LE BIEN ET LE MAL


« Le progrès social ne pourra s'estimer une réalité que quand la guerre deviendra incompatible avec l'esprit des peuples civilisés, n'obéissant qu'à la loi intellectuelle, loi qui n'est autre que celle de l'ensemble des connaissances humaines, dont l'application est une exhortation perpétuelle à la Paix. »
(Olga de Bézobrazow)
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LA MORALE SCIENTIFIQUE RESTITUÉE
Si la physiologie nous montre ce qu'est le mécanisme de nos organes, si la psychologie nous apprend quelles sont nos facultés mentales et sentimentales, la morale nous enseigne l’usage que nous devons en faire.
La physiologie nous dit ce que nous pouvons, la psychologie ce que nous faisons, la morale ce que nous devons.
On peut la définir ainsi : « C'est l'ensemble des règles qui doivent guider la libre activité de l’homme. »
Ces règles doivent être basées sur les vérités éternelles ; elles doivent reposer sur les principes mêmes qui ont créé la vie et dirigé l’évolution humaine. Sans cela ce n'est pas la morale.
Ces principes étant partout les mêmes, sur notre terre, tous les hommes doivent être soumis aux mêmes règles de conduite puisqu'ils sont soumis aux mêmes lois physiologique. Donc, la morale doit être une, elle doit être universelle comme les vérités premières qui doivent être l'origine et la fin de tous les devoirs de la vie.
L'histoire nous montre, en effet, que les préceptes de morale, observés chez tous les peuples de la terre, reposent sur un fond commun d'idées.
Le code du devoir a toujours été à peu près le même. La pensée souveraine qui a traversé tous les âges et qui semble être née spontanément dans toutes les parties du monde, est l'écho des lois immuables qui gouvernent la nature humaine.
Les vérités morales, nécessaires à la vie sociale de l’humanité, ne sont le privilège d'aucun temps, d'aucun peuple, d'aucun individu. Partout la conscience humaine est soumise aux mêmes lois et se développe dans la même direction.
Il ne doit y avoir qu'une morale, comme il ne doit y avoir qu'une science.
La morale universelle, unie à la science universelle doit devenir la Religion suprême, celle qui dirigera tous les peuples, qui régnera dans toutes les nations.
« Les lois morales ne sont pas nées d'hier ni d'aujourd'hui, elles vivent de toute éternité ; je ne pense pas que les ordres d'un mortel aient assez de force pour renverser ces lois, qui ne sont pas écrites, mais qui sont immuables. » (Sophocle Antigone).
Mais les causes premières sur lesquelles se base la loi morale échappent à l’entendement actuel de l’humanité.
Elles sont à l'origine de la vie sociale, comme les causes qui ont dirigé l'évolution des êtres sont à l'origine de la substance organisée.
L'idée que nous avons d'une loi morale n'a pas son origine dans notre moi actuel, nous l'apportons en naissant, c'est un lot de l'héritage ancestral. Nous pressentons les lois de l’ordre moral, nous les proclamons et nous nous y soumettons avant de les comprendre : C'est un phénomène d'atavisme. Nous pouvons même dire que, dans l'état actuel de l'esprit humain, les causes n’en sont plus du tout comprises.
Et, cependant, il semble qu'une voix intérieure révèle à l’homme la différence qui existe entre le bien et le mal, le juste et l'injuste. Mais la cause de ces différences lui échappe.
C'est un flambeau que les générations se passent de mains en mains sans que personne ne songe à demander qui a allumé ce flambeau, où, quand et pourquoi….
« Quant à l'idée du bien et du mal, de l'honnête et de l'infâme, de la décence et de l'indécence, du bonheur et du malheur, de ce qui est conforme au devoir, de ce qu'il faut faire, ou ne pas faire, quel homme ne l'a pas apporté, pour ainsi dire, en venant au monde ? » (Epictète. Discours)
Les causes morales doivent être cherchées dans les principes mêmes qui ont créé la vie et dirigé l'évolution puisqu’elles sont inhérentes à la nature humaine. Mais il faut savoir quel est le rapport qui peut exister entre ces principes et les actions des hommes ; pourquoi la nature humaine est organisée de telle sorte qu'en suivant ses impulsions l’homme ne va pas toujours vers le bien ? Quelle signification on doit donner au mot bien et au mot mal, quel est le but que l'homme doit chercher à atteindre, en un mot, qu'est-ce que la perfection morale ?

Pour répondre à ces questions, nous avons dû remonter le cours de l'évolution humaine, chercher quand et comment le mal a commencé, car, de même que nous ne comprenons l’existence de nos organes qu'en les étudiant dans leur développement, de même que nous ne comprenons leurs fonctions qu'en remontant dans l'évolution physiologique, ainsi de même, nous ne pouvons comprendre la raison des rapports établis aujourd'hui entre l'homme et ses semblables qu'en remontant le cours de l'évolution psychique de l’humanité.
C'est donc à la science que nous avions à faire appel puisque, elle seule pouvait nous éclairer en nous montrant les faits dans leur évidence, les causes dans leur origine.
Sans cette évidence, que la science seule nous donne, nulle autorité n'a le droit d'imposer à l'homme un précepte à observer, un devoir à remplir.
Toute prescription non justifiée par une loi de la Nature est arbitraire et doit être suspecte. La loi doit avoir sa cause et cette cause doit être démontrée ou démontrable.
Si l'ignorant a pu se soumettre à des préceptes imposés arbitrairement, c'est parce que, sentant sa faiblesse, il a eu confiance dans ceux qu'il a accepté pour maîtres, dans ceux à qui il a laissé le soin de penser pour lui.
Mais celui qui se sent fort veut savoir le pourquoi des actes qu'on lui impose.
« Hors de la foi point de salut », a-t-on dit. Nous répétons aujourd'hui : « Hors de la foi scientifique pas de morale ».
Nous devons croire à la raison d'être des choses, pour les accepter. Sans cette condition première : la foi, rien ne peut entrer dans l’esprit des hommes. La doctrine morale de l'avenir doit se baser sur ces mots : savoir pour croire ; croire pour vouloir.

Pour pratiquer le bien et éviter le mal, il faut savoir où est le bien et où est le mal, il faut connaître les causes qui font que telle action est bonne, que telle action est mauvaise.
C'est la mission de la vraie science de faire cette recherche ; c'est sa mission d'en imposer les conclusions après en avoir rendu la nécessité évidente.
Gardons-nous bien de séparer la morale de la science comme ont eu la malencontreuse idée de le faire certains philosophes qui, tout en proclamant l'infaillibilité de la science, n'ont pas su pousser jusqu'au bout, les conclusions de leurs affirmations.
C'est ainsi que nous lisons, avec regret, dans un livre de M. Büchner, cette phrase : « La science n'a rien à voir directement avec les mœurs, au point de vue idéal, et toute recherche serait entravée si elle dépendait de semblables considérations. »
Ceci prouve que M. Büchner ignore qu'il est une science qui régit les mœurs, et qui n'est pas autre chose qu'un chapitre de la physiologie.
Comment se fait-il qu'il ignore cela ?
C'est parce que, comme bien d'autres, il confond la vraie morale avec la fausse morale qui, elle, n'a pas de bases scientifiques.
« La société nous a imposé une certaine forme de morale, mais cette société n'est que le reflet de l'ensemble de l'humanité. Or, à en croire la société et sa morale, il est permis d'être avide ; il est permis de tuer son prochain au nom de Dieu, de la patrie, ou d'un idéal ; il est permis d'être compétitif, envieux, dans les limites de la légalité. Une telle morale n'est absolument pas digne de ce nom. Il faut la renier au plus profond de soi de manière radicale » (Jiddu Krishnamurti, La vraie lumière en nous La vraie méditation).
Voyons maintenant en quoi ces deux morales diffèrent l'une de l’autre.

