naissait l'hypocrisie sociale, et le désordre ; c'est pourquoi, dès lors, on ne parla plus que par sous-entendus.
Quel martyre que celui des femmes de cette époque, alors que le Romain ne trouvait qu'un mot à dire à celle qui souffrait : « Oh ! Que tu me plais dans les larmes ! »
Donc la Femme pleurait dans cette société romaine où le mal sous toutes ses formes triomphait.
Et Vico a pu dire : « Dans le langage antique, qui dit vaincu dit Femme. ».
Ramsès II gravant ses victoires donne au vaincu le sexe féminin.
Tout cela prouve bien que c'est le régime gynécocratique qui finit, c'est l'Androcratie qui commence. Aussi un profond découragement éteint tous les élans de la Femme. On ne trouve presque pas de femmes de lettres dans Rome à cette époque, parce que déjà elles se cachent dans l'anonymat ou se couvrent d'un pseudonyme.
Mais les historiens se plaisent à nous montrer des dévouées, des sacrifiées qui se font le caractère qui plaît à l'homme : Clélie, Lucrèce, Virginie, Cornélie, Véturie, Porcie, et cette Arrie que les hommes trouvent sublime parce que, voyant son époux Poetus condamné par Tibère à se donner la mort, elle se frappa la première et lui tendit le poignard en lui disant : Poete, non dolet. (Pœtus, cela ne fait pas de mal.)
Cependant, toutes les femmes ne renoncent pas si facilement à la vie, ni même à la lutte ; seulement, elles vont être prudentes dans les moyens à employer, et Michelet nous dit à propos de leur influence sur l'homme :
« Les mœurs se rient des lois à Rome ; la femme est pauvre par écrit ; en fait, elle est très riche, elle agit et gouverne tout. Tullie, Volumnie, Cornélie, Agrippine, nous montrent assez qu'ici elles sont reines, tout comme les Marozia, les Vanozza du moyen âge. Ce sont elles qui, par deux fois, minèrent Rome en dessous.
Au moment où celle-ci frappait Carthage, repoussait l'Orient, elles lui défaisaient sa victoire, introduisaient la nuit, dans la ville endormie par l'orgie orientale, y mettaient le cheval de Troie.
La beauté de louage, la grande Dame puissante, à elles deux changeront le monde. » (La Bible de l’Humanité)
Non, ce n'est pas la Femme qui va changer le monde, c'est l'homme. C'est lui qui va prendre la place prépondérante partout et avilir la Femme, sans comprendre l'énormité de son crime.
L'homme prend chez les Romains une si haute dignité que l'on donne au fils qui naît quatre noms, le neuvième jour de sa naissance : nomen, praenonien, cognomen (surnom), agnomen (second nom).
Quant aux filles, on leur donne seulement un numéro d'ordre.
Depuis César, Rome vivait plongée dans un abîme de douleur.
Plus de confiance, ni dans la loi ni dans les mœurs. Partout régnait un égoïsme féroce ; les dévastations, les massacres, les coups de fouet, les viols de femmes étaient choses courantes.
Le césarisme considérait les esclaves comme les ennemis publics (hostes).
Sous Auguste, on décida que, si un maître était assassiné, tous les esclaves vivant chez lui seraient mis à mort, sans distinction de sexe. En un jour on en égorgea 400.
Caligula, Claude, Néron, étaient des fous tenus en échec par une philosophie qui était elle-même plus folle que sage. C'est la censure des écrivains qui représentait l'opinion, qui faisait dans ce monde dissolu ce que fait la Presse dans le monde moderne.
Mais l'Empire romain ne cessa pas un instant d'être inquiété par les protestations des opprimés, les plaintes des femmes, répétées par les hommes mécontents, toujours prêts à la révolte.
Dans la Rome impériale, où le burlesque donnait la main à l'horrible, il était défendu de rappeler le régime gynécocratique et la gloire passée des femmes.
Ovide, pour avoir parlé de l'âge d'or, mourut exilé à Tomes, près de la mer Noire. Il vivait au siècle d'Auguste.
Les dogmes étaient noyés dans la foule innombrable des superfétations parasites et des rêveries des rabbins, des Hermès, des Hiérophantes.
Dans ce chaos, toute vérité disparaissait, on avait perdu toutes les anciennes connaissances et, dans la foule des nouveaux dieux, on avait perdu la notion de la vraie Divinité Féminine.
« Le silence, dit Jamblique, était l'unique culte rendu à l'Unité individuelle » (l'entité féminine).
Pendant ce temps-là, on masculinisait tous les anciens titres pour donner à l'homme toutes les puissances.
Depuis qu'on avait annoncé qu'une vierge allait enfanter, une Emperière dont on annonçait le retour, cette place à prendre hantait le cerveau des hommes, et c'est ce qui fit adopter le mot empereur (masculin d'Emperière) qu'on appliqua à une caste nouvelle de dominateurs, qui fondèrent l'Empire romain.
Auguste le premier prit ce titre qui jusque-là avait indiqué le privilège sexuel de la Femme.
Mais, s'il avait pris le nom, il n'avait pas pu prendre, en même temps, l'organisation physiologique et psychique de l'autre sexe.
Si bien que ce règne nouveau de l'homme ne fut qu'une parodie de plus, et la plus infâme ; on allait voir la corruption romaine descendre du haut des sept collines impériales et inonder le monde.

LES SECTES JUIVES ET ISRAÉLITES
La mauvaise traduction du Sépher en grec avait jeté un nouveau ferment de discorde dans le monde.
D'altération en altération, le sens des mots hébraïques devenait de plus en plus incertain, ce qui amena de violentes disputes sur l'interprétation qu'on donnait au Sépher. Car, pendant qu'on altérait ainsi les textes, il y avait la loi orale, la primitive tradition, que se transmettaient toujours les fidèles Israélites.
Ceux-là voulaient l'imposer, la faire entrer dans l'explication des textes.
Ceux qui avaient intérêt à dissimuler la vérité niaient l'existence de cette loi, rejetaient l'ancienne tradition et voulaient qu'on s'en tînt aux explications grossières données dans la nouvelle rédaction des Livres.
Plusieurs sectes naquirent de ces disputes, entre autres celle des Pharisiens et celle des Sadducéens.

LES SADDUCÉENS
Les Sadducéens étaient l'élite intellectuelle et morale de la nation, ceux qui conservaient les saines idées de la science antique et cherchaient à empêcher l'invasion du surnaturel. Ils ne croyaient ni à l'au-delà, ni aux esprits, ni aux anges.
Ils voyaient l'immortalité dans la durée du principe de la vie chez la Femme, dans son intégrité vitale, et non dans une existence future qu'ils niaient. Ils ne voyaient, dans ce que les Pharisiens appelaient l'âme, qu'une conséquence de l'organisation du corps, une faculté passagère qui devait s'éteindre avec lui.
Et ils montraient que le Sépher n'avait nulle part annoncé une immortalité postérieure à la vie actuelle. Ils rejetaient toutes les écritures révisées ou ajoutées par les Prêtres pour introduire des croyances nouvelles (1).
Les Sadducéens s'alliaient aux Samaritains qui avaient conservé intacts les enseignements du Sépher.
Ils formaient une aristocratie dont l'influence ne s'étendait pas sur le peuple corrompu et disposé à admettre toutes les erreurs nouvelles ; aussi le nombre des Sadducéens n'était pas grand, mais c'étaient les premiers de la nation.
D'après les Actes des Apôtres, Caïphe, le Grand-Prêtre du premier siècle, faisait partie de cette secte, ainsi qu'Ananias.
Prideaux pense que cette secte, qui était la religion des grands, a fini à la destruction de Jérusalem ; il ajoute qu'il n'en est plus parlé depuis ce temps-là.
D'après Fabre d'Olivet, le nom donné aux Sadducéens dérive de Shad, qui exprime diffusion, propagande, et aussi la nature productrice dont la mamelle est le symbole.
Ce nom signifie proprement « physicien ou naturaliste », c'est-à-dire savant. Mais le Talmud prétend que les Sadducéens ont tiré leur nom de Saddoc, qui aurait été leur fondateur, et qui était le disciple d'Antigone Sochœus, qui vivait peu de temps après Alexandre.
(1) C'est pendant la grande lutte pour le droit paternel que l’homme nie les conditions physiologiques de la Femme, et prétend que son âme à lui est immortelle aussi. Ainsi il déplace la source de l'immortalité, qui n'est Plus, pour lui, dans la Femme, mais dans le principe qui engendre, lequel, il est vrai, se perpétue à travers la descendance.
Il se revêt de la gloire de la Divinité, et cette idée est défendue avec un tel fanatisme par les hommes que Platon dit : « La croyance à l'immortalité est le lien de toute société ; brisez ce lien et la société disparaît. »
Il s'agit, bien entendu, de la Société masculine, car la Société gynécocratique avait nié l'immortalité surnaturelle et donnait à ce mot « immortalité » un sens physiologique.

LES PHARISIENS
Les Pharisiens, plus nombreux, étaient composés de gens plus préoccupés de paraître que d'être des êtres supérieurs.
Leur nom signifie, en général, ce qui est élevé, illuminé, glorieux, illustre.
II dérive de la racine « Aor » (la lumière), régie par l'article « Phe », qui exprime l'emphase ; de là Phoer, une auréole, une tiare (peut-être aussi phare).
Les docteurs lui donnent une autre origine ; ils font venir Pharisiens de Phares qui signifie séparer, ce qui indique qu'ils se sont séparés des anciens orthodoxes, appelés Am haaretz, le peuple de la terre, qu'ils regardaient avec un souverain mépris.
Ce sont donc des orgueilleux qui créent une fausse aristocratie, basée sur une prétention hypocrite de posséder une sainteté supérieure à celle des autres.
Ils se donnaient comme des êtres dignes de vénération et d'admiration. Ils étaient fort unis entre eux et donnaient à leur vie tous les dehors de la sainteté.
Ils se piquaient d'une extrême exactitude dans la pratique de la Loi, (non celle du Sépher mais celle d'Esdras) ; ils donnaient la dîme, non seulement des gros fruits, mais encore des moindres herbes, du cumin, de la menthe, du millet.
Ils avaient un très grand soin de se laver, de purifier leur corps, leur vaisselle et tous leurs meubles.
C'étaient des pratiquants fanatiques de la religion judaïque ; ils observaient le Sabbat juif avec scrupule, ils jeûnaient souvent et affectaient de porter des totaphoth ou téphilim ; on appelait ainsi des écriteaux contenant quelques passages de la Loi (d'Esdras), attachés sur le front, ou au bras gauche, suivant le précepte des Prêtres d'avoir toujours la Loi de Dieu devant les yeux ou entre les mains.
Le peuple était plus favorable aux Pharisiens qu'aux Sadducéens, à cause de leur extérieur de grande piété.
Dans Matthieu (VI, 2-5-16), on nous dit : « Les Pharisiens donnaient l'aumône en public, ils priaient dans les places, ils se jaunissaient le visage pour paraître plus grands jeûneurs ; c'eût été leur faire injure que de les toucher étant impur ; et ils tenaient pour tels non seulement les Gentils et les pécheurs publics, mais tous ceux qui exerçaient des professions odieuses.
Enfin, la plupart ne montraient de la dévotion que par intérêt.
Ils séduisaient par leurs beaux discours le peuple ignorant et les femmes qui se privaient de leurs biens pour les enrichir ; et, sous prétexte qu'ils étaient le peuple de Dieu et dépositaires de sa Loi, ils méprisaient les Grecs et les Romains et toutes les nations de la terre. »
C'est pour cela qu'ils ne voulurent pas payer le tribut aux romains lorsqu'ils en dépendirent.
Ils joignaient aux textes de la Loi les traditions des Prêtres, qui se propageaient sans écritures, et dont certaines, sous prétexte d'expliquer les livres, en cachaient le sens et y mêlaient quantité de superstitions.
Les Pharisiens admettaient la résurrection des corps ; ils croyaient aux anges et aux esprits surnaturels et voyaient dans les Écritures un sens spirituel ; ils traitaient d'allégories toutes les antiques vérités qu'ils ne voulaient plus admettre.
Les Pharisiens ont été continués par les spiritualistes religieux, les Sadducéens par les matérialistes scientifiques.

LES ESSÉNIENS
En face de ces deux sectes rivales, une troisième se forma qui arriva à compter 4.000 membres d'après Philon et Josèphe, et qui était infiniment plus instruite et plus sage ; ce fut celle des Esséniens.
Ces sectaires considéraient que le spiritualisme des Pharisiens tombait souvent dans des visions ridicules, mais que la science des Sadducéens paraissait trop sèche ; ils prirent un terme moyen ; ils conservèrent la lettre et le sens matériel à l'extérieur et gardèrent la tradition et la loi orale pour le secret du sanctuaire.
Les Esséniens formèrent, loin des villes, des sociétés particulières dont le caractère fut celui de la tradition gynécocratique et théogonique, ce qui nous fait croire que cette secte se forma de ce qui restait des fidèles Israélites.
On trouvait des Esséniens partout où il y avait des Israélites, ce qui nous fait supposer que c'était des tribus détruites qu'ils s'étaient formés.
Livrés à l'étude de la Nature, ils ne s'occupaient ni de la politique de leur pays, ni du sacerdoce de la religion juive. Ce peu d'ambition et leur préoccupation des choses de la morale nous confirment dans l'idée que c'était une secte féministe. On faisait d'eux le plus grand éloge.
C'est en Judée, en Syrie, en Egypte qu'on les rencontrait surtout. Attirés par l'éclat de l'Ecole d'Alexandrie, ils s'établirent près de cette ville sur un mont qu'ils appelèrent Moria et qui fut leur principale retraite.
Moria, qui deviendra Maria, est une forme altérée du nom de Myriam. Moria signifiait alors la lumière réfléchie, la splendeur.
On a toujours cru que c'était parmi les Esséniens que la loi orale de Myriam s'était conservée, cette science primitive, cette tradition secrète, que les chercheurs modernes étudient avec tant de curiosité.
On s'est demandé qui avait été le fondateur de la Société des Esséniens, et jamais on n'a trouvé un nom à proposer ; ce fut une fondation anonyme, donc féminine ; les femmes seules exagèrent à ce point la modestie, l'homme signe toujours ses œuvres. Une multitude de faits le prouvent :
1°) L'enseignement donné, qui est la continuation de celui des Prophétesses et des anciennes Prêtresses. Les Esséniens, en effet, passaient pour des Prophètes.
2°) Leur préoccupation de se cacher à l'époque où la femme est persécutée, de se constituer en société secrète, après la captivité.
3°) Leur attitude vis-à-vis du pouvoir masculin qu'ils condamnaient. Proclamant que « la foule impure des Juifs n'était pas le vrai peuple de Hévah » (Strauss) ; leur soin de s'éloigner des agitations effrénées des hommes, de leurs querelles oiseuses, bruyantes et puériles, surtout celles qui régnaient entre les Sadducéens et les Pharisiens. L'insistance qu'ils mettent à parler de « la misère des temps » à une époque où l'homme triomphe, où la femme est vaincue.
4°) Leur opposition au culte masculin des Juifs, l'abolition qu'ils font des pratiques extérieures et brutales instituées par le sacerdoce des Lévites, l'épuration de ce culte, la condamnation des sacrifices d'animaux.
En cela les Esséniens se trouvaient d’accord avec toutes les femmes qui avaient déjà rejeté la religion masculine. Le même esprit de sagesse de toutes ces femmes se retrouve dans la secte des Esséniens, « où s'est réfugié tout ce qui restait, alors de religion sincère et de vraie force morale chez l'ancien peuple de Hévah ».
5°) Les Esséniens ne laissaient à l'homme aucun franc arbitre, aucune liberté de choisir dans aucune de ses actions.
L'homme dépendait de la Raison Divine qui règne dans la Femme et qui devait diriger ses jugements.
C'est de là qu'est venue la discussion sur le libre arbitre, dont on a fait une question de métaphysique, alors qu'elle n'était, d'abord, qu'une question de psychologie sexuelle impliquant la subordination de l'homme à l'esprit féminin.
Les Esséniens connaissaient les propriétés des simples, guérissaient par une sorte de magnétisme physique et psychique tout à la fois, enseignant les lois de la Nature aux malades qui les appelaient, leur faisant connaître les aphorismes de leur haute morale, soignant l'âme autant que le corps.
On croit que le mot Essénien vient de Hasidéens qui signifie en hébreu Saints. De hassidim (ou hasidim) on aurait fait Sâh-ah (soigner), ou bien il viendrait de Asah, guérir. Mais il peut venir aussi de Hâshah, « se taire », Hashaïm, « qui cherche le silence ».
Leur manière de vivre était sans luxe et sans orgueil, ne voulant ni serviteurs, ni esclaves, vivant en communauté et s'habillant de pur lin blanc. Ils s'occupaient de divers métiers, d'agriculture, mais surtout d'éducation. Ils mettaient leurs biens personnels en commun et les revenus de leurs travaux entre les mains d'administrateurs électifs qui présidaient à l'entretien de l'ordre et aux œuvres de charité.
Leur pureté est restée proverbiale, puisqu'on les appelait « les Purs » (Pulchra, dont on fera Pulchérie, nom féminin qui n'a pas de masculin).
L'historien Josèphe rapporte que la secte se partageait en deux branches : l'une qui vivait dans les collèges d'Engaddi, sur les bords de la Mer Morte (ancien refuge des Amazones grecques), et l'autre répandue dans les villes, mêlée à la population, exerçant des métiers, militants moins austères, mais cependant astreints aux règles de l'ordre.
Les Esséniens étaient persécutés par les Judéens orthodoxes de Jérusalem, qui les poursuivaient « au nom de la loi de Moïse » et les classaient parmi les idolâtres, comme du reste tous ceux qui n'admettaient pas leur dogme. « Un prophète ne peut venir de Galilée », disait le Sanhédrin, parce que les Esséniens occupaient surtout la Galilée et la Samarie.
Les Esséniens furent imités par des groupes masculinistes.
Nous retrouvons leur organisation dans des couvents d'hommes sortis des sectes qui se formèrent dans les siècles suivants, mais qui n'auront des Esséniens que la forme, non l'esprit.
Ces faux Esséniens n'avaient pas de femmes parmi eux, passaient une partie de leur temps en prières et en méditations comme les cénobites bouddhistes ou chrétiens, et prétendaient s'interdire toute volupté. (Il y avait cependant, d'après Josèphe, des Esséniens mariés.)
Cette secte de faux saints s'était formée sous l'influence bouddhiste.

ORIGINE LOINTAINE DU CHRISTIANISME
Dans l'article intitulé « De l'Israélisme au Judaïsme », nous avons fait l'histoire de l'origine secrète de la Bible.
Le Christianisme aussi a une origine secrète que nous allons dévoiler maintenant.
Mais, pour comprendre le mouvement qui le provoqua, il faut remonter aux écrits des Prophétesses qui furent les premières à l'annoncer.
Toute la littérature des prophètes est messianique ; c'est une continuelle exhortation adressée au peuple pour l'engager à revenir à Hévah, c'est-à-dire au régime gynécocratique qui doit ramener la paix et la prospérité (1).
Chaque événement malheureux, pour les femmes est suivi de lamentations, de déchirements, de menaces et de promesses.
Durant la période d'anarchie et d'usurpation qui précéda la ruine de Samarie, Osée exprime l'espoir que le royaume d'Israël acceptera le culte de Ihaveh et se soumettra à la maison de Daud - David - (qui personnifie le régime féminin).
Rappelons que le nom de David est la traduction du nom hébreu Daud, nom féminin qui était celui de la dernière souveraine qui fut martyrisée à Jérusalem après y avoir régné 33 ans.
Son nom reste dans l'histoire du peuple d'Israël pour caractériser le règne de la femme, le régime gynécocratique dont l'unique Divinité est la Déesse Hévah, devenue par des altérations successives Ihaveh.
D'autres femmes décrivent l'idéal de bonheur et de paix qui suivra la réunion des deux royaumes et tracent le portrait de l'homme juste et pieux qui amènera cette heureuse réconciliation.
Mais ces espérances n'étaient jamais réalisées, et le royaume d'Israël devait être à jamais détruit et pour longtemps dispersé avant le retour du règne de la Femme encore attendu.
Michée promet que de Bethléem Ephata sortira « le Régent d'Israël », parce que Daud (David) était de Bethléem. On avait aussi gardé l'idée que le sauveur d'Israël serait un Isaïde, nom d'Isa la Grande.
Jérémie indignée dit : « Ils serviront Ihaveh et leur roi (c'est-à-dire Reine) David, que je leur susciterai. »
Elle montre Rachel, l'ancêtre d'Ephraïm, sortant de sa tombe près de Ramah et pleurant la perte de ses enfants. Jérémie annonce aussi « que David aura une progéniture juste, et qu'il ne lui manquera jamais un successeur assis sur le trône de la maison d'Israël ».
Après le retour de la captivité, on avait adopté l'usage de lire publiquement le Livre de la Loi, et plus tard aussi celui des Prophétesses (devenues des prophètes).
C'est en entendant cette belle littérature, ces idées élevées, que l'imagination se frappa et s'enthousiasma pour les promesses de grandeur et de gloire qui devaient être réalisées par le futur Messie.
On cherchait à les faire naître par une sorte de suggestion ; ces prédictions défi venaient des ordres à exécuter. On voyait dans les prophètes quelque chose de surhumain, l'imagination les ayant grandis de siècle en siècle. Les Prophétesses devenaient des personnages extraordinaires, des voyantes qui avaient annoncé les choses futures, leurs écrits étaient regardés comme des oracles qui ne pouvaient pas manquer de s'accomplir, tant est grand le prestige qui s'attache aux idées qui émanent de l'esprit féminin.
Quand la Rome brutale de l'Homme fut à l'apogée de sa colossale puissance, quand le despotisme masculin eut fait naître une époque d'orgie et de sang, on se souvint de la vieille prédiction annonçant qu'une vierge belle et pure comme la lumière relèverait l'espoir d'une race déchue.
La vieille tradition populaire, perpétuée à travers la mémoire des hommes, annonçait qu'une Femme Messie devait paraître sur la Terre d'infamie.
« Une Vierge viendra qui écrasera la tête du serpent et régénérera la race coupable. »
C'est le Shilo de Jacob ; Le Messie des Oracles ; Le Christos des Chrétiens.
C'est le retour de la Vierge-Mère, qui est au fond de toutes les Théogonies.
Les Druides, avant le Christianisme, élevaient dans les forêts de la Gaule un autel à la Vierge qui doit enfanter. (Mais ce qu'elle enfante, ce n'est pas une créature vivante, c'est un livre, c'est une doctrine.)
Les Chinois attendaient le Saint que devaient mettre au jour les régions occidentales de l'Asie.
Les Brahmanes soupiraient après le glorieux avatar de celle qui devait purger le monde du péché, et le demandaient à Vishnou.
Dans les livres de la Sybille de Cumes (contemporaine d'Homère-Hemoera), que lisaient les Romains, et qui étaient si jalousement et si politiquement gardés, on lisait que l'âge d'or devait être rendu à la Terre par la Vierge Divine.
(1) « Que Hévah juge les extrémités de la Terre, qu'elle donne la puissance à son roi et exalte la force de son oint ». C'est la première fois que l'idée du Messie apparaît, du temps de Samuel, donc avant David, dont le règne fut une affirmation du pouvoir féminin déjà attaqué.

CHRIST
Avant de commencer l'histoire du Christianisme, il faut savoir d'où vient le nom qui va servir à désigner la doctrine et dont la signification a été si dénaturée par les prêtres des religions modernes.
Burnouf, dans son livre La Science des religions, dit : « Avant d'aborder la question des monuments figurés, je dois encore appeler l'attention du lecteur sur le nom même de Christ et sur la qualité de roi qui l'accompagne. C'est un point controversé parmi les Chrétiens dès l'origine de l'Eglise, les uns entendant cette qualification dans son sens réel, les autres dans un sens figuré, personne ne pouvant dire pourquoi le Christ l'avait reçue et conservée, quand on savait que les Juifs ne la lui avaient donnée que par dérision. »
Quelle est donc la signification de ce nom ?
C'est l'ancien mot sanscrit Çrêyas qui signifie suprématie. L'être appelé Çri, c'est l'être suprême (mais terrestre) ; il indique la suprématie de la Déesse et, par extension, tout ce qui vient d'Elle, comme le bonheur, la bonté, désignant alors « le bonheur suprême », « la bonté suprême ».
II se met devant les noms de femmes et leur donne un caractère d'élévation : Çrî-Krishna. Ce mot entre dans la formation d'une quantité de noms, tels ceux-ci donnés à Vishnou-Krishna :
Çrîdhara, le porteur de bonheur.
- Çrîpati, l'époux de la Déesse Çrî.
- Çrîvatsa, nom de la figure mystique formée de quatre boules en croix et considérée comme un signe de prospérité.
- Çrîvatsabhrit, portant sur sa poitrine le Çrîvatsa.
Mais, si ce terme a glorifié la femme aimée, il sert, en même temps, à avilir la femme détestée, la femme jalousée, il devient alors une ironie, on en fait le mot chriein qui signifie oindre. La personne sacrée, Çrî, devient alors celle qui a reçu l'onction.
C'est dans la réaction masculine, qui met sur le plan sexuel ce que les femmes mettent sur le plan spirituel, que le mot Chri changea de signification ; il ne représenta plus l'Esprit Féminin, mais le sexe féminin qui reçoit une onction, une imprégnation.
On avait dénaturé tous les mots à l'époque du Phallicisme bacchique et mis l'obscénité partout.
Déjà, aux Indes, la Femme qui recevait le soma recevait l'onction, elle était l'oint.
Les Femmes à qui on l'appliquait, par ironie sans doute, pour leur rappeler le rôle que l'homme leur destinait lorsqu'elles voulaient prendre leur élan vers les choses spirituelles, devaient considérer ce terme comme une injure. En effet, il servait à les désigner comme le vase qui sert de réceptacle, le « vase sacré », le « vase d'élection », etc.
C'est par l'onction que les femmes consacraient ceux qui les servaient. Mais d'abord ils ne la recevaient pas, ils la donnaient.
Avec le temps, les idées s'obscurcissent, l'homme, prenant la place de la femme et sa suprématie, voulut aussi recevoir une onction, de là le sacre des rois.
Dans les Psaumes, on trouve le mot oint pour désigner celui qui conduit le peuple au nom de Hévah. On y représente les hommes comme des conjurés contre Hévah et contre son oint. On espère que Hévah délivrera son oint menacé. « Regarde la face de ton oint, tourne le visage en arrière ».
Ce sont les Psaumes qui, dans le monde hellénique, avaient mis le nom de Christ dans toutes les bouches. Ce nom était devenu un idéal flottant, quelque chose d'imprécis, renouvelé plusieurs fois, mais qui n'avait plus de figure concrète.
C'était Krishna, c'était David, c'étaient toutes les grandes femmes qui avaient été crucifiées.
« J'allumerai, dit Hévah, une lampe pour mon oint ».
Ces expressions étaient-elles dans le livre primitif, ou y ont-elles été introduites par ceux qui en firent la révision ?
C'est très probable.
Dans le récit fait dans le livre de Samuel, l’« oint », c'est David.
Quand ceux qui révisèrent les livres voulurent représenter Saül comme un roi, c'est lui qu'ils appelèrent « oint », oubliant sans doute la signification primitive du mot.
Et puis, quand cette appellation sera masculinisée, on la justifiera en créant un nouveau genre d'onction, répandant sur le front le Saint Chrême.
Tout cela constituait une comédie destinée à donner à l'homme l'apparence de la sainteté féminine, et cela devait, peu à peu, faire perdre de vue la signification réelle des choses, d'autant plus que, dans ces travestissements de la pensée, les hommes ne prenaient jamais pour eux que la signification glorieuse des idées, laissant au sexe féminin la signification outrageante qu'ils y avaient ajoutée.
En syriaque, l'« oint » est appelé Mesha, ou Meshiha ; en hébreu Meshiah. C'est de là qu'on fait le mot Messias en latin (Messie).
Et ce mot Messias semble être le substantif de Missa, féminin de Missus, participe passé passif de Mittere (mise).
(Celle qui est mise sur la table ou sur l'autel du sacrifice, la sainte table.)
C'est ainsi que, par une confusion fréquente, on arrive à désigner la table par le mot mesa.
Mais ces expressions devaient être des mots mal vus à l'époque dont nous nous occupons ; on devait les exclure du langage correct et décent parce qu'ils exprimaient un outrage au sexe féminin.
Le Çrî sanscrit vient de la langue celtique, c'est l'abréviation de Kyrie, nom donné aux Déesses, les Val-Kyries.
Ce mot, devenu Kyria en grec, désignera l'être suprême au féminin. Il est resté dans la liturgie catholique, « Kyrie ». Les Grecs le masculiniseront et en feront Kyrios, que l'on traduit par Seigneur. Mais primitivement ce mot n'existe qu'au féminin.
En Grèce, le Kri celtique fut représenté par un monogramme formé de deux lettres grecques, le  X (chi) et le P (ro), enlacées.
La terminaison féminine « I » n'y est pas représentée, mais elle était conservée dans les traditions.
Ce symbole était adopté par un parti nombreux. On le trouvera sur les monnaies d'Hérode le Grand. (Voir le médaillon juif de Madden.)
Mais ce vocable va encore changer de signification en se complétant par l'annexion de nouvelles lettres.
Au Chri primitif, on ajoutera stos et nous aurons Chri-stos.
Voici l'origine de cette modification : La plupart des grandes Déesses de l'antiquité avaient été crucifiées. Krishna est représentée crucifiée dans le temple de Madura. Daud (David) fut crucifiée sur le Mont des Oliviers, mais n'en mourut pas, puisqu'elle dit elle-même dans les Psaumes : « Ils ont percé mes pieds et mes mains. »
On crucifie des femmes en masse dans la forêt de Dodone à l'époque des Bacchanales, et, pour comble d'ironie, c'est sur leur signe sacré, le tau (T) que les Déesses portaient à la main comme signe de suprématie, qu'on les clouait.
Le tau (qui devint la croix) représentait d'abord l’Arbre de vie, le grand secret de l'origine de l'homme trouvée par une femme, la grande Myriam-Hathor, qui avait été tant persécutée et trahie à cause de cette découverte dont on gardait le souvenir dans les « Mystères de Jérusalem ».
A propos de cette première signification du Tau, S. Bernard dit, dans son livre La Révélation : « L'arbre de la sagesse, de la connaissance, l'arbre symbole de vie divine et de salut, est devenu l'arbre de la croix, symbole d'infamie et d'humiliation. La réaction contre le principe féminin est accomplie. Le symbole de l'arbre devient le terme mystérieux et caché, mystère du mystère qui attend son heure marquée pour sa révélation »
En grec, la croix se dit stauros ; on ajouta ce mot au monogramme XP et cela fit Chri-stauros.
C'est ce terme qui devint Christos.
C'est parce que les femmes étaient crucifiées sur leur signe sacré, le T qu'elles portaient à la main, qu'on les appela d'abord Christophoros, et cela signifia Çrî « qui porte sa croix. »
S. Bernard dit encore à ce sujet (La Révélation, p. 192) : « Mais si cette seconde signification, celle de mort et de sacrifice a prévalu, et si elle se change enfin en celle de supplice, de honte et de péché, ne faut-il pas voir en cela une indication de plus qu'il y avait là-dessous la haine d'anciennes idées et de principes qu'on réprouvait maintenant, et que la croix n'était plus pour l'homme des temps ultérieurs que le souvenir de cette doctrine féminine et de son ancienne suprématie religieuse et spirituelle qu'il anathématisait dans le symbole de la croix, devenu l'instrument d'infamie et de condamnation ? »
Ces explications étaient nécessaires pour nous faire comprendre la véritable signification de la doctrine qui va s'appeler le Christianisme.

