CHINE ET JAPON

« Souvent on regrette l'impuissance de la parole.
Devant la profondeur de nos pensées, ce jour-là, on se regarde face à face, comment exprimer les mille plis de notre cœur ? »
(Lien Yu o)
蓮花


« La connaissance que l'homme a du principe universel, dépend de l'état de son esprit. L'esprit habituellement libre de passions, connaît sa mystérieuse essence. L'esprit habituellement passionné, ne connaîtra que ses effets. »
(Tao-Te-King)

皇后


« Retrouvons ce qu'il y a de meilleur dans la tradition... Nous sommes les héritiers de tout ce qu'il y a de précieux dans notre passé (…) Avoir le courage d'aller à contre-courant »
(Mao Tsö-Tong)




CHINE
Trois doctrines morales, règnent en Chine :
Celle de Confucius, adoptée par les gens instruits, les masses intellectuelles.
Celle de Lao-Tseu, suivie par la bourgeoisie moins instruite, mais plus attachée aux traditions. Elle représente l'idéalisme, le spiritualisme philosophique.
Et celle, de Fo, forme du Bouddhisme qui est suivie par les multitudes ignorantes. C'est un culte grossier comparable au Catholicisme.
Une science très ancienne a précédé en Chine ces 3 doctrines.
Confucius, que l'on croit, à tort, un auteur, ne fit que mettre dans un ordre nouveau les anciens documents de l'histoire primitive de la Chine, qui remontaient à plus de quinze siècles avant lui, et il vivait au VIème siècle avant notre ère (1) ; la preuve, c'est qu'on parle du mari et de la femme et que le mariage n'existait nulle part dans les temps primitifs.
Dans la rédaction masculine de Confucius, on sent régner la préoccupation d'effacer le plus possible le rôle de la femme, surtout celui de la mère.
Adoptant les idées d'Hermès, il trouvait aussi que « la femme est devant l'homme comme le cheval est devant la voiture », c'est-à-dire pour le servir.
Partout on voit les noms masculins substitués aux noms féminins, le père à la mère dans la famille, et on insiste avec force sur le respect du fils pour le père. On sent que l'idée d'affirmer la paternité domine là, comme nous la verrons dominer dans tous les pays, à la même époque. C'est le droit paternel imposé et dont on fait déjà, alors, la base du régime social, sentant bien que c'est ainsi que l'on arrivera le plus sûrement au règne de l'homme.
Les Livres réformés par Confucius n'eurent pas une longue existence. Au 3ème siècle avant notre ère, la Chine vit surgir un de ces hommes audacieux et énergiques, tels les César et les Napoléon, qui, tout d'un coup, s'imposent au pays, en l'agrandissant.
Thsin-Chi-Hoang-Ti fut ce brutal fondateur de l'unité chinoise.
Il prit le titre de « 1er souverain absolu de la dynastie des Thsin ». C'est à partir de cette époque que les souverains de la Chine portent le titre d'Empereur, Ti. Jusque-là ils étaient appelés chefs (héou) ou rois (ouang).
C'est le nom du primitif petit Etat de Thsin qui resta au pays : Thsina (Chine).
Ce règne de l'homme a valu à la Chine, comme à tant d'autres nations, une suite de troubles et de révolutions, qui venaient de ce que les empereurs ont toujours abusé du pouvoir et n'ont jamais considéré la puissance suprême dont ils s'étaient investis que comme un moyen de se livrer à toutes leurs « passions ».
(1) L'enseignement officiel dit : « Le cinquième empereur, Soung, proclama, l'année de son avènement au trône, que la « religion des savants » serait dorénavant la religion de l'Etat, et en 2282 il édicta de nouvelles lois pénales. Ces lois, modifiées par l'empereur wou-Wang, fondateur de la dynastie des Tchéou en 1122, sont connues actuellement sous le nom de « changements ».

YAO, AUTEUR DES LIVRES SACRÉS
C'est par ce qui reste des antiques « Livres sacrés », les King, que nous savons quelque chose des doctrines antiques de ce peuple si lettré.
Ces livres ont été la base de ce qu'on appelle en Chine « la religion des savants ». Ils contiennent les lois morales et civiles rédigées en code vers 2228 avant notre ère.
Cette science primitive est considérée comme émanée de « Génies » qui ont vécu sur la terre à une époque très reculée.
Mais cette façon de mettre à l'avoir d'une collectivité des livres qui ont un seul auteur, est faite pour cacher la personnalité de cet auteur, qui s'appelait Yao.
Les modernes appellent ce personnage « Empereur » parce qu'il a exercé une autorité, mais le mot empereur ne doit pas être pris dans le sens moderne, il avait une autre signification, il indiquait une autorité spirituelle et maternelle, et nous savons maintenant que c'est le masculin du mot Empérière.
Quoique les Chinois ne semblent pas admettre une « Révélation primitive » de la divinité à l'homme, ils ont cependant ce dogme au fond de leurs croyances. Bien plus, ils croient que la divinité peut communiquer avec les hommes et leur faire connaître sa volonté par des pronostics. C'est là, du reste, un résidu d'une foi primitive qui n'est plus comprise. Les livres révisés par Confucius (puis détruits et plus tard restaurés sous les Han) furent publiés pour la première fois au VIIème siècle de notre ère, par Taï-tsong, second empereur de la dynastie des Tang. Cette collection, dite des « Treize King », renfermait les livres suivants :
1. Chou King ;
2. Y King ;
3. Chi King ;
4. Tchun King ;
5. Li Ki ;
6. Ta Hio ;
7. Tchoung Young ;
8. Lun Yu ;
9. Meng Tsen ;
10. Hiao King ;
11. Y Li ;
12. Tchêou Li ;
13. Eul Ya.
Ce dernier est un vocabulaire fixant le sens qu'il faut donner aux mots employés par les auteurs anciens. C'est évidemment là que se trouvent les altérations, mais, en général, les idées restent, elles sont seulement attribuées à des hommes quand elles émanent des Femmes ; nous allons en avoir la preuve.
Ces livres étaient loin d'avoir tous la même valeur et la même autorité ; aussi un commentateur, Tchou-hi, quatre cents ans après la publication des Livres, classe séparément les six King, ceux qui ont le plus de valeur, les plus anciens, et à propos desquels on disait : « Le contenu des six King a son fondement dans le cœur de l'homme ».
Ces livres sont les Numéros 1, 2, 3, 5, 11, 12.
Les Numéros 6, 7, 8, 9, sont considérés comme des livres secondaires écrits à l'époque de Confucius, alors que les idées primitives étaient déjà altérées.
Nous allons faire quelques citations prises dans ces livres, mais en avertissant encore le lecteur que nous ne possédons que des traductions altérées, à travers lesquelles nous devons nous-mêmes chercher à restituer la vérité.

