INTRODUCTION

 


« Il n'y a d'immuable et d'invariable que la Vérité, qui est l'expression des lois de la Nature.
Quand ces lois sont violées, il ne reste plus que l'imagination des hommes qui engendre l'erreur sous des formes multiples.
»
« La Vérité est simple.
C'est l'erreur qui est compliquée.
»

☆☆☆


PRÉAMBULE 
« La vérité se révèle plutôt au cœur de l'homme qu'à sa raison », dit Hippolyte Destrem, parce que le cœur de l'homme est inspiré par l'Esprit féminin.
Pour trouver la Vérité, il n'y a que deux voies à suivre : celle de la Science et celle de l'Amour.
La Religion, c'est la voie de l'Amour.
L'Amour, c'est le lien moral qui unit l'homme à l'Esprit féminin, et c'est ce lien qui est la Religion.
« L'amour idéal est pour l'homme un lien d'un si grand prix, un tel élément de bonheur, que tous ceux qui l'ont ressenti le placent au-dessus de tous les autres éléments de la félicité humaine. Il faut considérer en lui non seulement le bonheur qu'il fait éprouver, mais encore la perfection qu'il donne à toutes les puissances de l'âme. De tous les sentiments qu'il nous est donné de concevoir, il est celui qui nous élève le plus au-dessus des faiblesses et des vulgarités de la pure sensation, celui qui produit dans l'intelligence les manifestations les plus poétiques, celui qui fait naître dans la volonté les résolutions les plus nobles ».



A LONG TIME AGO IN THE PAST, FAR AWAY
Les forces agissantes de la Maternité ont créé une humanité droite, docile, disciplinée.... d'abord, jusqu'au débordement des passions de l'homme. Mais, pendant cette époque primitive, quel Paradis était la Terre !... Nulle révolte ! nul mensonge ! nulle rébellion !
Dans tous les hommes, à moins qu'ils ne soient des monstres, le souvenir maternel a laissé dans l'âme une impression profonde faite de respect et de tendresse sacrée.
Si tous les enfants étaient élevés dans la Vérité, il n'y aurait pas d'homme méchant.


VÉRITÉS
Vérité ! Éternel sujet des discordes du monde ! cherchée par les uns, cachée par les autres, aimée passionnément, ou persécutée follement, mais revendiquée toujours par ceux qui ont voulu régner sur la terre, alors qu'aucun d'eux ne la possédait. Et si vous demandez pourquoi elle a ce prestige, on vous dira que c'est parce que tout au fond de l'histoire se trouva un temps où la VÉRITÉ était la base même du pouvoir. Celui qui SAVAIT enseignait et cela lui conférait une puissance sociale, une autorité. C'était l'Âge d'Or, l'époque bienheureuse où régnait le Droit naturel, « Jus Naturale ». Cela dura pendant une longue période de temps, toute la première jeunesse de l'humanité, et c'est pour cela que l'atavisme rend à l'enfance actuelle, quand elle n'est pas pervertie par le milieu social, la spontanéité du vrai instinctif. Le mensonge n'a été introduit dans le monde qu'avec l'usurpation et pour la justifier.

LA SCIENCE ANTIQUE
Quels étaient donc ces premiers instructeurs de l'humanité qui expliquèrent à l'homme la Nature et ses mystères, la vie et ses lois ? La tradition de tous les pays fait remonter cette première science à une « race divine ». Puis, quand vint la religion moderne qui résuma tous les Dieux en un seul, on déclara que « la Révélation vient de Dieu ». Mais ceux qui parlaient ainsi s'appuyaient sur une tradition altérée ; si nous remontons à sa source, nous ne trouvons pas un Dieu, mais des Dieux, et si nous cherchons quel était le secret de leur nature divine, nous devons remonter plus haut encore, et dans ce passé lointain, nous ne trouvons plus des Dieux, mais des Déesses, et forcément nous constatons que c'est cette primitive Divinité, la Déesse, la puissance supérieure (intellectuelle), qui a instruit les hommes. Nous comprenons alors que la source de toute vérité, c'est l'Esprit féminin.
Déesse est le nom générique de toutes les femmes supérieures et qui n'indiquait alors que les qualités morales inhérentes au sexe féminin. Pas de surnaturel ; partout les mêmes principes, c'est-à-dire les mêmes commencements, avaient pour base la nature même, encore inviolée.
Longtemps la science primitive régna sur le monde, elle fut la base des grandes civilisations de l'antiquité. En ce temps-là, on connaissait les lois de l'Univers, l'origine de la vie, les véritables lois de l'Evolution des êtres, la loi morale et tout ce qui fait l'objet des recherches des savants modernes.

LA TRADITION ANTIQUE
Si les premiers efforts de la pensée humaine ont créé une science qui n'a jamais été dépassée et que, de toutes parts, on cherche aujourd'hui à reconstituer, c'est que, dans la jeunesse de l'humanité, la femme avait parlé. La découverte qu'elle fit des lois de la Nature a été l'origine, la source, la base de toutes nos connaissances. Première révélatrice des vérités naturelles, elle est restée elle-même, dans le souvenir atavique de l'homme, l'idéal lointain, la suprême personnification religieuse ; son ombre s'est traînée dans toutes les religions, c'est la vierge devant laquelle l'esprit de l'homme s'incline, souvenir confus de la première Théogonie.
C'est ainsi que la très haute antiquité a possédé des notions vraies de toutes les sciences, et ces notions ont même pris des développements poussés si loin dans les détails, dans la précision des faits, que, pour nous remettre à leur hauteur, nous devons donner une vigoureuse impulsion à nos sciences modernes qui se traînent si péniblement par les sentiers de l'empirisme et de la routine.
Mais la tradition s'est emparée de ces notions que la femme avait apportées, et les a transmises à travers les siècles en les altérant.
Les conceptions théologiques que l'on nous représente comme ayant régné à l'origine de la vie humaine sont, dans la forme qu'on leur donne aujourd'hui, le travestissement de la pensée féminine, pensée travestie parce qu'elle est exprimée par des hommes qui n'en comprennent pas le sens, et, dès lors, devenue grotesque et ridicule comme le serait un homme affublé de vêtements de femme.
La métaphysique qui se greffe sur la théologie est le même travestissement un peu modifié. Quant à la science moderne, celle du moins qui supprime complètement la forme primitive traditionnelle, même travestie, c'est-à-dire tout l'apport de l'esprit féminin, celle-là, c'est le néant.
Cette prétention d'appeler science ce qui est le renversement de toute vérité, démontre l'obscurité qui règne dans les esprits dominés par des passions troublantes.
Le sens caché, le sens ésotérique des faits, des textes, des livres religieux, ne semble pas pouvoir être compris par la généralité des hommes : c'est pour cela que l'antiquité avait institué l'usage de l'initiation, conférée seulement à ceux qui voulaient bien se soumettre à une longue étude et qui consentaient d'avance à accepter les conclusions de la science. Mais ceux qui veulent voir clair dans les choses abstraites a priori, c'est-à-dire avec leurs seules facultés, ne voient rien, et ils nous le prouvent bien, puisque leur premier mot est toujours une négation.

Toutes les sciences, toutes les institutions, émanent d'une source unique : celle des Institutrices Elyséennes (1).
Les prêtres de toutes les religions les ont altérées et les ont propagées dans tous les pays en les masculinisant ; c'est le fond de la mythologie.
Mais remontons à la source de cette Ecole unique et nous verrons qu'un nom est resté pour la représenter : c'est Minerve.
Le mot Minerve (min-erve) est composé de min, minne, qui signifie mémoire, esprit, intelligence (en latin mens). Ment en Irlandais signifie encore institution, institut, et, dit Ihm, « pour ainsi dire, mentis cultura. Le mot Mentor, dans la même langue, signifie eruditus, institutor, savant, pédagogue ». Mentor vient de men (esprit) et tor abrégé de thorah (loi). Erve signifie culture, par extension champs labourés, mais primitivement culture de l'esprit.
D'autre part, le surnom de Minerve, Athéné, est formé de At-aland, qui a la même signification que Atlante ou Athélé.
Il faut donc croire qu'une Déesse a été réellement connue sous le nom d'Athélé « et même par ceux, dit Athénagore, qui traitent la chose avec le plus de mystère, c'est-à-dire par les savants qui sont les mieux instruits de l'origine de la nature de la Déesse ».

Ce qui prouve, du reste, que Minerve fut une femme réelle, c'est qu'on l'appelle la Déesse aux yeux pers (2). Et Homère donne constamment à Minerve le surnom de Glaucopis, Déesse aux yeux bleus. Pausanias veut expliquer pourquoi elle a les yeux pers (verts). Donc, Minerve fut la première maîtresse d'école, c'est elle qui a fondé ce que, plus tard, on appellera les Collèges des Druidesses.
On se sert du mot Druidesse pour désigner les grandes femmes de la Celtide qui dirigeaient la vie spirituelle de la nation, mais ce nom n'est pas celui qu'on leur donnait et ne semble avoir été employé par les Grecs et les Latins que pour donner un féminin au mot Druide, qui représenta le degré supérieur de l'initiation quand on institua des Mystères.
Il est certain que, puisque les Déesses conféraient aux initiés des Mystères qu'elles avaient fondés des titres tels que Barde, Vate, Druide, elles ne pouvaient pas, elles-mêmes, porter un titre qui aurait été le féminin de celui qu'elles donnaient à leurs élèves. C'est pour cela que le mot Druidesse ne se trouve nulle part avant le premier siècle de notre ère.
(1) Les Champs Élysées seraient le lieu géographique d'où serait partie la première impulsion qui a créé la grande civilisation des temps anciens.
(2) On devinait la patrie des Cimbres à la couleur de leurs yeux. Cérès est appelée « la blonde », Vénus aussi. La plus célèbre des Sibylles se nommait Erythrée, Sibylle rouge ou rousse.


On s'est habitué à rapprocher le nom de Minerve de celui des Muses et du Mont Parnasse.
Ceci a une cause lointaine qu'il faut expliquer.
Parnasse se disait antérieurement Larnassas (voir Noël, Dict. de la Fable), mot qui signifie Ecole. Il dérive du verbe laren ou leeren, enseigner en anglo-saxon. Lar signifie doctrine, et Lareow, Maître ou interprète de la parole divine. Il existe dans la Belgique plusieurs endroits nommés Lærne, Leerne, Lerne ; c'était des lieux consacrés à l'instruction du peuple.
« Les dieux Lares étaient, dans leur origine, des précepteurs du public. Diane était réputée Lare » (De Grave, Ch. E., t. I, p. 96).
Il s'est donc formé, chez les Celtes, une catégorie de Maîtresses d'Ecole qui a porté différents noms. On les appelle souvent des Normes (d'où normale), et on nous représente trois Normes fondant un collège chez les Germains et les Scandinaves ; de là le mot Dryade (dry, trois). Mais le nom qui a surtout été conservé est Druidesse, féminin de Druide.
D'où vient-il ?
Fabre d'Olivet dit (Etat social de l'homme, t. I, p. 165) : « Le mot Drud signifie l'enseignement radical, le principe de la science. Il vient du mot rad ou rud (mots qui ont fait irradier et radiation), qui veut dire une racine. De là le latin radix, l'anglais root, le gallois gredham, etc. »
Chez les Irlandais, il est quelquefois question de Druidesses appelées ban-drui, et plus souvent de ban-filé, qui, comme les filé, étaient à la fois devineresses et poétesses.
Or ban signifie Mère. Ce mot ban-drui voudrait donc dire Mère-Enseignante.
Dans la mythologie, on résumera cet enseignement en quelques mots, on dira que la parole des femmes éclairées était l'oracle des voyantes. On nous parle de l'enseignement des Prêtresses qui était oral, et on nous dira aussi que, si elles ont laissé des écrits, ils ont été détruits.
Mais ce qui est certain, c'est qu'elles ont laissé une tradition qui s'est perpétuée de Mère en fille, et c'est cela qui est le fond même de l'éducation.
Dans l'île de Trinacrie, qui serait l'Angleterre, les compagnes de Minerve sont appelées Etairoi. « Nom encore en usage en Flandre », dit de Grave (t. II, p. 163).
C'est de ce nom qu'on a fait hétaïre (prêtresse).


A l'époque reculée où l'homme n'avait encore pour mœurs que ses instincts, on avait remarqué combien sa nature le portait à l'opposition, à la contradiction, à la domination.
C'est pour enrayer ses mauvais instincts que les Mères instituèrent une discipline élémentaire (1) qui est toujours restée depuis dans la société, et qu'on désigne encore par les mots « éducation », « convenance », « savoir-vivre », « manières comme il faut ».
C'est cette retenue des mauvais instincts qui fut d'abord la Religion. La connaissance que l'on avait des lois qui régissent la nature humaine avait fait comprendre que l'homme doit être discipliné, « apprivoisé », pourrait-on dire, afin de pouvoir vivre dans la société des femmes, des enfants et même des autres hommes.
On institua donc une règle de vie commune, dont l'homme comprenait la nécessité, car il s'y soumettait volontairement. C'est dans cette vie calme et bien organisée qu'on élevait son esprit vers la pensée abstraite et qu'on lui donnait les moyens de vaincre les sens dont on sut bientôt que l'usage abusif mène à la folie.
Dans cette société idéale, l'homme ne s'appartenait pas à lui-même, il était à la vie familiale qui devint la vie sociale, et c'est cela qu'on exprime par le mot civilisé (civis, citoyen, à Rome, était l'homme affilié à la communauté).
Toutes les communes, toutes les républiques furent primitivement des associations de vie et de travail, sous les auspices d'une Déesse nationale. Et ces républiques ont été puissantes tant qu'un même lien unissait les citoyens entre eux comme des frères, et les unissait avec la Déesse comme avec une Mère.
La dissolution des Etats, c'est-à-dire le désordre, commença quand certains hommes, troublés par le mauvais esprit qui engendre l'orgueil, voulurent mettre leur personnalité au-dessus des autres, s'affranchir des lois établies et dominer les faibles. Cette révolte fut le commencement de l'erreur sociale, c'est-à-dire de l'injustice.
L'éducation était encore donnée chez les Gaulois par les grandes prêtresses et prophétesses que les Romains trouvèrent dans la Gaule et dans la Germanie lorsqu'ils allèrent combattre les guerriers de Vercingétorix et d'Arminius.
Dion parle de Gama, vierge voyante des Marcomans ; Strabon, des prophétesses chez les Cimbres ; il dit des Gauloises qu'elles sont « fécondes et bonnes éducatrices ».
(1) De disciple, discipulus, latin, de discere, s'instruire.


Ces premières institutrices n'enseignaient pas seulement l'astronomie, la physique et la biologie, elles avaient acquis la connaissance des propriétés des plantes et en avaient fait la base de l'art de guérir, premier mot des sciences médicales. Et c'est pour cela que Minerve est surnommée Bélisama, quelquefois aussi Hygie ou Hygiœa. Ceacht est la Déesse de la médecine chez les Irlandais. Telles sont les institutrices philanthropes qui ont été nommées Helisiens, Heilige (médecin).
Nous comprenons maintenant combien les femmes qui savaient tant de choses devaient avoir de prestige dans ce monde primitif.
Nous disions qu'on a rapproché le nom de Minerve de celui des Muses et du mont Parnasse. Nous venons d'expliquer l'origine du mot Parnasse, il nous reste à expliquer celle du mot Muse. Dans le pays des Atlantes qu'on appela les Champs Elysées, le séjour des Muses (les savantes) s'appelait Hélicon. Le pays, Hel-land, avait donné son nom au fleuve qui le traversait ; on l'appelait Hélium, pris symboliquement pour le soleil, parce qu'il arrosait la maison sainte, le ciel appelé Hemel. « Junon et Minerve étaient surnommées hélotes, qui veut dire surveillantes du Hel », dit de Grave (t. II, p. 92).

Helléniste vient de Hélium, qui veut dire Hel-Land. Hel ou Hal a toujours servi à désigner un paradis (Wal-Halla, devenu Waux-Hal, jardin délicieux).
Aussi, le fleuve appelé d'abord Hélium finit par s'appeler du nom même des Déesses qui vivaient sur ses bord, les Muses. Et c'est ainsi que dans la géographie ancienne la Meuse s'appelle Mosa.
(On sait que M. Cailleux donne une origine celtique à toutes les civilisations qui auraient commencé entre la Meuse, l'Escaut et le Rhin.)

Nous avons donc trouvé le centre où s'est élaborée la science antique. Voyons maintenant la façon dont elle s'est propagée dans le monde ancien. Nous trouvons qu'elle a trois succursales : l'une en Phénicie, une autre dans la Thrace, et la troisième en Etrurie.

Thrace
Attique et Atlante sont une même dénomination. Les Hellènes, enfants du Hélium, ont transporté en Grèce les usages de leur nation et leurs dénominations.
« Delphes a été fondée au pied du Mont Parnasse par les Hyperboréens », dit de Grave.
La fondation de l'oracle de Delphes marque une époque très remarquable dans les fastes de la Grèce, c'est l'ère de la civilisation de ce pays.
« On donna à l'endroit où l'on construisit la ville de Delphes le nom d'OMPHALOS (nombril) ; on y érigea un temple dans lequel on plaça un monument de pierre blanche figurant un nombril, auquel fut attaché un ruban, en forme de cordon ombilical, et on sculpta sur la pierre l'image de deux aigles. » (De Grave, T. I, p. 92.)
Voilà du symbolisme facile à expliquer.
Le gouvernement maternel est représenté par le cordon ombilical qui attache l'enfant à sa mère ; et les deux enfants, représentés par les deux aigles, montrent que la mère enfante des fils et des filles qui doivent vivre en paix sous l'égide maternelle.
Comme Helf, dans les langues du Nord, signifie moitié, on s'est figuré que d'Helf (ou Delphes) voulait dire milieu (milieu de la Terre) ; c'est une erreur. Cela signifie égalité des sexes devant la mère, et cela répond, évidemment, à une prétention de domination masculine ; les Grecs, donnant partout à l'homme le rôle de la femme, on a sans doute voulu lui rappeler qu'il n'est que la moitié de l'humanité. Delphes devint le siège de la religion, le centre des sciences et l'académie de la Grèce.
La ville de Delphes fut, plus tard, appelée Pytho (de Put qui signifie puits ou caverne), d'où les noms de Pythie, pythonisse (écrits comme ils doivent l'être, Puthie, puthonisse, qui dérivent du verbe putten (puiser), d'où cette expression : un puits de science).
Les Mystères de Samothrace furent apportés du Nord ; Pausanias appelle cette ville « une colonie de réfugiés ». (De samen, ensemble, et trechein, ce qui veut dire voyager, émigrer, se réfugier.)
Eleusis vient de El-hus, qui est synonyme de Hem-el (ciel, maison sainte), quoique écrit autrement. On sait que les Galates portèrent leur divinité Gala-thée dans la partie centrale de l'Asie Mineure.


Phénicie
De Grave, savant belge, a écrit, en 1806, un ouvrage intitulé République des Champs Elysées. Nous y lisons ceci (T. 1, p. 109) : « Les Phéniciens sont originaires de la côte septentrionale de la Gaule. Il existait, dans ces endroits, des peuples de ce nom du temps de César, ce sont les Veneti de la Gaule. »
Strabon nous donne les premières idées de cette origine en disant que les Vénitiens de l'Adriatique étaient une colonie de Vénètes gaulois. Vénitien et Phénicien sont des termes équivalents, le ph grec remplace notre lettre V.
Il y a plus : on sait que le mot Phénicie vient du mot Phénix. Or, si nous écrivons ce mot avec un V au lieu du ph, nous avons Venix, dont les Latins ont fait Vénus. Et les Vénètes sont les disciples de Vénus.
Les noms de villes phéniciennes se retrouvent également dans le nord de l'Europe.
On y trouve les Sidoniens-Atlantes, qui auraient fondé la ville de Sidon. On les appelle aussi Sithoniens. Par le mot Sithoniens on doit entendre les colons de Sithium, dans la Mœrinie gauloise. « La patrie des Saxons portait le nom de Morinie, mot que plusieurs écrivent Mœres. » (De Grave, T. III, p: 219.)
Les Sithoniens sont les Morisènes, qui s'écrit Morigènes. Morigène signifie aussi né des Mœres, c'est le même mot que Mœrini. Sa signification n'est pas douteuse, c'est le pays où règnent les Déesses-Mères (Mœres).
Quelques-uns, pour cacher cette origine, ont fait venir Morini de mor (mer), disant que, autrefois, mor, devenu mar, est devenu finalement meer. Et alors Morin veut dire marin et non Mœrini (de Mère ou maternel). Et, pour soutenir cette origine, on nous dit que les Suèves vénéraient Isis sous la forme d'un bateau et que Suève vient de swenen (voguer). Mais tout cela ne prouve-t-il pas que les relations qui s'étaient établies entre le centre primitif de la culture et les diverses succursales se faisaient par mer ? Il y a longtemps que l'on sait que les Phéniciens étaient de hardis navigateurs.
Parmi les villes sacrées de l'Assyrie, nous trouvons Istha-Kar. « Ce nom devrait être écrit Ysdham-Khaîr, c'est-à-dire ville divine », dit Fabre d'Olivet, parce que, dans l'ancienne langue des Celtes, Is est le nom de la Divinité.
Du reste, Fabre d'Olivet ajoute : « Dans l'ancien idiome des Iraniens, Isdham signifie Dieu ou Génie, comme il le signifie encore en hongrois. »
Ajoutons que le mot Kar, qui complète le nom, signifie chez les Celtes demeure, maison.


Etrurie
Celles que nous avons appelées les premières institutrices sont désignées chez les Latins par le mot Dryades, mot qui signifie dans la mythologie Nymphes des forêts. Les Germains les appellent les Dames des forêts et des eaux. On disait aussi Hamadryades. Mais on ajoute que Dryade vient de Drud, et nous avons vu que drud sert à désigner l'enseignement des sciences. Voici comment Dottin l'explique (Ant. Celt., p. 364). « Il est probable, dit-il, que le dratis drasidæ dryaridæ d'Ammien Marcellin repose sur une mauvaise lecture, ou est la traduction d'une étymologie populaire. Pour les copistes de Lucain et les historiens de l'Histoire d'Auguste, l'étymologie grecque de druide est si bien passée dans le domaine public que les druides et les druidesses sont devenus des dryades, driadæ, dryadæ. »
Voilà une explication qui met après ce qui est avant et fait venir les dryades des druides, alors que ce sont les druides qui ont remplacé les dryades. Nous n'avons pas à nous en étonner, c'est ainsi qu'on a écrit l'histoire.
Citons encore de Grave, qui dit (T. I, p. 87) :
« Les savants élyséens, en propageant leur sublime doctrine, se sont affilié tous les grands peuples de la Terre, partout ils ont laissé des traces de leur science qui, souvent, nous serviront d'éclaircissement dans des points difficiles ».
Et ailleurs (p. 84), le même auteur dit ceci :
« Originairement, les savants étrangers sont tous frères des druides. Les brahmanes, les mages de Perse, les prêtres Chaldéens, les pontifes d'Egypte, les philosophes grecs, les druides, ont tous une patrie commune ; et cette patrie, c'est la République Elyséenne ou des Atlantes, qu'on peut regarder, sous ce rapport, comme une OFFICINA GENTIUM. C'est de cette région que sont partis les savants philanthropes qui ont civilisé et endoctriné les nations : les brahmanes conviennent eux-mêmes qu'ils sont étrangers aux Indes. Le Zend-Avesta suppose la patrie primitive des prêtres chaldéens au 50ème degré de latitude, où la nuit la plus longue est le double du jour le plus court. Les mots brahmanes et mages expriment dans la langue néerlandaise (flamande) la véritable profession de ces savants ; brachman signifie Gymno-Sophiste, savant d'école et Mage naturaliste ou scrutateur de la nature divine et humaine. »


ORIGINE LOINTAINE DE L'ERREUR SOCIALE
Le désordre social a été engendré par l'erreur ancestrale devenue l'erreur religieuse.
La Religion, c'est la force morale qui gouverne les hommes même à leur insu, puisque c'est elle qui fait les mœurs et les mœurs sont au-dessus des lois. Elles font les lois.
Donc le régime religieux est au-dessus du régime politique, même lorsqu'une religion cesse d'exister comme puissance reconnue, si sa morale persiste et perpétue le mensonge social.
On ne change pas une nation en changeant sa politique. On la change en réformant ses mœurs, et pour réformer les mœurs il faut changer les idées.
Pour cela il faut deux choses :
1° Faire la lumière sur l'ancien fonds de traditions qui sert de base à la vie morale et sociale, c'est-à-dire faire l'histoire réelle des religions.
2° Etudier les lois de la Nature, créer une science impartiale, dégagée des idées préconçues que les préjugés religieux et sociaux ont ancrées dans l'esprit des hommes et qui influencent les savants eux-mêmes, puisqu'ils mettent les préjugés religieux et sociaux, c'est-à-dire la fausse morale, au-dessus de la recherche de la vérité. Ils partent de la même erreur que les prêtres, une erreur lointaine qu'ils considèrent comme inattaquable.
Renan avait raison quand il disait : « La prochaine révolution ne sera pas politique, elle sera religieuse et morale ».


ORIGINE DE LA RELIGION
Faire l'histoire des religions et des systèmes philosophiques qui ont surgi autour d'elles, c'est faire l'histoire de la psychologie humaine.
L'évolution religieuse, c'est l'évolution psychique de l'homme déroulée à travers les siècles. Elle répond à des lois aussi certaines que celles qui régissent les phénomènes physiques et les phénomènes biologiques.
L'état psychique de l'homme jeune a eu comme résultat de faire naître la manifestation sentimentale, qui dure depuis les temps les plus reculés, qui durera éternellement, et qu'on appelle, dans les temps modernes, la Religion.

L'HISTOIRE RECTIFIÉE
L'Histoire réelle de la Terre et de ses habitants n'a jamais été faite, les hommes ne l'ont pas voulu, ils ont jeté un voile sur la moitié des temps et les ont retranchés des fastes du monde.
Et cette partie supprimée est cependant la plus importante, puisqu'elle contient l'explication des principes, c'est-à-dire des premières actions des hommes, de leurs premières idées, de leurs premiers travaux et des impressions reçues dans la jeunesse ancestrale (voir l'article sur les « faits et temps oubliés »), qui se sont gravées dans le cerveau humain d'une façon si profonde que l'atavisme les fait renaître dans chaque enfant qui recommence la vie.
Et ceci nous explique pourquoi nous avons deux espèces de connaissances : celles qui furent acquises dans le monde primitif qu'éclairait la lumière de la Vérité, et celles qui furent acquises par la suite dans un monde déjà livré à l'erreur et au mensonge.

LA RELIGION PRIMITIVE
En remontant dans le passé pour chercher l'origine de la Religion primitive, nous découvrons qu'elle était basée sur les lois de la Nature, qu'elle était naturelle. Et c'est en cela qu'elle diffère des religions modernes qui, toutes, sont basées sur la violation de la Nature, qui sont surnaturelles. Et comme toutes les erreurs triomphantes sont intolérantes, elles ne se laissent pas discuter, parce que leurs prêtres ont une conscience vague des absurdités qu'ils enseignent. Comme tous les usurpateurs, ils condamnent, avec la dernière rigueur, le régime antérieur au leur, celui qu'ils sont venus renverser.
L'évolution religieuse a donc eu deux grandes phases bien tranchées :
- La Religion naturelle.
- Les Religions surnaturelles.
L'histoire des religions, c'est l'histoire des luttes de sexes, des luttes de la vérité et de l'erreur, du bien et du mal, de la justice et de l'injustice. C'est parce que c'est l'histoire des luttes de sexes que si peu d'hommes consentent à chercher et à dire toute la vérité dans cette question réputée dangereuse.
Elle contient un grand danger, en effet, pour les prêtres de tous les cultes qui s'appuient sur le mensonge, puisqu'elle lève entièrement le voile qui cachait la Vérité.
Leur sécurité relative vient de ce qu'ils s'appuient sur l'ignorance universelle. C'est que, pour faire l'histoire vraie des religions, il faut connaître l'évolution de la pensée humaine et l'évolution des sentiments, et cette histoire complexe restait à faire.
La nature fondamentale de l'humanité a toujours été la même ; il n'y a de différences que suivant les âges et le sexe. Et c'est justement cette différence sexuelle qu'il importe de connaître pour comprendre l'histoire. « Plus on avancera dans les études anthropologiques, disait M. de Quatrefages, plus on reconnaîtra que, si les peuples, les races diffèrent, l'homme, l'espèce, sont les mêmes sur toutes les terres, sous tous les climats ».
Il faut donc pour faire briller la Vérité et établir la Justice, un frein qui entrave les instincts pervers de l'homme ; ce frein, c'est la Religion, ce lien sacré qui unit l'homme à la Femme.
« La Religion, c'est la conciliation vivante et heureuse de la dépendance et de la liberté », dit M. Auguste Sabatier dans La Religion de l'autorité et la Religion de l'Esprit .
On ne peut pas mieux dire.
La Religion naturelle ne peut être conçue sans une autorité qui soit investie du droit et du pouvoir de réduire à l'unité les opinions dissidentes...
Cette autorité réside dans la Déesse.
La morale doit avoir sa racine dans la croyance en la Femme Divine, car le sentiment naturel du bien et du mal, sans aucune pratique pour réveiller en l'homme la conscience de son imperfection et le besoin de s'élever vers l'idée éternelle du bon et du juste, ne suffirait pas pour conduire l'homme à l'accomplissement de ses hautes destinées.
L'Idée Divine, dans l'esprit de l'homme, ne provient pas de l'enseignement qui lui est donné ; elle provient d'un atavisme lointain qui lui remémore les idées confuses de sa jeunesse phylogénique. Dans le passé perdu, l'homme a su qu'il existait au-dessus de lui un être supérieur à lui en puissance intellectuelle et en grandeur morale, un pur Esprit. Ce fut d'abord la vierge adolescente, la Femme jeune, puis l'idée s'amplifia dans son cerveau et grandit jusqu'au surnaturel dont il dota la Divinité.
La Religion naquit d'un phénomène psychique et le culte fut primitivement individuel, réduit à un couple, l'homme et la femme qui sont le Prêtre et la Déesse, créant ensemble un lien d'amour.
L'idée divine, comme nous l'expliquons, a pour conséquence le sentiment religieux, c'est-à-dire le lien qui unit l'homme à la Divinité. C'est ce qui explique qu'un savant comme Burnouf dit : « Certes, j'admets que l'idée de Dieu est la base et le fond de notre raison ». Mais, lorsque les hommes changent la nature de la Divinité, en font un homme ou un être invisible, le sentiment pour elle ne peut plus exister.
Si l'idée divine est universelle, c'est parce que la Religion naturelle a régné partout au début des sociétés humaines. Burnouf, décrivant cette Religion naturelle, dit (Science des Religions, p. 191) :
« La Religion est un acte intellectuel par lequel l'homme reconnaît une puissance supérieure, et un acte d'amour par lequel il s'adresse à sa bonté. Ces actes ne sont point des abstractions et ne peuvent s'expliquer que par des raisons scientifiques. Ce sont des réalités où l'homme est acteur depuis les temps les plus anciens, ce sont des œuvres qu'il n'a cessé d'accomplir aux époques de haute civilisation comme aux époques de barbarie ou de décadence. Il faut donc admettre, à moins d'accuser d'insigne folie le genre humain tout entier, que les formules sacrées, ainsi que les rites et les symboles, couvrent quelque chose de réel, de vivant et de permanent qui donne à toutes les religions leur durée et leur affinité.
« Cet élément doit jouer dans leur longue et multiple histoire le même rôle que la vie dans les corps organisés. L'anatomie et la morphologie, qui donnent l'analyse des formes externes ou internes de ces derniers, n'expliquent rien si elles n'ont sans cesse, à côté d'elles, cette idée de la vie qui anime et produit ces formes mêmes. Mais, du moment où elles font intervenir comme moyen d'explication un principe vivant, elles cessent d'être purement descriptives et deviennent la physiologie. De même, si la notion mystérieuse qui se cache sous les formules sacrées est négligée, ni l'archéologie, ni la linguistique ne peuvent rendre compte de la naissance et du développement des religions, non plus que de leurs analogies entre elles. Ce fonds commun, qui persiste à travers l'humanité, leur échappe ; les mythologies ne paraissent plus que des amusements ou des inventions des poètes, et ce fait immense de l'empire exercé par les religions sur les hommes, de cette puissance mystérieuse qui a rempli d'autels les cités, chargé des générations entières de labeurs exécutés par elles avec allégresse, souvent aussi armé les nations les unes contre les autres, bouleversé les États, renversé les dynasties, ce fait demeure sans raison d'être, la science est muette devant lui.
« Il y a donc dans les religions une idée fondamentale qu'il faut avoir sans cesse à l'esprit, quand on parcourt les faits constatés par la linguistique et par l'archéologie, car c'est cette idée qui donnera l'interprétation des faits. La science cesse alors d'être une pure analyse et prend sa place dans l'ordre des sciences physiologiques ( et psychologiques). Cette idée peut se lire cent fois en termes simples et sans formules symboliques dans le Véda ; puis, une fois qu'on l'y a saisie, on la retrouve partout dans les religions des temps postérieurs ; elle y anime les cérémonies du culte, se cache sous les symboles, donne aux expressions dogmatiques leur sens, leur portée et leur unité, s'épanouit enfin en doctrines morales, en pratiques et en conséquences de toute sorte, dont le génie des peuples et la différence de milieu suffisent pour expliquer, la diversité. »
Burnouf dit encore (Science des Religions, p. 428) :
« Si tous les faits d'observation étaient ramenés aux vérités absolues et rangés dans le domaine de la science, il n'y aurait plus aucune diversité entre les opinions ; toute discussion serait terminée. La raison est donc le principe d'unité entre les hommes. (Mais les déraisonnables, qui sont les hostiles, ne peuvent entrer dans l'union.)
« En outre, la psychologie a démontré que c'est par l'effet des vérités absolues que nous attribuons quelque vérité à nos autres conceptions.
« La raison est donc le principe d'unité entre tous les hommes. La raison est le fond primordial de la pensée. Chez les Grecs, elle a reçu le nom de Logos ou de Verbe. Dans le Véda, elle porte celui de Vâk (en latin Vox) qui a la même signification. C'est ce que les religions et les philosophies appellent « l'idée de Dieu » (c'est-à-dire émanée des Déités). Cette idée constitue donc le fond de la pensée à tous les degrés. Elle engendre la métaphysique. »
C'est vers cette unité de pensée que convergent toutes les analyses faites dans les sciences physiques et naturelles. La science qui la résume et qui permet d'en faire la synthèse est celle qu'on a nommée métaphysique ; son rôle commence où finit celui des sciences particulières.
La femme commence où l'homme finit.
Burnouf dit encore (page 415), après avoir parlé de la faculté de concevoir la vérité absolue dont les mathématiques ne sont qu'une partie :
« Les mathématiques pures n'ont qu'une très faible portée philosophique et s'accommodent de tous les systèmes. Les quantités qu'elles ont pour objet sont les diverses formes de cette possibilité d'être que les Asiatiques ont appelée Mâyâ et que Platon nommait aussi la Mère, le lien, la dualité. Or, quelle que soit la métaphysique à laquelle on s'arrête, cette Mâyâ est la condition inévitable de tout phénomène réel ou seulement possible ; elle a donc en elle quelque chose d'absolu ; c'est ce qu'avaient compris les Indiens et Platon ».
Burnouf trouve que cette pensée primordiale est la forme unique de laquelle dérivent toutes les formes individuelles de la pensée (c'est-à-dire qu'elle est la forme de la raison pure qui règne en l'esprit féminin, tandis que chez les hommes les formes individuelles sont multiples).
L'histoire des religions s'explique par deux éléments psychologiques : l'amour et la haine, la soumission et la révolte, l'humilité et l'orgueil. Mais l'axe autour duquel tournent ces sentiments est l'antique Déesse. Impossible de rien comprendre aux religions si l'on ne connaît pas cette cause première du sentiment religieux.
Le consentement et les dissentiments de l'homme expliquent la diversité des dogmes. Il consent à croire la Vérité ou il la nie, la discute et la remplace. Alors apparaît l'Erreur avec toutes les oppressions qui l'imposent.
C'est par le consentement que se forme l'orthodoxie, qui a pour point d'appui l'autorité.
Il y a entre toutes les orthodoxies de la Terre une somme de dogmes communs qui représentent la Religion naturelle primitive, un résidu des croyances qui ont subi des déviations locales, mais toujours avec le même but : faire passer l'autorité morale de la Déesse au Prêtre usurpateur et, pour y arriver, altérer les anciennes croyances dans une forme divine concrète.
Mais, comme ces altérations sont différentes chez les différents peuples, ce sont justement elles qui sont les causes de luttes, de guerres, de persécutions ; le fonds primitif disparaît, on ne le discute pas, on ne le comprend plus. Si on le connaissait, on verrait que tous les peuples ont le même fonds commun de croyances, puisque tous ont commencé par adorer le divin féminin, tous lui ont rendu un culte qui n'a pas beaucoup varié d'un endroit à l'autre. Les doctrines naissent les unes des autres, mais d'abord elles ne sont toutes qu'une seule doctrine.
Ce sont les diverses formes dissidentes qui, pour les hommes, sont devenues « l'orthodoxie ».
A mesure que la doctrine fondamentale se revêt de formules conventionnelles qui la dévient du sens primitif, sous prétexte de la rendre plus conforme aux conditions nouvelles ou locales, c'est-à-dire aux intérêts masculins des prêtres, une réaction se produit, la contradiction naît, c'est-à-dire l'effort pour renverser l'interprétation nouvelle et ramener l'idée à son origine, et ce n'est que sous l'oppression que la pensée s'éteint, s'arrête, hésite, du reste pour reprendre son élan aussitôt que la liberté renaît.
La chute des orthodoxies masculines (les religions surnaturelles), n'intéresse pas la Religion naturelle. Bien plus, cette chute la dégage des obstacles qui l'obstruent et l'étouffent. Le dogme de l'homme, du Prêtre, est une force oppressive qui impose l'erreur.
Nous qui venons à la fin des temps, nous avons sous les yeux la multitude innombrable de débris dont l'histoire est jonchée : débris de livres, débris de monuments, de traditions, de langues, de rites et d'institutions. Notre tâche est d'en comprendre la signification morale et d'en extraire la Science des Religions qui n'a pas été faite jusqu'ici .
Et c'est cela qui remettra la paix dans le monde, car c'est autour du mot Religion que toutes les passions humaines se sont déchaînées. Les discussions, les luttes, les guerres ont, presque toutes, été provoquées par un mot dont, aujourd'hui, on ne comprend plus la signification.
 
LUTTE DES HOMMES POUR LE POUVOIR SPIRITUEL
Pendant que les plus audacieux s'emparaient du pouvoir religieux, d'autres formaient un parti d'opposition, un pouvoir laïque, en perpétuelles luttes avec les premiers, et toujours leurs discordes avaient pour prétexte « la Vérité » que ni les uns ni les autres ne possédaient.
Les Prêtres prétendaient l'enseigner, en se basant sur une tradition qu'ils avaient altérée. Les laïques leur montraient leurs erreurs et voulaient substituer à leurs dogmes des dogmes nouveaux, fondés sur des hypothèses forgées de toutes pièces dans leur imagination et qu'ils enseignaient au nom de la raison, quoique ces dogmes laïques, instables du reste, n'avaient pas plus de valeur que ceux des Prêtres. Ils en avaient même moins parce que, au fond du dogme religieux, on retrouvait la science antique, l'Absolu féminin, tandis que dans la science des hommes cet Absolu, quand on l'apercevait, était condamné au nom de la raison de l'homme qui créait le relatif. En réalité, ces luttes n'avaient qu'un but : conquérir le pouvoir en dirigeant l'Instruction publique et en enseignant aux jeunes générations que le gouvernement des vainqueurs était le meilleur des régimes.

COMMENT ON A ÉCRIT L'HISTOIRE
Il est des gens naïfs qui croient que l'histoire est le récit exact des faits du passé. Ils semblent ignorer que le monde est, depuis longtemps, régi par le mensonge et que le désordre de la société actuelle en est la conséquence.
Il est curieux d'étudier comment cet ordre de choses a commencé, quels ont été les mobiles des premières erreurs voulues, et quels hommes, les premiers, ont eu l'audace de les écrire.
A toutes les époques, il y a eu des partis qui, voulant s'emparer d'un pouvoir auquel ils n'avaient pas droit, ont appuyé leurs prétentions sur une idée, un système, une théorie religieuse ou sociale, qu'ils ont propagée par violence, par fraude ou par ruse. Deux moyens furent notamment employés pour faire disparaître les témoignages gênants de la splendeur du régime féminin : la destruction et l'altération des textes.
L'ère de destruction s'ouvrit au VIIIème siècle. On précise même la date : cela commença en 747 avant notre ère, c'est-à-dire au moment où la classe sacerdotale se constitua.
Un roi de Babylone nommé Nabou-Assar, rempli d'un orgueil fanatique et irrité des éloges qu'il entendait prodiguer au régime antérieur, s'imagina qu'il suffisait de faire disparaître sa trace dans l'histoire pour remplir l'univers de son nom et rendre sa domination légitime. Il fit effacer toutes les inscriptions, briser toutes les tables d'airain et brûler tous les papyrus. Il voulait que l'époque de son avènement au trône fût celle qui commençât l'histoire. Et cette idée devait triompher ; l'histoire antérieure au régime masculin devait, pendant longtemps, être effacée.
Nous savons qu'une semblable idée était venue aux Romains, qui, après l'établissement d'une république qui ne laissait aucune place à la Femme, firent détruire les livres de Numa qui contenaient certainement des faits qui faisaient connaître le régime gynécocratique, encore existant à son époque.
Il paraît également certain qu'on fit aussi détruire les monuments et les écrits des Thraces et des Volsques.
Le souvenir d'un pareil événement s'est perpétué aux Indes. On sait assez qu'il eut lieu en Chine et que l'empereur Tsinchi-hoang-ti alla encore plus loin que Nabou-Assar, en défendant sous peine de mort de garder aucun monument littéraire antérieur à son règne (voir l'article du blog consacré à la Chine).
Ce système est resté dans les habitudes de tous les conquérants, de tous les usurpateurs, il a même pris des proportions formidables dans les religions modernes.
N'oublions pas que la fameuse Bibliothèque d'Alexandrie a été brûlée trois fois, que les papes chrétiens ont fait détruire un grand nombre de monuments antiques, que les archives du Mexique et celles du Pérou ont disparu pour satisfaire le zèle fanatique d'un évêque espagnol.

Puis, lorsque ces partis triomphaient, ils avaient soin d'abord d'écrire l'histoire passée, la montrant comme une longue préparation de leur triomphe qu'ils justifiaient par une aspiration des foules existant depuis longtemps.
Pour répandre l'histoire ainsi écrite, ils créaient un enseignement obligatoire dans lequel ils ne manquaient pas d'avilir leurs ennemis, ceux qu'ils avaient vaincus et qu'ils représentaient toujours comme des barbares ou des gens de mauvaises mœurs. Eux-mêmes se représentaient comme des sauveurs apportant tous les progrès.
Or, tout cela était mensonge et il importe aujourd'hui de rechercher la vérité cachée, c'est-à-dire le plaidoyer des vaincus, leur véritable état social et moral.
En rétablissant le rôle de la Femme dans l'histoire, en rectifiant les falsifications des textes, nous retrouvons une science grandiose, nous refaisons la véritable évolution humaine et nous l'envisageons non seulement dans le passé, mais dans son avenir, car la science a une grande puissance, celle de faire connaître le futur, par des déductions infaillibles du passé.
Partout la vérité s'imposa à la Femme Divine, et partout Elle la déposa dans les Livres devenus sacrés. En comparant entre elles toutes ces Ecritures, nous y trouvons les mêmes récits, mais avec des altérations différentes.
Cependant, les altérations sont si grossières, si maladroites, si inintelligentes, qu'il ne faut pas une science bien profonde pour les rectifier, il faut seulement de la bonne foi, ce que n'ont pas toujours les savants modernes qui continuent l'œuvre du Prêtre, en laissant dans les textes des noms d'hommes sur des personnages d'une féminité certaine, le mot Dieu où il faut Déesse, le masculin pour le féminin. C'est une habitude prise, un accord tacite entre tous les hommes qui craignent de donner à la Femme des idées d'émancipation ou de revendication qui épouvantent le sexe mâle comme une menace.
Une autre méthode nous donne des résultats certains. C'est celle qui se base sur les différences de la mentalité chez les deux sexes. L'homme et la femme ne pensent pas de même, ne parlent pas de même, leurs sentiments diffèrent, leurs intérêts sont dissemblables. L'Esprit de la Femme est voué à la pensée abstraite, l'idée vient d'Elle, elle est la manifestation d'une réserve nerveuse génératrice des facultés cérébrales spéciales à son sexe. L'homme ne fait pas cette réserve, il dépense sa vie, les éléments de sa spiritualité, pendant son évolution sexuelle (voir l'article du blog consacré à la Loi des sexes). La Femme possède un au-delà cérébral qui lui permet de trouver et de comprendre les causes cachées qui régissent la Nature. L'homme ne peut trouver par lui-même ces causes, son champ cérébral ne s'étend pas jusque là, il voit des faits isolés, ne les enchaîne pas en longues théories, seule façon de prouver, il ne classe pas les faits, mais généralise sans ordre.
C'est parce qu'il sait qu'il n'a pas cette faculté créatrice des idées abstraites qu'il s'appuie sur la Révélation, cette voix du dehors qui lui dit ce qu'il faut croire.
Quand des hommes plus audacieux que les autres voulurent s'élever jusqu'à l'Esprit féminin, ils s'égarèrent dans les nuages de l'imagination, perdirent la notion du réel, grossirent les objets, amplifièrent les choses, dépassant les limites ou retombant lourdement dans les minuties de la vie matérielle ou dans le délire de la vie sentimentale et sexuelle. Les ailes artificielles de ces Icares ne les ont jamais élevés bien haut. Du reste, n'oublions pas que c'est l'intérêt qui dicte les actions de la vie humaine, non l'Amour de la Vérité.

Nous allons donc étudier l'histoire cachée, falsifiée, dénaturée, chercher la source lointaine de nos croyances, de nos traditions, de nos préjugés ; nous allons nous efforcer d'éclairer les hommes sur les erreurs du passé, de les rectifier et de rétablir partout le rôle glorieux de la Femme, effacé par les Prêtres de toutes les religions et les misogynes de tous les pays.
Nous nous appliquerons surtout à révéler aux hommes de bonne foi les œuvres de l'esprit féminin, nous essaierons de leur faire connaître la science cachée, les livres condamnés. Nous sortirons de l'oubli les vérités étouffées et nous mettrons en pleine lumière l'histoire si attachante des Mystères de l'antiquité.

FONDATION DES MYSTÈRES
On comprend facilement qu'au milieu de la persécution qui obligeait les femmes à se cacher pour pouvoir librement exprimer leur pensée et la communiquer aux autres, on ait institué un enseignement donné dans le secret pour continuer à expliquer les lois de la Nature.

« Tous les anciens écrivains qui ont traité des anciens Mystères conviennent que l'origine des initiations se perd dans la nuit des temps et qu'elle remonte aux premiers âges de la civilisation des peuples ; la célébration des Mystères est le fond de la première religion, elle nous retrace tous les dogmes essentiels de la vraie croyance religieuse. Dans le commencement, le cérémonial des initiations a été simple et modestement adapté au sujet, comme il arrive dans toute institution primitive.
« Il a varié en passant chez les nations étrangères (qui ont substitué des Prêtres aux Prêtresses), en raison du zèle religieux qu'on a mis à l'adopter et du luxe qui régnait dans chaque pays où il s'introduisait.
« Les Mystères les plus estimés pour le fond de piété étaient ceux de Samothrace ; les plus célèbres pour la pompe et la magnificence étaient les Mystères d'Eleusis près d'Athènes. Ces derniers étaient appelés les Mystères par excellence ; et le sanctuaire d'Eleusis passait pour le grand Temple de la Grèce.
« Eleusis vient de Elusium Campus (Champs Elysées). On le fait dériver de venir, arriver, pour désigner l'arrivée de Cérès dans l'Attique. » (De Grave, Ch. El., t. III, p. 234.)
On appelle Démiourgos la Déesse qui préside aux initiations. On a toujours interprété ce mot par celui d'Architecte ou Créateur du monde (monde physique, elle crée les villes, monde biologique, elle crée l'enfant).
On a donné à ce mot Démiourgos la signification de facteur du peuple et de fondatrice des nations policées, ou architecte du monde moral.
C'est la Loi des sexes, surtout, qu'il fallait cacher, et c'est le premier culte qui avait été le fond de la religion théogonique qu'on voulut perpétuer. Tout le symbolisme se rapporte à cette question qui domine toutes les autres, puisqu'elle explique l'Esprit.
C'est pour cela qu'on faisait les initiations symboliques dans des endroits circulaires ou ovales, destinés à représenter la forme de l'œuf d'où tout vient. De là ce dicton latin : Omne vivum ex ovo.
C'est de Vénus qu'on a fait le mot véniel et une infinité d'autres mots qui ont tous un caractère sacré.
Remarquons que ce qui est sacré est caché, parce que c'est cela qui était empêché et persécuté. Il existe une petite collection d'autels votifs au Musée des antiquités gallo-romaines des Augustins de Toulouse. Sur ces autels se trouve représenté le sexe féminin et au-dessous le swastika. Nous laissons aux lecteurs perspicaces le soin de faire le rapprochement entre ces deux images...


LES MYSTÈRES
Théophile Cailleux nous dit (Origine celtique de la Civilisation, p. 124) :
« Les mystères avaient pour objet la reformation de l'homme ; ils le prenaient brut et, le travaillant à neuf, s'attachaient à retrancher de son coeur jusqu'aux dernières fibres de la vie sensuelle, à lui enlever sa première âme, et, quand ils en avaient fait un homme nouveau, ils lui inspiraient un souffle créateur qui lui rendait une seconde vie.
(Dans les Dionysies, Iacchus, le nouveau fidèle, est nommé Bimater ; de même que les poésies sanscrites, parlant des Brahmanes, les nomment « les deux fois nés », Dwidja. Dans le même cas, Circé appelle Ulysse « deux fois mort ».)
« Les hommes qui avaient subi cette mue formaient une génération mystique, une famille de frères qui, nés d'une mère commune, anéantis dans sa volonté, ne vivant plus que de son âme, lui appartenaient de tout leur être ; aussi ne se présentaient-ils jamais devant la grande Déesse sans être parés d'un signe de dépendance. Le siège de cette puissante transformation était aux bouches du Hélion (la Meuse), désignée sous l'emblème de Nehal Ennia (sa statue a été découverte en 1647 dans l'île Walcheren) ; sa fécondité mystique était figurée par les fleurs et les fruits qui remplissaient son giron (ainsi nous comprenons ce que nos pères appelaient le giron de l'Eglise) ; autour d'elle étaient ses enfants dévoués, les Druides, portant comme marque de servitude un collier d'or, qui était, selon Strabon, leur principal attribut.
« Quand les émigrations celtiques propagèrent au loin cette religion, les colonies fondées relevaient toujours de l'Eglise originaire ; elles en faisaient une statue hiéroglyphique et l'hommage rendu à cette déité s'adressait à la primitive et véritable Sion. Cette image se composait de symboles exprimant les opérations virtuelles de Nehal Ennia.
« C'est aux bouches sacrées des grands fleuves que les nations les plus anciennes ont placé leurs mystères (Meuse, Rhin, Escaut, Nil, Gange, etc.). Les îles que forment leurs deltas étaient une retraite naturelle, facilement accessible aux populations primitives ; elles y déposèrent leurs objets précieux, en interdirent l'accès aux profanes et les déclarèrent Tabou (sacrées). C'est ainsi que l'île Scaldia, la plus célèbre de celles que forment les jonctions complexes de ces trois fleuves (le Rhin, la Meuse et l'Escaut), fut surnommée l'Escaut Tabula (1). Toute la région qui avoisine ces trois fleuves est donc pleine de mystères. C'est là que le peuple des Celtes a sa racine ; c'est là qu'il a grandi, qu'il s'est fortifié dans la lutte, qu'il s'est fait tel que nous le voyons. » (Cailleux, Origine celtique de la civilisation, p. 18).
La Meuse est appelée le fleuve du soleil. Tacite, Pline, Ptolémée, Homère, appellent la Meuse Hélion, le Soleil.
Elle est aussi appelée Musœus (Muses). On lit dans Métaphraste, l'historiographe byzantin, que le saint ermite Sabas se noya, chez les Goths, dans le fleuve Musœus. Et Cailleux dit (p. 117) :
« Le berceau des anciennes religions est aux bouches de la Meuse, au centre de l'antique pays des Celtes ; c'est de là qu'elles se propagèrent dans les autres régions.
« Ce sont les historiens de Rome qui ont fait connaître les Celtes. Dans César, ils nous apparaissent comme livrés aux recherches de pure spéculation. Dans Tite-Live, ils franchissent leurs barrières pour répandre au loin leurs émigrations et leurs idées.
« Nul peuple, à aucune époque, n'a élevé plus haut ses recherches et propagé plus loin ses découvertes ».
La colonisation de l'Inde par les anciens Celtes est connue. (voir l'article « Celtes et latins »)
(1) Géographie de Ptolémée

LES MYSTÈRES DRUIDIQUES
Dans la Grande-Bretagne et dans la Gaule, on faisait des initiations symboliques dans des endroits circulaires ou ovales, destinés à représenter l'œuf d'où tout vient.
Les lieux d'initiation étaient découverts ; les cérémonies se faisaient à ciel ouvert.
On devait les construire avec de la terre et des pierres brutes, non souillées par un outil métallique. Les métaux, le fer, étaient en abomination, parce que c'étaient les hommes ennemis qui les travaillaient et qui les faisaient servir à des arts abominables, à des crimes.
Les initiés portaient une chaîne spéciale qui les faisait reconnaître et admettre dans les lieux secrets.
La principale époque d'initiation était le 1er mai, le mois de Maya. Il était défendu de consigner par écrit les rites et les doctrines secrètes.
Les mystères avaient trois degrés :
1°) Les Bardes.
2°) Les Faids ou Vates.
3°) Les Druides.
Au premier degré, l'aspirant était revêtu d'un vêtement tricolore représentant les couleurs sacrées :
- blanc, symbole de lumière,
- bleu, symbole de vérité,
- vert, symbole d'espérance.
Au deuxième degré, il était habillé en bleu.
Au troisième degré, quand il avait triomphé de tous les obstacles et était arrivé au sommet de la perfection, il recevait une tiare rouge et un manteau flottant d'une blancheur éclatante.
Dans les dialectes celtiques, ce manteau blanc semble conférer la sagesse, et on confond le mot blanc et les mots sage, spirituel, savant. On dit encore en allemand weiss (blanc) et wissen (savoir). En anglais, white (blanc) et wit (esprit), wisdom (sagesse).
Dans les épreuves, on représentait la mort de la Femme pendant la grande persécution et sa résurrection ; elle renaît engendrée par la matrice de la grande Coridwin (Cerridwen, Kerridwen, Korridwen, Karridwen).
Les Druides représentaient le serpent (l'homme méchant) par Hu. Des ailes déployées représentaient l'esprit divin.

Dans les Mystères de la Celtide, on comparait les deux évolutions mâle et femelle au flux et au reflux de la mer, l'une qui va en avant, l'autre en arrière. Back, qui signifie dos, voulait dire rétrogradant. Le flux et le reflux sont appelés Ebbe. (C'est de ce mot qu'on fit Eubage, prêtre divinatoire.)
L'escarpolette sacrée est aussi une imitation du flux et du reflux. En grec, on l'appelle Aiôrani. Ce symbole est l'origine d'une expression restée dans le langage ironique : « C'est une balançoire », ce qui veut dire quelque chose qui nous ennuie et qui revient toujours.
L'endroit où l'on célébrait les Mystères qui étaient les plus renommés s'appelait Is. On disait Is-la-Grande. C'était le nom de la Divinité féminine, la Mère universelle.
De ce nom viendra Isis, Isca, Ichalis, Isa (1), Isha en arabe, Ischen en Mexicain, mot qui signifie jeune fiancée pour les peuples qui ont perdu la tradition.
Le pays des Déesses celtiques est appelé Is-land ; il s'étendait dans tout le Nord de l'Europe.
Ajoutons à ceci que Cybèle était Matrice des Galates et que son nom mystique est Rhéa en grec, Râ en égyptien, et nous allons voir que de ces deux noms réunis, Is et , on a fait Isra-el (el est un article). On fait aussi Bel-isa-ma, surnom de Vénus.
Bel signifie cloche dans les langues du Nord. De là les Tours de Bel, (d'où Belfort, Beffroi de bel, cloche et ferté, tour). Ce sont les anciens héméroscopes des Déesses, d'où elles étudiaient les astres, mais aussi les tours d'où elles voyaient venir l'ennemi. En cas de danger, on sonnait la cloche.
On a gardé les cloches dans tous les cultes qui ont copié les anciens Mystères.
Parmi les officiants des Mystères se trouvaient des jeunes filles, celles que chez les Israélites on appelait des Almées ; chez les Celtes, on les appelle Girl (de girdle, qui signifie ceinture). On les nomme aussi Bride (du verbe to breed, qui veut dire instruire, élever, parce que dans les Mystères l'homme s'instruit, il s'élève en recevant le baptême du feu-Principe, qui le régénère, tandis qu'il monte vers l'Esprit féminin). C'est ce mot Bride qui fit appeler le pays Brid-tania, terre des vierges choisies.
La terminaison tania se retrouve dans Aquitania, Lusitania. Elle vient peut-être de Tanit.
Le bois sacré où ils avaient lieu s'appelait chez les Grecs Orgas, en anglais Orchard (verger). L'aire sur laquelle ils se faisaient se disait floor, qui signifie plancher. Mais le mot floor a donné lieu a une équivoque, on en a fait le mot floral, qui est resté. Et l'on nous dira que la rose et la violette, qui désignent les florales, étaient consacrées à Vénus.
Les jeux floraux de Toulouse sont les souvenirs de ce mythe. L'ile de Chypre a été longtemps au pouvoir des Phéniciens. Lorsque les Grecs s'en emparèrent, ils y trouvèrent le culte de Vénus, dont ils firent Aphrodite.
« On a retrouvé dans l'île une quantité de figures de la Venus de Chypre, toutes ces statues portent une fleur à la main et sont reconnaissables à la couronne dont leur tête est ceinte et aux autres riches ornements du cou, de la tête et des bras ; ces statues, en terre cuite et de fabrication grossière, étaient faites à la hâte pour être vendues autour des temples ou pour être livrées aux navigateurs qui en faisaient commerce au loin. »

(1) Flavius Josèphe dit que les Hébreux donnent à la Femme le nom de Issa.