LE PREMIER CHRISTIANISME
Qu'est-ce alors que le Christianisme ?
Ce ne fut évidemment pas la doctrine qui triompha sous Constantin.
Ce fut un enseignement donné par quelques initiés formant un parti violemment persécuté et dont le souvenir fut effacé par la doctrine qui triompha plus tard.
Il y eut donc deux Christianismes :
Le premier (le vrai), qui est aujourd'hui inconnu, et le second (le faux), qui s'édifia sur ses ruines, avec ses matériaux utilisés, mais mutilés.
Ils ne se confondent pas, ils sont en opposition complète.
Burnouf dit (La Science des religions, p. 83) : « C'est un fait connu de tout le monde que dans les premiers temps du Christianisme il existait une doctrine secrète transmise par la voie de la parole et en partie peut-être par l'écriture. Cet enseignement mystérieux excluait d'abord ceux qu'on appelait catéchumènes, c'est-à-dire les païens convertis, mais non encore instruits dans les choses de la foi et n'ayant pas reçu le baptême. Une fois chrétiens, ils n'étaient pas pour cela initiés aux plus profondes doctrines, car celles-ci se transmettaient, en quelque sorte, de la main à la main entre les hommes dont la foi ardente était éclairée par une intelligence plus vive ; à ce titre, ils pouvaient devenir docteurs à leur tour, instruire et diriger la masse des fidèles.
« Sur quel point de doctrine portait le mystère ?
« C'est une question qu'il est presque impossible de résoudre a priori et que l'étude des textes peut seule éclairer. On est néanmoins en droit de penser que le voile du secret couvrait, comme les Mystères d'Eleusis, les parties les plus profondes de la science sacrée et celles qu'il eût été le plus dangereux de découvrir à tous, au milieu du monde païen, dans une société chrétienne composée de personnes pour la plupart ignorantes.
« Vint-il un temps où la doctrine cachée cessa de l'être ?
« On s'accorde généralement à dire qu'après Constantin il n'y eut plus de tradition secrète dans aucune Église, ni en Orient ni en Occident.
« C'est à cette époque que l'Eglise sentit le besoin de fixer ses principes essentiels dans une profession de foi désormais invariable qui les mît à l'abri des attaques de ses ennemis.
« Ce fut l'œuvre d'Eusèbe (268-338) pour la partie historique et du Concile de Nicée (325) pour le dogme. L'un et l'autre accomplirent leur tâche sous l'impulsion et presque par l'ordre de Constantin.
« Les premiers siècles abondent en renseignements de toutes sortes. Il y en a de trois espèces, les livres, les rites primitifs de l'Eglise conservés ou abolis, et enfin les monuments figurés tels qu'il s'en trouve un si grand nombre dans les catacombes de Rome. Les doctrines, surtout quand elles sont mystérieuses, sont quelquefois exprimées avec plus de netteté dans les cérémonies du culte que dans les livres. Ceux-ci, d'ailleurs, peuvent n'offrir que la pensée personnelle de l'auteur, ou la tradition, comme il l'a comprise. Il n'en est pas de même des prières, des formules de foi et des autres parties du rituel, qui, devant se reproduire constamment dans le lieu saint, peuvent être justement considérées comme exprimant la pensée commune (primitive). Quant aux monuments figurés, ils sont naturellement symboliques et faits pour parler aux yeux ; ils sont comme autant de comparaisons et de souvenirs pleinement intelligibles pour les seuls initiés et ne livrant au vulgaire que la partie la plus superficielle de ce qu'ils veulent exprimer ; rapprochés des livres et des formules, ils répandent sur eux une lumière inattendue. Et, se répétant de siècle en siècle, ils peuvent quelquefois nous conduire aux vraies origines de tout un ordre d'idées ou de faits. »
Il est hors de doute que l'enseignement donné par les premiers Chrétiens était celui des lois de la Nature, tel qu'il avait été donné dans les Ecoles Pythagoriciennes. Du reste, il existait encore des Ecoles de ce genre au commencement de l'ère actuelle, puisque Justin, martyr, raconte qu'à cause de son ignorance de quatre sciences préparatoires (l'arithmétique, l'astronomie, la géométrie et la musique) on refusa de l'admettre comme candidat à une de ces Ecoles.
Donc, la science primitive, cachée dans les Mystères, avait cependant toujours été enseignée. La secte des Esséniens, dont Daniel peut être considéré comme le fondateur, sort de l'Ecole Pythagoricienne.
Burnouf le constate ; il nous dit (p. 112) : « En dehors des Écritures, il y avait aussi, dans le Levant, une doctrine secrète, transmise verbalement dans certaines Ecoles dissidentes et dont l'identité avec celle des Apocryphes a été mise en lumière. Les gardiens de cette tradition étaient, durant les siècles antérieurs à notre ère, les deux sectes appelées les Esséniens et les Thérapeutes. Les premiers étaient en Judée et habitaient particulièrement les bords de la Mer Morte ; ils y étaient nombreux. Au temps de Josèphe, on en comptait 4.000. Ils avaient pour méthode d'interpréter allégoriquement la Loi mosaïque, ce qui les conduisait à ne point reconnaître les interprétations officielles des rabbins et à substituer, à la caste des prêtres, un sacerdoce universel (féminin). Ils n'enseignaient point en public leur doctrine secrète, et ne parlaient jamais que par paraboles ; leur morale avait pour base l'abstinence pour soi-même, la charité pour les autres, l'égalité des hommes et la négation de l'esclavage. Un lien étroit les unissait aux Alexandrins ; ils connaissaient leurs livres, parmi lesquels il y en avait un intitulé La Science de Salomon (1) qui leur était familier. La doctrine essénienne et sa transmission orale forment donc un passage qui conduit de la doctrine des Apocryphes à la doctrine secrète des Chrétiens.
« Aux Esséniens de Palestine répondaient les Thérapeutes d'Egypte. C'était, comme eux, une sorte d'anachorètes d'un caractère tout à fait oriental. Ils vivaient dans les monastères, s'occupant de commenter la Loi et les prophètes, de composer et de chanter des hymnes ; ils faisaient la prière au lever et au coucher du soleil ; dans celle du matin, tournés vers l'Orient, ils demandaient d'être éclairés par la lumière intérieure (l'intuition). (Cette prière est un salut au soleil et un effort fait en soi.) Ils avaient des symboles profonds et cherchaient la science du secret.
« Eusèbe et Jérôme les considéraient comme chrétiens ; mais Philon en fait une secte juive. On ignore cependant l'origine de ces deux sectes. Nous trouvons les Esséniens dans l'histoire au milieu du 11ème siècle avant notre ère ; mais, à cette époque, ils se présentent comme une secte déjà fort ancienne, opposée aux Sadducéens (masculinistes) et se donnant pour rôle de conserver une tradition orale et secrète, différente de la tradition mosaïque des rabbins et destinée à la remplacer un jour. Nous savons de plus, par Eusèbe, par saint Epiphane et par saint Jérôme, qu'il existait chez les Juifs une pareille tradition orale longtemps avant le 11ème siècle, transmettant les mêmes idées qui furent adoptées par les Esséniens et les Thérapeutes et finalement par les Chrétiens. »
Si l'on, étudie attentivement les livres du canon hébreu (masculin), on n'y trouve aucune trace de cette doctrine.
Est-il nécessaire de faire remarquer que l'antique tradition conservée par ces Esséniens était celle des Féministes, leur science, leur morale, leur loi, en opposition avec celle que les Rabbins appelaient mosaïque, c'était celle qui avait été donnée par Myriam dans le Sépher et qu'on avait si soigneusement cachée ?
C'est cette science secrète, cette morale cachée, cette loi persécutée qui est le fond de l'enseignement des premiers Chrétiens, qui s'intitulaient Christiens.
Tout cela est antérieur au personnage que la légende appelle Jésus, et en opposition avec sa doctrine.
Ce n'est pas un homme qui révèle cette science et cette loi, puisqu'elle existe depuis une haute antiquité, c'est un parti une secte si l'on veut, qui la conserve et l'enseigne.
(1) Pendant plus de mille ans, une foule de livres contenant des règles de sagesse pratique ou même d'art manuel ont été mis sous le nom de Salomon.

JOHANA
C'est au milieu de la préoccupation générale de cette époque qu'une femme s'éleva qui vint prêcher le retour à l'ancienne doctrine israélite et la restitution de la science antique.
Cette femme s'appelait Johana ; ses disciples s'intitulent eux-mêmes Mandaïe de lohana.
Les Mandaïtes sont ceux qui croient au Manda de hayyé (esprit de vie), littéralement connaissance de la vie.
On dit aussi « Chrétiens de saint Jean », depuis qu'on a masculinisé le nom de cette femme.
Mais, nous l'avons déjà dit, ils ne s'intitulaient pas Chrétiens, mais Christiens.
La doctrine de Johana a pris le nom de Sabéisme, comme celle des anciens Iraniens et comme celle des Ethiopiens dont cette secte va restaurer la morale.
Donc les premiers Christiens sont des Sabéens (mot dérivé de sabba, baptistes).
Le nom de baptiste vient de ce que les hommes avaient l'habitude de se purifier tous les huit jours pour se présenter purs à la Déesse.
Dans la confusion des explications modernes, on nous dira que Johana représente le Feu sacré.
Sa fête, célébrée le 24 juin, le jour le plus long de l'année, est destinée à perpétuer la gloire de sa lumière spirituelle. C'est pour cela que, depuis deux mille ans, on allume les feux de la Saint-Jean.
C'est la grande fête du peuple, le grand jour, ou jour du Soleil (1).
Johana, comme une multitude de noms de femmes, vient de la racine Ana ou Hana.
Précédé de la lettre idéographique Iod, il devient lo-hana. Ana est un nom Chaldéen qui signifie Ciel ou lumière astrale : on disait Anima mundi, d'où vint Anaïtia.
Ana-Kanya est un nom ésotérique qui signifie « Vierge de lumière » (Cailleux, La Judée en Europe).
En roumain, Jeanne est encore Iana. Nous trouvons aussi Juana et Ivana, d'où Ivan.
C'est le nom symbolique de la Femme.
La colombe qui représente le Saint-Esprit est appelée Iona en hébreu.
Et, parmi les surnoms donnés à Johana, nous en trouvons un qui rappelle ce principe de lumière spirituelle : c'est Saint-Jean-de-Luz.
Le mot Yoni en sanscrit, d'où Yonijas, qui a la même racine, est porté par les partisans du Principe féminin.
(1) Le Solstice d'été (Saint-Jean) a dû servir de fête, célébrant la Divinité, longtemps avant saint Jean. ; On a dû substituer son nom à d'autres noms plus anciens
Burnouf fait remonter les deux fêtes du Solstice, Noël et Saint-Jean, à 7.000 ans. Pour lui, saint Hélie a succédé à Hélios, le Soleil, saint Démétrius à Déméter ou Cérès, la sainte Vierge à la Vierge Minerve, qui fut l’aurore, etc.

LA NAISSANCE ET L’ENFANCE DE JOHANA
D'après les antiques traditions d'Iran, recueillies par Abulfarage Zerdasht, le restaurateur du Magisme, homme de science, grand astronome, annonça sous les premiers successeurs de Cyrus et peu de temps après le rétablissement du Temple qu'un Enfant divin, appelé à changer la face du monde, naîtrait d'une Vierge pure et immaculée dans la région la plus occidentale de l'Asie (2).
Or cette prédiction ne pouvait se rapporter qu'à Johana. C'est bien elle qui est Jean le Divin, Jean de Dieu, Jean bouche d'or.
L'histoire du petit saint Jean a précédé celle du petit Jésus, qui en a été la copie.
Elle est racontée dans l'Evangile selon Luc. Dans le chap. I, tous les versets de 1 à 25 s'y rapportent, puis de 57 à 80. Une coupure est faite au milieu de cette histoire pour y introduire une copie maladroite s'appliquant à Jésus.
(2) Autour de la statue de Kwan-Shi-Yin, on lit l'inscription suivante : « Le Sauveur universel de tous les Êtres vivants ». Kwan-Shi-Yin (femme messie), sauveur des nations, fut le « créateur », l'artisan du monde. En lui était la vie et la vie fut la lumière des hommes. Ce sauveur apparaîtra comme Maitreya (Messie) durant la 7e race. Cette croyance et cette attente sont universelles dans tout l'Orient. C'est une forme du 7° Principe (dernière création, génération). C'est un agrégat synthétique de tous les esprits. Il est l'auto-manifesté.

LA FAMILLE DE JOHANA
Les Évangiles nous parlent souvent des frères et sœurs du Seigneur.
Or le mot Seigneur a été introduit dans les Ecritures par saint Jérôme, dans sa Vulgate, au 4e siècle.
Quel était donc le mot antérieur que ce terme est venu remplacer ?
En remontant aux origines, c'est-à-dire aux étymologies, nous avons montré que c'est le mot Cri ou Kri, sanscrit, abrégé du grec Kyria, qui indique toujours une suprématie. On explique ailleurs que c'était le nom des déesses gauloises : Val-Kyrie.
Ce mot, dans le grec moderne, signifie Ma-dame. On lui a donné un masculin, Kyrios. Mais c'est le féminin seul qui est resté dans la liturgie catholique.
C'est Johana qui est appelée par ses disciples « Kyria », et, quand on dira dans les traductions modernes « les frères du Seigneur », cela signifiera les frères de Johana, qui avait aussi des sœurs.
Jacques est son frère, Jude est sa sœur (Jude, c'est Judith),
André et Pierre sont ses fils, Simon est le fils de Jude, donc le neveu de Johana.
Dans les Évangiles révisés, Pierre est encore appelé « fils de Johana ».
Chez les premiers Christiens, l'enfant porte encore le nom de sa mère.
Quant au père de Pierre, il n'apparaît pas, il a un rôle effacé ; cependant, nous avons pu le découvrir.
Dans le Dictionnaire des Sciences religieuses de Lichtenberger, nous lisons au mot Jean-Baptiste, après avoir rappelé la vie de Jean :
« Josèphe, dans sa biographie, nous parle d'un autre ermite, nommé Banus, qui fut son maître, pendant quelques années et s’était acquis par son genre de vie, tout à fait analogue à celui du Baptiste, un grand renom de sainteté et de sagesse.
Il y a pourtant, sous la ressemblance du costume et des habitudes, cette différence entre Jean et Banus, que celui-ci ne poursuit qu'un but de sanctification personnelle par des ablutions et des privations volontaires, et que celui-là est surtout préoccupé des péchés et du salut de son peuple. Aussi le premier n'est-il qu'un moine assez parent des Esséniens, tandis que le second se rapproche des anciens prophètes. »
Cet ermite que nous voyons près de Johana fut évidemment son associé dans la vie et le père de ses enfants.

COMMENT JOHANA DEVINT JEAN-BAPTISTE
C'est sous Tibère, qui régna de l'an 14 à l'an 37, que Johana s'éleva comme une réformatrice, prêchant l'antique morale naturelle et le règne prochain de « Hévah », la Femme, ressuscitée à la vie sociale, ce qui irritait beaucoup les masculinistes.
Elle voulait qu'on se préparât à cette résurrection par la réforme des mœurs. Elle prêchait aussi la « justice » ; elle ajoutait à son enseignement des rites, invitant ceux qui venaient l'entendre à recevoir le baptême du feu, ce qui voulait dire l'initiation aux Mystères.
L'idée cachée au fond de ce mythe venait d'un fait de haute science enseigné par les Prêtresses dans les Temples, mais où seuls étaient admis les initiés.
« Le besoin du secret, dit Burnouf, fut un des besoins aujourd'hui les mieux constatés de la primitive Eglise. »
« Le centre duquel ont rayonné toutes les religions de la Terre est donc la Théorie d'Agni. » C'est-à-dire la glorification de l'amour féminin qui engendre le feu sacré, l'Esprit divin.
Quand les masculinistes écriront, plus tard, la légende relatée dans leurs Évangiles (les synoptiques), ils feront de Johana, Jean-Baptiste, et de son « baptême par le feu » un baptême par l'eau, laissant croire qu'il s'agissait d'une ablution (baptisma en grec) dans le Jourdain, supposant que l'âme se lave quand on lave le corps. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agissait.
Le baptême de Johana avait une signification symbolique. Nous savons déjà que l'eau représentait le principe opposé au feu et que le feu symbolisait l'Esprit. L'eau qui est son contraire représentait l'ignorance, l'erreur et le despotisme, c'est-à-dire tout ce qui éteint l'Esprit et fait l'obscurité.
Le grand déluge symbolique, mis dans le passé de l'évolution humaine, représentait déjà l'effort tenté par les hommes pour éteindre la lumière de l'Esprit féminin.
Depuis, une multitude de légendes s'étaient propagées, rappelant ou amplifiant ce symbolisme.
Une secte dont nous allons bientôt citer le fondateur et étudier la doctrine, prenait le contrepied de tout ce qu'avait dit la Femme, renversant par ironie, et aussi par ignorance, toutes les vérités cachées dans les symboles.
C'est cette secte qui vint dire « c'est l'eau qui purifie ». C'est que l'eau, symbole de l'ignorance qui éteint les lumières, était le domaine du dieu mâle dans l'ancienne mythologie : Poséidon, Neptune, et on créa le baptême par l’eau, par opposition à la purification spirituelle par le feu.
On retrouve donc, au fond de ces disputes sur les rites, les luttes de sexes, éternellement entretenues par le malentendu qui résulte de l'ignorance de la loi qui régit la différence de polarisation sexuelle.
Les hommes se mirent à baptiser « par l'eau », et l'on fit remonter à Jean-Baptiste l'introduction de ce système.
Les ablutions étaient un souvenir du grand déluge symbolique dans lequel on avait représenté les hommes submergés pendant que la Déesse surnage dans la barque d'Isis qui porte le monde : Fluctuât nec mergitur. Et ceux qui renversent tout diront alors que Christos est un poisson.
Puis, dénaturant l'idée qui s'attachait au symbole, les Prêtres, qui représentaient le déluge comme une punition, prétendirent calmer la colère « des dieux » en jetant dans les flots des victimes expiatoires, des enfants, et c'est ainsi qu'on arriva à baptiser les enfants pour les purifier des fautes des pères.
Dans l'évolution des idées de l'antiquité, la vertu expiatoire de l'eau suit une gradation déterminée. Celle de la mer, qui primitivement avait symbolisé le grand déluge, passait pour plus efficace.
A son défaut, on employait celle des fleuves ; c'est pourquoi toutes les grandes religions masculines avaient leurs fleuves saints : le Gange, le Nil, le Jourdain sont célèbres sous ce rapport dans la mémoire des hommes.
Cependant, les historiens nous disent qu'on fut obligé de supprimer le baptême par immersion et l’ospasmos ou baiser baptismal, parce que tout cela provoquait la raillerie des contemporains.
Une des ruses des imposteurs qui renversèrent le premier Christianisme fut de mettre dans la bouche de Jean des propos qui n'ont aucun rapport avec sa doctrine ; ainsi on lui fait dire : « Pour moi, je baptise d'eau pour vous porter à la repentance ».
Puis on crée l'équivoque autour de la personnalité divine et on nous représente « Jean » voulant mettre « le Père » à la place de l'antique Déesse Hévah. On lui fait dire : « Afin que nous ne restions pas les fils de la fatalité et de l'ignorance, mais pour que nous devenions ceux de l'élection et de la science et que nous obtenions le pardon des péchés commis, on prononce sur ceux qui doivent être régénérés et qui se sont repentis de leurs péchés, le nom de Dieu, le Père et le Seigneur de tous, et ce nom EST SEUL prononcé par celui qui conduit à l’eau, celui qui doit recevoir l'ablution. Car personne ne saurait dire le nom inexprimable (l'antique Hévah dont les Juifs ne prononçaient jamais le nom), et, si quelqu'un osait lui donner un nom, il se tromperait infailliblement. Cette ablution est appelée « illumination », parce que ceux qui apprennent ces choses sont éclairés dans leur esprit. »
Tout ceci n'est, au fond, qu'une parodie de la doctrine des initiés dans laquelle on a introduit les mots Père et Seigneur de tous, alors que Johana, qui appelait la Divinité « Sophia », ne voulait pas d'autres dieux que la Déesse-Mère « Hévah ».
La doctrine initiatique des premiers Chrétiens a été conservée dans les Ordres secrets ; on la retrouve dans le rituel des Rose-Croix dont nous parlerons plus loin.
La secte qui trahit le premier Christianisme, composée d'hommes vulgaires et ignorants, fit de Johana un personnage adapté à leur taille, lui donna leurs idées et mit dans sa bouche des propos violents contre les Pharisiens et les Sadducéens, qui étaient les intellectuels du temps, alors que ce sont eux qui tenaient ces propos.
Dans Matthieu, ch. III, 7, on fait dire à Jean : « race de vipères ».
On appellera Jean « fils du Tonnerre ».
On nous le montre comme attaquant avec âpreté les grands, auxquels il donnait tous les vices. Il inquiéta ainsi le tétrarque de la Galilée et de la Pérée, Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand, qui l'emprisonna d'abord, puis le fit mourir, dira-t-on.
La manière dont sa mort est racontée dans les Évangiles a pour but de faire croire que c'était un personnage odieux aux femmes.
Autre preuve psychologique qui nous fait comprendre que Jean était Johana, car c'est toujours en déléguant à des femmes leurs haines et leurs vengeances que les lâches font attaquer celles qu'ils n'osaient pas sacrifier eux-mêmes. On raconte que c'est la fille d'Hérodias, femme de Philippe, frère d'Hérode, qui demanda sa tête (Matthieu, chap. XIII. 1 à 12), et que c'est vers l'an 30 que la décollation de Jean-Baptiste eut lieu.
Or nous ne croyons pas à cette mort, parce que nous avons la conviction que Jean l’Évangéliste et Jean le Baptiste sont deux formes masculinisées de la même femme, laquelle, après avoir été emprisonnée à Jérusalem par Hérode, fut envoyée en exil, à l'île de Pathmos, où elle écrivit l’Apocalypse, dans un âge avancé, on dit à 95 ans.
La réalité historique de ce personnage ne peut pas être mise en doute, d'abord parce qu'elle a laissé des livres ; ensuite parce qu'une multitude d'auteurs du temps se sont occupés du Christianisme primitif qu'elle a fondé, et l'ont nommée ; enfin parce que l'historien Josèphe, qui ne connut pas Jésus, connut Johana et lui consacra quelques lignes dans son Histoire des Juifs. Les voici :
« Plusieurs Juifs ont cru que cette défaite de l'armée d'Hérode était une punition de Dieu à cause de Jean surnommé le Baptiste.
C'était un homme de grande piété, qui exhortait les Juifs à embrasser la vertu, à exercer la justice, et à recevoir le baptême après s'être rendu agréables à Dieu en ne se contentant pas de ne point commettre quelques péchés, mais en joignant la pureté du corps à celle de l'âme. Ainsi, comme une grande quantité de peuple le suivait pour écouter sa doctrine, Hérode, craignant que le pouvoir qu'il aurait sur eux n'excitât quelque sédition, parce qu'ils seraient toujours prêts à entreprendre tout ce qu'il leur ordonnerait, crut devoir prévenir ce mal pour n'avoir pas sujet de se repentir d'avoir attendu trop tard pour y remédier.
Pour cette raison, il l'envoya prisonnier dans la forteresse de Mâchera, et les Juifs attribuèrent la défaite de son armée à un juste jugement de Dieu d'une action si injuste. »
Si ce qu'on appelle la décollation de Jean-Baptiste avait eu lieu réellement, Josèphe l'aurait raconté. Au lieu de cela, on trouve que le texte primitif de cette citation a été altéré.
Finalement, on l'a rendu par ceci : « Redoutant l'éloquence et la popularité de Jean, car les Juifs étaient prêts à suivre tous ses conseils, Hérode trouva bien meilleur de prévenir tout mouvement populaire, et de le faire périr, que d'avoir, une fois la révolution déchaînée, à gémir sur la catastrophe. »
Nous ne savons pas si c'est Josèphe qui a masculinisé Johana, ou si ce sont les réviseurs qui ont remanié son livre, les mêmes, sans doute, qui y ont intercalé un passage sur Jésus.
C'est pour effacer la personnalité de Johana et la supprimer de l'histoire qu'on raconte la mort tragique de Jean-Baptiste.
Mais l'histoire de Jean se déroule après cet événement avec d'autres surnoms : l’Ancien, l’Evangéliste, etc.
M. Leblois, dans Les Bibles, nous dit : « Il y eut dans les temps apostoliques plusieurs Jean ; le Nouveau Testament seul en connaît six ; comme il y a eu plusieurs Jacques, plusieurs Simon, plusieurs Marie, etc. »

LES LIVRES SACRÉS
Les apôtres de Johana avaient des Livres sacrés au nombre de quatre.
Le premier s'appelle le Divan et traite de la « chute des Anges » et de la création de l'homme.
Le second, nommé Sedra Ladam, est le livre d'Adam.
Le troisième, Sedra Yahya, est la révélation de saint Jean.
Le dernier, Cholastech, contient l'ensemble des cérémonies religieuses.
Nul doute à avoir : Johana est bien le fondateur d'une doctrine et l'instaurateur d'une religion, et cette religion, c'est le Christianisme primitif.
Or n'oublions pas que Jona, Johna ou Johana est un nom féminin dont on fera un masculin plus tard, Johannes. Du reste, la psychologie vient toujours à notre secours pour nous faire retrouver le sexe des auteurs.
Nous savons que les « Chrétiens » furent d'abord ridiculisés et outragés. L'accueil fait aux livres de Johana par les masculinistes va nous montrer qu'il s'agit bien ici d'une lutte de sexes.
Le mot Divan, qui sert de titre à son premier livre, est un mot resté dans les langues, mais il sert bien plus à désigner un siège allongé sur lequel on se couche qu'à désigner un livre sacré (1).
Ce mot, dérivé de Dêva ou Diva (la Déesse), employé pour désigner le livre (on donne à la chute des anges un double sens), est resté comme une ironie : la Dêva tombée, avilie, est devenue le Divan.
Autre exemple : Le Christos mystique, l'Etre sacré, prend, dans la doctrine des premiers Chrétiens gnostiques, le nom de Sophia, la sagesse féminine. Or le mot Sophia eut le même sort que le mot Divan. Après avoir désigné la Femme dans sa suprême sagesse, il arriva à désigner le meuble sur lequel l'homme aimait à la voir étendue, le sopha. Et ceci s'appelle faire litière d'une doctrine.
Mais les femmes ne se laissaient pas attaquer sans répondre.
On leur attribue l'idée de donner à ce meuble un autre nom : canis pedes (d'où canapé), chien à mes pieds (d'après Fabre d'Olivet, Les Vers dorés).
La psychologie, qui est la clef de l'histoire, nous donne encore bien des lumières sur la personne de Johana.
D'abord le silence fait de son temps sur sa personnalité. Le silence d'écrivains qui avaient vécu avec Jean, de son temps, est significatif.
Papias se sert de l’Apocalypse et ne cite pas Jean.
Polycarpe, qui utilise presque tous les livres du Nouveau Testament, ne cite pas une fois l'Évangile de Jean, lui, le disciple de Jean à en croire Irénée.
Remarquons, du reste, combien la question de l’auteur est partout, dans les Livres sacrés, la question discutée.
Il n'est pas un prophète dont la vie soit laissée au grand jour ; on sent partout la préoccupation du plagiat, du démarquage.
On ignore qui a écrit la Sagesse. On supprime Myriam et Daud (David). Mais, si on supprime les auteurs, on garde les œuvres, qu'on met au nom d'un homme qui se déclare inspiré par Dieu.
Cependant, il dut exister un parti qui défendait Johana et voulait perpétuer sa mémoire, puisqu'on trouve de vieilles gravures du moyen âge qui représentent Jean sous les traits d'une femme. Dans une d'elles, il y a une inscription qui dit : « Quand vous vous rassemblerez, je serai au milieu de vous. »
Dans une autre se trouvent onze disciples réunis, la Vierge Marie est au milieu d'eux, elle tient le livre et les instruit.
Sabatier, dans un article qu'il consacre à Jean dans le Dictionnaire des Sciences religieuses de Lichtenberger, dit : « Il est digne de remarque que le nom de Jean ne revient dans les synoptiques qu'avec des reproches que les rédacteurs ne cherchent pas à atténuer par le souvenir de ce que le même apôtre serait devenu plus tard. Il y a là un singulier contraste avec l'image du disciple bien-aimé, qui se penche sur la poitrine de Jésus, reçoit ses confidences intimes, semble seul le comprendre quand tous les autres se méprennent, de ce disciple idéal enfin qui se cache et se dévoile en même temps dans le quatrième Évangile.
Cependant, les Actes des Apôtres nous montrent Jean à côté de Pierre.
Paul le rencontre encore à Jérusalem, et il nous confirme le rôle prééminent de Jean à cette époque dans la première communauté chrétienne.
Il était le troisième membre du triumvirat apostolique. A partir de ce moment, il disparaît pour nous dans le nuage mystérieux de la tradition ecclésiastique, sous lequel il est bien difficile de le reconnaître et de constater son identité. »
(1) Divan, terme qui sert encore chez les Arabes, les Turcs et les Persans, à désigner des recueils littéraires qui renferment les œuvres de certains auteurs : c'est ainsi qu'on dit le Divan de Hafiz, le Divan de Djelaleddin, Roumi, etc.