LES DEUX MORALES
Deux morales ont régné sur la terre.
L'une faite par la femme, au début de l'évolution humaine, bien loin dans le passé, l'autre faite par l’homme, plus tard ; car, tour à tour, la femme et l’homme ont dominé.
Quand c'est la femme qui domine et fixe la loi morale, cette loi est empreinte d'une haute justice, d'une suprême élévation d'idées, elle est dégagée de tout intérêt personnel.
On dirait que la femme n'est pas humaine.
Sa suprême justice met en haut ce qui est bien, en bas ce qui est mal. Elle plane au-dessus des mesquines préoccupations de la vie de l'homme, elle les dédaigne et méprise ceux qui s'y arrêtent. Sa morale condamne ce qu'elle méprise et cela c'est :
- Le sceptique qui craint la vérité.
- Le lâche et sa lâcheté.
- Le pervers qui accuse les autres de la perversion qui est en lui.
- Le méchant, qui a l'instinct du mal.
- Le rusé qui cherche des dupes.
- Celui qui s'abaisse, le chien humain qui se laisse battre pour un os.
- L'orgueilleux, mendiant d'honneur et d'argent.
- Le mesquin qui pense à la petite utilité.
- Le timide, l'indécis, qui n'ose faire le bien.
- Le menteur
La femme crée une aristocratie du bien. C'est elle qui, parlant de son sexe, a pu dire, jadis : « nous, les véritables ! »
Sa noblesse c'est sa véracité.
Maintenant encore, la femme supérieure détermine la valeur des autres en les comparants à ce qu'elle est elle-même ; l’écart entre elle et eux est son étalon des valeurs morales. Elle méprise le jugement des inférieurs porté sur elle, elle sait que c'est la condamnation de ses grandeurs dictées par un sentiment de jalousie.
La Femme sait que ce qu'elle réprouve « est mal » que ce qu'elle approuve « est bien » parce qu'elle a l’instinct du bien et du vrai. La grande femme primitive se glorifiait elle-même, ce qui est une preuve de sa valeur. Si elle se méconnaissait soi-même, elle ne pourrait pas juger les autres. Elle a conscience de sa plénitude, de sa puissance, de son autorité. Sa haute raison déborde, et lui dicte des ordres, elle est généreuse autant qu'elle est grande. Elle donne, elle ne prend pas.
C'est qu'elle a le suprême bien, le bonheur intense de la vie complète... une richesse inépuisable et inattaquable, celle-là. Elle s'occupe du malheureux, pour l’aider à vivre, parce qu'elle a horreur de la souffrance. Elle s'occupe des autres en vertu d'une impulsion puissante de sa nature généreuse.
Cependant sa justice n'a pas de faiblesse elle est intègre dans le châtiment.
L'horreur du mal la rend sévère. Autant elle se laisse toucher par l'effort pour le bien, autant elle est inflexible pour le coupable qui fronde...
La supériorité est ironique. La mascarade sociale, quand elle ne l'indigne pas la fait rire, les petites faussetés des hommes la navrent et l'amusent.
Dans la morale des femmes c'est le bien qui se fait craindre.
La femme s'impose par le bien.

Quand c'est l'homme qui domine et veut « moraliser », lui qui doute et qui ignore, qui se sait faible d'esprit et qui souffre de la puissance féminine, qu'elle est la base de la morale ? Sur quoi fonde-t-il ses jugements ?
Il regarde avec méfiance les vertus de la femme.
Il a du scepticisme et de la défiance, il ne veut pas accepter la vérité, parce qu'elle impose des lois qui le gênent. Il se méfie de tout ce que la femme glorifie, de tout ce qu'elle déclare bon, comme de tout ce qu'elle déclare vrai. Il ne veut même pas croire au bonheur qu'elle lui promet, il combat son propre intérêt, tant il se méfie de la supériorité qui travaille pour lui.
Ce qu'il cherche c'est le petit intérêt immédiat : la main qui donne ; c'est le plaisir sexuel : le cœur qui aime. Mais avant tout il veut la soumission à sa volonté, l'application des autres à le servir, leur patience à le supporter, leurs prévenances et leurs flatteries.
C'est cela que l'homme met dans sa morale, il la fait de manière à favoriser ses instincts, et, pour y arriver, il veut se faire craindre ; il terrorise ceux qui le discutent, il rejette, avec son caractère terrible, le mépris que les bons (et les femmes) lui prodiguent.
Pour l’homme la morale est un code de prescriptions dictées par l'utilité ou la nécessité et consacré par le consentement général des masses masculines.
Le contraste de la morale de l’homme avec la morale de la femme est frappant.
La morale féminine fait monter. Elle fait triompher l'homme-raison, elle intensifie sa vie.
La morale masculine fait descendre.
Celle de la femme est basée sur l'autorité morale : s'affranchir de cette autorité, c'est être libertin, celle de l'homme est basée sur l'autorité brutale : s'affranchir de cette autorité, c'est être libertaire.
Aucun homme n'a formulé la vraie morale. Tous, quand ils s'en sont occupés, se sont mis à côté de la question volontairement ou involontairement. Ils ne veulent pas aborder le vrai problème parce qu'il contient des « vérités gênantes ».
Et, peut-être ne le peuvent-ils plus.
Les philosophes, en général, n'ont fait que philosopher sur d'anciennes idées, d'origine féminine, qu'ils ne comprenaient pas, ne voulaient pas comprendre.
Partant de ce malentendu on a fait une morale bâtarde.
D'abord, la morale féminine incommode fut discutée par des fous dialecticiens, aussi méthodiques que déraisonnables, on trouva ses titres insuffisants, on la nia, à force d'extravaguer logiquement, puis on la supprima, mettant à sa place des nouveautés insolites, contraires aux lois admises, aux coutumes établies, des nouveautés pour lesquelles il fallut créer le mot : immoral. Ce fut un tourment profond pour celles qui furent témoins de cette substitution. Elles virent avec horreur et terreur, la loi morale sacrifiée aux intérêts d'un parti, d'une caste, d'un sexe.
Cela se fit timidement d'abord, par tentatives isolées ; tel homme, sortant de sa valeur en jouant, en parodiant la femme, sans intention sérieuse de rester dans le rôle pris, endossait la robe de la prêtresse et se faisait prêtre, un instant ; tel autre prenait la robe des Reines et, pour un jour se faisait roi, l'un rendait la justice vêtu de la robe et, sous le même costume, l'autre parodiait son enseignement.
Ce jeu fut l'origine du carnaval.
Mais, tel qui avait régné un jour voulut garder le pouvoir, et s'y riva par l'approbation de ceux qui voyaient dans son cas un exemple, un précédent dont ils allaient profiter.
Ce fut la première phase de l'erreur sociale.
Nous sommes arrivés à la dernière, aujourd'hui caractérisée par le « scepticisme scientifique », « le pessimisme chrétien », « l'utilitarisme démocratique », qui sont trois formes, trois symptômes de la dégénérescence d'une race.
En face de cet effondrement, une œuvre immense s'impose : remettre chacun à sa place, faire la « révision des valeurs morales » et leur donner un critérium scientifique, puis donner à la vraie morale une base fixe afin d'assurer, à jamais, son règne.
C'est de cette révision que dépend l’avenir du monde.

LE BIEN ET LE MAL
Tacite disait que, dans les temps de révolution le plus difficile pour un homme de bien n'était pas tant de faire son devoir que de le connaitre.
C'est à l’époque de révolution morale que nous traversons que l’on peut surtout appliquer cette parole. Ce qui manque actuellement, c'est la notion claire du vrai, du juste, du bien. Il règne aujourd'hui sur tout ce qui est relatif à la morale un chaos d'idées contradictoires. La morale primitive est encore au fond des esprits, ses préceptes sont indiscutables, mais à côté des lois qu'elle a dictées, à côté des devoirs qu'elle impose, et pour s'en affranchir, on a érigé d'autres lois, on a institué l'autre morale, la morale de capitulation destinée à légitimer l’usage du vice. On s'est affranchi des devoirs que la vraie morale impose et que l’on considérait comme une contrainte gênante.
Cette morale de tolérance est si bien identifiée avec nos mœurs, qu’il est difficile de démêler le bien du mal, le vrai du faux, le juste de l’injuste. La confusion qui règne sur ce terrain est telle que nous voyons tous les jours des hommes, qu'on appelle de grands moralistes, formuler des propositions en opposition flagrante avec la vraie morale.
Nous avons à rétablir la loi dans toute son intégrité.
Pour atteindre ce but, c'est à la science seule que nous demandons des conclusions. La vraie science, sur cette matière, comme sur les autres, répond avec précision, elle est au-dessus des passions humaines, elle ne sert les intérêts d'aucun parti, elle n'a pas de masque, elle se prononce, comme toujours, simplement et sûrement.
Si nous lui demandons où est le bien, où est le mal, elle nous répond que c'est en étudiant les conséquences des fonctions sexuelles, dans l'évolution humaine, (grave question jusqu'ici systématiquement oubliée) que l’on arrive à trouver l'origine des lois morales.
Ces fonctions, en effet, ont une immense signification dans la vie de l'humanité et, ce n'est pas sans raison, que tous les systèmes religieux, philosophiques ou sociaux en ont fait le pivot autour duquel roulent toutes les actions morales.