LES INITIATIONS DRUIDIQUES
Si nous n'avions pour nous guider que ce que les anciens ont dit de l'institution druidique, nous n'aurions à ce sujet que des idées très fausses, ceux qui en ont parlé ayant complètement supprimé le rôle des femmes, alors que c'était ce rôle qui était prépondérant.
Tous les classiques qui puiseront leurs renseignements dans les ouvrages des masculinistes grecs et latins répéteront l'opinion de César qui dit : « Les leçons que les Druides donnaient à leurs disciples roulaient en grande partie sur la nature et le mouvement des astres, sur la grandeur du monde et des terres, sur l'histoire naturelle, sur la nature et la puissance des dieux immortels. »
Cependant, ce ne sont pas les Druides qui donnaient cet enseignement, c'était la Déesse Vénus-Uranie elle-même, puis, après elle, les Dryades qui la remplaçaient, et qu'on appelait Vénérables du nom de la fondatrice des Mystères.
Quant aux dieux immortels dont parle César, on ne pouvait pas enseigner ce qui les concernait, puisqu'ils n'étaient pas encore inventés.
Pomponius Mêla, écrivain du premier siècle, parle de la doctrine des Druides dans le même sens que César (Livre III, ch. 2) : « Les Gaulois, dit-il, font grand cas de l'art de l'éloquence ; ils ont pour maîtres des sciences les Druides ; ceux-ci font profession de connaître la grandeur et la forme de la terre et du monde, le mouvement du ciel et des astres et les volontés des dieux. »
En réalité, les Prêtresses enseignantes étaient les Presbyteroi, Mater-idea ou Déesses-Mères. Il y avait ensuite les Scaldes, psalmistes qui accompagnaient les chants religieux du son de la lyre ou de la harpe.
Les Druides étaient les étudiants, les initiés qui formaient trois catégories :
Les Druides.
Les Bardes.
Les Ovates qui étaient ce que sont les novices dans les ordres modernes.
On nous dira, et c'est peut-être vrai, que l'enseignement durait vingt ans, pendant lesquels les élèves apprenaient des chants sur l'astrologie, la théologie, la physique. Le but des Mystères était aussi de cultiver la justice et de respecter les Déesses, ce que traduit ce vers de Virgile :
« Apprenez par notre exemple à être juste et à respecter les dieux. »
Naturellement, il met Dieux pour Déesses.
On montrait aux initiés la souffrance causée par l'injustice des hommes, et, comme contraste, le bonheur céleste dans le monde de Vérité.
Il s'agissait d'impressionner l'homme jeune en lui montrant la conséquence du mal qu'il se fait à lui-même par le vice.
A la fin des cérémonies, on adressait aux initiés ces deux paroles : Konx, ompax, que personne n'a expliquées.
Lorsque l'on commençait la cérémonie de l'initiation, un héraut posté à la porte du sanctuaire introduisait les candidats et écartait les autres en criant à haute voix : ABITE PROFANI, loin d'ici, profanes.
Ce héraut posté à la porte du temple a pris, plus tard, le titre de surveillant, Kœr, qui est la même chose que SKOPIA en grec, spécula, observatoire, et Kœren. La même chose aussi que episkopein (observare), surveiller.
C'est du mot episkopein que les Grecs ont formé episkopos (évêque), qui voulait dire semblable à un gardien posté sur un observatoire pour veiller à ce qui se passe dans les lieux circonvoisins. Combien les mots ont changé de signification !... Il faut les reprendre à leur origine pour montrer comment les idées ont évolué avec le temps. Ce sont ces surveillants, devenus des évêques, qui devaient un jour prendre la direction des Mystères et en exclure les femmes.
Le surveillant, appelé d'abord Mært, dans la langue celtique des Belges, fut considéré comme minime, c'est-à-dire ministre. Lorsqu'il arrivera à prendre la première place, de son premier nom Mært il fera Mars, le dieu de la guerre.
Les prêtres de toutes les religions ont gardé le caractère sacré que l'initiation leur conférait en leur donnant le titre de héros bienfaiteurs.
Mais cela ne leur suffisait pas, ils se firent appeler des demi-dieux.
Certains croient que leur nom appellatif était Mage. « Ils donnent le nom de Druides à leurs Mages », dit Pline. Mage vient de Mag (nature), et signifie scrutateur de la Nature.
Il est certain que l'enseignement qu'ils recevaient s'occupait de la nature de l'homme, de ses besoins, de ses faiblesses, de ses devoirs. C'est sur cette science qu'étaient basées les institutions sociales.
La connaissance de la Nature tenait lieu de règles et d'inspiration.
Les savants Prêtres qui ont porté en Perse la doctrine des Elyséens ont conservé le nom de Mages, parce que dans cette nouvelle terre le mot n'a pas changé d'acception (Mage, c'est Maya). Mag, racine de magie, est la science de la Nature.
C'est sur cette science qu'était fondé le culte divin. La révolution dans les idées religieuses a entraîné sa chute. Au lieu de regarder la Magie comme une science de la Nature, on est parvenu à attacher à ce mot l'idée d'un pouvoir surnaturel et malfaisant. On a prodigué le nom de Mage aux personnes qu'on croyait posséder l'art ou le pouvoir de changer l'ordre naturel des choses, d'opérer des sortilèges et des prodiges, et on a fini par traiter Circé de magicienne, de sorcière, d'enchanteresse. (Voyez de Grave, Ch. El, T. III, p. 121.)
Le grand prestige qui est resté attaché aux sciences exactes et aux méthodes mathématiques vient de ce que c'est pendant cette époque de vérité qu'elles ont pris naissance. Depuis, on a gardé les mots, mais on n'a plus compris la profondeur des lois trouvées par ces méthodes.
« On donnait le nom de mathématiciens, dit de Grave, aux savants d'un pays où les géomètres portaient le titre de Mathématiciens. Ce peuple, c'est la Belgique ; ce mot est composé de trois mots flamands, « met de mate », qui signifient avec la mesure.
« On donnait le nom de mathématiques aux sciences dont les opérations étaient assurées par des mesures prises à l'aide des instruments ou à l'aide des nombres, et qui, de là, sont appelées sciences exactes. Le mot mathesis vient visiblement de mate, mesure. »
Si la première science est venue de cette partie de la Celtide qui est devenue la Belgique, « on comprendra pourquoi le nom de Belge se trouve chez tous les anciens peuples et toujours avec la signification de grand et vénérable », dit Cailleux (Origine Celtique, p. 343). Balech en irlandais, Balk en sanscrit, signifient grand et sacré.
Seulement, rappelons que les habitants des deux Bretagnes sont appelés Belges par Ptolémée et Strabon.


ENSEIGNEMENT DONNÉ DANS LES MYSTÈRES
Un des surnoms de Vénus est Uranie, parce que c'est elle qui fonde l'astronomie, c'est-à-dire qui fait une science bien ordonnée de la connaissance des lois du ciel et des mouvements des astres.

Rappelons que chez les Grecs, la puissance cosmique était appelée Ouranos, d'où Uranie ; son nom vient de Varouna, un des noms hindous donnés à la même puissance et dont la racine var signifie couvrir.
Donc, elle étudie l'influence de ces mouvements sur les mondes planétaires, elle fait l'Astrologie qui est une science, tandis que la Cosmographie qui régnera plus tard n'en sera jamais qu'une copie grossière.
Elle étudie la nature et les effets de l'année solaire, elle partage la révolution annuelle du soleil en différentes sections ou saisons ; puis elle règle les mois d'après le cours de la lune.
L'étude des couches terrestres lui a fait comprendre que notre monde a été créé en six temps, six fécondations solaires différentes dont les prêtres ignorants feront six jours.

Elle établit les mesures du temps telles que les Chaldéens les emploient et les enseignent :
- Une génération ….........……... 30 ans
- Deux générations ……………. 60 ans
Une ère, Naros, de 600 ans, et le Saros de 3.600 ans. Il y avait aussi une grande période de 432.000 ans qui contenait 120 Saros.
L'historien Bérose assure que c'est cette période de 432.000 ans que les Chaldéens assignent à l'existence du monde, depuis la création jusqu'au déluge. C'est la grande année. Il y a aussi des petites années. (Voyez de Grave, La République des Champs Élysées, t. III, p. 163.)

LE CULTE DES ARBRES
Les Mystères, qui perpétuaient le culte de la Nature, célébraient une grande fête au solstice d'hiver devenu la Noël.
C'était une représentation symbolique du retour à la vie, de la remontée du soleil. Cette date marquait le vrai début de l'année astronomique : c'était en même temps une occasion de rappeler la grande science de Myriam (voir l'article sur « l'Israélisme ») si odieusement dénaturée par Ram (les disciples de Ram étaient appelés Ramsès en Egypte), et de raviver son culte, jamais éteint, du reste. On expliquait, dans les Mystères, que l'Arbre de Vie est, en même temps, l'Arbre de la science, que c'est en étudiant son développement que l'on comprend comment l'homme sort de la terre, croyance qui était générale. On savait que l'homme était arbre avant de devenir homme. Toute la science antique s'éclairait par cette connaissance (voir l'article sur « nos véritables origines »).
Au solstice d'hiver, à Noël, on allait en procession, à minuit, visiter les images de Myriam placées dans des petites chapelles sur des arbres. On tenait en main des flambeaux allumés pour symboliser la lumière de l'Esprit et on marchait en chantant des hymnes qu'on a longtemps appelés des « Noëls ». On arrivait ainsi devant l'Arbre qui portait l'image de Marie et, là, les Dryades expliquaient l'Origine végétale, l'Arbre de Vie et les lois de son évolution.
Par la suite, dans les pays du Nord où le froid était intense au mois de décembre, et où la terre était souvent couverte de neige, on fut obligé, par mesure d'hygiène, de modifier la cérémonie. On décida alors d'apporter l'Arbre à la maison au lieu d'aller le trouver où il était, et de continuer l'antique Mystère dans un lieu couvert et chaud.
L'Arbre de Noël est une coutume du Nord, les peuples du Midi ne le connaissent pas, ils ont toujours continué à célébrer la fête de l'Arbre en plein air.
En Egypte, tous les ans le peuple se rendait en foule à Saïs, au Temple d'Isis, pour y célébrer les Mystères de la mort d'une Déesse dont Hérodote veut taire le nom. Dupuis, dans son Origine de tous les Cultes, dit (t. II, p. 10) : « Lorsque le temps de l'anniversaire de cette fête était arrivé, la plupart des Egyptiens s'embarquaient sur le Nil dans des barques bien illuminées et tout le fleuve, jusqu'à Sais, était couvert de bateaux dont l'éclat dissipait les ténèbres de la nuit. Arrivés à la ville, ils allaient rendre leurs hommages à la Déesse, dans le lieu sacré qui conservait sa statue, et ils allumaient des bougies autour du Temple et autour des tentes où ils campaient eux-mêmes en plein air, en sorte que, toute la nuit, Saïs était illuminée de feux sacrés. Ceux qui ne pouvaient se rendre à ces solennités allumaient également des flambeaux dans leur ville, de façon que non seulement Saïs, mais l'Egypte entière était éclairée par une illumination universelle. »
Comme dans les pays du Nord la température rigoureuse de l'hiver avait fait supprimer la procession aux flambeaux, c'est sur l'Arbre qu'on mit les petites lumières que, dans les anciens Mystères, les fidèles tenaient à la main.
Avec le temps, la cérémonie se modifia encore. Dans les familles pauvres, on se contente d'une bûche au lieu d'un arbre. La bûche de Noël est le tison sacré, image de l'ardeur vivifiante du soleil. On l'allumait au solstice d'hiver et chacun venait y présenter des branches vertes qu'il éteignait ensuite et gardait dans, sa maison pendant l'année.


SYMBOLE DE VIE ET DE FÉCONDITÉ
La coutume de la bûche de Noël était générale en Europe. On la retrouve en Provence, en Dauphiné.
Chez les Germains, on consacrait du bois comme symbole de la vie végétale ancestrale, et cette consécration inspirait un profond respect, une crainte religieuse, parce qu'elle représentait l'enseignement des lois de la Nature donné par la Dryade ou la Saga, dans la silencieuse obscurité de la forêt.
Nous avons quelques documents rappelant le culte de l'Arbre, mais, comme ils ne nous sont arrivés que corrigés et déformés par les prêtres masculinistes, il faut d'abord les rectifier pour en comprendre la portée. Il faut se rappeler que, partout où l'on avait mis Myriam et sa Loi (Thorah), on mit par la suite Thor et les dieux mâles. Ainsi, nous trouvons un sanctuaire appelé Thorhont, desservi par les Longobards idéens. Son nom veut dire Lucus consecratus deo Thor, forêt consacrée au dieu Thor.
C'était très probablement un endroit qui avait été consacré d'abord à l'ancien culte de l'Arbre.
C'est devenu Saint-Tron, dans le pays de Liège (Lucus sacer). On y a fait bâtir un monastère vers 670. Ayant été détruit en 800 par les Normands, on en a fait construire deux autres.
Les Catholiques nous diront que Saint-Tron est le nom de son patron primitif.
Il y avait à Gand une forêt sacrée, Eeck-houte (dans le quartier appelé maintenant Saint-Pierre). Le culte qu'on exerçait dans ce bois a fait dire à Baudemand, dans la vie de Saint-Amand, que les habitants de Gand adoraient les arbres et les forêts.
Avec le temps, on chercha à retrouver l'origine végétale, la science primitive ; ainsi, selon Schrieckius, le mot Adam est le même que Aerd-man, homme créé de terre (ærde).
« Dieu ayant créé l'homme et la femme les a appelés Adam. » Ce nom n'est donc pas celui d'un seul individu, il appartient à toute l'humanité.


LES FORÊTS SACRÉES
Les Dryades étaient logées à portée des forêts sacrées. Le nom de munster que portaient les chefs-lieux de leur résidence est un terme qui signifie lieux consacrés aux Mystères ou à l'observation des astres. Mun-Sterren (ou Mu-Sterren) signifie étoile monitoire, constellation, réunion des Déesses monitoires.
De ce mot on a fait My-stère, qui doit être écrit Mu-stère, et qui signifie « secret des Déesses », c'est-à-dire un secret qui commandait la vénération (1) des peuples, mais qu'il ne convenait pas d'approfondir, si bien que Mystère signifia choses occultes, ou choses sexuelles, cachées, et, peu à peu, Mun-stère signifia Ecole secrète où on enseigne des choses cachées.
En latinisant le mot munstère, les prêtres ont fait munsterium ou monastère.
« Les auteurs qui ont traité de l'usage des Forêts sacrées ont bien remarqué que ce culte a été universel et qu'il date des temps les plus reculés », dit de Grave.
On sait qu'on rendait des oracles dans la forêt de Dodone et dans celle de Daphné.
Voici en Angleterre une forêt (munster) appelée West-Minster.
Minster, comme munster, indique que sur cet emplacement il y avait une maison religieuse consacrée aux Mystères, et cette maison était un mona-stère, c'est-à-dire qu'elle abritait un seul sexe. Le local, ou le sanctuaire, où il fut bâti, portait le nom de Thorney, qui venait sans doute de Thorah (la Loi). Ce lieu était jadis une forêt sacrée (lucus sacer), d'où le mot LHWN, origine du mot Londres (d'après Gambden), qu'on fait signifier ville construite d'arbres et de bois.
Londres (London) est nommée par les Cambro-bretons, habitants originaires du pays, Lundain, et par Ammien Marcellin Lundinum ; le mot lund signifie lucus (forêt).
Lunder signifie une forêt en langue islandaise.
Rappelons que West-Minster est devenu le Palais du Parlement britannique.
Mais l'usurpation masculine a eu des étapes.
Sous le régime mythologique grec, cette maison fut consacrée au culte d'Apollon.
Sulcardus, cité par Cambden, assure qu'il se trouvait là un temple delubrum Apollinis. C'est de ce chef que l'Angleterre porte encore dans ses armoiries la lyre ou la harpe d'Apollon, et que les Eaux de Bath sont appelées, dans l'itinéraire d'Antonin, Aquæ Solis, eaux consacrées au soleil.
L'ancienne signification du mot mun-stère était avertir, faire ressouvenir, c'est-à-dire instruire. Men signifiait conduire, et mener a fait Mentor. (Voyez de Grave, La République des Champs Élysées, t. III, p. 218.)
Quel était donc ce mystère qu'on enseignait si secrètement ? Tout simplement la Loi des sexes ; c'est cette Loi, ce dualisme qui est représenté dans les Mystères par deux colonnes, et que l'on retrouve dans une multitude de symboles qui ont été altérés, et dont la forme ultime seule a persisté, telles la Toison d'or, la Pierre philosophale, la transmutation des métaux.
La Grande Déesse Vénus, qui vint rétablir la Vérité après le déluge de Ram, le déluge du péché (en flamand Sond-vliet), fut considérée comme une Némésis vengeresse, et ce n'est que dans le Mystère qu'elle put rétablir l'enseignement de la Vérité. Un de ses surnoms, Nehal, signifie cessatio, requies. On en a fait Noé.
(1) Mot qui vient de Vénus.


Némésis vengeresse
Selon le poète Fortunatus, Némus ou Némésis signifie temple ou plutôt Forêt sacrée qui servait de temple.
Le Concile de Septines-en-Hainaut (en 743 de notre ère) prohibe les cérémonies dans l'intérieur des bois et les nomme Nimides, (de Némésis). Il a un paragraphe intitulé De sacris sylvarum quas Nimidas vocant.
Némésis est une Déesse qui inspirait aux hommes une sainte horreur.
De son nom on fit numen nemestrenus, qui présidait aux forêts sacrées. En le masculinisant, on fera Nemetes, et alors il deviendra un surnom de Jupiter.
Numen sera le nom du lion tué par Hercule. Ce sera le premier de ses travaux.


Les deux colonnes
Dans les sociétés secrètes, on a gardé deux colonnes symboliques représentant les deux sexes.
Quelle est l'origine de ce symbole ?
Voici ce que dit de Grave à ce sujet (Ch. Elys., t. III, p. 133) :
« Ce que dit Jablonski de Seth mérite une attention particulière, à cause du passage curieux de Flavius Josèphe sur Seth. Selon lui, Adam aurait prédit la destruction du monde, soit par le feu, soit par l'eau. Seth (1), désirant sauver la mémoire des découvertes faites dans les sciences et l'astronomie jusqu'à son temps, fit bâtir deux colonnes, l'une en briques, l'autre en pierres de taille, sur lesquelles il grava toutes ces connaissances, afin que, si la première venait à crouler par la violence des eaux, l'autre pût résister et transmettre à la postérité ces inscriptions précises. »
Josèphe ajoute que ces colonnes existaient encore de son temps dans la Terre SIRIAD, mais il ne spécifie pas la terre qu'il entend par Siriad. Manéthon place les colonnes de Thoth dans un pays auquel il donne aussi le nom de SIRIAD.
De Grave dit encore :
« Ecrire sur la pierre, c'était graver (grafier), graver des lettres dans la pierre ou le bois. Les personnes chargées de ces inscriptions scientifiques étaient les secrétaires des corps savants. Hérodote, en parlant des Hyperboréens et des Arimaspiens, fait mention, en même temps, d'une caste de personnes qu'on appelait griffons, et dont la fonction était de garder l'or (symbolique). Ils étaient les greffiers dépositaires du trésor des sciences, des arts et des institutions des astronomes ari-maspiens, toute la philosophie de l'Age d'or. »
« Les prêtres égyptiens, dit Jamblique, déterminent et règlent tout d'après les colonnes de Thoth (tas Ermou stylas), et c'était au pied de ces colonnes que Platon et Pythagore étaient venus s'instruire et puiser les principes de leur philosophie. »
Nous citons ces passages pour montrer les opinions régnantes à une époque où on ne connaissait plus rien de l'histoire. Les Grecs donnaient aux inscriptions mystérieuses des Egyptiens le nom d'hiéroglyphes, gravures sacrées (ieros, sacré, et glyphein, graver).
Manéthon appelle les hiéroglyphes dialecta sacra.
Cependant, on cherchait partout l'origine de ces premiers graveurs et on les rapprocha des Hyperboréens.
Les Runes, dit-on, nom qu'on donne aux lettres sacrées des Scandinaves, sont synonymes de Mystère. Rune viendrait de reyen (sculpter, graver). On trouve encore des inscriptions runiques gravées sur des colonnes ou des cippes en Danemark et en Suède ; elles y sont spécialement consacrées à des épitaphes.
L'écriture runique est formée de lignes perpendiculaires en forme de colonnes, « I » romain ; ce ne sont que les lignes accessoires à cette colonne qui constituent la différence des lettres.
Les runes sont les premières lettres alphabétiques du monde.
(1) Il faut se rappeler que Seth est le nom masculinisé de la Reine Séti. (voir l'article sur l'Egypte)


La Toison d'or et la Pierre philosophale
Le secret de la Pierre philosophale était le secret de la doctrine philosophique écrite sur des pierres. Ce fameux secret qu'il fallait cacher concerne l'Esprit féminin qui est symbolisé par le feu ou par l'or.
Ce dernier symbole va nous expliquer l'origine de la légende mythique de la Toison d'or.
Conquérir la Toison d'or, c'est s'emparer, par la force, des honneurs et du respect que confère l'Esprit. C'est conquérir la position donnée par la supériorité spirituelle, ce n'est pas conquérir l'Esprit, qui ne se conquiert pas.
Cette prétendue conquête exaspérait les femmes, qui comparaient l'homme inférieur, l'homme-matière, au vil plomb, et qui le montraient voulant s'égaler à l'Or de l'Esprit-lumière de la Déesse.
L'Esprit-feu est appelé Agni dans la langue des Hindous. Les latins en feront ignis, mais ceux qui ne comprennent pas feront de Agni agneau, et l'être sans tache, la Femme dans sa pureté physiologique, sera comparée à l'agneau. De là le nom d'Agnès.
C'est Ram qui prétend avoir fait cette conquête, puisqu'il s'est fait appeler agneau (Lama). Mais, plus tard, une mythologie plus touffue surgira et embrouillera par ses explications ridicules tous les anciens Mystères. Ainsi, Suidas nous apprend que la Toison d'or était une peau de mouton sur laquelle était écrit l'art de changer les métaux en or. On sait que les anciens attribuaient cette vertu magique à la pierre nommée philosophale.
La Toison d'or était l'emblème du ciel physique (les Champs Elysées), et du Ciel moral, la Vertu.
Les poètes et les historiens grecs disent que les Argonautes ont réussi, qu'ils sont parvenus à enlever la Toison d'or et qu'ils ont apporté ce précieux trésor dans leur patrie. Mais, si on ne dit pas ce qu'on en a fait, ce qu'elle est devenue, et où elle est gardée, c'est que le trésor qu'ils ont enlevé, ce sont les Livres sacrés, les grands poèmes, les Rituels des Sibylles, dont ils ont fait une littérature masculine dont les Grecs se glorifieront comme s'ils en étaient les auteurs. Et c'est après qu'ils auront fait cette œuvre de rapine spirituelle qu'ils diront que les Celtes n'écrivaient pas, que leur enseignement était oral et qu'on n'a rien retrouvé de leurs livres.
Voici ce que les auteurs classiques disent des Druides : « Les Prêtres de ces temps-là faisaient usage des lettres grecques, mais ils auraient cru profaner la sainteté de leur doctrine et de leurs rites s'ils eussent confié à l'écriture le dépôt sacré de leur tradition. L'enseignement était oral, c'est-à-dire se faisait religieusement dans la forme où il fut établi. »
Et ceci fait dire à M. Lizeray : « Ces poèmes n'ont pas pu être perdus. Ils ont sans doute formé le fond des rapsodies et des légendes qui firent le tour du monde » (Christ. prim., p. 39).
Suidas nous a conservé sur la nature de la Toison d'or la tradition allégorique (1).
« Objet du célèbre voyage des Argonautes sur le vaisseau Argo, construit par Minerve ; le bois du mât était tiré de la forêt de Dodone. C'était un voyage scientifique.
« On connaît la fable de Phryxus et de sa sœur Hellé, qui, montés sur un bélier, s'enfuirent à travers les mers de Grèce dans la mer Noire. Hellé tomba et se noya dans la mer de Thrace, accident qui fit donner à cette mer le nom d'Hellespont. Phryxus aborda dans la Colchide, chez Aétès, frère de Circé, où il déposa la Toison d'or. »
De Grave, qui défend sa thèse de l'origine celtique, ajoute : « Phryxus a tant de ressemblance avec la Phrygie ou la Frise qui était le domaine de Circé et Hellé avec Helland, qu'il n'est pas difficile de reconnaître dans ces deux noms l'emblème des habitants de ces deux principales cités de la République des Atlantes. »
(1) Celle des Argonautiques qui portent le nom d'Orphée et passent pour être un poème d'Onomacrite qui n'a vécu que 550 ans avant l'ère actuelle.


LES MYSTÈRES ÉGYPTIENS
C'est après que les Egyptiens se soient révoltés contre l'Esprit féminin qu'on y institua les Mystères.
Hérodote nous dit que ce fut en Egypte que furent établies ces fêtes appelées Pan-Egyries, avec la pompe des cérémonies et les processions.
Les Grecs n'ont fait que les copier. Les grandes solennités de la Grèce, telles que les Pan-Athénées, les Thesmophories, les fêtes d'Eleusis, avaient été apportées d'Egypte.
Ce sont les Prêtresses, antérieures aux Hermès, qui formaient la caste sacerdotale qui gouvernait l'Egypte (les Pharaons).
Elles formaient des familles consacrées qui, à l'exclusion de toutes les autres, s'occupaient des fonctions du culte.
Les Pharaons sont des magistrats sacerdotaux, toujours représentés en costume de femme.
Clément d'Alexandrie a décrit la hiérarchie sacerdotale des Egyptiens. Il y avait cinq grades suivant les degrés d'initiation aux livres du rituel : le chantre, le devin, le scribe, la Prêtresse en robe portant le sceptre et le vase sacré, le prophète ou le prédicateur président du Temple qui portait l'eau sainte et étudiait tous les livres hiératiques.
Les Mystères égyptiens étaient de grandes solennités qui attiraient les multitudes.
« Dans les Mystères d'Isis, l'Hiérophante tirait du sanctuaire des espèces de grimoires chargés de caractères hiéroglyphiques dont les lignes s'entrelaçaient et formaient des nœuds et des roues. C'était la langue sacrée dont on donnait l'explication » (Apulée, Métamorphoses, 1,11).
Suivant Ebers : « La doctrine des mystères est expliquée dans les inscriptions de la salle d'entrée du tombeau des Rois à Thèbes. Elles contiennent la louange de Râ (Déesse de la Raison) dont on invoque tour à tour les 75 manifestations principales (imitée dans les litanies de la Vierge). Ces textes ont été commentés par M. Ernest Naville dans la litanie du Soleil. Le texte du Livre des Morts, l'hymne au Soleil conservé à Boulaq et interprété par Stern et Gréhant, les inscriptions des sarcophages et des murs du temple de Ptolémée, le traité de Plutarque sur Isis et Osiris, les Mystères des Egyptiens par Jamblique et le discours d'Hermès Trismégiste sur l'âme humaine renferment les principaux détails que nous avons sur l'enseignement secret des Egyptiens ».
Mais Ebers se trompe quand il mentionne un discours d'Hermès parmi les enseignements secrets. Les Hermès (les prêtres) ont renversé la religion primitive, ils ont attribué à Osiris les Mystères d'Isis et tous leurs bienfaits. C'était donc contre eux qu'on les avait institués, non avec eux.
L'enseignement secret était destiné à expliquer aux hommes les lois morales qui les lient aux Divinités et les lois qui régissent l'Univers.
Leur but, suivant Plutarque, était de fortifier la piété et de donner à l'homme des consolations (non à la femme). Quelles étaient ces consolations ?
L'espoir d'un avenir plus heureux, le moyen, après la mort de l'âme par le péché, de revenir à une félicité durable, en revenant au bien.
(C'est de cette idée que les Prêtres ont fait la félicité éternelle dans un Paradis.)
« Nous y avons reçu des leçons qui rendent la vie plus agréable », dit Cicéron.

Plus d'informations sur ces Mystères dans l'article sur l'Egypte.

LES MYSTÈRES D'ÉLEUSIS
Les Mystères d'Éleusis étaient les plus célèbres de l'antiquité.
On les appelait simplement « les Mystères ». Cicéron dit d'eux :
« Les rites sacrés et augustes d'Éleusis, auxquels des hommes venaient des parties les plus reculées du monde pour y être initiés ».
Ils furent d'abord célébrés exclusivement à Éleusis, mais de là s'étendirent dans presque toute l'Europe.
Dans ces Mystères, on représentait symboliquement la défaite de la Femme. La Déesse Cérès cherchait sa fille Proserpine ravie par Pluton et conduite dans le monde infernal de l'Homme.
Le chef de ces Mystères était appelé Hiérophante ou Révélateur de choses sacrées. Il lui était adjoint trois assistants :
1°) le Dadouchos ou porteur de torche,
2°) le Céryx ou héraut,
3°) le Ho Epi Bono ou secrétaire de l'autel.
On célébrait les grands et les petits Mystères.
Les petits étaient préparatoires, c'était un premier degré qui durait un an. Après ce temps, le candidat pouvait être initié aux grands Mystères, si on l'en jugeait digne.
Un cérémonial imposant faisait comprendre l'importance des grandes vérités qui allaient être dites. (Pour plus d'informations au sujet des Mystères d'Éleusis, voir l'article sur « la Grèce antique »)


LES MYSTÈRES DE JÉRUSALEM
Au verset 5 du second livre de Samuel, il est dit : « Il n'en était pas ainsi de ma maison ; mais Elle m'a établi dans une alliance éternelle, bien ordonnée, et ferme en toutes choses. Elle est toute ma délivrance et tout mon plaisir, et ne fera t-elle pas fleurir ma maison ? »
L'alliance éternelle et bien ordonnée dont parle le verset 5 fait allusion à la fondation d'une immense fraternité secrète qui a été éternelle en effet, puisqu'elle est devenue la Franc-Maçonnerie.
Les luttes soutenues par la Reine Daud (devenue le « roi David ») avaient fait comprendre à cette grande femme que la puissance féminine, qui s'affaiblissait, ne reprendrait ses forces que dans une organisation nouvelle, mais secrète, qui permettrait aux défenseurs de l'ancien régime gynécocratique de se réunir, de s'instruire, de se concerter pour l'action contre l'envahissement du pouvoir masculin qui s'imposait par la force.
Elle comprit que les femmes ne pouvaient plus lutter ouvertement et qu'il leur fallait désormais trouver un moyen de se réunir pour s'entendre et continuer à enseigner l'antique vérité, sans être inquiétées par leurs ennemis.
On retrouve partout cette préoccupation des femmes antiques qui leur fait chercher « la sécurité », ce qui prouve bien que les hommes les persécutaient, qu'ils empêchaient leurs réunions, par ruse ou par violence, en même temps qu'ils les livraient à la raillerie et à la calomnie des « impies », c'est-à-dire des envieux, des hommes pervers.
C'est alors que nous voyons naître l'institution d'une grande Société secrète, et jeter les fondements d'un Temple, sanctuaire respecté où les femmes et leurs alliés s'entourent de grandes précautions, pour empêcher l'introduction parmi elles de ceux qui pouvaient les trahir.
Ce sont ces femmes qui, avec Daud, posèrent la première pierre de ce Temple mystique. Nous disons mystique parce qu'on va y déposer l'arche qui contient le Sépher de Myriam (la Genèse, premier livre du Pentateuque), et que le mot mystique, comme mystère, désigne tout ce qui nous vient de cette grande Femme.
Cependant, c'est à Salomon que la Bible masculine attribuera la construction du Temple, et le récit en sera même fait avec un si grand luxe de détails que nous considérons cette exagération comme une preuve de sa fausseté. C'est en mentant qu'on explique le plus et qu'on prend le ton le plus affirmatif.
Daud entreprit donc de faire construire à Jérusalem un Temple, qu'elle appela la Maison de Hevah.
Elle y employa des richesses immenses et en fit un édifice somptueux, qui eut une renommée mondiale et qu'on venait voir de partout. Le nom sacré de Hevah, הדה, était sur le fronton. Lorsque le Temple eut été bâti, le Livre ainsi que l'arche furent déposés dans le sanctuaire.
Cette construction était faite de façon à rappeler, dans les détails, la science de Myriam qu'on allait y enseigner. Sept marches s'élevaient devant l'entrée pour rappeler les sept Elohim. La construction était située de façon que l'estrade était à l'Orient. Dans la salle était un endroit appelé l'Oracle, où se plaçait l'Orateur, car c'est surtout pour enseigner que le Temple fut édifié.
La Bible vulgaire raconte la construction du temple d'après les renseignements des prêtres de la religion juive, qui ne furent jamais initiés aux Mystères de Jérusalem, et n'en connurent jamais que ce qu'on en révélait aux profanes ; aussi leur histoire est pleine de confusion et d'inexactitude.
La reine Daud ne fut pas seule à fonder l'Institution secrète qui devait se propager jusqu'à nous à travers la Franc-Maçonnerie.
Elle eut deux collaboratrices : deux Reines-Mages (ou Magiciennes) qui, avec, elle, formèrent le Triptyque sacré que les trois points de l'Ordre ont représenté depuis.
L'une est Balkis, reine d'Ethiopie (appelée la reine de Saba), l'autre est une reine de Tyr, que l'on a cachée derrière le nom d'Hiram : « Hiram » doit se lire de droite à gauche comme lisent les Hébreux et non de gauche à droite suivant L'usage des Européens : Hiram alors devient Maria ou plutôt Myriam. Le heth (H) final en hébreu se prononce A. (Suite dans l'article consacré à l'Israélisme)


LES MYSTÈRES DE MITHRA (culte masculin)
Le Mehardjan ou le jour de Mithra, du mois Mithra, n'était d'abord qu'une fête qui se distinguait à peine entre les autres. Plus tard le Mehardjan, on ne sait trop comment, devint le point de ralliement autour duquel se rangèrent les doctrines et les croyances auparavant éparses.
Les mystères de Mithra, avec leurs 12 épreuves qui ne duraient pas moins de 80 jours, et dont quelques-unes pouvaient compromettre la vie, avec leur sept degrés d'initiation, avec leurs cérémonies symboliques, avec leurs dogmes, leur liturgie, leur morale, en étaient venus à organiser une société, à constituer un monde. C'était tout un culte, toute une religion.
On appelait les initiés au 1er degré Corbeaux, au 2ème Griffons, au 3ème Soldats, au 4ème Lions, au 5ème Perses, au 6ème Héliodromes, au 7ème Pères. (Pour plus d'informations au sujet du Mithriacisme, voir l'article sur « la Perse et les hindous »)

LES MYSTÈRES JOHANNITES
Dans l'ouvrage « Psychologie comparée de l'Homme et de la Femme », il est consacré un chapitre, intitulé « Les trois robes », aux fonctions que l'homme remplit en portant la robe de la Femme et qui étaient la base même du régime gynécocratique : le Sacerdoce, la Justice, l'Enseignement. Ces trois usurpations furent le sujet de violentes récriminations, puis finalement donnèrent l'occasion de fonder des Mystères.
Déjà, le sacerdoce qui avait créé un Dieu mâle avait été comparé au crocodile qui dévore l'humanité : c'était le monstre marin dont on avait fait la baleine de Jonas. Dans sa gueule monstrueuse, il engouffrait les femmes (Ionah est le nom du sexe féminin, Yoni en sanscrit).
Mais l'ange de Lumière, Iblis, la Femme, s'avançait vers le monstre, armée du bouclier qui représente la Raison et du glaive (la parole) pour le combattre. Et, en effet, elle avait recommencé la lutte.
Voici que maintenant un nouveau danger surgit. Des hommes vont encore prendre la robe de la Femme, et pourquoi faire cette fois-ci ?... Pour rendre la Justice, pour prendre la place de la Dame ; Thémis va changer de sexe.
Ce grade s'appellera la Cour.
Ce sera le 23ème dans les Mystères Johannites.
Il est donné comme le second chapitre dans la série des grades philosophiques de la Maçonnerie Noire. Noire, en effet, car c'est une époque de terrible obscurité ; toute vérité est persécutée, le pouvoir de ceux qui propagent l'erreur grandit, et la raison n'est plus écoutée.
Mais comment l'homme va-t-il rendre la justice, puisqu'il ne sait pas où est le Bien, où est le Mal ?
Un ancien symbole représentait le Bien par des dalles blanches et le Mal par des dalles noires, alternées et formant la mosaïque sur laquelle on marchait ; c'est pour conserver ce symbolisme que le triangle féminin était blanc et le triangle masculin noir. (plus d'informations sur les Mystères Johannites à l'article sur « Les origines et l'histoire du Christianisme »)

LA LOI MORALE ENSEIGNÉE DANS LES MYSTÈRES
Dans tous les Mystères on enseignait la Loi morale. En Grèce, nous trouvons deux mots qui la résument : le Nectar et l'Ambroisie.
Ces mots, cependant, ne sont pas d'origine grecque, ils viennent de la vieille langue celtique parlée dans le nord de l'Europe.


L'AMBROISIE
L'Ambroisie est la nourriture des dieux, dit la Fable qui cache, mais la science, qui dévoile, nous expliquera ce mot suivant son sens réel ; elle nous dira sans détour : c'est le plaisir des Déesses et le gage de leur incorruptibilité, il donne la vie, il est le symbole de l'immortalité.
Ambroisie vient d'ambre. Cela nous explique pourquoi on portait comme témoignage d'immortalité une amulette appelée Heimel-ita (céleste pierre), dont la plupart était en ambre.
On trouve dans toute l'Espagne des Piedras hitas, qu'on peut rapprocher des Pierres noires de Bénarès. Ailleurs on en a fait la Pierre angulaire.
C'est dans les temps primitifs, et dès la première jeunesse de l'humanité, que s'établirent les idées relatives à des fonctions qui tenaient une grande place dans la vie.
M. Cailleux nous apprend que, dans l'Armorique, les trônes où siégeaient les immortelles forment le vaste cromlech de Carnac. (Origine celtique des civilisations, p. 260).
Il y avait donc déjà des conventions, des usages, qui allaient devenir des rites.
En Ibérie, nous dit le même auteur, on retrouve les monuments de Carnata, que nous prononçons Grenade (en espagnol Granada). Là aussi, le beau temple construit par les anciens Ibères s'appelait Kalat-al-Ahmra (le château des momies ambrées) (1). C'est de ce mot ambre que vient Al-Ambra.
Chez les Étrusques, le personnage déifié par l'ambre, dans les temples sculptés de Corneto, se nommait Embratur, mot que les Latins prononçaient Imperator.
L'ambre, « si fameux encore au temps des Romains, qui pourtant avaient oublié sa destination déifique », dit Cailleux, servait de comparaison aux Ibères, qui disaient « fin comme l’ambre », précieux comme l'ambre ; et les Espagnols disent encore qu'il est vivo, sagaz, penetrante.
Les dolmens sacrés formaient un demi-cercle, au centre duquel se trouvait une pierre plus grande que les autres et d'où l'on voyait au loin, ce qui prouve qu'on observait, qu'on craignait un ennemi qui pouvait venir.
Les légendes bretonnes disent que, sur cette pierre centrale, se tenait le grand lama Ambrosius que l'ambre avait rendu immortel.
Ces légendes ont été faites avec les antiques souvenirs, dénaturés dans la période postérieure, qui renversa les rôles, mettant l'homme à la place de la femme.
Le souvenir des pierres sacrées est resté dans les légendes et dans le symbolisme : Apollonius de Rhodes, décrivant les Mystères de Cybèle dans l'Asie Mineure, signale la Pierre noire qu'il appelle Mêlas lithos. A Hiérapolis, on l'appelle Helio-Kepel, pyramide du Hélion (Hélion, fleuve sacré, était le nom de la Meuse). En jurant sur cette pierre, on jurait donc par le Hélion, le fleuve sacré du Soleil. Les Almées, les Héliades, les Amazones avaient pour temple une enceinte cyclopéenne au milieu de laquelle était une pierre noire, où brûlait le feu de Vesta ; c'étaient les Vestales de Rome, les Sabines de Cures, les Vierges choisies du temple Curicancha à Cusco.
« Leur nom d'Amazone vient du grec Aï-masia » (2), dit Cailleux, qui ajoute : « Ces pierres brutes dont on avait formé les antiques castels sur les bords de la Meuse...»
Il y a ici confusion entre un symbole abstrait et une idée concrète.
Quand les antiques vérités furent cachées, on créa toutes sortes de fables pour les expliquer, ainsi celle-ci :
« Phaéton conduit le char du Soleil. Précipité par la foudre dans les flots de l'Èridan, ses sœurs le pleurent et les larmes précieuses de la douleur tombent dans les flots sans s'y mêler, se consolident sans perdre leur transparence, et, revêtues d'une belle couleur d'or, elles deviennent cet ambre jaune si précieux aux anciens. »
Donc, dans la mythologie des Grecs, ce qui représentait le plaisir des Déesses devient un signe de douleur. Et pourquoi cette douleur ?... Parce qu'un homme est mort !
On nous dit encore que cet ambre jaune était jeté sur le rivage par les flots de la Baltique, que c'est une production des mers du Nord. Sans doute parce que ce sont les femmes du Nord qui, les premières, ont expliqué la loi des sexes.
Sur une carte insérée dans le premier volume des anciens Mémoires de Saint-Pétersbourg, on voit l'Eridan, qui se jette dans le golfe de Riga, et qui porte aujourd'hui le nom de la Dwina. Dans ce golfe sont les îles appelées par Hérodote Electrida-insulæ. Hérodote remarque que le nom d'Eridan n'est pas grec (Livre III), qu'il est barbare, c'est-à-dire étranger.
Diodore dit aussi que l'ambre se recueille dans une île appelée Basilée.
(1) Le mot momie a dû être introduit dans la suite par ironie parce qu'il désigne la mort, alors que les hommes se moquaient de l'immortalité des Déesses. Dans certains idiomes, on a continué à appeler la fille la môme. (Revoir ce qui a été dit à l’article consacré à l’Égypte, sur les momies).
(2) Les différentes étymologies données du mot Amazone ne nous paraissent pas exactes. D'abord il faut penser que la lettre A est un article ; la ; il reste mazone, qui nous semble signifier disciple de Mazda. Ce serait donc le nom général des Mazdéennes. Et, Mazda signifiant Grande, les A-mazones seraient les Grandes.


LE NECTAR
Le Nectar est le plaisir des hommes. Il a une tout autre signification : il donne la mort, et de son nom on fait nex, nekros (mort), necare (tuer). (Nectar, latin néant, ne-ens, participe présent d'esse, être).
Mais quand on dit que le Nectar versé par les hommes est le plaisir qui tue, il faut entendre par là : qui tue l'âme seulement, non le corps qu'il fortifie, au contraire.
De là cette expression : « péché mortel ».
De même, l'immortalité donnée à la femme par l'ambroisie est l'immortalité de son âme, non de son corps ; de son âme pendant sa vie, non après. C'est le péché véniel (de Vénus).
Nous savons comment, parties de là, toutes les croyances relatives à l'âme sont nées et se sont déviées de leur signification primitive.
Le Nectar donne la mort à l'homme parce qu'il représente une partie de sa vie qu'il sacrifie. (voir l’article sur la « psychologie et la loi des sexes »)
Partant de cette idée, on voulut imposer à l'homme des réserves, alors que, devant lui, on glorifiait l'Ambroisie qui donne la vie. C'est cette vue qui fut, pour lui, « le supplice de Tantale ».
Il refusa de croire à la réalité de cette loi. On lui expliqua, d'abord, que l'homme qui se nécrose en éprouve une réaction amère ; on appela cette réaction Pikros (amère). Les Grecs disaient aussi amartema, les Latins peccatum et les Celtes sunde.
C'est du mot pikros (amer) que l'on fit le mot péché.
Le péché est mortel, il tue l'âme.
Le Nectar est appelé « goudron des morts ».
Le mot Nicaragua vient de Necker (mort) et æghe (île), d'après M. Cailleux.

Pour graver dans l'esprit de l'homme la loi physiologique et psychique qu'il refusait d'admettre, on institua des représentations symboliques destinées à faire comprendre ce qu'on appelait « la mort de l'âme ». Des danses sacrées exécutées dans les temples brahmaniques (et qui existent encore) étaient des pantomimes édifiées sur ce thème : la femme disputant l'homme, au péché. Et c'est ce qu'on représenta dans les premiers Mystères.
A Babylone, on appelait Zogone l'homme qui, dans les fêtes sacrées, était sanctifié (choisi), placé sur un trône, puis mis à mort, pour indiquer que la mort suit le péché.
Pour représenter cette fête symbolique, les histrions étaient 13, le sort désignait le treizième qui servait de victime, et ses douze compagnons procédaient sur lui à la cérémonie suivie de mort. Mais cette mort devait être d'abord un simulacre.
La syllabe nec, première du mot nectar, servit à désigner la négation, parce que le scepticisme naît de la nécrose.
Chez les Latins, pour indiquer l'arrêt dans l'évolution, on disait : nec plus ultra, ce qui voulait dire : tu n'iras pas au-delà, tu n'iras pas plus loin.
Plus tard, l'orgueil a donné une autre signification à ce dicton.
Dans la Franc-Maçonnerie, Nekam Adonaï signifie : mort au dieu mâle des Juifs.
L'idée des sacrifices humains est liée à l'idée de mort, c'est pourquoi on arrive à faire des sacrifices aux funérailles (d'où la messe des morts).
Tout le symbolisme a pour but de montrer que l'amour physique tue l'homme, de lui faire comprendre que, quand le feu de la vie et de la pensée se retire de lui, il ne laisse plus que ses membres glacés à la terre.
On appelle Nécropoles les villes masculinistes. Et on appelle nécro-mancien l'homme qui se fait dieu (de mantis, divin).

Mantis a fait manteca (beurre), et le Rig-Véda parlera beaucoup du beurre clarifié (le Soma).

LES AGAPES
Un monastère de femmes suppose des initiées vivant entre elles comme des sœurs et enseignant la même doctrine.
Ces communautés de femmes réunies pour simplifier les complications de la vie en faisant le travail en commun, ont toujours existé quand la doctrine de Vérité qui les unit a régné.
On appelle ces sœurs initiées Agapètes, mot que les Dictionnaires font suivre de cette explication : « Filles qui vivent en communauté sans faire de vœux (1). »
Ce mot aga est, évidemment, l'origine du mot agape, qui indique des repas en commun. C'était les réunions données le 7e jour, suivant l'ancienne Loi qui régnait aussi bien chez les Celtes que chez les Israélites. Ce 7e jour était un temps de repos, aussi le nom de la Déesse Venia signifiait congé, liberté.
C'était un jour CONSACRÉ, c'est-à-dire donné aux unions.
Cette consécration du 7e jour laissé aux divertissements, aux agapes et au sacrifice eucharistique, a joué un grand rôle dans le premier culte, puisqu'elle a été imitée et parodiée par toutes les religions.
Sacrum facere (consacrer) suppose un autel sur lequel on met la victime, c'est-à-dire l'agneau sans tache qui va être sacrifié.
Le mot latin ara (autel) dérive de ar, spica (épi, ovule). Le sacrificateur lui offre son sacrifice.
Et nous voulons faire remarquer que ce mot ar signifie frère en hébreu. Ce sont donc des frères qui sont admis dans ces agapes offertes par des sœurs.
A propos des festins du vendredi et des noces qui étaient les agapes des Mystères, de Grave dit :
« Les festins, qui avaient particulièrement lieu le vendredi, étaient des repas en commun, institués pour faire naître l'amitié et entretenir la paix et la concorde entre les fidèles. C'est dans ces banquets fraternels qu'on répandait les premiers germes des religions et qu'on introduisait les premiers exercices du culte.
« Avant d'admettre le peuple à table, on lui faisait sentir que les mets étaient un bienfait de la Providence (celle qui pourvoit), qu'on devait en reconnaître la Déesse comme auteur, qu'en conséquence il fallait les lui offrir comme un hommage dû à sa bonté et à sa puissance ; aussi les Prêtresses les bénissaient, et, cette sainte cérémonie finie, on se mettait à table pour manger, on pratiquait l'offrande.
« Telle est l'origine des sacrifices, terme formé de sacrum facere. »
Et, pour montrer comment cette fête religieuse est entrée dans les mœurs, de Grave ajoute (Ch. El, t. III, p. 48) : « Après avoir consacré les six premiers jours à des travaux et des devoirs, les législateurs ont proclamé le septième jour libre. Vrydag, nom du vendredi, signifie libre jour. On employait ce jour de relâche dans l'ivresse et les plaisirs.
« Le 7e jour était destiné à la célébration des noces. Sous ce rapport, l'amour présidait aussi à ce jour. C'est de là que le mot Vry a donné naissance au verbe Vryen qui, dans l'usage du peuple moderne, signifie faire l'amour.
« Et on donne aussi le nom de frayer, Vryen, à l'amour des poissons. »
Le vendredi s'exprime en latin par le mot dies Veneris.
On a jeté tant de défaveur sur le vendredi qu'il en est résulté un préjugé singulier contre ce jour, préjugé qui se soutient encore par l'effet d'une tradition sourde, quoiqu'on en ait perdu la raison. Dans l'opinion vulgaire, le vendredi est devenu un jour funeste et de mauvais augure. Et le vendredi, jour de Vénus, a été remplacé par le dimanche, jour du Seigneur. Toujours la substitution des sexes accompagnée du renversement des idées. L'ancienne loi donnait un jour sur sept à l'union ; la loi masculine fera du dimanche un jour d'abstinence et donnera à la licence masculine six jours sur sept.
« Mais ces sages institutions, dit de Grave, n'ont point été à l'abri de la corruption du temps. Le vendredi, ce jour de liberté consacré à la récréation du peuple, est dégénéré insensiblement en jour de licence et de débauche ; des orgies et des bacchanales ont succédé aux repas fraternels des sacrifices. Le mal était porté à tel point que la nouvelle loi, en conservant l'institution divine de la semaine, n'a pas trouvé de meilleur moyen pour y remédier que de changer l'ordre des jours et de déplacer le jour du Sabbat. Non contente de cela, et considérant combien les hommes tiennent aux vieilles habitudes, l'Eglise n'a pas cru pouvoir mieux atteindre son but qu'en frappant le vendredi d'une espèce d'anathème ; elle a, comme par forme d'expiation, transformé ce jour gras par excellence en jour maigre ; le vendredi, ce jour de délices, et de bonne chère, est devenu, par le nouvel, ordre de choses, un jour d'abstinence perpétuelle. »
(1) Nous disons Agapète, mais dans l'Iliade on dit que la médecine était enseignée par la blonde Agamède ; on a changé la terminaison du mot.

LES CHAMPS ÉLYSÉES
Le régime maternel, que nous venons d'esquisser rapidement, c'est l'Age divin.
La mythologie des hommes l'a situé dans un séjour délicieux appelé les Champs Elysées.
C'est de là que serait partie la première impulsion qui a créé la grande civilisation des temps anciens.
Diodore de Sicile, dans ses rapports sur les Atlantes, dit qu'ils avaient étendu leur empire sur la presque totalité du globe, ce qui veut dire qu'ils avaient propagé leurs principes et leur culte chez la plupart des nations.
De Grave dit : « Les Atlantes ont été, les uns les fondateurs des nations, les autres les fondateurs des villes (les grands Architectes) et des républiques ». Et il ajoute que tous les peuples étrangers, que les Grecs même, rapportent généralement l'origine de leur civilisation aux Atlantes.
On appelle Démiourgos ces premiers législateurs, qui sont des créateurs de peuple ; on les a relégués dans un passé fabuleux, ce qui fait dire à de Grave : « L'histoire des fables doit être la tradition allégorique de l'objet le plus intéressant qui ait existé pour le genre humain » (République des Champs Elysées, t. I, p. 7).
En effet, la mythologie, c'est l'histoire du monde primitif, mais falsifiée et parodiée par les Grecs pour y introduire leur masculinisme. Ce peuple orgueilleux a voulu se glorifier de tout ce qui a été fait par les autres peuples, comme si la Grèce avait été véritablement la patrie des Déesses et la scène des événements de l'histoire.
C'est dans les Champs Elysées qu'on trouvait une vie de repos, la connaissance de la Vérité, des lois de la Nature, et enfin tout ce qui fait le charme de l'existence.
Aux Champs Elysées se trouvaient des prés fleuris, des fruits délicieux, des concerts à l'ombre des bois, mêlés à l'entretien des sages, et point de passions troublantes, on n'y sentait pas cette inquiétude dévorante qui trouble la paix intérieure et empêche l'éclosion des sentiments élevés, des tendresses calmes.
Dans l'Odyssée (t. IV), Protée dit à Ménélas : « Les dieux vous enverront dans les Champs Elysées, à l'extrémité de la Terre, où la sage Rhadamante donne des lois, où les hommes passent une vie douce et tranquille, où l'on n'éprouve point la rigueur des hivers, mais où l'air est toujours rafraîchi par les douces haleines des zéphyrs venus de l'Océan. »
Le lieu de délices que les Perses appellent « Erien-Vedjo », que les Israélites appelleront l'Eden, c'est la Terre pendant l'Age d'or, c'est-à-dire avant la domination de l'homme.
« Rien n'égalait la beauté de ce lieu de délices que j'avais donné, dit Ahura-Mazda. J'ai agi la première, et ensuite Pétiaré Ahriman, plein de mort, fit dans le fleuve la grande couleuvre mère de l'hiver » (symbole de l'ignorance qui stérilise et persécute).
De Grave, nous dit : (Champs Elysées, t. 1, p. 43) :
« La République des Champs Elysées avait attiré la vénération des peuples, tant à cause des jours heureux que, dans l'innocence des mœurs, on y coulait, sous l'égide de la plus excellente des constitutions sociales, qu'à cause des grands bienfaits que, par leurs lumières scientifiques et religieuses, les législateurs élyséens avaient répandus chez la plupart des nations de la Terre.
« Sous ces rapports, l'Elysée était un lieu de délices morales ; c'était un jardin de cette volupté d'âme, compagne fidèle d'une vie pure et vertueuse. Les Elyséens étant déchus de cet état de félicité, la mémoire ne s'en effaçait pas tout entière, elle était trop profondément gravée dans les esprits. Mais elle fut altérée. On se rappelait toujours ces heureux siècles ;on s'entretenait, d'âge en âge, des demeures fortunées de nos premiers parents ; les regrets même qu'on ressentait de la perte de cet ancien état de choses en perpétuaient la tradition. Mais les hommes, ou trop attachés aux sens, ou trop avides de merveilleux, ne se souvenaient plus de l'Elysée que comme d'un lieu de délices sensuelles ou surnaturelles. Les uns ne voyaient dans les Champs Elysées qu'un lieu consacré à la demeure des Justes dans l'autre monde ; d'autres ne les regardaient que comme un jardin de délices terrestres. »
Homère, dans l'Odyssée (IVème livre), fait la description des Champs Elysées. Il dit :
« Ton destin ne te laissera pas mourir à Argos ; les dieux immortels t'enverront dans les Champs Elysées, à l'extrémité de la Terre, où les hommes trouvent une vie très facile. Le temps des neiges, de l'hiver et des pluies, n'y est pas long ; mais l'Océan y envoie sans cesse des vents doux pour rafraîchir les habitants. »
On a cherché à déterminer où se trouvaient les Champs Elysées.
« Nous venons de voir que dans l'Odyssée le poète commence par dire que le Champ Elyséen est situé à l'extrémité de la Terre, mais quelle est cette extrémité ? Homère ne le dit pas, sans doute parce que de son temps elle était connue. Virgile va nous l'expliquer : « L'extrémité de la Terre, dit le poète latin, est le pays des MORINS, et la double embouchure du Rhin ». Sur ce point, Virgile est l'organe de toute l'antiquité. La côte maritime de la France, dit Solin, était le bout du monde.
« Hélium était le bras du Rhin appelé depuis la grande bouche de la Meuse, magnum ostium Mosœ.
« Ne perdons pas de vue que Hélium était le point central de la mythologie. Dans la langue du Bas-Rhin, Hélium, c'est Helisch (ou Helish), d'où Helische ou Helishe Kampen, traduit par Champs Elysées. »
Ajoutons à cette citation de de Grave que de ce mot il est resté un nom de femme : Elisa.
Tacite mentionne les Elysii parmi les peuples de la Germanie.
Remarquons que la Meuse s'est appelée d'abord Hélium, avant de s'appeler Mosa (Muse).
De Grave dit encore ceci : « Les monuments les plus respectables de l'antiquité ramenaient toujours les Champs Elysées et la patrie des Dieux au même endroit du globe, et cet endroit a pour point central le territoire du Bas-Rhin » (t. I, p. 75).
Là où nous découvrirons les Atlantes, nous y trouverons le berceau des arts et des sciences. Les Atlantes sont les législateurs des nations, ils étaient, selon Diodore de Sicile, les chefs de plusieurs peuples, et leur empire scientifique s'étendait sur toute la Terre. Les familles les plus illustres de la Grèce se faisaient gloire d'en descendre.
Les cités des Hyperboréens, les Ari-maspiens, et les Champs Elysées, sont des républiques d'hommes justes. Ari-maspien est le nom des gouvernants ; selon Pomponius Mêla, les Hyperboréens sont les mortels les plus vertueux de la Terre ; Solin les appelle un peuple heureux par excellence, GENS BEATISSIMA.
Apollonius de Rhodes leur donne le titre de nation sacrée.
Platon et Diodore de Sicile parlent des Atlantes dans le même sens. Ce peuple se distinguait par sa justice et la pureté de ses mœurs ; sa demeure était appelée sainte. Poètes, historiens, tous s'accordent à célébrer un ancien peuple supérieurement juste, religieux, et dont la longue et heureuse existence a été appelée l'Âge d'Or.


LE JARDIN DES HESPÉRIDES
Les anciens confondaient le Jardin des Hespérides avec les Champs-Elysées. Helish ou Heilich sont les équivalents de saint, de mystérieux.
Hésiode, dans sa Théogonie, parle plusieurs fois des Hespérides, qu'il situe toujours à l'extrémité de la Terre (in finibus Terrœ), à l'extrémité de l'Océan ou au delà de l'Océan. C'est là, dit-il, qu'Atlas soutient le poids du ciel, près du séjour des Hespérides.
Le roi Aëtès dit, dans les Argonautiques, que sa sœur Circé demeure dans l'Hespérie. Qu'est-ce donc que ces pommes d'or et que ce jardin dans lequel on les trouve ?
Pendant cette époque bienheureuse, qui dura longtemps, il y avait déjà des unions, puisqu'il y avait des Mères.
Cette belle jeunesse, exubérante de vie, cherchait des rapprochements qui devaient être soumis à certaines conditions ; il fallait être l'élu, et nous devons croire que c'est au sein de la grande Nature, dans un jardin d'une beauté idéale, que les unions avaient lieu.
Les adolescents modernes n'ont-ils pas encore un atavisme secret qui leur rappelle, dans une vision lointaine, un lieu de délices où nulle entrave, nulle indiscrétion, ne venait s'opposer à leurs premiers bonheurs ?
C'est pour cela, évidemment, que Diodore de Sicile dit des Atlantes qu'ils occupent une contrée heureuse dans la proximité de la mer.
En ce temps-là, l'amour était sacré et sanctifié. On ne l'avait pas encore profané par des abus, des excès, des débauches immondes.
Il y avait, sans doute, des jours consacrés, et ces jours étaient attendus, ce qui peut nous faire supposer que hespéride fut l'origine du mot espérance.
« Ils se distinguent par leur piété envers les dieux » (qui alors sont des Déesses), disent les anciens.
Platon donne à l'Atlantide l'épithète de sainte. Il dit que le pays des Atlantes formait une île, qu'elle renfermait d'autres îles nommées Fortunées. De Grave répond à cela que les îles situées dans les eaux du Bas-Rhin portent encore, de nos jours, le nom de Fortunées, et que l'Atlantide est encore également appelée pays heureux.
Pourquoi la mythologie des Grecs a-t-elle mis dans ce jardin des pommes d'or, car elle nous dit qu'Hercule a volé les pommes d'or du jardin des Hespérides ?
Ces pommes d'or représentaient la séduction, comme la pomme du jardin d'Eden offerte à Eve par le serpent. Le mot pomme, pris comme symbole, vient d'un jeu de mots qui est expliqué à l'article sur l'Israélisme.
Rappelons qu'on appelait malum la déchéance morale, les troubles du cerveau ; comme ce mot signifiait aussi pomme, on embrouilla les textes à dessein pour les rendre obscurs, et de malum habere, qui signifiait « être puni du péché », on fit cette expression : manger la pomme.
Il est des gens naïfs qui, ne connaissant pas le langage conventionnel du symbolisme, prennent les choses à la lettre. C'est ainsi que certains ont vu, dans les pommes du Jardin des Hespérides, des oranges, et pour cela ont situé ce jardin en Espagne, pays des oranges. Peut-être aussi en Afrique, ce qui donne à Apollodore l'occasion de répondre « que les pommes d'or enlevées par Hercule ne sont point, comme on le pense, dans la Lybie, elles sont dans l'Atlantide des Hyperboréens ».
Il en est d'autres qui ont traduit Hespérides par Filles de la nuit.
De Hesper on a fait Vesper, et de Vesper on a fait soir.
Quand les Prêtres ont pris la direction de la religion, ils n'ont pas manqué d'y remettre l'idée d'un lieu de délices dans lequel l'homme trouve la satisfaction de ses instincts.
Le paradis d'Odin, et, après lui, celui de Mahomet, sont inspirés par le souvenir atavique de ce jardin délicieux dans lequel l'homme jeune rencontrait des houris toujours belles et toujours vierges, dit la tradition, ce qui représente bien l'éternelle virginité spirituelle de la Femme, mais ils n'ont pas mis dans ce séjour idéal la vie de l'Esprit qui était celle de l'Atlantide, ils l'ont négligée et n'ont vu que deux choses à mettre dans un paradis masculin : la domination et l'Amour.