L'APOCALYPSE
L'Apocalypse est un livre écrit par un auteur qui se répand en doléances sur le mal qui règne partout, sur le sort des opprimés victimes des religions et des institutions nouvelles des hommes.
Il s'élève contre Jézabel, désignant ainsi les femmes perdues qui suivent les Paulinistes. Il accuse les Nicolaïtes et les Juifs qu'il appelle « ceux de la synagogue de Satan », et annonce, une fois de plus, le retour de la Femme-Messie.
Ce livre, tout rempli de réminiscences de l'Ancien Testament, a évidemment été altéré par les Jésuites qui y ont mis, après coup, leur Jésus, leur Dieu Père, leur personnel ecclésiastique et les douze apôtres à la place des douze tribus, ce qui fait qu'ils apparaissent comme contemporains des prophètes. L'Apocalypse a dû être écrite avant la destruction du temple ; les remaniements qu'elle a subis, peut-être plusieurs fois, ont dû commencer dans le IIème siècle, L'ancien symbolisme, dont la signification était connue et facile à comprendre, y devient un surnaturel fantastique en prenant les idées abstraites symbolisées pour des réalités concrètes. Cette transformation de l'idée se retrouve dans tous siècles, c'est l'éternel manteau de l'ignorance et de la bêtise posé sur l'éternelle Vérité.
L'Apocalypse en est un des plus frappants exemples. Ceux qui savent la lire et la comprennent y voient de grandes choses, de tout temps elle a eu un grand prestige. Ceux qui ne comprennent que la lettre sans apercevoir l'esprit n'y voient qu'une vision étrange d'un illuminé.
On nous dit que c'est Jean l'Evangéliste qui est l'auteur de l’Apocalypse. Or, comme Jean, c'est Johana, nous ne doutons pas que c'est cette grande femme, fondatrice du premier Christianisme, le seul vrai, qui a écrit le livre dans lequel, découragée après toutes ses luttes, toutes les persécutions subies, elle met son dernier cri d'espérance : « Si la femme n'a pas triomphé avec nous, elle triomphera dans l'avenir », après que le règne de l'homme aura apporté au monde toutes les tribulations qu'elle annonce.
Johana, comme auteur de l'Apocalypse, est appelée saint Jean le Théologien ; c'est une façon nouvelle de la désigner.
Nous la connaissons déjà sous le nom de Jean-Baptiste, sous celui de Jean l'Evangéliste ; elle est aussi Jean l'Ancien, et nous ne savons pas si le Jean, chef des Zélotes, qui défendit les Israélites dans le Temple de Jérusalem lors du siège, ce n'est pas encore elle.
On intitule son livre « la Révélation de saint Jean le Théologien ». Or révéler, c'est re-voiler, et Johana, loin de revoiler, a au contraire dévoilé la science cachée ; ce sont, ceux qui sont venus après elle qui ont revoilé sa science.
Ainsi, le premier verset de son livre altéré par les Paulinistes dira : « La révélation de Jésus-Christ qu'il a reçue de Dieu pour faire connaître les choses qui doivent arriver bientôt et qu'il a déclarée et envoyée par son ange à Jean, son serviteur. »
Donc, c'est Jésus-Christ, le personnage inventé par Paul, qui envoie sa révélation (re-voilation) à Johana ! Qu'on juge, par ce premier verset, des absurdités qu'on va mettre dans le reste du livre.
L'Apocalypse semble avoir été, d'abord, le livre rituélique des « Mystères Johanites ».
Dans un lieu désert, à Pepuzza, voisin de l'île de Pathmos se tenaient les assemblées mystiques des Phrygiens qui attendaient la Jérusalem Céleste. C'est là qu'on se rendait pour célébrer les Mystères ; on allait s'y faire initier par Johana et ses disciples, en attendant la Théophanie, l'apparition de la Déesse Christ réintégrée dans sa suprématie. Synésius appelle les nouveaux venus « hommes initiés aux Théophanies ». « Le Temps est proche », disait-on, et on attendait le grand Juge, espoir qui berçait les initiés qui aspiraient au retour prochain de la Justice et de la Lumière qui devait éclairer la Terre.
Les Prêtresses de Pepuzza prenaient le titre de Prophétesses, Elles traçaient le tableau des malheurs des peuples sous le règne de l'homme et se lamentaient comme on s'était lamenté dans les Thesmophories des Mystères de Béotie (1).
C'est surtout contre la prétention de l'homme d'élever son sexe jusqu'à la hauteur des puissances cosmiques et d'en faire un Dieu créateur que ces femmes se révoltent, et, pour conserver la vérité que ce nouveau dogme obscurcit et prétend remplacer, on s'occupait surtout, dans ces Mystères, de faire connaître la Science qui explique l'action des sept « Principes cosmiques » organisateurs de l'Univers, dont on rappelle la puissance pour l'opposer aux rêveries de ceux qui ont grandi l'homme jusqu'à en faire le créateur de l'Univers.
Dans les Mystères de Phrygie, nous trouvons à Pepuzza une société secrète où, dans une cérémonie d'initiation, sept jeunes prêtresses vêtues de blanc entraient dans le Temple, tenant dans leurs mains chacune un flambeau dont la lumière était colorée ; en se plaçant les unes à côté des autres, les sept flambeaux reproduisaient l'arc-en-ciel.
Ce qui prouve que l'Apocalypse était le livre rituélique de ces Mystères, c'est que, dans la revision qui en a été faite, on retrouve la caricature des cérémonies faites à Pepuzza.
Ainsi, on fait dire à Jean que, étant dans l'île de Pathmos, il vit sept chandeliers d'or (I, 12), et au milieu des sept chandeliers quelqu'un qui ressemblait au fils de l'homme, vêtu d'une longue robe (le costume des Prêtresses) et ceint sur la poitrine d'une ceinture d'or (le cordon de l'ordre secret).
Apocalypse 1.16. Il avait dans sa main droite sept étoiles, une épée aiguë à deux tranchants sortait de sa bouche, et son visage resplendissait comme le soleil quand il luit dans sa force.
Et il dit :
Apocalypse 1.20. Voici le mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite et des sept chandeliers d'or. Les sept étoiles sont les anges des sept Églises, et les sept chandeliers que tu as vus sont les sept Églises.
Voilà le « fils de l'homme » qui va devenir un Dieu doué de la puissance des forces cosmiques. L'épée aiguë à deux tranchants qui sort de sa bouche, c'est la radiation astrale ; c'est pour cela que son visage resplendit comme le soleil quand il luit dans sa force.
Est-ce assez grotesque ? Pourquoi l'auteur de l'Apocalypse est-il appelé « le Théologien » ?
C'est que son livre a pour but de rétablir la science du Divin. Deux Prêtresses, Priscilla et Quintilia, enseignaient à Pepuzza. Origène dit de leur doctrine qu'elle contient la théorie mystique du retour des âmes vers les êtres divins (les femmes) ; c'est, en effet, un retour vers la Sagesse divine appelée ratio, ou mens, ou verbum ; c'est le Verbe chrétien, l'antique Logos dont Johana a tant parlé. (Voir l'Evangile publié selon Jean.)
C'est cet enseignement qui est l'inspiration donnée par la Femme-Esprit à l'homme qui est inspiré par elle ; c'est elle qui éveille en lui la conscience, le sentiment moral, la raison.
L'inspiration, c'est la communication des hautes vérités et des principes supérieurs de conduite que les hommes ne peuvent pas trouver par eux-mêmes ; c'est cela que les Catholiques vont appeler la Révélation, supposant qu'il existe un Dieu-homme extérieur à l'homme qui lui fait connaître sa pensée et sa volonté.
Dans le chapitre II, on parle de la synagogue de Satan (l'Église de Paul évidemment), de ceux qui ont été trouvés menteurs, lui ont abandonné la première charité (mis pour amour), qui se disent apôtres et qui ne le sont pas.
« Il arrivera que le diable en mettra quelques-uns en prison. »
On parle du lieu où Satan a son trône et où des gens font scandale en mangeant des choses sacrifiées aux idoles.
On parle de ceux qui ont connu les profondeurs de Satan.
Et on dit à la Femme : « Tiens-toi ferme afin que personne ne prenne ta couronne. »
Chapitre II, 17. — A celui qui vaincra, je lui donnerai un caillou blanc sur lequel sera écrit un nouveau nom que personne ne connaît que celui qui le reçoit.
Chapitre III, 12. — Celui qui vaincra, je le ferai être une colonne dans le temple de mon Dieu ; et j'écrirai sur lui le nom de mon Dieu et le nom de la cité de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem qui descend du Ciel (symbolique) venant de mon Dieu, et mon nouveau nom.
Ce nom nouveau, c'est la Gnose, destiné à remplacer le nom des premiers Chrétiens parce que ce titre, ayant été pris par les partisans de Paul, ne signifie plus les partisans de l'antique Christ. C'est, en effet, après l'Apocalypse que les premiers Chrétiens vont s'intituler Gnostiques.
On a cru que ce passage a été interpolé ou dénaturé par les réviseurs des livres, qui ont voulu laisser entendre par là que le nom nouveau, c'est Jésus que l'on va substituer à la Divinité des Israélites, Jhévah ; le nom de Jésus est si nouveau alors qu'il semble inconnu pendant tout le premier siècle. On croit même qu'il a été ajouté aux Épîtres de Paul par Marcion au IIème siècle.
Le chapitre IV nous donne la description du temple dans lequel s'accomplit la cérémonie d'initiation des Mystères Johanites.
Ces Mystères ont été conservés dans la Franc-Maçonnerie ; c'est le 17ème degré, intitulé Chevalier d'Orient et d'Occident.
Dans ce grade maçonnique, la salle est disposée de manière à rappeler l'existence et l'action du septénaire, elle est revêtue de tentures rouges parsemées d'étoiles d'or. Il y a sept colonnes de couleurs différentes, rouge, orange, jaune, vert, bleu clair, bleu foncé et violet.
Dans le fond de la salle, à l'Orient, est un trône élevé de sept degrés. Au haut du trône est figuré un arc-en-ciel ; sept lampes suspendues sont allumées devant ce trône. D'un côté, vers le Midi, le soleil ; vers le Nord, la lune.
Des deux côtés de la salle, sur deux lignes, sont 22 autres trônes, onze de chaque côté, chacun élevé sur trois marches, pour représenter les onze disciples de Johana (le 12ème, Judas-Paul, ayant, trahi) (2).
A l'Orient se trouve un transparent lumineux qui représente les sept sceaux de l'Apocalypse. Le sceau qui est au centre représente la femme revêtue du soleil, posant ses pieds sur le croissant de la lune, autour de ce sceau un serpent (l'homme méchant) ; sur un autre sceau, l'homme sous la figure d'un vieillard tenant à la bouche un sabre, etc.
Quand on découvre le transparent, tout le monde dit : Abaddon, qui signifie, dissolution, destruction.
Puis on apporte un livre avec sept sceaux semblables à ceux du transparent ; seulement, chacun de ces sceaux est une petite boîte contenant un symbole.
Dans l'une, un arc que le président donne à l'un des assistants en lui disant : « Partez et continuez la conquête. »
Dans une autre, une petite couronne.
Dans une troisième, de l'encens. Dans une quatrième, une tête de mort. On distribue tous ces symboles en disant : « Allez à Pathmos, il n'y a plus d'heure », ou bien : « Empêchez les profanes et les méchants Frères de trouver jamais justice dans nos Loges. »
Après cela, on distribue à chaque assistant une trompette pour annoncer la bonne nouvelle. L'assemblée se compose de 24 membres : le président, intitulé Très Puissant, qui représente le chef des 24 vieillards de l'Apocalypse et siège au grand trône ; les deux surveillants, intitulés Respectables Anciens ; et 21 Chevaliers d'Orient et d'Occident qui occupent les trônes latéraux.
Les Frères assis sur les trônes ont tous une longue robe blanche et portent une ceinture rouge ; sur leur tête est une couronne d'or.
Nous arrêtons ici les descriptions.
Tel est ce livre étrange qu'on a appelé « le livre de la Fatalités », parce que les malheurs du règne de l'homme, qu'il annonce, sont les conséquences fatales des instincts de sa nature masculine Dans sa forme altérée, il a un caractère surnaturel qui le rend ridicule ; mais on aperçoit, cependant, à travers ce voile qui cache et déforme, la pensée première, l'annonce du retour de la Femme à la vie sociale, du réveil de son Esprit refaisant la science, en un mot de sa Résurrection.
Les détails mêmes de cet événement étonnent ceux qui savent par leur exactitude, ce qui fait qu'une question se pose :
Johana, qui a écrit le livre, a-t-elle aperçu les événements futurs par intuition ? Si cela est, l'intuition est une faculté qui peut s'exercer à longue distance, ce qui supprime pour notre cerveau la notion du temps. Quel problème à méditer !
Il est probable qu'il existe des Loges, parmi celles qui propagent la doctrine johanite, qui possèdent des Rituels assez complets pour qu'on y retrouve l'Apocalypse dans sa forme première.
En France, on en a conservé peu de choses.
Après le serment prêté par le récipiendiaire, un des Respectables Anciens lui adresse un discours dans lequel il lui explique la tradition du grade ; il dit : « Les Johanites, vrais disciples de Jean de Pathmos, étaient les fidèles de la Gnose. Ils étaient humbles et ignorés ; les Chevaliers d'Orient maintenaient en Secret, dans toute sa pureté, le culte de la Déesse (le Grand Architecte de l'Univers). Ces Johanites donnèrent à quelques Chevaliers d'Occident la révélation de leurs sublimes mystères. Les Chevaliers d'Occident s'unirent aux chevaliers d'Orient. »
L'Apocalypse, qui annonce le retour de la Femme à la vie sociale et son triomphe sur le mauvais esprit, est toute remplie du septénaire qui retrouvé doit être le signal de la réconciliation des hommes avec la Déesse. C'est l'arc-en-ciel messager de paix.
Cette science des Forces cosmiques apparaît au commencement de chaque cycle, elle en est le point de départ, et cela s'appelle le commencement de chaque année sidérale (jour solaire) qui recommence une période de vie ; c'est de là que les Kabeiria (les Kabir ou Kabarin) tirent leur nom de la Chaldée, car ils signifient « les mesures du ciel » (du mot Kob, mesure, et d'Urim, les cieux).
Le feu éthéré (la radiation astrale) est l'émanation du Kabir. Cette radiation émane de sept principes comburants qui sont les sept forces cosmiques.
Aux Indes, on les avait appelés les « Prajâpati » ou les sept Conducteurs.
En Grèce, on appela cette science l'Heptade, et c'est de là qu'est venu l'Hebdomagène, la consécration du septième jour divisant les semaines.
Johana était venue rappeler la science perdue, la science que les hommes ne comprenaient plus et qu'ils avaient remplacée par leur conception masculiniste d'un homme-Dieu créant le monde (3).
C'est pour cela que les vieilles légendes nous disent qu'« au commencement de chaque cycle les huit grands (Dieux) descendent pour accomplir leur grande œuvre et laissent derrière eux d'impérissables monuments pour rappeler leur visite ».
Ce ne sont pas les huit principes de vie qui descendent parmi les hommes, c'est la Femme intuitive qui en rapporte la connaissance.

La légende de ce grade nous dit qu'à la suite de la prise de Jérusalem par les Romains, les Israélites quittèrent la Judée pour le désert et se mirent à la recherche d'une contrée où le respect des droits de la Femme serait une réalité. Ne la trouvant pas, ils fondèrent les sociétés des Thérapeutes, des Esséniens, des Johanites. (Ceci est inexact ; les Thérapeutes et les Esséniens existaient bien avant les premiers Chrétiens.)
Les Johanites étaient en possession des vrais Évangiles de saint Jean ; ils déclaraient entachés de falsification l'Apocalypse, les Épîtres et l'Évangile de saint Jean tels qu'ils sont adoptés par l'Église catholique et traitaient de faussaires les prétendus disciples des apôtres qui professaient un enseignement abominable tiré des livres de leur façon. C'est ainsi qu'ils avaient transformé l'Apocalypse en un ouvrage de cabale et de magie.
Après la mort de Johana, les « Mystères de Pepuzza » se perpétuèrent dans les « Loges de Saint Jean » qui existent encore et dans lesquelles on célèbre saint Jean le Blanc. Ces Loges sont très répandues, on les trouve notamment dans le Rite de Zinnendorf appelé aussi Rite Johannite, qui est pratiqué par 91 Loge dites Loges Johannites dépendant de la Grande Loge national d'Allemagne (siège central à Berlin) et qui comprend 8120 Maçons.
Et le Rite de Herodom, qui est le rite primitif dit Rite ancien et de perfection, qui est pratiqué par la Grande Loge Saint Jean d'Ecosse (siège central à Edimbourg), par 118 Loges dépendant de la Loge Mère aux Trois Globes (siège central à Berlin), par 19 Loges dépendant de la Grande Loge nationale d'Allemagne, par l'Union des Loges germaniques indépendantes (siège central à Leipzig), et par la Grande Loge de Hongrie (siège central à Budapest).
92.760 Maçons en tout pratiquent ce rite. (4)
C'est de ces sociétés secrètes que sortiront plus tard les Ordres de chevalerie fondés en l'honneur de saint Jean, tels les Hospitaliers de saint Jean, les Chevaliers de saint Jean de Jérusalem, successivement connus dans l'histoire sous les noms de Chevaliers de Rhodes et Chevaliers de Malte, en attendant les Chevaliers du Temple.
Dans l'héraldique des Druides, on retrouve la « Jona ».
Il faut remarquer que toutes les sectes secrètes des premiers Chrétiens se rattachent à Johana, aucune à Jésus.
(1) Dans les traditions gnostiques, on enseigne que Priscilla ou Quintilia, une de leurs prophétesses, s'était endormie à Pepuzza et que, là, le Christ lui était apparu sous la forme d'une femme vêtue d'habits d'une blancheur éclatante, qu'elle avait répandu en elle son esprit de sagesse, qu'elle lui avait appris que le lieu était saint. C'est pour cela qu'on s'y rendait pour se faire initier. Cette femme-Christ apparue, c'est Johana.
(2) Dans l'Apocalypse, il y a 12 disciples et non pas 11 ; on ne supprime pas le traître, puisque le traître, c'est Judas-Paul que les Paulinistes ne mentionnent jamais.
(3) Philon se moque des Chaldéens qui « faisaient tout dépendre du mouvement des astres, qu'ils regardaient comme souverains de l'œuvre du monde. Ils bornèrent leurs hommages à la cause visible et ne se firent aucune idée de l'être invisible et intellectuel » (Dupuis, Origine des cultes, t. 1, p.7)
Les esprits forts des temps modernes, héritiers de l'ignorance des Prêtres diront aussi que « les Priscilliens mêlent au Manichéisme quelques rêvent des astrologues et des Gnostiques ».
(4) informations datant de 1927

LES GNOSTIQUES
Nous avons vu que, dans l'Apocalypse (ch. n, 17), on nous parle d'un nom nouveau qui va être donné aux fidèles de la première doctrine chrétienne, afin qu'ils ne soient pas confondus avec les imposteurs qui s'intitulaient aussi Chrétiens tout en propageant une doctrine nouvelle en opposition avec celle des Johanites.
Le premier Christianisme va donc changer de nom et se fondre dans le Gnosticisme.
Mais cette nouvelle forme de la doctrine évoluera aussi.
Nous ne connaissons pas les premiers Gnostiques. On ne nous parle d'eux qu'à partir du IIème siècle, alors qu'ils ont eux-mêmes subi l'influence des idées régnantes et changé la primitive doctrine suivant leurs conceptions personnelles.
A cette époque troublée, les esprits étaient partagés en deux courants opposés : le courant des idées féminines, conservées dans les Mystères, et qui s'appuyaient sur la Nature et ses lois, et le courant révolutionnaire représentant la révolte masculine contre l'ancien régime gynécocratique et théogonique, et , qui par opposition aux lois de la Nature, créait le surnaturel.
Pour défendre cette mauvaise cause, les philosophes avaient déjà créé la casuistique ; mais entre eux se placent les Gnostiques qui créent la confusion.
La traduction grecque de la Bible et les écrits des docteurs juifs avaient jeté les esprits dans le doute et dans l'agitation ; on voyait de tous les côtés s'élever de petites sectes qui expliquaient, à leur manière, les croyances anciennes dénaturées ou les nouveaux Évangiles.
La Gnose, c'est, disent les Catholiques, la science humaine opposée à la science divine (1), alors que c'est au contraire la continuation de l'antique science divine, celle des Déesses ; c'est celle des Mystères, l'antique Théogonie que l'on ne comprend plus et que l'on va interpréter suivant l'esprit masculin, et c'est alors qu'elle deviendra la science humaine.
Le mot Gnose signifie « connaissance ». Il fut évidemment employé par les féministes johanites qui cherchaient un nom nouveau pour remplacer le mot « Chrétien » dont leurs adversaires s'étaient emparés et qu'ils dénaturaient. Mais le mot Gnose devait avoir le même sort. Il devait être pris par des sectes masculines qui allaient aussi le dévier de sa signification primitive.
C'est le sort de toutes les idées féminines d'être prises et dénaturées par des hommes. Tous les philosophes grecs peuvent être considérés comme les précurseurs des Gnostiques.
Le mot Gnose a été introduit dans les écrits de Paul, par exemple dans Romains, 2-20,11-33, 15-14, et dans Corinthiens, 1-5, etc., ce qui prouve que ces écrits ont été révisés après l'apparition du Gnosticisme, donc après le IIème siècle.
Ceux qui ont écrit l'histoire des Gnostiques nous disent qu'au début ils étaient divisés en quatre groupes, et dans ces groupes ils mettent toutes les sectes qui s'étaient formées depuis la propagande de Johana, pour soutenir sa doctrine ou pour la combattre ; confusion qui a pour but d'égarer l'opinion en mêlant le bien et le mal, la vérité et l'erreur sous le même nom.
Ces quatre groupes sont :
1° Les Écoles de Palestine, qui furent continuées par les Simoniens (disciples de Paul), les Corinthiens et les Nicolaïtes.
2° Les Écoles d'Asie, continuées par les Marcionites.
3° Les Écoles de Syrie, qui avaient pour chefs Saturnin et Bardesane d'Edesse.
4° Les Écoles d'Egypte, qui brillaient avec Basilide et Valentin.
Et on met parmi les principaux Gnostiques : Simon le Magicien (un des noms de Paul) et le diacre Nicolas qui tous deux trahirent la primitive École des Apôtres, puis Ménandre, Cérinthe, Basilide d'Alexandrie, Tatien, Ebion, Cerdon, Carpocrate, Saturnin, Marcion, Valentin, Marcus, Apelles, représentant des doctrines diverses.
Il faut y ajouter les Elxaïtes et les Stratiotiques ou Barbélites. Chacun se faisait le chef d'un petit groupe. Quelques-uns prirent une grande influence sur leur époque et arrivèrent à faire triompher cette science humaine qui contribua à fonder le catholicisme.
Le Christianisme, en discorde avec quelques-uns de ses premiers adeptes dès les premiers temps de son existence, fut l'objet de mille trahisons.
Toutes les sectes gnostiques, quoique séparées et divergentes, se disaient chrétiennes. Mais toutes donnaient au Christianisme une interprétation particulière. Chacun se déclarait partisan d'une secte quelconque, souvent de plusieurs à la fois.
Saint Epiphane compte 60 sectes.
Saint Irénée en connaît plus de 130. Elles avaient des évêques, des diacres, des lecteurs, des diaconesses. Toutes favorisaient la révolution religieuse.
Une de ces sectes avait une formule de serment que voici :
« Je jure de travailler à l'affranchissement de l'humanité, de ne rien distraire du patrimoine commun à tous, ni mes biens, ni mon amour. Je jure de mépriser toutes les lois, toutes les institutions qui oppriment l'homme et le pervertissent : mariage, famille, patrie, société, et, dans la conquête du bonheur universel, rien ne me paraîtra coupable. »
Le livre de perfection des Gnostiques s'appelait l'Évangile d’Ève. Saint Épiphane nous l'a conservé, et il nous dit que cet Évangile donne à l'arbre de vie douze fruits par an : Vidi arborem ferentem duodecim fructus in anno, et hoc est lignum vitae.
(1) N'y a-t-il pas un rapprochement à faire entre la Gnose et les Gnomes, anciens auteurs de sentences, évidemment féminines, puisque, dans la suite, on fit de ce mot le nom des Esprits qui président à l'élément de la terre, comparée à la Femme dans les religions masculines ?

LES ÉBIONITES
Les Ébionites n'admettaient que les premiers Evangiles, ceux des Israélites, qu'on appelle « selon les Hébreux » ; ils ne faisaient pas cas des autres. Ils rejetaient absolument les Epîtres de Paul, parce qu'il le regardaient comme un apostat de la loi d'Israël. Ils niaient la divinité de Jésus.
Les Ébionites n'admettaient pas le mariage monogame. Pour eux, il n'y a pas de femme adultère, puisqu'il n'y a pas de femme mariée.
Cette secte dura jusqu'au VIIème siècle. Elle pratiquait la religion israélite de Johana, celle des Mystères.

LES EUCRATITES
Ceux-ci avaient pour chef Tatien. Ils soutenaient « qu'Adam était damné parce qu'il avait été le mari d’Ève et que le mariage était une débauche introduite par le démon ». Ce sont les Catholiques qui nous donnent ce renseignement.
Mais il est curieux de voir que le mariage est condamné par tous les vrais Chrétiens.
Les Eucratites, qui étaient les disciples de Justin, retranchaient des Évangiles la généalogie de Jésus. Ils rejetaient les Épîtres de Paul et recevaient plusieurs livres apocryphes, comme les Actes de saint André, de saint Jean, de saint Thomas, que nous n'avons plus.
Il est probable que ce sont ces Actes que nous ne connaissons pas qu'on a imités dans le livre écrit à la gloire de Paul et intitulé les Actes des Apôtres. Du reste, les Sévériens, une des branches des Eucratites, rejetaient les Épîtres et le livre des Actes, n'ayant que du mépris pour Paul.
Justin, leur fondateur, dit (dans le Dialogue avec Tryphon) : « Il en est certains de notre espèce, ô mes amis, qui professent que Jésus est le Christ, bien qu'ils le représentent comme un homme engendré par des hommes ; mais je ne partage point leur opinion, quand même la majorité de mes coreligionnaires la professeraient. »

LA TRINITÉ DES GNOSTIQUES
On avait discuté sur les trois degrés de Vishnou.
La Déesse de la Parole, que nous allons retrouver dans la divine Sophia des Gnostiques, fut aussi divisée, et c'est ce qui nous explique que les Ébionites et les Cérinthiens donnaient trois fils à Dieu : la Lumière, le Verbe, l'Unique engendré.
Les Pauliniens, qui avaient pour chef Paul de Samosate, évêque d'Antioche, soutenaient la doctrine unitaire contre les partisans de la Trinité.
Il en est qui font de Sophia la Mère des sept fils, parce que dans les Mystères on enseignait le septénaire.
D'autres, et Mme Blavatsky est de ce nombre, font de la Divinité un être sans sexe. Elle dit : « Le Christ ésotérique de la Gnose, Sophia, est nécessairement sans sexe, mais, dans la Théologie exotérique, il est mâle et femelle » (Doctrine Secrète, t. I, p. 55).
Les Monophysites, partisans de l'unité de nature, enseignaient que le Christ n'avait que la nature divine. Cette secte existe encore chez les Arméniens.

DE LA TRINITÉ ORIGINELLE EN RELIGION ET SON ÉVOLUTION
On discutait beaucoup dans les Ecoles d'Alexandrie sur les trois hypostases divines (suppôts, personnes, en grec hupostaseis), qui avaient formé primitivement une Trinité féminine : Mère-Sœur-Fille. Partout trois grandes Déesses représentaient la Femme sous ces divers aspects :
Nous trouvons le nombre trois dans la légende des trois patriarches Abraham, Isaac, Jacob, qui sont des matriarches formant une Trinité ; dans les trois enfants d'Adam, les trois enfants de Noah, les trois Grâces, les trois femmes qui se disputent la pomme, etc.
Cette Trinité s'était modifiée depuis qu'on avait introduit des Dieux masculins dans le Panthéon ; alors elle fut représentée par le Père, la Mère, l'Enfant ; telle la Triade égyptienne Osiris-Isis-Horus, greffée elle-même sur une plus ancienne Triade faite d'Ammon-Mauth-Khons.
Les Chaldéens avaient eu Anou, Nouah, Bel.
L'Inde fit d'abord sa Triade de Brahmâ, Nâri, Virâdj. Plus tard, elle fut composée de Brahmâ créateur (principe cosmique), Vishnou conservateur (la Femme), Çiva destructeur (l'homme) qui devint le transformateur, parce qu'il détruit et transforme le monde primitif fait par la Femme.
Enfin, les Scandinaves avaient Odin, Frigga, Balder ; les Finnois avaient Ukko, Luonnotar, Vainamoïnen ; et les Polynésiens ont encore Taaroa, Ina, Oro.
Quand les Bouddhistes fondèrent leur religion masculine, ils firent une Trinité composée de :
1° Bouddha, l'intelligence divine, l'Esprit ;
2° Dharma, la matière, les éléments concrets (sous-entendu la Mère) ;
3° Sangha, la réunion des deux principes ou des deux univers.
Cette Trinité fut apportée à Alexandrie de 270 à 303 par le philosophe Porphyre.
Mais, avant cette époque, Philon s'était occupé de la Trinité, et ses idées sur ce sujet avaient évolué, car nous trouvons qu'il nous indique une première Triade composée de : le Père créateur ; la Mère, qui est la sagesse, dans le sein de laquelle il engendre « non pas à la manière de l'homme » ; le Fils ou le monde conçu d'un germe divin.
Nous voyons dans cette façon d'engendrer l'origine de la conception miraculeuse de Marie.
Dans les Ecoles d'Alexandrie, les trois personnes divines étaient devenues :
- Le Père, duquel procède la création ;
- Le Fils, duquel procède l'âme ou l'Esprit ;
- Le Saint-Esprit, l'intellect divin.
Par le mot pro-cession, les Néo-Platoniciens croyaient échapper au dogme célèbre de l'émanation sur lequel reposaient les théogonies de l'Inde.
Les Catholiques paraissent avoir formé leur doctrine de la Trinité avec les démentis opposés aux systèmes antérieurs.
LE PÈRE, c'est la substitution masculine de la Mère : Déméter. Elle planait dans le ciel, c'est-à-dire dans la vie sereine et bienheureuse que donne la plénitude de l'être ; on fait de ce ciel allégorique un ciel réel où l'on va envoyer régner le Père dans une solitude infinie. Tous les attributs de la Mère deviendront ceux du Père, mais seront amplifiés. Elle créait l'enfant qu'elle faisait à son image et à sa ressemblance (morale surtout) : le Dieu-Père va créer tous les humains qu'il fera encore à son image et à sa ressemblance.
LE FILS, c'est l'homme, fils du Père, fils de l'homme. Et cela est dit dans un esprit de réaction contre ceux qui, dans le régime matriarcal, avaient été « fils de la Mère » dont ils portaient le nom. C'est la suprématie donnée à l'enfant mâle par un secret esprit de réaction contre l'ancien privilège de la fille (qui seule héritait).
L’Épître aux Colossiens (1,15-18) pousse jusqu'à l'extravagance l'idée de la suprématie de l'homme ; elle fait créer toutes choses par le Fils et pour le Fils, qui est « l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature ». « Celui par qui toutes les choses ont été créées dans les cieux et sur la terre, les choses visibles et les choses invisibles, les Trônes, les Dominations, les Autorités, les Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Et il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui. Et il est la tête du corps de l'Eglise. Il est le commencement, le premier-né de ceux qui sont ressuscités des morts, entre tous le premier. »
Voilà « le Fils » mis, non seulement au-dessus de « la Fille », mais au-dessus de tout. Et pendant que le « Fils » est ainsi glorifié, la « Fille » va être avilie jusqu'au dernier degré.
LE SAINT-ESPRIT, c'est l'esprit féminin, qui était représenté à Rome par la Vénus-Lucifer (porte-lumière). Elle avait pour emblème la colombe, symbole que les Catholiques garderont pour représenter leur Saint-Esprit, sans sexe, ou ayant le sexe mâle. C'est l'antique Esprit qui flottait sur les eaux quand la Déesse émergeait de l'onde (1). C'est le feu de Vesta qu'on fait descendre en « langues de feu » sur les Apôtres pour illuminer leur intelligence.
Les Esséniens attribuaient au Fils la figure d'un homme et à l'Esprit celle d'une femme.
Le terme qui en hébreu signifie « esprit » est du genre féminin ; on le rencontre surtout dans le texte de la Genèse qui parle du chaos fécondé. Les théosophes hébreux ont déduit de cette particularité grammaticale toute une théorie métaphysique sur la troisième personne de la Trinité.
Chez les Orientaux, l'Esprit représente la Mère dans les Triades formées de trois personnes : le Père, la Mère, l'Enfant. (Voir la brochure de M. Ad. Kôster sur les traces de la doctrine de la Trinité avant le Christ, Francfort, 1845.)
En accouplant le Fils (Jésus) avec le Saint-Esprit (le Christ), le néo-christianisme ne faisait que rééditer ce qu'avait fait la Grèce quand elle avait accouplé Hermès et Aphrodite pour en faire un Dieu-couple, l'Hermaphrodite ou l'Andro-gyne, c'est-à-dire le partage des facultés.
Le Christ féminin accouplé à Jésus réalise encore ce couple fait des deux natures masculine et féminine, humaine et divine, et c'est sur ce thème que l'on discutera longtemps. En réalité, c'est le Christ qui est le Logos, la Parole de Vérité, l'Esprit. Cette substitution de sexe dut produire une grande exaspération chez les femmes et de profondes discussions, car nous voyons les premiers Chrétiens défendre avec vigueur ce « vol moral » et déclarer que « le péché contre le Saint-Esprit est le plus grand de tous les péchés » (Matthieu, 12, 32).
C'est que, en effet, la Femme est outragée dans son Esprit (et c'est cela qu'elle ne pardonne pas), quand on nie sa parole de Vérité, son « Logos », ou quand on vient l'assimiler aux hypothèses ou aux extravagances mentales des hommes.
Les premiers Chrétiens parlent « au nom du Saint-Esprit » féminin, ils ne parlent pas « au nom de Dieu ».
La théorie du Saint-Esprit était communiquée à tous les Chrétiens dans les Mystères ; elle se conserva chez les Gnostiques qui continuèrent à dire : Notre-Dame le Saint-Esprit.
Les néo-chrétiens qui vinrent après les philosophes d'Alexandrie exagérèrent leur système, et, pour qu'il soit bien entendu qu'ils ne laissaient à la Femme aucune place dans la Trinité, ils la représentaient symboliquement par trois Phallus (2). Cela dura jusqu'au Concile, de Constantinople, où cet emblème fut remplacé par une croix.
Cette représentation qui sert de signe à la nouvelle religion prouve bien qu'elle a, au début, un caractère ironique, et qu'au fond de cette révolution il n'y a que la lutte des sexes : il s'agit de supprimer la Femme, du ciel d'abord, de l'Eglise ensuite. Mais, comme la substitution des sexes amène un résultat absurde, contre nature, on en fait un mystère qu'il est défendu d'examiner.
C'est depuis que l'on a supprimé l'Esprit de la Femme, l'Esprit dans la Femme, que l'on a inventé « les Esprits ». Celui qui figure dans la Trinité chrétienne vint consacrer le système ; après celui-là, une multitude d'autres apparurent ; cela devint une folie nouvelle dont la magie s'empara.
Les Kabbalistes distinguaient en Dieu trois attributs : l'un caché, l'Esprit de Dieu ; l'autre illuminant ou agissant, représenté par un homme qui trace les lettres ou les formes élémentaires du monde ; le troisième sanctifiant, une eau provenant de l'esprit, représentée par une femme qui façonne le chaos.
Et cependant, plus tard, les lois naturelles reprenant le dessus, on essaya de refaire une Trinité familiale composée de Jésus-Marie-Joseph.
Malgré lui, le Catholicisme tendait à réintégrer la Déesse dans son culte.
(1) C'est parce qu'Elle sort de l'onde amère qu'on La dit salée et que le mot sel indique encore une forme de l'Esprit. Avoir du sel, ou, avec les Espagnols, être « salada ». C'est l'origine du sel que l'on met sur la langue au moment du baptême. Dans les initiations au culte de Vénus, le grain de sel rappelait l'origine Marine de la Déesse pleine de « salacité ».
(2) Pour expliquer le rôle fécondateur de l'homme, on accolait le Phallus à la croix, comme on peut le voir dans les galeries du Musée égyptien, au Louvre (en 1927). C'est dans cette position, la crucifixion, que la Femme subissait « l'onction du mâle », d'où le nom d'oint qu'on lui donnait.