LE CHOU KING (1er livre)
Ce livre est considéré comme la perle de la littérature sacrée des Chinois.
Chou signifie livre, King norme, ou doctrine certaine. Il contient surtout Un enseignement moral, religieux, politique et social. Ce qui surprend, c'est la haute raison, le sens éminemment moral qui s'y trouve, et qui prouve que les peuples de cette époque reculée possédaient une grande culture morale.
L'auteur qui a écrit cet ouvrage, qu'on appelle « le Livre par excellence », « le Livre de la Vérité », possédait une nature droite, un esprit réfléchi.
Les annales chinoises placent le règne de ce Yao au 24ème siècle avant notre ère. C'est l'époque où, partout ailleurs, le régime féminin florissait, où la concorde régnait telle que le Livre sacré nous la représente. Aucun homme, surtout dans la jeunesse phylogénique de l'humanité, ne pouvait être doué des qualités énumérées ici ; aucun ne pouvait faire régner la paix et la concorde.
Nous voyons, au contraire, que c'est l'homme qui, partout, apporte le désordre, la Guerre.
Les Chinois se sont distingués par la violence et le despotisme, par la persécution des Femmes et des œuvres de l'esprit ; ils sont même allés plus loin que les autres dans cette voie.
Le Chou King remonte au temps de trois illustres souverains : « Yao, Chun, et Yu ».
Nous avons vu que le sexe de Yao n'est pas déterminé ; pas non plus celui des deux autres, mais sous leur règne nous sommes encore en pleine période de paix et de prospérité, nous sommes encore sous le primitif régime gynécocratique ; la lutte des sexes est postérieure à la date du règne de ces souveraines (20 siècles avant notre ère), et le triomphe de l'homme ne devint définitif que vers le Vème siècle avant notre ère.
Dans le vieil empire chinois, les femmes régnèrent comme partout ; elles ont laissé des préceptes que nous lisons encore dans les vieux livres, tels les sentences de Yu, qui parlait au nom de la raison, et qui disait :
- « Celui qui obéit à la voix de la raison et de la nature est heureux, celui qui la viole est malheureux.
- « La vertu est la base d'un bon gouvernement et ce gouvernement consiste d'abord à procurer au peuple les choses nécessaires à sa subsistance et à sa conservation. Il faut encore penser à le rendre vertueux. Il faut enfin le préserver de ce qui peut nuire à sa santé et à sa vie ». 
Telles étaient les bases du régime maternel.
Combien les choses sont changées depuis que la Raison ne préside plus à la destinée des peuples.

LE YI KING (2ème Livre)
Ce livre, très curieux, ne contient que des lignes. On les appelle les Trigrammes du Yi King.
Ces lignes sont une représentation symbolique des deux principes de la philosophie chinoise : l'un masculin et ténébreux, le Yin, l'autre féminin et lumineux, le Yang.
Souvent le Yin est placé sur une bande obscure, le Yang sur une bande claire. Ces deux principes, base de tout ce qui est social, se retrouvent partout chez les Chinois. Le principe masculin est divisé, ce sont les deux vies de l'homme (spirituelle et sexuelle) ; le principe féminin est indivis.

 ‒‒     ‒ ‒
Yang    Yn

Puis ces deux principes se divisent et vont former quatre images. La division féminine se fait par en haut, la division masculine par en bas.
Et en les divisant encore, on aura huit Koua.
Plusieurs savants se sont occupés de donner une signification à ces lignes, auxquelles les lettrés témoignent un profond respect en avouant, cependant, qu'ils n'en comprennent pas le sens.
« Avouons simplement, disait C.J. Jung qui lisait comme beaucoup la signification inversée de ces symboles, que nous comprenons mal l'immense portée psychologique du détachement du Monde professé dans le Yi King, ce livre qui fonde la trame millénaire de la pensée et de la sagesse chinoise. L'intellect devient un ennemi de l'âme quand il veut capter le lumineux héritage de l'esprit. »
Quelques-uns font servir ces symboles aux pronostics et à la magie. Un lettré en a fait un instrument de musique. Tous en font grand mystère.
Ce King, qui est appelé Livre des transformations, a été attribué à Fo-hi, le premier roi.
On dira de lui « qu'il succéda au Ciel et sortit de l'Orient, qu'il était orné de toutes les vertus et qu'il réunissait ce qu'il y a de plus haut et de plus bas ».
Il y eut donc deux opinions sur son compte : celle des hommes et celle des femmes.
C'est à lui qu'on attribue le Livre qui explique la loi des sexes ; c'est le Trigramme du Yi King qui est devant lui et dont il indique les huit Koua.
Faut-il ajouter que Fo-hi a renversé les sexes et mis le masculin à la place du féminin ; ce qui a fait dire dans le Yi King :
« Le dragon s'est révolté, il a lieu de s'en repentir ; l'orgueil l'a aveuglé ; il a voulu monter dans le ciel et il a été précipité dans les abîmes ».
C'est l'éternelle légende d'Icare.