MÉDIOMATRICI
Précédemment, nous avons vu qu'on a beaucoup cherché dans quelle région de la Terre se trouvait le pays fortuné appelé les Champs Elysées.
Nous avons à ce sujet un document qui nous donne une certitude : ce sont les cartes de géographie qui nous montrent la Gaule du temps de César.
A l'endroit indiqué par les auteurs que nous venons de citer, c'est-à-dire à l'est de la Gaule-Belgique, nous trouvons une région appelée encore, du temps de César, MEDIOMATRICI. C'est évidemment là qu'était le centre du monde spirituel quand la religion des grandes Déesses celtiques régnait sur la Terre tout entière.
Cette région forme aujourd'hui trois départements : la Moselle, la Meuse, le Bas-Rhin.
La ville centrale de cette région était appelée Divodurum, nom qui signifie tente des Déesses, ou forteresse des Déesses. Cette ville est devenue Metz.
Nous ne savons, de ce centre de la vie spirituelle d'une époque qui fut grande et belle, que ce que la mythologie nous a conservé.
Cependant, dans les Antiquités Celtiques de Dottin, nous trouvons un nom : Nantosuela. Il dit ceci (p. 321) :
« Sur un des autels de Sarrebourg (Médiomatrice), étudié par Salomon Reinach (Revue Celtique, T. XVIII, pp. 253 à 266, avec figure), est figuré un personnage debout, vêtu d'une tunique, tenant de la main gauche un maillet à longue hampe et de la main droite un vase. A sa droite est une femme de même grandeur, complètement drapée, tenant de la main gauche levée une longue hampe surmontée d'une espèce d'édicule et abaissant la main droite, qui tient une patère, vers un autel. Une inscription placée au-dessus du bas-relief nous apprend que l'homme s'appelle Sucellos et sa parèdre Nantosuela ».
Dans le vocabulaire de géographie comparée, publié à la suite des Commentaires de César, nous lisons :
Mediomatrici, peuple de la Belgique, au sud des Trévires, aujourd'hui partie de la Lorraine et de l'Alsace. Départements de la Moselle, de la Meuse et du Bas-Rhin.
Mosa, fleuve qui traversait la Belgique (Meuse). Si Mosa signifie Muse, Moselle n'est-elle pas le nom d'une petite Muse ?
Et nous voilà bien près de Da-moiselle, qui fut un titre de noblesse.
Comme la femme est plus petite que l'homme, on se moque de sa petitesse et on l'appelle Maus (souris), au lieu de l'appeler Muse.
Sequana, fleuve servant de limite entre la Belgique et la Celtique ; aujourd'hui la Seine.
Arduenna Silva, forêt de la Belgique s'étendant du pays des Nerviens aux bords du Rhin. Aujourd'hui forêt des Ardennes.
Matrona, affluent de la Seine servant de limite entre la Celtique et la Belgique. Aujourd'hui la Marne.
Lutetia, Île de Notre-Dame. Ajoutons que Liège s'appelait Lüttich et que c'est de ce nom qu'on a fait Lutèce.
Pæmani, peuple de la Belgique, client de Trévires ; aujourd'hui province de Namur ; pays de Famenne (Fée, qui en latin a fait Fæmina).


LA RÉPUBLIQUE DES ATLANTES
On voit par le récit de Platon sur l'Atlantide que le gouvernement des Atlantes était fédératif. Il était partagé en dix Matrices dont chaque Déesse-Mère régnait sur ses propres sujets et selon ses lois.
C'était une société de souveraines, qui a servi de modèle à celle des Amphictyons en Grèce.
De Grave dit (T. I, p. 51) : « L'Elysée était une République fédérative dont les chefs s'assemblaient à des temps donnés, pour délibérer sur les affaires de la généralité. »
Quels étaient ces chefs ?
On en met trois dans les Champs Elysées : Minos, Eaque et Rhadamante.
Précisons d'abord que Minos, comme Menés ou Mena, est le nom donné partout au premier souverain, à la première autorité, qui est maternelle. Mannas est le titre symbolique des premiers fondateurs des empires. Mannas, c'est la Mère (On lui a fait un masculin Menos, puis Man, homme).
Minos, que les Grecs ont mis pour Manas, tient un sceptre d'or, symbole d'une administration douce et équitable.
Chez les Boréens, nous retrouvons ce nom dans Minnur ou Minner. (Les changements de voyelles sont fréquents chez les Scandinaves.)
Tous les neuf ans, ce Minos du Nord rendait des oracles. C'était les Jugements du Nord (les neuvaines), que l'on célébrait en Suède avec grande solennité.
Homère nous dit que Minos rendait des oracles tous les neuf ans.
Ce chiffre neuf a pour but de rappeler les neuf mois de la gestation. Tout le symbolisme primitif est maternel. On nous dira aussi que Manou est une intelligence législative qui préside sur la Terre d'un déluge à l'autre, c'est-à-dire d'un cataclysme social à l'autre. Rejetée par les masculinistes, on est obligé de la rappeler quand le désordre va trop loin. Alors elle rapporte une constitution providentielle qui remet la vie humaine dans la bonne voie.


Le nom de Rhadamante vient de Radaman, qui signifie « un Juge Royal ».
Rad signifie un sénateur, un juge, comme red, dont on fait red-ligio (religion).
Homère donne à Rhadamante le surnom de roux ou blond :
Flavus Rhadamantus, dit la version latine.
Les celtisants s'appuient sur ce texte pour montrer, que c'est bien d'une personnalité du Nord qu'il s'agit.
On a décomposé le nom de Rhada-manto, et montré que Manto fut une grande prophétesse et une des fondatrices de l'oracle de Delphes.
N'y aurait-il pas un rapprochement à faire de ce nom, Manto, avec le nom trouvé sur un bas-relief dans la Médiomatrice, Nanto-suela ?
De Rhada-Manto, les Grecs et les Latins feront Rhada-Mantus.


On ne sait pas d'où vient le nom d'Eaque, mais ce que nous savons, c'est que ses descendants sont les Eacides, parmi lesquels se trouvent Télamon, Pelée, Achille, Néoptolème, etc.

C'étaient des femmes bien vivantes qui étaient les juges suprêmes. On les a longtemps appelées les anciennes, parce que ces fonctions étaient remplies par les aïeules, les Mères, les Matrones ; et c'est pour cela que l'homme méchant a toujours continué à craindre la femme âgée, celle qui connaît la vie, et le connaît, c'est-à-dire le juge.
Ceux d'entre les hommes qui avaient passé leur vie dans la Justice, et agi selon la loi morale étaient reçus dans les îles fortunées, les prairies bienheureuses du pays des Déesses, où ils vivaient dans la félicité. Les méchants et les impies étaient relégués au Tartare, au pays des hommes.


LES AMPHICTYONS
C'est à Céridven (Cérès) que l'on doit les codes qui ont été le fondement de la civilisation européenne. C'est pour cela, évidemment, que, parmi les appellations diverses données à la Déesse, nous trouvons qu'en Grèce et à Rome on a toujours continué à l'appeler Thesmophore, c'est-à-dire Cérès Législatrice.
Elle fonda le Conseil des Amphictyons, admirable institution élevée au-dessus des peuples et des rois, pour les juger également.
En Grèce, ce Conseil s'assemblait deux fois l'an, au printemps et à l'automne, dans le Temple de Cérès, aux Thermopyles, près de l'embouchure du fleuve Asope.
Les décrets de ce tribunal devaient être soumis à la suprême Déesse-Mère avant d'avoir force de loi, et ce n'est qu'après avoir été approuvés et signés par Elle qu'ils étaient gravés sur des colonnes et considérés comme authentiques.
Deux étymologies sont données du mot Amphictyon. Dans l'une, on nous dit que ce mot est composé de deux mots grecs et signifie proprement ce qui fait une contrée de plusieurs contrées et un peuple de plusieurs peuples.
L'autre dit que le mot vient de amphi, circa (près), et de trion (ce qui est formé de sept étoiles). Ce sont les sept lumières nécessaires pour former le Conseil. Nous les retrouverons dans la fondation des Mystères.
Ceux qui en font partie sont les Eumolpides, c'est-à-dire les parfaits.
Quand les Grecs supprimeront les femmes et mettront l'homme partout, ils diront que la fondation de ce tribunal remonte à Orphée, qui résidait sur le Mont Sacré.
Henri Martin, qui continue la tradition masculiniste, nous dira que les Gaulois étaient partagés en nations (matries), en cantons et en tribus. Puis il ajoutera que chaque nation élisait un chef civil et un chef militaire.
Or le chef civil, c'est la Déesse-Mère, elle existait encore lors de l'invasion romaine ; le chef militaire, c'est l'homme qu'elle choisissait pour en faire l'exécuteur de ses ordres.
« Les Gaulois, suivant la tradition conservée dans le pays de Galles, disaient que, selon l'ordre et le droit primitif, une nation (matrie) est au-dessus d'un chef. »
Donc, l'autorité maternelle est au-dessus de l'autorité du chef militaire. Et la vieille loi des Celtes d'Irlande, frères des Gaulois de France, dit qu'un roi injuste et un chef qui ne remplit pas ses devoirs peuvent être dégradés.
Donc, il existe une autorité supérieure à eux et qui les juge !...
Remarquons que, parmi les noms collectifs donnés aux femmes, on trouve, dans les langues Scandinaves, le mot Queen, qui veut dire Reine et s'applique à la Femme en général. Changez le q de queen en g et vous arrivez à gun, d'où gunè qui signifie femme en grec. Il est donc bien vrai que de la langue celtique dérivent toutes les autres.


LE TARTARE
La mythologie a gardé l'idée d'un enfer dans lequel sont précipités les méchants, et d'un jugement qui précède leur condamnation.
« L'enfer était l'endroit consacré au jugement et à la sépulture des morts », dira-t-on.
Mais il ne s'agit que de la mort morale, et c'est cette question qu'on a le plus cachée, altérée, dénaturée, l'homme pervers ne se reconnaissant jamais coupable d'aucun méfait.
Chez les Grecs et les Latins, le mâle inférieur, c'est-à-dire sexuel, c'est le Faune, le Satyre, qui n'a de l'homme que la moitié du corps, la partie inférieure est celle de l'animal.
On a donné à l'enfer des Atlantes le nom de Tartare, qui fut, plus tard, celui d'un peuple révolté contre la loi divine (féminine). Mais primitivement ce tribunal ne devait pas porter ce nom, qui a dû être employé très postérieurement à l'époque dont nous nous occupons. C'est la mythologie grecque qui a embrouillé les dates. Le titre qu'il porte, Tartare, prouve que c'était le peuple tartare qui était considéré comme hors la loi, c'est-à-dire vivant sans direction morale (1).
Pluton règne dans ce séjour ténébreux.
Pluton vient de la racine Blota, qui signifie égorger des victimes.
C'est en anglais Blood (sang), meurtre. Dans les langues du Nord, on appelle encore blottries les statues de Pluton, considéré comme l'homme qui tue. Sa statue est teinte de sang humain.
Les Grecs donnèrent à ce dieu le surnom d'Adès, qui vient d'Odin. Les blottries sont encore appelées Odin.
Les Grecs dénaturèrent tout ce qui venait du Nord, en masculinisant les idées féminines des Celtes qu'ils ne comprenaient pas.
Ainsi, Plutarque dit qu'Adès, c'est ce qui plaît aux hommes, mais il n'ajoute pas que c'est le meurtre.
Le mot Odin vient de ad, aüd, qui, dans les langues du Nord, fait auda ou oda (détruire, perdre), d'où Œden, roi des enfers et des ombres. Œden devient Oden, puis Odin.

Ce mot descendit en Phénicie, où ed, aüd devint Adès, qui signifie perte, mort (morale), mais non cessation de la vie, mort de l'âme dans le corps vivant ; autrement, comment expliquerait-on que Pluton est un dieu vivant qui agit comme les vivants ?
C'est de Odin que, plus tard, on fit Adonis et sans doute Odieu ; peut-être aussi Odyssée et la ville d'Odinsée.
Les fleuves qui coulent dans le « Tartare » sont des symboles. On y trouve :
L'Achéron, dont les ondes sont amères comme la douleur, c'est le péché (picros, amer) ; son nom annonce l'angoisse et les lamentations. Il est fils de la Terre (symbole de ce qui est bas) ; il fut précipité dans les Enfers parce qu'il avait servi à étancher la soif des Titans.
Le symbole est transparent.
C'est ensuite le Cocyte, un marais formé des larmes que les méchants font couler.
Le Phlégéton, qui roule des ondes de feu (les passions).
Le Styx, où coule l'eau du silence et de la mort (mort de l'âme, obscurité de l'Esprit).
Et le Léthé, où l'on puise l'eau de l'oubli (perte de la mémoire, oubli de la science).
Ces noms des fleuves qui coulent dans le Tartare ne sont pas grecs, ils viennent du Nord et se sont altérés en s'acclimatant en Grèce.
Achéron vient de gondt, qui signifie fond ; l'a privatif en a fait agondt (sans fond), d'où est venu a-chéron. Le g ou le k sont deux articulations gutturales ; pour adoucir le mot agondt, les Grecs n'ont fait que substituer une articulation à une autre, et ils ont fait akondt, puis, en donnant plus de valeur au scheva ou à l'e muet qui dans la prononciation suit la consonne k, ils ont fait akeron, et nous qui représentons les k par ch, nous écrivons achéron.
Le Léthé vient de Lata ou Leta, qui signifie oublier, abandonner (laisser).
Le Cocyte vient de la racine Kota, qui désigne une source bouillonnante.
Le Styx vient de Stegg ou Stigg, qui signifie une chose déplaisante, désagréable. (D'après Rudberk.)
Phlégéton vient de flaga ou flogeld, météore igné, et thon, fleuve. Flogeldthon veut dire fleuve de feu (passion).
Le lac Averne, dont Virgile fait un antre dont l'entrée est facile et la sortie si rare parce qu'il représente la mort, est le symbole de la voie descendante de la sexualité mâle ; il prend son nom de aa qui signifie eau et de werna qui signifie renfermer.

(1) Tartare, ou Tatar, est le nom d'un peuple masculiniste qui renversa la Gynécocratie au nord de l'Asie et à l'est de l'Europe ; leurs descendants furent les Huns, les Avares, les Bulgares, les Magyars, les Finnois, les Mongols, les Turcs.

LES GRANDES DÉESSES
Quelques grandes femmes, supérieures aux autres, ont laissé dans l'histoire un nom immortel. Il en est qui jetèrent un tel éclat sur leur époque, que leur nom est resté dans la mémoire des peuples.
Nous trouvons dans l'histoire cachée des Celtes trois noms arrivés jusqu'à nous à travers des légendes fantastiques, mais l'obscurité la plus profonde règne sur les femmes réelles qui portèrent ces noms. Ce sont :
- La Voluspa

- Ardui-Anaïta, surnommée Diana
- Vénus-Bélisama, surnommée Hémœra.
Nous dirons également quelques mots sur Junon

LA VOLUSPA (Auteure de l'Edda Islandorum)
Nous connaissons la science primitive des Celtes par un poème intitulé la Voluspa, nom qui signifie : Celle qui voit l'universalité des choses.
On a comparé cette œuvre à un Livre sibyllin, et le nom de la Voluspa a pris depuis la signification de Prophétesse ou Devineresse. Il se dit aussi Volva.
Ce livre contient une histoire cosmogonique ; ce qui en reste se trouve maintenant intercalé dans l'Edda Islandorum.
(Edda signifie aïeule.)
L'Edda (l'Aïeule) est un poème composé de deux livres, l'un en vers, l'autre en prose (Edda Islandorum, Hæmiæ, 1665). C'est tout ce qui reste d'authentique touchant le culte des anciens druides, dit-on. Ce livre a été écrit pour les glorifier. La première partie date du XIème siècle et est attribuée à un poète islandais. Il fut découvert en 1643. Il chante les exploits des dieux mâles, Odin, Thor, Balder.
Le nom de ce poème inspire quelques réflexions : pourquoi Is-landorum ?
Is, nous l'avons vu, est la divinité primitive chez les Celtes, land (terre), « terre des Déesses ».
Nous retrouvons la racine Is dans Is-is, Isthar, Istacar, Is-ra-el, Isa-ac, Ish-wara. Dans les langues Scandinaves, Is devient As (l'un absolu).

Dans l'Edda, on mentionne neuf femmes rassemblées autour de la sage Mengleod (sans doute Minerve), sur une roche élevée, vers laquelle toutes les femmes, surtout les malades, se dirigent. La Déesse Eir préside à la médecine.
Ce sont les neuf Muses des Grecs sur le Mont Parnasse. On voit aussi dans ce poème des « Dames blanches » qui parcourent le pays en qualité de « voyantes » (prophétesses) et de médeciennes. Elles chantent des hymnes, elles écrivent des runes, elles préparent des boissons pour les malades et leur donnent tous les soins nécessaires.
Elles écrivent aussi l'histoire et nous donnent la description des batailles, c'est-à-dire que dans l'Edda révisé on a introduit des récits de guerre qui ne pouvaient pas exister dans le poème original.
Dans l'épisode de Hromund Greipsson, nous voyons qu'un adversaire de ce guerrier lui ouvre le ventre ; il repousse les intestins dans la cavité abdominale, les maintient à l'aide d'une ceinture et court de nouveau à la lutte. Après la bataille, sa Svanhvit bien-aimée examine la blessure et la coud magistralement. Soigné par elle, il est bientôt guéri totalement.
Cet épisode nous apprend que ce sont les femmes qui, dans l'antiquité, ont trouvé et appliqué les procédés chirurgicaux, dont la médecine moderne a hérité et dont les hommes se font gloire.
Dans un autre épisode, on nous montre la bataille de Siklastad, le Scale Thormod Kolbrunarskal grièvement frappé, arrivant dans une cabane où étaient couchés nombre de blessés. Une femme était occupée à les panser, à laver leurs plaies avec l'eau chaude, et sur le feu bouillaient dans un chaudron des plantes odorantes qu'elle donnait en breuvage aux guerriers.
Les Sagas étaient très douces et très compatissantes. Elles se rendaient sur les champs de bataille et soignaient tous les blessés. Dans les duels, elles étaient aussi présentes pour soigner les blessures.
Quand Thorfim Selthorisson et Gudlang le riche se blessèrent l'un l'autre en duel, Thunt, la mère de Gudlang, les guérit et, ensuite, les réconcilia.
Voilà bien la Femme, guérissant l'âme et le corps et remettant l'homme dans la voie de la raison.
Le mot Scale, que nous venons de trouver dans cet épisode, est le nom de la Norme Skalda. C'est le nom qui, plus tard, sera donné aux prêtres Scandinaves quand il y aura un sacerdoce masculin. On le dit dérivé de Kalad qui devint Kalds. Or Kalad a fait Kaldée (Chaldée), mot kabbalistique dans lequel se trouvent les trois lettres hébraïques kaph, lamed, daleth, qui ont un sens symbolique.
C'est de ce mot Kald que l'on aurait fait Gals et Gaulois. C'est du mot Scale, qui en dérive, que l'on aurait fait Celte et Celtique.
Nous citons ces étymologies sans commentaires.
L'île sacrée de Scaldia est aujourd'hui Schouwen.


ARDUINA
Arduina est la grande Déesse celtique qui donna son nom à une région de la Gaule-Belgique : la forêt des Ardennes, formant la région nord de Médiomatrice.
Nous lisons dans l'Origine celtique de Cailleux : « Arduenna, surnom de Diane, régnait sur une vaste forêt des Gaulois, les Ardennes, qui gardèrent son nom. Dans les environs du Hélion (la Meuse), la Déesse Arduina avait une chapelle où ses affiliés lui apportaient leur tribut. Sa statue retrouvée nous la montre entre une biche et un chien. Chez les Eburons (pays de Liège), elle était la patronne des chasseurs. » (Orig. celt., p. 152.)
Ailleurs, le même auteur dit aussi : « Diana représente souvent les trois fleuves (Meuse, Escaut, Rhin), ce qui la fait appeler Hithye, c'est-à-dire Déesse du Hélion. »
Donc, c'est Arduina qui est Diane.
D'autre part, les Bouddhistes ont dans la pagode de Jikadzé (Petit Thibet) sept statues qui toutes s'appellent Erdeni (traduction de Arduina).
Mais elle a bien d'autres surnoms.
Nous savons maintenant que c'est cette Déesse qui est l'auteur de l'A-vesta, qui la nomme Ardui-Souria-Anaïta.
Souria est un titre qui indique la souveraineté. Il nous reste à chercher la signification du nom d'Anaïta.
Mais, d'abord, un mot sur la localité qui semble avoir été le foyer principal d'où cette lumière a jailli.
Liège, dont le nom ancien est Lüttich, a été appelée la Ville ardente. Ce surnom semble indiquer qu'elle fut le berceau à Arduina. De Lüttich on a fait Lutèce.
L'A-Vesta aurait été écrit dans la langue qu'on y parlait à cette époque et qui est devenue le wallon belge, reste d'une ancienne langue sacrée.
Plus tard, le livre a été porté en Perse par les Mages, qui en ont fait une révision qui l'a complètement dénaturé.


Anaïta est un surnom qu'il faut écrire en deux mots : Ana-ita. ce dernier vocable étant un diminutif.
Ana signifie ancien ; Ahne, en langue teutone.
Ce nom a la même signification que le mot Edda.
Ce n'est pas seulement l'aïeule au point de vue de l'ascendance, c'est la lumière ancienne, la science primitive.
Le mot Ary-ana signifie « Terre d'Ana » (rapprochons ary de aretz, terre en hébreu). Ceci nous fait comprendre que l'opposition des sexes, qui est le fond de l'A-Vesta, est représentée par Ary-man, la Terre de l'homme, l'obscurité, tandis que Ary-ana, la Terre ancienne des Déesses, c'est le jour, la lumière.
Ana est la racine d'une multitude de noms de femmes. Nous trouvons Anaïtis à Comare.
Chez les Chaldéens, Ana signifie ciel, ou lumière astrale, Anima Mundi, d'où vient Anaitia.
Dêvi-Durgâ, la femme de Shiva, est aussi nommée Anna-pûrnâ et Kanyâ (la Vierge).
Umâ-Kanyâ est un nom ésotérique et signifie « la Vierge de Lumière ».
C'est pour cela que les Catholiques ont appelé la Mère de la Vierge Marie Anne et qu'ils l'ont déclarée conçue sans péché.

Quand les Grecs feront leur mythologie, qui a pour but de cacher le rôle de la femme, ils diront qu'Ariane était la fille de Minos, que dans le Labyrinthe de Crète Thésée se serait égaré sans le fil d'Ariane (c'est-à-dire la Science). Ce qui prouve bien que le Labyrinthe, c'est le symbole de l'erreur, de la parole de mensonge des imposteurs qui sont venus tout embrouiller en supprimant le rôle des femmes et en substituant des Dieux mâles aux antiques Déesses.
Dans les Mystères, la danse des jeunes Crétoises imitait les détours du Labyrinthe.


Un autre surnom d'Arduina, c'est Diana. Les Parsis remplacent souvent le mot A-Vesta par le mot Dîn, qui signifie Loi en zend.
Din fait Dina et Diana, et l'expression Dæna A-Vesta serait synonyme de Diana (voir l'article sur la Perse).
Diane a donc signifié la Loi, avant d'être le surnom d'une Déesse (comme la Loi d'Israël, Ha-thorah, est devenue le surnom de la Déesse Myriam qui en fut l'auteur). (Voir l'article sur l'Israélisme)
La Loi d'Ahoura, « l'Esprit Lumière de Diana », paraît constituer le fond du Vendidad.
Les auteurs relativement modernes ne savent rien de cette histoire ancienne.
Diodore de Sicile assure que Diane était particulièrement honorée chez les Perses et que ces barbares célébraient encore de son temps, en son honneur, les mêmes Mystères dont elle était l'objet chez les autres nations.
Donc, elle n'est pas originaire de Perse, mais y a été importée probablement à l'époque où régnait la magie des Zoroastres.
Dans le Zend-A-Vesta réformé du temps des Mages, on dit que les prêtres chaldéens sont originaires d'un pays où la nuit la plus longue est double du jour le plus court. Sur ces données, Bailly reconnaît que l'auteur désigne le 50ème degré de latitude, qui est celui de la Belgique.
On sait que Diane était adorée à Bibracte ou Bibrax, dont elle était la grande Déesse.
Bibrax était située entre la Meuse et l'Aisne, non loin de Médiomatrice.


Dans la mythologie, Diane, dont le nom se retrouve dans Dhiava, Diva ou Daiva, signifie « le Jour », la lumière engendrée par le soleil. En latin archaïque, on disait Divis sub dio, qu'on traduit par sous le ciel. Elle fut représentée par le soleil d'abord, et jusqu'au jour où les hommes lui disputèrent sa gloire ; alors ils la représenteront par la lune.
Dans l'ancien culte italique, on l'appelait Dea, Dia, Bona Dea, Maïa. Pour ses fidèles, elle représentait tout à la fois la Nature et la pureté féminine.
On lui consacrait une fête en décembre, sans doute à l'époque du Solstice, qui est le retour vers la lumière qui va réveiller la Nature endormie.
Diane est surnommée Propylæa, et aussi Lucifer, surnom donné aux antiques Déesses porte-lumière, que l'on nous représente un flambeau à la main, telle la Déesse Até. Elle est appelée aussi Phosphore-Lucifer.
Tous ces noms changeront de signification quand le principe mâle régnera. Alors c'est lui qui sera le dieu de lumière et la femme sera l'esprit du mal, les ténèbres.


HERTHA-ARTÉMISE
Les grandes Déesses ont toujours une multitude de surnoms. Celle qui nous occupe est surnommée Herta, mot qui veut dire jardin.
N'est-ce pas pour rappeler le Jardin des Hespérides, l'Age d'or dans un Eden, symbole qui représente la vie heureuse de la première jeunesse ? Ce qui le prouverait, c'est que Herta est appelée Sainte Mère (Mœra, Deœ Mœrœ, Pomair, d'où Poméranie). Les Latins, qui ne remontent pas si haut, ont donné, de ce nom, une autre explication ; ils nous disent que l'habitude qu'avaient les druides de faire leurs cérémonies religieuses dans les forêts se transmit aux peuples chez lesquels ils émigrèrent. « Les Germains, dit Tacite, les Perses, dit Hérodote, n'avaient point de temples abrités ; les uns en Europe, les autres en Asie se sont fait une religion de renverser les constructions en pierre, où l'on prétendait renfermer la Divinité. Les uns étaient disciples de Herta (de ce nom on fit Huerta, jardin), les autres appelés Artœis. Or Herta, dit Tacite, n'avait pour temple qu'une forêt. » (La forêt des Ardennes.)

Herta était la Déesse des Suèves, et jamais, dit Tacite, aucun homme ne parut en sa présence nisi vinculo ligatus, sans porter le collier de l'ordre. C'est dans le même sens que d'autres lui donnaient le nom de Diane, qui dérive de Dienen, servir, et désigne la Déesse dont on était le serf.
Au midi de la Baltique se trouvaient des hommes menant la vie druidique, et liés au culte de Herta ; Tacite les appelait Semmones, mais plus vulgairement on les appelle Germains.
Les mots qui signifient morale en celtique, en latin, en grec, ont aussi été pris pour désigner la vie druidique. En Celtique, Sitten, qui veut dire mœurs, a fait nommer Sitones les druides des îles Scandinaves ; dans la Thrace ils étaient de même appelés Sithones ; ils étaient voisins des Semmones, et comme eux sous la domination d'une femme (Tacite, Germania). (C'est de ce mot Sitones qu'on a fait Sidonia, Sidon.) Sidi est un terme honorifique qui ne s'adresse qu'au personnage de qualité.
La Déesse Herta fut appelée Herta-Meisse par les peuples de la Méditerranée, qui écrivaient Artémise, et, comme Hert signifie cerf, on donna à Diane cet animal comme emblème.
Meisse signifiait jeune fille, d'où Miss.
M. Cailleux fait venir l'Arthémise persique de Herta-Mise. Et il ajoute : « Arthémis serait le nom de la Sibylle de Delphes, appelée aussi Daphné, nom donné aussi à Diane ».
Arthémis serait une variante du nom de la Déesse Arété consacrée comme Déesse. Elle est citée par Bachofen, qui dit qu'Eusthate considère son histoire comme une fable.
On a fait d'Arthémise une reine d'Halicarnasse qui se serait distinguée au combat de Salamine. Puis on a donné ce nom à une reine de Carie (IVème siècle avant notre ère), célèbre par sa douleur à la mort de Mausole, son mari, et par le monument qu'elle lui éleva, monument connu sous le nom de Mausolée.
Tout cela, c'est de l'adaptation masculiniste, c'est-à-dire grecque.
On nous parle aussi de la fontaine d'Aréthuse où coulait la source sacrée, et on la place dans une île de la mer de Sicile. Ce serait encore le souvenir de l'ancienne Déesse.


EUROPE
La chevalerie, qui est le culte primitif, a toujours représenté les chevaliers, initiés à la doctrine, munis d'un cordon qui est l'insigne de l'ordre. Ce cordon représente le lien moral qui attache l'homme à la Divinité, comme le cordon ombilical attache l'enfant à sa mère.
Le mot Europe le désigne (Eu, lien ; rope, corde, cordon, lien, ligature). Cette corde a fait cordial, lien du cœur. C'est parce qu'une Déesse a créé la doctrine de Vérité, qui est la base même de toute religion, qu'on la désigne elle-même sous le nom d'Europe. On sait que c'est un des surnoms de la Déesse Diane. Ce mot, traduit dans toutes les langues, est devenu chez les Latins religare, c'est-à-dire religion ; primitivement, on disait red-ligio.
La vie morale était tout dans cette société antique. Le lien qui unissait les hommes à la femme était la base de la domination de soi-même qui élève l'homme.
Le mot serf indiqua d'abord la soumission volontaire des hommes liés à la Déesse. Ce lien, fait d'affection, de tendresse, était si heureux qu'on le désignait par ces mots : « un doux servage ».


JUNON
Dans la seconde période religieuse, celle de l'hermaphrodisme divin (le Polythéisme), nous allons voir le nom d'Ana subir la transformation qu'on imposait alors aux noms des Déesses. On va lui annexer la lettre idéographique I, J, ou Iod, qui représente le sexe mâle et qui ouvre la voie à la substitution des sexes qui se fera plus tard. Les Prêtres mettent devant les noms de femmes la lettre qui est l'emblème de leur sexe et créent ainsi des couples divins. Ana, précédé de J, va devenir Io-ana, Juno, Jonan, Johanna, etc., parce que sous cette forme nouvelle il subira des variations diverses.
Juno va faire Junan et enfin Junon.
Mais, si le nom varie, les attributs restent les mêmes.
Junon est la grande Déesse, « le Ciel sur la Terre », la lumière de l'Esprit.
Juno-Lucina était adorée dans des fêtes intitulées les Calendes, qui lui étaient spécialement consacrées.
Juno-Regina est « la Reine du Ciel ». On l'adore sur les hauteurs. Elle est la protectrice des villes et des maisons. De Junon on fera Juvans (favorable).
Saint Augustin, et d'autres auteurs, remarquent que la planète Vénus a été nommée autrefois Junon. Un endroit de la Campine consacré à Junon était appelé Cœlena.
Junon est la première des Déesses italiques, la plus grande. On la nomme Princeps Dearum. La fleur qu'elle tient à la main désigne les Floralies (les Mystères).
« D'une fleur que lui donna la Déesse Flore, naquit le dieu Mars », disent les masculinistes. Pour expliquer la pureté féminine, Pausanias dit que chaque fois que Junon perdait sa fleur, elle la retrouvait dans les eaux du Canœcthe, « ce qui nous retrace figurativement les Floralies d'Aveburg, dit Cailleux. Au centre de ce magnifique Cromleck est la source de Kenneth, qui emportait dans la mer les impuretés de l'ancien Olympe. »
Le mois de Janvier (January) était sous la protection de Junon, et de son nom on fit Jonassa, nymphe qui présidait à la modération dans le gouvernement.
On appelait Junonia les fêtes en l'honneur de Junon.
Cette Déesse représentait si bien la psychologie féminine, que chaque femme invoquait sa Junon.
Elle était aussi surnommée Moneta (Juno-Moneta), parce que c'est elle qui inventa la monnaie, qui était frappée dans son temple. Près d'elle nous trouvons Pecunia, dont on fait la Déesse de l'argent monnayé.
M. Nélis, membre de l'Académie Royale de Bruxelles, donnait une autre origine du nom de Junon. Dans ce mot, l'I, c'est-à-dire J, se prononce comme un G. Pour lui, c'est le même terme que gunè qui signifie femme et qui, dans cette acception, est encore en usage dans la langue anglaise. Junon veut dire femme par excellence.
Quand les hommes introduiront, dans le Panthéon, des dieux à côté des Déesses, du nom de Junon, ils feront Jovino qui se confondra avec Jupiter. La grande Déesse Junon deviendra alors la sœur de Jupiter, et on lui donnera les défauts de l'homme. D'abord, on la représente comme une femme jalouse, par réaction contre les féministes qui assistaient à ces substitutions et reprochaient aux hommes leur jalousie de sexe. Ensuite, on lui attribue l'orgueil masculin et on la représente sur un char traîné par des paons.


ORIGINE DE LA MONNAIE
L'autorité des Déesses-Mères leur donnait le pouvoir de faire travailler les hommes. Toute l'organisation économique des tribus en dépendait. Chacun trouvait dans cette vie familiale la vie matérielle assurée, quoique subordonnée au travail de tous.
Mais, dans tout groupement humain, il y a des travailleurs et des paresseux. Il fallut donc trouver un moyen de régulariser le travail en stimulant les activités. Pour punir ou retenir ceux qui voulaient s'évader de la vie régulière et s'affranchir du travail, on essaya tous les moyens de remontrance. Du nom même de la demeure familiale, Mora, on fit le verbe morigéner, former les mœurs, remettre dans l'ordre ; ad-monester, de monere (avertir).
Mais les ad-monestations n'ayant pas suffi, on ne trouva pour punir les insoumis, ou les retenir, qu'un moyen ; on créa un équivalent du travail, tout en laissant au travailleur la liberté qu'il réclamait, et ce fut l'origine du travail salarié.
Cependant, ceux qui acceptaient ce système, qui les affranchissait des devoirs envers les Déesses (les dieux lares, dira-t-on), avaient reçu d'abord l'avertissement divin, Monitus, mettre au régime de la monnaie ; ad-monester, c'est inférioriser les hommes, c'est une punition.
Mais le mot qu'il faut surtout remarquer, c'est Monitum, prédiction, oracle de la Déesse qui aperçoit le désordre que ce système nouveau va produire. Cependant, il fallut s'y contraindre, et l'on fabriqua cette valeur représentative qu'on appelle la monnaie dans le Temple de Junon à Rome, ce qui fit donner à la Déesse le surnom de Juno Moneta (au lieu de Monitor, celui qui guide, qui conseille).
C'est Junon, dit la Mythologie, qui inventa la monnaie ; près d'elle se trouve une autre Déesse, Pecunia, dont on fit la Déesse de l'argent monnayé et qui pendant longtemps centralisa dans le Temple de Junon l'administration des monnaies à Rome. C'est l'autorité spirituelle seule qui avait le droit de frapper monnaie, ce qui lui donne une force nouvelle, appuyée, du reste, sur celui qui est l'auxiliaire dévoué de la Déesse, le chevalier (eques), vassal de la Dame Faée. Il est Féal, ce qui indique la foi et l'hommage à sa suzeraine (de sus préfixe, en haut, de sursum). Suzeraine a fait Suzanne.
La foi, c'est la grâce suprême.
Le cheval monté par le chevalier est appelé dans la langue celtique Marc'h, et le chevalier qui le monte marquis, dont on fait homme de marque au lieu d'homme de cheval.
On met le cheval sur les monnaies gauloises, et c'est de ce nom marc'h qu'on a fait le nom de la monnaie allemande : Mark.
Les Egyptiens ne se servaient pas primitivement de monnaie ; ils n'en usent qu'après Alexandre et sous les Ptolémées. On se servait pour les échanges de métaux qu'on pesait et qui avaient la forme d'anneaux, pour que le maniement en fût plus facile. On en faisait des sortes de chapelets, comme on se sert encore de nos jours des cauries dans certains pays africains.
La monnaie, dans le régime masculin, contribua à changer complètement les mœurs, On créa le régime que Fabre d'Olivet appelle emporocratique, mot nouveau pour exprimer une idée nouvelle. Il est tiré du grec et signifie marchand et force (Etat social, t. II, p. 140). C'est le régime dans lequel tout se vend ; l'homme est un marchand, il se vend lui-même, c'est-à-dire vend ses services et vend tout ce dont il peut disposer.
Les auteurs qui ont envisagé l'origine de la monnaie n'ont envisagé que cet aspect de la question. Ils font tout commencer au régime masculin et ne nous disent rien du régime antérieur. Cependant, tout existait déjà avant ce régime, et c'est ce qu'on nous a caché, les lois naturelles du matriarcat, qui contiennent l'explication de toutes les origines. Sans ces lois, nous ne pouvons pas comprendre le premier régime économique.


NEHAL-ENNIA
Nous lisons, dans les Champs Elysées de de Grave, ceci (T. 1. p. 261) :
« On a découvert sur les côtes maritimes de l'île de Walcheren des monuments très intéressants de différentes Divinités, qu'on a conservés jusqu'à ce jour ; quelques-uns représentent Neptune d'autres la Déesse Nehal-Ennia. C'est entre Domburg et West-Kappel qu'on a déterré les monuments qui regardent la Déesse Nehal-Ennia. Un violent vent d'est ayant éloigné les eaux de la mer à une large distance de la côte, en 1647, on aperçut dans les sables une grande masse de ruines dont la vétusté excita la curiosité des spectateurs, et on s'empressa de les retirer avant le retour des flots. Ces monuments consistaient en statues, autels, vases, médailles et autres pièces dont on peut voir le détail et les figures dans l'ouvrage de Vredims. La plupart représentaient une Divinité inconnue jusqu'alors, que les inscriptions nomment NEHAL-ENNIA. La Déesse y est tantôt debout, tantôt assise ; les symboles qui l'accompagnent sont communément un CHIEN, un panier de fleurs et de fruits, qu'elle porte sur son giron, et quelquefois une corne d'abondance. On la trouve aussi posant un pied sur la proue d'un navire, au bas de laquelle sont les lettres D et B.
« Il n'existe guère de monument qui ait enfanté tant de discussions ; on a fouillé jusque dans les langues orientales et grecques pour trouver l'étymologie du mot.
« L'inscription placée sur l'une de ses offrandes était ob merces recte conservatas (en reconnaissance de la bonne conservation des marchandises). Nehal-Ennia, qui joue un si grand rôle en Occident, est aussi appelée Diana. La terre occidentale était appelée le Royaume de Nili, c'est-à-dire de Nehal. »


HEMŒRA
Hemœra est une Déesse dont le nom et l'histoire remplissaient l'Europe, qui joua un grand rôle en Grèce et particulièrement dans l'ancienne Achaïe.
On confond Eôs, l'aurore, avec Hemœra, Déesse du jour ; elle a des ailes aux épaules, elle plane dans l'espace et verse la rosée sur la terre.
De ce nom Hemœra, on fit, par la suite, un nom collectif : les Hemœrides, désignant les prêtresses de la grande Déesse. Dans de nombreuses inscriptions trouvées sur les bords de la Méditerranée, les Prêtresses sont appelées Mœres, d'où le mot Mère. Hemœra, c'est la mère spirituelle. Les Muses sont surnommées Mœmonides (1).
Il est facile de comprendre comment le nom fut altéré : en voulant le masculiniser, on remplaça l'article féminin He par l'article masculin Ho, et Hemœra devint alors Homeros (Homère). Ce fut tout simplement un changement de genre pour consacrer un changement de sexe. (voir l'article sur la Grèce antique)

Donc, c'est par antithèse que de mœra, lumière, voyance, on fait d'Homère un aveugle.
(1) Dans la langue celtique, le mot Mère se dit Ma. (Ce mot répété a fait mama.) Il a servi de racine au mot Mère dans toutes les langues (Matri, Mater, etc.). On s'est étonné que le mot français Mère n'ait pas la même racine ; c'est qu'il a une autre origine : il signifie Mère spirituelle. Il y a donc en français deux mots pour désigner la même personne : Maman et Mère.

La neuvième Déesse révélatrice
Lorsque nous nous sommes occupés de l'origine de la fête de Noël, nous avons montré que le jour du solstice d'hiver fut appelé d'abord New-Heyl, mot qui voulait dire nouveau soleil, parce que, à ce moment, le soleil remonte.
C'est ce mot New-Heyl, devenu Nehal, qui a été un des surnoms de Vénus, et comme elle était la neuvième Déesse qui restituait les lois de la Nature, de ces deux mots Nehal et Ennia qui signifie neuf, on a fait Nehal-Ennia.
Deux faits se détachent de cette antique histoire. Vénus-Hemœra est une Déesse voyageuse. Elle est connue par sa fécondité mystique.


Déesse voyageuse
Parmi les statues de la Déesse Nehal-Ennia qui ont été trouvées, il en est une qui la représente le pied sur la proue d'un navire, ce qui indique bien qu'elle avait traversé les mers.
Il est bien évident qu'entre la Celtide et la Phénicie de constants échanges intellectuels et commerciaux se faisaient. Nous trouvons la même science dans les deux pays, la même religion et les mêmes mœurs.
L'Odyssée témoigne des connaissances géographiques communes aux Celtes et aux Phéniciens.
Les ports odysséens ne répondent pas aux connaissances de la Grèce, mais aux débarcadères phéniciens.
Les Grecs du temps assigné à Homère essayaient à peine leurs premières tentatives nautiques, comment le poète aurait-il si bien décrit les escales lointaines que connaissaient si bien les phéniciens, maîtres de la mer, mille ans avant la Grèce d'Homère ?
Autre constatation : Cailleux dit : « Les Scythes ont transporté au bord du Tanaïs les Mystères de nos régions ; Nehal-Ennia y fut nommée Vénus Tanaïtis.
« Les anciens appellent Vénus Tanaïtis la Déesse des esclaves, mais des esclaves volontaires, les Slaves. »
Or les esclaves volontaires, ce sont les affiliés à la primitive doctrine théogonique.


Fécondité mystique
L'autre aspect sous lequel nous avons à envisager cette grande Déesse, c'est sa fécondité spirituelle. On nous dit qu'elle eut quarante-cinq enfants, ce qui veut dire qu'elle écrivit quarante-cinq livres.
Pour symboliser cette abondance d'idées, elle est représentée ayant des fleurs dans son giron ou avec une corne d'abondance.
Elle est appelée Mère des sciences, parce qu'elle les aborda toutes ; ses connaissances multiples semblaient tenir du prodige.
Sa science nous a été conservée dans des traditions, dans les symboles des anciens Mystères, dans les connaissances générales qui ont alimenté l'humanité pendant des siècles.
Sa poésie a été parodiée dans l'Iliade et l'Odyssée. Mais les modernes parlent peu d'un autre ouvrage, attribué aussi à Homère ; c'est celui qui est intitulé Batrachomyomachie, ou Combat des rats et des grenouilles, ouvrage héroï-comique, qui avait pour but de montrer sous une forme satirique les luttes de sexes.
Les grands services qu'elle rendit à l'humanité la firent regarder comme un être bienfaisant, supérieure à toute son époque. Elle fut classée parmi les plus grandes Déesses, et on donna au ciel son nom Uranie.
Sous le nom de Vénus, sa mémoire est venue jusqu'à nous. On ne saurait trop se pénétrer de cette vérité qu'il n'y a que les choses du plus haut intérêt auquel le temps décerne les honneurs de l'immortalité.
Mais il ne faut pas oublier non plus que les grandes supériorités éveillent les grandes jalousies et que la haine des hommes se traduit par l'insulte et l'outrage. Aucune Déesse n'a été plus outragée que Vénus.
Quand les hommes eurent supprimé les Déesses, on fit dire à Hésiode : « La Terre a engendré à son image le ciel orné de constellations. Uranie y remonta afin de s'y mettre à couvert pour donner aux dieux une demeure sûre et éternelle. »


Hésiode
Nous avons vu qu'Hésiode est celte comme Homère. Mais ce qu'aucun homme ne nous dit, c'est que ces deux auteurs sont des femmes.
La question d'Homère-Hemœra est élucidée. Il reste celle d'Hésiode.
Il suffit de lire sa Théogonie pour comprendre que c'est une femme qui a écrit cela. Ce qui a pu faire illusion aux modernes, c'est qu'on y a mêlé, plus tard, les dieux de la mythologie grecque.
Le premier cycle de l'histoire des peuples est résumé dans cette phrase d'Hésiode : Les dieux mènent le monde ; mais personne ne comprendrait la signification de cette phrase si on ne rendait pas au mot Dieu sa première signification, si on n'expliquait pas que l'entité divine est d'abord exclusivement féminine. Le Dieu qui mène le monde, c'est la Déesse, c'est la Femme !
Et Hésiode nous dit encore, en parlant de ces êtres divins : « Les dieux interviennent en tout, l'homme doit leur obéir, car il est petit auprès des dieux, il doit se préoccuper de leur volonté, écouter leurs oracles, respecter leur puissance. Obéir aux dieux, c'est obéir à la loi qui domine la destinée humaine. Et cette loi dit à l'homme : Connais-toi toi-même, n'oublie pas ta misère, c'est la moïra, la loi de la vie. »
C'est parce que cette loi de la vie était à la base de la société, que la sagesse divine (Théosophia) fut le facteur de la grande civilisation qu'on a appelée l'âge d'or.
Le sentiment religieux, si profond dans cette jeunesse humaine, répondait au besoin naturel d'adoration qui est dans le cœur de l'homme jeune.
Par la piété il s'efforçait de conformer ses actions aux désirs de la Femme divine et de rendre à la Déesse ce qui lui est dû en respect, en soumission dévouée, en vénération.
Par la foi l'homme s'abandonnait complètement aux décisions de la Déesse dont il reconnaissait la suprématie.
La religion était alors le lien moral qui unissait l'homme à la Femme sur le plan divin, c'est-à-dire spirituel.


Légende septentrionale en passant
Le folklore belge nous retrace la lutte de la Femme et de l'Homme dans une légende connue dans toute la Flandre et qui reproduit l'épisode homérique de Polyphème et Ulysse. (Vertelsels van het vlaamsch Volk, de A. Joos.)
Ce n'est pas la femme guerrière luttant ouvertement contre son oppresseur qu'il nous montre, c'est celle qui, se soumettant à ses caprices, lui verse le poison de l'amour, qui l'aveugle.
C'est encore, sous une forme originale, une parabole de la loi des sexes.
Dans ce récit, l'homme, c'est le « géant », la Femme, c'est le « nain ».
Un géant avait pris un nain, avec l'intention de s'en régaler.
Pendant les quelques jours de vie qui lui furent accordés, celui-ci fut chargé de tous les travaux du ménage : nettoyer, laver, coudre et cuisiner. Cela ennuyait beaucoup le petit prisonnier, qui chercha un moyen d'échapper au géant.
Or le nain était petit de corps, mais grand d'esprit ; le géant, au contraire, était grand de corps et petit d'esprit.
Certain soir, il prenait le frais sur le seuil de la porte.
« Vieux, dit le nain, voyez-vous les animaux étranges qui se promènent là-bas derrière les nuages ? »
Le géant regarda, mais ne vit rien.
« Il est curieux, dit-il, qu'un petit homme comme toi ait une vue si perçante, tandis que moi, le plus fort de tous les géants, je vois si mal. »
« Oui, répondit le nain, mais il y a un remède à cela. »
« Lequel, petit ? Je voudrais en user, car c'est une grande force que de voir très loin. »
« Il faut laisser verser du plomb fondu dans vos yeux. »
« Essayons. »
« Bon ! mais cela fait grand mal et l'on est aveugle durant plusieurs jours. »
« Je résisterai bien à la douleur. Fonds tout de suite le plomb, et verse-le dans mes yeux. »
Le nain, riant sous cape, se mit à la besogne, et ce fut fait au bout de dix minutes. Le géant hurla de douleur ; la montagne en trembla, et les animaux sauvages se cachèrent dans leurs antres. Le géant était aveugle !
« Maintenant, je suis le maître ici, pensa le nain. Je vais faire bonne chère et, quand je me verrai en danger, je me sauverai. »
Il commença par tuer un chien et une brebis. Le chien rôti fut pour le géant ; la brebis pour lui.
« Comment se fait-il, dit le géant, que tu sembles savourer ton morceau et que je mange, moi, à contre-cœur ? Ma viande est coriace comme du cuir et a une mauvaise odeur. »
« C'est que vous êtes encore un peu malade, répliqua le nain. Il faudra du temps avant que vous soyez tout à fait rétabli. »
Mais le nain fit tant de farces que le géant devint méfiant et résolut de le manger.
Un matin il se leva tôt, chercha en tâtonnant toutes les portes, les ferma bien et s'assit devant la sortie du bercail où couchait le nain. Les brebis passèrent entre ses jambes, l'une après l'autre.
Le nain, voyant qu'il fallait ruser, tua la plus grande brebis et s'enveloppa de sa toison. Ainsi travesti, il put se sauver.
Lorsque toutes les brebis furent passées, le géant appela : « Et toi, petit, où restes-tu ? »
« Vieux, ricana au dehors le nain, je suis sorti depuis bien longtemps. »
Le géant grinça des dents ; mais sa rage était impuissante. Le nain jeta la toison et s'enfuit au loin.


La tradition des nains qui, dans les familles, ont le droit de tout dire, qui ont de l'esprit et se moquent de la vanité des orgueilleux et de la comédie sociale, tout cela vient de ce que les nains, ce furent d'abord les petites femmes, qui ont l'esprit et l'audace, la répartie et la science. Esope fut un nain de ce genre.
Plus tard, prenant le symbolisme à la lettre, on remplaça la petite femme par un vrai nain masculin. Finalement, ces nains devinrent les bouffons à qui on laissait le droit de tout dire pour faire rire, mais qui étaient des hommes de taille ordinaire.


QUELQUES MOTS SUR RAM, LE GRAND PERTURBATEUR
L'apparition du Sépher (la Genèse biblique - voir l'article sur l'Israélisme) avait provoqué un grand mouvement d'idées. Par toute la Terre on discuta les Principes exposés dans l'œuvre de la Déesse Hathor.
Ce sont les Phéniciens qui auraient apportés dans la Celtide l'histoire, cachée dans les Mystères de Jérusalem, de la grande Myriam, et c'est à partir de ce moment que cette histoire se propage et devient la base du culte d'une Déesse nouvelle, « Maria », dite aussi « Marjolaine », dont on trouve trace dans une quantité de souvenirs antérieurs à l'invasion romaine.
Mais cet événement eut un résultat inattendu ; il provoqua un déchaînement de jalousie pour la grande Déesse égyptienne et une formidable réaction contre son œuvre, à cause des révélations qu'elle faisait sur les causes de la déchéance masculine.
Cela provoqua une violente réaction chez certains hommes. Et le premier qui prit, chez les Celtes, la direction d'un mouvement d'opposition fut le fameux Ram dont le nom est resté pans l'histoire comme celui d'un formidable perturbateur. Sa doctrine et son mouvement révolutionnaire ne furent qu'une réaction contre la doctrine de Myriam-Hathor exposée dans le Sépher.
Il remplace la Mère universelle par le Père universel, la grande aïeule Kéridven par l'ancêtre Oghas ou Ogham (dont on fera l'ogre) ; c'est lui, Ram, qui est son représentant sur la terre, et c'est lui qui possède l'immortalité de la Déesse.
Ceci est une réaction contre le passage du Sépher où il est dit à l'homme que, s'il consomme sa substance de vie, il mourra. Il nie cette vérité et se donne les attributs de la Déesse. Du reste, il fait croire à ceux qui l'écoutent que son âme ne quittera son corps terrestre que pour en prendre un autre afin de continuer à les instruire et à les gouverner ainsi de corps en corps jusqu'à la consommation des siècles ; c'est son autorité qu'il veut immortelle pour assurer l'éternité du mensonge.
Il crée le type de l'imposture messianique que tant d'autres vont imiter après lui en perfectionnant le système, c'est-à-dire en l'adaptant aux conditions sociales de leur époque.
Ram est un révolté contre la vie régulière et le travail des tribus matriarcales.
Déjà en Egypte une semblable révolte s'était produite; Cécrops, personnage réel ou légendaire, avait réuni les chasseurs nomades en village et s'était emparé de terres qu'il avait déclarées propriété publique des hommes.
Cette prétention de Ram de s'affranchir du travail et de se déclarer prophète pour imiter les femmes avait semblé exorbitante aux habitants des tribus, ce qui le fit comparer au gui, plante parasite qui vit comme l'homme paresseux aux dépens des autres.
Voici comment il explique l'origine de cette surprenante révélation :
Endormi sous un chêne, il lui sembla entendre une voix forte qui l'appelait par son nom et il vit devant lui un homme d'une taille majestueuse, en costume de Druide, portant à la main une baguette autour de laquelle s'enroulait un serpent (le caducée dont on fera la verge de Moïse) et ce personnage mystérieux lui expliqua que le gui a des propriétés médicinales. Ram va donc se faire guérisseur en même temps qu'envoyé d'une Divinité nouvelle.
On se rappelle que le départ d'Egypte des Israélites avait été causé par une épidémie ; c'est ce fait que nous voyons invoqué ici : une épidémie.
La Femme avait son arbre sacré, l'Acacia, parce qu'il était l'arbre de vie, ancêtre du genre humain ; l'homme aussi aura le sien : ce sera le chêne, à cause de la forme de son fruit, le gland, qui désormais représentera la force du mâle (fort comme un chêne).
Ram ignore la science, mais il veut cependant en avoir le prestige. Lui aussi, il écrira un livre : le Zodiaque, parce que le Zodiaque de Myriam résumait sa doctrine. Mais dans son livre Ram remplacera la Thorah par le taureau symbolisant la force, et il donnera au mot Thorah un masculin, Thor, qui deviendra le dieu de la guerre.
Cette nouvelle Divinité, Thor, sera l'image de l'homme perverti, le père du carnage, le dépopulateur, l'incendiaire, l'exterminateur. On lui donne pour épouse Friga ou Freya, qu'on va appeler la Dame par excellence parce qu'on va en faire la complice de ses cruautés.
C'est la base d'un nouveau culte qui va devenir superstitieux et farouche parce que ces sectaires mettent dans leur dieu toutes les passions qui les animent : il est jaloux, avide, soupçonneux. On lui immole des animaux parce que l'homme perverti aime le sang, il tue pour le plaisir de tuer et peut-être parce que la Thorah avait dit : TU NE TUERAS PAS. Il va jusqu'au sacrifice des victimes humaines, prenant à l'envers toutes les prescriptions des Déesses.
Alors, la Force, principe nouveau, fut introduite dans la religion et représentée par Thor. Un taureau en était l'emblème. En face de lui, la femme fut terrorisée. C'est du nom de Thor, le dieu de la guerre et du tonnerre, que sont venus les mots terreur et terrible. Les mots effroi, effroyable, frayeur, etc., viennent de Freya (la Déesse) et expriment la frayeur de la femme en face de Thor : le Mal. On dit encore en saxon frihtan, en danois freyeter, en anglais to frighten, épouvanter.
Thor est armé d'une massue qu'il manie avec des gants d'airain. Il porte une ceinture magique qui double ses forces (allusion à sa physiologie sexuelle). On le représente aussi armé d'un marteau et assis sur une borne (le marteau, c'est l'industrie, la borne, l'arrêt du progrès intellectuel).
Quand l'homme masculinise la religion, il met à côté de la Déesse Freya un homme, un dieu mâle appelé Freyr et à qui il donne tous les attributs de la Femme. Quant à Freya, « la Dame par excellence », celle qui était « la Maîtresse du monde », elle n'est plus qu'une génératrice. On lui met dans une main la coupe de volupté, dans l'autre le glaive qui voue à la mort. C'est elle qui a les attributs de l'homme, puisque l'homme a les attributs de la Femme, et de son nom on fait venir le verbe fringær (pratiquer l'amour), en langue d'oc fringar et en français fringuer. De là aussi les mots frai et frayer en parlant des poissons.
Puis Ram fonde un système théocratique. Il se met à la place de la Déesse-Mère et usurpe les honneurs divins. Il prétend enseigner aux hommes sauvages l'agriculture pour imiter Cérès qui porte les épis ; il dit qu'avant lui les hommes menaient une vie errante et sauvage, mais que lui est venu et leur a enseigné la manière d'ensemencer les terres et de cultiver la vigne.
Il va donner des lois nouvelles aux peuples, toujours pour imiter la Déesse Myriam-Hathor, et il annonce qu'il va répandre partout la félicité.
Il crée une nouvelle Divinité surnaturelle, à laquelle il donne son sexe et qui va être en communication avec lui.
« Les Gaulois, dit Henri Martin, n'avaient point d'idoles ni de temples somptueux comme les Egyptiens, les Grecs et les Romains. Ils adoraient la puissance invisible sous la voûte sombre des forêts de chênes : le chêne (symbole de l'homme) leur semblait l'image du dieu fort qu'ils nommaient Esus, et le gui, lorsqu'il croit sur le chêne (parasite), était pour eux l'image de l'homme uni à Dieu. Le gui du chêne était leur plante sacrée. »
L'ancienne Divinité Taoth ou Thot (Teutad chez les Celtes), jadis considérée comme une Mère bienfaisante, devient maintenant une Déesse tyrannique. On lui reproche d'avoir parlé de calamités, de péchés commis, d'expiations demandées, de pénitence à faire. On va en faire un Dieu jaloux et tyrannique comme la Déesse Hévah devenue I-Haveh.
Ce qui prouve la Divinité de Ram, dit-on, c'est qu'il va faire des miracles. Fabre d'Olivet nous dit (Etat social, T. I, p. 236) : « Etant en guerre aux Indes, il se trouvait au milieu des plus arides déserts et ses troupes étaient dévorées par une soif ardente. Alors, il découvrit des sources abondantes, qui parurent sourdre à sa voix, du sein des rochers.
« Tandis que les vivres manquaient, il trouva des ressources inattendues dans une sorte de manne dont il enseigna l'usage. »
Une épidémie cruelle s'étant manifestée, il reçut encore de son Génie l'indication du remède qui en arrêta les ravages : ce fut d'une plante nommée hom qu'il tira le suc salutaire. Cette plante, qui resta sacrée parmi ses sectateurs, imitait l'Acacia. C'était l'arbre-ancêtre pour les Hindous. On le représente comme découvrant des mines d'or et d'argent parce que Myriam faisait de la chimie sur le Mont Sinaï, et c'est de là que naquit l'idée de la transmutation des métaux (du plomb en or, etc.), prenant un symbole moral pour une opération chimique. On alla jusqu'à vouloir l'appeler Adam pour faire opposition à la Déesse-Mère Eva (Adam, nom de la terre adamique). Ce nom s'est imposé après lui. Quant à lui, il s'est contenté de prendre un des surnoms de Myriam, Mar et de le retourner, et c'est cela qui a fait Ram.

Et maintenant rappelons qu'il est écrit dans le Talmud que le Sinaï est un mont d'où la haine est descendue sur les peuples du monde. En voilà le commencement.

La grande perturbation instituée pour imposer cette nouvelle doctrine fut appelée le Déluge de Ram.
On sait que le mot déluge est symbolique et indique la vague humaine qui déferle sur le monde pour le bouleverser.
Ce mouvement fut aussi appelé le Déluge d'Og-Gygès, parce qu'il établit le culte d'Oghas, le grand ancêtre. Le mot Og fut opposé à celui de Ma-gog (la Mère). Rappelons encore que le déluge est le symbole d'un cataclysme moral, c'est l'invasion de la barbarie des hommes forts dans le monde régi par des femmes, des brutes éteignant les lumières de l'esprit.
Le déluge est représenté dans le Zodiaque par le Verseau, ce qui verse, non pas de l'eau, mais de l'erreur et de la terreur. C'est une invasion d'hommes, ce n'est pas une invasion d'eau.
Ogygès, Ram, Tamerlan, Gengis-Khan, Alexandre, César, sont des hommes de déluge, des hommes de nuit détruisant sur leur passage les œuvres de l'esprit féminin, semant partout des ruines où régnaient des idées, brûlant les livres pour cacher les Vérités.