TRANSFIGURATION DE JOHANA
Vers 170, on publia un Evangile dit « selon Jean ». Ce livre avait pour but de faire affirmer Jésus par Jean lui-même.
Puis on y mêla un roman d'amour. On connaissait encore alors le sexe de Johana, puisque les Pères de l'Eglise s'en moquaient et l'appelaient « la vieille radoteuse ». Mais, dans cet écrit, on va la représenter jeune et aimant Jésus comme un époux.
Celui qui a écrit cela était un poète qui, de l’Évangile, fait un roman, qu'il mêle aux dissertations philosophiques du primitif auteur de ce livre.
Comme il copie un Évangile vrai de Jean, l'écrit d'abord anonyme désigné comme l’Évangile du Logos, il ne raconte pas la légende de l'enfance comme l'a fait Luc, parce que Jean n'a pas pu raconter lui-même la légende de sa propre enfance.
Cet auteur fait de Jésus un homme qui apparaît dans toute sa perfection divine, sans préparation, parce qu'on n'avait alors que la préoccupation de mettre un homme à la place d'une femme. On affirmait le Dieu sans penser aux contingences accessoires d'une vie d'homme. Aussi la vie de Jésus que cet auteur raconte n'est pas la même que celle qui nous sera donnée plus tard, quand d'autres écriront d'autres Évangiles. Ce n'est pas dans le même pays qu'il en met les principaux événements, ce n'est pas le même jour qu'il le fait mourir, c'est pendant trois ans qu'il le fait prêcher alors que Marc et Matthieu, plus tard, ne lui donneront qu'un an d'apostolat.
Toute cette histoire, dont nous trouvons ici la première ébauche, sera arrangée et amplifiée plus tard.
C'est Théophile d'Antioche, mort vers 180, qui attribua pour la première fois cet Évangile à Jean. Après lui, les Pères de l'Eglise n'auront plus qu'à affirmer ce qu'il osa dire le premier. Ce fut surtout Irénée qui affirma, dans son livre « contre les Hérésies », que Jean est l'auteur de cet Évangile et que c'est à Éphèse qu'il l'a publié. On en fera le 4ème Évangile quand, un siècle plus tard, on aura écrit ceux de Marc et de Matthieu pour en faire les deux premiers, et arrangé celui de Luc pour en faire le 3ème.
Personne avant 170 n'avait cité cet Évangile. Les vrais écrits de Johana étaient cachés, on ne les mentionnait pas ; cependant, aussitôt que celui-ci parut, il fut entre toutes les mains.
C'était la première fois qu'on affirmait l'existence de Jésus dans un Évangile. Les masculinistes s'en emparèrent parce qu'il donnait de l'élévation à leur doctrine, jusque là bien mal présentée. La théorie du Logos lui donnait un cachet philosophique qui la rehaussait ; puis cet Évangile affirmait des idées flottantes comme la haine des Juifs, la suppression de leur Loi. C'est cet Évangile qui donna une consécration à toutes les idées folles qui, mal présentées comme elles l'avaient été d'abord, n'auraient jamais pénétré dans le monde philosophique. On accepta donc cet écrit anonyme avec enthousiasme, parce qu'on le publiait en lui donnant comme auteur l'Apôtre Jean qui avait eu un si grand prestige jadis et dont on conservait en secret la doctrine.
Mais le rédacteur de cette nouvelle version va nous présenter Johana sous un aspect nouveau ; il va la faire descendre sur le plan sexuel et en faire un type de tendresse, d'amour profane, une femme qui appuie sa tête sur l'épaule de l'homme qu'elle aime, Ce qui est un geste très féminin, mais qui ne cadre pas du tout avec la spiritualité de la vraie Johana. Son histoire de Jésus est un roman d'amour qui tend à faire croire que Johana a connu cet homme divin, que les autres disciples ne pouvaient comprendre comme elle. On lui fait dire qu'elle était « le disciple que Jésus aimait, qui était couché sur son sein ». Ces manifestations de tendresse qu'on lui prête sont toutes féminines ; un disciple masculin ne se couche pas sur le sein d'un autre homme (16, 12-13).
C'est à elle que Jésus mourant recommande sa Mère, idée délicate qu'aucun autre Évangéliste n'a eue (19, 26). Cet auteur se donne comme le seul intelligent, le seul qui comprend Jésus (1,14). Il se met moralement bien au-dessus des douze et appartient à une classe supérieure de la société. Le Jésus de cet auteur, c'est l'homme idéal que la Femme aime.
Dans cet ouvrage, on n'a pas introduit les miracles multiples inventés par Simon le Magicien ; on copie la philosophie abstraite de Johana, on lui prend même ses idées, qu'on ne comprend pas, comme l'affirmation du Christ universel, ce qui est en opposition avec l'idée nouvelle qui va donner à Jésus seul le titre de Christ.
Cependant, l'auteur de cet Evangile mentionne sept miracles qui, sans doute, étaient acceptés à cette époque. Deux de ceux qu'il mentionne : la marche sur les eaux, la multiplication des pains, seront copiés par ceux qui, après lui, feront d'autres Evangiles.
Aussitôt que Jean fut accepté comme étant l'auteur de ce livre, on lui fit une nouvelle légende, et c'est à partir de 150 que cette légende commence à être connue. Vers 150, Justin identifie Jean, l'auteur de l'Apocalypse, avec l'autre Jean, le disciple de Jésus.
On trouve dans le Nouveau Testament six ou sept Jean. Tous ont été créés pour représenter un des aspects de la vie de Johana, une des phases de son existence, de son apostolat, dont on va faire un récit séparé du reste. Quand elle vivait, personne ne parlait d'elle ; depuis sa mort, on multiplie ses légendes.
En 190, Polycrate fait de Jean un « presbyte » et nous dit qu'il a été martyr et docteur. (Martyria, que l'on fait signifier témoignage.)
C'est à l'auteur de l'Evangile du Logos qu'on attribue cette parole dite dans sa vieillesse : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. »
Presque tous les premiers auteurs néo-chrétiens s'occupent de Jean et amplifient sa légende, ce qui ne doit pas nous étonner, puisque c'était dans les usages du temps de démarquer et de remanier les écrits, surtout quand l'auteur était une femme et que cet auteur était mort.
Irénée, Tertullien, Eusèbe et bien d'autres, s'indignent contre ceux qui changent les Écritures. Denys, évêque de Corinthe, vers 175, dit : « A la demande de nos frères, j'ai écrit des lettres, mais les apôtres du diable les ont remplies d'ivraie, ils en ont retranché et y ont ajouté. Le « malheur à vous » ne leur manque pas. Il n'est pas étonnant que quelques-uns aient entrepris de falsifier les Écritures du Seigneur (Kyria), puisqu'ils n'ont pas épargné les écrits qui ne les valent point. » (Cité par Eusèbe, Histoire Ecclésiastique, IV, 23.)
Quand on parle des Écritures du Seigneur, ce n'est pas de Jésus qu'il est question, puisque Jésus n'a rien écrit. Nous répétons, encore une fois, que le Seigneur est la traduction par saint Jérôme du mot « Kyria », titre donné à Johana.

LE QUATRIÈME ÉVANGILE (publié en 170)
Jean commence par rappeler la doctrine du Logos ou Verbe, cette parole primitive, cette science des anciens temps, perdue pour le monde, cachée dans les Mystères des sociétés secrètes. Il dit :
Chapitre I, 1. - Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.
2. - Et la parole était au commencement avec Dieu.
3. - Toutes choses ont été faites par elle et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.
4. - C'est en elle qu'était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5. - Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point reçue.
6. - Et la parole a été faite chair et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons vu sa gloire.
Tout ceci se rapporte à la parole de Vérité de la Femme-Déesse. C'est Elle qui fut le Verbe fait chair, Elle qui fut pleine de grâce. Mais, tout de suite après, le réviseur attribue à l'homme, au Fils du Père, toute la gloire de la Déesse, et il ajoute :
18. - Personne ne vit jamais Dieu.
Ce verset semble destiné à nier la Déité féminine, la Déesse vivante.
En face de ce commencement, il est facile de comprendre que ce livre a été fait avec un écrit féministe qu'on a altéré en y introduisant la légende de Jésus. Il est certain que, dans la forme qui s'est transmise jusqu'à nous, cet Évangile est devenu quelque chose d'incompréhensible.
La légende chrétienne racontée par Jean est toute différente de celle des autres auteurs ; c'est un petit roman avec toutes sortes de détails et d'embellissements littéraires ; mais, si la forme est plus élevée, le fond est souvent aussi absurde. Cependant, certains versets qu'on aurait oublié d'altérer nous donnent des idées plus justes que celles des autres auteurs du temps. Au verset 18, on fait faire à Jésus cette déclaration :
« Vous m'êtes vous-mêmes témoin que j'ai dit que ce n'est pas moi qui suis le Christ, mais que j'ai été envoyé devant lui. »
29. - Celui qui a l'épouse est l'époux ; mais l'ami de l'époux qui est présent et qui l'écoute est ravi de joie d'entendre la voix de l'époux ; et c'est là ma joie qui est parfaite.
Donc, Jésus n'est pas le Christ, il est l'époux, et c'est pour cela qu'il parle et qu'on l'écoute avec joie.
Nous ne pousserons pas plus loin la critique de ce livre, trop connu du reste, pour qu'il soit besoin de le rappeler. Nous voulons seulement faire remarquer que sa réputation de spiritualité lui vient uniquement des six premiers versets du chapitre premier, les seuls qui soient de Johana et qui signifient quelque chose si on met le mot Dieu au féminin. Tout le reste est écrit dans des idées qui sont en contradiction avec celles de Jean (Johana).

LA MORT DE JOHANA
Une question importante s'impose ici : c'est de savoir comment les principaux personnages de la grande lutte du 1er siècle ont disparu.
Voici ce que les théologiens modernes nous disent au sujet de la mort de Johana, qui, pour eux est Jean :
(Dictionnaire des Sciences religieuses de Lichtenberger, article signé Sabatier.)
« Nous retrouvons en l'an 69, à la veille de la destruction de Jérusalem, le nom de Jean à la tête de l'Apocalypse, ou Révélation, adressée sous forme épistolaire aux sept Églises d'Asie Mineure. L'antiquité chrétienne a reconnu dans le voyant de Pathmos le fils de Zébédée. Le fait est qu'on ne voit pas de sérieuses raisons de penser autrement. Un tel livre répond assez bien au tempérament de celui que Jésus appelait l'Enfant du tonnerre. Le seul argument qu'on fait valoir contre cette opinion est que, d'après Apoc, XXI, 14, les douze semblent morts à ce moment. C'est une induction que rien ne justifie. Si l'Apocalypse a été écrite par Jean, elle établit d'une manière inébranlable sa tradition d'après laquelle Jean se serait établi en Asie Mineure et aurait dirigé avec une autorité suprême les Eglises de ce pays. A la fin du second siècle, cette opinion est unanimement acceptée et particulièrement défendue par les éveques mêmes de l'Asie Mineure. »
Justin martyr reconnaît Jean comme l'auteur de l'Apocalypse et, dès lors, confirme le séjour de Jean en Asie Mineure.
Polycarpe, s'il ne parle pas de Jean dans son épître, invoquait son exemple et sa tradition devant Anicet, évêque de Rome. Enfin, les fragments de Papias, conservés par Eusèbe, sont plutôt favorables que contraires à ce séjour. Il est vrai qu'on a fait quelque bruit d'un passage, publié en 1862, de la chronique de Georges Hamortolas (IXème siècle), où se lisent ces mots : « Après Domitien, Nerva régna pendant un an, lequel ayant rappelé Jean de l'île, lui permit de demeurer à Éphèse. Resté seul survivant entre les douze disciples, après avoir composé son Évangile, il fut jugé digne du martyre ; car Papias, évêque d'Hiérapolis, qui fut témoin du fait, raconte dans le second livre des Discours du Seigneur qu'il fut tué par les Juifs, accomplissant ainsi, aussi bien que son frère, la parole que Jésus avait prononcée sur eux. »
(Irénée confond Jean l'apôtre avec Jean le presbyte.)
La coutume spéciale aux Églises d'Asie Mineure de célébrer le 14 Nisan, toute la controverse pascale que ces Églises soutiennent avec acharnement pendant plus d'un siècle contre Rome, au nom de l'apôtre Jean, le mouvement du Montanisme qui se rattache à ce même nom, enfin le fait qu'on lui attribue l'Apocalypse, les lettres johaniques, le 4ème Évangile, sont autant d'arguments en faveur d'un séjour prolongé de Jean en Asie Mineure ; c'est là que la légende nous le montre tantôt en lutte avec Cérinthe, tantôt courant après un jeune homme égaré qu'il arrache à sa vie de brigand et qu'il ramène à l'Église, tantôt vieillard affaibli se faisant porter dans les assemblées chrétiennes et y répétant jusqu'au bout sa touchante prédication : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres » (Iren., III, 3-4 ; Clément d'Alexandrie, Quis dives, 42 ; Jérôme, Epît. aux Gal., V, 10).

LA MORT DE JEAN EST ENTOURÉE DE CROYANCE SURNATURELLES
Sabatier nous dit encore :
« Augustin rapporte que plusieurs croyaient qu'il vivrait encore, reposant paisiblement dans son tombeau d'Ephèse où l'on voyait la terre doucement agitée par son haleine.
« On a été plus loin : d'après les Actes Johanites, il aurait été enlevé au ciel sans passer par la mort.
« Les dates diverses de la mort de Jean, que l'on recueille dans les Pères de l'Église, n'ont pas plus de valeur historique que ces légendes.
« D'après Jérôme, il serait mort 68 ans après la passion du Christ, c'est-à-dire vers 100. Suidas affirme qu'il aurait vécu 120 ans, ce qui nous porterait jusqu'au règne d'Hadrien.
« Dans la tradition de l'Église chrétienne, l'image de Jean apparait imposante. Elle est à côté de celle de Pierre et de Paul et les domine même par un air de douce lumière et de sereine grandeur. Ils sont les apôtres du passé et du présent ; lui est l'apôtre de l'avenir, du millenium triomphant, de l'Église universelle, se reposant dans la paix et la joie de la victoire parfaite. Il a l'aigle pour symbole et sa parole est la fin des révélations divines sur la Terre. Mais on ne peut se dissimuler que cette séduisante figure, plus idéale que celle de Pierre et de Paul, est, par cela même, moins historique, et qu'on cherche vainement à la retrouver dans les siècles apostoliques. En l'examinant avec attention, on s'aperçoit bien vite que l'imagination chrétienne y a réuni et fondu, en les émoussant, des traits fort contradictoires et fort divers d'origine, traits pris tour à tour aux Evangiles synoptiques, aux Actes, à l'Apocalypse, au 4ème Evangile, aux Epîtres Johaniques, à la légende. Or, bien de ces données semblent s'exclure ; s'appliquent-elles à un seul personnage ou à plusieurs ? De l'enfant du tonnerre que grondait Jésus à l'apôtre de l'amour, à la figure du Jean ecclésiastique, en passant par le voyant de pathmos, il y a une telle distance que si une seule âme d'homme l'a parcourue tout entière, même pendant une vie de cent ans, nous nous trouvons en présence du plus prodigieux développement psychologique dont l'histoire humaine fasse mention
« Aussi le doute s'impose-t-il à l'esprit, et nous devons reconnaître que la vie de Jean, l'apôtre de Jésus, comme l'origine de la littérature qui porte son nom, reste encore un mystère non éclairci. »
Mystère bien facile à pénétrer quand on sait que c'est une des plus audacieuses substitutions de sexe. Toute la psychologie de la haine des usurpateurs y est en jeu.

L’EGLISE JOHANNITE
Les fidèles Israélites avaient gardé dans leurs temples tout le système sacerdotal des Mystères.
Leurs Eglises étaient régies par un Conseil des Anciens (les Mères ou Matrones), appelées en grec Presbyteroï (qui voit loin), expression que nous retrouvons chez les Celtes qui appellent la Voluspa Celle qui voit l’universalité des choses.
Jean se qualifie de Presbyte. Ce sont les Mères qui sont appelées Vénérables.
Le mot vénération vient du génitif de Vénus, Veneris.
Près des Presbyteroï étaient des surveillants, appelés en grec Episcopoï.
L'épiscope, c'est le primus inter pares. Il peut devenir le chef d'une Communauté. Ces fonctions de vénérables et de surveillants sont restées dans les Mystères modernes (Loges de Saint Jean) qui continuent le culte antique.
Dans cette Eglise primitive, on trouve aussi des diacres et des diaconesses (1).
L'enseignement est symbolisé par l'eau vive (la Science).
Jean dit : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront pour lui. » (Les falsificateurs ont mis « couleront de son ventre ».)
C'est cette eau qui devint l'eau bénite des Catholiques.
Les premiers Chrétiens avaient aussi pour emblème une croix, symbole antique et varié. C'est le Tau.
Dans Ezéchiel, la mort frappe ceux qui n'ont pas la marque Tau sur le front. C'est l’« Aspa », Croix de saint André. C'est l'union de la Rose et de la Croix des Rose-Croix représentant le feu sacré, Agni, l'élément mystique et divin.
Pour eux, la croix est l'emblème de l'espérance. Les Latins en font « spes », c'est-à-dire espoir. C'est l'espoir du Juste (la femme) de renaître à la vie sociale.
On inscrivait sur les tombes : « in spem resurrectionis », la tombe symbolisant toujours la mort morale des femmes.
Dans les initiations et les cérémonies du culte des premiers Chrétiens, on avait le baiser de paix que les Francs-Maçons ont conservé dans leur initiation.
Enfin, le symbole de l'Eucharistie était le fond même du culte.
Tout cela sera imité, copié par les Néo-Chrétiens qui en feront une Eglise nouvelle, l'Eglise catholique romaine.
Les femmes jouaient un grand rôle dans l'Eglise primitive. Les fonctions sacerdotales ne pouvaient être remplies que par des femmes, dont la présence était indispensable dans les Mystères.
Qu'auraient signifié « le baiser de paix » sans elles, et les « saintes espèces », les autres secrets liturgiques, tous basés sur la loi de la vie sexuelle féminine et sur le Saint-Esprit qui y prend sa source ?
Parmi les femmes chrétiennes de la première heure, il en est qui composent des hymnes qu'on chante encore : telles Euchérie, Falconie, Elpis. Ce sont donc elles qui apportent à la Religion leur activité intellectuelle.
Les Sabéens célébraient quatre grandes fêtes par an : la première était consacrée au renouvellement de leur baptême (initiation), la seconde à la naissance de Johana, la troisième à sa mort, et la quatrième à la commémoration de sa grande intuition que les naïfs appellent son miracle.
La fête du Miracle, qui est très importante, a pour but de célébrer le souvenir de la destruction d'un monstre que Johana avait tué sur les bords du lac de Tibériade en Galilée. A cette époque, les Sabéens qui le peuvent font le pèlerinage de Tibériade et se rendent à l'endroit où, dit-on, le monstre fut tué. Ceux qui ne peuvent faire le voyage célèbrent la fête chez eux.
Ce monstre, c'est l'erreur et l'ignorance, que la lumière de l'intuition vient mettre en fuite.
Toutes les femmes qui ont été favorisées de la grande intuition en ont fait l'objet d'un Jour Sacré, ou lui ont consacré un monument comme le Sphinx d'Egypte, élevé à la mémoire de la première intuition (que les masculinistes appellent Révélation), celle de l'antique Déesse Taoth (Thot).
(1) Ce titre donné à la femme Christ ou Déesse qui enseigne les lois de la Nature ; Diaconesse, est resté dans l'Eglise jusqu'au 7ème siècle. Les Gnostiques l'ont toujours employé. Il se décompose ainsi : dia, jour, Konos ou Conus. Les auteurs modernes donnent une signification, exotérique à ce dernier mot : s''empresser à travers.

LES MYSTÈRES JOHANNITES
Dans l'ouvrage « Psychologie comparée de l'Homme et de la Femme », il est consacré un chapitre, intitulé « Les trois robes », aux fonctions que l'homme remplit en portant la robe de la Femme et qui étaient la base même du régime gynécocratique : le Sacerdoce, la Justice, l'Enseignement. Ces trois usurpations furent le sujet de violentes récriminations, puis finalement donnèrent l'occasion de fonder des Mystères.
Déjà, le sacerdoce qui avait créé un Dieu mâle avait été comparé au crocodile qui dévore l'humanité : c'était le monstre marin dont on avait fait la baleine de Jonas. Dans sa gueule monstrueuse, il engouffrait les femmes (Ionah est le nom du sexe féminin, Yoni en sanscrit).
Mais l'ange de Lumière, Iblis, la Femme, s'avançait vers le monstre, armée du bouclier qui représente la Raison et du glaive (la parole) pour le combattre. Et, en effet, elle avait recommencé la lutte.
Voici que maintenant un nouveau danger surgit. Des hommes vont encore prendre la robe de la Femme, et pourquoi faire cette fois-ci ?... Pour rendre la Justice, pour prendre la place de la Dame ; Thémis va changer de sexe.
Ce grade s'appellera la Cour.
Ce sera le 23e dans les Mystères Johannites.
Il est donné comme le second chapitre dans la série des grades philosophiques de la Maçonnerie Noire. Noire, en effet, car c'est une époque de terrible obscurité ; toute vérité est persécutée, le pouvoir de ceux qui propagent l'erreur grandit, et la raison n'est plus écoutée.
Mais comment l'homme va-t-il rendre la justice, puisqu'il ne sait pas où est le Bien, où est le Mal ?
Un ancien symbole représentait le Bien par des dalles blanches et le Mal par des dalles noires, alternées et formant la mosaïque sur laquelle on marchait ; c'est pour conserver ce symbolisme que le triangle féminin était blanc et le triangle masculin noir.
Dans le Temple se trouve une Arche d'alliance avec une gloire du Grand Architecte au-dessus. C'est l'alliance secrète de toutes les femmes pour la défense de la Justice. La lumière est à l'Occident (côté masculin) ; on y place deux chandeliers avec chacun cinq bougies. Elle s'efface à l'Orient (côté féminin), où un seul chandelier n'a plus que deux lumières. Ceci représente l'Enseignement institué par Charlemagne et confié à des hommes, alors que jusque là il était encore dirigé par des femmes.
Dans ce grade, l'ancien culte est relégué dans une chambre obscure. On y voit trois têtes de mort et un squelette, ce qui reste de l'ancienne splendeur de la Femme.
C'est le Dieu-homme qui introduit dans le monde tout le mal. Déjà, on l'a combattu quand il s'appelait Adonaï et faisait opposition, chez les Hébreux, à levah. lci, on le voit reparaître comme un reptile monstrueux, et on fait jurer au néophyte de le combattre et de renverser l'autel nouveau du sacrifice mâle dans le symbole phallique de la messe.
On a sacrifié des hommes dans les guerres de Charlemagne, qui avaient comme prétexte la défense du Père. A cela, les initiés répondent : « Si des hommes doivent être sacrifiés, ce ne sont point les malheureux esclaves, mais les traîtres, les hypocrites et les vicieux. »
Combien c'était sage et féminin !
Car le nonveau Dieu-homme qu'on prêche va tuer la raison et vaincre toute Vérité, et, pour le soutenir, on va maintenant instituer un système de Droit masculin.
Mais à la Femme, qui protège l'espèce humaine, appartient le triomphe final.
Quand sonnera l'heure du triomphe ? Nul ne saurait le prévoir ; c'est là le secret du destin, l'énigme insondable. Plus les Fraternités enrôlent de soldats pour l'armée de la Déesse Lumière salvatrice des hommes, et plus tôt l'heure de la délivrance sonnera.
On est dans le tabernacle des Vérités révélées. On attend le fils ou la fille d'Hiram (Miryam), c'est-à-dire la personne qui reprendra et continuera son œuvre.
On multiplie les folies : on va faire commencer une ère à la soi-disant naissance de Jésus. Cette idée, déjà proposée par Denys le Petit au VIème siècle, n'avait pas été adoptée, mais à cette époque toutes les erreurs triomphent.
On affirme de plus en plus le dieu des Paulinistes, le dieu- homme, qui devient terrible.
C'est le début d'une époque que nous avons appelée la terreur religieuse.
Conclusion du grade : c'est qu'il faut déraciner la superstition et conduire la campagne contre elle de façon à rendre inévitable le triomphe de la Vérité.
Au fond du sanctuaire est Iblis, l'ange de Lumière. On l'encense pour perpétuer son culte.

MOSAÏQUE - LE BLANC ET LE NOIR
La jalousie sexuelle des prêtres se manifestait dans tout ce qu'ils faisaient, leur religion n'était qu'une perpétuelle réaction contre les Mystères.
C'est ainsi que, pour renverser la signification attachée aux deux triangles qui étaient, l'un blanc (féminin), l'autre noir (masculin), ils donnèrent la couleur noire à tout ce qui était féminin et la couleur blanche à l'homme, et l'on vit apparaître, dans la secte jésuiste, des Vierges dont le visage était peint en noir.
La Grèce en fabriqua beaucoup, on les a retrouvées ; chez les Gaulois, on trouve la Vierge noire qui doit enfanter. C'est celle de Notre-Dame du Puy-en-Velay (1). Les Catholiques y ont attaché une légende miraculeuse. Voici ce qu'ils ont imaginé :
Pendant l'occupation de la Gaule par les Romains, une dame gauloise se trouva malade et fut avertie qu'elle recouvrerait la santé sur la cime du mont Anicium. Là, elle s'endormit et vit en songe une femme céleste, dont les éblouissantes draperies flottaient comme une blanche vapeur et dont une couronne de pierres précieuses ceignait la tête ; cette femme, d'une ravissante beauté, était entourée d'un cortège d'esprits angéliques. « Quelle est cette Reine si gracieuse ? », demanda la fille des Gaules à un des esprits célestes. « C'est Marie, lui répondit-on, et elle te prie de prévenir son secrétaire saint Georges (dont on fait un évêque du Puy) » (2).
Or la petite statue de Marie, qui s'y trouve encore, date d'une époque antérieure au Catholicisme. Elle a deux pieds de haut ; son attitude est celle d'une personne assise sur un siège, à la manière des Divinités égyptiennes ; elle tient un enfant sur ses genoux. Elle est enveloppée des pieds à la tête d'une toile assez fine, collée très soigneusement et très solidement sur le bois, comme cela se pratiquait chez les Égyptiens pour les momies. C'est du bois de cèdre.
Saint Georges, son champion, est chargé de la venger.
(1) On appelle puy une haute montagne, du mot italien poggio.
(2)Saint Georges, soldat cappadocien, qui lutta, dit-on, contre un dragon en Libye et souffrit le martyre sous Dioclétien, est devenu le patron de l'Angleterre. On sait que, dans le symbolisme, le dragon, c'est l'antiféminisme. 

LE CULTE DE MYRIAM DANS LE PREMIER CHRISTIANISME
La grande Myriam, dont la personnalité et le livre étaient cachés dans les Mystères, eut un grand rôle dans le premier Christianisme, puisque les femmes qui voulaient faire régner sa Loi, l'antique Thorah, voulaient en même temps remettre en lumière sa personnalité.
Cette personnalité, du reste, n'avait jamais été complètement effacée, puisque non seulement les sociétés secrètes la conservaient intacte, mais les traditions de l'Orient relataient encore sa gloire et lui rendaient un culte.
Chez les Israélites, elle n'avait jamais cessé d'être la « Dame », la « Maîtresse », la « Souveraine », l'« Etoile de la Mer », expressions traduites de l'hébreu.
C'est à elle qu'on rendait un culte sur le Mont Carmel et en bien d'autres endroits.
Plusieurs églises de Syrie existaient aussi en l'honneur de Myriam avant l'ère actuelle.
Une vieille tradition, consignée dans les « Toldoth » juives, rapporte que les fidèles Israélites qui venaient prier dans les lieux qui lui étaient consacrés subirent une persécution violente de la part des princes de la Synagogue.
C'est que ces princes de la Synagogue étaient de petits esprits qui avaient des vues étroites ; à la grande vérité du Sépher, ils avaient substitué des arguties ; aux vertus des premiers Chrétiens, ils opposaient leur égoïsme. Et c'est parce que la vérité les gênait qu'ils avaient jeté leur malédiction sur l'ancienne Loi qu'ils avaient remplacée par une nouvelle doctrine qui ne procurait, aux femmes que des souffrances à endurer, des persécutions à subir. Dans ces conditions, il était dans l'ordre des choses que les révoltées contre ces despotes fussent méprisées et même traitées comme le rebut du genre humain.
Les imposteurs de tous les temps ont employé les mêmes armes.
C'est pour cela que le culte rendu à Myriam était souvent caché. On savait qu'il serait persécuté par ceux qui s'entêtaient à dissimuler le nom de cette grande Femme Divine et cherchaient à lui substituer celui de Moïse, ce qui ne fut définitivement fait, du reste, qu'après que Philon eut écrit son De vita Mosis, ce livre dans lequel il créa une biographie miraculeuse de ce personnage imaginaire.
Pour glorifier Myriam, on faisait de petites statuettes la représentant, mais toutes petites, afin de pouvoir les cacher facilement, d'autant plus que la persécution commencée en Palestine s'étendit plus tard dans l'Empire romain.
Raoul Rochette attribue l'invention de ces petites statues aux Gnostiques, mais les Gnostiques eux-mêmes les faisaient remonter beaucoup plus haut. Les patriciennes de Rome qui les premières se convertirent au Christianisme de Johana, les adoptèrent et les substituèrent aux statuettes de la Fortune et de plusieurs autres Divinités qu'elles portaient. Et, de la même façon qu'elles avaient porté les anciennes images, elles suspendirent à leur cou, ou attachèrent à leurs vêtements, de petites images de Myriam devenue la Madona, ou bien les symboles du premier Christianisme, le Saint-Esprit continuant la colombe de Vénus, et des croix (Tau) en or ou en pierres précieuses.
On sait que c'est l’Esprit féminin qui est symbolisé par une colombe, et les Catholiques eux-mêmes l'ont affirmé, puisque saint Ambroise dit que Marie et Elisabeth prophétisaient toutes deux par l’Esprit-Saint dont elles étaient remplies.
Une tradition donne saint Jean et saint Pierre pour fondateurs de l'église de Lydda, consacrée à Marie, et qui serait antérieure aux autres.
Cependant, l'oratoire qu'Elie bâtit sur le Mont Carmel est plus ancien. Mais à qui était-il dédié ? On nous répond que son inscription le dit : Virgini pariturae, à la vierge qui devait enfanter.
Cette chapelle s'appelait Semmœum, qui veut dire « lieu consacré à une imperière » (Hist. du Mont Carmel).
Mais cette vierge qui devait enfanter, cette imperière, c'était peut-être Johana, dont la naissance, comme celle de toutes les grandes rénovatrices, fut annoncée d'avance.
Les Carmes (du Mont Carmel) attribuèrent au prophète Agadus l'érection d'une chapelle dédiée à Notre-Dame, que les Catholiques représentent comme la première dédiée à la Vierge Marie, quoique l'église de Tortosa réclame la priorité sur celle des Carmes.
Il est bien évident que ces églises très anciennes étaient bien antérieures à la légende de la Mère de Jésus, qui n'a pas pu être inventée et se faire accepter avant le Concile de Nicée.
L'Ave Maria est antérieur au Christianisme paulinien, c'est à dire à la Mère de Jésus, puisque Ave, c'est Haveh, la Déesse d'Israël, dont le nom se met devant celui des grandes femmes pour les diviniser. Haveh-Myriam, c'est Ave Maria.
Les fidèles Israélites ne durent jamais admettre l’hermaphrodisme du nom devenu Ihaveh. C'était une altération masculiniste, puisque c'était mettre devant le nom de la Femme le « iod », signe idéographique de la masculinité. Et c'est sans doute parce qu'on discutait sur ce thème que les rabbins recommandent d'accepter les Écritures telles qu'ils les ont arrangées sans y changer un iota (un iod).
Les Catholiques ont continué, plus tard, à mettre le nom de la Déesse d'Israël Ave devant le nom de Marie qu'ils ont adopté aussi ; mais ils n'en comprenaient plus le sens divin qui, du reste, avait été si déformé par les traducteurs du Sépher. Ils traduisirent l’Ave Maria par Salve Maria, « Je vous salue », ce qui est bien différent. Ils ont donc pris le culte tel qu'il existait avant eux, sans se préoccuper des contradictions qui allaient en résulter.
Donc, le culte de Marie est antérieur au second Christianisme, celui de Jésus, il a été propagé par saint Jean et les apôtres de l'Eglise primitive et il est arrivé à une destinée extraordinaire, puisqu'un prêtre catholique, l'abbé Orsini, qui a écrit l'histoire de la Vierge en 1838, a pu dire ceci (t. II, p. 203) : « C'est la plus douce création du Christianisme aussi bien que son plus inexpugnable rempart. On ne peut toucher à ce culte sans renverser toute l'économie de notre système religieux et sans mutiler une foule d'institutions antiques et sacrées. »
On croirait, en lisant cela, que les premiers Pères de l'Eglise ont institué le culte de Marie en même temps qu'ils affirmaient Jésus ; il n'en est rien, leurs préoccupations d'affirmer les droits et la suprématie de l'homme leur firent complètement oublier la femme au début, et, si nous examinons les Évangiles qu'ils ont rectifiés et acceptés, nous n'y trouverons rien qui annonce ou répare le culte de Marie, devenu si touffu par la suite dans l'Eglise.
Cent ans avant l'ère chrétienne, on tailla dans une forêt de la Beauce, par le commandement de Priseus, chef gaulois, une image qui fut placée dans une grotte avec cette inscription : Virgini pariturae, à une vierge qui doit enfanter. Les Catholiques nous disent que saint Potentien, second évêque de Sens, que l'apôtre saint Pierre avait envoyé en France, s'arrêta à Chartres et, après avoir béni cette image, changea la grotte en église. C'est cette image qui est devenue Notre-Dame de Chartres. Or, s'il y avait, dans ce fait, une prévision, une prédiction, cela ne pouvait s'appliquer qu'à Johana, femme réelle, et non à la Vierge Marie, femme irréelle.
Baronius nous apprend que Calixte 1er fit construire, en l'an 224, une petite chapelle dans le quartier le plus populeux de Rome qui porta le nom de Notre-Dame au-delà du Tibre.
Ce n'est évidemment pas de la Vierge Marie qu'il s'agit ; c'est peut-être de l'Indienne Krishna.
A Naples, une église s'appelle Notre-Dame du Commencement.
Gênes la superbe et Venise la belle s'étaient placées sous la protection d'une « Marie » depuis un temps immémorial.
Au lit de mort, les doges de Venise se faisaient peindre à genoux devant Marie pour se conformer à une ancienne loi qui datait certainement du temps où régnaient à Venise les prophétesses de Vénus (d'où Vénétia) appelées « les Vénètes » ; c'était à l'époque où Rome s'appelait Amor, mot qui fut renversé et dont on fit Roma. (Délices d'Italie, t. I, p. 60)
Les galères génoises de cette même époque reculée sculptaient une Madone sur leur poupe, et, même de nos jours, cela se fait encore.
On trouve une Notre-Dame de la Couronne à Païenne, ainsi nommée parce que c'était là que les anciens rois de Sicile recevaient la couronne royale comme la tenant de Marie et ne la voulant porter que pour Elle (Thom. Fazollus).
On faisait des pèlerinages au Mont Saint-Michel avant que le Catholicisme eût pénétré dans la Gaule. Sur le rocher, alors entouré de forêts, où s'élève aujourd'hui la forteresse, une grotte sombre etait consacrée à Bélénus. L'endroit s'appelait « le Mont Bélen » C'est là que les nochers des Armoriques venaient acheter des flèches enchantées auxquelles ils attribuaient le pouvoir de changer les vents et de dissiper les tempêtes. (Etait-ce un symbole ? S'agit-il des flèches de l'amour et des tempêtes de l'âme ?)
Les Chrétiens, après les Druides, prirent possession de ce site escarpé et le consacrèrent solennellement à l'archange Saint Michel (à figure de Femme) qui doit vaincre le mal (l'homme pervers). La grotte de Bélénus devint un sanctuaire dédié à l’Étoile des mers, à « Marie » protectrice des matelots.
A Toulouse, Notre-Dame de la Dorade était autrefois dédiée à la Déesse Pallas.
Notre-Dame des Champs à Paris était dédiée à Cérès. C'est saint Denis qui la consacra à Marie.
Tous les anciens symboles de la Théogonie passèrent dans le Christianisme.
Il y a une Notre-Dame du Lys près de Melun ; or le lys symbolise la pureté féminine dans la religion naturelle.
Il y a une Notre-Dame de la Colombe près de Bologne, et la colombe, attribut de Vénus, représentait le Saint-Esprit féminin. Si Astarthé est détrônée, on crée cependant une Notre-Dame de l'Etoile Villaviciosa en Portugal.
On nous dira que cette dénomination a pour but de rappeler le souvenir de cette phrase de l’Apocalypse : « Il y aura douze étoiles sur sa tête. »
C'est possible, mais l’Apocalypse a été écrite par Johana, la Vierge Marie n'y est pour rien.
En Bretagne, où les Bardes gaulois se maintinrent plus longtemps que partout ailleurs, les cantiques à Marie furent substitués, presque sans transition, aux chants terribles et mystérieux des Druides. Des ballades dialoguées, des poèmes populaires, sur des thèmes religieux, furent le fond de la musique nationale de ce peuple ; chaque ballade bretonne renfermait une invocation à Marie (Myriam s'appelle la Marjolaine chez eux), une pensée chevaleresque ou une haute moralité. Car tout se tient, dans l'ancien système théogonique, pour moraliser le peuple et lui donner le goût d'un bonheur tranquille à sa portée, l'image de la Femme Divine qu'il allait vénérer dans sa pauvre église, le cantique qui faisait le charme de la veillée, et qui était un cours de morale.
Tout lui rappelait ses devoirs envers la Femme.
Tout, dans la vie, avait alors un but : celui de faire connaître les lois de la Nature afin de prendre cette connaissance comme base de la vie sociale.
C'est ainsi que l'origine végétale fut enseignée longtemps et propagée par des chants joyeux qu'on appelait des Noëls, qui fêtaient la Nature et son grand mystère : la naissance du genre humain.
Les Noëls, avec leur teinte arcadienne, c'était le chant des forêts, la poésie riante et champêtre qui respire l'ombre des bois, c'était le chant de la Nature même, le chant du peuple, qui en comprenait alors la signification. La nuit, aux flambeaux, on parcourait la campagne, blanche de neige, en redisant les vieux Noëls qui furent les chants favoris de toutes les provinces de France.
Puis, quand les rigueurs du temps tinrent les gens enfermés au logis, on continua à chanter autour de l'arbre de Noël, mettant ainsi un peu de la forêt chez soi.
Le premier Christianisme avait remis en honneur la science de Myriam, l'origine végétale ; il respecta donc la musique et la poésie des anciens Bardes qui propageaient encore, peut-être inconsciemment, la science antique.
Ce ne fut qu'après Constantin qu'on changea le culte en substituant la Marie, Mère de Jésus, à l'antique Marie, auteur du Sépher. Alors, l'erreur vint faire cesser les chants joyeux de la Nature, on les profana en y introduisant son absurde et mensongère légende d'un homme mort sur une croix.
Et c'est la naissance de cet homme irréel que l'on célébra le jour où l'on avait chanté la naissance végétale du genre humain.
Les images de Myriam étaient en haute vénération dans tout le Levant à l'aurore du premier Christianisme.
On croit que saint Luc fit une image de Marie, et cette croyance s'est si bien propagée plus tard que plusieurs églises, fondées à des époques diverses, prétendent posséder cette peinture de Luc.
Ainsi, Notre-Dame de Clermont, près de Cracovie, prétend posséder une image de Marie faite par Luc. Notre-Dame de Talan, près de Dijon, a la même prétention. Notre-Dame de la Garde, près de Bologne, en Italie, possède une peinture qui était à Sainte-Sophie de Constantinople (la Déesse des Gnostiques), sur laquelle on lit cette inscription : Ce tableau peint par saint Luc doit être porté sur le mont de la Garde et posé sur l'autel de l'église. Il fut porté en Italie en 433. A propos de la dédicace de Notre-Dame de Naples, dite Sainte-Marie Majeure, par le pape Jean II, l'an 533, on lit ceci : « On a conservé dans cette église une image de Marie faite par saint Luc ».
Ces renseignements nous sont donnés par le calendrier historique des fêtes et fondations dédiées à Marie. En dehors de toutes les images de Marie attribuées à Luc, on croit que les Ioniens possédèrent longtemps une Marie à Éphèse. Dans cette ville restée attachée au culte des Déesses, des églises furent dédiées à Marie dès le premier Christianisme.
Et c'est sans doute pour cela que les Pères de la seconde Eglise y tinrent un concile.
L'abbé Orsini dit : « En 403, les Pères du concile général d’Éphèse déclaraient que cette grande ville tirait son principal lustre de saint Jehan l'évangéliste et de Marie.
« , disaient-ils, Jehan le théologien et Marie étaient honorés dans des églises pour lesquelles on avait une vénération spéciale ; on croit que cette vénération était traduite par des peintures sacrées. »
Ceci était vrai, en effet, et une de ces peintures a été retrouvée après la Réforme ; voici comment :
Le Polonais Jean Sobieski, après sa victoire sur les Turcs au siège de Vienne, entra dans la ville délivrée et alla chanter un Te Deum devant l'autel de Notre-Dame. Il envoya au Pape l'étendard vert de Mahomet, mais il garda pour lui un vieux tableau qu'on avait découvert dans les ruines du village de Wishau ; on y voyait une Notre-Dame de Lorette, dont la couronne était soutenue par deux anges, portant dans leurs mains des rouleaux avec ces inscriptions :