Le moment où commence la vie sexuelle dans l'évolution ontogénique, ou phylogénique, car l’une est l'image de l'autre, marque le moment où commence, dans la société, c'est-à-dire dans les individus qui la composent, tous les désordres psychiques qui se traduisent en faits sociaux. C'est l'origine du mal, de la violence, du mensonge, de l'injustice.
C'est par la fonction génératrice de l'homme, accomplie dans la vie ancestrale avec une progression croissante, que l'intelligence humaine s'est, peu à peu, obscurcie et a amené une décadence que l'on ne saurait nier.
En étudiant l'origine et le développement de cette fonction nous avons donc résumé toute l'histoire de la vie morale des peuples et prouvé, une fois de plus, que c'est par la science seulement, que l'on peut définir et formuler « la loi morale ».
En étudiant, au point de vue physiologique et psychologique le rôle que la sexualité assigne à l'homme et à la femme, en mettant les questions morales et sociales, qui en résultent, sur le terrain de la science, nous avons fait une œuvre qui n'avait pas encore été tentée jusqu'à ce jour.
Tout ce qui avait été dit, sur ce sujet, était empreint de passion et d'ignorance. L'erreur avait été aussi grande du côté des femmes que du côté des hommes. Les femmes avaient revendiqué des droits qu'elles ne connaissaient pas, les hommes, qui ne les connaissaient pas davantage les leur avaient refusés avec entêtement, la science n'avait rien eu à faire, jusque-là, dans le débat. En ramenant cette question à la physiologie nous lui avons ouvert un horizon nouveau.
Ce n'est qu'en appuyant les prescriptions morales sur des faits scientifiques, que l’on peut arriver à parler à l'esprit des hommes ; c'est ainsi, seulement, qu'on leur fera comprendre que leur intérêt bien entendu est dans l'ordre qui doit résulter d'une organisation sociale basée sur les lois éternelles de la Nature.
Les défenses, les condamnations imposées par les religions, qui prescrivent sans expliquer, n'ont jamais su mettre un frein aux passions déréglées des hommes.
Les armes, que les institutions sociales ont confiées à la police, sont moins efficaces encore, puisqu'elles n'atteignent que les délits visibles et qu'il s'agit de mettre un frein à une action presque toujours cachée.
Mais, pour traiter cette question délicate de la sexualité, et de ses fonctions, sur le terrain brutal de la science, il fallait un certain courage car il s'agissait de démasquer tout le système de mensonge et d'hypocrisie qui enveloppait cette question depuis tant de siècles. Il fallait oser mettre en évidence le malentendu qui avait été créé par la fausse morale, laquelle s'était implantée, grâce à l'audace des uns, à la faiblesse des autres ; il fallait oser, en signalant l'erreur, remettre les choses à leur place et montrer que cette question est l'origine de tous les troubles qui règnent dans la société, il fallait oser faire la lumière sur une fonction dont on avait rendu l'étude très scabreuse, à force d'en avoir défiguré la signification. Or, la susceptibilité de certains hommes est extrême, sur ce terrain-là, bien à tort, car en rétablissant les faits, que nos ancêtres ont altérés, ce n'est pas la génération actuelle que nous accusons du mal qui existe, elle n'est pas coupable des erreurs qui nous ont été transmises, elle fait même de louables efforts pour les combattre.
Mais, à côté de ces susceptibles, qui perpétuent et propagent les erreurs dangereuses, de toutes parts nous voyons s'élever une légion d'hommes sages, aimant et cherchant le progrès moral, avant-garde de l'armée intellectuelle, élite des nations.
Ce sont eux qui nous soutiennent, qui nous aident à développer et à propager la grave question qui est exposée ici.

LES DROITS ET LES DEVOIRS
L'étude que nous venons de faire nous a montré les différences physiologiques et, par conséquent psychiques, morales et intellectuelles que la sexualité détermine entre les individus qui forment les deux fractions du genre humain (voir les deux articles précédents : « PSYCHOLOGIE ET LOI DES SEXES : LOI MORALE » et « CEUX QUI VIVENT CE SONT CEUX QUI LUTTENT ») .
Il y a une psychologie masculine et une psychologie féminine comme il y a un instinct masculin et un instinct féminin.
Il résulte de ceci que les lois morales que l’on fait pour un sexe ne peuvent pas être appliquées à l’autre sexe puisque, si elles répondent aux conditions psychiques et sexuelles de l'un, elles ne répondent pas aux conditions de l'autre.
C'est le devoir, et le but de la science, de fournir des données qui permettent d'édifier des lois morales basées sur les lois psychologiques qui régissent la vie.
La sexualité entraîne l'homme dans une voie qui lui est funeste, puisqu'elle tend à diminuer sa valeur intellectuelle.
Elle pousse la femme dans une voie qui lui est favorable puisqu'elle lui laisse, et lui assure, la libre progression intellectuelle, et ne diminue que ses facultés motrices.
Or, il est de toute évidence que des individus qui sont si dissemblables par l'organisation physiologique doivent être également dissemblables par les devoirs que leurs facultés leur assigne, par les droits que ces mêmes facultés leur permettent de réclamer, par les fonctions qu'ils ont à remplir dans la Société.
Nier les différences physiologiques que détermine la sexualité c'est nier l’évidence ; nier la relation qui doit exister entre les facultés des individus et les fonctions qu'ils ont à remplir dans la Société, c'est nier la science sociale.
Les fonctions, comme les responsabilités, comme les droits, comme les devoirs dépendent des capacités, et les capacités sont variables.
Il suffît donc, pour déterminer les fonctions, en même temps que pour accorder des droits, de connaître exactement la mesure des facultés de chacun.
Cette étude est faite.
Tout ce que nous avons dit précédemment, démontre que, ce qui différencie les hommes et les femmes c'est là différence d'intensité dans les courants nerveux qui dirigent tous les actes de la machine humaine.
C'est l’inégale répartition de l'influx nerveux dans le système cérébral et dans le système sympathique, qui fait qu'il y a, pour ainsi dire, deux individus dans l’homme. Un individu qui accumule son avoir dans la vie personnelle, et un individu qui donne le sien à la vie à venir, à la génération. Celui-là vit hors de lui-même.
Or, les fonctions morales sont les fonctions de la vie personnelle.

Pour assigner à chacun son rôle dans la Société il faut considérer les facultés qui régissent la vie individuelle de chacun.
Nous avons vu que chez les êtres mâles c'est la motricité qui domine dans la vie de relation et que chez les êtres femelles c'est la sensibilité.
Par conséquent, la science, avec l'infaillibilité qui caractérise ses lois, veut que toutes les fonctions qui demandent une dépense de force musculaire soient réparties aux hommes, et, parmi les hommes, aux plus robustes, et que celles qui demandent une dépense de force sensitive soient réparties, aux femmes et parmi les femmes aux plus sensitives. Qui osera contredire cette affirmation ?
Inutile d'énumérer les fonctions qui relèvent de la force musculaire, de l’action, chacun les connaît. Mais celles qui relèvent de la force sensitivo-cérébrale sont beaucoup moins connues. On a même fait, sur ce sujet, une confusion venant de ce que l’homme fait de la sensibilité un attribut sexuel, alors que, chez la femme, la sensibilité n'est qu'un attribut intellectuel.
On n'aime pas à reconnaître que si musculairement l’homme est le plus fort, moralement la femme est plus forte que l'homme.
Dans l'état primitif et naturel de l'humanité, nous voyons l'homme se livrer à la chasse, à la pêche, à la construction des habitations, des instruments, à la culture de la terre. Il fait ce que son instinct lui dit de faire et il le fait bien.
La femme s’occupe de la direction intérieure, de l'administration, de l'éducation des enfants ; elle est Reine au foyer, elle dirige et gouverne, à elle incombe tout ce qui demande du discernement, de la prudence, de la patience, du raisonnement, de la persévérance.
Cette famille primitive représente la première forme de l'Etat.

Dans les nations modernes, dites civilisées (ce qui, aujourd'hui veut dire, par antithèse, soumises au régime de la Force), on a renversé cet ordre de choses. On a donné à l'homme les fonctions féminines (celles qui ne peuvent être remplies qu'à la condition de posséder des facultés de femme) telles que l'administration, la direction morale, l'enseignement sous toutes ses formes, la médecine, le droit, la justice, fonctions qui demandent de la logique, du raisonnement, de la patience, de l'équité, de la prudence, de la persévérance, c'est-à-dire toutes les qualités déterminées par l'agent nerveux sensitif.
On a donné ces fonctions sensitives à des hommes « moteurs » qui n'ont ni patience, ni prudence, ni équité, ni raisonnement, ni logique, ni persévérance, puisqu'ils n'ont pas l'intensité sensitive qui donne ces facultés. Mais, en échange, ils ont l’égoïsme, l'emportement, l’inconstance, l'interversion de l'esprit, l'injustice, qualités négatives qui existent, à des degrés très divers, il est vrai, dans les hommes et qui rendent impossible l'exercice de ces fonctions sensitives.
Les hommes, en prenant pour eux les fonctions des femmes, ont, en même temps, pris, pour eux, les droits des femmes, droits qui sont inhérents aux facultés que ces fonctions supposent. Ces droits sont les privilèges de l'aristocratie de l'Esprit. C'est le véritable « droit divin », sur lequel doit reposer toute autorité.
Ce n'est que peu à peu que les hommes ont envahi le domaine des femmes et les en ont chassées. Mais, une fois établis, en conquérants, sur ce terrain, ils s'y sont maintenus par la force et par la ruse. La femme a été déchue de ses droits.