Les conquérants menaient des essaims de barbares qui terrorisaient le monde.
Une île s'appela O-gygie, île disparue, qu'on n'a pas retrouvée et qu'on suppose effondrée dans la mer. C'était un lieu d'orgies, on y célébrait le culte de Bacchus. Or, est-ce que le mot Orgie n'est pas une altération d'O-gygie, difficile à prononcer ?
C'est de cette île, dit-on, qu'est partie la multitude d'hommes qui descendit dans l'Inde sous la conduite de Bacchus et qui envahit l'Egypte sous les ordres d'Osiris.
Ce n'est pas en une fois que se fit l'invasion, mais par étapes et avec des intervalles de plusieurs siècles.


TAMAS
En Hollande celui qui enseigne l'erreur (le Prêtre, dira-t-on plus tard) s'appelle Tam. Nous allons retrouver ce nom aux Indes. Là, Tamas représente la puissance du mal. Dans les Védas, ce mot a le sens d'obscurité, de ténèbres ; c'est la négation, l'opposition du mauvais esprit en face de l'esprit lumineux de la femme, appelée (en Egypte), Rhéa (en Celtide), ou Rajas (aux Indes). Ce mot signifie rayonnement. Tamas nie la Vérité suprême, et c'est lui, incarné dans Hermès, qui dit : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; c'est la négation de la polarité sexuelle.
Tamas, c'est le principe de l'opposition au progrès spirituel. Il obéit aux instincts sexuels les plus bas, sans hésiter, à ce qu'on a très bien appelé « l'appel de la bête ». La pensée s'est obscurcie en lui, il garde ce qui fut acquis avant la chute, mais depuis il ne monte plus, il descend et ne comprend plus ce qui monte.
L'instinct tamasique, c'est l'entraînement vers ce qui abaisse, c'est le véhicule inférieur. Il veut dominer parce qu'il est orgueilleux, mais en faisant le moindre effort, et, comme il veut être le premier, il empêche les autres de le dépasser. Il tend à éteindre les lumières, il a des égoïsmes impérieux, c'est lui qu'il faut écouter, lui le Véridique qui ne représente que le mal, les ténèbres. Le bruit qu'il fait dans le monde est désigné par cette locution : Tam-Tam ; c'est ce que dans les temps modernes on appellera le bluff.
Tant que Tamas régnera, la Vérité sera cachée et le Bien vaincu.


LES VILLES SACRÉES
La vie féminine était représentée comme le symbole de la vertu et du bonheur. La femme est celle qui porte en elle le bonheur. Chez les Scaldes ou Celtes du Nord, on trouve des villes sacrées et fermées appelées « Asgard ». C'est là que les Valkyries distillent tous les plaisirs, disent les légendes masculines, qui ne voient dans le bonheur spirituel que des plaisirs. C'est le paradis du Nord. Là les trois Normes, Urda, Véranda, Skalda, jugent les hommes ; les poètes inspirés y chantent sur la harpe d'or les louanges des Déesses et des héros. Ceci est un symbole de foi chez les Scandinaves.
Asgard, c'est la ville des « Ases ».
As signifie unité centrale. As-gard est la ville des Divines unités (de là le terme Dieu unique) (1). Ce nom ne se rencontre que dans l'histoire sacrée, la mythologie. C'est un centre religieux, c'est la Jérusalem mystique.
D'après la poésie scandinave, les « bons » sont reçus dans l'Asgard, les lâches en sont rejetés, ils sont uit, qui veut dire « au dehors » et qui est opposé à as. Partout des villes sacrées furent bâties. On trouve As-bourg dans le voisinage de Cologne. En Zélande Asciburgium, bâtie par Ulysse et vénérée des Germains, selon Tacite (dans Germania). Plus loin Aspurgium dont parle Strabon et qui serait la ville type imitée par les autres.
Dans les poésies sanscrites, on trouve aussi Mid-gard (Mid, milieu) et As-gartha. On trouve aussi Midi-hama (hama est le celtique heim, séjour). Ce sont d'abord des enceintes fortifiées bâties en pierres brutes, sur les hautes roches, et qui furent comme les cloîtres primitifs. (Monastère veut encore dire demeure d'un seul sexe.)
La Norme Scalda (qui donne son nom à la Scandinavie, Norvège vient de Nord-vœg) aurait fondé autour de l'Escaut (qui lui doit aussi son nom) une région interdite aux profanes. Les fouilles ont fait trouver dans cette région des charbons, des ossements, des urnes cinéraires.
Dans l'île Scaldia se trouvait un endroit appelé Sion.
(1) As, unité monétaire chez les Romains ; as, point unique dans différents jeux ; as, le pôle, l'axe. Le mot essieu, voulant dire que le monde tourne autour de lui, vient de axôn, axis, ashe.
Gard, ward signifie que les premières villes furent des enceintes où se gardaient les femmes et les enfants.
On dit plus tard qu'elles gardaient aussi les ossements des morts, quand les femmes furent mises à l'interdit et assimilées aux morts


AS - LES ASÉENS
Pline, qui parle des Aséens, les place aux environs du Mont Taurus. Strabon cite une ville nommée As-burg, qui paraît avoir été la capitale des Ases. Cette ville est appelée Asgard dans l'Edda. Le mot As signifie un prince et même un Dieu dans la langue primitive des Celtes. On le trouve, avec la même signification de Prince ou de Principe, chez les Scandinaves, les Etrusques et les Vasques. Les Romains se servaient du mot As pour exprimer une unité de mesure ou de poids. Nous l'appliquons encore aujourd'hui au premier nombre des dés ou des cartes. C'est de ce mot très antique que dérive le nom donné à l'Asie.
Dans tous les dialectes masculinistes, il exprime la base des choses.
Nous devons croire que, lors de la grande persécution des sectateurs de Ram, les villes sacrées ne semblaient plus un refuge suffisant pour assurer la sécurité des femmes, car nous les voyons quitter les continents et aller se réfugier dans des îles, ce qui fait dire à de Grave :
« Ile, lieu de refuge des femmes, lieux fortifiés par la nature que la Providence semblait offrir comme un asile aux femmes traquées ; cette espèce de continent défendu par des remparts d'eau était le grand objet des vœux de l'homme ; c'est de là que ces demeures isolées ont été la scène de tant de grands événements de l'antiquité. C'est dans une île que nous trouvons le palais de Circé ; c'est dans une île que Pluton exerce son empire. Le chef-lieu des Atlantes était une île. La République des Champs Elysées s'étendait sur plusieurs îles. Bailly en demande la raison à Voltaire.
« N'êtes-vous pas étonné de voir que tout ce qu'il y a de plus intéressant dans l'antiquité se passe dans les îles ? »
Les îles étaient tellement en vénération qu'on les appelle : Terres sacrées, pays de salut. Leur nom Eiland, ou, avec une H, ; Heiland est formé du mot Heil qui signifie salut et saint. Lieu de sûreté divine, as-île (asile contre la terreur). Et on appelle ex-il le bannissement des hommes injustes ou impies.


LES CITÉS LACUSTRES
Mais on alla plus loin. On construisit des villes au milieu des lacs.
Le lac Mœris en Egypte serait un exemple de ces cités de refuge des féministes.
« Le lac Mœris avait 75 lieues de circonférence (362 km) et il en a encore 50 ».
« Ce lac creusé de main d'homme a passé pour une des merveilles du monde. Hérodote assure que le circuit du lac était aussi étendu que toute la côte maritime de l'Egypte. Les endroits les plus bas avaient trois cents pieds de profondeur (environ 90m). Au milieu s'élevaient deux pyramides à trois cents pieds au-dessus des eaux ; elles s'abaissaient aussi à 300 pieds au-dessous ; chacune portait une figure colossale posée sur un trône. Ce lac communiquait avec le Nil par un long canal muni de grandes écluses qu'on ouvrait et fermait à volonté, selon les besoins » (De Grave, Ch. Elys., t. I, p. 216).
En Irlande, on a découvert des débris de cités lacustres dans lesquelles on a trouvé des armes et des ustensiles de l'âge de bronze.
Ballinlough recèle dans ses abîmes le Thier-na-oge, terre de l'éternelle jeunesse, paradis païen, dit-on, analogue au Walhalla de la mythologie scandinave.
Le Lough Drine est peuplé d'îles fées qui, chaque été, une certaine nuit, dansent une sarabande folle, dira la mythologie masculine.
« En se promenant autour de la baie (du Nord de l'Irlande), on trébuche à chaque pas sur des vestiges de civilisation druidique : Cairns, pierres levées, Cromlechs et autres monuments mégalithiques, généralement édifiés au-dessus de curieux souterrains. Près de la cascade de Dunamare, on montre l'empreinte du premier pied humain qui se soit posé sur le sol irlandais 40 jours après le déluge. Cet intrépide voyageur avait nom Ladra ; c'était vraiment bien la peine de venir si loin, pour périr à peine débarqué dans un cataclysme général » (L'Irlande, Mme de Bovet, p. 184).
Ce cataclysme fut une persécution si violente que dans le comté d'Antrim on montre le rocher du haut duquel toutes les femmes d'âge mûr furent précipitées dans la mer.
Ces événements sont restés dans la mémoire populaire. Les enfants d'Erin, île que Diodore de Sicile appelle hyperboréenne, en ont dans l'esprit un atavisme tenace, et c'est la raison pour laquelle les gamins, dans les écoles pauvres, sont avides d'apprendre ; ils veulent tout savoir, et, dans les classes populaires irlandaises, on enseigne que la Mère est considérée comme l'aide la plus utile à la famille, celle qui travaille le plus, gagne davantage et boit moins (Mme de Bovet).
Cailleux, dans son livre Origine celtique de toutes les civilisations, donne de nombreux détails sur cette question ; nous lui empruntons le chapitre qu'il y consacre. Il dit :
« On construisit jusque dans les lacs de véritables hameaux posés sur des pilotis et auxquels on arrivait du rivage par une trappe (subbelen, être pris dans une trappe, d'où Pons sublicius dans les Mystères de Rome). De Pyl (pilotis) et Huyske (maisonnette) on a fait Pélasge, nom générique donné aux peuples qui avaient, à cette ancienne époque, leurs Mystères dans ces îles factices, et surtout aux habitants du lac Togolia en Grèce.
(Il ne faut pas confondre les Pélasges avec les peuples de la Péla-gonie, ces derniers tirent leur nom de Belech, druide.)
Le mot stæch (pieu fiché en terre) a également prêté un nom aux îles Stœchades (îles d'Hyères) où se célébraient les Mystères phocéens de Marseille (1) ; au Sinus Astacanus qui baigne Cadix (les golfes de Nicée et de Varna portent aussi ce nom).
Notre mot pieu, en celtique Pyche, a fait nommer Pictes différents peuples, ceux, par exemple, qui avaient leurs cités lacustres dans les lacs d'Ecosse, ceux qui les avaient à l'embouchure de la Somme ou de la Loire (Picardie, Pick Erd, terre des Pictes).
Hérodote, parlant d'une de ces constructions insulaires établies dans le lac Prasias, en Thrace, dit qu'elles avaient été élevées par les Péoniens, ce qui montre l'ancienneté de notre mot pionnier.
(Peon, en espagnol, veut dire terrassier, et Pion, en français, surveillant.)
Chaque temple avait son lac sacré. Hérodote (T. II, p. 171) parle des représentations nocturnes qu'il vit à Saïs, en Egypte, sur le lac sacré de Neith : « On les appelle des Mystères, dit-il, et, tout en ayant appris sur ce sujet quantité de choses des plus curieuses, je me tairai par respect. »
(1) Ces Mystères se faisaient dans le Delphicus Templum. Le pays fut appelé Dauphiné et, en souvenir du mot Phocée, les fêtes de villages y sont toujours appelées Vogues. Les Vogues de Bresse se font encore avec le costume antique.


DESTRUCTION DES CITÉS LACUSTRES
Th. Cailleux nous raconte un épisode de cette époque. Il dit (Origine Celtique, p. 300 et suivantes) ;
« Les cités lacustres furent vouées à une implacable destruction. Construites en bois, elles furent toutes livrées aux flammes. Eu Suisse, en Italie, en Allemagne, en Ecosse, partout on retrouva au fond des lacs, mais à demi brûlés, les pilotis qui supportaient ces bourgades. 113 stations ont été reconnues en Suisse seulement, celle de Wangen au lac de Constance était construite sur 40.000 pilotis. »
Brûler se dit en celtique Brennen. Or ce mot se retrouve dans toutes les contrées lacustres qui ont été le théâtre de ces incendies, les premières explorations de leurs ruines ont été faites en 1853 au lac de Zurich par M. Keller.
Les incendiaires arrivaient avec leur étendard appelé Fæn (fanion).
Près de Constance, les destructeurs des cités lacustres formèrent des établissements connus des Romains sous le nom de Brennes et souvent fondèrent une abbaye druidique qui, de leur nom, fut, plus tard, appelée Saint-Gall (les Druides étaient des Gallois).
Au centre de la Gaule est un pays de lagunes que traverse l'Indre et qui, depuis ces événements, a toujours été appelé Brenne (ce sont les Brannovices de César ; wick, vicus signifiant bourg, ce mot signifie bourg brûlé, Brandebourg) (1). Les Bituriges, ses dévastateurs, s'y fixèrent, laissant dans le nom même de leur capitale Avaricum un souvenir de leur zèle (yver, zélé, a formé Iberi, Hebrœi, Avari ; zelos veut dire jalousie). La croisade incendiaire ayant franchi les Alpes, on appela Brenner le col par lequel elle avait débouché en Italie et Brandis un monastère fameux qu'elle fonda au Au voisinage des lacs. Dès lors, le nom de Brennus se joint à tout ce qui est destructeur par le fer et la flamme. Un Brennus, accompagné de Belgius, dévasta Delphes et la Grèce ; en Bresse se trouve une petite contrée lacustre, la Dombe, où se faisaient, dans des îles factices, les anciennes Vogues ; Polybe, n'ayant qu'une idée confuse de ces pays éloignés, y fait arriver, avec un Brennus, des destructeurs et des incendiaires. (Polybe y place la ville de Bellica. Ce mot ainsi que Belgius vient de Belech qui veut dire Druide.)

En avançant vers l'Orient, on retrouve chez les Phrygiens le Sinus Astacanus, ayant, comme son nom l'indique (stæck, pilotis), des îles sur pilotis ; ce canton, depuis ces désastres, fut nommé Phrygie brûlée. Plus loin, les dévastateurs, qui, selon Hérodote, sont appelés Perses, disent dans leurs histoires (Histoire de Perse par le Persan Mirkhond) (2) que leur plus ancien chef est Kaian (Kaiô, brûler en grec, en garamis, en chinois), c'est-à-dire brûleur, dévastateur des cités flottantes établies dans les lacs de la Haute-Asie. (Kaian, c'est le Kaïn de la Bible : Kaï uni à Æsar fait César, uni à Æser fait Kaiser.)
Dans les régions méridionales, les Européens trouvèrent aux Canaries mille légendes sur une île incendiée et introuvable que l'on désignait sous le nom de Brandon (Brandon de discorde).
Dans le Nord de l'Europe, mêmes mystères, mêmes dévastations ; l'Ecosse est pleine de débris de cités lacustres, lesquels portent encore des noms incendiaires ; tel est Burnt-Island, sur le Forth, au voisinage d'Edimbourg. Au delà du Rhin, le Brandebourg renferme une quinzaine d'étangs où se faisaient les mystères de ces peuples du Nord ; l'incendie fit tout disparaître et la province tira de là son nom qui signifie bourgs brûlés. Dans le Mecklembourg se trouve, parmi d'autres lacs, celui de Tollen, et, sur ses bords, une ville qui, appelée aussi Brandebourg, nous révèle les mêmes mystères, les mêmes fureurs, les mêmes incendies. Par suite de ces graves événements, les bourgades maudites disparurent de tous les lacs ; mais pendant longtemps le peuple effrayé put encore apercevoir au-dessus de l'eau leur squelette, ne présentant plus aux yeux qu'une forêt de troncs carbonisés et informes. La vague qui venait gémir contre ces noirs débris poursuivit sans relâche l'œuvre de la vengeance ; peu à peu ils descendirent sous l'abîme, puis le silence couvrit cette vaste tombe. Lorsque le temps eut tout effacé, les habitants du voisinage se transmirent d'une génération à l'autre le souvenir de ce qui s'était passé là. De nos jours seulement, il fut donné à l'homme de s'en approcher, et il peut aujourd'hui jeter un dernier coup d'œil sur ces restes, avant qu'ils n'aient achevé de rentrer dans le néant ; il y voit des tronçons de bois à demi rongés, il y trouve, intact sous la vase, tout ce qui reste encore à détruire de ces anciens temps.
Stæch (pieu) fit appeler Stœchades les îles factices qui servaient aux célèbres Floralies de Marseille (Marseille était appelée Massilia (3) ; ces îles n'existent plus, mais nous nommons encore estacade les constructions qui leur ressemblent. Ces sortes de pilotis se nomment aussi perche, d'où le nom de parc donné aux jardins de plaisir qu'ils tenaient élevés au-dessus de l'eau ; un grand nombre de villes placées au bord des étangs laissent voir cette racine, par exemple Bergame est au milieu des lacs italiens (Berg-heim, demeure perchée ; Virgile dit Pergama) ; Percha en espagnol signifie ce qui est élevé, comme acropole.
Le lac de Constance n'est connu des Latins que sous le nom de Brigantinus. (Les Espagnols disent de même briga pour berge. Briguer, chercher à atteindre.)
Blankenberg remplace une cité détruite dont les piquets ont été vus longtemps ; la ville se nommait autrefois Scarphout, de Scarp, escarpé, et Hout, bois.
« On a exploré les pilotages de Brandebourg, dit un géologue, et, parmi ces ruines, on trouve Perlebourg, Spremberg (bourgade sur la Sprée), Reins-berg, Havel-berg (aucun de ces villages n'est sur une montagne).
Balk, dans la langue des Celtes, signifie poutre, étançon, pour supporter une habitation lacustre ; sur cette racine, nous appelons encore balcon une construction aérienne du même genre ; mais ce qui montre ce que la signification de ce mot était autrefois, c'est que le mot Balk signifie toujours pro-stituée (premier statut) ; les écrivains arabes appellent « Balkis » la Sabéenne qui vint voir Salomon. (Zabbe, pro-stituée, d'où les mots Saba, Sabine, Sabbat, Sabbéens). C'est la vie archaïque, la première vérité, la première morale qui est le premier statut condamné par les hommes jaloux. Souvent ces îles n'étaient point fixes et flottaient sur l'eau ; c'est pourquoi on les appelait baraques ou îles flottantes.

Dans la province de Brandebourg, les mêmes noms nous révèlent les mêmes mystères. Là se trouve Berlin ; la Sprée, qui l'arrose et qui formait autrefois de vastes marais, d'où son nom, de Spar qui signifie pilotis, de Sperre, qui désigne une clôture sacrée interdite aux profanes, nous montre par ces racines tous les éléments d'une cité flottante, d'un jardin des Hespérides, d'un Olympe où étaient admis les héros ; en outre, au voisinage de ces retraites aériennes était ordinairement une tour, où se trouvait une cloche. Un guetteur, à l'approche de l'ennemi, sonnait pour avertir de rentrer. Or, dans la langue parlée à Berlin, un beffroi se dit encore Spergloche.
Dans certaines contrées, pour construire ces bourgades flottantes, on avait transformé une vallée en étang par un barrage qui arrêtait l'eau ; les dévastateurs firent une tranchée au barrage, vidèrent l'étang et arrivèrent à la bourgade.
Quand ces jardins de plaisir (Eden) eurent disparu, il fallut les remplacer dans les mystères. On figura donc un autre Olympe où entraient encore ceux qui étaient vainqueurs dans les tournois ; là, comme dans l'ancien séjour des Déesses, c'était encore la beauté qui décernait des faveurs, c'est-à-dire des couronnes de lauriers, des armes de luxe, des sourires encourageants, des fleurs symboliques. A Olympie, le vainqueur recevait pour prix de sa victoire la plante lacustre que nous appelons berle, pour figurer ces îles flottantes qui n'existaient plus, et, comme jouissance d'un ancien droit, il entrait par la brèche dans la ville où il devait consommer son triomphe. (Cette plante berle était figurative comme le lotus dans d'autres contrées. Elle s'appelle berle, apium, sion en celtique, en latin, en grec.)
Toutes ces destructions, ayant eu lieu avant qu'on n'écrivit l'histoire, ont cependant laissé dans le souvenir des peuples des traces qui ne se sont pas encore effacées. Ainsi les Bretons n'ont jamais oublié dans la baie de Douarnenez l'emplacement d'Is-la-Grande et savent sur elle de tragiques histoires (Is est devenue Isa aux Indes et Isis en Egypte). Douar en arabe, Aduar en espagnol, Durum en celtique, signifient tente.
Les Etrusques montraient avec effroi la place où était, dans le lac Vulsinie, la ville du même nom que le feu du ciel, selon Pline, avait détruite. La Palestine voit encore, au fond de la Mer Morte, les débris de quatre villes maudites et incendiées.
Des fêtes furent établies pour transmettre aux âges futurs le souvenir de ces graves événements (4), et, jusque dans ces derniers siècles, nos aïeux ont célébré vers le temps du Carnaval le dimanche des Brandons ; on arrivait dans les églises armé de bâtons et de torches et l'on figurait des luttes, un embrasement, une victoire. Ailleurs, on conduisait un fantôme de paille sur un étang et, à l'aide d'une échelle posée sur le rivage, on y mettait le feu, au milieu des acclamations de la foule ; cette figure dans le midi de la France s'appelle Papesue, c'est-à-dire île flottante. Quant aux étangs desséchés, on conte d'un bout à l'autre du monde la même légende en donnant le beau rôle à l'homme, le vilain rôle à la Femme : une vallée était remplie d'eau ; une méchante femme avait causé cette inondation ; un homme divin se présente qui fend la roche et met l'étang à sec ; ce personnage s'appelait Yu en Chine, Kashyapa à Cachemire, Bel à Babylone, Hercule dans la vallée de Tempé, Ram dans les pays du Nord. Sa révolte s'appelle le déluge de Ram.
C'est ainsi que la tradition masculine fit une légende destinée à justifier les hommes de tous ces crimes et à les imputer à la Femme.
On raconte que l'ennemie de Ram, Râvana, forcée d'abandonner sa capitale Ayodhyâ (aujourd'hui Aoud ou Houd sur le bord méridional du Gange) et de sortir même du continent, se retira dans l'île de Lanka (aujourd'hui Ceylan) et s'y crut à l'abri des efforts de son ennemi, regardant les flots qui l'environnaient comme un obstacle insurmontable.
La tradition rapporte que les compagnons de Ram profitèrent de quelques rocs épars dans les ondes pour arrêter et lier ensemble un nombre considérable de bateaux dont ils formèrent une immense pont sur lequel ils passèrent. Les Hindous montrent encore les ruines de ce fameux pont dans une suite de rochers qu'ils appellent le pont de Ram.
Le grand Khan (Caïn) porta par ce moyen l'incendie dans le palais même de Râvana qui fut tuée, et Ram resta seul le maître de l'Asie. (Fabre d'Olivet, L'Etat social, p. 239.)
D'après une tradition anglaise, tous ces malheurs seraient arrivés en l'an du Christ 65, sous le règne de Lugail Rhiaberg ; c'est une femme qui en fut la cause. Même tradition à Killarnay.
Les plongeurs qui vont chercher dans les sables du lac des opales, des cornalines et des chalcédoines disent merveille des tours rondes, des temples et des palais qu'ils aperçoivent au sein de l'humide demeure.
M. Lehon dans L'Homme fossile, nous parle des débris trouvés dans les cités lacustres ; il mentionne des haches en pierre, des poignards en bois de cerf, des pointes de flèches en silex ou en os.
Dans d'autres bourgades plus récentes, les armes sont en bronze, ainsi que tous les objets tranchants qui servent aux usages de la vie ; ce bronze est toujours composé de cuivre et d'étain. Le bronze des Egyptiens, des Grecs et des Etrusques contient ordinairement du plomb, celui des lacs suisses jamais.
Enfin, dans quelques stations plus modernes, il y avait des objets en fer, des épées en fer (5), du type gaulois, sans garde ni croisière.
A la Tiefenau, en Suisse, on a découvert tout un champ de bataille, des épées, des roues de chariots, des mors argentés, des cottes de mailles, des monnaies avec l'effigie du cheval celtique.
On a trouvé aussi des symboles religieux : des croissants lunaires en argile, des amulettes trinitaires, formées de trois tiges portant un anneau de suspension et se terminant chacune par un globule, comme les pendants d'oreilles de Junon, tels qu'ils furent plus tard décrits dans l'Iliade ; des bracelets, des colliers, des tissus de lin, des dentelles, du blé, de l'orge, des pois, de la vigne et des cerises dans des pots.
(1) Les castels qui furent renversés ont laissé leurs ruines sur les escarpements de nos rivières, où leur nom d'Alcazar les a fait nommer camps de César.
(2) Les noms de Perses, de Mèdes, nous viennent d'Hérodote et sont inconnus aux Asiatiques, qui nommaient la Perse Iran.

(3) Chez les anciens, les masculinistes disaient sous forme de proverbe à un homme qui se corrompait, d'après eux (c'est-à-dire qui devenait féministe) : Massiliam navigas
(4) Les jeux du cirque à Rome, les jeux Olympiques en Grèce, les tournois du Moyen Age.
(5) Ou raconte que le fer aurait été découvert du temps de Minos dans l'embrasement du mont Ida. Ce serait par suite des incendies que le fer aurait été trouvé, et cela explique l'horreur que les femmes avaient pour ce métal.


Au milieu de ce désordre, une grande femme se lève, restitue toute la science primitive, puis écrit des poèmes immortels qui racontent les luttes soutenues contre les femmes. Cette nouvelle Déesse est connue sous différents noms et surnoms. On l'appelle Vénus, Uranie, Hemœra, Bélisama ou Mater-idea.

VÉNUS
Nous avons à restituer sa personnalité.
Son histoire réelle ayant été effacée, on ne la connaît plus que par la mythologie.
Vénus est surtout considérée comme représentant la lumière de l'Esprit. Elle est surnommée Uranie et aussi Lucifer. La colombe est son symbole et représente le Saint-Esprit qui est en elle, l'Esprit qui s'élève et qui élève. Elle fut mise au nombre des astres. Son nom fut donné à une brillante planète. Sa fonction est d'annoncer le jour, dira-t-on, parce que sa présence fait la lumière.
Vénus était appelée Lucifer le matin, ou l'Etoile du Berger, et Vesper le soir. On dit aussi Hesper ou Vesperugo quand elle paraît à l'Occident, peu après le coucher du soleil.
Elle était surnommée Basilée (Basilis), c'est-à-dire Reine ; elle est fille de Cœlus, le Ciel.


LES VÉNÈTES
Les affiliés de Vénus sont les Vénètes.
En Gaule, ils ont une importante colonie sur le territoire où l'on fondera la ville de Vannes.
Ce nom, corruption de Veneta, restera dans certaines régions du Nord où la particule Van se mettra devant les noms pour les ennoblir. Cela indique serviteur de Vénus. Van est devenu Von chez les Saxons. Il existe à deux lieues de Liège, au bord de l'Ourthe, un endroit encore appelé les Vennes, près de Froidmont.
Vénus serait un nom déformé. La terminaison us aurait été ajoutée par les Latins quand ils masculinisèrent tous les noms. C'est une terminaison masculine. Le féminin, selon le génie de leur langue, serait Vena.
M. Dottin nous apprend que, parmi les inscriptions celtiques, on trouve Bena, sacra Bena (Ant. Celt., p. 109). Et il donne au mot ben la signification de femme. Alors, sans doute, Femme Divine. Vénus serait donc le nom même de la Femme, Ben ou Ven. (Dans certaines langues, le B et le V se confondent ; c'est la prononciation qui les différencie.)
Nous avons montré déjà que Vénitien et Phénicien étaient le même mot écrit différemment, et que l'oiseau sacré des Phéniciens, le Phénix, pouvait aussi s'écrire Venix. Or nous trouvons qu'on représente Vénus par l'oiseau Vennou ou Bennou, qu'on appelle le Phénix des Grecs.
Comme dérivé de Bena (Vena), nous trouvons chez les Celtes la Déesse Bendis ; elle a des serviteurs qu'on appelle Bendès, Bender.
La Déesse Bendis est devenue Bhavanî aux Indes. Chez les Israélites, nous trouvons les Beni-Israël. Et nous retrouvons cet usage de mettre le nom de la Femme devant les noms propres, dans l'habitude de mettre EVA devant les noms : Eva-Marie, Ave-Maria.
Les Grecs, qui copiaient tout, firent de eva le mot eu (le V et l'U se confondent dans leur langue) et mirent ce eu (qui signifie bien) devant certains noms : Eu-rope.


BÉLISAMA (Surnom de Vénus)
Nous disons : surnom de Vénus, mais il faudrait peut-être dire Vénus surnom de Bélisama, car nous ne savons pas quel est le nom et quel est le surnom.
Cailleux dit : « Les Gaulois avaient gardé dans leur mythologie une ancienne personnification féminine, Bélisama, qui avait enseigné à leurs aïeux la médecine, les arts et les métiers. On la considérait comme une Déesse sanitaire ; les eaux thermales lui étaient consacrées. Les inscriptions l'assimilent à Minerve. » Elle fut la première des « Sagas », ces anciennes Doctoresses de la Celtide, que les Gaulois appelaient « Sages-Femmes ».
De Bélisama, on a fait basilique, édifice où l'on rendait la justice, église principale, parce que cette Déesse avait restitué le culte déformé par la révolte de Ram.
La Déesse Bélisama donna son nom à une classe d'hommes appelés Belech. Ce sont les Druides, qui sont ses fidèles serviteurs, ses vrais initiés. On croit qu'ils sont appelés ainsi parce que belech veut dire lin et qu'ils sont vêtus de lin, mais ce nom a une autre origine, il signifie Prêtre de Bel.
Belgius vient de Belech, qui veut dire Druide. De Belgia, terre de Bel, on a fait Belgique. Polybe parle de la ville de Bellica.
Le Belech célébrait ses Mystères à Is, à Isca Silurum, à Isca Dumnoniorum.
Jusqu'en Irlande, nous retrouvons ce nom devenu Beal. En anglais Bold, en australien Bool. Dans l'Afrique septentrionale, nous trouvons à Cyrène le nom de Balis. Ce nom, adopté par les Hindous, est devenu Mahâ-Bali (grand Bali).
Dans le premier chapitre de l'Iliade, nous retrouvons Belos, qui est arrivé à signifier le Ciel dans le dialecte grec de Laconie. Bela signifie éclat, splendeur.
Bel-tene (feu de Bal en irlandais) était fêté le 1er mai ; c'était la fête des fleurs, la fête de la Femme (1).
Les Belgæ, au temps de César, habitaient la partie de la Gaule comprise entre le Rhin, la Marne et l'Océan. Strabon comprend les Armoricains, parmi les Belges. Les Rémi apprirent à César que la plupart des Belges étaient issus de Germains. Les Belges différaient des Galli et des Aquitains par la langue, les institutions, les lois. Pour Strabon, ils ne diffèrent pas des Gaulois par l'aspect physique, ils parlent la même langue, sauf quelques particularités dialectales ; leurs institutions et leur genre de vie ne diffèrent qu'un peu de ceux des Gaulois. César donne expressément le nom de Germains à quelques peuples belges : Condrusos, Eburones, etc. Mais Ambiorix, roi des Eburons, appelle Galli ses compatriotes.
Rappelons que c'est en l'honneur de Vénus-Bélisama qu'on appela Baléares les îles où on avait installé des observatoires appelés Héméroscopes, que c'est aussi pour rappeler son règne dans les régions du Nord qu'une mer s'appela Baltique.
(1) Mey en vieux teuton signifie puella, fille. Meymænd (mois de mai) signifie mois consacré aux filles. Les garçons décorent la façade de leur demeure de branches de feuillage.


LE CULTE DE L'ESPRIT RESTITUÉ : LE FEU SACRÉ
Nous avons vu que du nom de Bélisama (Vénus) on a fait Basilique. C'est que cette Déesse va réorganiser l'ancien culte, jadis institué par les Mazdéens.
Le nom grec du feu est Pyr, d'où Pyramis, en égyptien Pyramide. Donc les Pyramides étaient des Temples sacrés dans lesquels on se cachait et qui étaient construits de façon à en rendre l'accès impossible à ceux qui n'étaient pas initiés.
Le mot Pyr est phrygien.
Dans l'Edda suédoise, le feu est nommé fyr ou fur ; les Grecs, dit-on, prononçaient pyr comme nous prononçons pur.
Il existait en Orient des Temples du feu qu'on appelait Pyres. Il s'agissait du feu symbolique représentant l'Esprit.
C'est parce qu'il y avait des Temples du feu sur les montagnes qui séparent l'Espagne de la France qu'on les a appelées Pyrénées, et non parce qu'elles furent embrasées. Ces montagnes servirent de refuge aux femmes persécutées ; partout où elles étaient, celles-ci établissaient ce que, symboliquement, on a appelé le culte du feu, du Feu sacré.
Pyrénée fut le surnom de la Vénus adorée dans les Gaules, et, du reste, la mythologie nous dira que Pyrène, fille du roi Babrycinus, donna son nom aux montagnes de l'Ibérie.
La femme, pour échapper à l'homme, se cache sur les montagnes élevées, d'où l'on peut voir venir l'ennemi, ou dans des cités bâties au milieu des lacs, ou bien dans des lieux fortifiés , à l'embouchure des fleuves. Ces lieux de refuge des femmes étaient interdits aux hommes. Un retranchement sacré s'appelait Mound, d'où le mot Mundus (pur) donné à ceux qui étaient dans le retranchement, et in-mondus (impur - immonde) à ceux qui étaient dehors.
En grec, le mot latin mundus se traduisait par kosmos. Mais les hommes pervertis retourneront la signification des mots ; pour eux, mundus viendra de in et undu (dans l'onde, allusion au déluge), et on opposera ce mot au mot kosmos qui servait à désigner le monde féminin.
On exprimait cette séparation des sexes qui se produisit partout par un langage spécial. En Egypte, les villes des hommes révoltés étaient appelées Villes des morts.
C'est partout la même opposition : le Ciel et la Terre, d'où naîtront les idées de Paradis et d'Enfer.
Ceux qui vivaient dans le mundus des hommes étaient des Mânes, tandis que ceux qui vivaient dans le kosmos étaient des Déas.
Les Prêtres, qui cacheront toute vérité, diront qu'il s'agissait d'un endroit où l'on va après la mort, alors qu'il s'agit d'un régime terrestre. Ainsi les Paradis furent dans maints endroits a la fois, comme les Enfers, qui étaient les villes où régnait l'homme pervers. Il y eut un Tartare au Nord, comme il y eut un Shéol chez les Israélites, un pays des ombres chez les Egyptiens, et le régime masculin s'étendant devait envahir le monde et, peu à peu, supprimer ce qui restait des Champs Elysées c'est-à-dire des anciens empires gynécocratique.


TRANSFORMATION DU DRUIDISME
L'institution d'une société secrète pour sauver la vérité de la destruction nous montre l'étendue du désordre que le « déluge de Ram » avait produit. Il fut le point de départ d'une guerre intestine qui ne devait jamais finir.
Les Druidesses, d'abord toutes-puissantes, perdaient peu à peu leur influence, elles sentaient que leur autorité chancelait, on les révérait moins ; le Druide se libérait de tous ses devoirs envers elles, mais non pas sans luttes. L'homme ne veut pas accepter les injustices de la Nature, il se déclare l'égal de la Déesse, en attendant qu'il se mette au-dessus d'Elle. En la voyant déifiée, il se disait : c'est injuste ! Pourquoi ce qui est bien pour Elle serait-il mal pour moi ? Et s'appuyant sur ce raisonnement, logique en apparence, mais faux dans le fond, il marchait à la conquête de sa liberté morale, il rejetait toutes les entraves qui le gênaient.
Les Druides jusque là fidèles à la science sacrée, se divisèrent. Les vrais initiés continuèrent à servir la sainte cause, mais les esprits faibles se laissèrent entraîner dans la voie de la révolte et s'affranchirent peu à peu de la direction féminine.
Ceci nous explique pourquoi le Druidisme est présenté sous deux aspects : tantôt c'est la doctrine supérieure et ses ministres sont des hommes de bien ; d'autres fois c'est une affreuse superstition, qui succède au culte simple des premiers temps, en même temps qu'une religion intolérante et farouche.
Pour expliquer cette transformation, il faut envisager l'évolution des facultés humaines.
L'homme change en avançant dans la vie ; celui qui était docile dans ses années de jeunesse subit l'atteinte de la réaction physiologique de son sexe, et cela lui donne une nouvelle physique qui engendre l'audace. Il subit, en même temps, la réaction psychique qui fait naître en lui l'erreur et l'orgueil. Ceci nous explique pourquoi les hommes de cette époque devinrent impatients de toute sorte de joug, s'irritèrent de la moindre contrariété, rejetèrent toute discipline et se firent de la liberté à reconquérir un idéal sauvage auquel ils sacrifiaient tout, même leur vie.
Mais leur conscience n'était pas encore engourdie, et ils sentaient toute l'horreur de leur sacrilège ; aussi ils cachaient dans les sombres forêts leur culte devenu farouche et cruel, en même temps qu'ils se donnaient l'air austère. C'est la suprême hypocrisie qui va naître.
Ajoutons, cependant, pour leur défense, qu'il faut tenir compte de la calomnie répandue sur la religion druidique par les Grecs et les Latins qui ont présenté les Druides comme des hommes sanguinaires. La question reste à étudier dans son origine et dans son évolution.
Il en est de même des immenses richesses qu'ils surent accaparer.
Rappelons que la propriété collective familiale est à la base de toute société matriarcale. Donc, au début, les Druides n'avaient pas de propriétés. Mais par la suite ils prélevèrent un revenu ; de plus, ils recevaient des dons et, ainsi, devinrent propriétaires d'une grande quantité de terre attachée aux sanctuaires, ce qui mit entre leurs mains des trésors immenses.
Déjà en Chaldée un fait analogue se produisait. Les officiants appelés Patesi formaient une caste privilégiée près des Déesses. Ils étaient investis de biens, mais qui étaient inaliénables et dont ils n'avaient que la gestion, le fonds restait à la communauté.


PYTHAGORISME
Au milieu du désordre que les révolutions religieuses avaient provoqué, une renaissance de l'Esprit féminin se produisit encore ; elle était représentée par une sorte de congrégation sacrée, assemblée secrète de gens sages et religieux qui se répandit en Europe, en Asie et même en Afrique, et qui lutta contre l'ignorance et l'impiété.
Cette société secrète tendait à devenir universelle, elle rendit à l'humanité des services immenses. C'est ce que les Grecs ont caché sous le nom de Pythagore, quand on arriva à fonder à Crotone une succursale de cette société, déjà répandue partout.
Rappelons que, dans le Dictionnaire de Owen Pughes, le mot Pythagore, qui est d'origine galloise, est ainsi expliqué :
- Pythagoras : Explication de l'Univers, Cosmogonie.
- Pythagori : expliquer le système de l'Univers (mot composé de Pyth, période de temps ; agori, découvrir)
- Python : système de l'Univers.
- Pythones : une cosmogoniste, une pythonisse.
- Pythoni : traiter de cosmogonie.
- Pythonydd : celui qui systématise le monde.
Cette renaissance ne semble être qu'un aspect particulier d'un grand mouvement d'idées qui aurait pénétré le monde civilisé six siècles avant notre ère. Il y avait alors des sectes qui par leur science, leur vie austère, leur morale supérieure, faisaient opposition à l'envahissement de l'erreur et du mal que l'ignorance générale avait fait naître.
Origène, citant Celse, dit que les peuples les plus sages sont les Galactophages d'Homère, les Druides des Gaulois et les Gètes ; ces derniers, établis sur le Pont-Euxin, sont appelés aussi Galactophages parce qu'ils ne se nourrissaient guère que de lait et de fromage.
C'est évidemment parmi ces sages qu'il faut chercher le fondateur ou la fondatrice d'une nouvelle congrégation qui va devenir une société secrète appelée le Rite d'Hérodom.


LE RITE D'HÉRODOM
Il existe encore dans la Franc-Maçonnerie moderne un Rite dit d'Hérodom, qui est considéré comme la continuation directe du Rite qui a précédé tous les autres. On l'appelle aussi Rite de Kilwinning, et encore Rite ancien et de Perfection.
On a beaucoup cherché l'étymologie du mot Hérodom, sans rien trouver parce qu'on n'est pas remonté assez loin dans l'histoire des sociétés secrètes. On y retrouve le mot latin hœres, héritier, au génitif pluriel hœredum, et, pour comprendre la réelle signification de ce mot, il faut se rappeler que Junon est appelée Souveraine, Hera, en grec, et que ceux qui avaient hérité étaient appelés Hérès. Ceux qui servaient Junon étaient les Hérésides, et c'est de ce mot qu'on a fait héritier.
Des représentations symboliques en l'honneur de Junon étaient appelées Héréenes, d'où Hérodom.
Les initiés de Kilwinning donnaient le nom de Très-Sage à leur président.
Ragon, ayant à parler de la légendaire montagne d'Hérodom, l'appelle une « montagne fictive ». (Rituel du Maître, p. 72,)
Ida est la montagne consacrée à Cybèle, quelquefois appelée Idæe, ou surnommée Idéenne. Les Corybanthes, qu'on trouve dans les Mystères, sont appelées Idéennes.
Rappelant les traditions passées, on montre que la grande Déesse des Galates portait le nom de Mater Idæa, que ses fidèles lui prêtaient serment sur le dolmen (eedt signifie serment, et hito pierre noire), et que de Madre Idæa on a fait Madrid. Enfin, sur les pierres qui formaient cette enceinte olympienne étaient les momies, c'est-à-dire les Grandes Déesses, oor-ahn (oor, grand, ahn, parent), ce qui fit donner au ciel symbolique le nom de Ouranos (Dictionnaire Celtique).
Nous trouvons encore une autre façon de représenter le Mont Ida. Le pays Kymris se disait aussi Cimmérien, et de ce mot on fit cime ; comme de Kaldée, qu'il avait formée, on fit crête ; une élévation, une montagne, une cime.
De là cette métaphore : « entasser montagne sur montagne pour escalader le ciel ».

Et pour prouver que ce sont bien les Kymris qui ont cette supériorité, on rappelle qu'un prêtre de Bélénus, d'après Ausone, est appelé Beleni Ædituus (professeur). Or les prêtres de Bélénus, ce sont les Druides.
Rappelons que les Kymris ou Belges, et les Gallois d'Armorique sont les deux grandes divisions du rameau celte gallois (Galls, Galli, Galates, Galatæ). Ce rameau diffère essentiellement du rameau gaélique d'Ecosse et d'Irlande.
Le rite d'Hérodom se compose actuellement de 25 degrés ; mais sa première classe, qui fut sans doute la primitive, comprend trois degrés comme les Mystères druidiques. Ce sont les trois degrés de l'Ecole Pythagoricienne.
Si nous rapprochons maintenant le nom de Junon de sa forme première, nous voyons que c'est un dérivé du nom de Ana (Jana) qui signifie ancien.
Hera représente donc l'héritage de la science ancienne, celle qui fut formulée dans l'A-Vesta par Ardui-Ana-ita.
Le mot as (ans ou hans), qui signifie ancien (d'où ancêtre), est le titre honorifique des Mères (les anciennes). De là, la hanse germanique et les villes hanséatiques.
La Mère, appelée aïeule, donne l'idée du culte des ancêtres. On honore la Voluspa (Edda) et Taoth, la première révélatrice.
C'est ce qui irrite l'orgueil des masculinistes. Pourquoi honorer une femme et pas un homme ? Et c'est là le premier germe de l'idée qui fit créer des dieux mâles.
Nous trouvons ces nouveaux Mystères en Egypte, d'où ils passent à Corinthe où Isis porte le surnom de Pélasgique.
En l'honneur de Cybèle, on célébrait les Phrygies. Cette Déesse est la Mère de la Phrygie, la Mère Phrygienne (Mater Phrygia), la bonne Mère, Mâ, appelée Dindymène par les Grecs. (N'est-ce pas de ce mot qu'on a fait dinde ?) De la Grèce, ces Mystères passent à Rome vers le temps de Sylla, dit-on.
Les Mégalésies étaient des fêtes et des jeux solennels en l'honneur de la Grande Mère des dieux.
Les Matralies étaient des fêtes en l'honneur de Matuta. La fête des Dames romaines était appelée Matronalies.
Il y avait aussi les Matères ou les Mères, qui étaient symbolisées par des Déesses révérées à Engyon, ville de Sicile.
On célébrait aussi des Mystères à Samos, île de la mer Méditerranée, vis-à-vis de l'Ionie, en l'honneur de Junon qui y était adorée et qu'on avait surnommée Samienne.
On appelait lustration une cérémonie religieuse très fréquente chez les Romains. Elle se faisait ordinairement par des aspersions, des processions, des sacrifices d'expiation. Les plus solennelles à Rome étaient celles des fêtes lustrales, qui se célébraient de cinq ans en cinq ans, d'où vient l'usage de compter par lustres (comme les Olympiades). C'était la période de renouvellement des unions consacrées pour cinq ans.
Le mot lustration, qui éveille une idée de propreté, rappelle le mot sabéisme (voir l'article sur la Perse) qui contenait la même idée ; ce qui prouve que les hommes n'ont gardé que ce souvenir, alors que toute la partie abstraite de l'enseignement donné dans les Mystères avait disparu. Les ministres de Cybèle se nommaient Galli, ainsi que les ministres de Mabog. (Voir Cailleux, Or. Celt., p. 298.)
On ridiculisa Cybèle et les Sibylles.
De Cybèle on fit Cyboleth, en attendant les Catholiques qui en feront Saint Sabadius, et comme les Sibylles avaient rétabli la loi de la communion sanctifiée et réglementée, la Sibylle devint le vase d'élection, ce qui fera donner le nom de ciboire au vase dans lequel les prêtres catholiques conservaient les hosties consacrées, image des anciens épis de la Déesse Cybèle.
La Sibylle garda le prestige mystérieux de la femme cachée comme l'antique Schyl (Achille) d'Homère, dont elle semble une résurrection. Faisons remarquer que les Mystères sont toujours fondés par trois femmes : un triangle. Et c'est de là que vient l'idée du tré-pied des Prêtresses. Dans la langue germanique, trois se dit drey et pied fus. Voilà donc un nom, Dreyfus, qui a une haute signification mystique.
La Prêtresse, pour enseigner, s'asseyait sur un trépied sacré, ordinairement d'or ou d'argent, devenu une espèce de petite table triangulaire qui existe encore dans les Loges maçonniques.


LES VAL-KYRIES
Les Sibylles continuent l'œuvre des Val-Kyries, qui étaient les Prêtresses de Vénus. Elles exerçaient la suprématie spirituelle (Val ou Bal, vallons, a fait Val-Kyrie). Kyria signifie Maîtresse.
Ce nom porté chez les Hindous y est devenu un vocable, Kri ou Çri, qui se met devant les noms de femme pour leur donner un caractère de suprématie spirituelle.
Les Grecs le représentent par un monogramme fait de deux lettres, le X et le P (le chi et le ro).
Ce mot fait kritère, kriterion (critérium), jugement divin. De Kyrie on a fait kurion, chef d'une curie, quand le prêtre a pris la place de la Prêtresse, et on nous, dira que le curiom c'est le prêtre qui préside aux sacrifices d'une curie, le chef d'une curie. Les Catholiques en ont fait le mot curé.
La légende raconte cette profanation en ces termes :
« La vérité menacée, c'est la Valkyrie gardée dans un château de flammes dont les approches sont défendues par les rochers, par les nuages, par les fantômes, par les esprits des ténèbres. »
Cependant, la vérité peut être conquise par les chevaliers sans peur et sans reproches. On les appelle Catanes parce qu'ils font partie d'un ordre et en portent la chaîne (Catena).
On peut rapprocher les Kyries des Galli, prêtresses dont le nom se retrouve dans Galla-Thea.


LA MÈRE, PROVIDENCE UNIVERSELLE
Dans toutes les antiques traditions, la Mère est considérée comme la Providence pourvoyant à tout et distribuant aux humains toutes les choses nécessaires à la vie.
Sous cet aspect, nous trouvons qu'on lui avait élevé un Temple dans l'île de Délos. On y voyait une femme âgée et vénérable qui tenait d'une main une corne d'abondance, les yeux fixés sur un globe vers lequel elle étendait une baguette qu'elle tenait de l'autre main, ce qui signifiait qu'elle répand l'abondance sur toute la Terre. Ceci nous révèle, à la fois, son rôle universel de Mère nourricière et de Mère spirituelle, enseignant aux hommes les lois de la cosmologie, toutes découvertes pendant cette époque primitive. Les grands Livres sacrés de tous les pays en font foi.
Nous trouvons aussi, dans les archives du passé, une Cérès Mammosa, ainsi nommée à cause d'une infinité de mamelles pleines qu'elle avait autour d'elle, comme une Mère nourrice de tout le monde.
Diane fut surnommée Pédotrophe (qui nourrit les enfants).
On appelle « Messies » les Déesses des moissons. Il y en eut une particulière pour chaque espèce de moisson.


Les Déesses avaient toutes un peuple d'affidés (a préfixe, fides, foi) qui portaient sur eux, à découvert, l'emblème de leur dévouement. Chez les Celtes, les dévoués de la Déesse Néhal-Ennia portaient un anneau, et c'est du nom de la Déesse « Ennia » qu'on fît annulus (anneau).
Dans les pays où la Déesse était une Magicienne faisant des choses merveilleuses (des guérisons, des travaux de fée) qu'on désigne par le mot sortilège, l'anneau qui lie à elle s'appelle sortija.
Ceux qui portaient un collier autour du cou, appelé cadena ou catena (chaîne), étaient les Catanes, et ce nom resta longtemps pour désigner celui qui fait partie d'un ordre et en porte le cordon (1).
Les affiliés de la Déesse Mâ-Bog (qui a donné son nom à la ville de Maubeuge) avaient, imprimée au cou, la marque du collier.
La Déesse Bendis a des serviteurs qui s'appellent Bendès, Bender, ce qui veut dire lier (Dea, Dêva, Dieva, Diana fait Dienen qui signifie servir). Dans la langue phénicienne, la discipline se dit Iaca. De ce mot dérive Jugum (joug), servitude volontaire, ainsi que l'oriental yogi (religieux), et jacha huaca, la maison disciplinée de Cusco.
Yago (dont les Catholiques feront Santiago) est un ancien nom donné au joug druidique chez les Callaïques (en Galice). Les initiés portaient le collier de l'ordre, Torques, ce qui est l'origine de la légende populaire qui donne pour disciple au patron de l'Espagne (Santiago de Compostelle) San Torcuato.
Cailleux, qui voit la source de toute civilisation chez les Celtes, dit dans son livre (Origine celtique de la civilisation, p. 384) : « Le principe de servitude volontaire ne se borna pas au pays des Celtes ; la discipline druidique se répandit partout, jusque sur le continent américain, jusque dans les îlots les plus reculés de l'Océanie. »
Il était des Déesses, comme Bhâvani aux Indes, dont le culte était continué par une série indéfinie de Prêtresses. Elle était surnommée Dordji Pa Mou, c'est-à-dire Sainte Mère.
« En considérant la Sainte Mère au Thibet, dit M. Cailleux, il est facile de voir ce que furent, dans les temps druidiques, les Abbesses de nos Monastères. Bhâvani habite un palais tout entouré de chapelles et de couvents ; quand elle sort, on la porte sur un trône ; les thuriféraires la précèdent, une foule pieuse et dévote se prosterne devant elle pour baiser le sceau qui sanctionne ses décrets. Elle possède donc encore dans toute leur plénitude les immortelles prérogatives de la Divinité (2).
« Ses antiques sœurs des pays occidentaux, au contraire, sont depuis longtemps dépossédées de leur premier état, rentrant peu à peu dans la simple nature humaine. Elles n'étaient plus, dans ces derniers temps, malgré le faste qui les entourait, que de simples mortelles » (Origine Celtique de la Civilisation, p. 210).
Il est impossible de citer toutes les Déesses qui furent honorées sur cette terre d'Europe, dont le nom est celui d'une femme ; le nombre en est immense, parce que la plupart des femmes prenaient un rôle dans cette jeune activité humaine qui n'était pas encore entravée, et le mot Déesse les désignait toutes comme le mot Fée.
Donc, la religion des Celtes avait un idéal élevé. Les Druidesses qui l'enseignaient avaient un grand prestige ; le peuple les croyait douées d'un pouvoir surnaturel. Leur souvenir se confond avec celui des Fées.
La parure d'un Celte était son collier ; il le portait en ambre ou en or, et ne le quittait jamais. On alla même jusqu'à enterrer nos morts avec leurs colliers, et dans les tombes on retrouve encore les aïeux parés de cette marque de noble servitude. Le collier indique que l'on fait partie du parti de l'ordre, c'est pour quoi on disait « collier de l'ordre ».
Les Druides, qui étaient les affidés des Druidesses, portaient un collier d'or, Torques en celte, d'où Torquatus (voir Garciles, Histoire des Incas).
Le plus grand triomphe qui pût illustrer les soldats de Rome c'était d'enlever à un Gaulois le collier qui le vouait à la grande Déesse, et le surnom de Torquatus (de Torques, collier en latin) était la récompense accordée au héros qui avait obtenu ce succès.
(1) Le cordon bleu est devenu l'insigne des chevaliers du Saint-Esprit. Quand, après la révolte de l'homme, on changera la signification des mots, on renverra à la cuisine la femme qui montre son esprit, et on dira d'elle par ironie : c'est un cordon bleu (voir Dictionnaire de Littré, mot cordon).
(2) La maison-mère des druidesses de Bretagne était à Anglesey, et les Romains les appelaient Ordovices (Ordo en latin, Orthos en grec sont les racines de ce mot) ; leurs jugements s'appelaient ordalies (oor, grand : deel, jugement).


M. Désiré Deschamps publia dans La Question sociale de 1888 une série d'articles intitulés La Femme et la Civilisation.
Nous lui empruntons les lignes suivantes :
« Le souvenir de cet Age d'or a traversé les âges. Il vivra aussi longtemps que l'humanité.
« Du foyer où la Femme était la Mère-Abeille, sortit la plus belle série d'inventions qui ait illustré une époque. Créée la poterie, créée la vannerie, créé le fuseau, créé le métier à tisser, créée la corderie, créée la culture de la terre, créée la panification, créée la domestication des animaux, créée une quantité de ressources jusque là insoupçonnées. »


Gloire éternelle aux grandes femmes qui ont créé la civilisation antique, jamais dépassée ! Gloire et respect à la Mère Divine qui créa l'homme, son fils ingrat, qui la renversa de son trône et lui vola sa gloire.

☆☆☆


« L'adolescente est riche de toute une sève de vie et d'idéal, elle s'exalte dans le contact avec la Nature, elle recherche de grandes causes à servir. Quelques femmes vont pouvoir garder précieusement ce trésor tout au long de leur vie et réaliser de grands desseins ; mais la plupart vont faire voler leurs rêves en éclats devant la réalité sociale. L'aspiration à la grandeur et à l'absolu qui caractérise l'âme adolescente meurt chez la jeune fille quand elle accepte d'abdiquer devant l'homme. Elle se réfugie dans l'Amour et trop souvent encore elle ne fait que démissionner d'elle-même. »
(Paule Salomon, La Femme solaire)



LES PRIMITIFS ADOLESCENTS
La crise de l'adolescence, rapide dans la vie actuelle, eut une longue durée dans l'évolution de la primitive humanité. A partir de ce moment, des différences considérables se produisirent entre la vie psychique et mentale de la jeune fille et celle du jeune homme.
Chez lui, l'amour fait naître l'imagination, la poésie, qui réapparaissent à l'âge correspondant chez nos adolescents.
« Il se trouve dans les trois quarts des hommes un poète qui meurt jeune », a dit Sainte-Beuve.
Dans l'enthousiasme des premiers élans, des premiers désirs, il soupire, il chante, il exhale son âme aimante et joyeuse, sans entraves sociales, sans atavisme générateur d'une timidité annihilante, sans ennemis encore, il marche en avant dans ses passions naissantes sans savoir où elles le mènent, sans crainte d'un danger inconnu. L'enthousiasme poétique de la jeunesse le saisit tout entier. C'est le premier éveil des sentiments qui vont envahir le cœur de l'homme et bientôt jaillir comme un fleuve impétueux. Pendant que la jeune fille grandissait en beauté, en esprit, elle prenait aux yeux de l'adolescent primitif un prestige infini. Il voyait en elle un Etre très supérieur à lui, un Etre bien au-dessus de la nature masculine plus grossière. Elle était donc sur-naturelle à lui.
Il l'adorait, il l'admirait, un immense désir de se rapprocher d'elle le tourmentait, il lui semblait que près d'elle sa vie s'intensifiait, qu'aimé d'elle il allait oublier sa première honte sexuelle qui allait faire place à un sentiment de triomphe.
C'est ainsi que l'homme adolescent et la belle jeune fille vivaient au sein de la grande Nature, essayant le premier bégaiement d'amour et établissant entre eux le lien sacré qui devait les unir.
La jeune fille était resplendissante de grâce et de beauté, telles nos adolescentes modernes qui repassent par ce stade de la vie ancestrale. Elle entrait en possession d'une intelligence lucide, d'un esprit élevé ; la Nature la captivait, elle l'observait, son intuition féminine lui en faisait découvrir les lois, elle se perdait en contemplations célestes dans les belles nuits étoilées, elle arrivait à connaître le ciel et à comprendre le principe des forces universelles qui régissent les mondes.... Alors, dans les conversations du soir, elle versait dans l'esprit du jeune homme cette première science, en même temps qu'elle faisait naître en son cœur les premiers bonheurs.
Lui l'écoutait, il l'admirait, il l'adorait. Elle était SA DÉESSE. Elle fut la première forme de la suprématie intellectuelle et morale qui apparut à l'adolescent. C'est pour cela que l'homme porte gravé au plus profond de son cœur l'empreinte féminine, empreinte spirituelle, parce que la première femme qui a éclairé sa pensée ne représentait pas le sexe, mais l'esprit.
Sa pureté lui inspirait cette crainte respectueuse que résume le mot red-ligio (1) et qui devint le respect divin ; sa gloire l'éblouissait, il la voyait bien haut et, soumis, il écoutait attentif son enseignement.
Les révoltes de l'orgueil mâle n'étaient pas encore nées, pas non plus ses jalousies. Dans son esprit, encore droit, avec son imagination qui commençait à s'exalter, il rendait hommage à celle qui était sa directrice spirituelle, sa maîtresse suprême.
Cet hommage fut le premier de tous les cultes, il est à l'origine de la Religion ; bien plus, il en est le fonds. La religiosité naît avec la sexualité, mais elle se manifeste différemment dans chaque sexe.
Pour la femme, c'est une aspiration vers les hautes régions célestes où règne notre Principe de Vie en puissance dans les astres incandescents. C'est en même temps une aspiration vers le même principe de vie qui rayonne dans l'homme (voir les articles d intitulés « L'Amour » et celui sur « la loi des sexes »).
Pour la jeune fille, l'homme jeune est un rayon de soleil. Et ceci n'est pas seulement une figure, c'est un fait réel, puisque c'est l'élément de vie, l'Oxygène radiant, qui rayonne par les fibres nerveuses de l'homme, et qui est projeté par lui, en avant, vers la femme.
Dangereux rapprochement qui sera, plus tard, le premier mot du renversement des attributs sexuels.
Pour l'homme, le sentiment religieux est une aspiration vers le psychisme féminin. Aussi nous allons voir que ce qu'on appelle, dans les temps modernes, la Religion, est une manifestation compliquée dans laquelle on retrouve les deux psychismes masculin et féminin, qui se manifestèrent dès les temps primitifs : le psychisme féminin qui élève l'esprit, et qui est devenu une glorification des forces cosmiques qui contiennent le Principe créateur de notre vie ; le psychisme masculin devenu la soumission à une puissance morale supérieure à lui, devant laquelle il s'incline et qu'il adore, mais qu'il ne veut plus voir réalisée dans un être terrestre depuis que la jalousie est née en lui. Et comme il confond, dans le mélange de son atavisme maternel et paternel, ces deux manifestations, la religion est devenue, pour lui, quelque chose d'inextricable.
La femme de ces temps lointains chante des hymnes spontanés et inconscients, elle exhale son bonheur de vivre, d'être ce qu'elle est, l'Etre des Etres, d'avoir en elle toutes les béatitudes. Dans ces premiers chants, elle admire la grande Nature, elle n'adresse pas de prières, elle n'a rien à demander, elle a tout reçu, son chant est l'expression de son allégresse.
Si la poésie sacrée est pleine de l'exaltation de l'âme féminine, l'histoire humaine est pleine de l'aspiration de l'homme vers la Déesse vivante, puissance morale, avec une intelligence sûre d'elle-même et dont on peut observer l'action tutélaire à travers la marche évolutive de l'humanité. L'homme sent, malgré lui, une main toute-puissante qui le meut, et il l'appelle Providence (2), ne sachant pas, ou ne voulant plus savoir, que cette action bienfaisante, c'est la manifestation de l'esprit féminin.
L'homme sent que la Nature eût été injuste si elle l'eût laissé livré à son propre sort, et il se rattache à cette puissance sur-naturelle, c'est-à-dire sur-masculine, de laquelle il attend la direction qu'il ne sait pas se donner lui-même ; il sent qu'il y a, au sommet de l'humanité, une Divinité chargée de l'éclairer et de le diriger, une éternelle raison qui gouverne le monde.
(1) La chevalerie, qui est la pratique de l'équité, la Justice Divine, équitable (d'où équestre), et qui est le culte primitif, a toujours représenté les chevaliers, initiés à la doctrine, munis d'un cordon qui est l'insigne de l'ordre. Ce cordon représente le lien moral qui attache l'homme à la Divinité, comme le cordon ombilical attache l'enfant à sa mère.
Le mot Europe le désigne (Eu, lien ; rope, corde, cordon, lien, ligature). Cette corde a fait cordial, lien du cœur.
C'est parce qu'une Déesse a créé la doctrine de Vérité, qui est la base même de toute religion, qu'on la désigne elle-même sous le nom d'Europe. On sait que c'est un des surnoms de la Déesse Diane. Ce mot, traduit dans toutes les langues, est devenu chez les Latins religare, c'est-à-dire religion ; primitivement, on disait red-ligio.
La vie morale était tout dans cette société antique. Le lien qui unissait les hommes à la femme était la base de la domination de soi-même qui élève l'homme.
(2) De pro-videre prévoir, d'où pourvoir. Puissance qui prévoit et qui pourvoit, qui pense pour lui, qui le dirige en ses actions, et fait le Bien à son insu.