In hac imagine Mariae, vinces, Johannes.
(Par cette image de Marie, Jean, tu vaincras.)
In hac imagine Mariae, victor ero, Johannes.
(Par cette image de Marie, moi, Jean, serai vainqueur.)

Jean Sobieski destina ce tableau à la chapelle royale de Zolkiew.
Les premières images de Marie qui décoraient les églises des Syriens et celles de l'Asie Mineure étaient peintes sur bois, avec des couleurs que rendait solides et brillantes un mélange de cire liquéfiée. Telles furent les fameuses images d'Edesse en Mésopotamie, de Seydnai dans le voisinage de Damas, de Didine en Cappadoce, de Sosopoli en Pisidie, de Philerne dans l'île de Chypre, et enfin d'Antioche. Devant ces images brûlaient des lampes perpétuellement allumées (symbole du pur Esprit féminin), et c'est là que les savants et les saints du temps venaient apporter leurs hommages.
Notre-Dame de Philerne, dans l'île de Chypre, fut emportée par les chevaliers de Rhodes lorsqu'ils durent abandonner l'archipel au croissant des Mahométans.
On ne peut nier l'existence de ces images de Marie à une époque où personne ne pensa jamais à peindre des Jésus.

ÉTAT POLITIQUE DE LA JUDÉE AU 1ER SIÈCLE DE NOTRE ÈRE
La Palestine fut morcelée par la mort d'Hérode et partagée entre ses fils (4 ans avant notre ère).
Archélaùs eut la Judée et la Samarie ; Antipas, la Galilée et la Pérée ; Philippe, l’Iturée.
L'an 6 après notre ère, Archélaùs fut déposé et exilé en Gaule.
La Judée, réduite en province romaine, fut gouvernée par des procurateurs résidant à Césarée, dont la série n'est interrompue que pendant les trois ans de royauté d'Agrippa 1er, petit-fils d'Hérode.
C'est le cinquième de ces procurateurs, Ponce-Pilate, qui, d'après les Catholiques, aurait fait crucifier Jésus. Rien dans l'histoire ne justifie cette affirmation d'un homme crucifié à cette époque.
Ces procurateurs étaient tous exacteurs et despotes, ce qui irritait le peuple. C'est ce mécontentement qui fit surgir les Zelotes, qui promettaient au peuple des consolations par la voix de leurs faux prophètes.
La mort d'Hérode fut suivie d'une véritable anarchie. Dans la Judée propre, que Rome avait laissée à Archélaùs sans lui accorder le titre de roi, la révolte éclata de tous côtés ; les uns demandaient l'abolition du principat des Hérodes ; les autres osèrent s'insurger contre les Romains eux-mêmes.
Au bout de dix ans, Archélaùs fut déposé par les Romains et la Judée propre fut réunie à la province romaine. Elle fut gouvernée par un procurateur de César ; des soldats romains tinrent garnison dans Jérusalem ; un recensement fut ordonné et exécuté, et cette mesure provoqua de nouveaux soulèvements. Mais l'anarchie n'eut qu'un temps et Jérusalem demeura romaine en apparence.
Cependant, le despotisme romain avait bien de la peine à la contenir. Dès qu'on touchait, ou qu'on paraissait toucher à la religion, il se produisait des émotions menaçantes.
C'est que déjà Johana et ses disciples avaient commencé leur propagande.
C'est pendant ces temps troublés que des fanatiques, des aventuriers, des ambitieux, s'élevaient de toutes parts et prenaient le titre de roi.

LES ISRAÉLITES EN OCCIDENT
Pour fuir le désordre qui régnait en Judée, les Israélites émigrèrent vers l'Occident, vers Rome, vers Alexandrie, centre intellectuel où on pouvait faire de la propagande. Il y en avait dans tout l'Empire romain du temps d'Auguste. A Rome, on en comptait 8.000 ; leur religion était à la mode, ce qui frappe et étonne Horace.
Mais il ne faut pas confondre les Juifs et les Israélites, comme sans doute le faisaient les Romains, et comme le font encore presque tous les historiens modernes. Les Sémites formaient deux partis en lutte. Les Israélites restèrent toujours séparés du monde juif, qui représentait pour eux l'usurpation du pouvoir religieux ; ils gardaient fidèlement leurs principes théogoniques et leur grande loi morale. Partout où ils allaient, en Egypte, en Perse, à Babylone, en Grèce, à Rome, ils se sentaient une supériorité morale et intellectuelle qui les rendait hautains et dédaigneux, et c'est ce qui les faisait haïr des autres peuples ; ils avaient une dignité qui résultait de leur éducation morale, de leurs principes fidèlement gardés, de leur vénération pour leurs grandes Femmes, les Prophétesses qui avaient été les « Lumières d'Israël ».
M. Réthoré dit des Juifs, qu'il confond avec les Israélites, qu' « ils semblent n'être jamais sortis des temps fabuleux » ; Quel éloge !
La confusion qui s'établit plus tard entre les Juifs et les Israélites commence au premier siècle.
Les Juifs, qui sont partout méprisés, se font appeler « fils d'Israël », croyant par cette supercherie reconquérir l'estime perdue.
Pour comprendre la persécution dirigée par les Gentils contre les Sémites, il faut savoir que ce sont les Israélites féministes qu'on persécute, et non les Juifs qui les ont renversés pour établir un régime masculiniste.
En l'an 19, il y avait déjà à Rome une propagande Israélite dont le succès irritait le Sénat et l'Empereur. « On prit des mesures, dit Tacite, pour faire disparaître les cultes de l'Egypte et de la Judée. »
Flavius Josèphe raconte qu'à la suite d'une aventure scandaleuse où se trouvaient mêlés des prêtres d'Isis, les gens compromis furent mis en croix et la statue de leur Déesse jetée dans le Tibre.
Voilà un fait qui nous donne une idée de la façon dont on traitait les partisans de l'ancienne Théogonie. Nous soulignons les mots mis en croix pour que l'on comprenne bien que c'est là le supplice infligé à ceux, mais surtout à celles, qui persistent à rendre un culte aux Déesses.
La confusion établie par les auteurs latins entre les Juifs et les Israélites, qui, pour eux, ne sont tous que les habitants de la Judée, rend difficile la distinction à faire entre les deux partis.
Ainsi, on célébrait à Rome le Sabbat et Ovide conseille aux jeunes gens d'aller ce jour-là dans les synagogues pour y trouver des maîtresses. Mais les Juifs n'admettaient pas les femmes dans leurs synagogues ; il s'agit donc des Israélites qui propageaient l'ancien culte caché dans les Mystères.
Du reste, les Chrétiens johanites étaient suspectés à cause du soin qu'ils mettaient à tenir secrètes leurs réunions, ce qui faisait supposer qu'ils y tramaient des complots contre l'Empire. Et c'était vrai, car ils ne voulaient pas seulement restaurer la loi morale, mais changer les institutions sociales.
Josèphe dit des Israélites qu'ils furent chassés de Rome (Tanche dit de l'Italie), à cause des manœuvres d'un intrigant « qui prêchait dans Rome la loi de Moïse ». Il était assisté de trois hommes de la même moralité. Ils avaient converti une dame Fulvia, femme de la plus grande distinction, à qui ils avaient escroqué des sommes considérables, sous prétexte d'offrandes au temple de Jérusalem. Son mari se plaignit à l'Empereur, qui s'en prit à tous les Juifs.
« Un sénatus-consulte, dit Tacite, décida que 4.000 hommes de sang affranchi et d'âge propre à porter les armes seraient embarqués en Sardaigne afin d'y servir contre les brigands. Le reste devait être banni, à moins d'abjurer, dans un temple donné, un culte sacrilège. »
Parmi les 4.000, beaucoup se laissèrent tuer plutôt que de se soumettre au service militaire, dit Josèphe.
Nous voyons dans ceci un prétexte pour bannir les Israélites, en leur imputant un délit commis par des Juifs.
Il est probable que c'est alors que les Israélites appelés Chrétiens se cachèrent dans les Catacombes.
On sait que ces premiers Chrétiens étaient des propagandistes ardents ; ils convertissaient assez de monde pour porter ombrage à la religion romaine et même à l'Etat. On les persécuta, et de la persécution sortirent des millions de confesseurs et de martyrs.
Tacite (né vers 50, mort sous Hadrien) désigne les Chrétiens par ces mots : « Les malheureux abhorrés pour leurs mœurs infâmes et vulgairement nommés Chrétiens, capables de tous les dérèglements et de tous les crimes » (Annales, I, XX, 44).
Puis il dit :
« Pour faire tomber les rumeurs qui l'accusaient, Néron offrit en pâture d'autres coupables et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations, et que le vulgaire appelait Chrétiens. ».
Tacite ne cite pas Jésus ; il continue :
« Réprimée ainsi un instant, cette exécrable superstition débordait de nouveau, non seulement dans la Judée où elle avait sa source, mais dans Rome même où tout ce que le monde renferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte, et, sur leurs révélations, une infinité d'autres qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leur supplice un divertissement ; les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en guise de flambeaux.
Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s'ouvraient à la compassion en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul qu'ils étaient immolés. » (Traduction Burnouf.)
« Les Chrétiens, disait Suétone (né vers 65), sont une espèce d'hommes adonnés à une superstition nouvelle et dangereuse » (Néron, 16).
Mais la persécution que l'Empire impie, comme disaient les Israélites, dirigea contre les Chrétiens, éclata sous Tibère en l'an 36 et devint terrible en l'an 44, sous le règne de Claude.
La persécution de Néron eut lieu en 64.
Cette accusation de haine pour le genre humain, dirigée contre des gens qui prêchaient l'amour du prochain, est celle que les masculinistes adressent toujours aux féministes, qui enseignent la Loi morale. Là est le motif réel de la persécution : la révolte des femmes contre la débauche des hommes. C'est la doctrine de Johana qui résume cette révolte, puisque c'est elle qui rappelle l'éternelle loi des sexes. C'est ce qui irrite les hommes ; c'est pourquoi ce sont les empereurs les plus débauchés qui persécutent les Chrétiens, parce qu'ils apparaissent comme préconisant une renaissance morale. Comme toujours en pareil cas, on les accuse des méfaits qu'ils reprochent aux hommes. On les couvre de boue.
Cette haine pour les Chrétiens, on pourrait la traduire ainsi : « Vous n'aimez pas les vices de l'homme, donc vous n'aimez pas l'homme. »
Du reste, on reprochait aussi, à ceux qui propageaient la Science cachée, de fermer aux hommes « le Royaume du Ciel », qui n'était que pour la Femme, croyait-on.
Il y avait malentendu, accusation d'exagération, parce qu'on ne comprenait pas la loi des sexes, absolument comme cela a lieu dans les temps modernes.
Il est vrai que l'on disait que ce Royaume du Ciel ne pouvait être ouvert que par le Messie-Femme de filiation divine (féminine) ; cette filiation de David faisait partie de la doctrine secrète. C'est du reste affirmé dans l’Apocalypse.
Fréret nous dit dans son ouvrage sur le Christianisme (t. II, p. 173) : « Lorsque l'empereur Claude chassa les Juifs (mis pour Israélites) de Rome, Suétone dit qu'il les chassa à cause des bruits continuels qu'ils excitaient par rapport à un certain Christus. »
Suétone, né vers 65, et qui vivait un siècle après l'époque assignée à Jésus, ne le cite pas, il ne le connaît pas, son nom n'est pas encore populaire et la persécution n'est dirigée contre les Chrétiens qu'à cause de Christus, qui ne représente alors qu'un principe vague de suprématie féminine.
La lettre de Pline à Trajan constate aussi la lutte contre les premiers Chrétiens.

LE COMMUNISME DES PREMIERS CHRÉTIENS
Le règne du christianisme primitif fut une des plus belles époques de l'humanité, une rénovation qui apportait aux hommes une source nouvelle de vérités philosophiques, et de justice sociale.
Le premier Christianisme enseignait le plus pur rationalisme et aurait dû imprimer un progrès dans toutes les directions de l'Esprit et dans toutes les réalisations sociales si une réaction violente n'était venue stériliser ses effets en faisant prendre à la religion une direction opposée à celle qu'il avait indiquée.
La société chrétienne, à son berceau, fut une communauté.
Celle qu'on appelait la communauté de Jérusalem fut très florissante. Elle fut dispersée lors de la première persécution qui eut lieu en l'an 36.
Mais, loin de détruire l'idée d'un communisme, cela ne fit que l'aviver, en donnant un développement inattendu et rapide à d'autres communautés.
Le sang des martyrs versé pour la grande cause de la Vérité et de la Justice sociale a toujours ce résultat.
Le Christianisme de la primitive Eglise, alors que les Chrétiens ne formaient qu'un peuple de frères, fut fertile en faits héroïques et en conceptions gigantesques de rénovation sociale universelle.
C'est à la secte des Esséniens que remonte le germe d'où ils sortirent.
Quelques mots sont donc nécessaires pour en rappeler l'origine.

L’ORDRE DES ESSÉNIENS
Les Esséniens, philosophes pythagoriciens, avaient une grande réputation de sainteté et de savoir ; ils gardaient les traditions de la Science antique, étaient d'une vertu et d'une droiture exemplaires et ne prononçaient jamais de paroles profanes ; ils avaient un langage d'une grande correction.
Ils avaient aussi le mépris des richesses et vivaient en commun suivant les lois du régime maternel ; il n'y avait parmi eux ni riches ni pauvres.
Pour faire partie de leur religion, il fallait commencer par verser tous ses biens à la caisse de la communauté, ainsi qu'on le faisait chez les Pythagoriciens.
C'est cet usage qui s'est perpétué dans le symbolisme maçonnique et en vertu duquel le nouvel initié doit, avant d'entrer dans le temple, déposer son or, son argent et ses bijoux.
Leurs vêtements étaient blancs ; ils ne les renouvelaient pas continuellement, comme les profanes, mais les portaient jusqu'à leur usure complète.
Leur journée était réglée. La Mère-directrice dirigeait le travail de chacun, lui donnant la tâche à faire dans la journée, et ils travaillaient avec assiduité pendant cinq heures. Après le travail, ils faisaient leurs ablutions avec de l'eau froide, le corps entouré de ceintures de lin que le tablier maçonnique rappelle symboliquement.
Les repas (agapes) se faisaient dans une salle commune ; ils se mettaient à table avec ordre et discipline, jamais la salle de réfectoire n'était profanée par le tumulte ou le désordre ; on parlait avec discrétion, les uns après les autres, sans se contredire, sans crier.
Les communautés religieuses ont gardé ces coutumes, mais en ont diminué la dignité depuis qu'elles ont perdu la parole de vérité.
Un orateur disait une sorte d'oraison avant et après le repas, usage qui s'est conservé dans les agapes maçonniques. La nourriture était végétarienne.
Après le repas, ils déposaient les vêtements de cérémonie qu'ils avaient pris pour se présenter à la table commune, usage qui est aussi resté chez les gens dits bien élevés, qui dans les classes supérieures de la Société s'habillent pour assister aux repas. Ils reprenaient ensuite leurs travaux jusqu'au crépuscule.
Le soir, le souper les réunissait de nouveau, eux et leurs invités de la même secte, car les profanes étaient exclus de leurs agapes.
Le travail était distribué suivant les facultés de chacun.
Les esprits supérieurs s'occupaient de philosophie et de médecine, ce sont ceux-là qu'on appelait les Thérapeutes ; ils étudiaient la Nature, cherchaient les propriétés des végétaux et des minéraux et posaient les bases des vraies sciences médicales.
Ils voyageaient souvent. Leur secte était établie sur les côtes occidentales du lac Asphaltite, mais elle avait des ramifications dans nombre de régions.
Quand les Esséniens voyageaient, ils n'emportaient rien avec eux (mais étaient armés d'épées, comme les chevaliers). Dans chaque ville, un membre de la secte, portant le nom d'hospitalier, fournissait à ceux qui arrivaient les objets de première nécessité.
C'est cet usage qui a laissé dans la Franc-Maçonnerie le titre d'hospitalier à un des sept dirigeants d'une Loge, alors que, dans la Société moderne, cette fonction ne s'accomplit d'aucune façon, si bien que l'on ne comprend pas ce que fait l'hospitalier dans les Loges modernes.
Les Esséniens n'achetaient et ne vendaient rien entre eux.
Celui qui avait besoin de quelque chose le demandait à celui qui pouvait le lui donner.
Il régnait parmi eux une véritable fraternité, comme cela existe entre frères et sœurs, dans une famille unie.
L'historien Josèphe prétend qu'ils étaient comme des enfants placés sous la surveillance d'un Maître ; c'est d'une Mère qu'il faut dire, ce qui est bien différent.
Les masculinistes qui ont parlé des Esséniens ont appelé cette Mère leur curateur ou chef, pour ne pas avouer qu'il s'agit d'une direction féminine.

TRAHISON
Il faut bien connaître la nature humaine pour comprendre l'histoire.
Les instincts masculins, poussant l'homme dans une autre voie que celle qui est suivie par les femmes, amènent infailliblement des défections, des réactions, des trahisons. C'est ce qui se produisit parmi les premiers Chrétiens.
Dans la première Épître de Jean, nous lisons ceci :
18. — Mes enfants, le dernier temps est venu, et comme vous avez entendu dire que l'Antéchrist doit venir, aussi y a-t-il déjà plusieurs Antéchrists, par où nous connaissons que le dernier temps est venu.
19. — Ils sont sortis d'entre nous, mais ils n'étaient pas des nôtres, car s'ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous ; mais cela est arrivé afin qu'il parût que tous ne sont pas des nôtres.
Pour bien comprendre ceci, il faut savoir que l’Antéchrist est le nom général donné à l'homme qui se met devant la Femme (ante, devant, christ, suprématie féminine).
Une réaction masculiniste se produisait donc, qui allait tout renverser, c'est-à-dire transporter dans le sexe masculin tous les faits qui convergeaient autour du sexe féminin.
On allait garder l'idée d'un Messie, mais on allait en faire un homme, et c'est par réaction masculiniste qu'on annonce l'arrivée d'un fils de l'homme.
C'est parce que la Déité va changer de sexe que l'on va dire « Dieu s'est fait homme », c'est-à-dire a pris la forme masculine, l'Anthropomorphisme. Jusque-là, la Divinité des Israélites, « Hévah », n'a pas eu de masculin.

LES NAASSÉNIENS
Cependant, on ne passa pas directement du féminin au masculin, il y eut des étapes de transition.
Une secte nouvelle se forma, celle des Naasséniens, qui fondèrent l'Anthropogonie.
Cette secte annonçait aussi la résurrection du Christ, mais on en faisait un être hermaphrodite ; de là leur titre : Anthropogonie (homme-femme).
Mais remarquons que, dans ce mot composé, ils mettent déjà le masculin avant le féminin. Ceci indique que ce sont des hommes qui fondèrent cette secte sur l'égalité des sexes, telle qu'ils l'entendent, c'est-à-dire en mettant l'homme le premier.
En effet, les Naasséniens avaient créé une science basée sur l'égalité des sexes, qui glorifiait l'homme-femme, passage dangereux qui conduisit l'homme à la place supérieure dont il expulsa la femme dès qu'il se vit son égal.
Dès que Christ fut devenue neutre, on vit une foule de charlatans se déclarer « Christos », ce qui causa un grand scandale.
On les appelait les « faux Messies ».

JUDAS LE GALILÉEN
Et le verset suivant des Actes (V,37) dit : « Après lui s'éleva Judas le Galiléen, du temps du dénombrement, et il attira à lui un grand peuple, mais il périt aussi, et tous ceux qui le crurent furent dispersés. »
Josèphe signale ce Judas et nous raconte que non seulement il prétendait être roi, mais il était l'auteur d'une nouvelle secte dont les disciples ne reconnaissaient que leur Dieu pour chef et pour maître (Ant., XVIII, 1-6). Ce fut un de ceux qui inquiétèrent le plus les Romains (1). C'est sa secte, celle des Caïnites qui prenait tout à rebours, y compris la Divinité qui pour eut fut représentée par le principe du Mal : l'homme méchant, c'est-à-dire Caïn divinisé.
On raconte que ces idées nouvelles étaient mises à profit par les voleurs. Un Anachorète d'Egypte, du nom de Héron, vit apparaître « Christos » sous la figure d'un ange de lumière, qui lui fit croire que, s'il voulait se laisser asseoir sur ses ailes, il le ravirait au Ciel avec Elie. Le malheureux crédule prit place sur le dos du vaurien, qui le précipita d'une hauteur énorme dans un puit profond, d'où on le tira à demi-mort.
Tout ceci nous explique ce qu'était devenue l'idée messianique à cette époque.
Josèphe, dans sa Guerre des Juifs (L. XVIII, ch. i), nous donne des renseignements sur ce personnage qui allait entrer dans l'histoire et y faire entrer avec lui une secte nouvelle. Il nous explique d'abord comment Cyrénius, sénateur romain, fut chargé par Auguste de faire le dénombrement en Judée, puis, il dit : « Les Juifs ne pouvaient souffrir d'abord ce dénombrement, Un nommé Judas, qui était Gaulonite et de la ville de Gamala, assisté d'un Pharisien nommé Zadoc, sollicita le peuple à se soulever, disant que ce dénombrement n'était autre chose qu’une manifeste déclaration qu'on les voulait réduire en servitude, et, pour les exhorter à maintenir leur liberté, il leur représenta que si le succès de leur entreprise était heureux, ils ne jouiraient pas avec moins de gloire que de repos de tout leur bien, mais qu'ils ne devaient point espérer que Dieu leur fût favorable s'ils ne faisaient de leur côté tout ce qui serait en leur pouvoir.
« Le peuple fut si touché de ce discours qu'il se porta aussitôt à la révolte. Il est incroyable quel fut le trouble que ces deux hommes excitaient de tous côtés. Ce n'était que meurtre et que brigandage : on pillait indifféremment amis et ennemis sous prétexte de défendre la liberté publique ; on tuait, par le désir de s'enrichir, les personnes de la plus grande condition ; la rage de ces séditieux passa jusqu'à cet excès de fureur qu'une grande famine qui survint ne put les empêcher de forcer les villes ni de répandre le sang de ceux de leur propre nation ; et on vit même le feu de cette cruelle guerre civile porter ses Flammes jusque dans le Temple de Dieu, tant c'est une chose périlleuse que de vouloir renverser les lois et les coutumes de son pays.
« La vanité qu'eurent Judas et Zadoc d'établir une quatrième secte et d'attirer après eux tous ceux qui avaient de l'amour pour la nouveauté fut la cause d'un si grand mal. Il ne troubla pas seulement alors toute la Judée, mais il jeta les semences de tant de maux dont elle fut encore affligée depuis. Sur quoi j'ai cru à propos de dire quelque chose des maximes de cette secte. »
Et, dans le chapitre II, il va nous parler des quatre sectes qui étaient parmi les Juifs : « Ceux qui faisaient, parmi les Juifs, une profession particulière de sagesse étaient divisés depuis plusieurs siècles en trois sectes, des Esséniens, des Sadducéens et des Pharisiens.
« Judas dont nous venons de parler fut l'auteur d'une quatrième secte. Elle convient en toutes choses avec celle des Pharisiens, excepté que ceux qui en font profession soutiennent qu'il n'y a que Dieu seul que l'on doive reconnaître pour seigneur et pour roi, et ils ont un si ardent amour pour la liberté qu'il n'y a point de tourments qu'ils ne souffrissent et ne laissassent souffrir aux personnes qui leur sont les plus chères, plutôt que de donner à quelque homme que ce soit le nom de Seigneur et de Maître.
« Sur quoi je ne m'étendrai pas davantage, parce que c'est une chose connue de tant de personnes qu'au lieu d'appréhender que l'on n'ajoutât pas foi à ce que j'en dis, j'ai seulement sujet de craindre de ne pouvoir exprimer jusqu'à quel point va leur incroyable patience et leur mépris des douleurs. Mais cette invincible fermeté de courage s'est encore accentuée par la manière si outrageuse dont Geffius Florus, gouverneur de Judée, a traité notre nation et l'a enfin portée à se révolter contre les Romains. »
Tout cela était en opposition absolue avec les principes des premiers Chrétiens.
« Ils se proposaient pour modèle la vie des hommes les plus méchants, tels que les Sodomites, Coré, Judas, etc. »
Leur réaction était dirigée surtout contre le commandement de la loi qui condamnait l'adultère de l'homme. (L'abbé Guyot Dictionnaire des Hérésies p. 94)
Fréret dit de Judas :
« Il y eut des évangiles qui comptaient Judas au nombre des apôtres. Il parut un évangile sous son nom. On appelait ses disciples Caïnites parce qu'ils regardaient Caïn comme grand personnage, ainsi qu'Esaû, Coré et les Sodomites. Ils se servaient de l'évangile de Judas qui était, selon eux, le premier des apôtres. » (Fréret, t. II, p. 124)
Dans les Ecritures, nous voyons que le nom de Judas restera désormais uni à l'idée de trahison. Déjà un Judas avait trahi Israël, un second Judas devait encore trahir une femme, Johana, la nouvelle Déesse des Israélites.
La haine qu'il inspirait devait être violente, puisque son champ, appelé Haceldama (le champ du sang), devient un endroit signalé à la réprobation et qu'on lui applique ce qui est dit dans le livre des Psaumes : « Que sa demeure devienne déserte, qu'il n'y ait personne qui l'habite. » (Actes, chap. Ier, 19-20.)
(1) Le premier Livre des Macchabées n'annonce pas un roi, mais un prophète. C'était l'expression de la croyance populaire. Or un prophète, c'est un penseur qui élève les esprits, telles les anciennes inspirées qui avaient parlé, qui avaient enseigné les lois de la nature et la loi morale. Tout le monde ne pouvait pas se dire prophète ; il fallait, pour avoir cette audace, au moins une certaine instruction. La royauté était plus facile à prendre. Un roi, ce n'est pas un homme qui pense, c'est un homme qui commande, et c'est ce rôle qui flatte l'homme, aussi c'est celui-là surtout que les imposteurs ambitionnaient. C'est ce qui explique pourquoi du « Messie » on fait un roi, quand l'idée messianique se masculinise.