C'est la force brutale qui a assuré, à l'homme, une position à laquelle il n'avait pas de droits naturels. En agissant ainsi, il violait les lois psychiques et les lois morales, qui en sont la conséquence, il violait le droit.
Mais comme tous les hommes ne sont pas aussi avancés dans l'évolution du mal, comme l'héritage naturel que chacun apporte en naissant lui remet dans l'esprit un germe de vérité, il s'est trouvé, dans tous les temps, des hommes meilleurs que les autres qui ont eu une sorte de honte de cette injustice, qui l’ont comprise, et même, qui ont protesté, quoique cette injustice était établie à leur profit. Tout ce qui restait de droiture, de logique, dans leur esprit, clamait contre cette façon de renverser les choses, leur conscience se révoltait à l'idée d’écraser, dans la femme, ce qu'il y avait de meilleur en eux. Ce sont ces hommes-là qui élevaient la voix pour défendre le droit des femmes. Mais, jetant les yeux autour d'eux et ne rencontrant, partout, que des femmes privées de toute culture sérieuse, et livrées à toutes les futilités du luxe, on comprend qu'ils n'aient pas encore reconnu, dans la femme, la Prêtresse et l’Éducatrice de l’avenir. Ils ont demandé, seulement, que la femme soit considérée comme l’égale de l'homme.
L'homme s'étant fait une supériorité factice par l’instruction, était arrivé à se croire véritablement supérieur à la femme. Cette opinion que l'homme avait de lui-même prouvait, cependant, son ignorance, car, s'il avait été en possession de la vraie science il aurait compris qu'elle était sa place dans la Nature.
L'homme, en demandant que la femme soit l'égale de l'homme, semble donc faire une concession. C'est l'usurpateur qui veut bien laisser le vaincu occuper une partie du terrain qu'il a conquis, mais, à la condition qu'il n'en sera pas expulsé ; il veut bien partager la conquête, il ne veut pas abandonner ce qu'il a enlevé par la force et qu'il considère, aujourd'hui, comme légitimement à lui. En réalité, déclarer l'égalité des sexes, c'est encore donner à l'homme une position à laquelle il n'a pas droit, c'est encore faire des concessions à la force, au détriment du droit, c'est monter l’homme, injustement, à la hauteur morale de la femme.
Il ne faut pas s'étonner de ce reste d'injustice, même dans l'esprit des meilleurs d'entre les hommes. Il faut bien qu'il y ait injustice et égoïsme dans tout ce que dit et fait l'homme, puisque ces deux qualités négatives sont la base du caractère masculin. L'homme qui ne serait pas injuste ne serait pas homme, puisque la suprême justice consiste à vaincre la force et à faire triompher le droit, et que l’homme, par son instinct est entraîné vers le régime de la force. Plus il devient homme, plus il devient injuste, puisqu'il s'enfonce, de plus en plus, dans son évolution sexuelle, où il gagne en force tout ce qu'il perd en sensibilité, c'est-à-dire en droit.

Pour rester toujours le maître, l’homme a, de tout temps, mis les institutions et les mœurs en harmonie avec les facultés qu'il possédait. Le résultat final d'un tel régime serait le triomphe de la bestialité.
Ceux qui veulent faire de la femme, l’égale de l’homme, méconnaissent la différence de facultés qui existe entre les deux sexes, ou la relation qui existe entre les facultés et les droits.
Par conséquent, loin de réclamer l'égalité des fonctions pour les individus des deux sexes, il faut réclamer l'inégalité, remettant chacun à sa place : l’homme aux fonctions motrices, la femme aux fonctions sensitives.
Il ne faut pas davantage réclamer l'égalité de droits, mais, au contraire, l’inégalité, en revendiquant, pour la femme, les privilèges de son sexe, les privilèges qui lui appartiennent puisque ses facultés naturelles les lui assignent ; les privilèges auxquels elle a des droits imprescriptibles, ceux, enfin, que l'antiquité lui reconnaissait et n'a pas cessé de lui accorder, jusqu'au jour où le Christianisme, en effaçant les différences sexuelles, a mis la femme au rang de l'homme, la rabaissant par cette égalité qu'il veut maintenant lui faire envisager comme un avantage.
La femme doit reprendre la place qu'elle avait dans la société antique, elle doit redevenir la Prêtresse qui enseigne et dirige moralement les hommes.
L'égalité sexuelle efface tous ces privilèges, elle est injuste autant qu'elle est impie.
Je nie donc la théorie de la femme égale de l'homme, mais je la nie, parce que si la femme se mettait au rang de l'homme, elle perdrait les privilèges que lui donnent ses facultés sensitives, elle perdrait son droit au respect.

Les femmes qui réclament l'égalité de droits pour les deux sexes font preuve d'ignorance ; elles montrent, par-là, qu'elles ne connaissent pas la loi des sexes, elles ne savent pas ce qu'elles valent puisqu'elles aspirent à s'inférioriser en abdiquant une partie des droits que leur qualité de femme leur assigne. Elles font preuve, aussi, de servilisme et de lâcheté puisqu'elles semblent, par cette conduite, reconnaître la supériorité que l'homme s'est adjugée.
Les premiers législateurs religieux, en faisant des lois morales pour entraver les fonctions sexuelles, n'avaient visé que le sexe mâle. C'est aux hommes que l'on recommandait de combattre l'instinct et d'obéir à la raison qui en est, pour ainsi dire, le pôle opposé.
L'instinct, en effet, c'est l’abandon de soi-même aux impulsions de la Nature. Or, depuis le moment où les sexes se séparent, le mâle est poussé par le besoin qu'il ressent d'éliminer l'élément sensitif, à s'enfoncer dans une voie décroissante qui lui donne des caractères physiques qui le rapprochent de l'animal, de l'Anthropoïde. (C'est alors qu'il affirme que le singe est son ancêtre, pour justifier cette ressemblance).
On a dit, depuis des siècles, que l'homme livré à ses instincts se rapproche de la brute, et ce n'est pas une figure, c'est l'expression d'une vérité physiologique. Il n'y a que le Darwinisme qui ait nié cette vérité, et l'ai renversée.
L’homme décroit moralement, c'est-à-dire sensitivement, à mesure que la sexualité s'accentue en lui. Dans l'enfance il possède une douceur de caractère, une vivacité d'imagination, une rectitude de jugement, une lucidité d'esprit qui s'atténuent peu à peu, et disparaissent dans l'homme livré à ses passions.
C'est pourquoi tant d'hommes, qui n'ont pas su mettre un frein aux impulsions de leur instinct sont devenus des êtres dégradés chez lesquels tous les bons sentiments ont disparu et qui n'ont plus en partage que la brutalité, l’orgueil, l'envie, l'égoïsme. Chez eux, plus rien de l'exquise sensibilité de l'enfance et de l'activité intellectuelle qui en résulte, plus aucune élévation d'esprit, plus aucune notion de justice.

En considérant un homme arrivé à cet état de déchéance, dans son évolution sexuelle, on est forcé d'affirmer une loi toute contraire à celle de la théorie Darwinienne.
L'homme qui s'abandonne aux impulsions de sa nature, c'est-à-dire qui agit selon la sélection naturelle, cet homme-là ne vient pas du singe, il y va.
C'est parce que l'homme a une tendance qui s'accentue de jour en jour, à étouffer la voix de la raison qui est en lui, que les premiers législateurs ont cru utile de remplacer cette voix, trop souvent méconnue, par des lois. La loi est la conscience publique. Elle est la base de la morale, et la morale est la science des mœurs, la science des devoirs.
Le devoir est une obligation que l'homme intelligent se reconnaît à lui-même. Pour lui ce n'est pas une contrainte infligée par la société.
Mais pour être accompli le devoir doit être compris. S'il n'est pas compris, s'il est imposé, il est bientôt considéré comme une tyrannie et secoué à la première occasion. Du reste, le devoir intime ne peut être contrôlé que par l'individu lui-même, il ne peut donc pas être imposé, s'il n'est pas compris.
La mission de la science est de remettre l'idée du devoir dans la conscience de l'homme, en lui en montrant les causes, en même temps qu'elle en formule la loi.
Moins l'homme est contraint par la force, plus il est tenu par sa conscience. L'esprit d'opposition qui est en lui fait que si on lui impose un devoir, il ne pense qu'à le violer.
Il y a donc une loi morale supérieure, qui plane au-dessus des institutions sociales actuelles, qui ne dérive pas d'elles, mais de la Nature. Et, pour que l’ordre règne, il faut que les institutions sociales soient désormais basées sur cette loi.
Suivant l’illustre Pausanias, « les lois doivent commander aux hommes, et non les hommes aux lois ».
Nous avons essayé de formuler un nouveau Décalogue, l’ancien n'étant plus suffisant pour diriger la vie moderne.