LE CHI KING (3ème Livre)
(Voyez traduction, ou plutôt paraphrase, de Ponthieu : Bibliothèque Orientale, 2e volume).
Livre des chants, quelque chose de comparable aux hymnes du Rig-Véda.
Ce livre remonte au XIVème siècle avant notre ère, mais on y a ajouté toutes sortes de poésies plus modernes. Si on n'avait fait qu'ajouter, ce serait insignifiant, mais ce qui est plus grave, c'est que Confucius prit le plus grand soin d'en éliminer une grande partie, qu'il déclara immorale et dangereuse.
Or ce sont justement ces chants, exhalant l'âme de la femme primitive, qui devaient contenir la grande morale, c'est-à-dire ce qui est relatif à la sexualité féminine. N'est-ce pas cela, du reste, que les hommes considèrent comme dangereux ?
Donc, Confucius fit disparaître, et livrer ainsi à un éternel oubli, tout ce qui devait renfermer les véritables bases de l'évolution morale des peuples, tout ce qui pouvait nous faire réellement connaître l'état psychique de l'humanité jeune.
Ce qu'on nous a laissé du Chi King comprend une première partie intitulée : Voix des royaumes, une autre intitulée : Petit ya et grand ya ; ce sont des louanges adressées à certaines classes de personnages et des blâmes amers adressés à d'autres personnages. Comme on ne nous a pas donné d'indication de sexe, et que nous sommes à cette époque au moment de la grande usurpation, il n'est pas difficile de comprendre que, primitivement, c'était la femme qui était louée, l'homme qui était blâmé.

CONFUCIUS
Ce sont les Jésuites qui donnèrent le nom de Confucius au philosophe que les Chinois appellent Khoung-fou-Tseu. Né vers 550 avant notre ère, il vivait sous la 3e dynastie des Tcheou.
C'était une époque de trouble, un âge de décadence. Partout la paix primitive avait disparu. L'invasion des hommes dans le domaine des Femmes avait profondément troublé l'ordre social. Le pays était morcelé en une quantité de petits Etats feudataires. Et le désordre social était compliqué de désordre moral. L'esprit de l'homme était livré aux doutes et aux terreurs.
Il adorait ou craignait des génies surnaturels, des ombres.
C'est que partout la même évolution physiologique amène le même résultat psychique. Le renversement des idées primitives était allé si loin que partout on sentait la nécessité d'une réforme, on la désirait, on l'attendait, et c'est toujours dans ces moments de trouble et d'attente que se manifestent de prétendus réformateurs, qui profitent de l'agitation qui règne pour s'imposer. Confucius fut de ceux-là ; il avait pris part d'abord aux agitations sociales, puis, n'ayant pas réussi sur ce terrain-là, il s'était retiré dans la solitude et soudain avait changé de système.
Ayant rassemblé toutes les anciennes Ecritures sacrées du pays, il prétendit les réviser.
Ces Ecritures, très anciennes, contenaient, comme celles de toutes les autres nations, des idées féminines, une explication abstraite des lois de la Nature, des chants, des hymnes, des préceptes de morale, et les bases des institutions sociales.
Confucius les modifia, ou plutôt les ordonna suivant ses idées masculines. Il supprima les Dieux et les Esprits, c'est-à-dire tout ce qui pouvait rappeler la supériorité des Femmes, trouvant qu'elles n'avaient qu'un rôle à jouer dans le monde : « être une ombre et un écho (1). »
La religion primitive étant perdue, Confucius la remplaça par une philosophie nationale.
Cette doctrine est appelée Iou Kiao (religion des lettrés) ou Ta Kiao (grande religion, religion principale). Les modernes Occidentaux l'appellent le Joukisme. En Chine, en 213 avant notre ère, l'empereur Thsin-Chi-Hoang-Ti ordonna de brûler par tout l'empire les exemplaires du Chi King et du Chou King, livres sacrés des Chinois, sauf ceux qu'on laissait aux Po-Sse, officiers du savoir général.
(1) Le livre sacré des Samouraïs proclame, d'après les préceptes de Confucius, que « la femme est aussi bas que la terre, l'homme aussi haut que le ciel ».