LE NOM DU MESSIE MASCULIN
Nous venons de voir que Judas le Galiléen avait entrepris de représenter la Divinité sous la forme masculine de Caïn. Mais ce nom était mal vu ; il en existait un autre qui avait eu une destinée plus heureuse ; c'était celui d'Esaü, le mâle premier-né, qui s'écrivait souvent J-eseus. L'iod qui précède est le signe de la masculinité. Il était devenu AEsus chez les Celtes, puis Hésus ou Hiésous (AEsus contient les mêmes lettres qu'Esaù) (1).
Hésus (terrible en celtique) représentait le principe mâle ; on en avait fait le Dieu de la guerre chez les Gaulois ; il régnait à Lutèce. C'est surtout par des sacrifices humains qu'on l'honorait.
On le représente à demi-nu, une hache à la main.
Ce Dieu avait été introduit chez les Romains, qui l'avaient associé à Jupiter et à Vulcain. C'était une maxime des Romains qu'il y a en tout Dieu quelque chose de divin. En acceptant Hésus, ils le mirent dans leur Panthéon à côté de Mithra et de Sérapis.
Le nom de Jésus n'est que la forme ultime du Jeseus des Juifs ou du Hésus des Gaulois, nom modifié suivant les langues parlées dans les divers pays, mais qui garde partout sa signification symbolisant le sexe masculin.
Ce nom qui va entrer dans l'histoire d'un cycle nouveau a pu être pris dans sa forme juive, « Jeseus », il a pu être pris dans sa forme celtique, « Hésus ». Dans cette dernière conjecture, il est facile de comprendre comment ce nom est descendu de la Gaule en Orient.
Quelques siècles avant l'ère actuelle, les Gaulois s'étaient répandus partout : dans le Nord jusqu'en Irlande, dans la haute Italie, sur la rive droite du Danube où ils avaient fondé la Galicie ; de là ils étaient descendus en Macédoine, en Thrace et en Thessalie. Ils avaient fondé en Asie Mineure la « Nouvelle Gaule », et ce sont eux qu'on appelait les Galates. Ils étaient certainement, à cette époque, « ceux qu'on imite ». Or Judas, qui cherche un nom pour le Dieu mâle, est Gaulonite, c'est-à-dire partisans des dieux gaulois (2). A Lutèce, les masculinistes juraient par Hésus, tandis que les féministes juraient par Isis. La lutte de sexes était partout. Et l'on sait que c'est de là qu'est venu le mot Parisis (d'où Paris).
« Le nom de Jésus, dit Burnouf, était un symbole obscur. » (Se. des R., p. 94.)
Pour accentuer le caractère mâle de ce Dieu, on mettait souvent le J (lettre idéographique comme l'iod des Hébreux), qui indique le sexe mâle, devant l'H, et on écrivait Jhésus. Ou bien on faisait de la première branche de l'H, un J. C'est ainsi, avec une croix au-dessus de l'H, qu'on écrit le monogramme de Jésus dans tout le moyen âge.
Remarquons que bien des noms qui commencent par un H finissent par s'écrire avec un J, tel Hiéronymos, Jérôme. On annexait le I, signe mâle, aux noms auxquels on voulait donner un caractère hermaphrodite. C'est ainsi que de Hévah on fit Jehévah ou Jéhovah.
Ceux qui ont voulu donner à la légende chrétienne une origine hébraïque ont dit que Jésus était la forme grecque de l'hébreu Jeshua, contraction de Jehoshua, « celui dont Hévah est le secours ». Ce nom peut être lui-même une forme de l'ancien Eseus.
On a aussi rapproché Jésus de Jehoshua (sauveur), nom porté par le fils de Josedech, qui fut le premier Grand-Prêtre des Juifs après la captivité et qui releva le temple de Jérusalem avec Zorobabel (535-516), et on le rapproche aussi du nom du fils de Sirach sous le pontificat de Simon 1er (303-284). Mais ces rapprochements n'ont été faits qu'après le Christianime. Ce n'est ni hébreu ni en syriaque que ce nom a d'abord été trouvé, c'est en grec dans les Epîtres de Paul où il est écrit :
 Ἰησοῦς (Iesoûs).

D'autre part, l'historien Josèphe nous dit (Anl., 12-51) que Jason signifie Jésus.
Or Jason est le nom d'un chef de la Synagogue de Thessalonique qui hébergea l'apôtre Paul et ses compagnons lors de leur passage dans cette ville où Jason est présenté comme le parent de Paul. Ce personnage aurait causé une grande sédition parmi les Juifs qui le traînèrent devant les magistrats. Il ne serait pas étonnant que certains épisodes de sa vie et de sa révolte aient servi à faire la légende de Jésus.
Si le mot Jason se confond avec Jésus (Iêsous), c'est parce qu'il vient aussi de Esaû, nom qui est souvent rendu par Edom ou Adon (qui en hébreu veut dire roux). En y annexant le iod masculinisant, on fait Jadon, que les Grecs prononcent Jason comme de Theos ils font Sios, et de Jadon on fait Jodom, Jod, d'où God.
Quoi qu'il en soit, ce nom représentait collectivement le sexe mâle comme le nom de Christ représentait collectivement le sexe féminin.
La substitution du principe masculin à la Divinité féminine, Hévah, la Mère des vivants, n'avait pas encore été osée chez les Juifs qui gardaient toujours un secret respect pour leur grande Déesse, quoiqu'ils ne la nommassent plus ; leur révolte n'avait pas été jusque-là, si ce n'est, cependant, quand ils avaient essayé d'introduire le culte d'Adonaï, dont le nom vient aussi de Edom ou Adon (3).
A côté de l'audace de Judas le Galiléen, qui fonda une secte nouvelle en face de celle des premiers Chrétiens et osa lui donner comme Dieu le traître Caïn, à côté de l'audace de Paul, qui, reprenant ce système, va donner le nom de « Iêsous » à celui dont il va faire un sauveur, les premiers Chrétiens tant persécutés n'apparaissent plus que comme des gens qui font des choses sans importance, et l'on parle de leur doctrine avec mépris, on dit : « C'est de la Saint-Jean », ce qui veut dire : « C'est un mouvement empreint de la naïveté et de la timidité féminine ». Les nouveaux apôtres qui s'élevaient à ce moment allaient leur montrer jusqu'où on pouvait aller dans l'audace. Leur état d'esprit nous est révélé par le rôle qu'ils vont donner à Johana qu'on ne pouvait pas supprimer de l'histoire. Quand on fera d'elle Jean-Baptiste, le précurseur, on lui fera dire que celui qui LE suivrait serait plus puissant que LUI et qu'il ne serait pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. L'orgueil de ceux qui parlèrent ainsi nous dénonce leur état mental.
La campagne entreprise par les nouveaux sectaires, qui voulaient faire admettre que Iêsous était Christos, exaspérait tout le monde. Jusque-là, on avait attendu et annoncé la résurrection de la Déesse, mais cette nouvelle manière de résoudre la question la détournait de son but primitif et la présentait sous une forme différente de celle qu'elle avait à cette époque, où elle n'était que le symbole d'une espérance de restauration théogonique. La lutte s'engageait ainsi entre les deux principes masculin et féminin, représentés par Iêsous et par Christos.
Le Christianisme primitif avait été une doctrine sur le Christ, son nom est resté pour l'indiquer, ses partisans s'appelaient Christiens ; ce ne fut pas une doctrine sur Jésus, qui n'y fut introduit que plus tard par des esprits vulgaires qui vinrent rapetisser l'idée de Rédemption. Le Jésuisme allait tuer le Christianisme.
Cependant, la doctrine qui a triomphé a gardé le nom de Christ, parce que les noms féminins donnent toujours une idée de grandeur et de sainteté dont les usurpateurs profitent.
C'est pour cette même raison que les Juifs masculinistes, quand ils se virent méprisés, se firent appeler Israélites.
La vraie Christologie a duré peu de temps, et ses documents ont été fondus dans ceux que le Catholicisme a pris plus tard pour base.
La nouvelle secte s'appliqua à imiter les Chrétiens, leur prenant leur nom, leurs principes, leurs livres, cherchant à attirer à elle la renommée qui les avait illustrés.
Christ, nom collectif, représentant l'esprit féminin dans sa splendeur et dans sa souffrance, va être remplacé par le nom masculin de Jeseus, dont on va faire un homme auquel on attribuera l'esprit féminin dans sa splendeur et dans sa souffrance, jusqu'au moment où on déclarera, au grand scandale de tous, que Jésus est Christos. Tout cela ne sera qu'une parodie des événements survenus dans le passé, et dont on va faire l'histoire particulière d'un homme. On s'appliquera à transporter la psychologie féminine, les souffrances de la femme, ses humiliations, dans un homme, que l'on fera divin, puisque le Divin, c'est le féminin, mais on lui laissera certains caractères de la femme, sa chasteté, sa mansuétude, et, comme Apollon Citharide, Jésus sera vêtu comme les femmes d'une robe flottante. Malgré tout cela, le personnage de Jésus, de l'enfant à l'homme, n'eut jamais rien de commun avec l'être de raison appelé Christ.
Burnouf, dans La Science des Religions (pp. 229-230), dit ceci :
« Nous ne connaissons presque rien de la vie de Jésus ; son nom même nous est inconnu, puisque Jésus ou Sauveur est un surnom qui se donnait depuis 200 ans et que Christ est une, qualification qu'il reçut plus tard. La partie légendaire des Evangiles étant ôtée, il ne reste pas de matériaux suffisants pour composer une histoire réelle. Celles qu'on a publiées sont des œuvres d'imagination et des romans.
« Il faut songer combien était nécessaire, dans le monde gréco-romain, une réforme des idées et des mœurs ; il faut envisager aussi la nature universelle d'Agni, qui est la plus grande manifestation de la nature divine dans le monde physique et moral. On fit donc à Jésus l'application de la théorie et de la légende, telles qu'elles existaient auparavant ; par lui, ces dogmes reçus de Babylone comme une tradition non interrompue, dogmes dont la forme primitive se trouve dans le Véda, entrèrent de plain-pied en Occident. »
Burnouf nous fait très justement remarquer que les discussions fondamentales que cette nouvelle secte fit naître portaient sur la nature de Jésus dans ses rapports avec la théorie du Christ.
Chez les Juifs eux-mêmes, le futur règne du Christ était compris de deux façons : les uns (les Israélites) attendaient un souverain de la souche (c'est-à-dire du sexe) de David, destiné à étendre sur la Terre la puissance de la loi et à placer le peuple israélite à la tête d'un vaste empire dont ce souverain serait le chef ; les autres, et parmi eux les Pharisiens, entendaient le règne du Christ dans son sens idéal, le retour du règne de la Vérité et de la Justice.
Cette question avait été fort agitée dans le dernier siècle entre les docteurs juifs Shammaï et Hillel. Elle allait prendre maintenant un autre aspect.
(1) Voyez Pictet qui, dans son Dictionnaire des racines indo-européennes (p. 417) dit à propos de la religion des Gaulois : « Esus, Dieu de la guerre (Dieu mâle qui a la force, Esunertus), vient du sanscrit Asu dont on fait en Scandinave as. »
(2) Judas, qui était Grec, n'avait pas de raison pour donner à son Dieu nouveau un nom hébraïque, il ne parlait pas hébreu ; il était au contraire très plausible qu'il choisît un nom nouveau à la mode dans son milieu, le nom de Hésus, apporté chez les Galates par les Gaulois, et qui était très répandu depuis deux siècles, puisqu'on voyait des familles donner ce nom nouveau à leurs enfants.
Si c'était un nom hébreu, il serait ancien chez les Israélites. C'est au contraire un nom nouveau qu'on ne trouve que chez les Juifs masculinistes.
(3) M. Henri LIZERAY (dans Christianisme Scientifique, p. 6) nous fait remarquer l'analogie qu'il y a entre Jésus et Adonaï. Il dit : « On peut, dès à présent, remarquer de nombreuses ressemblances entre le culte d'Adonis et celui de Jésus. Les pleurs à l'occasion d'une mort suivie de résurrection, l'époque et le cérémonial de la fête qui rappelle la semaine des Rameaux, le caractère féminin des deux personnages, les noms de Seigneur (en syriaque Adonaï, d'où Adonis, en grec Kyrios) et de Sauveur, communs à l'un et à l'autre, aussi l'invocation sur les sarcophages, sont des analogies qui s'imposent d'abord à l'esprit. Les païens semblent s'y être trompés, puisque Plutarque constate que « le Dieu adoré en Judée était Adonaï ». Or, Plutarque vécut de 50 à 120 après J.-C. »

LA LÉGENDE DE JÉSUS
A quelle époque commença-t-on à parler de la légende de Jésus ?
C'est dans les Épîtres de Paul que son nom se trouve pour la première fois, et ces Épîtres sont écrites vers l'année 50 : celle aux Galates Vers 55 ; première et deuxième aux Corinthiens vers 58 et 59 ; celle aux Romains vers 60.
On croit que Paul est mort en 64.
Les Épîtres de Paul ont été déclarées fausses par le professeur Loofs (voir article « Paul » dans l’Encyclopedia Biblica).
Nous savions déjà que Marcion et Apelles les avaient appropriées à leurs besoins.
Ces altérations successives prouvent que la légende que l'on va édifier a subi des phases multiples dans lesquelles elle était chaque fois modifiée. Il ne faudrait donc pas chercher, dans les Épîtres, une histoire définitive, mais des indications qui, quoique très incomplètes, nous font apercevoir un esprit de révolte contre la Femme, qui va germer et grandir. Les Épîtres de Paul en furent le premier germe. Et comme c'est cela qu'on nous a laissé, nous sommes bien obligés de nous en servir.
Paul prêcha « un autre évangile », qui cependant « n'était pas un autre », et dans lequel il prétendait dévoiler une doctrine « demeurée secrète depuis le commencement du monde ».
C'est dans l’Épître aux Galates qu'il annonce qu'à la suite d'une révélation il va exposer aux fidèles un Evangile, et cependant il commence par dire :
6. — Je m'étonne qu'en abandonnant celui (pour celle) qui vous avait appelés à la gloire du Christ vous ayez passé si promptement à un autre Évangile.
7_— Non qu'il y ait un autre Évangile, mais il y a des gens qui vous troublent et qui veulent renverser l’évangile du Christ.
Ces deux versets ne sont certainement pas de Paul.
Il se met encore sous l'égide des Chrétiens, parle sans cesse du Christ, comme eux, des anciennes Écritures, répétant ce qu'il a entendu dire, mais mêlant à tout cela des vues personnelles qui sont le renversement de la cause féministe. On se demande du reste s'il l'a jamais comprise ; ses vues sont étroites, embrouillées, on y sent l'intention de se justifier de passer si facilement d'une doctrine à l'autre, car, dans le chapitre premier de l’Épître aux Galates, il nous explique lui-même ses conversions du Judaïsme au Christianisme, puis du Christianisme à son évangile nouveau, qu'il présente comme étant en harmonie avec celui des Chrétiens de Jérusalem, alors qu'il le contredit.
II faut se rappeler que la secte de Judas le Galiléen, qui masculinisait la Divinité des Juifs, était fondée depuis une dizaine d'années, et que Paul apparaît comme ayant été un de ses partisans. C'est évidemment sous cette influence qu'il crée un nouvel évangile, annonçant la prochaine arrivée d'un fils de Dieu.
Mais, dans tous les écrits de Paul, on annonce l'arrivée d'un Messie « sur les nuées », on ne lui crée pas encore une vie terrestre. Quand on parle de son passé, c'est le passé du Christ qu'on rappelle et qu'on lui applique, du Christ, symbole de la Femme qui a souffert pour les péchés de l'homme, qui a été persécutée à cause des Bacchanales masculines et crucifiées dans la forêt de Dodone. Ce fait, déjà ancien, n'était plus dans les esprits qu'une légende terrible, un crime qui avait été commis et qui criait vengeance (1).
Paul dit : « Pour nous, nous prêchons le Christ qui est un scandale aux Juifs et une folie aux Grecs » (I Corinthiens).
Comme réparation de ce crime, on attendait le retour de la femme à la vie sociale, sa réintégration dans son autorité morale, sa résurrection, puisqu'elle avait été ensevelie dans l'oubli après avoir été crucifiée.
Quand on parlait au nom du Christ, on parlait au nom de quelque chose de sacré, mais on définissait mal le sentiment que ce nom éveillait. Pour les anciens féministes, c'était un sentiment de respect mêlé de pitié ; pour les masculinistes, c'était une ironie et une jalousie, « un scandale ou une folie ». Or l'annonce de la résurrection du Christ était interprétée d'une façon toute différente par les femmes et par les hommes. Pour ces derniers, déjà plongés dans le surnaturel, et qui croyaient aux esprits séparés du corps, aux apparitions et aux communications des morts avec les vivants, ils faisaient de la « parousie du Christ » une apparition surnaturelle, qui devait se voir sur les nuages du ciel.
Les partisans du surnaturel se servaient des anciennes idées féminines, mais leur donnaient une interprétation nouvelle.
L'esprit féminin « divin », qu'ils ne voulaient plus voir dans la femme vivante parce qu'il n'est pas dans l'homme, devenait une entité libre dans l'espace, hors du monde, mais pouvant apparaître et parler aux hommes. Du mot apparition, qui avait désigné la venue des femmes de génie (les anciennes Déesses), ils avaient fait une apparition surnaturelle. De l'ancienne prière adressée par les hommes aux femmes, ils avaient fait une oraison adressée à des dieux invisibles et, de là, étaient arrivés à croire à des conversations avec la Divinité.
Tous ceux qui voulaient se mettre en évidence prenaient un rôle dans ces luttes. Paul fut de ceux-là. D'abord ardent adversaire des sectes nouvelles, il les avait violemment persécutées, jusqu'au jour où, trouvant sans doute plus avantageux de se faire chef d'école que d'être un obscur défenseur de l'ancien système, il changea brusquement de parti, appuyant ce changement d'opinion sur une apparition surnaturelle qu'il raconte de différentes manières, ce qui prouve bien qu'elle n'a aucune réalité.
A partir de ce moment, il annonce la Résurrection du Christ.
Mais le Christ laisse dans l'esprit une idée féminine ; pour effacer cette idée, Paul va y joindre le nom masculin qui symbolise « le mâle ».
Ce fut la persécution dont il fut l'objet qui l'affermit dans son système. Il avait commencé timidement par annoncer que le Christ était ressuscité « selon les Écritures » ; il finit par une affirmation hardie, annonçant que cette résurrection s'était faite sous la figure d'un homme. Les Épîtres de l'apôtre nous montrent Paul comme un antiféministe acharné. Il semble même être un chef de parti dans la lutte contre la Divinité féminine et contre le droit maternel. Tous les écrits du temps sont remplis d'allusions à la lutte de sexes qui durait depuis dix siècles et que l'on sentait arrivée à une crise aiguë qui allait trancher la question.
Si ce point important de l'histoire est peu connu, c'est parce que l'Eglise qui a triomphé, et fait prévaloir les droits de l'homme sur les droits de la femme, la Divinité de l'homme sur la Divinité de la femme, a supprimé les documents qui pouvaient servir la cause de ses adversaires ; aussi nous n'avons, pour connaître leur défense, que ce que les Prêtres ont bien voulu nous laisser (2). Cela nous suffit, du reste ; leur ignorance, leurs maladresses, nous permettent d'étudier la cause qu'ils combattaient dans les documents qu'ils ont gardés et sur lesquels ils appuient leur orthodoxie. Les meilleurs arguments contre l'Eglise sont ceux qu'elle nous fournit elle-même.
(1) Nous avons vu dans le passage que Tacite consacre aux supplices infligés aux premiers Chrétiens, que beaucoup mouraient sur la croix. Ce sont ces crimes qui sont le fond même de la légende du Crucifié. Cet agneau crucifié, qui a souffert pour les péchés de l'homme, c'est la Femme, et tout cela s'est posé avant l'introduction de Jésus dans l'histoire.
(2) Pour soutenir sa thèse de l'arrivée d'un fils de Dieu, Paul invoque le témoignage des femmes ; il dit : « Lisez les Sibylles et vous y trouverez clairement le fils de Dieu. » Ces mots n'existent plus dans les livres modernes, mais ils sont rapportés par Clément d'Alexandrie (Str., VI).
Donc, ceux qui ont révisé plus tard les Écritures n'ont pas fait que des interpolations, ils ont aussi fait des suppressions, et cela toujours avec l'intention de faire disparaître ce qui était dit des femmes.

L'APÔTRE PAUL
Ce personnage, qui joua un rôle si important dans la réaction qui allait devenir le Catholicisme, a une étrange histoire.
Dans un ouvrage nazaréen du IIème siècle, intitulé les Clémentines, Paul, sans être nommé, est dépeint clairement sous la figure de Simon le Magicien. Nul doute ne reste, après cela, sur l'identité des deux personnages.
Dans un autre ouvrage, aujourd'hui perdu, mais dont nous avons des extraits dans les Actes, Paul est ravalé au rang d'un démon. Dans cet ouvrage, on l'appelle aussi Simon, comme dans les Clémentines, mais en faisant dériver ce nom de celui, d'une divinité samaritaine, le chef des dieux mâles, ou démons de la Samarie. « Simon le Magicien » paraît être une caricature de Paul, tant l'apôtre a été ennobli depuis. C'est de ce nom Simon que vient le mot Simonie, cette espèce de convention illicite par laquelle on reçoit une rétribution pécuniaire pour quelque chose de saint ou de spirituel, tel que les sacrements les prières, etc. Les Simoniens, disciples de Simon le Magicien au nom du Christ vendaient des sacrements, des prières, des miracles, des prophéties. Paul, en effet, parle souvent lui-même des collectes qu'il faisait, ce qui est interprété d'une façon défavorable. Quand on parle de lui, en l'appelant Simon, on lui reproche de vouloir acheter les dons du Saint-Esprit et la qualité d'apôtre.
C'est l'auteur des Actes qui, plus tard, lui refit une nouvelle biographie dans laquelle il est présenté sous un tout autre jour. Cet auteur, qui voyageait avec lui, devait être une femme, nous verrons plus loin sur quoi nous fondons cette idée, et de plus une femme hypnotisée par lui, qui paraît très occupée de le justifier des attaques dirigées contre lui, et de lui donner un rôle qui le place à la hauteur de Pierre, son rival. (L'Eglise a mis Simon le Magicien parmi les hérétiques, mais elle s'appuie sur saint Paul.)
Quoi qu'il en soit, le personnage qui nous reste, même après ces efforts de conciliation et de réhabilitation, n'est pas beau.
Paul de Tarse, ancien tisserand, était un ambitieux que nous voyons s'agiter dans différentes sectes. Sous le nom de Simon le Magicien, il apparaît comme un spirite vivant en compagnie d'une Hélène qu'il disait être la même que celle de Ménélas revenue sur terre pour expier avec lui ses adultères avec le beau Pâris.
Nous le voyons ensuite s'appeler Saul, peut-être pour imiter Saul. Sous ce nom, il est pharisien et combat avec violence les premières sectes chrétiennes, il entre de force dans les maisons pour en arracher les hommes et les femmes et les traîner en prison, il court de ville en ville pour les faire fouetter et emprisonner, il prend une part active à la lapidation d'Etienne.
Puis le voilà qui, lui-même, se convertit après une apparition surnaturelle et devient Christien, mais cela va être pour bouleverser cette secte par les idées nouvelles qu'il va y introduire. Il est thaumaturge, et les miracles qu'on attribuera plus tard à Jésus c'est lui, d'abord, qui prétend les faire. Il assure que ses mouchoirs appliqués sur les malades les guérissent ; il chasse les démons du corps des « possédés ». Il se vante d'être resté au fond de la mer un jour et une nuit et d'avoir été transporté au troisième Ciel, dans le Paradis où il entendit des choses ineffables « qu'il n'est pas permis à un homme de répéter ».
C'est donc un déséquilibré ignorant la nature et l'histoire. Cependant, il veut se donner les allures d'un savant et, pour cela, prétend avoir comme disciple le fameux Gamaliel, souvent cité dans le Talmud, et qui eut une grande autorité (Actes, XXII, 3).
La science de Paul est si peu réelle que, tout en se disant élevé à Jérusalem à l'école d'un savant hébreu, il ne sait pas lire le Sépher en hébreu et ne le connaît que par la version grecque. On a remarqué qu'il ne corrige même pas les inexactitudes des 3 traducteurs, donc il ne les aperçoit pas.
Paul était un névropathe, épuisé par toutes les débauches, atteint, croit-on, d'épilepsie du reste, il passait pour un « courtier de prostitution » et vivait parmi les prostituées.
« Jésus voulut que saint Paul voyageât parmi des filles perdues et qu'elles fussent ses protectrices et ses hôtesses. »
« Saint Paul fut sans cesse secondé par des femmes, dit M. Havet, tantôt Thécla, tantôt Lyda, tantôt Chloé la pâle et tantôt Phoebé la brillante ; à peine nommées dans les écrits qui nous restent, on les sent cependant, ouvrières infatigables, exécutant docilement, avec la docilité de l'amour, les volontés du maître, et plus d'une tient le calame pendant que l'inspiration débordait des lèvres de Paul. »
« Son nom, dit E. Renan, était la terreur des fidèles, on craignait de sa part les violences les plus atroces, les perfidies les plus sanglantes.
« Ce furieux, muni d'une permission des prêtres, entrait dans les maisons soupçonnées de renfermer des Chrétiens, s'emparait violemment des hommes et des femmes et les traînait en prison ou au tribunal. »
Ce ne fut que lorsqu'on fabriqua le Nouveau Testament que des compilateurs ornèrent, amplifièrent l'incident du chemin de Damas.
Oui, c'est à Paul que le Christianisme doit cette théologie néfaste qui a empêché la pensée chrétienne de Johana de gouverner le monde. C'est le quia absurdum auquel nous devons tant de folies, tant de crimes... « Il écrasait toujours ses disciples, dit Renan, ils ne jouèrent auprès de lui que le rôle de secrétaires, de courriers, leur respect pour le maître était tel qu'ils n'osèrent jamais enseigner librement. Quand Paul était avec sa troupe, il existait seul, tous les autres étaient anéantis ou ne voyaient que par lui. »

LES LIVRES DES CHRÉTIENS SELON L'ÉGLISE
Nous ne connaissons l'histoire de Jésus que par les écrits qui forment le « Nouveau Testament ». Avant de savoir ce que ce livre en dit, demandons-nous d'abord qui a écrit ce recueil, à quelle époque, et quelle valeur il a.
Les Écritures Saintes des Chrétiens sont désignées sous le nom de « Nouveau Testament » (ou Nouvelle Alliance), du mot diathékè qui veut dire Testament ou Alliance ; de là ces deux significations si différentes.
Le « Nouveau Testament » contient 27 livres, qui sont divisés en deux groupes : « l’Évangile » et « l'Apôtre ».
L’Évangile est composé des livres dits selon Matthieu, Marc, Luc et Jean.
L'Apôtre (c'est-à-dire Paul) comprend 23 écrits, qui sont : Les Actes des Apôtres et des Épîtres.
Quatorze Épîtres sont attribuées à Paul. Ce sont I et II aux Romains, I et II aux Corinthiens, celle aux Galates, celle aux Éphésiens, celle aux Philippiens, celle aux Colossiens, I et II aux Thessaloniciens, I et II à Timothée, celle à Tite, celle à Philémon celle aux Hébreux. (C'est à tort, du reste qu'on les attribue à paul ; celle aux Hébreux n'est certainement pas de lui.)
Viennent après les « Épîtres catholiques », c'est-à-dire universelles, adressées à tous les membres de l'Église, qui sont : celle de Jacques apôtre ; deux épîtres de Pierre apôtre ; trois épîtres de Jean apôtre ; une de saint Jude apôtre.
Enfin, cela se termine par l'Apocalypse. Tous ces livres sont rédigés en grec.

LES AUTEURS DU NOUVEAU TESTAMENT
Quoique personne ne sache rien au sujet des écrivains qui ont redigé les écrits apostoliques, l'Église a donné à ces écrits des auteurs qu'on aurait copiés ou dont on se serait inspiré ; elle a même fixé les dates de leur rédaction.
Il nous est donc permis de croire que les premiers auteurs des Evangiles étaient les disciples de Johana, et qu'ils écrivaient dans l'esprit du premier Christianisme, mais que les reviseurs anonymes qui, plus tard, reprirent leurs écrits et les altérèrent, tout en disant qu'ils sont faits selon Matthieu, Marc, Luc et Jean, n'ont eu pour but que d'y introduire la doctrine de Paul et la légende de Jésus.
Voici, d'après ces données intéressées, les dates que l'Église avait admises (dates que les savants ont trouvées fausses) :
1er Evangile, selon Matthieu, qui aurait été écrit en 36 (d'autres disent en 42) ; il aurait été composé en hébreu ou en syriaque et traduit en grec.
2ème Evangile, selon Marc, qui aurait été écrit à Rome vers 44 ou 45 (sous les yeux et les instructions de Pierre, dit Bergier, mais il est prouvé que Pierre n'a jamais été à Rome).
3ème Evangile, selon Luc, né à Antioche, qui aurait été écrit vers l'an 53 ou 55.
4ème Evangile, selon Jean. L'Eglise pense que Jean composa son Evangile après son retour de l'île de Pathmos, vers 96 ou 98, la première année de Trajan, étant alors âgé d'environ 95 ans. C'est l'abbé Bergier qui donne ces renseignements dans son Dictionnaire de Théologie (3, 166-167).
La tradition fait de Matthieu et de Jean des apôtres de Jésus, tandis que Marc et Luc n'auraient été que des compagnons d'apôtres, puisqu'ils vivaient, Marc à Rome, Luc à Antioche et que ni l'un ni l'autre n'auraient été en Judée.
La tradition chrétienne nous dit aussi que Luc est l'auteur des Actes des Apôtres et qu'il les a rédigés à Rome en 63 (Bergier : Dict. de Théol., I, p. 36) ; que Paul a écrit ses 14 Épîtres à Éphèse à Corinthe, à Rome, entre 55 et 56 ; que Jacques a écrit son Épître en 59 ; que Pierre, Jean et Jude, ont écrit les leurs dans un temps qu'on ne détermine pas ; enfin que l'Apocalypse a eu pour auteur Jean, qui l'écrivit en 95 ou 98, dans l'île de Pathmos où il avait été relégué (Bergier, Dict. de Théol., I, p. 167).
D'après l'Église, Matthieu est le plus ancien (an 36), Marc le second (an 44), Luc le troisième (an 53), Paul le quatrième (de 50 à 60), Jean le dernier (an 96).
Tous auraient écrit pendant le premier siècle.
C'est à Irénée que remonte cette tradition. C'est lui qui, vers 180, écrivit : « Il ne saurait y avoir plus de quatre Évangiles, comme il ne peut y en avoir moins, car, comme il y a quatre régions du monde où nous vivons et quatre vents principaux, et comme l'Église est répandue sur la terre entière et que le pilier et le soutien de l'Église, c'est l'Évangile et l'esprit de vie, il s'ensuit qu'elle a quatre piliers, qui, de tous côtés, respirent l'immortalité et animent les hommes » (Contre les Hérésies, L. III, section II, ch. VIII).
Ce paragraphe prouve qu'il y avait une multitude de gens, auteurs d'une multitude d'écrits qui se prétendaient inspirés et voulaient faire accepter leur évangile.
Les savants modernes ont trouvé que la chronologie des Écritures du Nouveau Testament, telle que nous venons de la rappeler, est fausse. C'est Frédéric Bauer, chef de l'Ecole de Tubingue, qui a renversé les préjugés admis jusque-là sur les origines des écrits apostoliques, dans un ouvrage intitulé Paulus der Apostol Jesu Christi, dont la première édition a paru à Stuttgart en 1845. Bauer a fixé une nouvelle chronologie. D'après lui, pour comprendre l'évolution du mouvement chrétien pendant les deux premiers siècles, il faut commencer par les Épîtres de Paul et, de là, passer aux Évangiles qui sont postérieurs. En effet, en lisant ainsi les Livres, nous trouvons que Paul expose avec certaines hésitations, certaines réticences, cette idée : que le Christ est ressuscité ou va ressusciter, et que c'est Jésus qui est le Christ. Voilà le fond de sa doctrine.
Ceux qui viennent après n'hésitent plus, ils affirment. Donc, l'idée a marché, elle s'est imposée aux esprits crédules. Enfin, Paul n'a fait qu'une indication vague, il n'a parlé que d'un esprit depuis longtemps disparu ; ses successeurs font de cet esprit un homme qui a vécu sur la terre, et, bien plus, ils lui créent une biographie.
Dès lors, comment comprendre cette histoire si on commence par les Evangélistes qui affirment et finit par Paul qui tâtonne ? C'est parce que la légende a été faite sur une idée sans précision et qui n'avait aucune réalité historique que ceux qui l'ont racontée d'abord ne se sont pas trouvés d'accord entre eux.
Depuis les écrits de Paul jusqu'au temps de Constantin, il n'existe pas de documents ou de témoignages authentiques (1), et il est facile de voir que c'est pendant ce temps qu'on a imaginé la légende de Jésus et travaillé à imposer la croyance à un Dieu nouveau, qui va représenter la paternité, la question brûlante de cette époque. On invente le Dieu père, en même temps qu'on invente le Dieu fils.
S'il est difficile de suivre l'évolution de l'idée pendant ces trois siècles, il est facile de voir sur quoi portaient surtout les altérations que l'on faisait aux Écritures de siècle en siècle. En comparant les plus anciens Codex que nous avons, nous voyons qu'on y introduit le mot « Dieu » par des grattages. Les livres sont donc écrits avant que le Dieu des Paulinistes fût affirmé et accepté. On ignore quand et par qui les premières traditions touchant la vie de Jésus furent mises par écrit. L'auteur de l'Evangile selon Marc, le premier qui fait une histoire, raconte, n'invente pas ; cela a donc été dit avant lui. Nous ne possédons pas les Evangiles sous leur forme primitive, nous ne possédons que des copies faites quand l'idée jésuiste était déjà très répandue.
(1) Leblois dit (Les Bibles, livre IV, p. 18) : « Comme, depuis les écrits de Paul jusqu'aux temps de Constantin, il ne s'est pas conservé un seul livre original, et que nos plus anciens manuscrits ne sont que les copies des dernières éditions de ces livres, il est difficile aujourd'hui de constater, par la comparaison des textes, à quel degré les altérations ont eu lieu. Il nous manque toute possibilité de reconstruire par élimination les éditions primitives. »

DOMINATION
C'est dans le IVème siècle que l'homme fut proclamé « Dieu » et la Femme définitivement renversée de son autel. C'est pour cela que ce siècle est véritablement le premier des temps modernes, le premier du règne du Dieu anthropomorphique, et non parce qu'il vit la fin de l'Empire romain.
C'est ce siècle qui voit l'antique Théogonie vaincue, la nature condamnée et le surnaturel triomphant grâce aux intrigues de quelques hommes audacieux et rusés.
Le nouveau Christianisme, devenu le Catholicisme, fut la grande synthèse de la réaction de l'homme contre la Femme ; une révolte triomphante, mais non acceptée, car, à peine née, les hérésies surgissent.
Le quatrième siècle débute par la dernière persécution sanglante des empereurs romains, celle de Dioclétien contre les Chrétiens, et se termine par la première persécution sanglante ordonnée par les Catholiques contre les anciens Chrétiens, appelés dès lors « des hérétiques ».