Nous formulons séparément les devoirs de l’homme et ceux de la femme, Les voici :

COMMANDEMENTS - LES DEVOIRS DE L’HOMME

1. — Devoir de chasteté :
Tu observeras six jours de chasteté sur sept. Aime la femme. Ne lutte pas contre l'amour, mais lutte contre la débauche.
Ne rends pas à l'homme l'hommage dû à la femme.

2. — Devoir de respect :
Ne sois pas orgueilleux ; ne prends pas la place des autres.
Respecte la femme, la vieillesse, l'enfance, l'intelligence, le talent, la souffrance. Respecte la vie dans la Nature entière.

3. — Devoir de générosité :
Ne sois pas égoïste, ne sois pas avare, ne vole pas, ne trompe pas pour un gain illicite.

4. — Devoir d'altruisme :
Ne sois pas envieux, personnel. Pense aux autres, ne les jalouse pas. Aide-les dans ce qu'ils font.

5. — Devoir de douceur :
Évite la colère, l'irascibilité, sois poli, prévenant, serviable, ne brutalise personne, ni la femme, ni l’enfant, ni l'animal. Ne tue pas. Ne fais pas souffrir.

6. — Devoir de travail :
Fais ta part de travail dans la société, afin d'avoir droit à ta part de bonheur, ne cherche pas à t'y soustraire. Cultive ton esprit. Calcule l'emploi de ton temps.

7. — Devoir d'hygiène :
Fuis l'intempérance. Ne sois pas gourmand, ne t'enivre pas, observe les lois de l'hygiène.

8. — Devoir de franchise :
Ne mens pas. N'exagère pas. Ne fais pas de faux rapports. Ne calomnie personne. Avoue tes fautes, ne les justifie pas.

9. — Devoir de loyauté :
Ne sois pas rusé, ne sois pas hypocrite, parle ouvertement, ne sois pas traître, tiens tes promesses.

10. — Devoir de bonne foi :
Ne nie pas ce que tu ignores, crois les vérités démontrées, ne prononce pas de jugements précipités, n'accepte pas les propositions douteuses sans examen.


LES DEVOIRS DE LA FEMME

1. — Devoir d'amour :
Aime l'homme sans honte. Ne consens pas à ses désirs en dehors du jour prescrit. Ne le tente pas inutilement, ne l'avilis pas. Élève-le. Honore la femme qui aime, ne la jalouse pas.

2. — Devoir de dignité :
Fais-toi respecter, ne cède jamais tes droits. Respecte toi-même ceux et celles qui te sont supérieurs par l'esprit.

3. — Devoir de bonté :
Sois charitable et bonne. Donne ce que tu peux donner, adoucis les souffrances, soigne les malades, encourage ceux qui luttent, console les malheureux.

4. — Devoir de patience :
Ne t'irrite pas, ne t'impatiente pas. Calme la colère des autres, ne la provoque pas, pacifie ceux qui luttent, réconcilie les ennemis.

5. — Devoir d'altruisme :
Ne jalouse aucune femme, ni les plus riches, ni les plus intelligentes, ni les plus jolies, ni les plus aimées. Ne te fais pas complice de l'envie des hommes, ne propage pas leurs médisances, ne désunis pas ceux qui sont unis.

6. — Devoir d'hygiène :
Soigne ceux qui t'entourent. Etudie l'hygiène pour eux et pour toi. Embellis la vie par l'application de tous les progrès.

7. — Devoir d'activité :
Etablis l'ordre chez toi. Distribue le travail aux autres.
Fais, toi-même, ce que tu peux faire, et ce que ta position t'impose. Ne dépasse pas la mesure.

8. — Devoir de franchise :
Ne mens pas. Ne permets pas qu'on mente près de toi.
Donne l'exemple de la franchise. Combats les préjugés.

9. — Devoir de loyauté :
N'emploie jamais la ruse, ne la permets pas près de toi.
Démasque les hypocrites.

10. — Devoir de vérité :
Enseigne les vérités que tu connais. Cherche celles que tu ignores. Rectifie les erreurs. Ne permets pas qu'on nie ce qui est. N'encourage pas les railleries des sceptiques. Ne rie jamais de ce qui est vrai. Fais le respecter.
Ne discute pas avec les gens de mauvaise foi.

LE BONHEUR
Toutes les actions des hommes semblent n'avoir qu'un but ; le bonheur.
Qu'est-ce donc que le bonheur ? Quelle en est la base ? Où en est la mesure ?
Les philosophes libertaires, qui s'occupent beaucoup de la question, nous répondent : « Le bonheur c'est, pour chaque individu, la faculté de satisfaire librement tous ses besoins physiques, intellectuels, moraux. » (Sébastien Fauve)
Or, je vois que l’homme, livré à lui-même, c'est-à-dire à l'impulsion de ses instincts, jette l'humanité dans un abîme de douleur. Je vois que, non seulement, il fait souffrir les autres, mais qu'il est lui-même victime de sa liberté puisque la première chose qu'il fait c'est d'en abuser.
Et comment en abuse-t-il ?
En se donnant des jouissances matérielles. Ses sens demandent des satisfactions que sa raison réprouve et c'est cependant à ses sens qu'il obéit.
Voyez un homme longtemps réduit à la pauvreté ; que fait-il le jour où, par bonheur, ou par malheur, une somme d'argent vient lui donner le pouvoir de satisfaire ses désirs ?
Il se paie un bon dîner d'abord, puis des femmes ensuite : deux intempérances. Par la première, il gâte son estomac et ruine sa santé ; par la seconde, il vide son cerveau et ruine son intelligence.
Résultat : La liberté lui a donné un germe de maladie et un germe de folie, sans compter les tourments intermédiaires.
Il résulte de ceci que les hommes les plus riches, ceux qui ont, plus que les autres, les moyens de satisfaire pleinement leurs besoins physiques, intellectuels et moraux, ne sont pas les plus heureux, si, à leurs richesses, ils n'ajoutent pas les vraies conditions du bonheur.
M. Vanderbilt père, qui fut l'un des hommes les plus riches du monde, a avoué, dans une lettre qui a été publiée, les misères de son cœur :
« Mes dollars m'écrasent, disait-il, je n'en recueille aucun plaisir, je n'en retire aucun bien. En quoi suis-je plus heureux que mon voisin dans une position modeste ? Il goûte les vraies jouissances de la vie ; elles me sont inconnues. Il peut se fier à ceux qui l'entourent ; moi je ne puis me fier à personne. »
Ceci prouve que ce n'est pas ce qu'on a qui fait le bonheur, mais ce qu’on est.