LES DEUX PRINCIPES
La grande révolte de l'homme contre la Femme ouvrit l'ère des discordes, qui devaient régner si longtemps.
L'humanité fut, dès ce temps, divisée, et c'est cette division qui est représentée par les « Deux Principes se disputant le monde ».
Le Principe féminin, qui avait créé l'âge d'or et qui voulait en conserver les bases, fut appelé Conservateur (qui conserve la vie en soi et conserve le monde).
Le Principe masculin, qui avait voulu détruire l'ordre établi, fut appelé Destructeur (qui se détruit pour créer la vie de l'enfant et détruit le monde).
Dès lors, deux voies furent ouvertes devant l'humanité : l'une qui devait tendre à rétablir l'ordre et à affirmer les splendeurs de la Théosophie. C'est celle-là qui avait en elle le germe des grandes civilisations de l'antiquité, parce qu'elle consacrait le Droit naturel et parce qu'elle était la glorification de l'amour féminin qui élève l'âme de l'homme.
C'est ce que la Théologie a appelé la « cité de Dieu ».
« La paix du corps, c'est l'agencement harmonieux de ses parties […] La paix de la cité, c'est la concorde bien ordonnée des citoyens dans le commandement et l'obéissance ; la paix de la cité céleste, c'est la communauté parfaitement ordonnée et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu et dans la jouissance mutuelle en Dieu ; la paix de toutes choses, c'est la tranquillité de l'ordre. L'ordre, c'est la disposition des êtres égaux et inégaux, désignant à chacun la place qui lui convient. » (Saint Augustin, La Cité de Dieu, 413-426).
L'autre voie est celle de l'Orgueil qui conduisait les hommes à la révolte contre l'autorité morale de la Femme, à la négation de son verbe, à tous les tourments de la jalousie, aux désordres et aux crimes qui sont la conséquence terrible des œuvres sexuelles masculines.
C'est ce que la Théologie a appelé la « cité du monde ».
On ne peut pas nier que l'homme ait cherché à détruire l'œuvre sociale de la Femme, puisque cette œuvre a disparu. On ne peut pas nier qu'il ait cherché à entraver son élévation spirituelle, puisqu'il le fait encore de nos jours.
L'histoire est remplie de la lutte qui résulte de ces deux évolutions contraires : celle de l'Esprit féminin qui veut monter toujours dans la voie du progrès infini ; celle de l'instinct masculin qui entraîne l'homme vers des plaisirs dégradants, qui troublent sa mentalité et lui suggèrent des mensonges et des ruses pour se justifier. Ce sont ces deux Principes qui furent, au début, appelés « le Bien et le Mal, l'Esprit et la Force ».
Nietzsche chante la joie de la destruction dans laquelle il voit l'accomplissement de l'éternelle destinée de l'homme. Il cite ces vers avec éloge :
« A l'heure de la mort il ordonnait,
Et il ordonna la destruction. »

« Je rêve, dit-il, d'une association d'hommes qui seraient entiers et absolus, qui ne garderaient aucun ménagement et se donneraient à eux-mêmes le nom de destructeurs ».
Il veut borner la vie débordante à ses « manifestations agressives et guerrières ».
Les émotions actives sont pour lui « l'action de subjuguer, l'exploitation, l'ambition, la cupidité, la cruauté, le plaisir de faire le mal pour le mal, de détruire pour détruire, de dominer pour dominer ».
« Le tigre déchire sa proie et dort, voilà le modèle fourni par la nature. L'homme fort et cruel tue son semblable, cela est dans l'ordre, cela est digne du tigre ; mais l'homme veille, voilà le mal, voilà la décadence, l'infériorité du civilisé, par rapport au tigre ou au grand fauve des bois, aux vieux Germains destructeurs, à l'anthropophage qui ne connaît pas « la mauvaise conscience ».
Dans sa Gaie Science, Nietzsche dit que les vices de toutes sortes sont les ouvriers cyclopéens qui servent à bâtir le nouvel édifice.
« L'homme de rapine, l'homme de proie peut se permettre l'acte terrible et toute la somptuosité de la destruction, de l'analyse, de la négation, il semble autorisé au mal, à l'irrationalité, au blâme, en raison d'un excès de forces génératrices et fécondantes, qui savent transformer tout désert en un paradis luxuriant. »
C'est parce que l'homme se détruit lui-même, dans l'acte terrible, qu'il aime à détruire la vie dans l'univers.
C'est parce que la Femme se conserve elle-même, qu'elle aime à conserver la vie universelle.
Synésius, évêque de Ptolémaïs, initié aux Mystères, dit que « les âmes humaines émanent de deux sources : l'une lumineuse, qui coule du haut des cieux ; l'autre ténébreuse, qui jaillit de la terre, dans les abîmes profonds de laquelle se trouve son origine ». (De Provident., c. 5.)
Dans tous les pays, nous allons voir les deux Principes, mâle et femelle, symbolisés par deux êtres (deux divinités, dira-t-on plus tard) qui sont en luttes continuelles.
Aux Indes, c'est Vishnou, Principe conservateur, et Çiva, le destructeur.
Chez les Iraniens, les anciens Perses, c'est Ahoura-Mazda (Ormuzd) et Ahriman, son ennemi.
En Egypte, la « bonne Déesse Isis » sera attaquée par Osiris, principe de destruction et de mort (1).
Partout la lutte divisa les nations en deux partis : les Féministes, qui s'opposaient au renversement des antiques institutions qu'ils voulaient conserver ; les masculinistes, qui voulaient tout détruire par la force ou la ruse.
La lutte fut terrible.
Les femmes s'emportaient contre leurs agresseurs qui les insultaient et devenaient de plus en plus violents et méchants.
Aucune prudence n'existait encore chez ces deux enfants déchaînés l'un contre l'autre, et qui commençaient un combat dont ils ne pouvaient pas prévoir les conséquences futures. En effet, ce sont les générations postérieures qui devaient en être victimes.
(1) Des deux Principes, les historiens masculins ont fait deux Princes.

CAÏN ET HABEL
Le premier acte de la lutte de sexes qui se produisit tout au fond de l'histoire, fut le prologue du drame humain qui allait se dérouler dans toutes les époques et chez tous les peuples.
Cette lutte de l'homme brutal contre sa sœur plus faible a été enregistrée dans les Ecritures Sacrées : c'est Caïn tuant Habel, c'est-à-dire la lutte des deux principes représentés par les Caïnites et les Habélites (Caïn, nom générique des enfants mâles ; Habel ou Hébel, nom générique des premières filles. C'est l’Hébé des Grecs. Ce mot signifie en hébreu souffle, Esprit).
Le nom de Habel est donné à des villes, alors il signifie « prairie bienheureuse ». Entre autres Abel-Mayim (I Chron. XIV, 4). La sagesse de ses habitants était proverbiale.
Dans la seconde forme religieuse, lorsque les Ecritures seront remaniées, on changera le sexe de la victime pour en cacher l'histoire, mais les rédacteurs de ces altérations sont si maladroits qu'ils nous laissent eux-mêmes la preuve de leurs supercheries.
Dans le chapitre IV de la Genèse Biblique, où la légende est racontée, nous voyons les premiers versets consacrés à l'histoire du meurtre d'Habel par son frère ; puis, au chapitre V, où l'on fait le dénombrement des enfants d'Adam, il est dit (verset 2) :
Il les créa mâle et femelle. Or, les chapitres antérieurs n'ont donné à Adam que des fils.
Les Kabbalistes et les savants initiés savent que, dans les textes primitifs, Habel est une femme, « la Femme-Esprit », sœur de l'homme. On en fera le frère de Cain, quand on supprimera la Femme de l'histoire ; alors l'humanité ne commencera plus que par des mâles.
Quel est le motif du meurtre d'Habel par Caïn ?
La Jalousie !
Son sacrifice est plus méritoire que celui de l'homme ! Cette légende est plusieurs fois dans la Bible. Nous la retrouvons dans l'histoire d'Esaü et de Jacob. Là, nous voyons le premier-né Esaü (c'est l'homme qui est le premier sorti de la vie végétale) cédant son droit d'aînesse, c'est-à-dire son avance dans la vie, pour un plaisir qui le fait reculer, « un plat de lentilles », dira le symbole hermétique, et dès ce jour sa sœur Jacob (dont on fera aussi un être mâle) prend la première place dans le monde qu'elle organise suivant les lois de la gynécocratie.
Cette légende expliquait l'avance que prend la femme sur l'homme dans l'évolution mentale et morale.
De Jacob, Michelet dit : « Il plaît à la Femme (sa mère Rébecca) et il semble étonnamment féminin, plus que prudent dans ses soumissions, ses adorations au frère Esaü auquel, si subtilement, il a ravi le droit d'aînesse ». (La Bible de l'humanité).
Dans tous les pays, la même légende existe.
Fabre d'Olivet nous la montre chez les Phéniciens quand il dit :
« La faculté féminine créatrice est désignée sous le nom de Hébé, qui, dans l'idiome phénicien, était celui de l'amour féminin.
« Dans la secte des pasteurs phéniciens, on enseigne que, dès l'origine des choses, il existait deux êtres, l'amour (Hébé) et le chaos (Caïn). L'amour principe féminin spirituel, le chaos principe masculin matériel. La secte qui adopta ces idées fut très répandue et très nombreuse. Les fragments qui nous restent de Sanchoniaton et la Théogonie grecque d'Hésiode en sont la preuve » (Etal social, p. 294).
Cette cosmogonie se rapprochait de celle des anciens Celtes et fut générale. L'Edda et les fragments de Sanchoniaton se rencontrent, ce qui prouve que c'était des idées régnantes partout.
Fabre d'Olivet ajoute : « Le mot liebe (amour) a la même racine que le mot phénicien hébeh et il est également du genre féminin.
Cette analogie est remarquable.
« Le mot chaos, opposé à celui de Hébé, développe l'idée de tout ce qui sert de base aux choses, comme le marc, l'excrément, le caput mortuum. C'est, en général, tout ce qui demeure d'un être après que l'esprit en est sorti. »
L'opposition de l'esprit et de la matière, c'est l'opposition sexuelle, créée par la polarité inverse du mâle et de la femelle.
L'âme (anima, d'où animal) désigne la vie qui descend dans le sexe et dont l'intensité est révélée par la croissance de la barbe.
Anthropos (l'homme) vient de l'égyptien Ank. En copte, on trouve également ank, qui signifie vita ou anima, la vie sexuelle. Anki, en égyptien, se traduit par mon âme.
Arnulphy dit : « La procréation où l'homme, semblable à Prométhée, ravit au monde divin son principal attribut, le feu sacré, l'étincelle créatrice, ne s'accomplit jamais qu'aux dépens d'une déchéance vitale. Dans certaines espèces, la mort n'est-elle pas le couronnement immédiat de l'œuvre créatrice ? Nous arrivons au nœud de la question. Qu'est-ce que la mort pour l'homme ? Pour l'homme, la mort est toujours la période principale de la vie, mais ici elle devient un procédé de transcendance » (c'est-à-dire de descendance).
Purusha, qui lui fait opposition, c'est le sexe divin, dit immortel, qui crée, par la reproduction, la pureté de l'Esprit.
Cette idée que l'esprit sort de l'homme par ses dépenses sexuelles est symbolisée partout, elle est mise en opposition avec les conditions physiologiques de l'autre sexe. Ainsi, en Scandinavie, la Femme avait la garde de certaines pommes qui donnaient l'immortalité. Loki, le mauvais génie, les lui enleva, mais les Déesses menacées de devenir mortelles forcèrent le ravisseur à restituer le fruit de l'Arbre de vie.
Cette légende montre d'une façon différente la jalousie du sexe mâle et les efforts qu'il fait pour empêcher l'accomplissement des lois qui régissent l'autre sexe. (On a compris que les pommes sont les ovules qui contiennent les graines.)
Dans toutes les Ecritures sacrées on trouve le même récit des premières luttes de l'homme contre la Femme. C'est ce qu'on a appelé la période héroïque, la lutte des Titans contre les Déesses.
Si nous pouvons rétablir la véritable signification de ces luttes de sexes, que les Prêtres avaient effacées de l'histoire, c'est parce que les symbolistes et les occultistes ont entrepris des recherches qui nous rendent la signification réelle des textes, c'est dans leurs livres que nous trouvons des documents qui nous permettent de faire la révision de l'histoire.


LA LUTTE DES DEUX PRINCIPES EN PERSE
Nous lisons dans le Boun-Dehesh (p. 347) qu'Ormuzd savait, par sa science souveraine, que d'abord il ne pourrait influer sur Ahriman, mais qu'ensuite il se mêlerait avec lui, et qu'enfin il finirait par le subjuguer et le changer, au point que l'univers existerait sans Mal pendant la durée des siècles.
Ceci nous explique un grand fait psychologique : c'est que la première impression causée à la Femme par la révolte de l'homme fut l'épouvante qui fut suivie de la fuite. Mais l'amour de l'homme la ramena ; alors elle réfléchit et arrive à penser qu'au lieu de s'enfuir il faut lutter et vaincre.
Ahriman n'a pas la prescience de l'avenir, il a conscience de son impuissance finale. Il est, mais ne sera pas toujours. Sa création (sa puissance malfaisante) même n'est pas originelle, elle est toute d'opposition et de contradiction ; et si l'on va au fond de la doctrine, le « Mal » n'entre dans le monde qu'avec la procréation.
Les partisans d'Ahura-Mazda (les féministes) sont appelés Oromasdès. On représente aussi les bons esprits par les « Amschaspands » et les mauvais esprits par les « Darvands » qui personnifient la désobéissance au verbe divin (à la parole de la Femme). Mazda, l'Asura des temps primitifs, est le premier des Amschaspands, le dieu, c'est-à-dire la Dévâ personnelle et vivante qui est l'ordonnateur du monde.
Le Principe du Bien, Oro-mæz, devient Ormuzd.
Le Principe du Mal, Ahri-mæn, vient de mæn (lune, reflet). Il est le reflet d'Oro-mæz. C'est de ce mot mæn qu'on fait « man ».
Ahriman, c'est l'homme de guerre, c'est le nom donné aux guerriers chez les Germains.

LES DEUX PRINCIPES EN ÉGYPTE
Même légende. Deux frères, Ramessès Gôpth le superbe, et son frère Armasses (sa sœur), doux et modeste, représentent l'homme et la femme.
C'est de Gôpth qu'on fera Egyptus quand l'homme aura triomphé de la Femme. L'Egypte s'est d'abord appelée Chemi ou Mitzrah.
« Les Egyptiens, dit Dunlap, établissaient une distinction entre un Horus aîné (masculin) et un cadet (féminin) ; le premier était le frère d'Osiris (homme comme lui), le second sa fille (Dunlap dit : son fils). Le premier est né dans les ténèbres, le second est l'idée rayonnante du Logos se revêtant de matière et assumant une existence réelle ». (Spirit History of Man, p. 88).
Le Principe du Mal s'appelle aussi Typhon (serpent), et personnifie les fléaux de la Nature et les maux du corps et de l'âme.
Il est prisonnier d'Isis qui l'a racheté, c'est le frère d'Osiris, il est accouplé à lui dans l'homme. « Il s'est ignoré lui-même, dit la glose, et il est devenu aveugle. Au commencement, il était placé dans un haut lieu, mais il a perdu la connaissance de ce qu'il était, il s'est nui à lui-même et s'est vu frustré de la vie éternelle. Il est devenu le chaos, l'abîme, la grande profondeur. » Les hommes-serpents sont nombreux. On les appelle les 72 conjurés de Typhon.

LE SCHISME D'IRSCHOU
C'est l'empire indien qui, le premier, se divisa en deux partis.
La légende raconte que deux princes, deux frères, se divisèrent (allusion à la querelle des deux sexes), et que l'aîné Tarah-hya entraîna les grands, les forts (c'est-à-dire les hommes). L'autre, le cadet Irschou eut avec lui les faibles (les femmes). On le raille sur sa faiblesse ; ses partisans sont appelés Pallis, en sanscrit les Pâtres, les pasteurs. Tarah-hya les poursuit, détruit leurs constructions. Irschou attaque l'orthodoxie masculine et fait adorer le Principe féminin, auquel elle donne l'antériorité comme force morale organisatrice, et la prééminence sur le sexe masculin (cela rappelle la légende d'Esaü et Jacob). C'est une guerre de religion, une guerre de croyance, ce qui veut dire une guerre de sexes.
Le résultat du schisme d'Irschou fut un désordre général.
C'est à cette époque que remonte le mot anarchie. Quand les auteurs masculins écriront l'histoire après leur triomphe sur le régime gynécocratique, ils nous raconteront ces luttes, mais nous les montreront comme une révolte de la Femme contre eux, et ils appelleront cette première division le schisme d'Irschou, alors que, en réalité, ce fut une révolte de l'homme contre la Femme ; c'est lui qui partout créa des schismes. Mais une sorte de remords le tourmentait après son triomphe, il en avait honte en face des nouvelles générations, et c'est pour le cacher qu'il supprime les noms de femmes de l'histoire et laisse supposer qu'il s'agissait d'une lutte d'homme à homme ; c'est aussi pour effacer de la tradition le souvenir du régime féminin.
Ce furent les Hindous qui essayèrent les premiers de secouer la domination féminine (la date de cet événement est incertaine, quelques-uns disent 3.230 avant notre ère). Les livres sacrés des brahmanes disent expressément que ce fut sur les bords de la Koumoudvatî, ou de l'Euphrate, que la faculté masculine prit la domination sur la faculté féminine. On adora son symbole sous le nom de Bal-Içwara-Linga.
Mais, avant d'en venir là, de graves disputes eurent lieu. On discutait pour savoir laquelle des deux puissances doit être soumise à l'autre. Est-ce Içwara (le Principe spirituel) qui produit Prakriti (la matière) ou Prakriti qui produit Içwara ? Quel est le premier par rang ? Le premier apparu ? Lequel des deux agit le plus nécessairement et le plus énergiquement dans la procréation des êtres ?
Doit-on confondre ou séparer leur culte ? Doivent-ils avoir des autels séparés ?
Ces luttes s'étendirent à travers plusieurs siècles, et peu à peu, l'homme se mettra sur l'autel à côté de la Déesse, mais il y a une chronologie à observer dans ces faits. A l'époque dont nous nous occupons, le dieu mâle n'est pas encore admis, il n'est encore que le « Mauvais Principe », le fils rejeté de Dyaus, Zyan (qui deviendra Zeus) ou d'Aditi.

LES DEUX PRINCIPES EN GRÈCE
Dans toutes les mythologies primitives, nous retrouvons les luttes de la raison contre le mauvais esprit, de la Femme contre l'homme méchant. Elle est partout représentée par un génie foulant aux pieds un monstre, soit un dragon, soit une hydre à sept têtes, soit une tarasque.
Les deux principes, dont on fait partout deux frères, sont ici représentés par Epiméthée et Prométhée.
Prométhée (l'homme) souffre de la domination de ses passions qui lui fait perdre sa liberté et l'enchaîne sur un rocher (la matière). Il est le premier né, comme Caïn, comme Esaü, d'où son nom « Pro-méthée ».
On cache dans une légende orgueilleuse la chute liée à la génération. On fait de lui un Dieu qui forme les premiers hommes de terre et d'eau et, pour les animer, dérobe le feu du ciel.
En d'autres termes, le mythe est ainsi exprimé :
« Prométhée, ayant façonné une statue, l'anima d'un rayon de soleil et pour son châtiment fut attaché au Caucase (1). »
Moralité : C'est parce qu'il a engendré un enfant qu'il est tombé sous le joug des passions.
Pendant qu'il est attaché sur le mont Caucase, un aigle lui dévore le foie (ou les entrailles) à mesure qu'il renaît, symbole de la mort que l'homme se donne à lui-même, ou plutôt qui lui est donnée par l'organe qui fut symbolisé par une oie, une grue, un aigle (figurant le phallus).
Sa sœur, Epi-méthée, est « celle qui vient après », mais se met « au-dessus ».
Pandore (tous les dons de la Nature) séduit Epi-méthée qui s'empresse d'ouvrir le coffret fatal qui contient tous les plaisirs.
On sait le reste, avec les plaisirs s'échappent immédiatement tous les maux qui se répandent sur la terre. « Auparavant, dit Hésiode, les hommes vivaient exempts de maux, de pénibles travaux, de cruelles maladies qui amènent la vieillesse ; mais, depuis ce jour fatal, mille calamités errent parmi les humains, la terre est remplie de maux, la mer en est remplie, et les adversités de tous genres se plaisent à tourmenter les mortels nuit et jour ».
L'espérance seule était restée au fond de la boîte.
Deucalion (le Déluge) est fils de Prométhée. Ses partisans sont les Prométhéides.
La Grèce a aussi des Titans (hommes grands et forts), qui veulent « escalader le ciel », c'est-à-dire prendre la place des Déesses.
Ganymède, le jeune garçon « enlevé au ciel » par un aigle, retombe lourdement sur la terre.
Une lampe romaine du musée du Louvre représente Ganymède par un singe qui manifeste une frayeur grotesque.
En face de la Déesse Aristée, protectrice des pastoures, nous trouvons l'homme des bois, le Pan capriforme, (son nom dérive de paccre, dit-on), aux jambes velues, à la tête cornue, il s'épouvante et il épouvante, de là cette expression : « une terreur panique ».
Partout l'homme déchu a peur de la Femme et se cache.
Enfin, l'Arès des Grecs, personnifiant les combats, ressemble beaucoup à l'Ahriman des Perses. C'est l'homme sauvage et guerrier, au caractère impétueux et violent, qui est en opposition avec Athéné. On le représente sous les traits d'un jeune héros, robuste, agile, d'une extrême vivacité, armé d'un bouclier argien et d'une épée. Sur la tête, un casque à panache.
Le bouclier, c'est la lâcheté ; l'épée, le crime; le panache, l'orgueil.
Ses attributs sont la lance et le flambeau allumé par lequel était donné le signal du combat.
Pendant ce temps-là, les Arcadiens célébraient une fête lugubre, en l'honneur de leur Abel Scéphrus, pour perpétuer le souvenir de sa première défaite.
Citons encore Héphaïstos, le feu terrestre, c'est-à-dire les passions basses. La Fable raconte que Zeus le saisit par les pieds et le précipita du ciel sur la terre. Il resta boiteux. L'allégorie est transparente : le ciel, c'est l'Esprit/la tête ; la terre, c'est la partie inférieure du corps, où s'allume le feu terrestre. C'est son esprit qui va boiter par cette chute, puisqu'il en a sacrifié la moitié. Le feu terrestre représente les passions. Les cyclopes étaient ses compagnons de travail, ils n'avaient qu'un œil pour voir, comme lui n'avait qu'une bonne jambe pour marcher. On lui attribue la fabrication des armes et de toutes sortes de parures.
Chez les Grecs, le bon Esprit était appelé Agathodaïmon et le mauvais esprit Kakodaïmon.
(1) On trouve huit montagnes appelées Caucase par les anciens, ce qui prouve que ce nom cache aussi une signification symbolique.

LES DEUX PRINCIPES À ROME - CASTOR ET POLLUX
Comme partout, les deux principes (les deux sexes) se retrouvent ici sous plusieurs formes. Une des plus connues est celle qui nous les montre comme deux frères : Castor et Pollux.
Castor (altération de Casta) représente le jour, Pollux la nuit.
Ces deux Principes, dont on fera deux amis quand on supprimera les femmes, avaient un temple à Rome. Leurs partisans ont partagé la grande ville ; les uns juraient sur Pollux et les autres sur Casta sa sœur.
Le régime social était également partagé à Rome. Il fut un temps où les deux sexes régnèrent tour à tour, chacun pendant six mois de l'année.
C'est à cette époque qu'on aurait imaginé le Janus à deux faces, l'une souriante (la femme), l'autre grondante (l'homme).

SCANDINAVIE
Chez les Scandinaves et les peuples du Nord, c'est Loki, le mauvais esprit, qui est, comme Prométhée, enchaîné par l'ordre de la Divinité suprême, pour avoir enfreint ses lois.
Nous trouvons aussi Féridoun enchaîné sur le mont Devavend par Zohak. Il a sur ses épaules deux serpents qui se nourrissent de cervelle d'homme. Image symbolique, représentant le mal que l'homme se fait à lui-même.

Partout le « mauvais esprit » de l'homme se révoltait contre le génie féminin, partout son instinct l'entraînait dans une voie contraire à celle que la Déesse-Mère lui avait tracée. Cela amenait des discussions sur les caractères de la sexualité, l'homme voulant que la supériorité fût donnée à la force qui grandissait en lui, la Femme voulant qu'elle fût toujours laissée à l'Esprit qui s'affirmait en elle et à sa manifestation, la Raison. C'était d'interminables querelles d'autant plus difficiles à faire cesser que les hommes ne voulaient plus comprendre les véritables lois de la sexualité, qui furent, dès lors, cachées dans des allégories, des paraboles, des métaphores.

Cependant, l'histoire nous dit que le mauvais génie fut repoussé dans l'abîme d'où il était sorti.
Mais il devait en ressortir !...
Toutes les traditions de l'antiquité, qu'on a appelées « des Fables », reposent sur les lois de la Nature, toutes traduisent un phénomène réel, observé au commencement de l'évolution humaine, mais dont la signification s'est perdue à travers le temps.
On n'invente pas des dogmes aussi anciens, aussi répandus, aussi durables dans l'esprit de l'humanité, sans que le fait sur lequel ces croyances reposent se soit imposé par sa Vérité à la raison universelle.

LES TROPHÉES - LES EMBLÈMES
Donc il fut un temps où la moitié de la Terre était féministe, l'autre masculiniste, Tour à tour vainqueurs ou vaincus, on voyait les deux partis sans cesse en lutte. Ils couvrirent pendant plusieurs siècles toute l'Asie, l'Afrique, l'Europe de ruines sanglantes.
Ils prenaient pour emblèmes les objets qui rappelaient l'origine de la lutte.
Les Féministes avaient pour symbole La fleur de lotus (ou lotos), qui représentait la Yoni des Hindous, le cteis des Grecques.
Chez les Celtes, la fleur de lys sera l'emblème féminin et restera longtemps le symbole du pouvoir légitime. Mais les hommes s'en empareront sans penser que la chose qu'il représente n'appartient pas à leur sexe.
La Rose, que les anciens appelaient « la splendeur des plantes », est aussi un emblème qui représente la Femme. Elle est dédiée à Vénus et ceux qui se soumettent à sa loi sont appelés sub rosa.
C'est la rose mystique que nous retrouvons en Egypte dans l'ordre de la « Rose-Croix ».
C'est du mot « Yoni » que viennent les principaux noms donnés aux sectateurs féministes : Yavanas, Yonijas, « Adorateurs de Vishnou », Ionioi et enfin Ioniens, nom que prendra l'archipel grec quand les fugitives de l'Asie s'y réfugieront.
Le mot Ioni était devenu à cette époque synonyme de féminin, et tous les arts de luxe, les inventions ingénieuses, les travaux délicats étaient rapportés à l'Ionie (1).
Mais les hommes raillaient, blasphémaient, ridiculisaient la Yoni. Chez les Celtes, on la représentait par une grenouille (et les anciennes coutumes bretonnes nous apprennent qu'il a existé longtemps un jeu qui consistait à « écarteler la grenouille »).
Les masculinistes arborent le « lingam » aux Indes. On les appelle « Lingajas ». Chez les Grecs, c'est le Phallos, et chez les Latins, le Phallus.
Les Féministes, à leur tour, ridiculisent cet emblème, le représentent sous la figure d'une oie, d'une grue, d'une cigogne, de tout oiseau dont le long cou émerge de deux ailes déployées, et en font le symbole de la bêtise.
Plus tard, les hommes ennobliront l'emblème et en feront le cygne de Léda, les oies sacrées du Capitole, et enfin l'aigle impérial.
Dans les vieilles légendes germaniques, c'est la cigogne qui apporte les enfants au monde.
Cependant, quand, plus tard, ils voudront renvoyer à la Femme ses injures, c'est elle qu'ils appelleront grue, oie, croyant ainsi l'insulter, sans penser que la signification symbolique de ces mots ne s'applique pas plus au sexe féminin, que la fleur de lys au sexe masculin.
Le chameau, qui a deux bosses et un long cou, représente aussi le Phallos.
Le chêne deviendra un emblème mâle, à cause de la forme de son fruit, c'est pour cela qu'il symbolisera la force de l'homme.
On lui opposera l'Acacia, qui deviendra un emblème féminin à cause de la forme de sa fleur et restera le symbole de la science primitive perpétuée dans les sociétés secrètes (notamment dans la Franc-Maçonnerie).
La signification des symboles se voilera dans l'hermétisme et quelques-uns deviendront énigmatiques, tels que la flûte de Tubal-Caïn, ce triste instrument qui amène la dégénérescence de l'homme qui devient expert dans l'art de s'en servir. Et les traducteurs naïfs nous diront : « Tubal-Caïn ou Jubal découvrit les instruments de musique ».
En même temps que les emblèmes, les couleurs deviennent symboliques. Le blanc est la couleur masculine ; le rouge, la couleur féminine. Et la couleur rouge appelée ponceau devient l'emblème de la souveraineté ; c'est la pourpre. Les féministes (les rouges) sont appelés Pinkshas ; de là vient le nom de Phéniciens qui veut dire roux.
Un oiseau rouge, le Phénix, du nom même des Phéniciens, servira d'emblème féminin et désignera tout ce qui est élevé, grand, remarquable. De là l'expression railleuse de l'homme : « C'est un phénix ».
Du reste, les noms des emblèmes servent d'insulte dans la lutte.
Mais ce qui est injurieux dans la bouche des masculinistes est glorieux dans la bouche des féministes.
Certains peuples adoptèrent l'étendard blanc, ceux qui voulaient abandonner la contrainte du pouvoir féminin, si bien que le blanc était devenu l'emblème du despotisme, du mensonge, de l'hypocrisie sacerdotale. Les Argiens, les Albains rappellent, par l'étymologie de leur nom, la couleur blanche.
Cette couleur est celle que prirent les Druides quand les Druidesses furent vaincues (2).
Druide se dit en celtique Belech. De là Bel et Bal . De Bel, les Grecs firent Ho-bélisque, flèche de pierre, monument taillé en forme de flèche pour symboliser le phallus.
Le drapeau rouge devint celui de la révolte contre le despotisme quand la vérité et la justice furent vaincues.
Toute l'Asie, toute l'Europe, toute la Terre se divisa en blancs et en rouges.
Enfin, l'architecture même introduisit des emblèmes symboliques dans les constructions.
Devant les temples élevés aux dieux mâles, qui apparaissent, on aménagera une allée bordée d'obélisques, emblème mâle.
Les Féministes lui opposeront l'arc de Triomphe.
On sait que l'ordre Dorique est masculiniste, tandis que l'ordre Ionique est féministe.
L'écriture hiéroglyphique est tout entière symbolique. La première écriture alphabétique le sera aussi, les chiffres même le seront. Le cercle et le diamètre, qui forment le 10 sacré, représentent le principe mâle et le principe féminin.
(Aujourd'hui, nous trouvons ce hiéroglyphe contenu dans le « symbole power » (On/Off), cette icone qui permet de changer l'état d'un appareil électronique)
(1) Les masculinistes diront que Ion, descendant d'Hellen par Xuthus, fut le père des Ioniens. Le mot ion est resté pour désigner ce qu'il y a de plus petit.
(2) Dans les dialectes dérivés du Celtique, lorsque les hommes mettront de leur côté toutes les vertus féminines, ils feront confusion entre le mot blanc et les mots sage, spirituel, savant.
On dit encore en allemand Weiss blanc, et Wissen, savoir. En anglais, White, blanc, et Wit, esprit, wisdom, sagesse.
Cette confusion vient aussi de ce que, dans un autre symbolisme, le Bien est blanc, le Mal est noir. Mais alors l'opposition n'est plus entre blanc et rouge.

REPRÉSAILLES

Les comparaisons injurieuses que faisaient les femmes blessaient les hommes et devaient amener de la part de ceux-ci une réaction. Elle fut terrible, brutale, et en même temps stupide.
L'homme, qui est doué d'esprit d'imitation, copia la Femme et créa une faculté psychique nouvelle : la « réflexion sexuelle », qui consiste à renvoyer à la Femme ce qu'elle reproche à l'homme.
La réflexion sexuelle s'appelle en rhétorique Rétortion ; c'est l'emploi des raisons, des preuves dont l'adversaire s'est servi.
Rétorquer, c'est tourner contre son ennemi les arguments qu'il a employés lui-même.
L'homme se vengea en employant contre la Femme la raillerie dont elle lui avait donné les premières leçons. Mais là où la Femme avait fait un reproche justifié, il en fit un qui ne répondait pas à la réalité des choses, qui ne s'adaptait pas aux conditions physiologiques, psychiques et morales de la nature du sexe féminin.
Il se contenta de répéter sans penser. Or, une imputation fausse, c'est un outrage.
Imputer à la femme les conséquences des actions sexuelles masculines, c'est supposer implicitement qu'elle est un homme, qu'elle participe à la nature sexuelle de l'homme et subit la même déchéance.
Imputo (en latin attribuer) a fait Puta qui veut dire par supposition.
On supposa donc par ce système, ou, du moins, on sembla croire que la femme subissait la déchéance sexuelle, car le mot Puto n'affirme pas, mais il présume, il imagine. De là est venue l'expression père putatif (père présumé). De là aussi le mot Putain, femme présumée impure. Réputation veut dire chose supposée.
Et, sur cette présomption, nous allons voir pleuvoir les injures sur le sexe féminin.
C'est cette réaction subversive qui nous explique pourquoi les Déesses sont présentées sous deux aspects : cela répond à deux époques de l'histoire. D'abord glorifiée, la Femme est montrée dans toute sa dignité. Puis ensuite elle est avilie, déshonorée, et alors on ne lui laisse plus comme attribut que la maternité, c'est-à-dire ce qui est sexuel et ne peut être nié. Toutes ses facultés intellectuelles sont méconnues, ou même données à l'homme.
Mais ces différentes phases se déroulent lentement.
Le premier stade de la réaction est dans la comparaison injurieuse, renvoyée telle qu'elle s'est produite, sans réflexion. Ainsi la Femme avait comparé l'homme au taureau, à cause de sa force musculaire ; l'homme se vengea en appelant la Femme « vache ».
Elle l'avait comparé au serpent, c'est à elle que l'homme va donner pour emblème le serpent. L'oie et la grue, malgré leur origine idéographique bien spéciale au sexe masculin, serviront, plus tard, à désigner la Femme. On appelle la Mère l'Oie la vieille qui conte aux enfants les traditions de l'ancien régime. Et les modernes qui ont perpétué le symbole l'appliquent maintenant exclusivement à la Femme.
Toutes les Déesses sont ridiculisées.
La grande Isis ne représente plus le soleil, c'est la lune qu'on lui met sur la tête entre des cornes de vache. Elle ne personnifie plus l'Esprit de la Femme, mais son sexe, on en fait une mère nourrice. Elle porte sur son front le serpent d'or, l’Uræus, qui avait servi à représenter l'homme pervers.
L'hiéroglyphe du mot Isis est le siège. Il sert à écrire le mot : demeure. Elle représente l'habitation, la maison, on dirait en terme moderne : le foyer. C'est le Saint-Siège qu'occupe la femme qui a la préséance. C'est pour cela qu'il est resté dans les mœurs que la Femme s'assied et que l'homme reste debout.
Isis est aussi représentée avec une tête de lionne pour renverser le symbole du sphinx, tête de femme, corps de lionne, qui servait à représenter l'intuition de la grande Déesse Thoth (dont on fera un homme).
Souvent aussi on lui donne une tête de vache.
Enfin, Isis avilie est représentée par la Déesse Seth à tête surmontée d'un scorpion. L'astre Sirius (Sothis) qui apportait l'inondation lui était consacré, la montrant ainsi comme la Déesse de l'eau, qui était le symbole de l'erreur et de l'ignorance.
Il y avait à Assouan un temple dédié à Isis-Sothis.
La Déesse Neith, que les Grecs assimilent à Minerve, est appelée la vache génératrice. Des petits monuments la représentent allaitant de jeunes crocodiles.
Les Déesses Neith, Nephthys et Bast sont figurées avec des têtes de chattes. La dernière représente ironiquement la chaleur au lieu du flambeau qui éclaire. On les appellera des Déesses Léontocéphales, elles serviront à parodier la Femme-Esprit représentée par le Sphinx.
Menhit, Déesse Léontocéphale, est adorée à Esneh, ce qui prouve qu'après quelques générations on perd de vue l'origine du symbole et on l'accepte comme représentant une vérité ou un mystère.
La Déesse Nout est aussi ridiculisée et son nom est écrit par l'hiéroglyphe de l'oie glousseuse. C'est évidemment une vengeance masculine, puisque l'oie (qui représente le phallus) était le symbole de la bêtise de l'homme.
Nout, qui représente le Ciel, est peinte sur le couvercle des cercueils comme pour représenter la mort, depuis que l'homme chacal Anubis a été un symbole de mort.
Les auteurs expliqueront cela par une idée qui semblera raisonnable, ils diront que la Déesse s'étend au-dessus de la momie qu'elle protège. Mais les morts n'ont pas besoin de protection.
C'est ainsi que les hommes des générations postérieures corrigent les absurdités de leurs prédécesseurs, nées de la jalousie sexuelle, en donnant une signification qui peut sembler raisonnable à leurs aberrations.
Dans un papyrus du Louvre, il est dit au défunt :
« Ta Mère Nout t'a reçu en paix, elle place ses deux bras derrière ta tête chaque jour, elle te protège dans le cercueil. »
Les femmes avaient comparé l'homme rapace au vautour.
Voici comment cette signification est renversée à propos des Déesses qui, d'abord, étaient appelées « Dames du Ciel ». On lit dans Horapollon : « Les Égyptiens, lorsqu'ils veulent écrire Mère ou Ciel, peignent un vautour ».
Le vautour remplaça la colombe qui représentait I'ESPRIT, et c'est dans la période de réaction que la Mère est symbolisée par cet oiseau rapace.
La colombe a eu un grand rôle dans la Zoolâtrie. C'était le symbole de la pensée qui s'élève.
Ionah en hébreu signifie colombe.
Ce mot vient évidemment du sanscrit Yoni, d'autant plus que les Ioniens étaient quelquefois appelés Colombans.
Le souffle de l'Esprit devient le vent, qui va devenir synonyme du « chérub » des Hébreux.
L'Esprit interprété par la Femme est tout, par l'homme il n'est rien. Les noms dans leur double signification le disent : « Le vent, l'air et l'Esprit ont toujours été synonymes chez tous les peuples : Pneuma (l'Esprit) et Anémos (le vent) chez les Grecs, Spiritus et Ventus chez les Latins étaient des synonymes. »
« Un vent, ministre de Vishnou, s'appelle « Hanumat » ; ses ailes rapides en font le messager de la colère divine : son dard (Kantaka, l'épine, selon le sanscrit) est redoutable et, s'il ne frappe à la jambe, sa blessure secrète courbe les tailles les plus fières ».
Nous citons, mais nous n'expliquons pas. Les luttes de sexes ont créé une littérature inexplicable.
De Sapheth, la Déesse des livres et des Bibliothèques, on fait Sekhet qui représente « l'ardeur dévorante » du Soleil, lui donnant un rôle sexuel, au lieu de son rôle intellectuel.
Thœüris (Ta-ourt, qui est l'antique Déesse Taoth ou Thoth, masculinisée) est « la grande », elle est aussi appelée Apet et Shepout. On en fait une Déesse à corps d'hippopotame, à mamelles pendantes.
Dans une inscription ptolémaïque, elle a un rôle castigateur ; elle est représentée avec une tête de lionne et armée d'un couteau.
Il est dit : « Elle se nourrit de ce qui approche de sa flamme ».
Elle semble représenter, dérisoirement, la Matrone. Elle préside, dans les temples, aux chambres où étaient représentées les naissances des jeunes divinités. On dit d'elle : « Elle est la grande qui a enfanté les dieux. »
La Déesse grenouille est une forme donnée à la femme qui remonte à là Vème dynastie. On a des amulettes en forme de grenouille.
Si la femme est une grenouille, c'est parce que l'homme a été comparé au crapaud.
A une certaine époque, le signe grenouille servait à écrire le mot année. Est-ce pour rappeler la fécondation annuelle ? Alors le têtard était l'hiéroglyphe du nombre mille ou cent mille.
C'est ainsi que toujours les symboles changent de sexe.
Pendant que la Femme a maintenant une tête d'animal et un corps humain, l'homme est aussi représenté à l'envers : il a un corps de taureau et une tête d'homme, imitant ainsi le Sphinx.
Ceci est, évidemment, une réaction contre les figurations des époques antérieures qui montraient l'homme avec une tête d'animal.
Du reste, remarquons que ce nouveau symbolisme est très postérieur au premier, il caractérise l'époque du triomphe de la puissance masculine.
Le serpent lui-même fut réhabilité, comme symbole masculin.
Il devint l'emblème de l'innocence, et nous voyons les grands sculpteurs de l'antiquité le mettre dans les mains de gracieuses figures taillées dans le marbre.
Du reste, quand l'homme triomphe, ce reptile ne représente plus la ruse, mais la prudence. Esope l'a remis à sa place, en en faisant l'emblème de l'ingratitude.
C'est ainsi que la Déesse, « l'Eternel féminin », a toujours été représentée, suivant les deux états de l'âme masculine : l'amour avec ses envolées sublimes qui dépassent la raison froide sans la contrarier ; la haine que fait naître la jalousie de sexe, avec ses ruses infernales, témoignage de la fausseté du cerveau de l'homme pervers, affublant l'autre sexe de ses vices, de ses crimes, de ses instincts de fauve.

ORIGINE DU MONDE MASCULIN
Les luttes que nous venons de retracer montrent que, quoique l'humanité soit jeune encore, il est déjà des hommes dont l'esprit s'est obscurci, dont le caractère s'est altéré, des hommes déjà engagés sur la pente fatale de la dégénérescence. Ils évoluent maintenant de haut en bas, et, dans cette descente, perdent la spiritualité et se laissent entraîner dans l'erreur, que la Femme abhorre, dans la brutalité qu'elle redoute, dans la luxure qui lui fait horreur.
Cet entraînement des passions pousse les hommes à supporter avec impatience toute autorité morale qui veut les contraindre à remplir des devoirs, et, pour s'en libérer, ils s'insurgent contre la famille primitive et quittent la tribu.
Ces révoltés s'en vont par les chemins, vaguant à l'aventure.
Ce sont des vagabonds, des enfants prodigues obligés souvent de revenir au bercail, poussés par les nécessités de la vie, que l'homme isolé ne peut satisfaire et que la famille lui assure.
Cette rupture des liens familiaux fait entrer l'homme dans un monde inférieur, où la Femme ne peut le suivre qu'en subissant d'affreux tourments. Quand il arrive ainsi à secouer ses devoirs, Elle le considère comme marchant vers « la mort de l'âme ». Il n'est plus pour Elle qu'une ombre (ou umbra, ou sombra : qui est sombre et qui sombre). Et de ce mot ombre on fera hombre, homo, homme.
Chez les Étrusques, les hommes séparés des tribus régulières sont « perdus ». On les appelle des mânes (d'où man). Ce sont des êtres déchus vivant dans les limbes, c'est-à-dire dans un monde sans lumière. Ils sont « retranchés pour toujours », suivant une expression employée dans le livre d'Abdias (I, 10) et dans le Lévitique (XIX, 8).
Dans le « Li-Ki » des Chinois, il est dit des hommes : « Ceux qui avaient perdu le sentiment du devoir étaient considérés comme des hommes morts ».
C'est quand les hommes sont arrivés à cet état qu'ils fuient la société des Femmes et font leur monde à part, le monde masculin où régnent les luttes, les ruses, le mensonge et l'injustice.
Ces dégradés vont former chez les Hindous une classe à part : les parias çoûdras. « On les considéra, dit Fabre d'Olivet, comme des hommes insociables, dont on ne pouvait fléchir le caractère opiniâtre, et on les relégua dans le désert comme des sortes de parias impurs. » (L'Etat social de l'homme, p. 328).
Les parias sont partout les « réprouvés ». On leur interdit de vivre dans la société des autres hommes.
D'abord vagabonds, ils finissent par se réunir et par former des troupes nomades, c'est ce qui leur donne de la force et de l'audace.
Les Edomites (Edom, c'est l'homme, comme Esaü) formaient des troupes nomades.
Les historiens, pleins d'indulgence pour ces vagabonds, les appellent des « guerriers ». Et en effet ils bataillent, ils tuent, ils pillent.
Les parias ne possédaient rien, n'étant stables nulle part et ne travaillant pas.
L'immutabilité de la propriété territoriale était le principe même de la famille régulière dans laquelle s'accomplissait un travail collectif qui donnait au terrain sa valeur.

SÉPARATION DES SEXES
LES DEUX MONDES MASCULIN ET FÉMININ : LE CIEL ET L'ENFER
Maintenant que nous savons comment la société était constituée, nous allons mieux saisir l'esprit des Ecritures.
En effet, comment comprendre la signification donnée aux mots si nous ne savons pas que les hommes et les femmes étaient en luttes et que c'est à ces luttes qu'il est fait allusion par les premiers auteurs qui écrivirent, c'est-à-dire par les femmes ?
Dans le « Vishnu-Puràna » (livre féminin), il est dit :
« Le Ciel est ce qui fait les délices de l'Esprit, l'enfer ce qui lui donne du mal. Voilà pourquoi le vice est appelé « enfer » et la vertu appelée « ciel ».
« Ce qui seul est vertu, c'est la sagesse ».
Une femme seule peut avoir écrit cela. Pour un homme, le vice est aimable, il n'est pas un enfer. L'homme met son « ciel » dans les choses sexuelles (témoin le paradis de Mahomet), non dans les choses qui font les délices de l'Esprit.
Le mot infer (infernal, etc.) signifie inférieur, ce qui est en bas, et on l'emploie pour désigner les choses sexuelles, puisque le pôle générateur est en bas par rapport au pôle cérébral qui est en haut.

ORIGINE DE L'IDÉE DU FEU INFÉRIEUR
Le feu, qui rayonne dans les astres, ayant été pris pour symbole de l'Esprit et de l'amour féminin, les Prêtres, par ironie ou par imitation, le prennent pour symboliser l'amour masculin, qui est l'antithèse de l'Esprit, le pôle opposé. Alors ils placent le feu dans la partie inférieure du corps, par opposition aux Féministes qui placent le feu dans la partie supérieure, le pôle cérébral.
Il y eut donc deux feux : celui d'en haut : le feu sacré ; celui d'en bas : le feu profane, le feu des passions masculines. Le pôle générateur, c'est le pôle inférieur, d'où infer, puis enfer.
Quand la partie inférieure du corps devint l'enfer, on plaça en bas « le feu dévorant », et, plus tard, en le descendant encore plus bas, on le mit sous les pieds, puis sous la surface terrestre.
Dans les Gâthas (livre des Iraniens), l'idée du Ciel est rendue par « Garô-Demana », la demeure des chants. Les esprits bienheureux y chantent des hymnes, Ahoura-Mazda y réside et les magavas.
L'enfer est appelé « Droûdjô-demana », la demeure du mensonge ou de la destruction, il est destiné à tous ceux qui pensent, disent ou font le mal.
Chez les Israélites, l'enfer, c'est le Schéol, situé au soleil couchant, c'est-à-dire au déclin de la vie spirituelle représentée par le soleil ; c'est le séjour des méchants, des âmes des « morts » (morts à la vie de l'esprit).
Le Schéol est opposé à l'Abaddon (paradis) où n'entrent que les vrais enfants d'Ab-brahm, mot qui signifie primitivement peuple de Brahm. Les méchants en sont exclus.
Telle est l'opinion des Pharisiens, adversaires des Sadducéens. L'union de l'homme et de la femme est le mariage du Ciel et de la Terre.
Chez les Hindous, il y a plusieurs paradis.
La tradition antérieure à la réunion des trois dieux dans la Trimoûrti assigne à chacun d'eux une résidence spéciale. Celle de Brahmâ s'appelle Satya-loka, celle de Vishnou Vaikountha, celle de Çiva Kaïlâsa. Ces paradis sont placés sur le Mêrou, et le premier des trois en occupe la cime, celui de Vishnou vient ensuite, puis celui de Çiva à un étage inférieur.
Au-dessous des trois est le Svarga, ou paradis d'Indra, où chantent les gandharvas, où dansent les Apsarâs, où l'on voit la vache Kâma-dhênou, les cinq arbres (cinq races) Kalpa, Pâridjâlaka, Mandâra, Santâna, Haritchandana. Il est bien évident qu'on a mis ici le mot « Paradis » pour résidence quand on a révisé les livres, effaçant déjà ainsi l'idée de l'enfer dans le monde de Çiva, qui n'est plus qu'un paradis inférieur.
Connaissant l'origine de l'idée d'un « enfer terrestre », un monde créé par l'homme et où la femme souffre, nous allons comprendre la signification des mythes qui nous représentent « la descente de la Femme aux Enfers ».


L'action de la Femme supprimée de l'histoire a été cachée dans le Mythe d'abord, puis dans le Mystère, et le mystère est la base des religions : ce qu'on nous prescrit d'adorer doit rester caché ; le symbolisme qui représente les choses sacrées est un mystère ; les cérémonies du culte sont des mystères.
Bien plus, dans l'antique religion de l'Inde, de l'Egypte, de la Grèce, les grandes solennités religieuses sont appelées « des Mystères ». Et c'est là qu'on se rend en grande pompe et avec un profond respect.
Rien n'a été placé, dans l'imagination des peuples, au-dessus de ces antiques mystères.
Ce qu'on faisait dans les Temples pour célébrer ces imposantes cérémonies a toujours été un sujet de curiosité pour les hommes, parce que les lois de la Nature, qui y étaient expliquées et célébrées, ne leur ont jamais été révélées qu'avec de grandes difficultés et après des épreuves sévères.
Celui qui connaît le « Mystère » c'est le Mystique.
Mais à côté de celui qui sait, il y a celui qui ne sait pas et se révolte ; de là deux courants ataviques qui se disputent la mentalité des hommes parce qu'ils se contredisent : une aspiration vers la connaissance qui crée l'éternelle nostalgie du mystère, le désir de savoir et en même temps la crainte d'apprendre.
Cette crainte a pris le dessus avec le temps. Les auteurs modernes qui sont initiés ont une façon de parler des Mystères qui prouve que la divulgation complète de la vérité les épouvante.
Ainsi, Fabre d'Olivet dit :
« Qu'on ne s'y trompe pas, la connaissance de l'origine du mal, si elle a été acquise, n'a jamais été ouvertement divulguée, elle était profondément ensevelie avec celle de l'Unité de Dieu dans les Mystères antiques et n'en sortait qu'enveloppée d'un triple voile. Les initiés s'imposaient un silence sévère sur ce qu'ils appelaient les souffrances de Dieu (Hérodote, Euterpe, 171), sa mort, sa descente aux enfers et sa résurrection.
« Ils savaient que le serpent était, en général, le symbole du mal. Les Théosophes ne faisaient pas un dogme public de l'unité de Dieu précisément à cause de l'explication qu'il aurait fallu donner de l'origine du Bien et du Mal ; sans cette explication, le dogme en lui-même eût été incompréhensible ».
Ceci nous prouve qu'il est impossible de comprendre la signification des dogmes religieux qui existent encore actuellement si l'on ne connaît pas leur origine mystérieuse.
Pour faire cesser les malentendus que l'ignorance antique a créés et que l'ignorance moderne perpétue, il faut expliquer la signification de tous les mots qui constituent le vocabulaire sacré, parce qu'ils ont un sens caché.
Il y a donc un grand chapitre à faire pour éclairer les chercheurs : il y a à faire l'Histoire du Mystère.
Honni soit qui mal y pense

LES PRIMITIVES DIVINITÉS
Si nous cherchons dans chaque pays comment fut représentée la Divinité dans le monde primitif, nous la trouvons toujours sous une forme qui symbolise la jeunesse féminine et l'esprit.

LA DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES HINDOUS
Les Femmes, dans l'ancien Véda, sont des sages qui travaillent à la formation du monde (monde matériel, monde spirituel). La Femme seule peut créer, elle seule enfante.
Un nom générique que toutes les mythologies ont conservé la désigne, c'est Hébé, qui se prononce aussi Hévé ou Héva. Chez les Hindous, en ajoutant devant ce nom l'article démonstratif D, on fait Dêvâ ou Dèvî ou Diva ou Dêvani ; plus tard, ce nom deviendra Daïva ou Dieva.
C'est cet ancien nom, qui a traversé les siècles et plusieurs religions pour arriver jusqu'à nous, qui est l'origine du mot « Dieu ». Longtemps il fut écrit Diev. C'est au moyen âge seulement que le V fut remplacé par un U et que l'on écrivit « Dieu ». Dêvâ a fait Dea, qui, masculinisé, est devenu Deo, Deus. Ce nom signifie au propre « la Dame », mais allégoriquement « la lumière », « l'esprit » (celle qui fait la lumière).
Dêvâ vient de Div (briller), c'est un être brillant, et longtemps on dira : « Dieu veut dire celui qui brille ». On mettait ce titre après les noms propres de femmes, on disait aussi Mahâ-Dêvî, grande Déesse.
Ce mot se retrouve dans certaines langues européennes ; ainsi, en russe, on appelle encore la jeune fille Diévâ. Mais il y a d'autres noms. Dans les lois de Manou, on appelle les Femmes « Sâdhyas » ou parfaites.
- Aryâ : l'Aryenne, la noble.
- Çoumbhamathanî : la destructrice du démon Çoumbha.
- Dourgâ : difficilement abordable.
- Gaourî : la claire, la brillante.
- Içvarâ : la Maîtresse.
- Koumârî : la princesse.
- Mahâdêvî : la grande Déesse.
- Mahishamathanî : la destructrice du démon Mahisha.
- Mainâkrasvasri : sœur de la montagne (la grande).
- Niçoumbhamathanî : la destructrice du démon Niçoumbha.
- Parvatî : Déesse de la montagne.
- Sarvamangalâ : celle qui est riche en bénédictions.
- Satî : la bonne ou la chaste.
- Sati-Saras : femmes vertueuses.
- Sarasvatî : Déesse de l'ordre, de l'harmonie, de la poésie, de la parole, de l'éloquence, de la musique et des arts. Celle qui a inventé la langue et les caractères sanscrits. C'est elle qui inspire les poètes et a écrit le Véda. Nous retrouvons son nom « Sarah » dans la légende hébraïque, où Brahmâ deviendra Abraham.

LA DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES PERSES
Les souvenirs lointains de l'histoire de l'Iran nous disent qu'il y eut autrefois dans ce pays une race de créatures appelées Dives. Cette race était regardée comme excellente et supérieure, puisque son nom, resté dans les langues, a servi à désigner l'Etre suprême et le don de l'Esprit le plus élevé. Ce nom renferme tout ce que, aujourd'hui encore, les hommes admirent et honorent le plus sur la Terre.
Les hauts faits des Dives, leurs qualités, les mettaient au-dessus des hommes (mais non au-dessus de la Femme).
Si on en a fait une espèce distincte, ce n'est pas parce qu'elles sont surnaturelles, c'est parce qu'elles sont surmasculines. Quand l'homme a pris la première place dans le monde, son orgueil a tout embrouillé, il a mis alors dans l'espace ce qui le dépassait en sagesse et en esprit. C'est ainsi que les Dives sont devenues des Êtres surnaturels, mais aujourd'hui le surnaturel s'évanouit devant l'histoire réelle. Déjà un historien du XVIIIème siècle, d'Herbelot, déclare formellement « que les Dives avaient des corps et étaient soumis à la mort ».
Cette race primitive a laissé après elle une longue mémoire qui éveille une idée de force, de puissance, de lumière et d'ordre, c'est elle qui a fondé l'Astronomie, et en général la science, elle avait des monuments imposants et gouverna le monde pendant l'espace de sept mille ans.
Les Péris leur ont succédé et ont occupé la Terre pendant 2.000 ans (pendant l'époque de l'égalité des sexes), les Péris furent des demi-Dieux. Les Dives étaient puissantes et fortes, les Péris furent plus faibles, c'est pour cela que les hommes les ont déclarées meilleures.
L'assemblée des sages s'appelait le Divan. Ce mot répond à celui de Conseil dans les temps modernes.
Le mot Divan signifie aussi un recueil d'ouvrages, de poésies, une source d'instruction donnée par les Dives. Les Arabes leur donnent le nom commun de Jin (racine du mot femme en grec, gyn, gun, gunè).
Le pays habité par ces Déesses était placé sous le plus beau ciel du monde ; il se nommait Ginnistan (selon les mages) ; c'était le séjour des fées. On voyait en elles des êtres puissants qui commandaient à la Nature, qui disposaient des éléments, qui créaient tout ce qui pouvait leur plaire. Les mages de la Perse placent ce lieu de délices au pied du mont Caucase et sur les bords de la mer Caspienne.
On représente la vie du Ginnistan s'écoulant sous les lambris de cèdre et d'or, au milieu des parfums sacrés, des chants majestueux, du son des lyres et des harpes : toutes les merveilles de l'âge d'or tellement amplifiées par l'imagination des hommes que les mages diront que la ville capitale du Ginnistan était entièrement bâtie de diamants, que d'un coup de baguette les diamants, les rubis, l'or, les marbres, les cristaux précieux, se taillaient, s'élevaient en portiques ; les eaux les plus limpides coulaient sur des gazons toujours frais, sous des ombrages toujours verts.
Mais toute cette félicité ne devait pas durer. Quand l'homme prit la direction de la société et réduisit la femme en esclavage, dans les époques de persécution et d'angoisses, d'inconcevables douleurs s'abattirent sur le monde. Le Ginnistan, l'ancien lieu de délices, devint le gynécée, la prison des femmes. La jalousie de l'homme a dénaturé leur rôle ; la haine que leur supériorité a engendrée les a couvertes d'opprobres, elles furent poursuivies par la méchanceté. Malgré cette malédiction, la tradition de leur puissance et de leur savoir s'est conservée en faisant de leur nom le nom divin.
Elles furent attaquées et vaincues par Gian.
Nous trouvons encore dans la tradition sacrée de l'Iran un nom générique pour représenter la Femme-Esprit : « les Izeds », qui sont ce que sont ailleurs les Génies, les Fées, les Muses ; il y en a 28, elles président à chaque jour du mois. De là l'usage du calendrier.