GRANDE PROSCRIPTION DES LIVRES
Depuis Confucius qui avait prétendu pacifier les hommes en supprimant ce qui restait de l'influence féminine et de la haute morale des premiers temps, le pays était la proie de déchirements intérieurs, de guerres civiles, en même temps que d'incursions des barbares.
Tout cela entretenait un état de désordre et de démoralisation qui était une belle occasion, pour un homme comme Thsin, de s'emparer du pouvoir.
Poussant jusqu'à l'extrême tous les défauts de l'homme, il montra une insatiable ambition et un orgueil immense, aucun principe de justice, aucun scrupule. Son règne fut celui d'un fou, pliant tout devant sa folie.
Comme tous les aliénés du même genre, il voulut faire des choses extraordinaires pour faire parler de lui. Il fit édifier de gigantesques constructions et des palais si vastes que dans leur cour centrale on pouvait ranger 10.000 hommes en bataille.
Tous ces palais furent brûlés avec la capitale un ou deux ans après sa mort.
Ce monarque bouleversait tout ; mais les lettrés, mécontents ne cessaient de lui faire des remontrances. Et comme ils s'appuyaient toujours sur l'histoire du pays pour lui montrer combien ses actes différaient de ceux des anciens souverains, que tous regrettaient, il résolut de détruire les livres afin qu'on ne puisse plus lui parler de l'ordre qui avait régné avant lui.
Ce fut en 213 avant notre ère que s'accomplit cette première grande proscription des livres, et nous disons première parce que cela devait se renouveler dans d'autres pays. On fit brûler en masse tous les livres trouvés dans la capitale et dans les provinces.
La peine de mort fut prononcée contre les receleurs. Il n'était pas facile, du reste, de cacher de pareils livres, ils étaient écrits sur des tablettes de bambou et avaient de grandes dimensions.

RESTAURATION DES LIVRES
Le second empereur de la nouvelle dynastie révoqua les décrets contre les livres 20 ans après leur promulgation. On retrouva des fragments d'ouvrages et même des livres tout entiers que des lettrés dévoués étaient parvenus à cacher. Le lettré Mao-Thsang retrouva, dans les ruines d'un palais, un exemplaire du Chi King, un des livres les plus importants. Un vieux lettré, Fou-Seng, qui occupait une haute situation dans la littérature sous Thsin, avait appris par cœur un des plus importants livres, le Chou King, et, quoique âgé de 90 ans, il put dicter une grande partie du livre. Cependant, l'ouvrage resta incomplet. Sur 100 sections qu'il contenait, il ne put en dicter que 29 (1).
(1) Cf Fahrenheit 451, Ray Bradbury

LAO-TSEU
La seconde doctrine chinoise a pour auteur Lao-Tseu, qu'on appelle aussi Lao-Kiun, contemporain de Confucius, mais plus âgé de 50 ans.
Il est, comme lui, un « réformateur » de l'ancienne religion naturelle. On présente sa doctrine comme étant en contradiction avec celle de Confucius. L'objet de son culte est le Tao, mot qui a une signification très étendue : il signifie raison primordiale, intelligence, esprit, puissance morale qui régit le monde, Etre suprême.
Ses partisans se disent Tao Ssé, sectateurs de la raison.