Parmi les définitions qui ont été données du bonheur, il en est une que l’on accepte assez généralement, c'est celle ainsi formulée : Le bonheur c’est la joie d'une conscience pure, c'est la pratique habituelle de la vertu, c'est-à-dire tout le contraire de ce que dit Sébastien Faure, puisque la satisfaction de tous les besoins physiques, qu'il réclame, mène au vice et non à la vertu et empêche les besoins intellectuels d'apparaître ; ils se trouvent supprimés par la satisfaction des besoins physiques, qui annulent la vie intellectuelle.
Victor Hugo, qui comprenait mieux la nature, a dît, plus justement : « Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent. »
M. Joseph de Maistre qui, étant un intellectuel, n'avait certainement pas donné satisfaction à tous ses besoins physiques, a dit : « J'ignore ce que peut être l'âme d'un scélérat ; mais je connais celle d'un honnête homme. C'est horrible. »
François Coppée fait, au sujet du bonheur, les réflexions suivantes :
« Nous savons que le plus grand saint pèche sept fois par jour et qu'il n'est pas de conscience absolument pure. On songe sérieusement à cela, je viens d'en faire l'expérience, lorsqu'on croit voir, comme je l'ai cru tous ces derniers jours, la main de la mort écarter les rideaux du lit et qu'on récapitule sa vie.
« Hélas ! Non, il ne suffit pas, pour être heureux, d’avoir fait le moins de mal possible. Au contraire, les moins coupables sont ceux qui souffrent le plus des fautes commises et se les reprochent le plus sévèrement, tandis que les natures basses et vicieuses oublient leurs mauvaises actions avec autant de facilité qu'elles ont eu peu de scrupule à les accomplir. C'est seulement dans les mélodrames que les meurtriers sont poursuivis par les spectres de leurs victimes. Il faut, J'en suis persuadé, une certaine délicatesse d'âme pour éprouver un remords durable ; et tel assassin, s'il est sûr de l’impunité, doit dormir d'un sommeil plus tranquille qu'un homme de bien qui a, dans son passé, quelques légères, mais irréparables défaillances.
« Si je crois fermement que les méchants sont peu tourmentés par le mal qu'ils ont fait, je ne me les imagine pas, pour cela, plus heureux que les bons.
« Les êtres d'une moralité inférieure ne poursuivent la félicité que dans les satisfactions matérielles, et rien n'est moins paradoxal que de constater combien c'est une erreur grossière et funeste. Sur le front de tous les jouisseurs, je vois les marques de l'assouvissement et du dégoût. Qu'ils sont courts, dans les vingt-quatre heures de la journée, les instants qu'on peut consacrer aux voluptés sensuelles ! Nul n'est capable d'imiter Hercule auprès du beau sexe, et, malgré ses millions, M. de Rothschild ne mange pas trois côtelettes à son déjeuner. L'habitude blase, l'excès épuise. J'ai toujours découvert une tristesse infinie au fond de l'homme de plaisir, car ses jouissances sont empoisonnées par la décadence physique qui les lui mesure plus avarement chaque jour et par la pensée de la mort qui va, tout à l'heure, les lui ravir. »
L'homme, ne trouvant pas le bonheur dans sa conscience, l'a cherché ailleurs, dans le travail ; ou, plutôt, a cherché à se distraire par le travail, ce qui n'est pas la même chose.
« Ancien paresseux, converti depuis longtemps, dit encore Coppée, je considère, en effet, le courage à la besogne comme le meilleur spécifique contre le monotone ennui de vivre. » Et, terminant par une formule qui se rapproche de la Vérité, il s'écrie : « Le bonheur c'est d'en donner. » Belle idée, mais qui n'est pas neuve, car, déjà, Bernardin de Saint-Pierre avait dit :
« On ne fait son bonheur qu'en s'occupant de celui des autres. »,
« Cherchez votre bonheur dans le bonheur d'autrui », dit aussi la Sagesse des Nations.
Bien ! Mais quels autres ???
C’est ici que la question se précise. Les autres, pour les hommes comme pour les femmes, c'est : l'autre sexe.

L'homme n'est heureux qu'en faisant le bonheur de la femme. La femme n'est heureuse que dans la pleine harmonie d'idées et de sentiments avec l'homme.
Il n'y a pas de bonheur pour l'homme seul.
Je n'en dirai pas autant des femmes. Elles ont en elles une plénitude de vie qui leur donne, quand même, la joie de vivre. Mais le bonheur est plus intense, pour elles, quand elles peuvent le faire partager par un homme.
La douleur inconsciente de l'homme c'est le vide que son âme incomplète laisse en lui et qui ne peut être comblé que par l'âme de la femme versée dans la sienne (1).
L'homme n'est vraiment heureux que par la réflexion sur lui du bonheur de la femme.
Mais quand c'est la douleur de la femme qui se reflète en lui, douleur causée par lui, il souffre le supplice des damnés, et il devient méchant. C'est pour cela qu'on a dit :
« Nous trouvons les hommes pervers et nous nous étonnons qu'ils soient malheureux. »
Comment l'expérience sociale ne leur a-t-elle pas encore fait comprendre que toutes les souffrances morales qui font l'infortune de l’Univers sont engendrées par la haine, la haine de sexe surtout, et que la haine est le résultat immédiat du despotisme ? Comment y a-t-il encore des hommes assez aveugles pour ne pas s'apercevoir qu'ils ont perdu l’amour de la femme le jour où ils ont fait d'elle une esclave, qu'elle n'est heureuse, et ne peut communiquer son bonheur, que dans la plénitude de ses droits et de son autorité morale, ce qui suppose le libre exercice de sa volonté ? Comment l'homme ne comprend-il pas que le bonheur, pour lui, c'est d'avoir dans la femme une maîtresse, non une esclave, un ange gardien à suivre, non à guider ? (C'est dans ce sens que j'emploie le mot maîtresse que la corruption moderne a dénaturé.)

Pour la femme le bonheur c'est de régner sur une âme d'homme, non pour l'asservir mais pour l'élever ; c'est d'être, sans cesse, en complet accord intellectuel avec lui, c'est-à-dire de le rendre semblable à elle ; c'est de vaincre en lui tous les instincts du mal.
Les sept douleurs de la femme, je l'ai déjà dit, ce sont les sept péchés capitaux de l'homme, les sept faiblesses dans lesquelles il tombe tous les jours, comme le dit François Coppée.
Le mal fait par l'homme est la grande cause du malheur de la femme. Elle en souffre directement ou indirectement.
— Directement parce qu'elle en est le témoin ou la victime, parce que le mal c'est la preuve du mépris de son autorité.
— Indirectement, parce qu'il est la cause du désordre social, qui retombe sur elle. Dans une société mal organisée ce sont les faibles qui pâtissent.
Donc la femme a des souffrances sociales que l'homme n'a pas, ou qu'il a moins qu'elle puisque c'est lui qui a fait l'organisation sociale et l'a faite dans son intérêt.
Mais l'homme a des souffrances morales que la femme ne connaît pas, dont elle ne se doute même pas. Comme sa nature ne lui impose pas la lutte avec elle-même, elle ne sait pas ce qu'est cette lutte que l'homme se livre sans cesse.
Mais si elle ignore ce que sont les angoisses de l’âme elle ne connaît pas non plus la joie du triomphe de la conscience.
Elle a, en échange de ces tourments, un calme indicible, un bonheur ineffable qui lui donne des heures délicieuses, même au milieu des souffrances sociales, et qu'on ne peut pas lui ravir puisque la cause en est en elle (2).
Si elle souffre, dans le monde, c'est de la position injuste qu'elle occupe dans la société, du mépris qui est fait de son autorité, de l'avilissement qu'elle subit, de la vue du mal dont on lui donne le spectacle et qu'elle ne peut pas empêcher.
Mais, malgré tout cela, elle a encore le beau rôle ; seulement elle ne le sait pas, elle ne voit que ses misères et n'aperçoit pas celles des hommes, elle ne sait pas que si elle est victime de l'injustice sociale, l'homme est victime d'une injustice de la Nature, condition bien plus cruelle puisqu'il ne peut y échapper ; en naissant il apporte avec lui un élément de souffrance qui pèsera sur toute son existence, et si quelques-uns s'étourdissent dans une amère gaîté, combien d'autres dissimulent mal leur malaise derrière le triste sourire que la vue de la femme fait naître sur leurs lèvres !
Ainsi donc, femmes, ne vous plaignez pas trop, vous avez encore le plus beau lot, et quand l'homme vous demande un peu de votre vie pour compléter la sienne, que l'injuste Nature lui reprend, vous êtes le riche qui a le bonheur de pouvoir donner.
Je conclus, et ce que je vais dire va sembler aux libertaires une formidable erreur. C'est, en effet, le contraire de leurs affirmations, ou, plutôt, la moitié de leurs affirmations, et je le donne comme une formidable vérité. J’affirme que, pour rendre à l'humanité le bonheur, ce patrimoine perdu, il faut reprendre à l'homme la liberté dont il abuse, mais je reconnais qu’il faut rendre à la femme une liberté totale.
Augmenter la liberté et les droits de la femme, c'est marcher vers le progrès. Augmenter la liberté et les droits de l'homme, c'est marcher vers la barbarie.
Alphonse Toussenel a dit (dans son Ornithologie passionnelle) « Le bonheur des individus et le rang des espèces sont en raison directe de l’autorité féminine et inverse de l'autorité masculine ». « Le bonheur est proportionnel à l’autorité féminine ».
Et un vieux dicton allemand dit : « La nature est parfaite partout où l'homme n'y apporte pas son tourment. »
Voilà qui va sembler un étrange paradoxe, l'homme ne peut être heureux qu'à la condition de ne pas diriger lui-même sa vie, de confier à la femme ses plus graves intérêts, de lui confier le soin de lui rendre deux choses qu'il n'a pas su conserver et qui contiennent tous les éléments du bonheur : la Vérité et l’Amour.