LES HÉRÉSIES
Le Jésuisme ne s'est établi que parmi des convulsions et des crises innombrables, au milieu d'une multitude d'hérésies qui refusaient d'admettre l'absurdité du dogme de la divinité d'un homme. C'est avec raison qu'on a dit : « L'Eglise peut compter chaque article de son symbole par les révoltes de ses apostats. »
Les apostats, en effet, ce sont ceux dont l'intelligence est assez éclairée pour apercevoir l'absurdité du Jésuisme. Aussi, dès que l'Eglise se constitua, l'hérésie surgit naturellement dans  l'esprit même de ceux qui se croyaient ses prêtres.

DESTRUCTION DES LIVRES CHRÉTIENS
En 303, l'empereur Dioclétien ordonna la destruction des livres des Chrétiens. Eusèbe raconte ainsi le fait : « La dix-neuvième année du règne de Dioclétien, au mois de Dystros, que les Romains appellent Mars, on afficha partout les édits de l'empereur, par lesquels il était ordonné d'abattre les églises de fond en comble et de détruire les livres saints par le feu. »
Dioclétien fit brûler les livres d'alchimie, parce que l'invention des sciences était attribuée par Zozime et par Tertullien « aux anges maudits », c'est-à-dire aux anciennes Déesses.
C'est ainsi que tous les originaux apostoliques disparurent. Cependant, tous ne périrent pas, car, vingt ans après, Constantin chargea Eusèbe de copier 50 exemplaires de l'Ecriture Sainte sur bon parchemin, et il mit à sa disposition deux voitures publiques pour se les faire apporter.
Ces copies n'ont pas été conservées (Socrate, Histoire de l'Eglise, I, 9 ; traduction Cousin, p. 63 ; voir aussi Histoire Ecclésiastique, L. VIII, 2).
Constantin favorisa donc la restauration des livres, mais de quels livres ?
Arnobe, témoin de la même persécution, en parle dans sa « Controverse contre les païens » (IV, 36).
Fleury, dans son Histoire Ecclésiastique (L. VIII, 40), cite un exemple de la recherche des livres dans l'Eglise de Cirtha en Afrique.
On croit que beaucoup d'écrits échappèrent à la destruction, mais nous ne savons pas lesquels, et nous ne savons pas s'ils ont été conservés depuis.
Tous les manuscrits reconnus par l'Eglise sont postérieurs à la persécution de Dioclétien. Ce ne sont pas des originaux, ce sont des copies arrangées suivant les intérêts des Prêtres triomphants.
On n'a pas retrouvé un seul manuscrit antérieur au IVème siècle des 27 ouvrages qui constituent actuellement le Nouveau Testament.
Constantin, qui devint chef de l'Empire vingt ans après Dioclétien, favorisa la falsification des Ecritures et leur reconstitution sous une forme masculinisée.

EUSÈBE (268-338)
Eusèbe, qui fut évêque de Cesarée en Palestine, était l'auteur d'une chronique des peuples anciens et d'une histoire ecclésiastique. C'est lui qui supprima la Femme de l'histoire ancienne, et qui contribua le plus puissamment à masculiniser le Christianisme. Son œuvre fut une manifestation démoniaque ; aussi Gallien l'appelait « le misérable Eusèbe ». Il était Juif et faisait une guerre acharnée aux Israélites.
Burnouf dit : « Quand l'Eglise nouvelle voulut fixer ses principes essentiels dans une profession de foi, ce fut l'œuvre d'Eusèbe et du concile de Nicée, sous l'impulsion et presque sur l'ordre de Constantin. »

L'ÉDIT DE TOLÉRANCE DE CONSTANTIN
En 312, Constantin promulga un édit de tolérance, qui rendait aux néo-chrétiens la liberté de leur propagande. C'est de cette année que date réellement l'avènement du nouveau Christianisme.
Cet édit, qui s'étendait à tous, parut ouvrir au Judaïsme une ère de prospérité, mais cette espérance fut vaine ; ce sont les Néo-chrétiens seuls que l'empereur voulait protéger, et, après sa conversion, il rendit de nouveaux édits hostiles aux Juifs. Ce fut la fin des écoles juives de la Palestine.
Constantin permit, par l'édit de Milan, en 313, l'exercice du nouveau Christianisme.
Les Catholiques appellent cela la « liberté des cultes », quand c'est, au contraire, le commencement de l'intolérance et la fin de la liberté religieuse qui régnait à Rome.
Une célèbre entrevue eut lieu, en février 313, entre Constantin et Licinius à Milan pour poser les bases de cet édit.

LA FRAUDE PIEUSE
C'est à partir de ce moment que l'on confectionna des écrit destinés à faire croire à l'existence de Jésus. Cela s'appela « la théorie de la fraude pieuse ».
En ce temps-là, le faux était en honneur, et c'est par des faux que le Jésuisme triompha.
Parmi ces documents, on trouve :
- Une lettre d'Abgar, roi d'Edesse, à Jésus, pour l'inviter à passer quelque temps dans sa maison de campagne.
- Une lettre de Pilate à Tibère, rapportant la mort et la résurrection de Jésus.
(Cette lettre est regardée comme authentique par Tertullien et les premiers apologistes. Or, si l'événement était vrai, ce n'est pas par une lettre que Tibère l'aurait su, mais par des documents officiels.)
- Une lettre de Tibère au Sénat pour l'engager à reconnaître la divinité de Jésus.
(Est-ce assez grotesque comme idée ?)
- Une lettre de Lentulus, où se trouve le portrait de Jésus.
- La dotation de Constantin.
- Les fausses Décrétales.
L'habitude étant prise, on continua la falsification des documents et on nous donna plus tard :
- Une lettre de saint Pierre à Pépin le Bref, datée du Ciel.
- La fausse donation de Pépin à Etienne II.
- Celle de Charlemagne à Léon III.
- La charte de Louis le Débonnaire et celle d'Othon Ier.
- Le testament de Henri VI, trouvé juste à point par Innocent III dans les bagages d'un des généraux de l'Empire.
- Le portrait Acheiropite (fait par Dieu) de Jésus par sainte Véronique, composé vers 1175 par le prêtre Wernher dans un poème allemand, qui raconte comment la face de Jésus fut empreinte sur le linge que lui présenta sainte Véronique.
Les Jésuistes, dans les premiers temps, n'avaient pas pensé à fabriquer les actes de Pilate, non plus que les lettres à Tibère ; ils ne s'étaient pas encore avisés de faire lier un commerce de lettres entre saint Paul et Sénèque ; ils n'avaient pas encore supposé les prophéties des Sibylles ; ils s'étaient contentés d'affirmer, sans aucun genre de preuves, que Jésus est le Christ, qu'il est fils de Dieu, qu'il est notre Sauveur, notre Messie, notre Roi, que nous savons qu'il est mort et ressuscité. Et ils ajoutaient : « Heureux ceux qui ont vu, plus heureux encore ceux qui croient en lui sans l'avoir vu. 0 Rome, renonce à ton incrédulité ! Superbe Babylone, fais pénitence de tes désordres, le temps est court, ta chute est prochaine, ton empire touche à sa fin... Que dis-je ? l'Univers va changer de forme ! »
C'est ce qui allait arriver, hélas ! pour le plus grand malheur l'humanité.

LE CONCILE DE NICÉE (en 325)
Par sa constitution de l'an 312, Constantin avait introduit ans les lois l'esprit jésuique ; par le concile œcuménique qui fut réuni sous ses auspices le 19 juin 325 à Nicée, il donna à Eglise son organisation et l'associa au pouvoir politique. Ces événements firent du IVème siècle une époque de la plus haute importance pour l'avenir de la société. C'est après le triomphe politique du Jésuisme que l'importance des évêques de Rome devint évidente. Le pape Silvestre 1er convoqua lui-même le fameux concile de Nicée et le fit présider par son légat Oscius. Constantin y assista, revêtu de la pourpre et tout couvert d'or et de pierreries. Ce concile fut réuni dans le but de juger et de condamner Arius et l'Arianisme.
Arius niait la divinité de Jésus, et sa consubstantialité avec son Père. Il soutenait que Jésus était fils de Dieu seulement par adoption et que le Père était seul véritablement Dieu.
Pour comprendre ceci, il faut savoir que, à cette époque, les féministes ne cessaient d'invoquer les deux natures, féminine et masculine, pour montrer que le Divin ne peut être que féminin. Les masculinistes, pour faire admettre qu'un homme est Dieu, le déclarent de la même nature que Dieu le Père qui est au Ciel.
Consubstantiel veut dire de la même nature masculine.
Arius niant que Jésus fût de nature divine, ne voyait en lui qu'un homme doué de la nature masculine, comme tous les hommes.
Les évêques assemblés à Nicée décidèrent que Jésus, fils de Dieu, est vrai Dieu engendré et non fait, « consubstantiel au Père ».
Cette formule : « Fils unique de Dieu, engendré du Père, Dieu de Dieu, etc. », était prise aux théologiens chrétiens d'Égypte, qui eux-mêmes l'avaient prise dans la mythologie égyptienne qu'ils avaient mal comprise et interprétée dans le sens masculin.
Ce dogme fut considéré comme le fondement même du Jésuisme catholique.
Jusque là, la divinité n'avait pas encore été publiquement et officiellement adjugée à un homme. On employait couramment le mot Dieu pour désigner ceux qui semblaient plus grands que les autres, mais cette forme de langage était loin d'être un dogme et laissait encore à la Femme une grande place dans la suprématie morale. Quand un homme dépassait les autres, on le comparait à un Dieu, l'élevant ainsi inconsciemment jusqu'à la hauteur morale de la Déesse. C'est ainsi que, pendant qu'Hérode haranguait la foule à Césarée, pour vanter son éloquence on disait : « Voix d'un Dieu et non d'un homme. » Lorsque Paul et Barnabas arrivèrent à Lystre, le peuple dit : « Les Dieux ayant pris forme humaine, sont descendus vers nous. » Mais il ne faut pas oublier que « forme humaine » veut dire masculine. La Divinité, étant restée féminine dans l'esprit des masses n'est jamais confondue avec ce qui est « humain » (masculin). Les empereurs romains déjà s'étaient fait diviniser ; on disait divus Julius, divus Augustus, etc. C'est ainsi que les hommes s'étaient peu à peu habitués à l'usurpation du titre divin. Ils avaient pris en même temps les fonctions sacerdotales, et Constantin, déclaré Pontifex maximus, se faisait rendre les honneurs dus aux anciennes Déesses et à leurs Prêtresses. Il n'est pas étonnant que, faisant un pas de plus dans la voie de l'orgueil, il cherchât à légitimer son rang sacerdotal par une usurpation supérieure encore à la sienne : l'usurpation divine. Il fallait un tel homme pour oser prendre l'initiative d'une décision qu devait amener la déchéance de la Femme, frustrée de ses droits divins et des honneurs dus à son sexe. Cette résolution effraya les autres hommes, inquiéta leur conscience. Toute la Chrétienté d'alors comptait 1500 évêques. On choisit parmi eux les plus connus pour leur dévouement à la cause du Dieu mâle, c'est-à-dire pour leurs sentiments misogynes. On en convoqua 255, bien choisis, et, cependant, il y eut des refus, des consciences encore vibrantes qui ne voulurent pas être mêlées à ce sacrilège. A force d'insistance, on décida les irrésolus, mais 17 refusèrent de souscrire au symbole qui leur fut présenté (1). Un historien catholique rapporte que, finalement, cinq seulement refusèrent leur adhésion ; ce furent : Eusèbe de Nicomédie, Théognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, Théonas et Second de Lybie. Des cinq, trois cédèrent à la crainte d'être déposés et bannis, car l'empereur avait menacé d'exil ceux qui ne voudraient pas souscrire.
Théonas et Second demeurèrent opiniâtrement attachés à Arius, et le Concile les condamna avec lui. Eusèbe lutta, essaya d'adoucir l'empereur, mais sa sœur Constantia le décida à se rallier aux ennemis de son sexe, et il céda non sans faire des amendements.
L'évêque de Rome n'y assista pas, vu son grand âge ; donc Rome ne fut pas représentée à ce Concile, qui cependant lui donna la puissance suprême.
Les décisions du concile de Nicée amenèrent la division de l'Eglise, dite universelle. Ceux qui adoptèrent la divinité de Jésus prirent le nom d'Eglise orthodoxe ; les autres, les Ariens, ne furent plus qu'un troupeau d'hérétiques.
Tout le monde, à partir de ce moment, perdit le bon sens ; ce n'étaient pas seulement les Pères de l'Eglise qui discutaient ces choses, c'était toute la population. Dans les maisons, dans les rues, dans les marchés, dans les boutiques, chacun, reprenant les arguments des évêques, parlait de ce qui est engendré et de ce qui ne l'est pas, du Fils créé du non-être, du Père qui est plus grand que lui, etc., etc.
Et les pauvres femmes assistaient à ce déchaînement de folie sans penser que c'étaient elles qui allaient en être les véritables victimes.
Constantin, à cette occasion, écrivit la lettre suivante à Arius et à Alexandre, patriarche trinitaire d'Alexandrie :
« Toi, Arius, tu ne devais pas soulever cette vaine question. Toi, Alexandre, tu ne devais point y répondre. De telles controverses sont inutiles et dangereuses ; elles ne sont bonnes qu'à occuper les esprits oisifs ; mais il ne faut pas les porter aux oreilles du public, qui ne pourra rien y comprendre. Vous ne vous disputez que pour des niaiseries. Réprimez donc votre démangeaison de parler, de peur que le peuple ne tombe dans le blasphème... J'avais résolu d'aller en Orient, mais vos querelles m'en ont fermé le chemin. Je ne veux pas voir ce que je ne croyais pas même entendre » (Eusèbe, Vita Const.).
L'alliance masculine du trône et de l'autel date du concile de Nicée. Jusque là, l'autel était encore, en partie, laissé à la Femme. L'affirmation d'un Dieu unique ayant le sexe mâle, deux fois représenté dans un Père et dans un Fils, donnait la suprématie religieuse à l'homme, qui fit de ce Dieu mâle l'universelle Divinité.
La condamnation d'Arius fut le premier acte d'autorité de l'Eglise, le premier pas fait dans la voie fatale qui allait étouffer la raison, faire couler le sang et les larmes et jeter un voile de deuil sur tout le moyen âge. Il fallut des siècles pour que la raison mutilée, meurtrie, osât secouer le joug du despotisme de Rome et rompre enfin ses chaînes.
(1) C'est au concile de Nicée que fut agitée la question du nouveau symbole à formuler. On avait adopté d'abord une formule qui ne subsista pas, et qui fut modifiée plusieurs fois. Au concile de Nicée, on arrêta celle-ci :
« Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles. »
Cette affirmation de la foi en un seul Dieu qui est Père, est faite pour supprimer la Déesse-Mère (Démèter, Hévah, Isis). On ne fit, du reste, que renverser les principes de la Loi primitive qui avait prescrit à l'homme de n'adorer qu'un seul principe Divin : Hévah (l'Éternel).
Cette formule renversée fut la vengeance de l'homme. En faisant du Dieu-Père le créateur de toutes les choses visibles et invisibles, on retournait au profit de l'homme l'affirmation, si souvent faite par les femmes, que toutes les choses utiles à la vie, que toute l'organisation sociale étaient dues au sexe féminin, que c'était la Femme aussi, sous la forme des Fées, des Génies, des Esprits, des Dêvas, qui avait fait les choses invisibles, c'est-à-dire les sciences abstraites.

C'est au concile de Nicée que les quatre Évangiles dit canoniques furent adoptés. Tous ceux qui avaient écrit des Évangiles s'étaient mis sur les rangs pour obtenir le prix de ce singulier concours qui allait déclarer parole divine la prose d'un auteur quelconque.
On en présenta 54. Au milieu du désordre qui régnait à ce concile, personne ne prit la peine de les examiner sérieusement, et les quatre Évangiles devenus canoniques furent choisis presque au hasard.
Irénée déclarait qu'on ne voulait que quatre Évangiles parce qu'il y avait quatre Védas, donc quatre Vérités.
Chaque Eglise avait son Évangile, c'est-à-dire un récit plus ou moins décousu de la légende de Jésus. Une cinquantaine de ces Évangiles sont connus par fragments. C'est parmi eux qu'on en prit quatre.
Du reste, on racontait que, au Concile, on avait placé sur l'autel tous les Évangiles, les vrais et les faux, puis on avait invoqué le Saint-Esprit qui avait fait tomber à terre les apocryphes, les canoniques étant restés à leur place.
Une autre version prétend que, tous les textes des Évangiles connus ayant été placés sur l'autel, et le Saint-Esprit étant dûment invoqué, le feu du ciel consuma ceux qui devaient être considérés comme apocryphes, ne laissant subsister que les quatre qui ont été adoptés comme écrits sous l'inspiration divine.
Ainsi furent écartés, avec beaucoup d'autres, l'Évangile de la Vierge et celui de la Sainte Enfance dont il est resté des fragments dans les écrits des Pères. Voltaire cite certains de ces fragments dans son Dictionnaire Philosophique.
Les apocryphes sont les plus intéressants à connaître, d'abord parce qu'ils inspiraient de la crainte à l'Eglise ; ils contenaient donc des choses que l'on voulait écarter et qui nous renseignent sur l'état réel des croyances à cette époque.
Les livres adoptés, c'est-à-dire reconnus parole de Dieu par l'autorité de l'Eglise, furent appelés deutéro-canoniques, parce qu'ils n'étaient point dans le canon des Juifs.
Ces livres devaient avoir bien peu de crédit alors, car saint Augustin disait « qu'il ne croirait pas à l'Evangile si l'autorité de l'Eglise ne l'y forçait ».
Ce sont les 70 évêques réunis au concile de Rome de 494 qui fixèrent le canon des livres saints et déclarèrent authentiques (après tous ces remaniements) les quatre Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean, des livres dits inspirés, c'est-à-dire éjaculés par le Saint-Esprit. Étrange audace de ces hommes qui se croient infaillibles et qui, en même temps, proclament par la voix de l'Ecriture que tout homme est menteur : Omnis homo mendax.
Et on lit dans les Paralipomènes, livre non moins saint : « Il n'est pas un seul homme qui ne soit sujet à pécher. »
C'est ainsi que les hommes substituèrent à l'ancienne doctrine cette littérature aride et désolante qui devait fausser les esprits et abaisser les cœurs.

CONSTANTIN
Constantin, dans la lutte qu'il soutenait contre Maxence, s'appuya sur les Jésuistes, déjà assez nombreux pour être une force.
Ce misérable empereur, que l'Eglise a béatifié, était une nature grossière, ennemie de toute idée élevée, et ne cherchant qu'à affermir sa domination.
Il fut un exécrable assassin qui fit périr tous, les siens : son beau-père Maximin à Marseille, son beau-frère Licinius à Thessalonique, son fils Crispus qu'il fit égorger, sa femme Fausta étouffée.
Il tua tous les siens dans sa fureur sanguinaire. Zozime rapporte que, ne pouvant obtenir des prêtres païens le pardon de ses forfaits, il se vengea d'eux en les persécutant et en protégeant les Jésuistes. C'est donc à un acte de vengeance d'un criminel que le Jésuisme dut son succès. Un tel empereur devait, en effet, s'allier aux anciens Paulinistes et les soutenir, car leur morale était la même. Il embrassa ouvertement leur religion et promulgua des décrets contre son ancienne croyance. En 341, il prononça la peine de mort et la confiscation des biens contre ceux qui pratiquaient les cérémonies du paganisme. Dans la constitution qu'il édicta alors, il disait :
« Que la superstition cesse ; que la folie du culte païen soit abolie. Quiconque aura osé contrevenir à cet ordre et célébrer des sacrifices sera puni des peines portées par la loi. Nous voulons que tous renoncent au culte païen ; si quelqu'un désobéit, qu'il soit terrassé par le glaive vengeur. Peine de mort contre quiconque visite les temples, allume des feux sur un autel, brûle de l'encens, fait des libations, orne de fleurs le gond des portes. Ceux qui reviennent à l'ancienne religion, frappés de mort civile ; leurs biens dévolus sans testament à leurs plus proches parents. Ordre de fermer, détruire, raser les temples, car, en extirpant les édifices, on extirpe la matière même de la superstition. Destruction des écoles païennes, les bâtiments rasés. »
Constantin, devenu par ses crimes un objet d'horreur pour les « gens sensés », fut obligé de transférer le siège de l'Empire à Byzance.
Tel est le monstre que les livres catholiques ont entouré d'une légende miraculeuse et qu'on apprend à nos enfants à vénérer.
Pour lui donner plus de prestige, on entoura sa conversion de faits merveilleux, surnaturels ; on mettait le miracle partout ; on raconta qu'allant combattre Maxence, Constantin vit dans le ciel une croix et entendit une voix qui lui disait : « Par ce signe tu seras vainqueur. » Les inventeurs de cette légende n'ont oublié, ou ignoré, qu'une chose, c'est que la croix n'est devenue le signe du Christianisme qu'au VIème siècle ; jusque là, la religion nouvelle avait pour insigne trois phallus enlacés.
Camille de Renesse écrit ceci dans une brochure de propagande intitulée Jésus-Christ (p. 33) :
« Constantin le Grand, cruel, perfide, despote, sanguinaire, qui se souilla par d'affreuses et inutiles cruautés dans ses expéditions contre les Francs et les Goths, qui fit dévorer ses prisonniers par des bêtes fauves, qui fit étrangler son beau-frère Licinius, qui fit assassiner son propre fils Crispus et sa femme Fausta, fut l'homme choisi par Jésus-Christ, selon les théologiens, pour proclamer sa divinité à la face du monde chrétien, encore dans le doute et l'incertitude.
« Constantin avait besoin d'une religion d'Etat pour affermir son autorité, il lui fallait une nouvelle idolâtrie à substituer aux cultes grotesques qui s'écroulaient de toutes parts.
« Sur deux mille évêques assemblés à Nicée, il en trouva trois cents qui souscrivirent à ses volontés. Il força les autres à déguerpir, et avec cette faible minorité il décréta que Jésus était l'égal de Dieu, était Dieu lui-même !
« La démonstration de la divinité de Jésus-Christ, qui devrait être éclatante, évidente, claire, indiscutable, irréfutable, ne reposa au concile de Nicée que sur l'interprétation d'un mot grec, sur un iota : le Christ était-il homoiousios ou homoousios ?
« On essaya bien d'un miracle supposé, fait par Dieu en faveur d'un tyran non chrétien, non baptisé, cruel, assassin, qu'on fit grand parce qu'on ne put le faire saint, mais la croix qu'on prétendit s'être montrée en plein ciel pour protéger ses armées, qu'on broda sur le Labarum (1) avec la devise : « In hoc signo vinces », ne fut aperçue malheureusement que par un seul historien visionnaire et lunatique. L'Eglise orthodoxe, qui inventa ce miracle et le propagea, n'en ose soutenir elle-même l'authenticité. La croix de Constantin est donc tombée, avec beaucoup d'autres apparitions de ce genre, telles que le « Quo vadis » de saint Pierre, au nombre des légendes. »
(1) Le prétendu miracle de la croix vue dans le ciel par Constantin nous ramène à l'histoire de cet emblème, qu'il est utile d'étudier ici.
La forme de la croix, prise comme symbole par les premiers Chrétiens, a varié. Ils ont eu la croix grecque +, le chi X ou le tau T.
On s'est demandé laquelle de ces croix avait été mise par Constantin sur son étendard, et l'on a trouvé que ce n'était pas une croix ; mais les deux lettres qui commencent le nom du Christ et dont on faisait alors un monogramme Ch X et Ro P (le ro grec ρ).
Le Chi-Ro, adopté par Constantin, était déjà ancien alors (Le monogramme chi-ro vient des anciens Celtes). Ce n'est donc pas une croix, mais deux lettres que Constantin mit sur son labarum (Étendard romain couleur pourpre, vient de laub, mot breton qui signifie construire, relever), sur ses bannières et sur celles de ses soldats.

Niebuhr, dans son Histoire romaine (t. III, p. 303), consacre à Constantin les lignes suivantes :
« Ses motifs pour établir la religion chrétienne sont quelque peu étranges en vérité. La religion qu'il avait en tête n'était qu'un mélange confus. Sur ses médailles était représenté le Soleil invincible. Il adorait les divinités païennes, consultait les augures, conservait les superstitions païennes. Il est vrai qu'il ferma des temples et construisit des églises.
« Comme président du concile de Nicée, nous ne pouvons le voir sans dégoût. Il n'était pas du tout chrétien lui-même, et il ne voulut recevoir le baptême qu'au moment de mourir. Il traite la foi chrétienne comme une superstition qu'il voulut mélanger avec toutes ses autres superstitions. Lui donner le titre de saint, c'est profaner ce mot. »

Lichtenberger dit de lui : « En ce qui concerne le paganisme, Constantin prit soin de n'en point troubler les derniers jours. Il est certain qu'il n'interdit jamais le culte des idoles. Il éleva le temple païen de la Concorde, et permit aux devins de consulter les entrailles des victimes. Ajoutons qu'il souilla sa vie privée par un grand nombre de crimes. Il étrangla Licinius après lui avoir pardonné. Le jeune fils de son rival, âgé de douze ans, reçut la mort par son ordre. Il décapita son propre fils Crispus, et fit étouffer sa femme Fausta dans une étuve.
« Quant au miracle de l'année 312 (la croix), il est en contradiction formelle avec ce qui précède. Le penchant de Constantin pour le Christianisme ne s'explique que par ses intérêts politiques et apparaît pour la première fois en 313. Au reste, il est temps de le dire, le récit du miracle ne repose sur aucun fondement historique sérieux » (Encycl., vol. II, p. 390).
Pour comprendre la mentalité de Constantin, il suffit de se rappeler ce fait : il condamna à mort le philosophe Sopatrus pour avoir « déchaîné les vents » et avoir ainsi empêché des vaisseaux chargés de blé d'arriver à temps pour mettre fin à la famine. Il découvre que Virgile était chrétien. Les intrigants lui persuadent qu'il est un grand docteur ès-doctrine chrétienne ; on lui demande des discours, des homélies.

L'EMPEREUR JULIEN (331-363)
L'Eglise avait eu grand tort de tant se hâter d'affirmer sa puissance, car il s'en fallut de peu qu'elle ne perdît en un jour ce qu'elle avait gagné en deux siècles.
L'avènement au trône de Julien, qui rétablit le culte païen et tenta de raviver la philosophie mourante à Alexandrie, aurait pu amener une violente réaction, si ce prince n'était mort trop jeune pour accomplir ce qu'il méditait.
Julien appelé l'Apostat disait : « Jésus et Paul n'ont pu prévoir les chimères que formeraient un jour les Galiléens ; ils ne pouvaient deviner le degré de puissance où ceux-ci parviendraient un jour. Tromper quelques servantes, quelques esclaves ignorants, Paul et Jésus n'avaient pas d'autre prétention. Peut-on citer, sous le règne de Tibère ou de Claude, des Chrétiens distingués par leur naissance ou leur mérite ?...
« Ni Paul, ni Matthieu, ni Luc, ni Marc n'ont osé dire que Jésus fut un Dieu ; mais quand, dans la Grèce et dans l'Italie, un grand nombre de personnes l'eurent reconnu pour tel, qu'elles eurent commencé à honorer les tombeaux de Pierre et de Paul, alors Jean déclara que le Verbe s'était fait chair, et qu'il avait habité parmi nous. »
Cela prouve que Julien croyait à l'existence de Jésus. Cela prouve aussi qu'il confond les Jésuistes avec les premiers Chrétiens, dont il ne semble pas avoir connu l'existence. Il écrit :
« J'apprends qu'Athanase, avec son audace ordinaire, s'est mis en possession de ce qu'on appelle le trône épiscopal !. Lui, un petit homme de rien, il se fait gloire de braver la mort. »
Julien avait accepté le baptême pour échapper aux fureurs de Constantin son oncle, mais il le répudia ; de là son nom d'apostat, surnom glorieux, puisqu'il indique un retour à la raison.
Julien fut un grand homme, au milieu de ce triste siècle ; ses actes, sa vie, ses livres le prouvent ; il avait une âme énergique, passionnée pour le bien, un esprit vaste fécondé par la méditation, un beau caractère auquel ses adversaires même rendent hommage.
Voici le portrait qu'en trace le très catholique Chateaubriand : « Julien avait des vertus, de l'esprit ; on a rarement écrit et porté une couronne comme lui ; il détestait les jeux, il était sobre, laborieux, intrépide, éclairé, juste, grand administrateur, ennemi de la calomnie et des délateurs. Il aimait l'égalité et la liberté, il dédaignait le titre de Seigneur et de Maître. Il pardonna à un eunuque chargé de l'assassiner !
« Ce n'est point pour se rejeter dans les mollesses du paganisme qu'il rompit avec la foi chrétienne, que son oncle Constantin lui avait imposée ; ce fut au contraire pour revenir à toutes les rigueurs de la vie stoïcienne et pour y renchérir, avec un fanatisme de philosophe, sur les duretés que s'imposaient les anachorètes chrétiens. »
« Non, dit Montesquieu, il n'y a point eu, après lui, de prince plus digne de gouverner les hommes. »
Écœuré des sauvageries de la secte qui venait, grâce à la tyrannie des empereurs, de faire reculer le paganisme, cette religion poétique et charmante où le ciel sur la terre marchait et respirait dans un peuple de Dieux qui
Dans l'éther lumineux et dans la mer profonde,
Dans les antres sacrés, dans les champs, dans les bois,
Étaient et l'harmonie et la beauté du monde,
Ses principes vivants, ses immuables lois,
Julien voulait le ressusciter en le rajeunissant.
Mais il échoua, hélas ! car il était mal secondé et ne régna que quelques années, et, lui mort, les sectes chrétiennes purent reprendre le cours de leurs disputes et de leurs persécutions.
Julien avait été nommé César et gouverneur des Gaules par son cousin Constance en 355. Il passa trois hivers à Paris, dans le palais des Thermes où il vivait simplement et sobrement.
Les hivers de Paris, qui auraient dû lui sembler terribles, à lui fils de la Grèce et de la Syrie aux doux et tièdes climats, le trouvaient insensible ; il ne,voulut jamais qu'on mît dans sa chambre un de ces fourneaux en usage dans toutes les maisons du pays. Il toléra, l'hiver devenant de plus en plus rigoureux, un brasero qui faillit l'étouffer.
Il avait rassemblé dans son palais des Thermes des philosophes, des savants, le docte médecin Oribaze.
C'est là que ses soldats et le peuple, de qui il faisait sa première école de révolution, le proclamèrent empereur malgré son énergique résistance et le portèrent en triomphe sur un bouclier, la tête ceinte d'un collier d'or de centurion, en simulacre de diadème.
On le conduisit ainsi revêtu de la pourpre impériale aux Arènes de Lutèce (1) (en 361).
C'est dans son Misopogon (c'est le premier écrit sur Paris) qu'il décrit l'humble capitale si magnifique aujourd'hui, dont il fait sa résidence préférée, où il est déclaré empereur, et qui depuis n'a cessé d'être une ville souveraine, une capitale.
Il était à Sens et avait failli être emporté par les Allemands ; il se retira à Lutèce, mieux à l'abri d'un coup de main. Son récit est curieux :
« Lutèce, dit-il, occupe une île au milieu de la rivière ; rarement celle-ci croit ou diminue, telle elle est en été, telle elle demeure en hiver ; on en boit volontiers l'eau très pure et très riante à la vue ; la température de l'hiver est peu rigoureuse à cause de la chaleur de l'Océan. Le sol porte de bonnes vignes ; les Parisiens ont même l'art d'élever des figuiers en les enveloppant de paille de blé comme d'un vêtement. »
Pendant son séjour à Paris, Julien favorisa le culte de la Grande Déesse Isis, qui avait des temples dans la ville qui devait prendre son nom quand, sous l'impulsion de Julien, on jurait par Isis (d'où Parisis, Paris) au lieu de jurer par le Dieu des masculinistes, Hésus.
C'est lui, croit-on, qui fit placer la statue de la Déesse dans les niches de la Scena des Arènes de Lutèce, récemment retrouvées, où l'on voit encore des fragments de revêtements polychromes.
Le culle d'Isis prit un grand développement à Parisis et dura plusieurs siècles.
C'est sans doute cela qui détermina la désignation que la Rome chrétienne a donnée au Paris païen : Refugium peccatorum, le refuge des déclassés, des forbans, l'asile ouvert aux miséreux, aux chevaliers de la Belle Étoile.
Mais ce grand empereur devait mourir jeune. Il fut amené à entreprendre une expédition contre les Perses. Après avoir donné à son armée les preuves d'un courage héroïque, il fut tué d'un javelot en combattant sans cuirasse.
Il montra devant la mort la sérénité stoïque de Thraséas, consolant ceux qui pleuraient, regardant la mort comme une récompense. Il avait 32 ans.
Les néo-chrétiens saluèrent avec une joie sauvage la mort de celui qui venait de tomber en combattant les ennemis de la patrie. Les saints évêques éclatèrent en hymnes de joie féroce : « Le sanglier, qui ravageait la vigne du Seigneur, est étendu mort. » Grégoire de Nazianze, le doux pasteur, s'écrie dans un accès de lyrisme odieux : « Je convoque à ces réjouissances tous ceux qui invoquent un seul Dieu, celui qui a percé la tête de l'impie. »
Après la mort de Julien, l'Eglise reconquit toute l'influence qu'elle avait perdue pendant son règne, et l'esprit tyrannique des empereurs se perpétua chez les papes, leurs continuateurs, qui de ce moment se constituèrent définitivement (2).
Les Césars chrétiens conservèrent jusqu'à Gratien (375-383) le titre de Pontifex maximus de l'ancienne religion païenne.
Il existe une statue de Julien au Musée de Cluny. Cette statue fut trouvée au 19ème siècle chez un marbrier par M. de Lariboisière ; c'est lui qui la donna au Musée. L'empereur est coiffé de la mitre impériale, drapé dans la chlamyde aux mille plis, tenant en main le bâton de commandement. Il a sa « barbe de bouc » qui faisait rire ses compatriotes d'Antioche.
(1) Jusqu'à récemment, on avait pensé que l'élection de Julien à la dignité d'empereur était due uniquement à des soldats mutinés qui, la coupe à la main, avaient assiégé le palais parisien où se tenait leur commandant et lui avaient imposé le diadème sous peine de mort immédiate. D'après un texte d'Ammien Marcellin, traduit et commenté par M. Luc de Vos, l'acclamation des soldats fut confirmée d'abord par un décret de la république des Parisiens, et ensuite par une assemblée générale des légats de toute la Gaule réunis à Paris. Cette donnée nouvelle modifie la thèse généralement adoptée, d'après laquelle les assemblées provinciales au IVème siècle ne s'étaient pas occupées de politique. Elle jette de plus un lustre inattendu sur le passé du conseil municipal de Paris, qui apparaît désormais comme ayant, par sa sagesse politique et son énergique initiative, assuré à cette cité le rang de capitale, que lui conservèrent Valentinien 1er, Gratien et plus tard Clovis
(2) Symmaque, préfet de Rome en 384, puis consul en 391, fut le dernier avocat du paganisme en Occident. Son petit-fils, beau-père de Boèce, fut mis à mort après l'exécution de son gendre par l'ordre du roi ostrogoth Théodoric (525).