EXEMPLE DE SOUVENIR DU PARADIS PRIMITIF CHEZ LES IRANIENS
Le Minokhired (Manigou-khard), qui signifie Intelligence céleste, ou sagesse céleste est un ouvrage qui appartient à la nouvelle période littéraire, mais qui a été composé avec les traditions anciennes. Il s'occupe des destinées de l'âme annonçant une justice inflexible après la mort, idée moderne, mais qui contient un haut enseignement moral. La forme en est gracieuse.
L'âme franchit le pont fatal et ses bonnes actions viennent à sa rencontre sous la forme d'une belle jeune fille. L'âme lui demande : « Qui es-tu, jeune fille plus belle et meilleure que tout ce que j'ai vu dans le monde ? »
Elle répond : « Je suis le bien que tu as fait. Vois en moi les bonnes pensées, les bonnes paroles, les bonnes actions que tu as pensées, dites et faites. Et si Je suis glorieuse, Je te rends plus glorieux encore ; si Je suis brillante, Je te rends plus brillant encore ». (D'après Spiegel.)
Dans ce même Livre, la Sagesse apparaît à un Parsi pieux et, répondant à ses questions, lui dit : « L'intelligence vaut mieux que tous les biens du monde. La sagesse est une chose dont on ne saurait jamais se rassasier. La science et la vertu sont les trésors qu'on peut le moins enlever à l'homme. Il faut que l'intelligence et la vertu marchent toujours de pair. L'intelligence séparée de la vertu n'est plus de l'intelligence. Le savoir appartient en propre à Ormuzd. Ormuzd doit désirer que les hommes apprennent à le connaître de plus en plus ; il en résulte alors, tout naturellement, qu'ils marchent de plus en plus selon sa volonté. Ahriman, au contraire, doit souhaiter que les hommes n'apprennent point à le connaître sous sa vraie forme. C'est alors seulement qu'ils font ce qu'il désire ».
Nous espèrons que l'on a compris le sens de cette dernière phrase qui renferme la loi psychique des sexes. L'être bon veut être connu. C'est le premier devoir qu'il impose à l'homme ; le « Connaître Dieu » des catéchismes modernes n'est que la traduction de l'ancienne prescription « Connaître la Déesse », savoir que sa nature est différente de celle de l'homme, connaître la polarité sexuelle qui engendre cette différence, afin que, connaissant « la Déesse », l'homme puisse s'unir à Elle.
L'homme doit savoir qu'il recueille les conséquences de ses propres actes ; les agissements qu'il croit secrets sont mis en évidence par le trouble de son esprit, par ses doutes, ses hésitations, son scepticisme, sa colère qui est la passion des insensés, et l'homme est insensé quand « sa cervelle a été rongée par le serpent de la luxure ».
La colère ne se rencontre pas chez l'homme sage.
Bœhme, voulant expliquer la chute, c'est-à-dire le passage de la lumière de l'esprit aux ténèbres de l'erreur, dit : « Le serpent fit naître dans le cœur de l'homme l'amour de la créature, l'équilibre des pôles de la vie fut troublé, le principe de contraction s'engourdit peu à peu et celui de l'expansion devint chaotique ».
C'est le principe de contraction nerveuse dans le cerveau féminin qui s'engourdit. C'est le principe masculin qui devint chaotique. Et il ajoute, montrant qu'il est une voie de salut : « L'homme qui résiste absolument aux « moyens de retour » que lui offre la grâce est lancé pour jamais dans un orbite sans fin, hors du cercle de l'harmonie ».
C'est que, en effet, l'homme sans la Femme, seul en face de la Nature, dont il vient de violer les lois, qui régissent l'autre sexe, est saisi de terreur, il a peur de tout, de la solitude, de lui-même. Et, dans son inquiétude, il voit partout le châtiment.
Dans un premier mouvement de réaction et de remords, après le meurtre moral de la Femme, dont toutes les mythologies nous ont conservé le souvenir, il essaya bien de réparer son crime. « Il y avait, dit Sanchoniaton, quelque chose de magique dans l'ardeur avec laquelle les hommes se mirent à faire la guerre à la Nature (féminine) pour la contraindre à reprendre sa précédente fécondité, pour remettre dans leur monde l' « Etre qui les avait quittés », car depuis ce moment ils vivaient dans « la grande sécheresse » et cela jetait l'épouvante dans les esprits ». La femme revint, en effet, à la vie sociale, car les disputes ne sont pas éternelles. On fit la paix moyennant certaines conditions, et ce sont ces conditions qui furent la première « loi morale » ; les écritures qui la contiennent, les papyrus égyptiens, les olla indiennes, les carreaux assyriens, les rouleaux hébreux, racontent tous les luttes de sexes, d'une façon qui n'est pas favorable à l'homme, puisqu'il y est partout représenté comme le « père du mensonge », « le maudit », « le rejeté ».
Mais il restait dans le monde une espérance de salut ; l'homme pouvait rentrer dans la vie heureuse, dans la lumière de l'Esprit, par la Grâce que lui faisait la Déesse.

Si nous cherchons l'arrière-fond de la pensée des hommes sur cette théorie de la Grâce, vieille comme le monde, nous constatons que l'idée première est restée intacte, la substitution des mots seule a créé l'obscurité. Si nous remettons le mot « Déesse » où les modernes ont mis le mot Dieu (Diev), nous allons comprendre ce qu'était la « Grâce », et aussi ce que signifiaient les livres tels que le Minokhired ou le Livre des morts égyptien, et qui tous demandaient à l'homme l'aveu de ses fautes comme condition de la « grâce ».

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN ARABIE
La Femme-Esprit, chez les anciens Arabes, c'est l'Almée, en arabe Almet, d'Alam (savoir).
L'Almée, c'est « celle qui sait ». Elle représente l'âme, c'est-à-dire la vie, que l'on appellera plus tard Alma, et dans certaines langues l'homme parlera encore à la femme en l'appelant Alma mia, mon âme.
Nous trouvons aussi la Femme appelée Almageste (la très grande), mot dérivé du premier et dont on fera en grec Mégistê au féminin et mégistos au masculin, superlatif de Mégas (grand). Inutile de faire remarquer que c'est de ce mot qu'on fera Majesté. Après ce nom générique donné à la Femme, nous trouvons des désignations particulières telles que :
Allah-Taola, Divinité suprême adorée au Hedjaz.
- Al-Lat, (l'Alilat d'Hérodote), dont le sanctuaire était à Tayt (Taïf), près de la Mecque.
- Monat (Manat ou Manah), adorée à Codayd (Qudayd).
- Al-Ouzza (Al-Uzza ou Al-Ozzâ), adorée à Makhla (Nakhlah).
- Sawâha, Déesse adorée à Rohat, dans le Tihâma.
- Shams, Déesse du Soleil (en hébreu Shemesh).
Dans toutes les formes de la grande religion de la Nature qui régna si longtemps, dans l'univers tout entier, nous voyons à l'aurore de tous les cultes : la Femme.

DIVINITÉ PRIMITIVE CHEZ LES ÉGYPTIENS
D'abord, le nom Noutir ou Nuter, force, puissance, représente très anciennement les Divinités. Ce nom signifiera, plus tard, « renouvellement », et on en fera le symbole astronomique du renouvellement du jour par le Soleil. Mais avant que les religions deviennent astronomiques, elles furent terrestres et humaines, et alors Nuter signifiait : renouvellement de l'humanité par l'enfantement ; c'était la fonction maternelle. Il semble que c'est de Nuter qu'on a fait Nature. Nous trouvons aussi Nout ou Nouit, qui signifie « Femme céleste, protectrice de l'homme », et Maut, « Mère du ciel ». Neith ou Neit est aussi une personnalité féminine que les Grecs assimilent à Minerve ; elle symbolise l'espace céleste, elle est appelée « Mère génératrice du Soleil ». C'est d'Elle qu'il est dit : « Je suis celle qui suis », Nuk-pu-Nuk.
D'autres noms semblent avoir eu primitivement une origine féminine : ainsi Ra, dont on fait Rhéa en Grèce, en changeant sa signification, représente d'abord le Soleil. On la retrouve dans Ra-taoni et dans la Ritha de Champollion. C'est la manifestation la plus éclatante de la Divinité. Ra veut dire « faire, disposer », allusion au rôle primitif de la Femme. La racine Ra a fait ratio (la raison droite, non déviée). Radiation a la même origine : « les Radiations, les recteurs de l'Univers ».
Dans les idiomes orientaux, rou indique le rayon visuel et rad tout mouvement qui se détermine sur une ligne droite. Le recht (allemand) et le right (anglais), Droit, en sont dérivés, ainsi que le rectum latin (ce qui est droit).
On donne à Ra une fille, Jou-s-ass, qui recevait le titre de « Régente d'Héliopolis » ; on traduit son nom par ces mots : « Venue de Sa Grandeur ».
Il faut nommer encore, parmi les primitives Divinités égyptiennes, Ma qui est la Déesse de la Vérité et de la Justice, elle semble être la Mahâ ou Mâyâ de l'Asie, la Mâyâ supérieure, celle que les Égyptiens, plus tard, figureront par une statue voilée de noir, avec cette inscription : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est et sera, et nul mortel n'a pu lever mon voile » (ce qui indique que la nature est cachée à l'homme). C'est la source d'où tout sort, la Mère mystérieuse de toute forme, lumineusement rayonnante, c'est elle que les hiérophantes d'Egypte nommeront « Isis », le principe du rayonnement de l'Esprit.
La Déesse Ma est coiffée de la plume d'autruche ; cette plume sert à écrire le mot « Vérité » et le mot « lumière », elle restera dans l'héraldique.

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN CHINE
Les historiens ne nous disent pas grand chose des temps primitifs de la Chine. Nous savons, cependant, qu'avant Confucius une religion a existé, qui avait été faite par des « Génies ». Inutile de dire que c'est le nom générique qui désignait les Femmes.
Les écritures sacrées qui nous restent et qui ont été revisées et altérées par Confucius, au profit de la cause masculine, nous laissent, cependant, apercevoir encore les idées primitives qu'elles renfermaient ; il faut seulement savoir les lire en tenant compte de l'intention qu'on a eue d'en supprimer les noms féminins. Cette précaution prise, voici ce que nous trouvons :
Le principe divin, appelé Chang-ti, est considéré (avant le règne de l'homme) comme l'Esprit supérieur, qui s'élève vers le ciel, et par extension on finit par en faire le ciel même, appelé Thien. Quant au mot ti, il indique la souveraineté suprême et a la même signification que le thé des phéniciens (1)
« Thien est redoutable, mais il est propice à ceux qui ont le cœur droit ».
On croyait au Chang-ti comme à un être réel et vivant, et on le faisait intervenir dans les événements de ce monde. Il représente l'action providentielle de la Femme, action collective et anonyme. On lui attribuait les plus hautes qualités qui se puissent concevoir. C'était pour les Chinois l'idéal de justice, de puissance, de sagesse, de perfection.
« Il est le maître du monde », dit le Chou-King.
« Lui seul est souverainement intelligent et éclairé, et l'homme parfait l'imite ».
Or, l'homme n'imite pas un principe abstrait qui est dans le ciel, il n'imite que l'être terrestre, réel, humain, et c'est cette imitation des qualités de la Femme qui fait progresser l'homme moralement.
Quoiqu'on donne à Thien des attributs humains, on ne le représente pas par des images ou des statues. « Il observe les hommes et veut qu'ils ne fassent que ce qui est conforme à la raison et à la justice. Ce n'est pas lui qui perd les hommes, les hommes se perdent eux-mêmes en transgressant ses lois éternelles ».
Il y a en ceci une justification qui prouve que cette phrase a été écrite à une époque où la Femme était déjà accusée de perdre l'homme.
« Il reconnaît le bien et le mal que nous faisons ; nos actions, quelles qu'elles soient, sont inscrites dans son cœur comme dans un livre de comptes ».
C'est la Femme qui lit ainsi dans l'esprit de l'homme : « ceux qui font le bien, il les comble de toutes sortes de bonheur : ceux qui font le mal, au contraire, il les afflige de toutes sortes de maux ».
De qui l'homme tient-il le bonheur ? N'est-ce pas de la Femme, dispensatrice des joies ? Mais d'elle aussi viennent les maux pour le méchant qui craint ses reproches et ses jugements. Dans le Chi-King, il est dit du Chang-ti, considéré comme la Divinité :
« Tout invisible qu'il est, il est près de nous ». C'est ainsi que la Divinité est devenue invisible, depuis qu'on n'a plus voulu la voir sur la terre, mais son action s'est toujours fait sentir.
Le Chang-ti, même pour les lettrés modernes, n'est pas une puissance céleste, c'est un Être, le premier des Êtres, l'auteur de tous les Êtres. Ils n'osent pas dire la « Mère » comme les disciples de Lao-tseu, plus près que les disciples de Confucius de la Vérité. C'est « le Suprême Seigneur qui gouverne le monde, qui perce dans le secret des cœurs, à qui rien n'est caché, qui élève ou abaisse ceux qu'il lui plaît, qu'on doit honorer ».
Tout cela est dit de la même façon dans toutes les religions théogoniques.
Les savants chinois enseignent que le mot Thien, qu'on traduit par « Ciel », n'est qu'une image employée en style noble et figuré, mais qu'il ne représente pas le ciel visible et matériel.
Le savant empereur Kang-hi (1662-1723), auquel les missionnaires jésuites demandaient des explications sur la Divinité adorée par les Chinois, répondit que par Thien les Chinois entendent, non le ciel matériel, mais le « Seigneur créateur de toutes choses », confondant dans son esprit l'action terrestre de la Femme, de la Mère qui crée l'enfant et organise la vie, avec l'action du principe cosmique, de la force radiante qui émane des astres incandescents et n'est pas un « Seigneur ». Et il ajoutait : « C'est par respect qu'on n'ose pas l'appeler par son propre nom, et qu'on a coutume de l'invoquer sous le nom de ciel suprême, de ciel bienfaisant, etc. »
Or, le respect n'empêche pas du tout de prononcer un nom ; ce qui l'empêche, c'est l'orgueil, puis la conscience d'une mauvaise action, c'est le remords. Là est le vrai motif qui fait qu'on ne nomme plus la Divinité sous son vrai nom, son nom primitif qui était féminin. Ce fait s'est produit partout. Nous le constatons ici chez un peuple qui, certainement, n'a eu aucun rapport, dans ces temps éloignés, avec le peuple hébreu, qui, lui aussi, n'osait plus prononcer le nom sacré de lahveh, la Femme, depuis qu'il l'avait renversée de sa suprématie morale.
Cette Divinité féminine, ce Thien des Chinois, supprimé du monde terrestre, est cependant resté gravé dans la conscience de l'homme qui n'a jamais cessé de sentir une « Providence » féminine agissant près de lui, l'éternel « Esprit féminin » toujours présent devant sa conscience, et qui le juge !
Les modernes Chinois ont fait de leur Chang-ti ce que tous les peuples ont fait de leur Divinité. La même évolution des idées s'est accomplie chez tous. Partis d'un même point de départ : la Femme, ils sont arrivés à la même idée : un Etre surnaturel.
C'est que, d'exagération en exagération, on lui a donné des proportions gigantesques, en même temps qu'on lui ôtait son sexe et sa réalité terrestre.
(1) La Déesse Dercéto, surnommée Istar ou Isthar chez les babyloniens, qui devient Astar chez les Phéniciens, a pour racine « Star » qui signifie astre ; on y ajoute la racine thé qui veut dire « parfait », et on fait Astar-thé la Reine des cieux, la Déesse des astres

LA DIVINITÉ PRIMITIVE EN GRÈCE
Le premier âge de l'histoire des peuples est résumé dans cette phrase d'Hésiode : Les Dieux mènent le monde ! Mais personne ne comprendrait la signification de cette phrase, si on ne rendait pas au mot Dieu sa première signification, si on n'expliquait pas que l'entité divine est, d'abord, exclusivement féminine. Le Dieu qui mène le monde, c'est la Déesse, c'est la Femme. Et Hésiode nous dit encore en parlant de ces êtres divins : « Les dieux interviennent en tout, l'homme doit leur obéir, car il est petit auprès des dieux, il doit se préoccuper de leur volonté, écouter leurs oracles, respecter leur puissance. Obéir aux dieux, c'est obéir à la loi qui domine la destinée humaine. Et cette loi dit à l'homme : « Connais-toi toi-même, n'oublie pas ta misère, c'est la moïra, la loi de la vie ». C'est parce que cette loi de la vie était à la base de la société, que la sagesse divine (Théosophie) fut le facteur de la grande civilisation qu'on a appelée l'Age d'or. Le sentiment religieux, si profond dans cette jeunesse humaine, répondait au besoin naturel d'adoration qui est dans le cœur de l'homme jeune.
Par la piété il s'efforçait de conformer ses actes aux désirs de la Femme Divine et de rendre à la Déesse ce qui lui est dû en respect, en soumission dévouée, en vénération. Par la foi l'homme s'abandonnait complètement aux décisions de la Déesse dont il reconnaissait la suprématie.
La religion était alors le lien moral qui unit l'homme à la femme sur le plan divin, c'est-à-dire spirituel. « Il existe sur la terre, dit Hésiode, trente millions d'immortelles chargées de veiller sur les hommes ».
Ces immortelles sont les Femmes, les Déesses vivantes, dont l'âme ne meurt pas dans leur longue existence féminine. Elles sont aussi « les Muses » appelées d'abord Mœses, terme générique qui a la même signification que le mot « Fée ». « Les Muses, dit Hésiode, chantent les lois de l'univers. » « Thétis donna le jour à ces Filles divines auxquelles les hommes sacrifiaient leur chevelure ».
Puis vient l'exagération symbolique et, pour dire que la mère enfante des filles et des garçons, on dit : « Theïa fut mère du Soleil immense, de la lune brillante et de l'aurore ».
La Grèce avait aussi des « Grâces » qui présidaient à la gaieté, à la joie, à tout ce qui épanouit l'âme. Eurynomie, mère des Kharites, symbolise la grâce dans la beauté. On est arrivé à réduire les Grâces à trois types : Aglaé (la brillante), Thalie (la verdoyante), Euphrosyne (celle qui réjouit l'âme).
On n'en adorait que deux à Sparte et à Athènes. L'Iliade en mentionne quatre. Elles sont couronnées de fleurs, elles chantent, elles dansent, auprès des sources. Puis après les noms collectifs qui indiquent  « toutes les Femmes » viendront plus tard les grandes personnalités. Mais, d'abord, les noms divins sont génériques, si bien que Divin est synonyme de Féminin.

CHEZ LES ANCIENS PEUPLES ITALIQUES
Nous avons une multitude de documents sur ces temps primitifs, qui sont bien réellement l'histoire de la Femme ; l'homme y a un rôle secondaire. Il ne faut pas oublier que pendant le temps de cette adolescence humaine la jeune fille est beaucoup plus avancée dans son évolution que le jeune garçon, elle a sur lui une avance si incontestable que personne ne pense à la discuter, et c'est la suprématie intellectuelle et morale qu'elle possède alors qui lui donne son caractère sacré (divin), universellement reconnu.
L'humanité primitive ne connaissait pas encore le mensonge sexuel, elle vivait suivant les lois de la Nature, et ce sont ces lois qui étaient la base de la Vie sociale, personne ne songeait à les nier et c'est ce qui donna une force si grande au Droit naturel.
Il faut aussi avoir toujours présent à l'esprit que ce sont les temps de la jeunesse de l'humanité, dans lesquels régnait la grande poésie, qui résulte de l'amour idéal de la femme, non encore possédée par l'homme, non encore assujettie à ses passions, qui, du reste, ne sont pas nées alors. Puis ces primitifs vivaient au sein de la Grande Nature, ne connaissant encore rien des préoccupations mesquines, nées plus tard de la vie difficile des grandes agglomérations humaines.

Au début de l'histoire sacrée, nous trouvons surtout des collectivités féminines, dont les attributs semblent bien représenter le rôle social que les femmes remplissaient pendant ces époques bienheureuses :
Ainsi, voici les Dryades et les Hamadryades, nymphes des bois, qui gardaient les arbres et empêchaient de les couper. Evidemment elles connaissaient l'origine végétale, l'Arbre de vie, et étaient chargées de le garder comme on garde un enfant, et d'en expliquer le développement.
Après celles-là, voici toutes celles qui s'occupent des eaux, les Néréides, les Océanides, les Naïades. Puis celles qui s'occupent de la Terre, les Oréades, nymphes des montagnes, les Napées, nymphes des vallons, les Mélies, nymphes des prés.
Ces entités collectives représentent les femmes des champs, des campagnes, des rivages, mais combien poétisées si nous les comparons aux femmes modernes !
Les Génies représentent l'Esprit féminin s'ingéniant à faire le bonheur des hommes. Ce sont les Divinités qui donnent l'être et le mouvement à tout. Chaque homme avait son génie tutélaire qui veillait sur lui. Il y avait dans chaque abri, dans chaque demeure, une Femme regardée comme le génie protecteur du groupe ; elles étaient considérées comme les auteurs de ce qui est agréable.
Par extension, les villes et les Etats auront aussi, plus tard, le leur, et c'est toujours sous la figure d'une Femme qu'il sera représenté.
Nous trouvons aussi dans ces temps reculés celles qui s'occupent de la nourriture et de la santé. On les appelle Sanitas, Hygie, on nous les représente comme des Déesses couronnées d'herbes médicinales. Eudémonie (Félicité) chez les anciens Latins tient une corne d'abondance, elle est assise sur un trône. Non moins importantes seront, un peu plus tard, celles qui s'occuperont des premiers échanges, des premières transactions commerciales. La plus grande fut Junon qui est surnommée Moneta (Juno-Moneta), parce que c'est elle qui inventa la monnaie, qui était frappée dans son temple.
Près d'elle nous trouvons Pécunia, Déesse de l'argent monnayé. Nous arrêtons ici cette énumération, car il serait impossible de citer toutes les Déesses qui furent honorées sur cette terre d'Europe dont le nom est celui d'une femme.
Burnouf dit (Science des Religions, p. 17) : « La philologie comparée, qui remonte beaucoup plus haut que l'histoire dans le passé de l'humanité, prouve que la notion de Dieu se trouve représentée dans le langage le plus ancien par des termes vulgaires, compris de tout le monde, et, comme on dit en grammaire, par des noms communs, longtemps avant d'être exprimés par des noms propres. Athéna, etc., étaient des noms qui réveillaient dans la mémoire des Grecs le souvenir de certaines figures divines représentées dans les temples et auxquelles ils rattachaient certaines pensées religieuses. C'étaient pour eux des personnes divines, des noms propres ».
Il est certain que les noms des grandes Déesses qui ont surnagé lors de la défaite de la Théogonie, sont ceux des grandes femmes qui s'étaient particulièrement distinguées dans certaines localités et dans certaines familles.
Max Mûller dit aussi, à ce sujet, que les religions ont appartenu d'abord à des familles et à des sociétés extrêmement restreintes, c'est-à-dire que dans chaque famille on a gardé le souvenir et le culte des plus grandes, des plus aimées.

« Quelque grossière que soit l'idée qu'un homme se fait de son dieu, dit encore Burnouf (p. 23), chaque fois que sa pensée s'y arrête, il sent naître en son âme un mouvement de la sensibilité, qui ne se confond avec aucun autre ; ce sentiment réflexe, analysé avec tant de justesse par Spinoza, est double et se rapporte tout ensemble à l'idée qu'on a d'une puissance étrangère et surnaturelle et à celle de notre propre infériorité (c'est l'homme qui parle ainsi). Selon qu'on attribue à cette puissance la vertu de faire du Bien ou de faire du Mal, le sentiment qu'on éprouve à son égard est l'adoration ou la crainte (sentiment masculin vis-à-vis de la femme). Et comme les hommes attribuent toujours à leur dieu l'intelligence, leur adoration et leur crainte se transforment aussitôt en prières. La science n'a pas encore rencontré, jusqu'ici, une seule religion où la prière ne soit présentée comme un acte religieux essentiel ».

Relisons le magnifique chant de louanges adressé à Marie, dans les Litanies de la Sainte Vierge, et nous y verrons encore l'expression des premiers sentiments de l'âme masculine pour la Femme adorée et respectée. 
Toute l'antiquité, avant le catholicisme, a célébré la Vierge vénérable, la Vierge très prudente, la Vierge célèbre, la Vierge puissante, la Vierge clémente, la Mère très pure, la Mère sans tache, la Mère aimable, la Mère admirable, etc. On a appelé la Femme « Miroir de la justice », « Cause de notre joie », « Vaisseau spirituel », « Vaisseau insigne de la dévotion » (1), « Tour d'ivoire », « Etoile du matin », « Consolatrice des affligés », etc., etc.
Les attributs que l'homme de cet âge donnait à la Femme nous sont restitués par les étymologies des noms féminins qui tous au début ont été des qualificatifs.
— Nous trouvons Zoé, de Zoon (vie) parce que partout elle représente la plus grande intensité vitale.
— Il y a Sophie, de Sophia, sagesse.
— Lucie, de Lux, lumière.
— Pulchérie, de pulchra, sans tache.
— Félicité, bonheur.
— Héloïse, de Hélios, soleil. De ce nom on fera Loïse, puis Louise, puis Elise, puis Lise, puis Elisabeth.
— Cœlimena, de cœli, ciel, et mens, du sanscrit manas, esprit. De ce nom on fait les suivants : Cœlinie, d'où Céline, de Cœlini, fille du ciel.
— Virginie, Virgo, femme pure.
— Nathalie, de natalité, nativité, naissance.
— Claire, Clarisse, sans ombre.
— Blanche, sans tache (ce nom vient du teuton « Blank », la brillante).
— Rose, Reine des fleurs.
— Hélène, le nom de la Grèce.
— Olympe, le séjour des élus.
— Victoire, Victorine, celle qui triomphe.
— Catherine, de cathartique (Kathartikos), purifier, pure.
— Adèle, Adélaïde, Delphine, de Adelphie, l'amour des autres, l'altruisme.
— Angèle, Angélique, l'ange gardien, celle qui en a la douceur.
— Flore, Flora, Florine, Florentine, de fleur.
— Laure, louée (de lauréate).
— Constance.
— Clémente, Clémentine.
— Placide.
— Reine.
— Athénaïs, de Athéné, un des noms de Minerve, qui veut dire sagesse.
— Véra, Véronique, de vérité.
— Psyché, âme.
— Valérie, qui a de la valeur.
— Estelle, de Stella, étoile.
— Cécile, bonne maîtresse de maison.
— Nelly, qui séduit les hommes.
— Marthe, la provocante.
— Julie, jeunesse.
— Zélie, zélée.
— Pauline, petite.
— Mélanie, brune.
— Flavie, blonde.
— Hortense, de hortus, jardin.
— Eudoxie, de Eudokos, qui est priée (euchos, prière et logos, discours).
— Euphémie, qui parle bien (de eu, bien, et phêmi, parler).
— Eulalie, aimable causeuse.
— Léonie, Léa, Léopoldine, intrépide comme des lionnes.
— Magdeleine, de Magdœ, la grande, magnifique.
— Suzanne, lis.
— Maximilienne, la plus grande.
— Noémi, la belle.
— Alphonsine, toute flamme.
— Amélie (en wisigoth), puissante entre toutes.
— Jeanne (en breton, Yvonne, Yolande), de Juna, Junon, pleine de grâce.
— Emma, la gracieuse (en hébreu).
Toute l'antiquité a célébré la Femme. Toutes ces figures, et bien d'autres, dont sont émaillés tous les livres sacrés de l'antiquité, étaient les louanges adressées aux femmes déifiées dans la première forme religieuse de l'humanité.

En même temps que l'homme adresse à la Femme sa prière, il lui offre des présents. L'amour le rend généreux, il est heureux de se dévouer pour celle qu'il aime et de lui offrir ce que la Nature produit de plus beau, des fleurs, des fruits ; et si, pour les atteindre, il doit faire un effort, accomplir un travail, cela n'aura que plus de prix.
A une époque où la culture de la terre et la domestication des animaux occupait surtout l'activité humaine, il est naturel que les offrandes faites à la Femme par l'homme aient été d'abord les fruits de la terre et les animaux capturés.
Suivant une tradition rapportée par Porphyre (Traité de l'Abst., L. II), les premiers hommes n'offraient sur les autels des dieux que des fleurs, des fruits et des touffes d'herbes.
La galanterie fut rustique au début, elle est toujours un peu pastorale, parce qu'elle rapproche l'homme de la Nature. C'est la générosité, le dévouement, l'abnégation de cette belle jeunesse primitive qui reparaît, par atavisme, dans le désintéressement de notre jeunesse actuelle, dans sa tendance vers l'idéal.
Ces beaux sentiments, antérieurs à l'invention de la monnaie, ont été altérés ou détruits par l'amour de l'argent qui a tari la source de la générosité primitive.
(1) Le mot dévotion, resté dans les religions, vient de Dévaïtê, qui vient de Dévâ. Dévotion voulait dire : « Culte pratiqué avec amour ». Les dévots étaient les fervents serviteurs et adorateurs de la Déesse. Le mot dévoué dérive de Dévaïté. Il est toujours employé par l'homme comme l'expression de son hommage.
Parmi les dérivés du mot « Dévaïté » se trouve vovere, d'où vouer, aveu, avouer, ex-voto, qui tous ont un peu, gardé leur signification primitive. En effet, vouer son amour, en faire l'aveu, avouer ses sentiments, ses désirs, les représenter par des objets (ex-voto), ce sont toujours là les phases diverses de l'adoration ; aussi le culte naturel est-il resté dans la vie de l'homme, son atavisme le lui restitue quand il traverse l'âge ontogénique, qui représente, dans sa vie actuelle, l'époque des temps primitifs.

LA COMMUNION
Ce chapitre de l'histoire des religions est celui dont on s'est le plus occupé et que l'on a le plus caché. Si on en parlait tant, c'est justement parce qu'on voulait en dénaturer la signification. On la connaissait mal du reste, cette signification ; elle est toujours restée pour l'homme le mystère des mystères.
Cette quatrième manifestation du culte, après l'Adoration, la Prière et l'Offrande, a eu deux interprétations dans l'évolution religieuse : La première féminine : elle signifiait l'union des Esprits. La seconde masculine : elle signifie alors l'union des sexes.
Pour la femme, la communion de pensée est le plus grand bonheur qui puisse exister, c'est cela qu'elle demande à l'homme parce que son opposition est ce qui la fait le plus souffrir.
Elle veut être aimée en Esprit et en Vérité.
Ceci demande une explication :
On ne sait pas assez qu'il existe deux amours : l'amour féminin et l'amour masculin, résultant de la psychologie inverse des sexes.
Ce qui aime en nous, c'est le système nerveux, qui contient notre principe de vie. Et l'amour est une manifestation de la vie.
Or, en vertu de la polarité sexuelle, ce Principe monte chez la Femme et descend chez l'homme.
Il est expliqué plus loin dans ce blog, mais il faut le considérer ici comme facteur de l'amour.
C'est parce que ce facteur a deux directions différentes dans les sexes, qu'il y a conflit dans l'amour.
Mais la femme étant arrivée plus vite que l'homme à la plénitude de ses facultés, pendant l'adolescence de l'humanité, c'est elle qui impose à l'homme ses conditions psychiques, donc son amour.
L'union des sexes fut au début l'union des esprits.
L'amour masculin, n'étant pas encore arrivé à s'affirmer, ne pouvait pas encore avoir de désirs ou d'exigences à imposer.
C'est cet amour spirituel, cette communion des esprits, qu'on appellera plus tard l'amour sacré, qui restera le fond des religions, car, quoique le développement de la sexualité masculine le déviera ou l'obscurcira, il laissera cependant sa trace dans l'atavisme de l'homme, qui en aura toujours, dans la jeunesse au moins, un vague pressentiment, et quelquefois même c'est cet amour idéal qui s'imposera à lui et qui triomphera de son amour bestial. 
Le premier hommage de l'homme à l'Esprit féminin, c'est la foi.
Car,si la Déesse accueille la prière de l'homme, elle lui demande, en échange, la foi. Elle veut qu'il croie à sa parole, à son Verbe qui est Vérité, et c'est Elle, sous le beau Ciel de cette époque heureuse, qui lui explique la Nature. C'est elle qui fait la première science, par son intuition, pendant que l'homme institue le premier culte par son amour.
— La Femme est le Saint-Esprit qui ne peut pas errer.
— Elle est le Logos, celle qui parle, le Verbe Divin qui enseigne.
— Elle est Sophia, la sagesse (sagesse antique).
— Elle est le feu sacré, l'amour pur.
Burnouf dit : « Agni, le feu de l'amour, reçoit l'hommage de tous les êtres, il est omniscient, connaît les origines, les races divines, les hommes et leurs secrets ».
S'il existe au fond du cœur de l'homme une aspiration vague vers le mystère caché dans l'antique RELIGION NATURELLE, c'est que sa conscience cherche, par atavisme, à reprendre le chemin du bonheur primitif que la jeunesse phylogénique connut dans une époque lointaine.

C'est pendant cette époque que l'homme connut le bonheur intense que donne la lucidité de l'esprit, la connaissance acceptée, c'est-à-dire la foi, cimentée par le renoncement volontaire aux entraînements des mauvais instincts, le sacrifice de l'orgueil fait à la raison et à l'amour. Car la Religion naturelle, c'est un lien moral qui unit l'homme dans un amour pur à un être moralement supérieur à lui.

L'AMOUR
L'Amour, c'est ce que l'humanité a toujours cherché, il est le but de l'homme et le rêve idéal de la Femme, il est la grande force qui régit l'univers, il peut tout, le bien comme le mal, il domine les temps et les âges, il se trouve à la source de toutes les religions, il est la religion même dans son principe ; toutes les philosophies l'ont discuté, il règne dans l'histoire des rois et dans les légendes populaires, il a été, tour à tour, béni et maudit, permis jusqu'à la licence et défendu comme le plus grand des crimes. Il est la source de mille préjugés religieux ou sociaux qui, presque toujours, résultent du malentendu qui règne sur cette question entre les hommes et les femmes, acteurs indispensables de cette idylle, mais qui ne la comprennent pas de la même manière.
L'homme, malgré l'expérience de l'histoire, n'a pas encore compris que l'amour de la femme est un phénomène qui a une réaction spirituelle : c'est ce qui le sanctifie.
La femme, malgré les désillusions de ses aïeules, ne veut pas encore savoir que l'amour masculin est un phénomène qui a une réaction brutale : c'est ce qui le condamne.
Pendant que chez la femme le fluide d'amour aspire à monter, chez l'homme il aspire à descendre. C'est sur cette différence que fut basée la grande lutte de sexes dans l'antiquité ; elle dure encore.
Faire luire sur cette question la lumière définitive de la science, c'est donner à l'humanité le moyen de sortir de l'état de malaise général que le malentendu sexuel a causé dans le monde. Il faut, une bonne fois, que chaque sexe sache comment l'autre aime et pense, afin d'éviter les heurts qui blessent l'amour-propre et finissent toujours par faire de deux amoureux deux ennemis irréconciliables.

PRÉLIMINAIRES
La Femme était la Déesse de l'homme jeune, la puissance supérieure devant laquelle il s'inclinait : c'est son image qui se gravait dans son cœur, elle était son idole. C'est pendant la période qui sépare le prélude de l'amour de sa satisfaction charnelle que l'amant a divinisé la Femme et, dans la vie actuelle, son atavisme lui rend le souvenir vague des impressions premières ressenties par ses ancêtres ; un regard, une parole douce ou tendre, une main qui touche la sienne, le silence de la nuit, sont empreints de mystérieuses saintetés qui pénètrent son âme sans qu'il en comprenne le secret.
C'est que la Nature fut le cadre des premières amours, des premiers dévouements, des enthousiasmes de la jeunesse phylogénique, et tout cela se réveille chez le jeune homme quand le lieu, l'heure, le milieu, lui rendent les conditions physiques qui accompagnèrent ses impressions premières. C'est ce qui crée le mystère, et rien ne captive comme les choses mystérieuses.
L'homme voit toujours dans l'amour un phénomène religieux ; la Femme qu'il aime est toujours Divine, les métaphores qu'il emploie pour parler d'Elle lui rendent tous les attributs de la primitive Divinité ; Elle est pour lui le Ciel, ses yeux sont des étoiles, ses dents des perles, ses joues des roses. L'hommage qu'il lui rend est un culte, c'est devant Elle qu'il se prosterne, à Elle qu'il adresse ses prières, qu'il apporte ses offrandes ; il est son dévoué, son fidèle serviteur.
Si, dans les discussions pour et contre la Religion, on a pu dire que le sentiment religieux est naturel à l'homme, c'est qu'on sous-entendait inconsciemment le sentiment que nous venons de décrire, mais on ne le définissait pas. Ceux qui le niaient ne considéraient pas le sentiment qui émane de la nature et ne voyaient dans les religions que l'adhésion réclamée par les ministres de tous les cultes pour les doctrines surnaturelles qu'ils enseignent.
Le sentiment naturel à l'homme (jeune surtout), c'est le sens de la vénération qu'il possède et veut exercer en adorant, en respectant toutes les perfections dans une Femme. On avait donné à ces perfections sept formes manifestées dans les Déesses primitives : la Justice, la Miséricorde, la Science, la Beauté, la Sagesse, l'Amour et la Force morale (le courage). Une multitude de noms de femmes sont restés attachés à ces attributs. L'histoire de la Religion naturelle, c'est-à-dire du culte rendu par l'homme à la Femme, c'est l'histoire de la vie morale de l'humanité.
C'est pour cela que la Religion est universelle, elle règne partout où les deux sexes se trouvent en présence. Aussi elle sera, éternelle et réapparaîtra toujours dans tous les lieux où l'humanité jeune recommencera l'évolution humaine, dans une vie ontogénique. Est-ce pour cette raison qu'on a dit que la Religion n'a pas d'histoire ? Est-ce pour cela aussi qu'on en a fait la base de la civilisation ? Peut-être, car sans le lien qui attache l'homme à quelque chose qui lui est moralement supérieur, qui lui crée un idéal à atteindre, un but à poursuivre, que resterait-il pour lui dans le désert des sociétés masculines ? La discorde, la jalousie, le néant, la mort !... 
Les croyances primitives, dans leur sincérité naïve, ne connaissaient pas encore les subtilités des prêtres. Le sentiment religieux qui pénétrait l'âme masculine, en présence des émanations divines, c'est-à-dire féminines, était un mélange de respect et de crainte, mais aussi de confiance et d'amour. Par la Foi, l'homme s'abandonnait complètement aux décisions de l'Esprit féminin, dont il reconnaissait la supériorité ; par la piété, il s'efforçait de conformer ses actions aux désirs de la Femme Divine aimée, et de rendre à la Déesse ce qui lui est dû en vénération et en soumission.
La « foi » est le secret de toutes les grandes choses, a-t-on dit, répétant cette espèce de dicton qui s'appliquait à la foi primitive ; c'est qu'en effet la première adhésion de l'homme à la parole de la Déesse a été le facteur des grandes civilisations de la haute antiquité. La foi a fait le monde parce que, lorsque l'homme a agi suivant la sage inspiration de la Femme, il a réalisé des prodiges. Chaque civilisation a été fille d'une religion théogonique donnant une impulsion sans cesse renouvelée à l'esprit humain.
« Ayez une âme d'enfant et la nature vous dira ses secrets ». En effet, la foi absolue n'existe que dans l'enfance. « L'enfant a des yeux de voyant ». Quand il devient homme, sa mentalité change, le doute l'envahit, s'impose, et il est, dés lors, partagé entre le désir et l'impuissance de croire. Triste état qui va lui donner des poussées de révolte et des heures de remords, qui va étonner la Femme et l'affliger, Elle dont l'esprit est inaltérable. Tant qu'il a aimé la Femme, il a été, le demi-dieu, la moitié de la Déesse ; quand il commence à changer, évoluant vers la révolte, il devient envieux et peu à peu naît en lui la haine qui lui inspire le mépris, mépris simulé, pour faire croire que la femme a moins de valeur que lui. Mé-priser, de , préfixe péjoratif, et priser, c'est-à-dire qu'il la prise moins, ne lui donne plus sa valeur réelle, et ce qu'il lui reprend en estime, il se l'attribue à lui ; c'est une balance dont il commence à renverser les plateaux, c'est pour cela que la Justice devient boiteuse.
L'impression de la Femme en face de ce mensonge manifesté fut terrible.
Mais le besoin d'aimer la Femme le reprend par moments, alors il se radoucit, recommence à adorer et à prier, sachant qu'il sera écouté parce qu'il sait assez que la Femme l'aime toujours.
Le Rig-Véda dit : « La prière domine les Dévas ». « La Déva, souveraine du Ciel, Indra, tremblait devant la redoutable piété du grand ascète Vishwamitra. » Voilà donc la Déesse qui a peur de l'homme, devenu une puissance adverse.
Dès ce jour, deux principes régnent dans le Monde : la Puissance du Bien qu'Elle représentera ; Puissance du Mal ou de la domination que l'homme va personnifier.
A l'âge poétique des religions, succède celui de la prose. L'homme n'aime pas, il raisonne, ou plutôt il déraisonne, fait des commentaires, des traités, invente une technique qui va remplacer la simple logique. Il arrête les règles des cérémonies qu'il va substituer aux libres impulsions de la Nature. Les anciennes vérités vont devenir des mystères sacrés ; on ne les enseignera plus, mais à leur place va s'élever le surnaturel, touffu, exubérant, envahissant et tenace.
Le Prêtre se perd en explications de ce qu'il ignore ou en justifications de ses fautes ; il se fait craindre, mais ne se fait pas aimer.
La Femme, près d'un tel homme, se laisse intimider. Elle a perdu l'audace de l'enfance, la confiance de la première jeunesse. Elle commence à connaître le Mal et à le redouter ; cela trouble sa vie et lui fait perdre l'expression franche de bonheur que possédait la jeune fille. Elle devient triste, abattue, craintive, et découragée. Cela l'enlaidit presque.

LA TRADITION ORALE
C'est la Tradition orale qui contient la véritable histoire de l'humanité. On peut détruire les livres, on ne détruira pas les traditions. C'est ainsi que l'histoire primitive est arrivée jusqu'à nous.
La tradition contient deux séries parallèles de faits :
1° Les faits du monde gynécocratique primitif qui forment la légende sacrée des premiers temps. Elle contient l'origine des langues, des sciences des croyances, de la vie morale, et de la vie sociale.
2° Les faits du monde androcratique qui constituent la légende profane. C'est, dans cette partie de la tradition que se trouve l'histoire des passions des hommes, de leurs luttes pour le pouvoir. C'est l'histoire des vices humains, elle commence à la luxure, passe par l'orgueil et l'égoïsme pour arriver au despotisme et au crime légitime qu'on appelle la guerre.
C'est cette seconde partie qui a été soigneusement conservée pour être donnée comme sujet d'études et d'édification aux jeunes générations. Quant à l'autre, on a employé tous les moyens possibles pour la faire disparaître.
Cependant, on n'y a pas réussi. La femme qui avait fait cette histoire là n'a jamais cessé de la raconter à l'enfant. Elle en a fait une collection de petits contes. Ils font toujours les délices des enfants ; c'est l'antique enseignement maternel, tenace comme une habitude religieuse. La Femme des premiers temps, c'est la fée qui peut tout.
Voici « La Belle au Bois dormant », où l'on retrouve un épisode du roman de Perce-Forest. Ce conte nous montre la femme endormie, c'est-à-dire hors la vie active, hors le monde pendant mille ans, l'âge de fer, mais réveillée par le Prince charmant, l'homme régénéré, qui lui rend sa place après ce long sommeil, avec le baiser de paix.
« La Belle et la Bête » représente l'histoire des luttes de l'homme et de la femme, Ormuzd et Ahriman, Vishnou et Civa, Isis et Osiris.
Dans le « Petit Poucet », nous voyons l'être petit (la femme est souvent représentée par un nain) poursuivi par l'être grand. C'est le souvenir des émigrations.
Dans « Le Petit Chaperon rouge », on nous montre l'enfant qui, rentrant au logis, trouve l'ogre (le Père) occupant la place de la Bonne Mère et, terrifié de cette substitution, exprime au géant son étonnement de le voir si grand.
« L'Oiseau bleu » est aussi une ancienne légende, car les Tagals, dont le Dieu Créateur est Bathala, adorent un oiseau bleu qui porte le même nom que la Divinité.
En général, l'oiseau est l'emblème de l'Esprit qui vole, de la radiation solaire qui fend l'espace.
« Barbe-Bleue » et « Riquet à la houppe » viennent de l'Orient.
Dans le « Chat Botté », on retrouve la « Chatte de Constantin le Fortuné » que Straparole avait empruntée du Pentanerone napolitain.
« Cendrillon », c'est la femme supérieure avilie, sa grandeur intellectuelle est cachée et employée à d'obscures besognes domestiques, tandis que ses sœurs, qui ne la valent pas, la méprisent, l'humilient (ce sont les femmes faibles et coquettes qui ont suivi les hommes dans leur vie de plaisir). Cependant, le jour vient où sa valeur morale est appréciée, sa nature supérieure reconnue, alors elle est rendue à sa vraie destinée, elle devient la Reine.
C'est la vieille histoire de la Vierge sage et des Vierges folles qui perdent l'homme. C'est une réminiscence de l'aventure de Rhodopis qui, pour avoir perdu l'un de ses petits souliers, épouse un roi d'Egypte.
« Peau d'âne », enfin, que la Fontaine entendait conter avec un plaisir extrême, seize ans avant les contes de Perrault, se reconnaît dans les vers latins de Godfried, qui pouvait en devoir l'idée moins à Apulée qu'aux fables indiennes dont il circulait en Europe des traduction latines depuis le XIème siècle. (Voyez Victor Lecler, Histoire littéraire de la France, t. I, XXIV).
Les contes de Fées ne sont pas des histoires sans signification, écrites pour amuser les paresseux, elles renferment en elles la religion de nos ancêtres.
Mythe veut dire une histoire fabuleuse exprimant une vérité importante, l'histoire de quelque personnage extraordinaire, à la biographie duquel l'imagination populaire a donné un développement excessif, grâce à la vénération d'une série de générations. Avec le temps, l'enseignement archaïque devient moins clair, les nations perdent plus ou moins de vue le Principe supérieur, « la Déesse », et commencent à transférer ses attributs à son adversaire.
La Déesse, l'unique divinité, devient alors l'incompréhensible. Chez tous les peuples on trouve une tradition orale passant de Mère en Fille et perpétuant les idées primitives.
On a trouvé une tradition de ce genre dans les îles de la Mer du sud, sous forme d'anecdotes rimées servant à conserver le souvenir des événements et leur date. L'humanité jeune parla et chanta avant d'écrire. (Voir Ellis, Polynesian Researches, Londres, 1831).

ANTAGONIE
C'est dans la première période humaine que naquit la Théogonie, les Divinités féminines, et que se constitua la science primitive.
Loti appelle cette époque lointaine « la pure grandeur de la précoce civilisation ».
C'était l'Age d'Or. Mais il ne devait pas durer.
Ovide dit : « L'Age d'argent succède à l'Age d'or. A ces deux Ages succède l'Age d'airain : l'homme, plus féroce, est plus prompt à prendre les armes qui sèment l'effroi ».
C'est l'époque du Polythéisme qui commence. Nous allons y voir régner des Déesses et des dieux se disputant le pouvoir.
C'est le commencement de l'Anta-gonie : la lutte de sexes.
Antagonie vient de anta-gonismos, de anti (contre) et gonos ou gonia (la femme), donc : contre la Femme.
Nous allons, dans la suite de ce blog, montrer des siècles de luttes du prêtre contre la Femme. Les grands Livres sacrés avaient jeté un tel éclat sur l'esprit féminin que cela avait fait naître un sentiment de jalousie terrible contre les grandes Déesses qui en étaient les auteurs. Une caste sacerdotale va s'en emparer, les altérer, les masculiniser ou les détruire. C'est l'origine du mensonge religieux que nous allons voir se dérouler. C'est toute l'histoire que l'on a cherché à nous cacher derrière la Fable.
Partout la femme va être cachée ou plagiée. Lui prendre ses idées, porter sa robe, va être la principale occupation de ses envieux.

AGE VIRIL DE L'HUMANITÉ
Nous sommes en pleine vie humaine. Toutes les, passions sont déchaînées. À l'amour va succéder la haine, l'envie s'est emparée du cœur de l'homme et va lui dicter l'injustice ; les crimes et les forfaits vont se multiplier. L'histoire va nous les raconter, car ceux qui auraient dû les cacher en ont eux-mêmes écrit le récit.
Les caractères physiques de l'humanité se modifient peu à peu ; le ravage des passions va creuser son empreinte sur le visage de l'homme. Sa physionomie va révéler son état mental. Les modifications de son caractère sont profondes, la prédominance de sa personnalité s'accentue de plus en plus, son orgueil grandit et lui donne une confiance en lui-même qui lui dicte les résolutions les plus hardies et les plus irraisonnées ; il devient impulsif. C'est l'époque des grands emportements, de la confiance en soi et des affirmations aventureuses. Sa sensibilité primitive est en décroissance. L'assimilation morale et intellectuelle qu'il possédait dans les âges précédents s'émousse ; il devient entêté et affirmatif pendant que son cerveau engendre l'erreur.

ORIGINE DE L'ANDROCRATIE
LE ROI
C'est par la révolte contre le pouvoir gynécocratique et divin que commença l'anarchie ; mais la guerre commencée contre les femmes continua entre les hommes.
Après avoir vaincu la Déesse, méconnu la Soffet, outragé la Sophia, l'homme fort écrasa l'homme faible, l'intellectuel, il nivela l'humanité en prenant pour étalon la bête humaine.
C'est ce que nous enseigne la légende de Procuste qui raccourcit les étrangers pour les faire entrer dans son lit de fer.
« La force déchaînée écrasa partout l'esprit et institua le règne des tyrans. La Grèce se hérisse de Républiques, les Celtes marchent de divisions en divisions ; une démocratie brutale monte et force toutes les intellectualités à se démettre. Ce sont les masses incultes qui veulent dominer. Toutes les lignes de démarcation disparaissent. On ne distingue plus, parmi les peuples, que des hommes libres et des esclaves selon qu'ils sont vainqueurs ou vaincus. Il semble que l'espèce humaine, emportée par un mouvement général de folie orgueilleuse, venait de perdre tout ce qui avait existé en elle de raison.
« Tous voulaient, commander, aucun ne voulait obéir ; chaque fraction voulait le pouvoir, l'anarchie était partout. Les noms qu'ils se donnaient exprimaient leur désir d'indépendance : c'étaient les Alains ou All-ans, les égaux en souveraineté ; les Allemands, égaux en virilité ; les Vandales, ceux qui s'éloignent de tous ; les Free-sons (Frisons), les fils libérés ; les Cimbres, les ténébreux ; les Swabes, les hautains ; les Allobroges, les briseurs de tous liens ; les Scandinaves, ceux qui errent sur leurs navires ; les Saxons, les enfants de la Nature, etc., etc.. » (Fabre d'Olivet).
C'est que, le joug de la Femme brisé, il n'en restait pas d'autre. L'homme avait bien pu se soumettre à celle qu'il aimait, ou à celle qui avait été sa Mère, mais pourquoi se serait-il soumis à un autre homme ? La première autorité qu'il voulut prendre est celle que représente l'Etat. La Religion appartenait encore à la Femme. Par sa révolte, il créa la séparation des pouvoirs, il inaugura la séparation du trône et de l'autel. La révolution masculine amena une corruption générale qui, bientôt, fit des progrès effrayants dans toutes les classes de la Société. Du haut des trônes de l'Asie qu'elle avait d'abord envahis, elle se glissait dans les sanctuaires. La réaction des Femmes ne pouvait plus contenir le mouvement désorganisateur ; elles cherchaient néanmoins à en ralentir le progrès.
L'esprit de l'homme errait dans les ténèbres qu'il s'était créées lui-même ; il cherchait à étouffer ses doutes, ses terreurs ou ses remords dans la jouissance à outrance et, au lieu d'un remède, il y trouvait une cause d'aggravation de son mal.
Enfin l'instinct triompha... et l'homme alors se servit de sa puissance pour s'affranchir de tous devoirs et pour affermir sa volonté, à laquelle il prétendit soumettre les autres.
Les mœurs qui résultèrent de cet état de choses furent caractérisées par une débauche à outrance et une guerre désordonnée, dans laquelle on cherchait, autant que des victoires, des satisfactions de l'instinct batailleur de l'homme. C'est que, lorsque sa force musculaire augmente, il a besoin de l'exercer, et c'est ce besoin qui le pousse au pugilat, à la lutte, à tous les exercices violents. C'est alors qu'il fit de la force une supériorité ; singulière logique, car avoir une chose en plus que les autres n'est pas un avantage si cette chose n'est pas une qualité qui élève. Si la force se développe aux dépens de l'intelligence, c'est une qualité négative, c'est-à-dire menant à un mal, non à un bien.
Se glorifier d'avoir plus de force qu'un autre est aussi logique que si l'on se glorifiait d'avoir plus de laideur que les autres. Il y a des superlatifs qui infériorisent.
Néanmoins la Force fut glorifiée ; les plus forts furent les plus honorés et les plus faibles furent méprisés. Chez les Grecs, l'homme bon, Agathos, c'est l'homme fort à la guerre ; Arïstoï, les meilleurs, ce sont les plus forts, les plus aptes à combattre. On se rappelle que les Lacédémoniens allaient jusqu'à jeter au barathre (sans le consentement des mères) les enfants mal venus. Chez les Romains, le mot Virtus signifie la force par excellence (vir).
Ces nouvelles idées servaient de prétexte pour avilir la Femme, pour l'asservir et la réduire en captivité ; tous ses droits furent violés, on ne lui en laissa qu'un : plaire à l'homme.
Mais cela ne fut pas sans de formidables luttes entre les partisans de la force et ceux de la Justice.
Comme on demandait à Agésilas qui l'emportait de la Justice ou de la vaillance, il répondit : « Si tous les hommes étaient justes, ils n'auraient pas besoin d'être vaillants »,réponse hypocrite qui faisait croire que la vaillance servait à défendre la Justice, premier sophisme d'où sortit tout le système moderne, ce régime qui a fait dire à Schiller : « En attendant que la philosophie sache régir le système du monde, le mécanisme de l'Univers se maintient par la faim et par l'Amour ».
Les hommes s'étaient libérés du lien qui les attachait à la Femme, mais ce ne fut que pour tomber sous un autre joug : celui de la domination des hommes sur les hommes, c'est-à-dire l'exercice de la tyrannie de quelques-uns au préjudice de tous les autres.
Ceux qui avaient le plus d'audace, le plus de résolution, le plus de cynisme, instituèrent la puissance du Mal, en prenant la direction des nations. Et les foules s'inclinèrent devant « la Force », et la « Force » se fit « autorité », et cette autorité devint la main de fer qui étrangla l'humanité.
Il faut à l'homme un esclavage. Aussitôt qu'on lui supprime son esclavage naturel, celui qui l'asservit à la raison, il s'en, procure un autre.
C'est dans le millénaire qui précéda le Christianisme que l'homme fit des lois.
Mais ces lois n'avaient pour but que de comprimer les esprits ou d'empêcher les révoltes, afin d'assurer aux chefs le libre exercice de leurs passions. Entre hommes, cela se supportait par réaction contre la Femme, par solidarité de sexe, mais à la longue, le joug devenait trop lourd ; alors on changeait de chef, c'est-à-dire de tyrannie. Et les rois n'étaient guère plus heureux que leurs sujets, vivant dans une crainte continuelle et de la Femme qui cherchait toujours à reprendre ses droits, et des autres hommes dans lesquels ils ne voyaient que des rivaux cherchant à prendre la place qu'ils occupaient. Du reste, ils avaient presque tous une triste fin, la preuve en est donnée par la statistique qui est aussi implacable qu'effrayante par ses constatations ; celle-ci par exemple : Jusqu'en 1886, il y a eu sur la Terre 2.550 empereurs et rois, qui ont gouverné 74 peuples. Il n'est question, bien entendu, que des vrais monarques ayant eu des royaumes de réelle importance. Voici quelle a été leur destinée : 300 ont été chassés du trône ; 64 ont été obligés d'abdiquer ; 28 se sont suicidés ; 23 sont devenus fous ; 100 ont été tués à la guerre ; 123 ont été capturés ; 25 ont été torturés ; 151 ont été assassinés ; 108 ont été condamnés à mort et exécutés.
Pour justifier son pouvoir, l'homme prétendait qu'il avait toujours existé. C'est la réponse que faisaient les femmes quand on les attaquait. Les hommes se l'appropriaient, la répétaient en l'appliquant à leur règne, mais comme c'était un mensonge, ils ne pouvaient le justifier que par d'autres mensonges.
C'est ainsi que plusieurs peuples anciens, pour prouver la haute antiquité de leur origine masculine, montraient des listes interminables de rois dont les règnes, ajoutés ensemble, formaient des milliers d'années, et toujours le premier de cette série était Hélios (le soleil) (en Egypte, en Colchide, à Rhodes, à Cusco).
La science historique des hommes a accepté ces listes, n'a pas discuté ces monuments ; elle en a fait la base de l'enseignement classique.
D'autres hommes, les prêtres, les mages, se prolongeaient dans le passé par des documents de fabrication aussi facile.
La révolution masculine, née de la révolte contre le pouvoir gynécocratique, basa sa puissance sur la force, sur la conquête. C'est le conquérant qui se déclara roi.Ce n'est donc pas le meilleur, c'est le plus fort. C'est ce qui fait que le monde masculin fut représenté comme le chaos aux cent têtes, aux cent bras, bataillant, rivalisant, gesticulant. Période de désordre et de discorde, où l'Etat devint l'image de la famille sans femme. Les rois assassinés étaient remplacés par des hommes de la plus basse extraction. Partout régnait la terreur, partout, on voyait le meurtre, le crime et la débauche.
Au milieu de ces luttes formidables, le parti gynécocratique essayait de sauver le pouvoir de la Femme qui s'effondrait et allait bientôt sombrer dans le Droit romain, dans la Loi de l'homme.
Au milieu de ce chaos, on ne pouvait faire qu'une chose : essayer de conserver le dépôt des traditions antiques et le principe des sciences en les cachant dans le secret.
Une aristocratie mâle gouvernait partout des troupeaux d'esclaves, de femmes et d'enfants. A la fois propriétaires, prêtres et juges, les chefs de la nouvelle famille allaient exercer un pouvoir sans limité sur le bétail humain qu'ils exploitaient et décimaient à merci. Et tout cela, ils le justifiaient en disant : Les dieux l'ont voulu.
L'Androcratie devait être une époque de terreur et de misère, car l'homme qui règne, c'est l'homme qui prend, alors que le règne de la Mère avait été la Providence qui donne.
La femme avait régné par l'Amour, l'homme va régner par la terreur.
Partout, du reste, le pouvoir despotique donne de tristes résultats.
Dans Athènes, un oracle avait forcé Codrus, son dernier roi, à se dévouer à la mort ; à Lacédémone, Lycurgue abdiqua la royauté et forma le projet de régulariser le mouvement anarchique en faisant de Sparte un couvent de soldats. Il avait institué sur un seul point de la Grèce une sorte de congrégation guerrière, mélange de despotisme et de démocratie, en apparence consacrée à la liberté, mais destinée, au fond, à combattre ceux qui ne se soumettaient pas au pouvoir nouveau. Cette formidable institution renversa la supériorité intellectuelle à Athènes et prépara le triomphe d'Alexandre.
Ce législateur guerrier était un esprit peu élevé (il tira sa doctrine et ses lois d'un philosophe nommé Talétès). Ce n'est plus du Temple de la Sagesse que sortent les lois, c'est du Prytanée, édifice où résidaient les Prytanes ou Sénateurs chargés de l'administration de la République.
Le régime militaire renverse le règne de l'Esprit.
Corinthe chasse ses rois. Ceux qui résistent au torrent de l'opinion déchaînée contre eux sont obligés d'employer des moyens tyranniques pour se maintenir. Ils sont appelés des Tyrans.
En Perse, en 228 ans, depuis Cyrus qui monte sur le trône en 559 jusqu'à la mort de Darius détrôné par Alexandre en 331, quatorze rois, presque tous assassins ou assassinés, se succèdent sur le trône.
Et cependant tous ces hommes se donnent des titres magnifiques : tel Çyaxare (Kai-Assar), suprême monarque ; Xercès (Shir-Shah), le vaillant roi, le roi Lion ; Cyrus (Kai-Kosrai), qui prend le surnom de Théos (Dieu).
Cependant Khan, titre de l'autorité masculine, en Tartarie, est l'origine du nom de Caïn.
On représenta par les deux serpents du caducée les deux aspects du pouvoir de l'homme : le Roi, le Prêtre. Ensemble, mêlant la force à la ruse, ils vont torturer l'humanité.
L'Empire d'Assyrie, qui dura près de sept siècles, de 1314 à 625, nous donne une idée de ce que fut le régime de terreur que la royauté avait inauguré.
Adra-melech fut l'idole des Assyriens. On croyait l'honorer en exposant aux flammes et en faisant brûler des enfants sur ses autels.
« Les rois d'Assur ne calculaient leur puissance que par le nombre des villes ennemies qu'ils avaient incendiées et par celui des guerriers qu'ils avaient cruellement égorgés après la bataille.
« Le monarque, le sceptre en main et la tiare sur la tête, se plaisait à contempler les ruines fumantes des forteresses prises d'assaut, les prisonniers garrottés, les cadavres des ennemis décapités.
« On le voyait, après la victoire, debout sur son char de guerre, insulter aux vaincus.
« Aucun peuple dans l'antiquité n'apporta dans ses cérémonies du culte des pratiques aussi cruelles. Leurs dieux mâles semblaient avoir soif de sang humain.
« Les jours de fêtes principales, au pied de la statue de Baal, on allumait un grand bûcher. Les parents venaient alors, portant au cou un de leurs enfants nouveau-nés. On plaçait la pauvre petite créâture sur les mains étendues du dieu, puis les bras, qui étaient mobiles, s'abaissaient lentement, au moyen d'un mécanisme, et l'enfant tombait au milieu du brasier »
La cruauté était le résultat des passions masculines déchaînées, d'un débordement de débauches, qui devait en même temps obscurcir l'esprit de ces hommes.
C'est pourquoi Midas, roi d'Assyrie, est représenté avec des oreilles d'âne.
A propos de Cyrus, Hérodote dit que les Perses avaient pour roi un mulet. Tel est le régime qu'on allait opposer à la Gynécocratie.
Nous allons dans ce blog passer en revue les grands événements qui s'accomplirent dans le millénaire précédant l'ère actuelle, dans l'Inde, la Perse, l'Egypte, la Chine, la Grèce et Rome, et nous allons montrer que partout une profonde révolution religieuse changea l'orientation du monde.