L'homme ne devrait réclamer qu’une liberté : la liberté d'être heureux, qu’un droit, le droit de savoir et d'aimer.
Mais la vérité, le bonheur, l'amour, sont des choses qu'on a supprimées de ce monde, des choses dont on n'ose pas parler ; il semble que l'on commet un crime quand on ose être heureux. Si ce n'est la raillerie qui vous accueille c'est la réprobation ouverte, car votre bonheur blesse toujours une jalousie, une petitesse, une méchanceté.
C'est que Satan, le mâle méchant et envieux, qui a renversé le monde, n'y a mis que des souffrances, votre bonheur le tourmente !
Et quand nous voulons vous tirer de l'enfer que cet homme-là vous a créé, quand nous voulons poser les bases de la vraie morale et vous rendre toutes les joies légitimes, vous rendre la liberté du bien et toutes les saintes amours, c'est nous que l’on accuse de propager des théories anti-sociales.
C'est que, pour eux, la société c'est le malheur, c'est la misère, le néant, la mort ; ils la veulent ainsi.
Nous, nous la voulons autrement. Nous voulons la vie et tout l'épanouissement de l'être. Nous voulons donner à l'homme un bonheur fait de grandeurs et non de plaisirs dégradants ; nous voulons l'affranchir du mal des autres et du sien en lui donnant une nouvelle direction morale. Nous l'exhortons à avoir, une bonne fois, assez d'énergie pour secouer les entraves que les mauvais instincts opposent à son élévation morale et aux grandes satisfactions qui en sont la conséquence.
Qui donc a dit cette phrase ? « Il est bizarre que plus les hommes apprennent à connaître le bien qu'ils pourraient se faire et plus ils se font de mal ». Que c'est vrai !
La femme aussi, la femme surtout, a besoin d'une trêve dans cette longue pérégrination à travers les épines et les ronces du chemin de la vie. Pauvre créature, née pour aimer et toujours empêchée de remplir cette fonction sainte ! Vouée par ce monde corrompu, aveugle, à une existence tourmentée, cherchant toujours ce bonheur promis et légitime, et n'y arrivant jamais. Etrangère, comme égarée, dans un monde indigne d'elle, qui a commencé par la méconnaître ou par en abuser, et qui ne cherche plus de satisfactions, aujourd'hui, que dans la licence dégradante, le luxe ridicule, l'ambition absurde ou la domination féroce.
Que tout cela est loin des joies pures que la jeune fille rêve encore, dans son ignorance de la corruption qui l’entoure !

Mais ne sont-elles pas, les femmes, un peu coupables du mal qui est arrivé ? Si, au lieu de nous offrir le type d’une abjecte résignation au malheur, d'une lâche et infâme soumission aux caprices de tyrans avilis, soumission et résignation inspirées par la peur, elles nous eussent présenté le beau type de la femme forte, mettant en activité ce qu'il y a de grand et de fort dans son esprit, on peut dire que la vie intellectuelle des peuples, au lieu de se fourvoyer pendant tant de siècles dans d'ineptes arguties philosophiques ou théologiques, aurait tourné tous ses efforts vers les investigations de la Nature et aurait accumulé les découvertes utiles.
En même temps cette impulsion féminine aurait empêché les peuples de subir, sans se plaindre, le joug dégradant du pouvoir ecclésiastique et nous serions arrivés, bien plus tôt, à l'ère d'émancipation inaugurée par les femmes philosophes du XVIIIème siècle.
Cependant il serait injuste de les accuser de ne pas avoir lutté. Nous avons la preuve, au contraire, des terribles secousses que tous les actes de despotisme ont provoquées.
Ces luttes de sexes sont la véritable histoire morale de l'humanité. Ce sont elles qui ont créé les douleurs du monde et non les luttes de classes.
Dans la déclaration des Droits de l’homme, il est dit (Art. 1) :
Le but de la société est le bonheur commun.
Nous ajoutons : commun à l'homme et à la femme.
« Le pur idéal ce serait que la totalité universelle des êtres devint une société consciente, unie, heureuse », dit M. Alfred Fouillée, dans sa Critique des Systèmes de morale contemporaine.

Mais, pour devenir consciente, la société doit avoir une conscience éclairée. Pour cela il lui faut une science qu'elle n'a pas, qu'on lui a systématiquement refusée. C'est cela que nous, femmes, nous avons à cœur de lui donner. Mais, comment le convaincre que son intérêt y est engagé, que nous venons à lui, non pour lui prendre ce qu'il a, mais pour lui donner ce qu'il n’a pas ? Et, en échange, nous ne lui demandons qu'une chose : qu'il ait confiance en nous.
Croire à la parole de la femme ! Tout est là pour l’homme.
Elle lui refera un monde mental et sentimental et, par-là, lui refera la vie pleinement heureuse !
(1) A propos de la solitude morale Maupassant disait que « deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu'à l'âme, jusqu'au fond des pensées, qu'elles marchent côte à côte, enlacées parfois, mais non mêlées et que l'être moral de chacun de nous reste éternellement seul pour la vie. La parole ne peut jamais dire tout ce que nous sentons, il reste toujours en nous quelque chose, souvent le meilleur, qui est incommunicable. »
(2) Ce qui prouve que l’homme souffre plus que la femme c'est qu'il y a plus de suicides masculins que de suicides féminins. La statistique nous apprend que les suicides des hommes sont trois fois plus nombreux que ceux des femmes (chiffre de 1897 qui se vérifie toujours aujourd’hui).

LA DERNIÈRE LUTTE SOCIALE
Deux puissances règnent dans le monde et se disputent le pouvoir : la force morale et la force brutale.
Tous les conflits qui divisent les hommes viennent de la lutte de ces deux forces l’une contre l'autre.
Or, suivant que l'une ou l'autre l'emporte, la Force prime le Droit, ou, le Droit prime la Force.

LUTTE ENTRE LA FORCE ET LE DROIT
La lutte sociale a commencé par la lutte de sexe. Elle n'est même qu'un aspect de la lutte de sexe ; elle s'est étendue de la famille à la société. On a dit avec raison : tel foyer, telle société.
En remontant à l'origine de tous les désordres on arrive à la révolte de l’homme contre la femme, a l'insurrection de la Force contre l’Esprit féminin.
La femme vaincue c'est la Raison renversée par la Force triomphante.
Après ce premier outrage fait à la raison, dans la femme, cela continue d'homme à homme. Le fort écrase le faible, le barbare écrase l'intellectuel.

L’INSTINCT MASCULIN
C’est dans l'histoire de l'évolution physiologique de l'homme que nous trouvons l'origine et la cause de la guerre.
La lutte est d'instinct masculin.
Si l'homme aime les combats c'est parce qu'il possède des facultés motrices qui ont besoin d'emploi. C'est pour avoir le plaisir de batailler, bien plus que pour défendre telle ou telle cause, pour venger tel ou tel affront. Le motif de la bataille lui importe peu. C'est la bataille elle-même qu'il aime et qu'il cherche. Et ce qui le prouve c'est que le pugilat est, pour lui, un jeu amusant.
Et ne voyons-nous pas, à chaque instant, les jeunes garçons se livrer sous nos yeux à des combats qui ont les motifs les plus futiles ou qui n'ont même pas de motif du tout ? L'instinct qui les pousse est le même que celui qui pousse les animaux à se poursuivre et à se battre, sans que leurs combats, qui sont leurs jeux, aient aucun motif. Du reste, les jeux du cirque, les combats de taureaux, les anciens tournois, simulacres de guerre, et tous les jeux qui simulent une bataille, prouvent bien que, pour l'homme, la lutte est un plaisir, presqu'un besoin.
Donc la guerre a eu, pour principe, la satisfaction de l'instinct masculin.
C'est lorsque les hommes vieillissent et perdent leurs facultés motrices, si exubérantes dans la jeunesse, qu'ils changent de manière de voir. Ils reviennent alors à des idées plus pacifiques, l’expérience leur a montré les conséquences désastreuses de la guerre à l'âge où la lutte n'est plus, pour eux, un besoin physiologique. Alors, seulement, ils s'aperçoivent que les batailles n'ont jamais conclu aucun différend mais en ont, au contraire, créé de nouveaux, qui restent à l'état de menace dans les nations, attendant l'occasion qui doit faire naître de nouvelles guerres.

Supposons deux nations, ou deux hommes, se battant pour prouver, chacun, qu'ils ont raison. Après la bataille si c'est le vaincu qui avait raison ce n'est pas parce qu'il aura été terrassé qu'il aura moins raison. La victoire ne fait qu'affirmer la Force et lui donner le pouvoir en condamnant la raison même, le droit même.
Donc l'instinct de l'homme est de condamner la raison et d'affirmer la raison.
Chaque fois que l'homme a eu le pouvoir il s'est servi de sa puissance pour lutter contre quelque chose ; généralement contre ce qu'il venait renverser. Il aime à manifester sa force pour la faire connaitre et pour se faire craindre. Dans les petites choses comme dans les grandes, dans le petit royaume de la famille comme dans les grands Etats, l'homme fait abus du pouvoir, il blesse la raison en soumettant ceux ou celles qui la représentent à des capitulations humiliantes, à des condescendances avilissantes. C'est la force morale humiliée par la force brutale.
Donc, la puissance qui se base sur la Force est toujours une autorité illégitime.
Nous ne voulons pas dire, cependant, que l'homme n'est jamais raisonnable, mais il y a des moments dans la vie de tout homme où la raison est obscurcie. C'est la conséquence de ses conditions sexuelles, la passion le domine, l'instinct triomphe de la raison.