LES SUCCESSEURS DE CONSTANTIN : THÉODOSE LE GRAND
Après Constantin, le grand colosse romain devenu faible et impuissant s'occupait d'arguties ridicules pour soutenir l'erreur contre la Raison. Mais il subit vite le châtiment de ses fautes. Les barbares démembrèrent le grand Empire que le monde catholique ne sut pas défendre.
Le Jésuisme, ce legs de l'Empire romain à l'humanité, amena l'abaissement de la dignité humaine, l'habitude de la lâcheté devenue triomphante, l'amollissement des caractères par suite de la débauche, et tout cela arriva promptement à anéantir l'ancienne civilisation, et à détruire l'Empire.
Alors, sur les ruines de ce peuple fort par excellence, dont la capitale avait compté six millions d'habitants, commença le règne de la férocité stupide, de la superstition grossière et de la terreur.
L'exemple de Constantin pervertit tous ses successeurs, excepté Julien. On sait combien l'entraînement dans le mal est puissant sur les mauvaises natures.
Théodose se distingua particulièrement par sa cruauté et sa perfidie. Il faisait mourir les hommes pour des peccadilles, comme le refus d'un impôt trop lourd. A la suite d'un carnage de ce genre à Antioche, l'Oronte charria pendant plusieurs jours des cadavres à la mer ; après quoi... il pardonna... et doubla l'impôt.
A Thessalonique, cela se reproduisit. Il invita les assistants à venir à des jeux publics et, pendant la fête, les fit égorger ; ils étaient quinze mille, hommes, femmes et enfants.
L'Eglise en fit un saint et lui donna le surnom de Grand.
Saint Ambroise fit comprendre à Théodose qu'il était de son devoir de prêter, à la Foi, l'appui du bras séculier.
Voici ce qu'on lit dans le Code Théodosien :
« Il faut croire à la Sainte Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Cette doctrine prendra le nom de catholique. Tous ceux qui ne pensent pas comme nous sont des insensés et nous les flétrissons du nom d'hérétiques.
« Désormais, leurs assemblées sacrilèges ne s'appelleront plus Eglises. Au surplus, notre autorité, inspirée par la Sagesse divine, décrétera contre eux telles pénalités que nous jugerons convenables. »
Dans un rescrit adressé à Florus, préfet d'Orient, en 381, Théodose confondit avec les Manichéens et les poursuivit comme eux ceux qu'on appelait Eucratites (continents, qui condamnaient le mariage considéré comme une incontinence), les Apotactiques (abrenunciantes ou renonçants, qui professaient la continence absolue et le renoncement à tout), les Saccophores (porte-sac, qui portaient des habits de pénitents), les Hydroparastates (ou aquariens, qui ne buvaient que de l'eau).
L'empereur ordonna qu'il fût établi des inquisiteurs pour les rechercher. C'est la première fois que l'on trouve dans les lois le nom d'« inquisiteur », et c'est pour punir la vertu, qui voulait réagir contre le mal régnant, qu'ils furent institués.
Avec Théodose, le triomphe du despotisme fut assuré.
L'Eglise nouvelle, cette institution plus politique que religieuse, recueillit l'héritage de l'ancienne Rome qui croulait, et de ces ruines, mélange de corruption et de bassesse, naquit le moyen âge.
Cette ère nouvelle inaugure le règne du despotisme aveugle, de la tyrannie stupide, de toutes les douleurs et de toutes les souffrances.
En 395, à la mort de Théodose, l'Empire fut divisé. Arcadius régna en Orient et fonda le Bas-Empire, qui finit à Constantin Paléologue en 1453.
Honorius régna en Occident. Son Empire dura de 395 à 476.

LES APOLOGISTES : LACTANCE ET ARNOBE
La nouvelle doctrine trouva des apologistes.
Lactance, rhéteur du temps de Dioclétien et de Constantin, fut un apologiste néo-chrétien. Il naquit en 323 en Afrique. Il écrivit un livre intitulé Institutions divines.
C'est lui qui employa le mot religare (religion) pour désigner le lien qui unit l'homme au Dieu nouveau (red, préfixe marquant répétition, et ligio, ligare, lier).
Les premiers Chrétiens n'appliquaient pas le mot « religion » au Christianisme, ce mot ne désignait que le paganisme. Minucius Félix, au IIIème siècle, l'adopta le premier pour désigner le Christianisme en y ajoutant l'adjectif vraie. La Vulgate traduit par religio des termes hébreux qui seraient plus justement rendus par pratique, usage, règle, ordonnance ou statuts.
Le Nouveau Testament traduit par religion le mot thrèskaia (qui vient, d'après les uns, de thressa ou throssa, « femme de Thrace », d'après les autres de threo, « réciter des prières »).
Le premier auteur qui se sert de l'expression « religion chrétienne » est Arnobe, au commencement du IVème siècle, dans un discours contre les Gentils. Arnobe était rhéteur à Ficca en Afrique ; il écrivit sa Controverse contre les païens vers 310.
Voilà donc le mot religare employé pour indiquer un lien qui relie l'homme à une chimère, le Dieu auquel on prétend nous relier étant inconnu, incompréhensible, insaisissable et inutile. Comment alors nous relier à lui ? Par la prière ? Mais où va-t-elle ? A quoi aboutit-elle, puisque jamais personne n'y répond ? On ne peut se relier qu'à un être connu, saisissable, aimé, utile. Et cet être, qui est la Déesse, non le Dieu, venait d'être supprimé de la Nature. Il n'y avait donc plus de religion, puisqu'il n'y avait plus de Divinité réelle à qui demander des faveurs et des bonheurs. Le mot religare n'a un sens réel que quand il sert à exprimer le lien qui unit deux choses réelles. Dans l'acception que lui donna Lactance, il devint un vocable vide de sens, et c'est pour cela qu'on lui donna depuis tant de significations qui n'ont aucun rapport avec la vraie religion.
C'est le régime de l'ignorance. Du reste, on aura une idée des connaissances de Lactance par cette citation :
Lactance, dans son traité de la « Fausse Sagesse », gourmande ainsi les insensés qui osent prétendre que la terre pourrait bien être ronde : « Que dirons-nous de ceux qui croient aux antipodes et qui mettent des êtres contre nos pieds ? Peut-on être assez inepte pour croire qu'il y ait des hommes dont les pieds sont plus hauts que la tête, des pays où tout soit renversé, où les fruits pendent en haut, où les cimes des arbres tendent en bas, où les pluies, les neiges et la grêle tombent de bas en haut ? »

LE VANDALISME DES JÉSUISTES
Lorsque Constantin fit du Jésuisme la religion de l'Etat, il promulgua, et après lui ses successeurs, des édits et décrets dont ceux-ci :
1° Défense de sacrifier aux anciens Dieux de la Patrie, soit dans les villes, soit dans les campagnes ;
2° Exclusion de tout païen des fonctions civiles et militaires ;
3° Démolition de tous les temples, confiscation des biens et des revenus au profit des églises (qu'on multipliait partout) ;
4° Démolition ou vente à l'enchère des églises hérétiques, destruction de leurs livres ;
5° Destruction de toutes les statues en marbre des Dieux provenant des temples et des maisons particulières (on faisait des perquisitions domiciliaires pour s'emparer des statues et des vases de bronze, qui étaient fondus ; avec les objets d'or et d'argent, on faisait des lingots que se partageaient les évêques et le fisc).
Enfin, on détruisit le temple de Sérapis à Alexandrie et la magnifique bibliothèque qu'il contenait.
La Bibliothèque du Bruchium, fondée par Ptolémée Philadelphe, contenait 700.000 volumes de science, de philosophie, de morale, d'histoire, etc., que le roi avait fait venir de toutes les parties du monde. Cette Bibliothèque s'appelait « la Mère », tandis que celle de Sérapis qui était moins riche s'appelait « la Fille ».
La Bibliothèque du Bruchium avait été brûlée à la suite d'un combat entre Jules César et les Alexandrins. Pour réparer ce désastre, Antoine avait fait cadeau de 200.000 volumes à la Bibliothèque du Sérapéum. Ces volumes provenaient d'Eumène, roi de Pergame.
Par la suite, les empereurs, à l'exemple de Ptolémée, firent acheter des livres dans tous les pays pour enrichir la Bibliothèque, qui devint plus riche que celle qui avait été brûlée. Mais elle devait avoir le même sort que son aînée, elle devait être détruite par le vandalisme des Jésuistes. Elle fut anéantie par les évêques et les moines du patriarche Théophile, surnommé « le Diable » par saint Jean Chrysostôme. Les statues, les tableaux, les œuvres d'art, furent également détruits.
Et, comme ceux qui ont des torts les justifient toujours en les attribuant aux autres, les Jésuistes firent retomber sur les Vandales, ensuite sur les Arabes, cette œuvre de destruction, qu'ils avaient eux-mêmes accomplie dans leur stupide fureur contre tout ce qui rappelait le régime qu'ils étaient venus renverser. Mais tout était déjà détruit quand parurent Alaric et Genséric, moins barbares que les Jésuistes, puisqu'ils respectèrent le Panthéon à Rome et le temple de Vénus Céleste à Carthage. Les Goths avaient épargné la Minerve de Phidias au Parthénon, les Jésuistes la brisèrent et s'en partagèrent l'or et l'ivoire (1).
Ainsi finissait le culte de la Déesse qui avait inspiré tant de grands artistes, stimulé le génie, élevé l'âme des nations grecques et latines, et qui représentait toujours dans la conscience des hommes la Sagesse Divine !
Les Jésuistes, pour se justifier, ont enseigné depuis que c'était le khalife Omar qui avait donné l'ordre à son général Amrou de brûler la Bibliothèque d'Alexandrie. Mais, comme elle n'existait plus depuis deux siècles, il eût été difficile qu'il la brûlât. C'est ainsi que leur ignorance les fait prendre en flagrant délit de mensonge !...
Les Arabes, loin d'avoir détruit les œuvres de l'esprit, ont, au contraire, provoqué une renaissance des sciences et des lettres.
(1) La ville de Byblos avait été consacrée au culte de Tammouz, à l'embouchure du fleuve Adonis, tandis qu'à sa source, au fond du Liban, on célébrait le culte de Vénus Astarthé, avec les anciens rites sacrés.
Constantin ordonna de détruire le temple pour effacer cette souillure de la terre, dit Mourant Brock, et il ajoute : là, le Tau servait aux rites obscènes. (Voir Handbook for Syria, Byblos)

CONSIDÉRATION DES MODERNES SUR JÉSUS
La légende de Jésus a toujours soulevé de vives discussions. Dans les premiers siècles du Christianisme, cette légende fut le fond de toutes les hérésies, ce qui prouve que les contemporains ne l'admettaient pas, puisqu'ils la discutaient.
Les auteurs du temps, Tacite, Pline, Suétone, disent à peu près ceci : « Il y a parmi les Juifs des sectaires qu'on appelle Chrétiens, du nom d'un certain Christ, leur maître. » Mais ces auteurs ne nomment pas Jésus. Sous Claude (de 41 à 59) se répandit le bruit qu'il s'était élevé en Galilée une secte qui admettait l'incirconcis comme le circoncis, qui laissait l'usage des viandes et admettait les pratiques des Hellènes.
Mais, pas plus chez les historiens romains que chez les historiens juifs, nous ne trouvons le récit de la vie et de la condamnation de Jésus.
Les deux historiens qui ont parlé de Jésus sont Eusèbe et Macrobe.
Eusèbe, évêque de Césarée, qui vivait au IVème siècle, dit dans son 8e Livre, chap. 2, qu'il a narré tout ce qui pouvait glorifier l'Eglise et supprimé tout ce qui pouvait la déshonorer.
Macrobe, qui vivait au Vème siècle, n'a fait que répéter la légende qu'il avait entendu raconter.
Les Gnostiques ne croyaient pas à l'existence de Jésus. Ils pratiquaient l'hérésie appelée Docétisme, qui consistait à dire que Jésus n'avait que l'apparence de la chair humaine et, par conséquent, n'était pas né d'une vierge et n'avait pas souffert sur le Calvaire. Comment les Gnostiques contemporains de Jésus, ou très rapprochés de son époque, auraient-ils eu des doutes sur son existence s'il avait réellement vécu ?
Actuellement, l'existence de Jésus est envisagée de différentes manières :
1° Les uns croient naïvement la légende chrétienne avec ses absurdités et ses miracles. Ils ne demandent pas de preuves, on ne pourrait pas leur en donner, ils veulent que cela ait été ainsi parce que c'est cela qu'ils ont appris dans leur enfance, et ils aiment le doux Jésus qu'on leur a inventé.
2° D'autres admettent que Jésus a existé, mais n'admettent pas la légende chrétienne et cherchent à reconstituer le personnage par le raisonnement ; ils le jugent par les écrits des auteurs les plus anciens ou par les Evangiles ; et ceux-là arrivent à présenter Jésus comme un fou, un criminel, justement châtié de tous ses crimes. C'était l'opinion des libres-penseurs du moyen âge.
D'autres, comme Renan, nourris de l'admiration conventionnelle suggérée au séminaire, se contentent de modifier la légende, nous donnant, à la place d'un Dieu, un sage d'une haute valeur morale.
Cette appréciation est presque aussi absurde que la légende, étant donnée l'œuvre jésuiste qui est un démenti formel de la sagesse prêtée à l'homme et à son œuvre. Renan a été admiré parce qu'il a fait un beau roman. La Vie de Jésus est un chef-d'œuvre de littérature et d'imagination. Il y a gagné une grande renommée, tandis que les savants qui restent sur le terrain de la réalité ne sont pas lus.
3° Les troisièmes nient l'existence de Jésus et démontrent qu'aucun document historique du temps ne mentionne ce personnage, sage ou fou. Personne à Rome n'a eu connaissance des faits qui se seraient passés en Judée, province romaine ; le prétendu massacre des innocents, ordonné soi-disant par Hérode, n'a jamais eu lieu ; la condamnation à mort de Jésus et de Jean-Baptiste n'a laissé aucune trace dans les archives ou dans les livres du temps ; le tremblement de terre et les phénomènes cosmiques, d'ordre miraculeux, du reste, qui accompagnèrent sa mort, n'ont été constatés par aucun savant de l'époque (1).
Il en est parmi eux qui soutiennent encore l'existence de Jésus, qui avouent qu'on ne connaît, de sa vie, que cinq faits :
1° son séjour au désert comme disciple de Hanon de Béthulie ;
2° son apparition aux Galiléens ;
3° son entrée triomphale à Jérusalem ;
4° son jugement par le Sanhédrin ;
5° son exécution par le gouverneur romain.
Or les Actes des Apôtres et les Épîtres nous démontrent que Paul a ignoré ces faits, et, cependant, quels arguments pour lui s'il les avait connus !
Ces Actes et ces Épîtres nous prouvent que ces faits étaient ignorés en Judée quand Paul fut arrêté et jugé.
L'opinion aujourd'hui est entraînée vers ce courant nouveau. Le Dr Wahn, qui déprécie ce Jésus « qui n'a rien inventé », dit que ce n'est peut-être qu'un mythe établi d'après le Krishna des Indes.
Un autre genre de preuve de la non-existence de Jésus, c'est le soin apporté par les Catholiques à interpoler, dans les éditions les plus modernes des auteurs anciens, des paragraphes mentionnant vaguement Jésus, ou bien, ce qui est plus maladroit encore, à faire annoncer de temps en temps dans les journaux qu'on vient de découvrir soit des documents, soit des portraits qui affirment Jésus.
La ruse est trop grossière, elle vient trop tard. Si les documents qu'on prétend trouver aujourd'hui, parce que les savants s'en occupent, étaient authentiques, l'Eglise n'aurait pas attendu 1.800 ou 1.900 ans pour les connaître et toujours elle les aurait mentionnés ; elle en aurait même fait de précieuses reliques.
Remarquons encore que, si Jésus avait existé dans les conditions où sa légende l'affirme, il aurait parlé l'araméen et même l'hébreu ; les belles paroles qu'on lui attribue auraient été dites dans les langues qu'on parlait en Judée ; cependant, nous ne les connaissons que par des écrits grecs, aucune tradition hébraïque ne les a recueillies, aucun écrit le mentionnant de son temps ou postérieur à son temps n'existe dans la langue de la Judée.
M. Ernest Havet, dans ses Origines du Christianisme (t. III, p. 493), dit : « Une grande surprise est réservée à la critique, c'est celle de reconnaître à quel point la personne de Jésus reste ignorée, combien sa trace dans l'histoire est, pour ainsi dire, imperceptible, et combien il paraît avoir été pour peu de chose dans la révolution qu'on désigne par ce nom du Christ, devenue inséparable de son nom. »
En effet, nous ne trouvons dans l'histoire aucune trace du passage sur la terre d'un Juif appelé Jésus. Ce nom représente une fiction dont l'imagination des ignorants a fait un être réel, et ce sont ces ignorants, qui étaient des fanatiques, qui se sont occupés de lui créer une existence terrestre.
(1) Quand on parle des ténèbres qui se répandirent sur toute la terre à la mort de Christos, on entend par là l'ignorance qui allait régner, non un cataclysme physique. On en fit une éclipse.

LE JOHANNISME AUX INDES
« La lumière du premier Évangile fut portée aux Indes par saint Thomas, suivant la tradition des Hindous, confirmée par celle des Syriens dont ils ont adopté les rites johannites et la liturgie.
« Cosmas Indicopleustes, qui écrivait au commencement du VIIème siècle, fait mention de plusieurs églises de ce pays, d'où la foi fut alors portée à la Chine, comme le montre le monument de Singanfou, dont M. de Guignes a prouvé l'authenticité.
« Enfin, nous sommes assurés par un monument authentique que dans le VIIIème siècle les Chrétiens jouissaient de grands privilèges à la côte de Malabar où ils subsistent encore. » ( Védam, Observations préliminaires, p. 93.).

ÉPILOGUE : LE VRAI ET LE FAUX CHRISTIANISME
Le néo christianisme fondé par Paul ne fut qu'une imitation du premier Christianisme, fondé par Johana. Les nouveaux Évangiles, masculinisites ne furent qu'une œuvre de démarquage de l'Évangile primitif, auquel ils ont ajouté la légende de Jésus et les miracles qu'ils lui attribuent.
Pour le reste, ils se sont contentés de mettre au masculin ce qui était au féminin, de revendiquer pour l'homme ce que les premiers Chrétiens avaient revendiqué pour la femme. Et, de tout cela, il est résulté une confusion grotesque de la psychologie des sexes, qui a fait du Nouveau Testament un livre ridicule.
C'est parce qu'il s'agit d'une lutte de sexes que cette histoire du premier Christianisme, est restée si obscure, aucun homme ne pouvant sûrement démêler ce qui est féminin de ce qui est masculin, et, quand l'un d'eux s'en aperçoit, par solidarité masculine, il se tait.
« Il faut avouer, dit Fréret, que le premier siècle de l'Eglise a enveloppé cela d'un nuage épais qui sera toujours impénétrable aux critiques ; et malheureusement l'épaisseur de ce nuage, en cachant le point fondamental de la foi chrétienne, c'est-à-dire la qualité des auteurs évangéliques (leur sexe, devrait-on dire) et le temps où ils ont écrit, servira éternellement d'asile à l'incrédulité » (t. II, p. 134).
Et il ajoute :
« A travers cette obscurité qui couvre le berceau de l'Eglise, les fidèles, éclairés d'une lumière céleste, ont su discerner les vrais Évangiles d'avec les faux ; mais ceux que le flambeau de la foi ne guide pas dans ces épaisses ténèbres ne démêleront jamais le vrai d'avec le faux, ou plutôt n'apercevront dans cette confusion d'écrits évangéliques d'autres conformités que celle d'un merveilleux outré qui révolte la raison ; ils traiteront également de fable les livres apocryphes et les ouvrages des Apôtres. »
En résumé, le Nouveau Testament n'est que le rappel de l'histoire de David (Reine DAUD, co-fondatrice de Jérusalem), l'enseignement des Mystères dénaturé, l'histoire de Johana attribuée en partie à Jésus et le démarquage de son Évangile rappelant l'antique règne de l'Esprit féminin et annonçant sa résurrection afin de remettre le monde tel qu'il était autrefois, sous la loi morale de Myriam.
L'esprit féminin, c'est la parole de Vérité. Jean dit :
(16, 13) : « L'Esprit de Vérité vous conduira dans toute la Vérité. »
(18, 37) : « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité. »
La parole de Vérité, c'est le Verbe co-éternel à la Déité féminine. On en fera la parole du Dieu masculin.
C'est dans les Évangiles de Johana qu'on prend l'idée de faire de Dieu et de Jésus des personnes spirituelles. Le Saint-Esprit de la Déesse a été jusque-là féminin, et, comme il est co-éternel à la Déesse, les personnes de la Trinité masculine seront aussi co-éternelles.
C'est à ce dogme que répond Arius.
Pour les masculinistes, c'est le fils de l'homme qui devient le Verbe de Dieu. C'est lui qui hérite des attributs de la Déesse, en ne se reconnaissant que le fils de son père. C'est en lui, cependant, que va se faire l'incarnation du Verbe (la parole de Vérité de l'Esprit féminin qu'il nie).
Quel blasphème !
La religion dont Jésus a été, non pas le fondateur, mais le prétexte, n'est qu'une parodie des Mystères. On y trouve :
La Foi demandée à l'homme parce que la Femme est Déesse, donc il faut croire ce qu'elle dit.
Les masculinistes répondent : Jésus-Christ est Dieu, donc il faut croire à sa parole.

L'Espérance :
La Déesse a perdu sa puissance, elle est morte à la vie sociale, mais elle ressuscitera et on attend sa nouvelle apparition.
La légende populaire avait depuis longtemps fait de ce mystère une histoire grotesque :
La Femme, Yona, devenue Jonas, avait été avalée par le monstre marin Léviathan, le Prêtre, dont les Lévites qui ne veulent pas se reconnaître font une baleine. Mais Jonas revient à la vie après trois jours et trois nuits passés dans le corps de la baleine, et c'est pour cela que Jésus devait rester trois jours et trois nuits dans le sein de la terre.
Cette résurrection de Jésus était discutée et niée par les Juifs qui disaient : « Les disciples ont volé le corps nuitamment. » Ceci est encore pris dans l'histoire de David dont le corps avait été volé dans sa sépulture par un roi de Juda. C'est pour répondre à cette objection qu'on fait garder le tombeau.
D'autre part, l'espérance d'une résurrection n'a de raison d'être qu'avant la venue d'un sauveur. Du moment où il est arrivé, il n'y a plus de raison pour l'espérer, puisqu'on le possède.
On n'espère que ce qu'on n'a pas.

La Charité :
Ce mot désigne l'amour, fonction du cerveau féminin que jamais l'homme n'a bien comprise.
C'est sur ce dogme de l'amour cérébral que sera basée l'idée d'une religion d'amour qui a pour base le rachat de l'humanité par la loi du sexe féminin, qu'on exprimera en disant : par le sang de la Femme.
Les Catholiques diront aussi que leur religion a pour base le rachat par le sang de Jésus.
Mais, mise dans le sexe mâle, cette loi du sexe féminin devient une incohérence.
Et, simultanément, on fera du cœur de Jésus (symbolisant le phallus) le facteur de l'amour. On embrouille encore la loi des sexes en donnant à l'homme le nom de Christ (oint ou plutôt ointe). Puis on donnera à l'homme la transfiguration de la Femme, son embellissement dans l'amour, et l'Ascension qui est la montée du Principe de vie vers le pôle cérébral où s'accumule la réserve nerveuse de la Femme. Cela deviendra la montée de l'homme au Ciel. L'omniscience de la Déesse, l'intuition, qui est le résultat de cette réserve nerveuse en elle, sera imitée par le miracle, science concrète, qu'on oppose à sa science abstraite, qui fut la Magie blanche des anciens temps et dont les Prêtres ont fait la Magie noire.
Puis, dans cette expression : conception immaculée, on rappellera, mais sans le dire, qu'elle est sans tache et que le péché ne l'atteint pas, et cela servira à faire la conception miraculeuse de Jésus. Ne pouvant pas mettre dans son sexe la conception féminine, on la met à sa naissance.
Comment peut-on comprendre l'histoire des religions, à travers les raisonnements faux qu'ont fait naître les luttes de sexes, si l'on n'a pas étudié préalablement la physiologie et la psychologie comparée de l'homme et de la Femme, puisque c'est cette science qui éclaire tout ?
Si on fait des Apôtres des humbles, des pêcheurs et des simples, c'est encore par imitation, parce qu'on désignait les femmes et les féministes du temps par ces mots : « les petits et les humbles » (les anavim).
Cela voulait dire : celles qui n'ont pas de place dans la société des hommes, celles qui ne sont rien dans le monde masculinisé.
Cependant, pour accomplir les Écritures annonçant la revanche des femmes retranchées, on croit devoir prêcher devant les petits et les humbles.
Et ceci nous explique le mélange d'humilité et d'orgueil mâle qui se trouve dans les Évangiles.
Ce que les Jésuistes ont fait de Jean-Johana nous montre à quel degré de perversion et de fausseté ils étaient arrivés.
Ce n'est pas assez, pour eux, d'avoir changé son sexe ; sous la forme masculine qu'on lui donne, on va lui faire jouer le rôle humiliant d'un disciple de ses ennemis.
Ainsi, Jean « surnommé Marc » est cité dans les Actes, comme un disciple de Paul qui, plus tard, s'est séparé de son Maître (Actes, 12,15 ; 13, 37-39), alors que c'est Paul qui fut le disciple révolté qui trahit sa Maîtresse. Ce qui prouve bien que c'est à Jean (Johana) que se rapporte le premier Christianisme, c'est ce verset de saint Matthieu (ch. XI, 12) : « Depuis les jours de saint Jean-Baptiste, il y a foule pour entrer dans le royaume des Cieux. »
Est-ce pour cela aussi que les Théosophes enseignent que Jésus fut la réincarnation de Jean-Baptiste ?
C'est bien Jean-Johana qui a fourni l'idée mère des Évangiles, elle qui en a écrit le fond ; les belles phrases, les belles maximes sont les siennes ; les hautes vérités viennent d'elle. Mais de tout cela les hommes se sont emparés et ils y ont ajouté tout ce qui leur a convenu.
Si, dans l'Évangile actuel, le style de Jean paraît obscur et énigmatique, c'est parce qu'on ne comprend pas le féminisme qui y est resté, et aussi parce qu'on en a supprimé ce qui pouvait le rendre clair. L'obscurité du style est l'œuvre des réviseurs, elle est le résultat des altérations maladroites de ceux qui ont voulu cacher la lumière.
« Tout ressent le mystère dans son Évangile », dit Fréret (t. II, p. 47).
On suppose que l'Évangile de Jean a été écrit par un réviseur, quarante ans après celui de Luc. Pour faire croire que c'est Jean qui l'a écrit, on le fait vivre 70 ans après la mort de Jésus, dont elle devient le disciple bien-aimé. Elle était morte évidemment quand on a écrit ce mensonge, qu'elle aurait démenti.
L'Évangile primitif de Johana fut une résurrection des idées féministes cachées pendant la persécution juive, et cachées sans doute aussi pendant la grande persécution romaine. Son Evangile révisé, dit selon Jean, celui que firent les Jésuistes, en fut la parodie.
Et, malgré cela, il a plus de valeur que les trois autres.
Il est probable qu'au début on lutta contre cette grande femme sans avoir lu ses quatre livres qu'on ne cite jamais. On devait faire autour d'elle la conspiration du silence, qu'on appelait alors l'hermétisme.
Il fallut alors que ses ennemis, pour se donner du prestige, se servissent d'un de ses livres pour rédiger les leurs. C'est parce qu'un de ses écrits a été volé et plagié que l'Évangile selon Jean a été mis en évidence et qu'il nous en est resté quelque chose.
C'est ainsi qu'il est arrivé à la postérité sous une forme dénaturée et pour servir au triomphe de la cause de ses adversaires. Et cependant la publication de ce livre provoqua une rénovation littéraire à la fin du IIème siècle et au commencement du IIIème.
Combien plus brillante eût été cette rénovation si elle avait eu lieu du vivant de son auteur et pour servir la juste cause qu'elle défendait ! Son style devint à la mode, sa doctrine fut prise, mais incomprise, et servit de base au nouveau dogme jésuiste et à de nouvelles discussions philosophiques.
C'est dans l'Évangile révisé selon Jean qu'on osa mettre les choses les plus risquées concernant Jésus, telle sa divinité qui n'est pas affirmée jusque là. Et cela parce qu'on savait que ce qui venait de Jean avait de l'autorité.
Dans Que penser de la Bible ? on nous dit : « On ne connaît pas sûrement le sens, l'origine et le but de plusieurs Épîtres attribuées aux Apôtres et de l'Apocalypse attribuée à saint Jean. »
En effet, on ne peut pas comprendre l'esprit du vrai Christianisme si l'on ne sait pas qu'il s'agit d'une lutte de sexes.
On ne peut pas non plus comprendre dans quelles circonstances on a créé la légende de Jésus et forgé son histoire, si l'on n'a comme source que le Nouveau Testament.
La question doit être posée sur un autre terrain, celui de la psychologie qui nous montre à quelles impulsions obéissaient les hommes de cette époque, alors que le droit romain venait d'affirmer la puissance masculine, ce qui révoltait la Femme. Et c'est pour répondre à cette révolte qu'on créa le Dieu Père et le Dieu fils de l'homme, déclarant que le Père, du haut du Ciel, ne reconnaît sur la Terre que les êtres mâles avec lesquels seulement il se met en relation par l'intermédiaire de son fils. Mais tout cela même serait difficile à comprendre si on en faisait un fait isolé. Il faut le rattacher à l'époque antérieure pour en comprendre la signification réelle.
Il faut savoir, d'abord, que l'Ancien Testament, sur lequel le Nouveau s'appuie, était déjà un livre altéré, un livre destiné à cacher quelque chose. Si on ne sait pas qu'il y a déjà dans les anciennes Écritures quelque chose que l'on cache, on ne peut pas comprendre les nouveaux Évangiles, puisque c'est le même mensonge qui continue.


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