LE PRÊTRE
Comment la Prêtrise exercée par l'homme commençât-elle ? Quelle est l'origine du sacerdoce ? Quelles furent les premières phases de son évolution ?
L'histoire réelle nous montre que les premiers hommes investis de ces fonctions, dans l'antique Théogonie, sont des officiants mis au service de la Déesse et qui portaient le nom de « Prêtres domestiques ».
Renan,dans Le Peuple d'Israël, dit (p. 149) : « Le clergé est d'origine égyptienne. Les Israélites eurent probablement de ces sortes de ministres que chaque famille nourrissait pour les services qu'ils rendaient ; c'est ce qu'on appelait un adhérent, un aubain, un adjoint à la tribu ».
Et il explique que le mot ministre (en latin minister) veut dire serviteur ; il vient de minor (moindre), et c'est de là qu'est venu le nom minime donné à des ordres religieux.
Dans la Bible (Juges, 17, 9), nous voyons Milca dire à un jeune homme lévite (passage interpolé puisqu'il n'y a pas de lévites du temps des Juges et masculinisé puisque de Milca on fait un homme) :
D'où viens-tu ?
Je suis lévite et je voyage pour chercher une demeure.
Reste avec moi, tu me serviras de Prêtre et je te donnerai dix sicles d'argent par année et des vêtements pour ton entretien.
Et Milca consacra le lévite.
Mais les Prêtres ne se contentèrent pas de ce salaire et de cette position dépendante, ils voulurent prendre près de la Déesse une situation de plus en plus prépondérante et c'est ce qui amena la discorde.
D'abord la Déesse et le prêtre ne s'excluaient pas, ils se confondaient en une sorte de couple, tel Hermès et Aphrodite dont on fera le mot « hermaphrodite ».
Aux Indes, le Brahmane apparaît à côté de la Brahmine.
En Perse, le Mage s'élève à côté de la Magicienne ; le Druide à côté de la Druidesse qui régnait chez les Celtes depuis une haute antiquité et qui avait fondé partout des centres d'enseignement qu'on appelait « Collèges de Druidesses ».
Le Druide ne fut pas longtemps un collaborateur utile, puisqu'on le compare au gui, plante parasite, pour indiquer qu'il vit aux dépens des autres.
Le Prêtre est un homme mis en dehors du régime familial, un homme qui a quitté le domaine de sa Mère, qui est sorti de sa tribu, c'est pour cela que l'ordre lévitique chez les Israélites est appelé « Gerson » (étranger en tous lieux) (1).
C'est parce que le prêtre n'a été qu'un serviteur au début que l'on dit encore : « Le prêtre n'est qu'un serviteur des âmes ».
C'est par une grande déviation qu'ils ont substitué l'idée de puissance à celle de service.
La place toujours plus grande qu'ils prirent, alluma contre eux des colères. La prophétesse Hulda déclare impie le Grand-Prêtre Helkya.
En quoi consiste leur impiété ? Elle vient de ce que le Prêtre veut intervenir dans l'enseignement donné, il oppose à sa Maîtresse des doutes outrageants, des négations aventureuses, discute ce qu'il ignore, avec des affirmations audacieuses, parle sans connaissances et sans raisonnements des choses sacrées, commence à la tromper, emploie la ruse pour dominer, le mensonge pour se justifier.
Le résultat de cette conduite, c'est qu'il fut mis hors du Temple, éloigné des choses sacrées parce qu'il les avait profanées.
(Le mot profanati voulut dire en latin mis hors du Temple parce que les Prêtres renvoyés s'installaient en face du sanctuaire ; de là on fit le mot profanum : pro, devant, fanum, Temple).
C'est alors qu'animé d'un désir de vengeance, il employa le sarcasme pour ridiculiser, avilir, salir tout ce qu'Elle faisait. En face des anciens temples il éleva des autels et y érigea des dieux nouveaux qu'il fit à son image.
Mais cette parodie ne fut pas prise au sérieux d'abord ; il fallut du temps, des siècles avant qu'on acceptât cette idée nouvelle : l'homme devenu Dieu comme la Déesse. C'est lentement que le Prêtre escalada les échelons du Panthéon pour y prendre une place que la conscience publique lui refusait.
(1) En celtique, l'homme qui entre dans une famille à titre d'allié est appelé Eedom, c'est un enfant d'adoption ; Eedom devient Eydom, Eedhem, qui veut dire gendre (Darsy, Dict. Flammarion).

LA PROFANATION
Le Prêtre va être le destructeur de la Religion. II va remplacer la Foi (la bonne foi) par la mauvaise foi.
La Religion primitive, la Théogonie, était un ensemble de doctrines et de pratiques résumant les rapports de l'homme avec la Divinité qu'il adorait et à laquelle il rendait un culte. Cette Divinité, la Déesse, exigeait de lui la foi, c'est-à-dire l'adhésion à la Vérité absolue qui émanait de son esprit droit, la croyance aux lois de la Nature et la soumission à la loi morale. Tout cela constituait « la Religion », c'est-à-dire le lien moral qui devait relier l'homme à l'Esprit Féminin.
La communion de pensée est, pour la Femme, le plus grand bonheur qui puisse exister ; c'est pour cela que c'est la première condition qu'elle demande à l'homme lorsqu'il s'approche d'elle pour lui demander ses faveurs.
Mais, par une sorte d'ironie de la Nature, l'amour qu'elle lui inspire peut créer la perversion mentale de celui qu'elle aime.
Cependant, tant qu'il lui reste attaché, il garde sa foi, mais aussitôt que le lien se relâche, le désaccord surgit, il manifeste sa pensée renversée qui est la contradiction de celle de la Femme. En face d'Elle il garde l'apparence du serviteur fidèle, mais ses paroles prennent une expression nouvelle, c'est l'ironie, le sarcasme, il semble toujours affirmer sa foi, mais le ton qu'il y met est un démenti donné à ses paroles, c'est la mauvaise foi qui commence ; elle est d'abord cachée dans la ruse, plus tard elle deviendra cynique dans le mensonge.
Alors, tout, pour lui, prend un caractère nouveau, il dénature les idées spirituelles et en fait des idées sexuelles ; c'est un langage spécial qu'il crée en changeant la signification des mots qu'il ne comprend plus comme la femme les comprend.
Et à cette impulsion se mêle un peu d'envie et beaucoup d'ignorance, il veut croire que la femme descend comme lui dans les abîmes du sexe où, s'il ne le croit pas, il feint de le penser. C'est ainsi que les langues se transforment et qu'un nouveau langage apparaît. Le Prêtre donne aux mots une interprétation nouvelle dans laquelle il sous-entend que ce qui était spirituel est sexuel.
C'est ainsi que des mots qui servaient à désigner l'Esprit Féminin deviennent la racine de mots qui désignent le sexe de la Femme et ce qui en dérive.
Théogénie deviendra Theogonia (gonia, gaine, allusion au vagin).
Les noms des Déesses tant glorifiées par l'homme adolescent dévinrent des noms ridiculisés, on en changeait la terminaison en les retournant : Théà devint æth par le retournement des lettres et Astar-thée devint Astaræth ou Astaroth, et Istaroth, la grande Déesse Istar, va devenir une femme guerrière et voluptueuse.
La Vénus Uranie qui porte le flambeau de l'Esprit : Lucifer, devient la Vénus Callipyge, la femme-sexe.
Le mot Euménide voulait dire propice. Quand vint l'heure de la réaction, on représenta, par antithèse, les Euménides comme des furies.
L'étymologie des mots nous rend compte des idées primitives, elle nous fait retrouver le sens propre qui précéda le sens caché et le sens malpropre.
Ainsi le Bien et le Mal étaient représentés dans les sanctuaires par les emblèmes de la lumière et des ténèbres. On y donnait à l'initié le spectacle formidable du combat de ces deux principes opposés, et, après plusieurs scènes de terreur, on faisait insensiblement succéder à la nuit la plus obscure le jour le plus brillant et le plus pur. Mais ce symbolisme devait être, comme tant d'autres, détourné de sa signification, et de la lumiére, c'est-à-dire du feu de l'Esprit, on fit le feu de l'amour, plaçant en bas ce que la femme plaçait en haut, et Agni, l'amour sacré, devint Ignis, le feu.
De tout cela devait résulter une profonde confusion. C'est pour cela que cette époque fut appelée l'âge Kali (4ème du monde), âge de ténèbres et de souillure, âge noir et fatal, âge des causes et des effets sinistres.
De ce mot Kali on fit en latin Caligo et en français Gali ; on y ajoutait le mot mathias (discours), ce qui voulait dire : discours ténébreux. C'est ainsi qu'on désignait la parole des esprits enténébrés s'agitant dans l'ombre des erreurs et du mal.
Les choses sexuelles prenant, dès lors, la place des choses spirituelles, le prêtre créa un culte nouveau, obscène.
Pour lui, la femme est un organe. Cet organe devient la coupe du plaisir ; il est représenté par le calice de la fleur qui devient le vase sacré des Mystères.
C'est alors que les femmes outragées rappellent les hommes à la vérité et les somment de parler proprement, c'est-à-dire suivant le sens réel des mots ; et ces expressions « à proprement parler », « employer l'expression propre », sont restées dans les langues et sont opposées au langage malpropre et figuré qui avait été inventé pour vexer les femmes.
Ce ne fut d'abord qu'une taquinerie, cela devint une habitude, puis cela devint un dogme, celui qui est à la base de toutes les religions modernes.

LE PRÊTRE CRÉE LE DIEU
Ce sont ces pro-fanes, mis hors du Temple, qui s'en vont créer ailleurs un autre culte et de nouveaux dieux.
Le rôle du Prêtre fut double. Il fut le destructeur de la première religion, la Vraie, et le créateur des faux dieux. Car les divinités qu'il va instaurer, ce sont les types masculins qui avaient été considérés jusque là comme personnifiant le principe du Mal, ceux que la Femme combattait et appelait « les dieux étrangers ».
Nous étudierons dans les différents pays cette nouvelle forme de la religion.
Rappelons seulement avec quelle ardeur on combattait le Bel des Babyloniens, qui devint le Baal des Phéniciens et dont les multiples aspects représentaient l'horreur qu'il inspirait.
Le nom de Baal (ou Bel) reste dans l'histoire associé à des qualificatifs infamants :
Baal-Berith (la honte) ; c'était l'idole phénicienne. Les défenseurs de l'androcratie en feront le « défenseur de l'alliance » ;
Baal-Gad (jouissance). On en fera le dieu du bonheur ;
Baal-Péor (le pire) ;
Baal-Ram ;
Baal-Phégor, ou Bel-phégor : divinité infâme des Moabites. C'est le Priape des latins ;
Baal-Samin ;
Baal-Tsephon (dieu sentinelle), celui qui surveille les femmes ;
Baal-Moloch (le destructeur). Les magiciens d'Egypte avaient mis cette idole dans le désert comme une barrière qui devait arrêter les Israélites et les empêcher de fuir ;
Baal-Zebi, dit Belzebut ; Zebi signifie renard ;
Baal-Itan, etc., etc.
A côté de lui se trouvait Ophim, l'homme serpent, qu'on appelait par corruption surnubel, serpent de Baal.
Mais ces révoltes, quoique troublant profondément l'ordre ancien, n'étaient pas acceptées par les masses ; c'étaient des tentatives, qu'il fallait longtemps recommencer avant que les générations nouvelles arrivassent à s'y rallier.
C'est lentement que le Prêtre imposa son dieu, puis pour le consacrer créa un dogmatisme dont il prit la garde et qu'il scella de sa propre consécration, déplaçant ainsi l'autorité morale en créant l'erreur ; puis il donna à sa caste la mission de la propager et de la conserver afin d'arriver à posséder la maîtrise universelle.
Pour faire accepter les Dieux, on en faisait une imitation de la Déesse dont les noms furent masculinisés (Baal Tammouz, Baal Thomar). 
Mais ils se multiplièrent, grandirent, devinrent immenses en puissance et en mérites. Nés de l'imagination des Prêtres, on pouvait les amplifier sans limites. C'est ainsi que, parti de l'humanité vivante, l'on arriva à créer une Divinité infinie régnant dans l'univers insondable, et plus l'idée devenait absurde, plus on exigeait pour elle de vénération de la part des peuples crédules.
Tous les instincts de l'homme apparaissaient dans cette forme nouvelle de la religion ; aussi les dieux sont souvent des hommes vulgaires. L'homme est orgueilleux, il met son sexe le premier dans le panthéon qu'il crée, même dans le couple divin : Hermès-Aphrodite ; il est dominateur, il arrive à faire de sa nouvelle divinité le « Maître des Dieux et des hommes », il dépasse considérablement la puissance accordée aux Déesses qui étaient toujours restées limitées à la vie morale, aux choses terrestres ; elles avaient des attributs divers, mais n'étaient pas confondues avec les forces de la Nature qui les avaient elles-mêmes créées comme elles avaient créé l'homme à côté d'elles. Le Panthéon antique avait des degrés et ce ne fut que lorsque l'homme en escalada les échelons, pour prendre la première place, qu'il se fit si grand que l'on vit des Divinités telles que Jupiter accaparer toute la puissance céleste et terrestre et la résumer tout entière dans la personne de l'homme.
Deux causes ont déterminé cette amplification extrême : la puissance de son imagination, qui le porte à exagérer toutes choses ; le besoin de se justifier. Jupiter, le Père, avait pris la place de Déméter, la Mère ; il fallait exagérer sa grandeur pour justifier son usurpation et intimider les faibles et les récalcitrants par la terreur.
Mais c'est une erreur de croire que la terreur a été au début des religions, elle n'apparaît qu'avec la décadence du premier culte. Si la bonne Déesse est devenue un objet de crainte morale, c'est parce qu'on l'avait tant outragée qu'on redoutait sa vengeance. 

ORIGINE DES DOGMES
Les Déesses et les Prêtresses qui s'étaient adonnées surtout à l'étude de la science, avaient su arriver à soumettre la pratique de la vie aux lois qui découlaient de leurs admirables conceptions de l'harmonie du monde.
Elles avaient dirigé, avec leur esprit clairvoyant et leur sagesse, les institutions sociales. Tout leur gouvernement découlait de leur science de la vie. Les Prêtres voulurent changer tout cela. Ne comprenant pas les lois qui avaient dicté le savant échafaudage Théosophique, moral et social, et ne cherchant dans le pouvoir que l'intérêt immédiat et personnel, ils ne s'occupèrent que des choses concrètes, ils accommodèrent leurs croyances et leurs institutions, non plus à la Vérité, mais à leurs besoins ou à leurs caprices, et de la science primitive firent « la Théologie », pendant que de la savante organisation matriarcale, les rois faisaient « la Politique ».
Les Femmes avaient fait une Doctrine (de docere, instruire, enseigner) ; les hommes firent des dogmes (de dokein, sembler).
Triste transformation qui amena la chute de la paisible et féconde Gynécocratie, détruite par le mensonge du prêtre et par la fougue guerrière du conquérant portant partout la dévastation.
Ce fut un effroyable malheur pour la Terre tout entière, puisque ce fut le commencement de l'ère de cruauté, de servitude, de barbarie, qui devait durer aussi longtemps que l'anthropocratie.
Les Femmes faisaient tout venir de la Vérité, de la Justice, du Droit.
Le verbe aryen Vasa (racine du mot Vérité) signifiait établir, fixer, on reconnaissait que c'est la Vérité qui crée la fixité, la solidité. La Théogonie (règne du génie) avait engendré la Théodicée (règne de la Justice, de Dikê, Justice), et la Théosophie, la sagesse qui préside à la vie sociale.
Les hommes firent tout venir de leurs instincts, de leurs sentiments, ou de leurs caprices, ils rapportèrent tout à eux. De là les deux formes de l'autorité : la forme féminine, la première exercée, qui créa des pouvoirs sociaux correspondant aux pouvoirs naturels, et la forme masculine qui vint créer une religion qui appropriait des Dieux aux intérêts des hommes et cachait dans des mystères les Vérités devenues gênantes.
C'est toute cette antique splendeur du règne de la Femme que le régime nouveau vint abattre, quand l'homme, se présentant en face d'Elle, en conquérant, en vainqueur, s'empara de tout ce qui venait d'Elle ou de son influence et le dénatura. Il sut cependant donner, au monde qu'il fit, une apparence de grandeur qui a pu tromper les esprits, mais qui n'avait pas de fondements durables.
L'homme ajoute à l'œuvre de la Femme des choses matérielles, des pierres, de l'or, du marbre, il construit de somptueux temples, mais la Vérité n'y est pas manifestée, l'idée y est amoindrie, et c'est l'idée qui fait vivre les nations.
On peut mesurer la valeur morale des peuples à leur architecture. Quand des monuments magnifiques sont édifiés pour loger une pensée qui s'égare, la décadence n'est pas loin.
Les nations primitives étaient parvenues au plus haut degré de l'état social, leur empire avait embrassé la terre entière, mais, après avoir jeté leur plus grand éclat, les lumières commençaient à s'obscurcir.
Cependant le gouvernement Théogonique et Gynécocratique florissait encore, grâce à la forte impulsion qu'il avait reçue des lois naturelles dont il était l'expression, mais son calme primitif avait été troublé et les principes de vie qui l'animaient ne se réparaient plus dans leur intégrité, la crainte du danger devenait une préoccupation nouvelle, la fatigue arrivait, quelquefois l'abattement succédait à la première ardeur de la lutte.
Tel était l'état des esprits quand le Prêtre, usurpant les fonctions de la Prêtresse, introduisit dans le monde les Dieux mâles qu'il mit dans des temples édifiés en face ou à côté de ceux des Déesses.
L'ancien système avait eu ses fondements dans la nature des choses, dans ce que nous appelons aujourd'hui « la science » ; le nouveau système allait violer les lois naturelles.
La domination sociale et sacerdotale de l'homme, qui commençait, est regardée par les Brahmanes comme étant le quatrième âge du monde. Ils en font un grand éloge, puisque c'est de cette époque que date leur puissance.
Cependant l'homme sentait qu'il n'était pas à sa place, chargé des honneurs dus à l'autre sexe ; il se faisait craindre, ne sachant pas se faire respecter ; la vérité qu'il voulait enseigner lui échappait.
Il ne comprenait plus la science des premiers temps, il voyait tout à rebours, mettant ses impulsions sexuelles où la Femme avait mis ses vues spirituelles. Il rapetissait l'Univers, l'abaissait, créait le monde d'en bas alors qu'Elle avait créé le monde d'en haut.
Cependant le Prêtre, qui s'était assimilé ce qu'il avait pu des connaissances acquises, faisait valoir les idées reçues, se les appropriait, si bien qu'on a pu, dans la suite des âges de l'humanité, le donner comme étant l'auteur de toute la grande œuvre féminine des premiers temps. Mais lui ne créait rien, que l'erreur, il faisait seulement valoir le capital intellectuel de la Femme révélatrice ; mais il y mettait une ardeur extraordinaire, pour se grandir en même temps que pour justifier son usurpation des fonctions sacerdotales. Si les reproches lui arrivaient, il niait le passé, déjà lointain, faisait de la tradition une légende, cachait ce qui le gênait, amoindrissait ce qui glorifiait la Femme, grandissait sa personnalité et celle de ses Dieux.
C'est ainsi que le Prêtre arriva à jeter un voile épais sur toutes les origines, à briser le système primitif et à faire déchoir l'humanité de sa grandeur originelle.
Il voulut désormais tout faire par lui-même, sans le concours des « génies », essaya de créer un monde sans l'esprit féminin, et n'aboutit qu'à la discorde, soufflant partout le vent de la destruction, renversant ce que la femme primitive avait édifié.
Et c'est sur ces ruines de l'ancienne religion qu'il aspirait à établir son pouvoir sacerdotal alors discuté. C'est au milieu de ces luttes que de prétendus réformateurs qui n'étaient que des despotes ambitieux surgissaient, prétendant gouverner pour améliorer une situation qu'ils ne faisaient qu'empirer.
Les hommes allaient secouer le joug moral de la Femme, si doux cependant à porter ; ils voulaient marcher sans elle, croire qu'elle n'existait plus, la faire disparaître du monde !... Vains efforts, elle était là, toujours là, comme une Providence cachée cherchant sans cesse à réparer le mal, à remettre partout la vérité, l'ordre et la paix.
Mais les hommes voulaient un maître au lieu d'une maîtresse, des Dieux au lieu des Déesses. Ils eurent des Papes et des Césars.

Alors, repentis, ils les tuèrent. Mais c'en était fait : l'Eglise, et le Césarisme étaient fondés, ils devaient durer et briser la vie humaine.

LA MYTHOLOGIE
Le Prêtre, de cette première révolte religieuse, allait donc créer un système nouveau d'enseignement fait d'allégories, de paraboles, de symboles, de métaphores. Il allait créer des images, des comparaisons qui signifient autre chose que ce qu'elles expriment.
Le feu fut mis pour l'esprit et pour l'amour, l'eau pour l'ignorance et l'erreur, le ciel pour le bonheur, etc., etc.
Tout cela devint le vaste système qu'on appela la Mythologie.
C'est un tissu d'imagination bizarre, un amas confus de faits destinés à cacher, en les embrouillant, les vérités de l'époque antérieure. Comme tout ce qui est fait par l'homme dans un but de justification, il y règne le plus grand désordre, on n'y trouve aucune chronologie, souvent le même fait est présenté sous différents noms. Dans son ensemble, c'est un assemblage de contes misérables, presque toujours destitué de vraisemblance et digne de mépris. C'est ainsi que les anciennes croyances se perdirent dans les fables du polythéisme.
Cependant on sait que sous le voile de l'allégorie quelque chose est caché. Ainsi il faut connaître la science primitive pour comprendre le symbole représentant un aigle à tête d'homme ou armé d'une faulx. Pour comprendre aussi le symbole représentant une femme avec un croissant ou une tour sur la tête.
La Religion qui avait élevé les hommes, purifié les cœurs, nourri les intelligences, ne servit plus qu'à donner à ses ministres une arme de despotisme, une occasion de mensonge.
Ce sont les premiers pontifes de la Religion, ainsi transformée, qui prirent le nom de « Hermès », mot qui signifie « cacher ». Le Prêtre cacha, c'est-à-dire voila ce que la Prêtresse avait dévoilé. Il revoila, et c'est de ce mot que, par antithèse, on fit révéler. Les Hermès cachèrent la vérité sous des paraboles et des allégories : c'est ce qu'on appela la « Fable ».
Mais cette histoire faite par l'homme ne fut jamais considérée comme la réalité.
La Mythologie fit de la Fable elle-même une divinité allégorique, fille du sommeil et de la nuit. On dit qu'elle épousa le mensonge et qu'elle s'occupait continuellement à contrefaire l'histoire. On la représente avec un masque sur le visage et magnifiquement habillée.
En même temps, on représentait la Fraude avec une tête d'homme à physionomie agréable, et avec un corps de serpent et la queue d'un scorpion.
On fit de tout cela une science : l'Homologie, qui est l'art de représenter les êtres de raison par des emblèmes, ou par des figures allégoriques. Cette science s'étend à l'explication des images et des monuments antiques.
Les Prêtres ne veulent plus entendre parler des lois de la Nature que les Femmes ne cessent d'invoquer.
Ils déclarent que la Nature, c'est le rêve. Maya, qui la représente, qui l'explique, va devenir le symbole de l'illusion. Ce qui est naturel est déjà condamné, le surnaturel va apparaître.
Le Prêtre va expliquer la Nature par différents systèmes :
- Le système astronomique qui mettait tout dans le ciel ;
- Le système psychique qui mettait l'âme hors du corps et la faisait agir immatériellement ;
- Le système anthropologique qui mettait le féminin dans le masculin, confondant les deux sexes.
Et tout cela fut entouré de mystères parce que ces dogmes nouveaux soulevaient des protestations.
Deux partis étaient en lutte : des philogones et les antigones, c'est-à-dire les féministes et les antiféministes.
Les Hiérophantes (prêtres) faisaient du phallicisme une science secrète qui leur appartenait exclusivement.
C'est cette science qui était le fruit de leurs études et sanctionnait leurs erreurs.
Quant à l'antique science théogonique, elle était si adroitement et si audacieusement dénaturée qu'il fallut la cacher pour en sauver les principes. Son idéal était trop haut pour ces hommes. Du reste, peu nombreux étaient ceux qui en découvraient la signification.
La plupart n'arrivaient pas à comprendre la nature de la Femme, si différente de la leur ; ils ne savaient pas démêler le féminin du masculin et, mêlant le tout, ils en faisaient une dangereuse Anthropogonie.
Les mystères cosmogoniques des Prêtres ne furent qu'une série d'absurdités et n'ont été inventés que pour voiler la science primitive, surtout les mystères de la vie sexuelle et les luttes de sexes qui faisaient le fond de l'enseignement des Déesses. Dans la Cosmologie masculine, l'homme devint l'Ether ou le Soleil, la Femme fut la Lune.
La science réelle, devenue occulte il est vrai, a survécu ; elle est éternelle, et les cosmogonies des Prêtres ont sombré dans le ridicule.
Aussi il ne faut pas prendre les superstitions de cette cosmolâtrie pour les origines des religions, mais pour le point de départ de leur décadence.
Quand le Prêtre, d'abord serviteur du Temple, voulut intervenir dans l'enseignement pour le dévier de la voie droite, pour contredire, opposer des doutes outrageants, des négations audacieuses, il fut mis hors du Temple parce qu'il profanait les choses saintes. Alors il se vengea en conspirant, mot qui fut composé de cum, préfixe, et spirare, souffler (souffler la discorde, l'erreur, dicter l'opinion contre la Vérité).
Le Prêtre fut le destructeur de la Religion, puisque c'est lui qui vint rompre le lien qui unissait l'homme à la femme.
Et ceci nous explique pourquoi on nous parle si souvent de la vengeance divine. Il ne s'agit pas de l'intervention capricieuse de dieux offensés, il s'agit de la violation des droits naturels de la Femme Divine, des outrages faits au sexe féminin.
Combien cette histoire est claire quand on l'explique en termes clairs, en termes propres, combien elle est obscure si on change la signification des mots, si on change le sexe des personnages en cause... 
Quand on vous parle de la Femme Divine qui est offensée, vous comprenez très bien, mais si le Prêtre met le mot Dieu à la place de Déesse et vous parle d'un Dieu offensé, vous ne comprenez plus rien.
Dans la lutte des Déesses contre l'orgueil de l'homme les prêtres sont comparés aux corbeaux, on les appelle ironiquement Hiérocoraces, c'est-à-dire corbeaux sacrés. C'est ainsi que sont appelés les ministres du culte de Mithra.
Ils se justifieront en disant que c'est à cause de la couleur de leurs habits. Non, c'est parce que l'erreur et l'ignorance sont représentées par la couleur noire. Chez les Grecs, le prêtre est appelé Iereus (de Ureus, serpent).
Augure, le nom des prêtres romains, vient d'une racine qui signifie vautour (geier en celtique, agur en hébreu, guira en garamis).
Les emblèmes des fleuves qui versent de l'eau, des jarres qui déversent, symbolisent de mille façons le Prêtre qui cache.
Les Pontifes des Mongols s'appellent Lama, mot qui signifie Mer dans la langue de ce peuple.
Pontifex vient du Celte (de Pond, mer).
Enfin, les Prêtres n'ont jamais été que des sous-prophètes, des Hypophètes (interprètes-messagers), ceux qui annoncent au peuple la parole des vrais prophètes.
Quand au lieu d'être des interprètes ils veulent parler par eux-mêmes, ils imitent la Divinité intuitive (pour connaître la volonté des dieux, disent-ils) et du Divin féminin font le Devin masculin.
Les eubages sont des prêtres divinateurs, des devins, ceux qui devinent pour imiter la Divine, « celle qui sait ».
Si bien que la mystique des femmes devient la mystification des hommes.
Le nom des Prêtres, en latin calx, vient du sanscrit Kalki qui signifie ruade de cheval (le coup de pied de l'âne).
En espagnol, on dira coz. Cela signifie reflux chez les Celtes.
En celtique, nous trouvons Schalk que les Prêtres feront signifier Divin et que les poèmes homériques écrivent Calchas.
Le cheval qui rue est aussi appelé Nizeien, Comme nous l'apprend Hérodote.

On sait que l'Inde a prédit que Vishnou, l'Esprit féminin, reviendra sur Kalki, le cheval blanc, comme dernier Avatar, au milieu du feu de l'Esprit, pour rétablir la connaissance.

LA LOI MORALE ÉCRITE
Nous sommes au seuil de l'histoire, non pas de l'histoire connue, mais au contraire de celle qu'on nous a cachée... 
Dans cette période qui commence, ce ne sont plus les mythes que nous allons consulter, ce sont des documents historiques. On va écrire des Livres, des œuvres géniales, : le Sèpher, l'Avesta, les Védas, les Poèmes Homériques. Nous allons pouvoir donner des dates, sinon fixes, du moins approximatives.
À la suite des nombreuses révoltes contre le pouvoir gynécocratique qui parsèment l'histoire antique et engendrent d'immenses désordres, et pour en éviter le retour, on va formuler la Loi Morale et l'imposer comme base de la vie sociale. 
Cette époque a une importance considérable dans l'histoire. La création, c'est-à-dire l'organisation sociale des premiers temps, menacée, attaquée, détruite par des agitateurs inconscients, va renaître, c'est une re-création que nous allons voir se produire ; elle déterminera une réconciliation, un repos, une vie nouvelle : de là, le mot récréation.
Les Livres que nous allons voir apparaître nous rendront les idées que la tradition orale propageait, celles qui avaient surgi dans l'esprit de la Dêvâ, au sein de la vie calme et contemplative des premiers jours, lorsque, émerveillée des splendeurs de la Nature, elle en avait chanté les lois, elle avait exhalé son âme dans des hymnes qui furent les premiers vagissements de l'esprit humain, et le jeune homme lui avait répondu par son premier chant d'amour. Les chants de la Déesse avaient été l'expression de sa pensée spontanée, primitive, simple, féminine, la libre expansion de son esprit, dans cette vie pure, sans guides qui entravent, sans parents qui réprimandent, sans antécédents qui intimident, sans atavisme qui trouble.
La jeune Femme qui avait ainsi chanté n'avait pas écrit ses hymnes ; Elle les récitait et les transmettait par la parole. Ainsi s'était créée la tradition orale, la plus sûre, celle qui se grave le mieux dans le cerveau, celle que nulle altération ne peut atteindre, cette espèce de photographie de la pensée des ancêtres laissée dans les cellules cérébrales de la descendance qui en garde fidèlement le secret, procédé immuable, indestructible comme le cerveau humain, sans cesse reproduit dans sa forme et ses fonctions, procédé qui rectifie les erreurs écrites, et c'est ce qui fait que, quoi que fasse l'homme pour altérer le fond de vérités primitives, elles reparaissent toujours, et toujours nous rendent des vérités simples, qui se mettent en contradiction avec les erreurs régnantes. C'est par la tradition orale que se sont perpétuées les idées, malgré la destruction des Livres qui, plus tard, en contenaient le dépôt. Et c'est par l'intuition des Femmes de toutes les époques que les vérités primitives nous sont rendues ; c'est par elles seulement que l'antiquité se dévoile au philologue dans toute sa beauté et dans toute sa vérité. Ce sont leurs aperceptions si lucides qui faisaient prévoir l'avenir, non parce qu'un Dieu surnaturel le révélait (ce sont elles qui sont les Déesses), mais parce que l'évolution humaine devait répondre à un enchaînement logique de faits que ces primitives inspirées apercevaient très clairement. 
Les Livres qui vont surgir vont expliquer l'Univers et ses lois, la création de l'homme et son évolution, la différence des sexes et sa cause, puis, entrant dans l'histoire, ils vont raconter les premières luttes de l'humanité.
« Les Muses, dit Hésiode, chantent les lois de la Nature ». Mais elles chantent aussi le triomphe de Zeus (l'esprit) sur les Titans (l'homme fort), et c'est cette partie de leurs chants qui va allumer de nouvelles colères, provoquer de nouvelles luttes. Aussi, quand, plus tard, le Prêtre triomphera, il changera tout cela, rectifiera toute cette histoire primitive et refera le récit de ces temps lointains dans des Mythologies grossières (officiellement enseignées), qui portent la marque de son esprit obscurci et des idées régnantes de son temps.

Prenons comme exemple la Grèce, qui, dans ces récits classiques, nous rend les Muses. Ces primitives inspirées deviennent les filles de Mnémosyne (la mémoire). Elles ne sont plus des créatrices, Elles transmettent des idées acquises. Elles sont neuf parce que sur certain monument on trouve neuf Femmes, les neuf Déesses qui écrivirent les neuf grands Livres sacrés. Mais ceux qui rappellent leur histoire à l'époque de la décadence de la religion grecque leur donnent, comme attributs, les préoccupations de leur temps, le théâtre, les formes alors régnantes de la littérature. Mais les Muses sont antérieures à Hésiode qui chante leurs louanges et le théâtre ne vient qu'après lui. Il y a donc à rectifier tout cela, en même temps qu'il y a à dénoncer le système de ces singuliers historiens.
Les Muses sont représentées sur un sarcophage du Louvre, dans des attitudes qui indiquent, pour quelques-unes, d'autres attributs que ceux qui sont classiques. On y voit :
-CLIO, qui lit un manuscrit (on en fait la personnification de l'histoire et cela peut être).
-THALIE, qui tient un masque et un bâton de Pasteur. Le bâton représente l'autorité morale, le masque la nécessité de se cacher pour éviter les persécutions. On en fait la comédie et la poésie pastorale. C'est bien si l'on entend par là la comédie sociale, celle qui se joue dans le monde, non sur la scène.
-ERATO n'a pas d'attributs, alors on en fait la Muse de la poésie erotique. Pourquoi ?
-EUTERPE tient une flûte ; on en fait la Muse de la poésie lyrique, alors que c'est évidemment de la musique qu'il s'agit.
-POLYMNIE a une attitude méditative ; elle s'appuie sur un rocher, le menton posé sur son bras nu (on en a fait la Muse des Hymnes).
-CALLIOPE tient un style et des tablettes : c'est l'écriture. On en fait la poésie lyrique.
-TERPSYCHORE tient une lyre et un plectrum, elle est ceinte de lauriers, elle chante la victoire. On en fait la Muse des chœurs, quelquefois de la danse.
-URANIE, armée d'une baguette, suit sur un globe la course des astres. C'est l'astronomie.
-MELPÔMÈNE, chaussée de cothurnes, vêtue d'une longue robe, médite comme Polymnie. On en fait la Muse de la Tragédie, alors que c'est bien plutôt la royauté, l'autorité morale qu'elle représente.
Donc, on donne à toutes les Muses des attributs qui représentent l'état intellectuel de la Grèce du VIème au IVème siècle. Voilà une date et une lumière.
Que cela nous serve de clef pour comprendre ce que nous allons avoir à dire des Livres écrits dans les divers pays et de leurs auteurs.
On ne pourrait trop prémunir le lecteur contre l'enseignement classique qui ne nous donne jamais que la dernière forme des ouvrages antiques, celle qui a été la plus défigurée par les altérations successives.

LA RÉVÉLATION
Toutes les traditions nous disent que les Livres sacrés ont été écrits « du doigt de Dieu ». Donc, Dieu écrivait avant l'homme, mais « Dieu », c'est la Déesse d'abord ; c'est donc à la Femme primitive qu'il faut faire remonter la composition des premiers poèmes qui expliquaient la Nature.
Diodore de Sicile dit : « Les Muses ont reçu le don de l'invention des lettres ».
Chaque peuple a vu dans ses Écritures Sacrées le rayonnement de la pensée divine. Par la Femme Déesse, la Vérité se répandit sur la Terre. L'Ecriture Divine, c'est l'Ecriture féminine.
C'est par le voile jeté sur toutes les manifestations de l'Esprit féminin qu'on a obscurci l'intelligence des religions.
Comment comprendre ce que fut la « Révélation » (1), si on nie ou méconnaît le révélateur ?
Les sectateurs de toutes les religions sont convaincus que la leur est absolue et remonte à la jeunesse de l'humanité ; ils n'y mêlent pas l'idée d'évolution, de tâtonnement, de perfectionnement. C'est la « Vérité » simple et entière, dite « une fois ». Et ils accordent une confiance absolue à la parole qu'a manifestée « l'Esprit féminin », exempt d'erreurs ; donc, celui qui y croit est exempt de doute.
C'est du cœur de l'homme qu'est sorti le sentiment religieux, et c'est de l'Esprit de la Femme que sont sorties les Écritures sacrées, comme en sont sorties toutes les institutions primitives.
La Femme, c'est la « réalité suprême », l'être ignoré, mais certain, compris seulement par les hommes d'un esprit élevé, pressenti par le vulgaire, nié par les sceptiques qui sont des inférieurs, outragé par les fous.
Nous possédons aujourd'hui les « Livres » de toutes les religions (tout au moins, ce qu'il en reste) ; nous connaissons la loi morale formulée par les Femmes des diverses nations, mais non écrite d'abord.
Et si nous cherchons à nous rendre compte de la forme de la littérature orale du monde primitif, qui s'interpose entre la création de la langue et l'origine des livres écrits, nous reconnaissons qu'il y règne une simplicité grandiose, en même temps qu'une science surprenante. Le mythe est l'histoire des temps antérieurs à l'écriture, celle que la tradition orale a roulée à travers les âges.
« On peut dire que la littérature non écrite de chaque race est ce qu'elle a produit de plus parfait ; les compositions réfléchies et littéraires (postérieures) n'égalent jamais les éclosions littéraires spontanées et anonymes ». (Renan, Le peuple d'Israël, livre I, page 305).
Les religions nous parlent toutes de la « première Révélation ». Cette affirmation a été l'origine d'interminables discussions, qui durent encore, et ne pourront cesser que lorsque l'histoire de l'évolution de l'idée divine sera connue et bien comprise.
Comment, en effet, comprendre la Révélation, cette parole de vérité donnée par « une voix » à l'homme, si l'on confond la divinité toujours humaine et vivante au milieu des hommes, à l'origine des sociétés, avec le Dieu moderne fondu dans le Principe cosmique qui règne dans l'Univers et n'a jamais parlé à qui que ce soit ?
Pour discuter la possibilité de la Révélation, il faut d'abord connaître la personne divine qui donna aux hommes cet enseignement primitif des lois de la Nature ; il faut ensuite savoir en quoi consistait cet enseignement. Quand ces deux questions seront bien comprises, on verra qu'il n'y avait rien de contraire à l'ordre général de la Nature dans la Révélation à laquelle croyaient les anciens, qu'il n'y avait, au contraire, que l'expression d'une loi psychique : la Pensée féminine communiquée à l'homme.
A la Femme revient l'honneur d'avoir formé nos idées primitives, nos croyances fondamentales. Révélatrice des lois de la Nature dont la connaissance s'imposa à son esprit, Elle fut, par cela même, la fondatrice de la première science humaine, base de la Religion naturelle, première, unique et éternelle, car rien ne l'a remplacée.
La Révélation primitive est la parole de la Femme donnée à l'homme. La Vérité révélée par Elle est la lumière qui éclaire, élève, vivifie, qui crée le sentiment religieux ; c'est le splendide soleil qui illumine le désert de la vie masculine, car l'esprit de l'homme n'a pas d'initiative, c'est une terre fertilisable, mais sur laquelle pèsent d'éternelles ténèbres s'il est laissé à lui-même. Si cette terre est fécondée par l'Esprit féminin, elle peut voir germer une magnifique moisson de sublimes pensées, de sentiments profonds, de louables actions, mais l'homme laissé à sa solitude est néant.
Lamennais, de Bonald, Eckstein, Frédéric de Schlegel, la plupart de ceux qui ont écrit sur la Religion, affirment la nécessité d'une révélation primitive, parce qu'ils trouvent que ce n'est pas dans l'homme qu'est la lumière, et ils la cherchent en dehors du monde ; ils créent un Dieu qu'ils mettent au-dessus d'eux pour avoir un Être à qui ils puissent rendre hommage sans s'humilier, car ces religieux sont de grands orgueilleux, un Être qu'ils font mâle pour ne pas avouer que c'est la Femme qui mérite le culte et les hommages qu'on lui rend, que c'est Elle qui s'éleva si haut au-dessus de l'homme. Et une fois enfoncés dans ce système, ils ne peuvent plus en sortir. Comment définir cette révélation divine ? comment l'expliquer ? C'est alors que naissent les discussions, les chicanes d'hommes à hommes ; les uns l'affirment dans son expression la plus ridicule, la plus grossière, les autres la nient, d'autres l'expliquent, mais pas un ne signale la cause du malentendu : l'orgueil de l'homme.
Toutes ces luttes, toutes ces chicanes, toutes ces injures qui ont rempli la vie des théologiens et des savants, sont la juste punition que se sont infligée à eux-mêmes ceux qui n'ont pas voulu reconnaître le vrai rôle de la Femme, la grandeur de son inspiration, et lui ont refusé ce premier hommage que la Religion naturelle impose : la Foi.
La foi, c'est la confiance dans le décret de l'Esprit féminin ; la mauvaise foi, c'est l'affirmation du décret opposé à cet Esprit.
Pas de vie sociale et morale sans la foi en la parole de Vérité !
La révélation ne fut pas une clarté brève, passagère ; ce fut la lumière de toute la jeunesse humaine, qui l'illumina pendant toute sa vie, qui donna un sens à ses actes, une direction à ses pensées. L'amour fut, pour l'homme jeune, l'initiation à la connaissance de l'Univers et de ses lois, « son union sublime avec la sublime essence ».
La Vérité ainsi dévoilée reste intacte tant que règne la divinité féminine, mais, lorsque arrive la persécution et la dispersion des féministes, l'enseignement ne peut plus être donné. Alors, chaque tribu, chaque famille, chaque femme emporte avec elle la Vérité proscrite. Et alors, sous des influences diverses, ces vérités ne tardent pas à s'altérer. Cependant, malgré les travestissements plus ou moins grotesques de cette primitive révélation, on la retrouve chez tous les peuples, même chez les plus sauvages ; les dogmes primitifs ont partout laissé leur empreinte. Et leur altération a fait naître dans tous les pays l'espoir d'une renaissance scientifique, la venue d'une nouvelle Dêvâ libérant le genre humain de ses erreurs...
(1) Le mot révélation, bien qu'impropre ici, est utilisé parce que c'est le mot consacré par les religions, mais ce mot a une signification contraire à celle qu'on suppose. En effet, il veut dire re-voiler et n'a été employé que par les Hermès (voir article sur l'Égypte)  qui ont caché la science, qui l'ont voilée, puis re-voilée sous de nouveaux symboles, et c'est alors qu'ils l'ont imposée au peuple. Le mot propre, que nous devrions employer, est dévoiler, ainsi que le font les Théosophes qui disent « la Science dévoilée », « Isis dévoilée », mais alors le public habitué aux luttes théologiques ne nous comprendrait plus.

RÉACTION : LA RÉVÉLATION SUIVANT BÉROSE (1)
Le prêtre Bérose, en voulant expliquer les Origines, c'est-à-dire les conceptions de l'Esprit féminin, qu'il ne comprenait pas, leur donna une forme absurde. De ce qui était expliqué naturellement, il fit un surnaturel fantastique. Du reste, il fait de la Femme une sorte de monstre, pendant qu'il met sur le trône de la Divinité Bel, le Dieu de la guerre. C'est dire que cette histoire fut écrite pendant les luttes de sexes, en pleine décadence de la religion primitive, et par un prêtre qui cherchait surtout à flatter Alexandre qui voulait renverser le vieux monde. Nous ne reproduirons pas sa version de la Genèse ; elle est grotesque, mais voici, comme document curieux, ce qu'il dit de la Révélation primitive. Pour en comprendre le sens, il faut savoir que c'est la Femme qui est cette révélatrice dont il va parler :
« Dans la première année du monde apparut, sortant de la mer Erythrée, un animal doué de raison, qu'on appelle Oannès ; ce monstre avait tout le corps d'un poisson, une seconde tête qui était celle d'un homme, des pieds d'homme sortant de sa queue, et une parole humaine. L'animal en question passait toute la journée au milieu des hommes, sans prendre aucune nourriture, leur enseignait les lettres, les sciences et les principes de tous les arts, les règles de la fondation des villes, de la construction des temples, de la mesure et de la délimitation des terres, les semailles, les moissons, enfin l'ensemble de ce qui adoucit les mœurs et constitue la civilisation, de telle façon que, depuis lors, personne n'a plus rien inventé de nouveau. Puis, au coucher du soleil, ce monstrueux Oannès rentrait dans la mer et passait la nuit au milieu de l'immensité des flots, car il était amphibie. Par la suite, il parut encore d'autres animaux semblables (2).
« Oannès écrivit sur l'origine des choses et les règles de la civilisation un livre qu'il remit aux hommes ».
Oannès devint le terrible Aun, puis Ana, puis Anne, nom qui reste comme étant celui de la Mère primitive.
Bérose donne une énumération des rois antérieurs au déluge tout aussi fantaisiste ; ce qui le prouve, c'est la durée de leur règne. Il y en a un, Alorus, qui règne 36.000 ans.
(M. Oppert a montré que ces chiffres ne signifient pas ce qu'on leur attribue.)
Si nous mentionnons cette énumération, c'est parce que sous un de ces rois apparaît un second Oannès, une seconde Femme monstre, c'est-à-dire expliquant les Lois de la nature. C'est sous le roi Amménon de Pantibilla. Sous le règne de son successeur Davonus, on vit encore sur la terre quatre êtres de ce genre, le genre monstre, la Femme-Esprit.
Sous le monarque suivant, Edoranchus, en apparaît encore un. Tous ces Êtres, dit Apollodore qui reproduit les fragments de Bérose, exposèrent en détail et chapitre à chapitre les choses qu'Oannès avait révélées sommairement. Il y eut donc six manifestations, ou Théophanies, de l'Esprit féminin.
Des noms leur ont été donnés par deux auteurs ; l'un est Apollodore, l'autre Abydène. Apollodore a appelé les sept premières révélatrices :
Annédota 1ère, 2ème, etc.. et la septième Odakos (3)
Abydène les appelle :
1. Oannès.
2. (Point de nom spécial).
3. Eudokos.
4. Eneuganos.
5. Eneuboulos.
6. Anementos.
7. Anodaphos.
Le déluge a été représenté par « la descente d'Istar aux Enfers », c'est-à-dire dans le monde de la douleur.
Les eaux du déluge symbolisent l'Enfer sous une autre forme. C'est pour cela qu'on fait de la Déesse un être amphibie, passant la moitié de sa vie dans l'Enfer, ou dans l'eau, et l'autre moitié sur la Terre.
Le déluge tient une grande place dans les traditions phéniciennes. Un déluge, c'est, dans le symbolisme, une persécution, parce que l'eau (symbole de l'ignorance) éteint le feu de l'esprit.
Ce sont les prêtres de Bal qui ont déchaîné le déluge phénicien, c'est-à-dire la grande persécution contre la science de la Déesse.
C'est pendant cette époque que Dercéto est ridiculisée sous le nom d'Astaroth, que l'on trouve à chaque instant dans la Bible, car l'histoire des Phéniciens et celle des Hébreux sont souvent mêlées.
Les Phéniciens parlaient la même langue que les Sémites et, comme eux, vivaient sous un gouvernement gynécocratique.
C'est à cause de la couleur phénicienne appelée ponceau, que la pourpre a été l'emblème de la souveraineté féminine. Un oiseau rouge, le Phénix, du nom même des Phéniciens, était l'emblème du parti gynécocratique (4). En même temps, la Yoni prenait la forme de la fleur de violette et était consacrée à Junon.
« Les Phéniciens, adorateurs de la faculté féminine, dit Fabre d'Olivet, étaient appelés les rouges, par opposition aux sectateurs masculins qui étaient les blancs, tels les Argiens, les Albains ».
C'est à la faveur de ces noms traduits dans diverses langues, dans les temps anciens, qu'on peut se rendre compte de la lutte des féministes et des masculinistes dans les diverses contrées de l'Asie et de l'Europe. Les Phéniciens furent, plus tard, divisés en un grand nombre de sectes.
Ils sont souvent appelés Philistins ou Pharusiens, nom d'une de leurs sectes.
Tous ces noms sont utiles à connaître pour se faire une idée exacte des luttes qui remplissent toute l'antiquité et qui n'ont jamais d'autre motif que le déplacement de la Femme par l'homme qui usurpe son trône et ses fonctions.
(1) F. Lenormand, Essai de Commentaires des Fragments de Bérose.
(2) M. Leblois fait remarquer que le terme que Lenormand traduit par animal signifie proprement être vivant.
(3) La racine Ana, en grec, vient du phénicien et signifie origine, ce qui vient du temps éloigné et s'est étendu (la Mère).
Anagnostès (de ana et gnômai) voulait dire connaître. Anagogia, Anagogikès (d'ana, préfixe, et agein, conduire) indiquait le gouvernement féminin, la gynécocratie.
Anagramma était celle qui, la première, a écrit (de ana et gramma, lettre).
Du nom de la première révélatrice Annédota, on a fait le mot Anekdotos (histoire non écrite) (an, privatif, et ek, de, didomi, donner).
Plus tard, de ces apparitions de femmes qui venaient donner la parole de vie, sont venus les mots date, data, pluriel neutre de datus, participe passé passif de dare (choses données à époques fixées).
Les choses données étaient l'Histoire sacrée, Hiéros (sacré). De ces deux mots réunis, Hièra data, choses sacrées données, l'on fit par la suite un nom, Hérodote.
(4) On a vainement cherché le mollusque appelé Murex qui, disait-on, produisait la pourpre de Phénicie. C'est qu'on avait fait une légende, confondant l'emblème moral avec le produit de teinture qui aurait été spécial au pays. 

LES GRANDS LIVRES SACRÉS DE L'ANTIQUITÉ ÉCRITS PAR DES FEMMES
Les Livres sacrés sont les grands monuments scientifiques et historiques de l'antiquité.
Les hommes qui ont écrit l'histoire des religions ont toujours fait remonter les connaissances primitives à une puissance surhumaine, c'est-à-dire au-dessus de leur nature masculine.
Cette puissance révélatrice que les théologiens, plus tard, attribueront à la parole d'un Dieu mystérieux, c'est l'Esprit féminin incarné dans les Grandes Déesses qui ont érigé le monument grandiose de la pensée divine qu'on appelle la science primitive.
Par la Déesse, la Vérité brilla et se répandit sur la terre ; longtemps vivante, longtemps féconde, elle déposa dans le cœur et dans l'esprit des générations successives les connaissances qui furent l'origine de toutes les grandeurs de l'humanité.
La pensée primitive de la Grande Déesse atteignit une splendeur incomparable ; elle sonda les mystères de l'Univers, de la vie, des évolutions, et celui, si important, des sexes.
Ce qui prouve la féminité des antiques révélations, c'est que la science des premiers temps n'est pas analytique comme celle des savants modernes, elle est synthétique comme celle qui émane de l'Esprit féminin ; elle établit des lois, donne des idées générales trouvées par l'intuition (qui est la faculté divine) et les formule avec la précision et l'audace de la certitude.
Les procédés de l'Esprit féminin sont si différents de ceux de l'esprit masculin que les hommes n'ont pu expliquer la science primitive qu'en y introduisant le surnaturel.

LES SIBYLLES
Qui donc écrivait cette science sacrée que l'on devait cacher si soigneusement ?
C'était une catégorie de Prêtresses connues depuis sous le nom générique de Sibylles.
D'où vient ce nom ? Qui étaient-elles ?
Ici, nous citons de Grave ; il dit (Rép. Ch. Ely.t. III, p. 104) :
« Le Dr Hyde fait remarquer que le signe de la Vierge aux épis, dans le Zodiaque, est nommé par les Arabes et les Perses Sumbul ou Sumbula, et que ce nom veut dire spica (épi). Il ajoute que les Chaldéens et les Egyptiens appellent également le signe de la Vierge sibulla (épi). Il conclut de là que l'histoire de Sibylles est une pure fable. » A quoi de Grave répond : « Il n'y a pas de difficulté à reconnaître que la Vierge céleste a porté le nom de Sibylle, non seulement en Orient, mais ailleurs.
« D'ailleurs, l'histoire de ces filles fatidiques est trop avérée pour être révoquée en doute. Les écrivains de toutes les croyances l'ont reconnue, et ont regardé les prophéties des Sibylles comme des oracles divins ; c'est dans le don de divination de ces Vierges sacrées qu'on trouve leur analogie avec la Vierge céleste.
« Les Prêtresses, chargées de faire des offrandes (dans les Mystères où elles sont trésorières, hospitalières), les accompagnaient d'hymnes à la gloire de la Déesse et de leçons de morale. Pour inspirer l'horreur du vice et l'amour de la vertu, on mêlait dans ces cantiques le récit de grandes catastrophes arrivées au genre humain en punition de ses crimes ; on représentait le déluge comme un châtiment céleste et on l'appelait sond-vlœt, déluge du péché (en allemand sund-fluth).
« On ne se bornait pas au présent et au passé ; les Sibylles, agitées par un esprit d'inspiration, rendaient des oracles, prédisaient l'avenir, menaçaient les méchants des plus grands malheurs et annonçaient la destruction future du monde par le feu et les flammes, destruction suivie d'un jugement universel dans lequel les Déesses déployaient toute la sévérité de leur justice.
« Tous ces faits, et d'autres relatifs à la célébration des fêtes et des sacrifices propitiatoires, ont été recueillis dans les Livres sibyllins, qui sont devenus les rituels des sociétés secrètes.
« Personne n'ignore la haute réputation dont ces livres ont joui ; les Romains les respectaient au point qu'ils établirent exprès des collèges de prêtres pour les garder et pour y avoir recours dans le cas de calamité. »

Les grandes femmes qui avaient écrit les Livres sacrés étaient considérées comme les hypostases ou incarnations divines (C'est de cela qu'on a fait les incarnations de Vishnou) ; Elles étaient douées du « Verbe Divin », le Logos (la raison divine manifestée par le discours).
De la « Hadad » des Phéniciens, on avait fait « Hagios ». qui veut dire saint et, en y ajoutant « logos » (legein), on fit Hagio-logie, expression de la raison pure. Ces femmes étaient considérées comme ayant la divina notio (notion divine), d'où le mot « divination », qui change de signification quand leurs facultés intuitives deviennent, pour les hommes, un état merveilleux qui dépasse les limites de leur propre mentalité.
La science des grandes Déesses était enseignée par les Sibylles, qui y ajoutaient leurs commentaires.
« La Sibylle prophétisait par une vertu qui lui était propre, et l'oracle s'exhalait du sein de la Pythie comme l'odeur s'échappe de la plante » dit M. Baissac. Mais, pour comprendre ceci, il faut savoir que le mot « pharaï » (parler), dont on fait prophète (celui qui parle), a la même signification que le mot logos. Ce sont les discours et les sentences des Sibylles qui sont désignés par le mot logos.
Ce sont elles qui représentent la raison et l'intelligence, elles qui chantent la Nature dont elles expliquent les phénomènes.
Ce sont elles aussi qui, dans les moments de luttes et de désordre, osèrent élever la voix pour raconter les méfaits des hommes, flétrir leurs vices et leur despotisme, combattre leurs erreurs et réclamer la justice.
On les considérait comme de grandes inspirées parce qu'elles parlaient suivant l'inspiration de leur intuition féminine. C'étaient de vraies femmes, des femmes fortes ne craignant ni la raillerie, ni la colère des hommes. Elles avaient une grande autorité dans le monde grec ; leurs prédications étaient écoutées avec le plus grand respect, leurs livres considérés comme sacrés.
La plupart des noms de ces grandes femmes ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Les unes ont été tout à fait livrées à l'oubli, d'autres nous sont présentées sous une forme allégorique, beaucoup ont été masculinisées quand les historiens ont écrit l'histoire pour glorifier leur sexe.
Parmi les noms qui couvrent des symboles (lesquels avaient eux-mêmes couvert d'anciennes femmes), Fabre d'Olivet cite le poète Linus, qu'on regardait comme l'auteur de tous les chants mélancoliques du monde ancien, et qui n'est autre chose que la poésie lunaire (quand la lune devient le symbole de la Femme), détachée de la doctrine d'Œtolinos. Après cela, on comprend l'histoire qui nous raconte que Linus est tué par Hercule.
Le poète Amphion, dont les chants étaient puissants, dit Fabre d'Olivet, n'est autre chose que la poésie orthodoxe solaire (quand le soleil représente encore l'esprit féminin). Le nom d'Amphion signifie la croix orthodoxe ou nationale de la Grèce, (du phénicien am, une nation Mère, une métropole, une bouche, une voix, et yon, un des noms de la Grèce, l'Ionie ; de Yoni, emblème féminin). C'est de là que les Grecs ont tiré « une voix mère », c'est-à-dire légale, sur laquelle tout doit se régler (la voix de la Mère).
Thamyris est aussi un nom symbolique ; il signifie « la lumière jumelle des Dieux », du phénicien tham, jumelle, aur, lumière, et ish, être.
Fabricius porte à 70 le nombre des poètes allégoriques qui ont précédé Homère.
Nous avons tout lieu de croire que ces noms, devenus des allégories, représentaient les premières Sibylles.
Les oracles, paroles divines, furent donc, au début, spécialement féminins ; mais les hommes plus tard voulurent les imiter. Ils commencèrent d'abord par se faire l'écho des paroles sibyllines, le porte-parole de la Femme.
Le législateur de Sparte puise sa force, dit-on, dans la parole d'une Sibylle ; celui de Rome est inspiré par la nymphe Egérie.
C'est du nom de Sumbula qu'on a fait le mot Shibolla qu'on trouve dans les sociétés secrètes, et c'est ce nom qui, réduit à une seule personnalité, est devenu Cybèle, que l'on confond avec Cérès.
Et Darcy dit dans son Dictionnaire flamand : « Cy-bèle était une Déesse celte (Bêle, fée, Déesse). »
Et Cailleux ajoute : « Cy-bèle était souvent appelée Jung-Wife, jeune fille, mot qui dégénéra en Geneviève. »
Grégoire de Tours nous dira que c'est Bérécinthe qui est Cybèle et qu'elle est la Déesse matronale adorée dans la Gaule.