LE TAOÏSME 
Le livre sacré des Tao Ssè porte le titre de Tao-Te-King (le livre de la raison et de la vertu - 600 à 560 av notre ère). Suivant les anciens dictionnaires chinois, tao signifie un chemin, le moyen de communiquer d'un lieu à un autre ; ce chemin n'est-il pas le lien moral qui relie l'homme à la femme, et qui est bien, en effet, basé sur la raison ? De Tao on fait aussi : direction, marche des choses et condition de leur existence ; c'est bien de ce lien que tout cela dépend.
Enfin, Tao signifie « la raison se manifestant », c'est-à-dire la parole.
Le Tao-Te-King qui a pour auteur Lao-Tseu est un ouvrage qui n'a qu'une trentaine de pages. Il contient deux parties : Tao-King (livre du Tao) et Te-King (livre de la vertu). C'est de ces mots, qui sont les premiers de chacune des deux parties, qu'on a fait le titre général, Tao-Te-King.
M. Abel de Rémusat a, le premier, essayé de traduire en français le Tao-Te-King, mais sa traduction est incomplète ; M. Stanislas Julien en a fait une meilleure.
Deux traductions de ce livre ont été faites en Allemagne, l'une par M. Victor de Strauss, l'autre par M, Reinhold de Plænckner.
Voici, d'après Stanislas Julien, la traduction du premier chapitre :
« La voie (Tao) qui peut être exprimée par la parole n'est pas la voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le nom éternel.
« L'Etre sans nom est l'origine du ciel et de la terre ; avec un nom, il est la Mère de toutes choses.
« C'est pourquoi, lorsqu'on est constamment exempt de passions, on voit son essence spirituelle ; lorsqu'on a constamment des passions, on le voit sous une forme bornée.
« Ces deux choses ont une même origine et reçoivent des noms différents. On les appelle toutes deux profondes. Elles sont profondes, doublement profondes. C'est la porte de toutes les choses spirituelles. »
Que de choses dans ces lignes !.... D'abord, dans le premier paragraphe, la distinction à faire entre le principe cosmique, l'Etre sans nom, et le principe moral, la Mère, l'Être suprême avec un nom.
L'Etre sans nom crée le ciel et la terre, puisqu'il est la force cosmique (voyez l'article sur la Cosmogonie dans lequel ce principe cosmique est défini).
L'Etre nommé, la Mère, crée toutes les choses d'ordre moral.
Puis la nécessité pour l'homme d'être exempt de passions pour comprendre ces choses, également profondes l'une et l'autre, puisque l'une est toute la science physique, l'autre est toute la science morale.
Un des principes fondamentaux attribués à Lao-Tseu est le non-agir.
« Le saint homme fait son occupation du non-agir. » Ceci est très vrai, car c'est seulement dans le repos des muscles que la pensée s'exerce. L'homme qui agit beaucoup pense peu.
Chap. III, il est dit : « Lorsque l'homme gouverne, il vide son cœur (il s'adonne à la débauche), il remplit son ventre (il s'adonne à l'intempérance), il affaiblit sa volonté (se livre à ses caprices), et il fortifie ses os (résultat physiologique de la débauche). »
Quelle science profonde dans ces quelques mots !...
« Il s'étudie constamment à rendre le peuple ignorant (jalousie : abêtir pour dominer), il fait en sorte que ceux qui ont dû savoir n'osent pas agir (persécution des intellectuels). »
Voilà ce que fait l'homme quand il agit, c'est-à-dire quand il gouverne !
« Il pratique le non-agir et alors il n'y a rien qui ne soit bien gouverné. »
C'est alors qu'il laisse les autres se développer intellectuellement et se manifester librement, et, quand nous disons les autres, nous disons surtout les femmes, qui, alors, font leur œuvre d'ordre et de progrès.
La doctrine de Lao-Tseu a été altérée à l'époque de l'empereur Wen-Tï des Han (179-155 avant notre ère).
Depuis ce moment, l'esprit n'en a plus été compris ; on y a mêlé du surnaturel.
Un savant lettré, Ma-Touan-Lin (1245-1325 de notre ère), dit de ces écrits : « On en a de plus en plus méconnu le véritable esprit, à mesure que l'on s'éloignait de l'époque de leur rédaction. Des thaumaturges et des charlatans ont emprunté le nom de Lao-Tseu pour se donner de l'importance, mais sans rien comprendre à ce qu'il avait dit.
« Toute idée supérieure a disparu de ce culte livré à tous les préjugés, à toutes les idolâtries ; à peu d'exceptions près, on se borne aujourd'hui, dans les pagodes, à réciter des prières et à brûler de l'encens devant des statuettes plus ou moins hideuses ».
C'est-à-dire que les sectateurs de cette doctrine en sont arrivés au même point dans l'évolution morale que les Occidentaux qui prient devant des statuettes et brûlent de l'encens sans savoir pourquoi.
Cependant, les Tao Ssé comptent dans leurs rangs des hommes distingués, des philosophes, des médecins, des historiens, des savants, ce qui prouve que ces gens sentent qu'il y a quelque chose de profond caché dans cette doctrine incomprise et dégénérée ; ils préfèrent ce reste d'idéal au positivisme des sectateurs de Confucius.
C'est que, tout au fond du Taoïsme, se trouve la pensée féminine, dans toute sa profondeur primitive, et dont les lueurs brillent encore, à travers les altérations que les hommes lui ont fait subir.
Nous terminons par quelques citations pour le démontrer. La pensée philosophique qui y règne est destinée à montrer la puissance de la force morale, bien supérieure à la force physique. Comme les altérations ont surtout porté sur le sexe des personnes dont on parle, nous devons prévenir que, partout où l'on a exprimé des idées féminines, mentionné des qualités ou des actions féminines, on les a attribuées à l'homme supérieur.
Chap. VIII : « L'homme d'une vertu supérieure est comme l'eau. L'eau excelle à être utile à tous les êtres et ne lutte point. Elle habite les lieux que déteste la foule. C'est pourquoi il approche du Tao. Il se plaît dans la situation la plus humble, son cœur aime à être profond comme un abîme. S'il fait des largesses, il excelle à montrer de l'humanité ; s'il parle, il excelle à pratiquer la Vérité. S'il gouverne, il excelle à procurer la paix. S'il agit, il excelle à montrer de la capacité ; s'il se meut, il excelle à se conformer au temps. Il ne lutte contre personne, c'est pourquoi il ne reçoit aucune marque de blâme ».