L’INSTINCT FÉMININ
Si l'homme aime à manifester sa force dans la lutte, la femme aime à manifester sa logique dans le raisonnement.
Elle a l’esprit droit, de par sa sexualité, et cette droiture se révèle dans cette belle faculté qu'on appelle l'intuition et qui fait trouver et formuler la Vérité.
C'est pour défendre cette vérité qu'elle voit sans cesse méconnue, niée par les hommes, qu'elle devient raisonneuse et ennuyeuse, puisqu'elle gêne l'instinct masculin.
Elle est considérée, dans la société des hommes, comme un danger parce qu'elle est toujours prête à revendiquer les droits de la raison en rectifiant les erreurs masculines.
Mais toutes les femmes ne manifestent pas les facultés féminines. Toutes les femmes n'osent pas être femme. Il en est, en grand nombre, qui ont accepté la servitude sociale et ont courbé leur raison devant la force de l’homme ; il en est aussi qui, pour lui plaire, se font les complices de ses erreurs, les propagent et en acceptent les conséquences sociales, sans protester.

LES FONCTIONS SOCIALES
Puisque l'homme possède une exubérance de force que son instinct le pousse à dépenser, et qu'il exerce dans la lutte quand on ne lui donne pas un autre emploi ;
Puisque la femme possède une inflexible logique que son instinct la pousse à manifester et qu'elle exerce dans la contradiction, ne pouvant l'exercer dans l'enseignement ;
Il est bien évident que la Nature a voulu que le travail musculaire soit fait par l'homme, que les fonctions morales soient dévolues à la femme.
C'est en vertu de son instinct d'imitation que l'homme a voulu exercer les fonctions féminines et c'est cette usurpation qui a causé le désordre social.
On ne peut revenir à l’ordre qu'en réintégrant chaque sexe dans les fonctions que la Nature lui assigne.
A chacun son sexe, à chacun ses fonctions.
Les fonctions usurpées sont devenues des parodies de ce qu'elles étaient dans les sociétés primitives. Les hommes qui prétendent les remplir, tout en rejetant la responsabilité de leurs actes, sont aussi illogiques que s'ils prétendaient mettre au monde un enfant et l’allaiter.
« Heureuse la société où chacun serait à sa chose, et ne serait qu'à sa chose. Celui qui disperse ses regards sur tout, ne voit rien ou voit mal ; il interrompt souvent et contredit celui qui parle et qui a bien vu. » Diderot (Mélanges).

Figurez-vous une table servie, autour de laquelle se trouvent tous les représentants de l'humanité, et un individu, plus fort que les autres, se jetant sur les plats qui sont devant lui, les prenant pour lui seul et empêchant ses voisins d’y toucher pendant qu'il mange gloutonnement la part des êtres plus faibles qui l’entourent.
Que penseriez-vous de ce Gargantua ? Que c'est un être odieux et méprisable, n'est-ce pas ?
Or, l’homme qui, dans la société, pratique la doctrine du tout pour moi, se met dans le même cas ; l’opinion qu'ont de lui les femmes, les enfants et les hommes plus faibles, est qu'il est un être odieux et méprisable.
On le craint et on le déteste.
Est-ce là ce que l’homme veut atteindre dans la vie ?
N'y a-t-il pas, pour lui, une bien plus grande satisfaction à vivre avec les autres, sur le pied d'une affectueuse entente, qui régnerait, si chacune, au banquet de la vie, avait sa part ?
Voici le dilemme : Tout pour moi, y compris la haine, le mépris et le ridicule ; ou bien : à chacun sa part, y compris, pour l’homme, une part de bonheur et d'estime.
C'est à choisir.
Mais il semble à quelques hommes que, quand ils n'auront plus tout ils n'auront plus rien, tel un gourmand qui a accaparé le plat qui était au milieu de la table, et ne veut pas le lâcher.
Or, c'est là qu'est son erreur. Les autres (l'autre sexe) sont animés du sentiment de justice qui lui manque, et c’est en vertu de cette justice que, lorsque le plat sera remis au milieu de la table on fera des parts équitables donnant à chacun ce que ses besoins réclament. Et, lui-même, ne fera qu'y gagner : on l'empêchera de mourir d'indigestion pendant que les autres mouraient de faim.
Donc, à ceux qui vont me dire : « Qu'allez- vous faire de l’homme après cette révision générale que vous prétendez faire ? Que lui restera-t-il quand vous lui aurez repris tant de fonctions sociales ? » Je répondrai :
—D'abord que je ne prétends pas modifier la Société actuelle, mais donner les bases d'une société nouvelle, laquelle ne sera, au début, qu'une « expérience sociale » tentée dans un petit coin, sans gêner personne, sans toucher à l'ancien monde puisqu'il satisfait encore un grand nombre de gens.
—Ensuite, que dans ce monde nouveau nous rendrons l'homme à ses facultés naturelles, de manière que ce qu'il fera il le fera bien, et il en aura la gloire en même temps que la responsabilité.
Ce que l'homme fait bien c'est :
—Dans le domaine intellectuel : les arts, la poésie, certains genres de littérature, l'observation des faits ;
—Dans le domaine industriel : l'application de la science à l'industrie, l'exploitation de la terre, l'exploration de la mer, et toutes espèces de fabrication.
Ce qu'il fait mal c'est ce qui relève de la pensée abstraite :
—Trouver les lois de la Nature et les expliquer, c'est-à-dire faire la science abstraite.
—Trouver les lois de la morale et les appliquer, c'est-à-dire diriger les consciences et faire l'éducation de la jeunesse.
—Formuler les lois de la Justice et récompenser ou punir avec équité.
Tout cela est à la femme. A elle la science qui demande du génie ; c'est-à-dire de l’intuition, à l'homme l'art qui demande du talent.
Quand l'homme veut s'occuper de la science il en fait un art. Il a fait tous les arts industriels, l’art médical, l'art chirurgical, etc. Sur le terrain des choses abstraites il n'a fait qu'une œuvre de tâtonnement, d'imagination, de sentiment.
Et c'est ici le lieu de rappeler ces paroles de Berkstein :
« L'homme donnera l'idée confuse, brutale, énergique ; la femme la rendra sage, claire, possible.
« La femme a une finesse, une sagacité que l'homme est loin de posséder à un degré pareil, sous peine de s'exposer à perdre ses qualités viriles. »
Il appartient donc à la Nouvelle science, de rétablir les choses telles que la Nature les a faites, de montrer à chacun ce qu'il est afin de refaire de vraies femmes et de vrais hommes, c'est-à-dire de les rendre tels que la Nature a voulu qu'ils soient.
C'est alors que nous aurons réalisé, dans la vie pratique, ce vœu énoncé par M. Léon Say dans un toast porté au banquet de la Conférence scientia, le jeudi 16 avril 1885 :
« Le sort de l'humanité doit se décider par la science ! »

On remarquera que, dans tout ce qui a été dit précédemment, il n'a pas été question, une seule fois, des phénomènes dits psychiques et qui se rapportent à des faits surnaturels, c'est-à-dire de la science psychique masculine, car l'homme fait la psychologie comme les autres sciences, avec son imagination et ses sentiments.
La Psychologie faite par la femme est une science positive, qui ne s'occupe que des lois de la Nature et non des cas surnaturels, qui ne sont que des visions de l'imagination masculine. L'homme a créé l'au-delà parce qu'il ne se sentait pas satisfait de sa vie réelle, parce qu'il la sentait s'en aller, et c'est pour cela qu'il la cherchait hors de lui. Mais, cet au-delà c'est l'enfant que le père a créé ; son âme pérégrine à travers les générations issues de lui. Il crée le futur dans l'acte qui le mutile. Et n'est-ce pas pour cela que les latins ont créé le verbe « futuere » qui veut dire : faire la vie future par une perte ironique, pour lui, irréparable ! (FUTUERE : Temps qui exprime une action ou un état à venir ; mais qui signifie également « avoir des rapports sexuels ».)

Mais si l'homme descend, dans son évolution sexuelle, après être monté, tel que celui qui gravit une échelle double, la femme monte, sans jamais descendre ; son évolution représente une échelle simple. C'est pour cela que c'est en elle seule qu'elle cherche la plénitude de vie, non au-delà.

« Sur cette terre où l'amour nous surmonte,
Et trône en souverain puissant,
La femme est une âme qui monte.
Et l’homme un esprit qui descend. » (Ely star)

À suivre : PLUS UN ENFANT CONNAIT SA MÈRE, PLUS IL L'AIME