Si nous supprimons la Femme et son influence des sociétés antiques, nous supprimons tout ce qu'elles avaient d'intellectuel, nous supprimons surtout la hardiesse de l'initiative des choses de l'Esprit, car c'est timidement que l'homme s'en mêle ; il se méfie de lui, il n'ose pas d'abord. L'audace lui viendra avec l'inconscience de ses actes.
Les prêtres catholiques, pour donner plus de force à leurs affirmations, firent prédire leur doctrine et la légende de leur fondateur par les Sibylles de l'antiquité. Dans un livre intitulé Chronologie Collée, on nous représente les portraits de douze Sibylles tirés de médailles antiques, avec l'abrégé des prédictions qu'on met dans leur bouche pour donner de l'autorité à ce qu'avançaient les hommes. Et le même ouvrage, publié en 1622, ajoute : « Les Sibylles qui n'ont pas prophétisé sur le Messie sont :
Colophonie, nommée Lampusia.
Cassandra, fille de Priam.
Epirotique, fille de Thesprotie.
Manta, fille de Tirésias.
Carmenta, mère d'Evandre.
Fauna, sœur de Faunus.
Elissa. »
Voilà des noms que nous enregistrons.

LES RÉVÉLATRICES
La tradition antique personnifia toujours la science et les lettres par neuf femmes qui furent les neuf grandes Révélatrices. Les sociétés secrètes, qui continuent les Mystères antiques, ont gardé fidèlement le souvenir de ces grandes Déesses qu'elles symbolisent par neuf sœurs.
Quelles étaient en réalité ces neuf Déesses ?
Les voici : 
1- TOTH en Egypte, auteure des 42 livres sacrés.
2- SARASVATI aux Indes, auteure du Véda.
3- YAO en Chine, auteure des King.
4- La VOLUSPA chez les Celtes, auteure de l'Edda.
5- DERCÉTO, surnommée ISTAR ou ASTARTHÉ, en Phénicie, auteure de la Cosmogonie Phénicienne.
6- ARDUI-ANAÏTA, surnommée ARIANE ou ARIADNE, auteure de l'Avesta en Perse.
7- KRISHNA aux Indes, auteure de la Bhagavad Gitâ.
8- HEMŒRA en Grèce, auteure des livres attribués à Homère.
9- MYRIAM HATHOR en Egypte, auteure du Sépher qui servit à faire le premier livre du Pentateuque, la Genèse biblique.
Ces grandes femmes sont appelées ironiquement des Séphiroth. On en compte 10, comme les incarnations de Vishnou ; neuf déjà venues et une attendue.
Nous allons, tout au long des articles de ce blog, passer en revue l'œuvre de ces grandes femmes dont plusieurs ont été supprimées de l'Histoire ou ont été masculinisées.

DES TABLETTES DÉCHIFFRÉES
M. Stephen Langdon, qui était professeur d'Assyriologie à l'Université d'Oxford, et peut-être le plus expert des lecteurs de textes religieux sumériens à l'époque, a édité et expliqué, dans l'ouvrage intitulé Sumerian Epics, etc., une tablette importante ramassée autrefois dans les fouilles de Niffer, nommée également Nippur, Nippour ou Niffar (le P n'existant pas en arabe) et conservée précieusement au Musée de Philadelphie.
Il ne s'agit en effet de rien moins que d'un résumé, selon la tradition de Niffer, de l'histoire du premier âge de l'homme : gains considérables de notions, qui viennent s'ajouter à celles que nous avions déjà par le fait de précédentes découvertes sumer-accadiennes.
Comparé avec les traditions hébraïques, le nouveau document présente une variante des plus curieuses, celle d'une autre ordonnance des faits. Le document est intitulé : Le relèvement de l'homme déchu

Le relèvement de l'homme déchu
Sous le sceptre de la Déesse Nin-ella (qui est certainement la Nehal-Ennia des Celtes), les hommes coulent les jours les plus heureux. (Description de l'âge d'or.) La Déesse Nin-Tud, qui avait créé notre race, est avertie de la chute de l'homme (dans le péché), qui va être suivie d'un cataclysme, un déluge (ce qui signifie révolte et persécution).
Une fatalité s'attache à la plante Kasû ; sur l'heure, l'homme y porte la main. La Déesse s'écrie éplorée : Il ne verra plus la face de la vie jusqu'à ce qu'il meure, c'est-à-dire il ne connaîtra plus le bien-être jusqu'à sa mort. La déchéance de l'homme, par le fait matériel d'avoir consommé le fruit fatal, est réparable seulement par l'intervention des Divinités Créatrices.
La Déesse Nin-Harsag se lamente amèrement sur ces événements ; elle s'écrie : Quel profit pour moi d'avoir créé des enfants ? Les Déesses se concertent pour remédier au triste état de choses, non qu'elles puissent ramener la nature humaine à son premier état, mais parce qu'elles veulent en adoucir les épreuves par le secours d'êtres supérieurs. La Déesse semble consoler l'homme et s'excuser elle-même de l'avoir fait si défectueux : « Mon frère, en quoi souffres-tu ? » dit-elle.
Et il répond, énumérant huit souffrances qui vont accabler l'homme. Ce sont autant de maux physiques qui réclament autant de remèdes, qui sont présentés par la Déesse Nin-Harsag (1).
Et alors on institue huit Déesses pour veiller sur lui :
1. Abu, règne sur les pâturages ;
2. Nin-tulla ;
3. Nin-ka-utud ;
4. Nin-Ka ;
5. Nazid ;
6. Dazima ;
7. Nin-til, la Dame des mois ;
8. Ensagné.
Ce document, abrègé ici, a été lu à l'Académie des Inscriptions, par le P. Scheil, le 24 décembre 1915. Le compte rendu en a été publié dans le Bulletin.
(1) Nin fera Nina dans les langues modernes. Les masculinistes en feront Ninus. Chez les Celtes, la grande Déesse s'appelle Nehal-Ennia.

L'HISTOIRE DE « L'AGE D'OR » INSCRITE DANS LES TEMPLES
Les palais et les temples de l'ancien régime (gynécocratie) étaient évidemment construits à la gloire des Déesses. C'est là qu'on inscrivait les actes de ces grandes Femmes, les Aïeules (ou, plus exactement, les anciennes), leur gloire, leurs luttes, leurs triomphes, leurs légendes rendues sacrées par de longs souvenirs.
C'est l'origine du culte des ancêtres.
En Amérique, tous les grands monuments avaient été faits par les anciens Toltèques, et la gloire des anciennes héroïnes se lisait en hiéroglyphes sur les murs des temples.
Diodore de Sicile dit qu'Isis fit construire des temples tout en or, et que Sémiramis fit construire les merveilleux palais de Babylone.
L'histoire fabuleuse d'Isis que nous raconte Hérodote était copiée des temples.
Dans les temples Chaldéens, comme dans tous les temples du monde, les légendes inscrites étaient celles des âges primitifs et les mystères de Babylone étaient ceux des autres nations.
Toute l'histoire de Sémiramis a été trouvée sur des inscriptions.
C'est ainsi que nous savons que c'est elle qui a fait construire Babylone.
Alexandre trouva chez les Scythes son nom sur une inscription qui rappelait ses grands travaux.
De la Syrie à Babylone, on trouve une chaîne de noms divins féminins, qui dénotent une même Religion naturelle. On trouve d'abord la ville syrienne de Bambyce, avec la Déesse Atergatis (Derceto), (que les masculinistes représenteront avec une queue de poisson comme Sémiramis) ; puis Charrœ, que l'on adorait à Méni. Puis Mygdonie (Myg-don, de Magd-bourg). Cette Déeses est appelée Anthémusie par les Grecs.
Dans l'Inde, tout ce qui avait été fait de merveilleux dans la vie des primitives familles féministes était inscrit sur les murs des temples : les sources qu'elles avaient fait jaillir, les rochers qu'elles avaient fendus, portent des inscriptions qui attestent cette origine matriarcale.
Chez les Grecs, Phidias a écrit sur les marbres du Parthénon toute l'histoire de Minerve qui, dans des temps fort reculés, avait fondé Athènes.
Cette coutume devait être copiée par des hommes qui, plus tard, s'attribueraient les mérites des femmes.
C'est ainsi que nous savons qu'on mit à la gloire de l'homme, représenté par Osiris, tous les exploits de Seth.
Diodore de Sicile a copié sur les murs des temples égyptiens l'inscription suivante : « Je suis Osiris, roi ; j'ai parcouru tout l'univers jusqu'aux extrémités des déserts de l'Inde,et ensuite d'autres parties du monde, jusqu'à l'Océan, jusqu'aux sources de l'Ister (1), j'ai visité toutes les nations pour leur apprendre tout ce dont je suis l'inventeur ».
(1) L'Ister est au pays des Celtes, d'après Hérodote.

LE SYMBOLISME DES NOMBRES
On a dit du « mystère des nombres » qu'il renferme les moyens d'opération des forces secrètes de la Nature, et que d'abord l'ellipse, la parabole et l'hyperbole trouvent leur synthèse dans l'ovoïde, en forme d’œuf. Tout le monde sait que l’œuf était un symbole sacré dans tous les Mystères de l'antiquité, parce qu'il représente l'action maternelle, donc le commencement de la vie, la virtualité, l'existence potentielle, le commencement de toute échelle numérique. (Existence en état de possibilité, comme la semence d'un arbre.) Il est représenté dans les chiffres par le zéro, qui, dans l'ancien système de numération des Chaldéens, commençait les nombres.
Le zéro est un cercle sans centre (1) : en hébreu, Kether, « la couronne ».
Le nom divin de Kether est Eheieh : « Je suis », c'est-à-dire le principe de l'existence même. C'est le caché des cachés. Comme symbole, c'est le cercle placé au-dessus de la tête pour représenter la lumière de l'esprit qui monte, cercle lumineux, dont on fera la couronne des saintes.
Un poème admis dans la liturgie hébraïque est intitulé : La Couronne royale. C'est la lumière sacrée, Kether, qui engendre la sagesse, Hokmah, et l'intelligence, Binah.
La sagesse et l'intelligence sont en équilibre, comme les deux plateaux d'une balance ; c'est la couronne suspendue par les mains de l'Absolu au-dessus de l'univers, comme la formule de toute existence.
Deux idées sont à dégager de ce symbolisme. L’œuf, qui vient de la Mère, commence toute vie. En même temps, par l'ascension de l'esprit qu'il opère, il crée dans son cerveau l'immutabilité, qualité de l'unité.
C'est pour indiquer cela que le zéro ne peut pas admettre la faculté d'addition, il est la cime et la couronne. Il n'est susceptible ni de doute ni d'incertitude, tandis que la qualité masculine peut former l'eidolon (idole, en grec), la duplicité ou l'image (l'imagination).
La couronne restera une espèce de coiffure portée par des souverains, des empereurs, des nobles, etc. ; sa forme a varié, mais sa représentation la plus ancienne est un cercle. Du métal dont elle était faite sortaient ordinairement des rayons en forme de pointe. C'est l'hiéroglyphe du soleil rayonnant, car, tandis que les êtres divins, sur cette planète, touchent la terre avec leurs pieds, leurs têtes sont dirigées vers le ciel où brillent le soleil et les étoiles. Ainsi la couronne qui entoure la tête des souverains est le symbole du pouvoir de rayonnement des êtres terrestres.
Les figures géométriques, représentant les nombres extériorisés, ont une signification symbolique :
0 - Zéro, l’œuf du monde, le sexe féminin.
1 - L'être divin, considéré dans son unité.
2 - L'homme à genoux devant l'être divin.
3 - L'enfant.
4 - La femme assise, le siège (saint-siège, chaise curule), l'inactivité.
5 - Le mouvement, la marche, la course.
6 - Le pôle sexuel.
7 - L'esprit qui monte (les étoiles, le septénaire).
8 - Éternité, lien éternel.
9 - Le pôle spirituel.
La signification du chiffre 2 nous explique pourquoi, dans toutes les religions, on a gardé l'habitude de s'agenouiller devant la Divinité.
Le symbolisme des nombres est considéré comme base des opérations de multiplication et de division.
La table de multiplication, dite de Pythagore, a été empruntée aux Chaldéens.
Les chiffres dits « arabes » ont été apportés d'Espagne à une époque où on appelait « arabe » tout ce qui en venait. Mais nos chiffres ne sont pas ceux des Arabes, qui en avaient d'autres. On les a attribués à Pythagore et ils en ont même porté le nom, parce qu'on mettait sous ce nom tout ce qui était très ancien.
Les chiffres servant à expliquer les mystères restèrent longtemps secrets.
(1) Zéro vient, dit-on, du mot céfra, qu'on a d'abord attribué à ce caractère d'après l'arabe « sifr » (vide, rien, néant).
On dit aussi que le zéro a été introduit dans le système de l'abacus sous le nom de « sipos » avant de prendre le nom de « cifra », et que l'étymologie de sipos est selon l'hébreu « psiphus » (jeton à compter, rond, cercle), ou selon le grec « psephos » qui a la même signification.

LE SYSTÈME DUODÉCIMAL ET LE SYSTÈME DECIMAL
Dans le système duodécimal, l'unité divine est représentée par le chiffre 1 et la dualité masculine par le chiffre 2. On réunissait ces deux chiffres 1 et 2 pour symboliser l'Union qui est la base même de la société, et cela faisait le nombre 12.
C'est là l'origine du système duodécimal qui fut généralisé dans les temps anciens et appliqué à la division de l'année, des heures du jour, des signes du zodiaque, des achats à la douzaine, etc.
« Cette application du nombre 1-2 à l'Univers n'était point une invention des Pythagoriciens, elle était commune aux Chaldéens, aux Egyptiens, de qui ils l'avaient reçue, et aux principaux peuples de la terre ; elle avait donné lieu à l'institution du zodiaque dont la division en douze astérismes a été trouvée partout existante de temps immémorial » (Fabre d'Olivet).
Mais le symbolisme des nombres fut profané, comme tout ce qui était secret, et les hommes instituèrent un autre système en donnant aux chiffres d'autres significations.
Ils firent de 1 le symbole mâle et de 0, qui précède la numération, le symbole féminin. Et alors leur union fut 10, que l'on prit pour base du système décimal, qui remplaça le système duodécimal primitif, quand l'homme prit la direction du monde.
Dans ce système, la femme fut représentée par un signe qui signifie rien, et mise après celui qui représente l'homme. Elle fut, dès lors, personne, après avoir été les trois personnes formant la triade sacrée, les Avasthases divines.
Dans la numération du système duodécimal, les chiffres sont précédés d'un point, qui indique rien. C'est, pour cela que l'on dit encore chez les peuples qui ont conservé l'ancienne tradition : Je n'ai point, pour je n'ai pas.

ORIGINE DU SYMBOLISME DE L'OURS
Chez les peuples du Nord, l'homme bestial est comparé à l'Ours.
Le mot « barbare » ou « berber » (de bær-bor) signifiait chez les Boréens ceux qui portent l'ours, les hommes chasseurs, les insociables, doués d'une grande force musculaire.
Par extension, on arriva à appeler ces hommes des ours, ce qui voulait dire des gens non policés, vivant entre eux, loin des autres, et ne sachant pas se conduire dans la société des femmes (1).
Cette épithète, d'abord mal prise, fut plus tard acceptée, et l'homme par réaction s'en para, comme d'un titre glorieux.
Dans le blason armorial commun des temps primitifs, l'ours figurait, et son nom bor (ours dans les langues Scandinaves) devint la racine du mot Boréen.
Quand vint la grande lutte de l'homme contre la Femme, c'est l'Ours, l'homme barbare, qui devint le lumineux ; l'homme se déifia et se fit si grand qu'il se compara au soleil.
On retrouve l'ours comme symbole archaïque d'Ouranos (Uranus), l'éjaculateur, le projecteur de lumière.
C'est à ce moment que les constellations astrales du nord furent appelées des ourses : la grande et la petite.
Dans l'écriture primitive, la lettre R est le signe du mouvement, c'est l'emblème de l'homme ; la lettre S est le signe de l'Esprit, c'est l'emblème de la Femme. Ces signes ont la forme d'un chariot. Le signe féminin représentait le grand chariot, la grande lumière ; le signe masculin représentait la petite lumière, le petit chariot.
Plus tard, l'homme donna son emblème : l'ourse aux deux chariots, supprimant l'emblème féminin, car l'homme ne partage pas, il prend tout.
Par la suite, les idées et les symboles des peuples méridionaux arrivèrent jusque chez les Boréens ; alors ceux-ci adoptèrent les idées régnantes qui divisaient le monde en lunaires et solaires. Ils firent de leur petit chariot le symbole des lunaires, et de leur grand chariot le symbole des solaires.
Mais, avant de connaître les luttes des autres peuples, ils avaient soutenu les mêmes disputes et avaient aussi pris des emblèmes astronomiques.
L'aurore boréale fut aussi regardée par les hommes comme un symbole de lumière masculine. 
Mais on ne détruit pas ainsi toutes les anciennes idées, basées sur les lois de la nature, par des imputations contraires. Si le mensonge a des partisans, la vérité en a aussi. On vit, à la suite de ce renversement des sexes, tout le monde septentrional se diviser en deux camps : les Tour-an (Bers cheminant) qui étaient les masculinistes qui suivaient l'Ours, et les Ku-an, les féministes qui ne suivaient pas l'ours (les Bers sédentaires ou Barons), les nobles.
(1) « La ville de Berne, de temps immémorial, entretient des ours ; on raconte, pour expliquer cet usage, l'histoire d'un grand ours tué au IXème siècle près de Berne par un chasseur dont on dit même le nom. Cette histoire, comme beaucoup de fables antiques, a été inventée de toutes pièces pour expliquer à la fois le nom de Berne (Ours, en allemand, se dit Bàr) et le respect traditionnel des Bernois pour les ours. En réalité, la cause de cette sorte d'alliance est bien plus ancienne ; la preuve en a été faite de notre temps. Tout près de Berne, on a découvert un groupe en bronze, datant du Ier ou du IIème siècle de l'ère chrétienne, qui représente un ours de très grande taille s' approchant, comme pour lui rendre hommage, d'une déesse assise ; l'inscription gravée sur la base du bronze nous apprend que c'est une offrande pieuse, un ex-voto à la déesse Artio. Artio est un nom celtique qui est apparenté de très près au nom grec de l'ours, arktos ; la déesse Artio était alors une déesse ursine, une déesse ayant l'ours pour attribut ou pour compagnon.
Donc, avant l'époque des divinités à figure humaine, Artio était une déesse-ourse, une ourse sacrée ; le souvenir du culte de l'ours s'est maintenu dans la ville de l'ours (Berne) à travers les siècles, et c'est seulement en 1832, à Muri en Suisse, qu'une découverte heureuse a permis d'y reconnaître une survivance du totémisme préhistorique » (Salomon Reinach, Orpheus, p.23).

LE SERPENT DANS LE SYMBOLISME ANTIQUE
L'antiquité a donné un grand rôle au serpent dans les luttes de sexes.
Cet animal rampant est l'emblème de ce qui est bas, lâche, vil.
Il mord la femme au talon, image de l'homme qui l'attaque « par en bas ».
La Femme est la Déesse trempée dans des eaux qui la rendent invulnérable, excepté au talon, où le serpent pourra la mordre et où elle sera blessée. Belle allégorie qui montre qu'elle ne peut pas être attaquée de front, loyalement, franchement, mais seulement par la bassesse qui la mord par en bas.
(Mordre la Femme au talon, l'attaquer par en bas, c'est l'attaquer dans son sexe, en lui imputant les péchés de l'homme.)
Nietzsche compare le méchant à une grappe de serpents enlacés, sifflants et toujours prêts à mordre.
Le serpent, l'homme vil, a mille noms.
En Egypte, c'est Typhon.
En Syrie, c'est Nahash. C'est celui-là qui est le héros de la légende d'Adam et Eve.
Chez les Perses, le méchant est représenté par le serpent Ophinéus.
Au Louvre, on peut voir Minerve assise et menacée dans sa sagesse et dans sa dignité par des serpents qui s'élèvent autour d'elle.
Dans la mythologie égyptienne, le serpent est enroulé autour d'un vase d'eau qu'il anime de son souffle. Le vase est un symbole sexuel. L'eau représente l'élément qui éteint le feu (l'esprit).
D'après Eusèbe, les Egyptiens représentaient le soleil, qui symbolisait la Déesse Isis, traîné dans un vaisseau que le crocodile dirigeait en qualité de pilote. Allusion au gouvernement du prêtre (de l'homme) conduisant la Femme.
Dans la mythologie de Créuzer, nous trouvons une représentation de Vishnou dormant sur Ananta-Shesha, le grand serpent de l'éternité. Elle l'aime, lui prête ses vertus, ignore sa méchanceté.
Cependant, les sept têtes du serpent, les sept manifestations de l'esprit du Mal, sont sur sa tête. D'elle part un cordon, un lien, qui porte un lotus dans lequel sont, des hommes sages qui lisent ses livres, qui étudient sa science.
Le grand serpent repose sur l'eau, d'où émergent des fleurs de lotus. Dans l'eau, on aperçoit des poissons, représentant ceux qui vivent dans le mal et l'ignorance.
Les serpents sont des charmeurs, ils hypnotisent du regard l'oiseau (qui symbolise l'esprit qui s'élève), c'est-à-dire qu'ils séduisent la Femme.
C'est sans doute pour cela que nous trouvons en Grèce un Apollon Pythien séducteur, mais perfide.
N'oublions pas l'Hydre de Lerne, espèce de serpent polycéphale, dont chaque tête représente un des vices de l'homme, comme l'Ananta-Shesha des Hindous.
Quoique les prêtres aient cherché à donner un sens nouveau aux antiques symboles (pour eux, le serpent représente la prudence), ils ne purent pas effacer l'idée primitive qui s'y rattachait et qui persista toujours.
Les peuples sauvages, qui sont dégénérés, ont fait du serpent une divinité qu'on adore.
Toute la tradition antique, propagée par la Femme, est pleine de la légende du serpent, et c'est Elle qui doit lui écraser la tête.
Il est des peuples qui remplacent le serpent par le Scorpion, lequel blesse la Femme au pied.
Chez les Slaves et les Allemands, c'est le crapaud qui est l'emblème du Mal.
Dans la gageure avec le forgeron Sindri, Loki, le Mal, sous la forme d'un taon, pique trois fois douloureusement « l'Etre petit », le nain (manière de désigner la Femme), qui devait souffler le feu sans interruption, comme plus tard les Vestales.
Quand ce même Loki infernal voulut tromper Freya, la Déesse, il se métamorphosa en une mouche.
Chez les Grecs et les Latins, le mâle inférieur, c'est-à-dire sexuel, c'est le Faune, le Satyre qui n'a de l'homme que la moitié du corps, la partie inférieure est celle de l'animal.
Enfin, celui qui manque d'intelligence est comparé à l'âne et ce symbole, qui est dans la Bible, se retrouve à l'origine du christianisme, où la tête d'âne joue un grand rôle et se trouve dessinée sur les murs des catacombes de Rome.
Les peuples dégénérés, devenus sauvages, ont gardé les antiques symboles, mais ont glorifié et déifié ce qui représentait le sexe mâle, le masculinisme ayant triomphé parmi eux pendant la longue évolution que ces peuples ont accomplie.

LE SYMBOLE DU POISSON
Quand les hommes se virent comparés par les femmes à un océan d'erreurs, un déluge éteignant toutes les lumières de l'Esprit, continuant eux-mêmes ironiquement le symbolisme, ils se comparèrent à des poissons.
Et ce nouveau symbole ichtyologique va jouer un grand rôle dans les mythes religieux. On mettra le poisson dans le Zodiaque et dans les constellations. (Le poisson astral.)
Hygin dit : « que les hommes sont nés du poisson astral. » Et n'est-ce pas là le premier germe de l'idée que l'homme vient de la mer et qu'il a passé d'abord par la forme du poisson ? Ce poisson devint par la suite un monstre marin, représentant le grand persécuteur, le grand oppresseur de la Femme.
C'est le grand Léviathan de la Bible avalant les Yonijas (les féministes).
Puis le symbole, après avoir subi l'amplification de l'imagination orientale, s'amoindrira dans les esprits vulgaires, et le monstre deviendra une baleine et les Yonijas deviendront Jonas.
Pendant que les Féministes deviennent « un homme », les hommes, changeant, dans un autre sens, le sexe de la Femme, arrivent à la symboliser, elle, par le poisson. C'est ainsi qu'on arrive toujours à renverser les rôles. Il était difficile, cependant, de ne pas mettre la Femme sur l'eau, elle qui avait toujours été l’Émergente. Cette figuration était trop avancée dans les esprits pour disparaître complètement. On arrangea les choses, on en fit une amphibie, une Déesse dont la partie supérieure du corps émerge, mais dont la partie inférieure plonge dans l'Océan, et c'est un symbolisme qui représente dans la Femme l'Esprit en haut, la vie animale en bas.
Tout l'Orient a représenté la Femme sous cette figure bizarre : un corps de Femme terminé en queue de poisson.
La Derceto des Phéniciens, la Vénus d'Aphaca et toutes les Vénus orientales sont ichtymorphiques, l'Oannès des Phéniciens aussi, ainsi que Vishnou s'incarnant en poisson.
Les sirènes étaient aussi des femmes émergeant de l'eau et dont la moitié inférieure avait le corps d'un poisson. Peut-être parce que, dans la lutte de sexes, l'homme les avait attirées à lui et plongées avec lui dans l'océan de l'erreur. C'est peut-être pour cela que, dans le langage vulgaire, on garde cette expression « se terminer en queue de poisson » pour indiquer une chose qui finit mal, comme a fini la puissance féminine.
La sphinge des Egyptiens, forme ridiculisée du sphinx, se termine aussi en queue de poisson. C'est donc à tort qu'on a dit que les Egyptiens n'avaient pas de déluge dans leurs traditions, seulement, ils ne l'expliquent pas par un cataclysme physique, mais lui laissent sa signification symbolique d'un bouleversement moral.
Le sphinx avait représenté l'Esprit féminin dans son plus pur rayonnement, « l'influx d'Isis », symbole qui, d'ailleurs, ne resta pas exclusivement égyptien, mais devint universel. Nous le retrouvons en Assyrie, où on lui donne des ailes colossales. C'est la pensée qui vole.
Il est chez les Hellènes, où nous le retrouvons dans la légende d’Œdipe.
Il est avec les Hébreux pour protéger l'arche d'Israël sous la forme des Kéroubim.
Mais la réaction qui profane tout en fit la sphinge représentant la femme avilie par les mauvaises passions masculines qu'on lui attribue ; on lui donne des yeux rutilants de curiosité malsaine, de rêves obscènes, et des griffes fouillant la chair humaine.Toutes les passions de l'homme féminisées.



« Lorsque vous étudiez et apprenez au sujet de vous-même, il se dégage une force extraordinaire, faite de clarté, qui peut résister à toutes les absurdités de l’ordre établi. Cette force n’est pas une forme de résistance, d’obstination ou de volonté égocentrique, mais une observation diligente de l’extérieur et de l’intérieur. C’est la force de l’affection et de l’intelligence. » (J. Krishnamurti)





COSMOGONIE PHENICIENNE
PAR LA DÉESSE DERCÉTO, SURNOMMÉE ISTAR OU ASTARTHÉ
Jusqu'au moment où on a entrepris des fouilles en Asie pendant le XIXème siècle, on ne connaissait guère la Cosmogonie phénicienne que par les absurdités que Bérose, prêtre de Bel, en avait rapportées au IIème siècle avant notre ère, donnant à son auteur Oannès la forme ridicule d'un homme à queue de poisson.
Mais depuis on a signalé d'autres sources. Ainsi, l'historien Josèphe a identifié la Déesse Dercéto avec Oannès. D'autre part, on sait que c'est cette Déesse qui est surnommée Istar ou Astarthé.
Salomon Reinach dit (Orphéus, p. 63) :
« La Déesse syrienne d'Hiérapolis, nommée Atergatis, ou Dercéto, est digne d'attention à cause de la description détaillée que le Grec Lucien, au IIème siècle, nous a laissée de son culte.
« La statue de la Déesse était couronnée d'une colombe, animal sacré en Syrie. Dercéto était à la fois poisson (Oannès) et colombe.
« Le culte était célébré par des hommes habillés en femmes, qui voulaient ainsi s'assimiler à la Déesse. Cette assimilation est le but principal des cultes primitifs. Si les légendes humanisent les dieux, les rites tendent à diviniser les hommes. »
Plus loin, il dit encore (p. 63) :
« À Ascalon, en Philistide, Atergatis (Dercéto) était honorée sous la forme d'une femme à queue de poisson ; son époux, Dagon, était figuré de même. Ces dieux poissons rappellent l'Oannès Babylonien et la légende de Jonas.
« L'Istar Babylonienne devient l'Astarthé des Grecs (1).
« C'est l'Aphrodite Ourania (céleste), particulièrement honorée à Carthage, où les Romains l'appellent Virgo Cœlestis. La « Tanit » de Carthage a été assimilée à l'Arthémis grecque. »
Cette entrée en matière nous a permis de pousser plus loin les recherches, et nous avons trouvé que Dercéto était la mère de Sémiramis et que c'est cette reine qui lui fit élever un temple magnifique à Ascalon.
Nous avons trouvé aussi que c'est le Livre Sacré qu'elle écrivit, la Cosmogonie Phénicienne, qui fut l'origine de la grande science des Chaldéens.
Le surnom de cette Déesse, Istar ou Isthar, qui devient Astar chez les Phéniciens, a pour racine « Star » qui signifie astre ; on y ajoute la racine thé qui veut dire « parfait », et on fait Astar-thé la Reine des cieux, la Déesse des astres. Par abréviation et par corruption, on fera d'Astar-thé « Tannith », qu'on appelle à Carthage « Notre-Dame Tanit ».
Enfin, de Astar-thé, on fera aussi Ar-Thémis, la Vierge Mère, la Mère Divine. Eschyle appelle Arthémis « Aien-Admeta », Vierge non domptée par l'amour.
De Tannith, nous remontons à Tammouz, fille de la Vie, nom pro-chaldéen de la beauté et du génie créateur.
Nous avons vu que les Grecs appellent Hiérapolis (ville sacrée) la ville où réside Dercéto. Mais ce ne serait là qu'une copie de ce qu'avaient fait avant eux les Celtes.
Fabre d'Olivet nous dit :
« De Isthar, on fait Istha-Kar, qui devrait être écrit Isdhan-Khair et veut dire « ville divine ». Isdhan signifie « divinité » ou « génie » dans l'ancienne langue de l'Iran, comme encore en « hongrois ».
Ce mot Kar, dans Istha-Kar, qui signifie la primitive demeure, la maison ou la ville divine, se retrouve chez les Celtes. Les Bretons disent encore « Maria-Ker ». Il est probable que le nom du mont Carmel, montagne sacrée de la Phénicie, s'écrivait primitivement Kar-Mel.
Théophile Cailleux, qui nous a montré que la première religion eut pour berceau les bords du Hélion (la Meuse) et fut l'œuvre d'une femme qu'il appelle Nehal-Ennia, voit dans le mot Oannès, employé par Bérose, une altération de Ennia. C'est plutôt une masculinisation, « O » étant l'article masculin en grec, et l'S final étant la terminaison masculine que les Grecs mettaient aux noms féminins.
Il y aurait donc eu communication entre les anciens Celtes et les Phéniciens, ce qui est certain, et communauté de doctrine.
Les Assyriens et les Chaldéens, au moment où l'histoire nous les montre comme de grands peuples, avaient déjà une « histoire ancienne » ; ils avaient hérité d'une civilisation acquise avant eux et qui leur avait été léguée par les générations qui les avaient précédés. C'était un peuple gynécocrate qui avait fondé de sages institutions en même temps qu'il avait fait des découvertes importantes, telles les lois de l'astronomie. Les Chaldéens parlaient une langue antérieure à l'assyrien et avaient créé l'écriture cunéiforme. Un certain nombre d'ouvrages, découverts dans la bibliothèque d'Assourbanipal, étaient écrits dans cette langue et avaient été traduits en assyrien. Tantôt l'original et la traduction ont été trouvés ensemble, tantôt l'original est resté seul. Ceci est de la plus haute importance, car il est bien certain que c'est dans le passage de ce monde primitif au régime postérieur que se firent les altérations des croyances et des mythes. C'est parce que tout fut altéré par la suite qu'on ne sait plus aujourd'hui que c'est à leur Déesse Dercéto que les Phéniciens et les Assyriens doivent la plupart de leurs connaissances mathématiques et surtout leur science des astres, appelée Asataro, mot que les Grecs traduiront par Astrologie.
Callisthène, au temps d'Alexandre, trouva à Babylone des observations astronomiques remontant à 1.900 ans. Entre autres découvertes, on doit à la grande Déesse Astarthé la chronologie, c'est-à-dire l'année de 365 jours 6 heures 11 minutes, et le système duodécimal dont nous avons reçu la division de l'année en 12 mois et celle du jour en 24 heures.
Voilà plus de cent dix ans que Bœckh et Brandis ont démontré que toutes les mesures de grandeur, de poids et de capacité dont se sont servis les anciens doivent être rapportées à une même échelle et qu'on retrouve partout le système duodécimal des Babyloniens.
L'Astronomie, dès une antiquité prodigieuse, apparaît comme une science déjà constituée en Chaldée, alors que les Grecs en savaient bien peu de chose avant les conquêtes d'Alexandre. Aristote parle des observations des Chaldéens, mais ce n'est que plus d'un siècle après la conquête de Babylone que les fameuses tablettes archéologiques furent utilisées par Hipparque.
Hérodote parle de la Tour de Bélus qu'il a vue à Babylone, monument composé de sept étages couronnés par une plate-forme régulière, d'où l'on faisait des observations astronomiques.
Cette tour était un monument symbolique. Pour en comprendre la signification, il faut connaître la cosmogonie phénicienne. Un résumé rapide se situe à l'article sur la « Cosmogonie ». Il est suivi par un long développement sur la Nouvelle Science.
(1) Aphrodite, dont la légende est asiatique, c'est Istar. Homère l'appelle « Cypris », ce qui lui donne une origine chypriote. Elle était adorée à Paphos et à Amathonte, villes bâties par les Phéniciens.
Ses attributs sont la colombe qui représente l'Esprit saint, le Myrte et la Rose qui symbolisent l'amour et la beauté. Elle est représentée riante sur une conque marine, sur un char traîné par des colombes ou sur une tortue.

ORIGINE DU SEPTÉNAIRE : LES ÉLOHIM
Les sept fluides subtils, qui constituent les radiations des multiples soleils de l'espace, s'arrêtent à la surface des planètes et là se superposent en formant des octaves de couleurs comme les sons se superposent en formant des octaves musicaux.
Cette superposition de zones colorées, mais invisibles pour nous, parce que la lumière blanche du soleil nous empêche de les voir, forme le cercle primordial qui existe autour des planètes et de leurs satellites. C'est ce que la science moderne appelle les rayons chimiques. Ils sont visibles dans les halos et dans l'arc-en-ciel.

ORIGINE DE L'ARGENT ET DE L'OR
Une des formes de passage du substractum organique des champignons et la Kérargyre, qu'on appelle aussi « argent corné ». C'est une substance demi-transparente se coupant au couteau comme la cire ou la corne. Elle renferme 75% d'argent.
Les couches anciennes de Kérargyre sont devenues des filons d'argent.
La Kérargyre se trouve en légers enduits à la surface des pierres mélangée à des matières terreuses. C'est à la place même où apparaissaient les champignons qu'elle s'est formée de leur résidu organique. Il en existe une grande quantité au Mexique et au Pérou.
L'argent se trouve à l'état natif sous la forme de filaments contournés ou de réseau pénétrant les substances pierreuses qui portaient la Kéragyre. On le trouve quelquefois en masse et en bloc. Il est souvent recouvert d'un enduit noirâtre organique.
L'or semble avoir la même origine générique et végétale que l'argent, mais provenir d'une autre modification que celle qui a produit ce métal. En effet, les champignons sont blanc d'argent ou jaune d'or.
(Plus de précisions au sujet de ces deux métaux à l'article consacré à la Cosmogonie, et dans partie relative à la chimie).


LE SYMBOLISME PRIMITIF
Comme les idées abstraites pénètrent difficilement dans l'esprit des peuples, on en fit des représentations matérielles : c'est l'origine du symbolisme.
Nous trouvons le septénaire symbolisé de mille manières.
En Chaldée et en Assyrie, les temples avaient la forme d'une immense tour carrée à sept étages. Chaque étage superposé était moins large que celui qui le précédait, si bien que ces tours ressemblaient de loin à d'énormes pyramides. Un chemin montait en spirale autour du monument.
Chaque étage était consacré à l'étude d'un des Elohim, une des sept lumières qui éclairent le monde, et étaient peints d'une des couleurs de ces lumières, de manière à ce que l'ensemble figurât l'arc-en-ciel. Au sommet se trouvait le sanctuaire de la Déesse Istar (Astarthé/Dercéto), l'auteure de cette science cosmogonique. Le chandelier à sept branches des synagogues est destiné à perpétuer cette science perdue.
Cette science primitive fut appelée la Magie blanche. Une autre science faite par les Prêtres-Mages s'éleva en face de celle-ci, ce fut la Magie noire.
La science féminine avait fait descendre le Ciel sur la Terre, la radiation solaire dans la plante, dans l'homme ; la Magie noire va faire monter l'homme dans le Ciel. Ne comprenant plus la doctrine cosmogonique, ne l'ayant jamais bien comprise du reste, elle n'en retint que le symbolisme concret, qui lui avait montré des zones colorées superposées. Le Prêtre en fit sept cieux. Puis, comme le sanctuaire de la Déesse couronnait l'édifice, il mit au-dessus des sept zones colorées sa propre image dont il fit un Dieu mâle. Non seulement voilà l'Homme divinisé, mais le voilà projeté dans le ciel où il va devenir aussi grand que son orgueil, c'est-à-dire grand comme l'Univers.
Puis il avait retenu qu'un cercle coloré existe autour des planètes et de leurs satellites ; mais, ne comprenant plus la science cosmique, il crut que c'étaient les Planètes qui avaient un pouvoir mystérieux, qui s'exerçait sur la vie terrestre, et fit un nouveau septénaire, composé des six planètes connues dans l'antiquité et de la lune, ce qui est absurde, puisque les planètes sont des astres obscurs qui n'émettent pas de radiations.
Le septénaire est appelé l'Heptagone en Grèce. Il a été consacré par toutes les sociétés secrètes. La Franc-Maçonnerie lui a consacré un grade intitulé Chevalier d'Orient et d'Occident. C'est le 17ème degré du rite écossais.
La haute culture des Chaldéens faisait d'eux une race supérieure qui remplissait dans le monde une sorte de sacerdoce scientifique. Ils ont laissé une riche littérature. Aussi ils sont restés longtemps considérés comme le phare qui éclaira et guida l'esprit, et leur langue est restée la langue de la religion et du savoir.

NOS ORIGINES
L’immense essor que l’étude des sciences naturelles a pris semble n’avoir qu’un but : découvrir l’histoire positive de l’évolution de l’homme et des animaux.
Il est dans l’esprit de tous que la solution de cet immense problème ouvrira de nouveaux horizons à la science, que l’histoire définitive du développement primitif sera le premier mot d’une ère scientifique nouvelle.
Cette idée règne depuis longtemps dans l’esprit humain. Elle a été formulée par Socrate lorsqu’il disait aux philosophes qui cherchaient à pénétrer les secrets de la Nature : Avant tout connais-toi toi-même.
L’histoire de l’évolution n’est plus, aujourd’hui, une question philosophique ; elle ne peut plus être traitée autrement que sur le terrain des sciences positives. Les hypothèses n’ont plus de place dans la science. Pour avoir le droit d’appeler l’attention des savants sur une nouvelle doctrine il faut apporter des faits et des preuves ; il est donc indispensable de suivre une méthode rigoureusement scientifique, l’importance de la question ne permet pas qu’il en soit autrement.
Pour que l’histoire de l’évolution soit complète il faut la diviser en trois parties :
La première doit comprendre l’Évolution anatomique, c’est-à-dire l’histologie et la morphologie qui en est la conséquence.
La seconde comprend l’Évolution physiologique, elle s’occupe de l’apparition et du développement des fonctions organiques.
La troisième comprend l’Évolution chimique ; c’est la plus difficile à faire. Pour y arriver il faut suivre pas à pas les combinaisons diverses qui se forment dans le corps vivant aux dépens du protoplasma originaire.
Deux méthodes seulement ont été considérées jusqu’ici comme pouvant être employées pour arriver à faire l’histoire de l’Évolution : l’Embryologie et la Paléontologie. Comme la Vérité est une, il faut forcément que les mêmes données historiques résultent de ces deux ordres de recherches, il faut que l’Évolution, dans ces trois divisions, aboutisse aux mêmes conclusions par la paléontologie et par l’embryologie. Si, cependant, nous nous trouvions en face de contradictions apparentes, quelle est, de ces deux sciences, celle à laquelle nous devrions accorder le plus de confiance ? C’est, sans aucun doute, l’Embryologie. Le développement de l’ovule est continu et sans lacunes, les données fournies par la paléontologie sont incomplètes. Il faut donc, en dernier lieu, recourir à la méthode infaillible.
De larges extraits consacrés à cette nouvelle théorie de l’Évolution de l’homme et des mammifères démontrée par le développement embryonnaire se trouve à l’article sur « nos véritables origines ».
Il est conseillé à ceux qui, en général, liront cette nouvelle doctrine d’une grande hardiesse parce qu’elle est d’une grande simplicité, et à ceux qui se livrent à l’étude, si intéressante, de notre origine, de mettre en pratique, dans cette occasion, la méthode de Descartes, de faire table rase, dans leur entendement, de toutes théories existantes, de se mettre dans la situation d’esprit d’un homme qui n’aurait aucune notion des hypothèses émises sur ce sujet et d’examiner, avec cette liberté d’esprit, les diverses phases traversées par l’embryon pour devenir soit un homme soit un animal quelconque, c’est-à-dire de regarder la Nature telle qu’elle est.

QUELQUES MOTS SUR L'ORIGINE DES CONSTRUCTIONS

Les premiers essais de construction de la jeune humanité ont été retrouvés partout. Ce sont les Dolmens (chambres de pierre) et les Menhirs, monolithes enfoncés en terre isolément, en allées ou en cercles, de dimensions parfois colossales.
La destination des Dolmens et des Menhirs de l'époque néolithique a beaucoup préoccupé les savants, qui cherchent toujours dans l'humanité jeune des causes semblables à celles qui font agir l'humanité vieille. Pour retrouver la signification des choses matérielles, comme pour comprendre le sens des symboles, il faut apprendre à contempler le monde avec la naïveté de l'enfance et l'esprit de la jeunesse. On comprendra alors que les dolmens n'ont aucun rapport avec les sépultures, attendu que la jeunesse pense à la vie, non à la mort qui était un phénomène nouveau pour cette jeunesse primitive.
Si les dolmens sont enfoncés dans le sol, ce ne fut pas pour y cacher les défunts, comme le font les modernes, c'est parce que la terre s'est élevée depuis qu'ils ont été construits ; ils étaient d'abord sur le sol, et non sous le sol, et les tumulus qui les recouvrent sont d'origine postérieure. La profondeur de leur enfouissement peut donner des indications sur la date de leur édification si l'on arrive à calculer de combien la terre s'élève dans un temps donné.
On dit que le Men-hir druidique vient de Man-herr (homme seigneur) et le Dolmen de Doll-man (homme Seigneuresse), indication précieuse qui nous fait comprendre que les uns étaient destinés aux hommes et les autres aux femmes (1).
En effet, les dolmens qui sont composés d'une ou de plusieurs chambres, généralement précédées d'un vestibule ou d'un couloir d'accès, sont la première ébauche des maisons et ont certainement été édifiés pour abriter la première famille, la Femme et l'enfant. C'est le premier nid de l'humanité, le nid de pierre, le Mégalithe. Sur les parois intérieures, on a trouvé de naïfs et bizarres dessins.
Non seulement la femme s'abrite, et abrite avec elle ses petits, mais elle cherche à les protéger contre les dangers du dehors. C'est pour cela que souvent les dolmens sont précédés d'une allée couverte, une sorte de galerie d'une certaine étendue.
Le dolmen de Mané-Croch, près du village de Cracuno, en Bretagne, avait quatre chambres.
Dans le même village de Cracuno se trouve un superbe dolmen dont l'une des pierres supérieures a six mètres de long sur cinq de large et un mètre cinquante d'épaisseur au centre ; cette pierre repose sur onze dalles debout et la hauteur sous voûte est d'un mètre quatre-vingts centimètres. Le tumulus de Rondossée contient trois dolmens avec leurs allées couvertes. L'un d'eux contient une petite chambre supplémentaire. Quant aux menhirs destinés aux hommes, ce n'est qu'une pierre levée derrière laquelle ils s'abritaient ou se cachaient, c'est là que se pratiquait l'eummaïra. Dans les menhirs perforés de l'île de Chypre, on avait pratiqué des ouvertures par lesquelles on voyait venir de loin les témoins gênants. L'un d'eux avait deux mètres dix centimètres de hauteur sur 70 centimètres de largeur.
On en a trouvé sur lesquels était représentée une main, ce qui les faisait appeler iad, et, au lieu d'y voir une indécente représentation qui joue un grand rôle dans le symbolisme antique, les savants modernes aussi naïfs que prudes, ont vu dans les pierres un cippe dressé à la mémoire d'un fait.
Les menhirs sont tantôt isolés, tantôt réunis en nombre plus ou moins considérable. Ce qui indique bien l'instinct de l'homme qui, d'abord, fait sa vie seul, puis peu à peu se réunit à ses frères en humanité pour évoluer ensemble vers un avenir confus.
On a trouvé aussi des cromlechs, qui sont des enceintes composées de blocs décrivant des figures variées, des cercles, des ovales, des carrés, des rectangles, circonscrivant des espaces enclavés dans ces espèces de barrières, qui semblent être les terrains que les hommes ou les femmes se réservaient et dans lesquels sans doute ils ne laissaient pas pénétrer l'autre sexe. Les deux sexes ont eu dès la jeunesse une tendance à se séparer.
Cependant, les impulsions sentimentales les réunissaient. Alors ils se cherchaient, erraient ensemble loin des autres et finalement allaient s'abriter dans des lieux écartés. Ce sont ces endroits qui furent plus tard appelés des « Lieux secrets » ou « Lieux saints ».
On a trouvé des Mounds, tertres élevés que l'on suppose avoir été destinés aux « sacrifices » (Unions).
C'était l'époque où de magnifiques adolescents cherchaient à dépenser le trop-plein de leur force. Mais ils avaient encore la franchise, la spontanéité, la confiance que donnent l'inexpérience et l'amour naissant.
(1) Menhir a formé minaret.

☆☆☆


Un changement social est attendu par les habitants de la Terre tout entière.
Partout on cherche une orientation nouvelle de la pensée, une Direction Spirituelle qui sorte l'humanité du cauchemar que le vieux régime du mensonge, de l'erreur et de la ruse a créé.
On attend une résurrection de la vie de l'esprit, qui refasse à l'homme désorienté une nouvelle vie morale, et on aperçoit clairement que la reconstitution mondiale ne peut se faire par la politique et la diplomatie.
L'immense crise des besoins humains a pour point de départ le besoin de vérité.
Avant de pouvoir dire : Voilà ce qu'il faut, il faut pouvoir dire : Voilà ce qui est.
Il y a donc une science à faire, la science des réalités.
Barbusse a dit :
« Nous avons besoin des Maîtres qui savent tout ce que nous ne savons pas. »
« Mon éducation m'a rempli, comme les autres, de siècle d'ombre, d'humiliation et de captivité. »
« Nous avons tous eu une jeunesse qui a été un temps perdu pour notre progrès moral, le temps pendant lequel nous aurions pu tout et nous n'avons rien fait parce que nous ne savions pas. »
L'époque à laquelle nous sommes arrivés est, de l'avis de tous ceux qui comprennent la signification des événements, une ère de révision générale.
On remet en discussion toutes les questions qui ont été agitées par l'esprit humain depuis les temps les plus reculés, avec l'espoir que, de cet examen, sortira la vérité sur laquelle on posera les bases d'un régime nouveau qui donnera à tous une vie meilleure.
Or, la base de toute réforme sociale c'est la reconstitution de la vie morale, c'est à dire des mœurs.
Pour rétablir les relations de l'homme et de la femme il faut, d'abord, remettre les deux sexes à leur place, les faire rentrer dans le rôle que la nature leur a assigné, respecter les facultés de chacun et assurer leur plein développement.
Si les bonnes relations de l'homme et de la femme ont été rompues, c'est parce que chacun d'eux n'occupe pas sa vraie place dans la société, ne vit pas suivant ses facultés.
La femme est un être avili, placé dans la vie sociale à un rang inférieur à celui que la nature lui a assigné. Son autorité est nulle, sa parole n'est pas écoutée, ses œuvres ne sont pas estimées à leur réelle valeur, tout ce qui vient d'elle est déprécié.
Or, le féminisme doit avoir pour but, avant tout, de remettre la femme à la place qui lui est due, dans la vie sociale et dans la vie familiale.
Pour y arriver il faut diriger l'opinion de façon à ce que justice lui soit rendue devant l'esprit public.
Pour que les droits sacrés de la femme soient reconnus, il faut d'abord les formuler. Et pour cela il faut commencer par étudier les conditions qui déterminent la valeur réelle des êtres et leur assigne une place dans la hiérarchie humaine.
Ce n'est pas avec des formules vaines, répétées au hasard, avec des mots vides de sens qu'on résoudra cette grave question. Ce n'est pas non plus par vanité de sexe que la femme doit parler d'elle (ainsi que les hommes l'en accusent, supposant qu'elle se met, comme eux sur le terrain de l'intérêt personnel), c'est dans un esprit de suprême justice que la femme, laissant de côté toute modestie imposée et trop facilement acceptée doit étudier les conditions qui différencient les deux sexes, au point de vue anatomique, physiologique, psychologique et moral.
C'est à elle qu'incombe la tâche de faire connaître la valeur de l'être humain qu'elle représente et l'étendue des facultés dont elle est douée.
Tant qu'elle n'entrera pas résolument dans cette voie, définissant elle-même les différences qui existent entre les deux sexes, l'ignorance qui règne en ces questions perpétuera les conflits, prolongera les luttes.
Le grand devoir de la femme est de sortir de sa passivité docile, de faire acte d'indépendance intellectuelle en commençant par étudier sa réelle nature. Elle serait coupable si elle continuait à accepter les enseignements et les conclusions humiliantes des hommes qui l'infériorisent et à s'incliner devant eux comme devant des maîtres.
C’est à cette condition seulement qu'elle saura diriger sa vie, faire l'éducation morale de ses enfants, jouer un rôle utile dans la société.
Mais cette science acquise lui impose de grands devoirs, car alors elle comprend que son intervention est nécessaire pour éclairer les autres.
Quand la femme saura quelle est sa propre valeur, c'est elle qui rétablira « LE RESPECT DE LA FEMME » et en imposera, à l'homme, le devoir.
Pour se faire respecter, il faut, avant tout, se respecter soi-même.
Cet auto-respect, c'est la dignité, sentiment qui consiste à se mettre soi-même à sa vraie place afin que les autres reconnaissent notre valeur.
Et comme la valeur intellectuelle et morale de la femme, généralisée, doit s'étendre à tout le sexe féminin, il faut que les femmes les plus éclairées, les premières initiées à cette science nouvelle, fassent respecter les autres femmes ignorantes des lois psychiques de leur féminité afin que les hommes comprennent enfin les devoirs qu'ils ont à remplir vis-à-vis de l'autre sexe, c'est aux Femmes de leur dicter l'attitude qu'ils ont à prendre envers Elles.
La femme est l'éducatrice de l'homme, et son premier devoir, pour remplir cette mission, c'est de diriger l'opinion, qui est la reine du monde, de manière à rétablir « le respect » qui disparaît de toutes les nations où la femme ne sait pas se mettre elle-même à sa vraie place.
C'est l'opinion qui règne dans le milieu ambiant qui fait le respect ou l'irrespect. Elle est mal dirigée presque partout. C'est pour cela qu'on a pu dire : « L'opinion, c'est l'erreur du plus grand nombre. » Pourquoi les femmes qui sont le nombre, et même le plus grand nombre, ne réagissent-elles pas, chacune dans sa sphère, contre tout ce qui avilit la femme : les affiches indécentes, la littérature scandaleuse, les publications pornographiques, le théâtre démoralisant, les propos malveillants tenus sur chacune pour diviser le féminisme?
Pourquoi permettent-elles que « l'opinion » soit la sanction de tous les mensonges, la force de toutes les erreurs, la ressource de tous les fourbes ?
Nous ne savons pas ce qu'il y a de plus dangereux pour notre avenir moral : les hommes qui inventent les erreurs ou les femmes qui les propagent ?
Il faut s'appliquer à changer l'opinion, à la diriger dans le sens de la vérité et de la justice, et tout le reste viendra sans efforts.
Et il n'y a pas seulement à faire l'opinion dans la vie présente. Pour rétablir « le respect de la femme », il est nécessaire de remonter dans le passé, pour chercher dans l'histoire (ou à côté de l'histoire) comment elle a été avilie, quelles furent les phases de Cette évolution lente qui la firent descendre de la Déesse antique à la prostituée moderne.
C'est toute l'évolution des passions de l'homme et des faiblesses de la femme.
En fouillant dans le passé nous trouvons que la femme a été discréditée de générations en générations, par le mensonge :
On a caché ses œuvres ;
On les a mises à l'avoir des hommes ;
On a mis des noms masculins sur des personnalités féminines ;
Des époques toutes entières ont été effacées de l'histoire pour cacher sa gloire ;
On a calomnié les grandes femmes en leur faisant une légende avilissante. Et si des hommes consciencieux cherchent eux-mêmes à rectifier l'histoire et à leur rendre l'auréole de gloire qu'elles avaient méritée, des femmes ignorantes continuent à discréditer leur propre sexe en propageant les récits mensongers. Elles se font injustes elles-mêmes pour les femmes calomniées.
Elles se montrent sévères pour celles qui veulent les réhabiliter, comme si elles craignaient de se faire complices des vices que des imposteurs ont attribués aux grandes femmes jalousées.
Elles ne savent pas que c'est leur premier devoir de s'instruire afin de ne plus jamais permettre la flétrissure de leur sexe.
Nous savons aujourd'hui que les grands mensonges historiques ont été inventés pour nous cacher l'ancienne puissance de la femme, sa position suprême dans la religion, son grand rôle dans la société, son droit maternel, base de la primitive famille.
Dès qu'elle fut vaincue dans les héroïques luttes de sexes de l'antiquité, on s'appliqua à justifier la domination de l'homme en donnant au sexe mâle toutes les supériorités et en affectant de croire à l'incapacité de la femme.
Ce système a prévalu, il règne encore. Nos savants modernes s'occupent surtout de la femme pour lui chercher des tares afin de la déclarer inférieure et de dérouter ainsi ceux qui cherchent à définir, par la science, sa véritable nature. Et dans cet ordre de choses nous voyons encore des femmes faibles s'unir aux hommes fourbes et propager leurs allégations intéressées, sans aucune vérification, avec la même foi aveugle de celles qui ont propagé les mensonges de l'histoire.
Or, nous devons avoir le respect de la vérité si nous voulons arriver au respect de la femme.
Tant que le mensonge ne sera pas extirpé de la société, la justice n'y pénétrera pas.
Ce travail est fait. Et c'est cette grande rectification de l'histoire, en remontant aux sources les plus anciennes et les plus sûres, en comparant les différentes altérations des textes qui est reproduite dans ce blog. Il est une complète réhabilitation de la femme, en même temps qu'il fait connaître les luttes de sexes dans toutes leurs manifestations, leurs origines et leur évolution dans toutes les nations.
L'humanité est arrivée à une phase de son évolution où de grandes choses vont se décider.
Les hommes, actuellement, sont encore indécis sur le parti à prendre vis-à-vis de la femme.
Il dépend des femmes de les amener à faire, avec elles, la brillante rénovation dont elles ont rêvé, et de conjurer la crise morale qui s'accentue de jour en jour, en marchant avec franchise et résolution dans le Bien, en ayant toutes les audaces contre le Mal. L'ère des concessions est passée, elles ont fait sombrer l'humanité dans la dégénérescence des peuples. Il faut maintenant, aux femmes, un effort de volonté pour remonter la pente descendue par leurs aïeules ; il faut qu'elles renoncent aux anciens systèmes qu'employaient les femmes faibles, qu'elles renoncent aux petites ruses, aux obliques détours, aux équivoques.
Il n'est plus temps de tergiverser, il faut aller droit au but, sans hésitations et sans défaillances.
Et ce but c'est : la vérité absolue et la justice intégrale.
Ainsi, sera réalisé ce que Victor Hugo, ce grand poète, a annoncé quand il a dit :

Temps futurs ! Vision sublime !
Les peuples sont hors de l'abîme.
Le désert morne est traversé,
Après les sables la pelouse ;
Et la terre est comme une épouse,
Et L’homme est comme un fiancé.
Dès à présent l'œil qui s'élève
Voit distinctement ce beau rêve
Qui sera le réel un jour,
Car la femme dénouera toute chaîne,
Car le passé se nomme haine
Et l'avenir s'appelle amour



☆☆☆


L'histoire, qu'elle soit enseignée par des Prêtres ou par des laïques, n'est qu'un tissu de mensonges. C'est ce que Michelet a compris quand il a dit : « L'Histoire tombera et se brisera en atomes dans le courant du XXe siècle, dévorée jusque dans ses fondements par ceux qui rédigent ses annales. »
Dans son ouvrage intitulé « Origines gauloises » (1797), Théophile-Malo de La Tour d'Auvergne a écrit :
« L'histoire n'est que les ruines d'un grand édifice que chaque génération d'hommes a cherché à détruire, en le masquant sous des mensonges, entassant des décombres sur des décombres, des ruines sur des ruines ».
Par conséquent, le temps est venu de réallumer la Lumière, et de déblayer, une à une, décombres et ruines.

À suivre : RÉVOLUTION RELIGIEUSE EN ÉGYPTE