Faut-il faire remarquer que tout ce qui est attribué ici à il n'existe réellement que chez Elle ?
Chap. XXII : « Le saint (homme) (la femme) saisit l'unique (comprend la vérité) et devient le modèle du monde. Il ne se met pas en lumière, c'est pourquoi il brille ; il ne s'approuve point, c'est pourquoi il se distingue ; il ne se vante point, c'est pourquoi il a du mérite ; il ne se glorifie point, c'est pourquoi il est éminent. Il ne lutte point, c'est pourquoi il n'y a personne dans le monde qui puisse lutter contre lui ».
Quel est l'homme qui ne lutte pas ? Quel est celui qui ne se met pas en lumière ? ne se vante point ? ne se glorifie point ?
Chap. XXXVIII : « La vertu suprême ne se considère point comme vertu ; c'est pourquoi elle est vertu ; la vertu inférieure se croit certainement vertu. Les hommes (les femmes) d'une vertu supérieure la pratiquent sans y songer. Ceux d'une vertu inférieure la pratiquent avec intention. »
Chap. XLI : « Lorsqu'ils entendent parler du Tao (vérité, raison, science), les hommes d'une culture supérieure deviennent zélés à le suivre ; ceux d'une culture médiocre tantôt le conservent, tantôt le perdent ; ceux d'une culture inférieure le tournent en dérision. S'ils ne le tournaient pas en dérision, il ne mériterait pas le nom de Tao ».
Chap. XLIX : « L'homme de bien, je le traite bien ; le méchant, je le traite également bien ; la vertu est la bonté. L'homme sincère, je le traite avec sincérité ; l'homme non-sincère, je le traite aussi avec sincérité ; la vertu est la sincérité. »
Chap. LIII : « Lorsque les palais sont de toute magnificence, les champs sont très incultes et les greniers très vides. Lorsque les princes se couvrent de riches vêtements, se ceignent de glaives tranchants, se gorgent de boissons et de mets, et ont en abondance des joyaux précieux, on appelle cela faire parade du vol ; certes, ce n'est point avoir le Tao ».
Chap. LV : « Celui qui possède la plénitude de la vertu ressemble à l'enfant nouveau-né qui ne craint ni la piqûre des animaux venimeux, ni les griffes des bêtes féroces, ni les serres des oiseaux de proie. »
Chap. LVI : « Celui qui possède le Tao est inaccessible à la faveur comme à la disgrâce, au profit comme au détriment, à l'honneur comme à l'ignominie. Voilà pourquoi il est honoré du monde entier ».
Chap. LXIII : « Le saint venge ses injures par des bienfaits. Il commence les choses difficiles par ce qu'elles ont de facile, les grandes par ce qu'elles ont de petit. Les choses les plus difficiles du monde commencent par être faciles, les plus grandes commencent par être petites. Le saint ne cherche point à faire de grandes choses, c'est pourquoi il peut accomplir de grandes choses ».
Chap. IX : « Si l'on est comblé d'honneurs et qu'on s'enorgueillisse, on s'attirera des malheurs. Lorsqu'on a fait de grandes choses et obtenu de la réputation, il faut se retirer à l'écart. »
Chap. LXVII : « Je possède trois trésors ; je les conserve et les estime beaucoup : le premier s'appelle la miséricorde ; le second s'appelle l'économie ; le troisième s'appelle la modestie (le texte dit, à tort, l'humilité), qui m'empêche d'être le premier de l'empire.
« J'ai de la miséricorde, c'est pourquoi je puis être audacieux ; j'ai de l'économie, c'est pourquoi je puis faire des dépenses ; je n'ose être le premier de l'empire, c'est pourquoi je puis devenir le chef de tous les hommes. (Voilà une pensée bien féminine. Elle est complétée par le tableau de ce que fait l'homme à la place de la femme).
« Aujourd'hui on dédaigne la miséricorde et, cependant, on est audacieux ; on dédaigne l'économie et, cependant, on dépense ; on dédaigne le dernier rang et, cependant, on est au premier. Voilà ce qui conduit à la mort. »
Chap. LXXI : « Savoir et croire qu'on ne sait pas, c'est le comble du mérite (c'est le cas de toutes les femmes qui connaissent les lois de leur Nature sans s'en douter). Ne pas savoir et croire que l'on sait, c'est la maladie des hommes. »
Chap. LXXVI : « Quand l'homme vient au monde, il est souple et faible ; quand il meurt, il est raide et fort. Quand les arbres et les plantes naissent, ils sont souples et tendres ; quand ils meurent, ils sont secs et arides. La raideur et la force sont les compagnes de la mort ; la souplesse et la faiblesse sont les compagnes de la vie. C'est pourquoi, lorsqu'une armée est forte, elle ne remporte pas la victoire. Lorsqu'un arbre est devenu fort, on l'abat. Ce qui est fort et grand occupe le rang inférieur ; ce qui est souple et faible occupe le rang supérieur. »
Quel est l'homme capable d'avoir dit que la force est une infériorité ?...
Chap. LXXVII : « Le Ciel (pris symboliquement pour celui (celle) qui est en haut par l'esprit) ôte à ceux qui ont du superflu, pour aider ceux qui n'ont pas assez. Il n'en est pas ainsi de l'homme, il ôte à ceux qui n'ont pas assez, pour donner à ceux qui ont du superflu.
« Quel est celui qui est capable de donner son superflu ? Celui-là seul possède le Tao. C'est pourquoi le saint fait le bien et ne s'en prévaut pas. Il accomplit de grandes choses et ne s'y attache point. Il ne veut pas laisser voir sa sagesse. »
Chap. LXXVIII : « Parmi toutes les choses du monde, il n'en est point de plus molle et de plus faible que l'eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne l'emporte sur elle. Pour cela, rien ne peut remplacer l'eau.
« Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Dans le monde, il n'y a personne qui ne connaisse cette vérité, mais personne ne peut la mettre en pratique. »
Chap. LXXXI : « Les paroles sincères ne sont pas agréables ; les paroles agréables ne sont pas sincères.
« L'homme vertueux n'use pas des artifices de la parole ; celui qui en use n'est point vertueux. Celui qui connaît le Tao (la Vérité) ne se vante pas de son savoir ; celui qui se vante de son savoir ne le connaît pas. »

LES ANGES GARDIENS, LES ESPRITS
Les Tao Ssé admettent des esprits intermédiaires entre la puissance cosmique et l'homme ; cette conception, qui est partout, tant elle est naturelle à l'homme, est ici représentée par les Chen. Comme les Izeds des Perses, ce sont des génies bienfaisants qui président aux jours, à la Nature, et qui gardent les hommes. C'est une forme de l'ange gardien, la femme bienfaisante qui veille sur l'homme. Les Chinois disent que les Chen sont amis de l'homme, ils protègent tout ce que renferme l'Etat.
Mais l'homme ingrat se révolte contre eux, ou plutôt se révolte contre la vraie femme, que ce symbole représente, et dans une de ces révoltes on brisa toutes les statuettes qui la représentaient.
Depuis, les Esprits, restés dans la tradition cependant, n'ont plus de sexe. Actuellement ils sont, en Chine, quelque chose d'analogue aux esprits des spirites occidentaux.

On dit que Lao-Tseu écrivit 930 livres sur l'éthique et les religions, et 70 sur la magie, mille au total. Son grand ouvrage, cependant, le cœur de sa doctrine, le « Tao-Te-King » ou Ecriture sainte des Tao Ssé, ne contient, comme le montre Stanislas Julien, « qu'environ 5000 mots », et pourtant le professeur Max Müller trouve que le texte est inintelligible sans commentaires, et S. Julien a été obligé de consulter pour sa traduction plus de 60 commentateurs, dont les plus anciens, paraît-il, écrivaient vers l'an 163 avant notre ère, pas avant. Pendant les quatre siècles et demi qui ont précédé cette époque des plus anciens commentateurs, on a eu largement le temps de voiler la vraie doctrine de Lao-Tseu aux yeux de tous, sauf de ses prêtres initiés.
Les Japonais, chez qui se trouvent aujourd'hui les plus instruits des prêtres et des fidèles de Lao-Tseu, ne font que rire des suppositions et des bévues des sinologues européens, et la tradition affirme que les commentaires auxquels nos savants d'Occident ont accès ne sont pas les vraies annales occultes, mais des voiles intentionnels, et que les vrais commentaires, aussi bien que presque tous les textes, ont disparu depuis longtemps des yeux des profanes.

L'ÉVOLUTION MORALE EN CHINE
Confucius, dans le Li Ki (traduction Calleri de Turin, 1855, p. 40), nous fait un tableau idéal des temps primitifs en Chine ; ces temps héroïques qui, partout, ont précédé le désordre que la grande révolte de l'homme a engendré.
Il dit :
« Le règne de la grande vertu, les grands hommes (lisez les grandes femmes) des trois dynasties, sont des merveilles qu'il ne m'a pas été donné de voir, mais vers lesquelles mes pensées se portent sans cesse. Sous le grand règne de la vertu, l'empire était la chose publique. On choisissait pour le gouverner les hommes (ou les femmes) éminents par leurs capacités ; on disait toujours la vérité et on cultivait la bonne harmonie (entre l'homme et la femme).
« Les hommes (et les femmes) ne bornaient pas leurs affections aux parents, ni leur tendresse aux enfants ; les vieillards trouvaient toujours qui les secourait jusqu'à la fin de leur carrière ; les hommes à la fleur de l'âge trouvaient qui les employait ; les jeunes gens trouvaient les moyens de devenir des hommes ; les veufs et les veuves avancés en âge, les orphelins, les vieillards sans enfants et les infirmes trouvaient tous qui les nourrissait.
« Les hommes avaient leur besogne, les femmes avaient la leur.
« Quant aux objets matériels, ceux qu'on n'aimait pas, on les abandonnait aux personnes qui en avaient besoin, sans les mettre en réserve pour soi. Les choses dont on était capable, on regardait comme fort mauvais de ne pas les faire, lors même que ce n'était pas pour soi. Aussi, il ne se formait pas de projets coupables et il n'y avait ni voleurs ni malfaiteurs ; la porte extérieure de la maison même n'était pas fermée. Voilà ce qu'on appelait la grande union.
« Aujourd'hui la grande vertu est cachée, l'empire est un patrimoine de famille, chacune n'affectionne que ses parents, chacun ne chérit que ses enfants. Les biens, on les réserve pour soi. Les princes regardent comme chose fort convenable de laisser l'empire à leurs fils (lors même qu'ils sont incapables ou vicieux) et, afin d'affermir leur pouvoir, ils fortifient les villes, et les faubourgs en construisant des murailles et en creusant des fossés ».

L'impression qui reste de l'étude de la grande philosophie chinoise, celle de Confucius, c'est qu'on n'y trouve qu'une morale composée de banalités, dont quelques-unes sont très belles, assurément, mais la vraie morale, celle qui s'occupe des devoirs de l'homme envers la femme, en est exclue. On n'y trouve pas un mot de ce qui est essentiel à la vie morale de l'homme, la femme en est éliminée, elle y est à peine mentionnée, quoique Confucius parle beaucoup du saint des derniers temps et de la nécessité de voir apparaître le Messie chinois. Donc rien d'humain chez les Chinois, si ce n'est l'orgueil, qui y est aussi développé que chez les Occidentaux.
Mais ils les ont peut être dépassés en hypocrisie. N'est-ce pas en Chine qu'un empereur promulgua ce décret : Défense aux femmes de sortir sans souliers. En même temps, une autre ordonnance disait : Défense aux cordonniers de faire des souliers pour les femmes.
C'est avec ce même esprit de partialité que les Ecritures sacrées ont été interprétées (1) ; aussi les savants chinois s'en méfient. L'un d'eux, le savant Ko, écrivait au XIXème siècle : « Les King et les monuments les plus authentiques, très difficiles à entendre non seulement à cause du laconisme de notre langue et de l'hiéroglyphisme de nos caractères, mais encore à cause de l'éloignement des temps dont ils traitent et de la profondeur de la doctrine qu'ils contiennent, ont été obscurcis et brouillés horriblement par les gloses et les commentaires de ceux qui ont voulu les expliquer. Aussi les meilleurs lettrés de la Chine professent-ils la maxime pleine de justesse : Sin King, pou sin tcheou, attachez-vous au texte et laissez le commentaire » (Mémoire concernant l'histoire des Chinois, T. I, p.19).
M. Leblois, dans son grand ouvrage : Les Bibles (T. III, p. 304), dit : « Les versions occidentales des livres sacrés de l'Orient, lorsqu'elles s'appuient sur les commentaires qui en ont été faits, expriment, non le sens original de ces livres, mais celui que la tradition leur a donné.
« L'idéal serait de remonter à travers la série successive des commentaires, au sens primitif, comme on remonte un fleuve jusqu'à sa source.
« Mais une telle entreprise ne pourrait être tentée, avec quelque chance de succès, qu'après des travaux préliminaires difficiles et compliqués. Quel service rendraient aux traducteurs futurs les savants capables de composer pour chaque langue un dictionnaire où se trouveraient les acceptions successives d'un même terme philosophique, dogmatique ou moral, aux différents siècles où ce terme a été en usage ! »
Aucune nation autre que la Chine ne garda, avec un plus inviolable respect, les lois et les coutumes de ses ancêtres, dont le culte ne s'éteignit jamais complètement, malgré les altérations survenues au profit de la domination masculine. C'est encore aujourd'hui un fragment du primitif empire universel, qui a surnagé presque intact sur le torrent des âges, tandis que toutes les autres nations, ruinées, dispersées, ont disparu dans le tourbillon et la chicane masculine ; en Chine, un empereur, si intelligent soit-il, devait rester sous la dépendance d'une impératrice « Mère constitutionnelle »
Les impératrices chinoises ont été brillantes, c'est l'une d'elles qui a trouvé l'art d'utiliser le ver à soie. C'est en Chine que l'on dit ceci : « Faire vivre la femme dans l'esclavage et l'homme dans la liberté, c'est comme semer du riz dans un sol aride et planter de la vigne dans un marais. » Et, malgré ces traditions, pas de peuple qui ait plus asservi la femme, tout en l'imitant. Le Chinois a pris à la Chinoise son costume, ses longs cheveux, son visage imberbe. C'est parce que l'amour maternel y avait été si développé qu'on y a tant prêché le respect paternel.
Rappelons ces vers d'un poème intitulé l'Amour fraternel (inséré dans le Chi King) :

L'union affectueuse entre la femme et les enfants
Est semblable à la musique du luth et de la harpe ;
Lorsque la concorde règne entre les frères,
L'harmonie est délicieuse et durable.


C'est la famille matriarcale, sans l'intervention du père, qui, alors, ignorait sa paternité.
(1) La forme actuelle des Livres sacrés de la Chine ne remonte pas au-delà du second siècle de notre ère.

LE DIEU DES CHINOIS
Confucius, en supprimant la Divinité féminine, établit à sa place un principe divin sans sexe : Chang-Ti.
Si nous remontons aux origines de la religion, nous trouvons que Chang-Ti, c'est l'Esprit qui s'élève vers le ciel ; aussi, par extension, on en fait le ciel même, Thièn, tout en en faisant le Seigneur, Ti.
Quand les hommes veulent dénaturer l'idée divine qui exprime la puissance morale de la Femme, ils la confondent avec la puissance cosmique. C'est ainsi que Confucius nous dit que « c'est l'ordre de la Nature, c'est la marche des événements, qui est l'expression de la volonté de Thièn ». C'est parfait si Thièn exprime la Puissance cosmique, mais cela n'est pas, et il s'embrouille dans ses explications quand il ajoute que c'est par des phénomènes extraordinaires, des inondations, des sécheresses, des tremblements de terre que Thièn déclare que sa loi a été violée. Il mêle le physique et le moral. Ce qu'on peut violer, c'est la loi morale, non les lois cosmiques. Les troubles qui en résultent ne sont pas d'ordre physique, mais d'ordre psychique, ils amènent un dérangement mental qui a troublé l'esprit de tous les fondateurs de religions.
La vérité, c'est que c'est par des troubles psychiques produits dans l'homme que s'annonce la violation de la loi de Thièn, loi morale dictée par la Femme (voir l'article sur Le Bien et le mal : Loi morale).
La Divinité primitive était représentée par une Femme ayant cent sommets sur la tête. Depuis la grande réforme, cette Femme est devenue un Dieu.

LES DIEUX ANDROGYNES
Mais il y a eu d'abord des dieux androgynes : Kwan-Schaï-Yin est identique à l'Avalokiteshwara sanscrit et, comme tel, est une Divinité androgyne comme le Tétragrammaton de tous les Logoï de la même époque.
Il n'est personnifié que par quelques sectes en Chine et est représenté alors avec des attributs féminins ; sous son aspect féminin, il devient Kwan-Yin, la Déesse de Miséricorde, appelée aussi « la voix Divine ». Cette dernière est la divine protectrice du Thibet et de l'île de Puto en Chine, où les deux Divinités ont plusieurs couvents.
Les Dieux les plus élevés de l'antiquité sont toujours « les Fils de la Mère » avant d'être « les Fils du Père ». Les Logoï comme Jupiter ou Zeus, fils de Kronos-Saturne, « le temps infini » (Kâla), étaient originairement représentés comme mâles-femelles. Zeus est nommé la « belle vierge » et Vénus est représentée avec la barbe. Apollon était d'abord bisexuel comme l'est aussi Brahmâ-Vâch dans Manou et les Pourânas. On peut changer Osiris et Isis l'un pour l'autre, et Horus est des deux sexes.
Les Chinois ne sont pas inventifs, ils copient ce qu'ont fait avant eux d'autres peuples. Ils prennent aux Juifs les 72 Docteurs qui, soi-disant, auraient traduit le Sépher en grec, ce qu'on appelle la version des Septante, et en font « les Sentences dorées de Hoangti-Xao », l'un des 72 plus excellents disciples du sage roi des lettres touchant les droits de l'homme (1).
C'est leur célèbre Confucius qu'ils appellent ordinairement le sage roi des lettres, et ils disent qu'il avait soixante-douze principaux disciples du nombre desquels était Hoangti-Xao. Ils prennent aux Hindous un de leurs symboles obscènes ; le pilon dans le mortier, qu'on est étonné de trouver parmi les images qui constituent l'écriture chinoise.
On y trouve aussi le iod hébraïque devenu Y.
Si en Chine la femme est désignée par le vocable Yu, en Grèce elle est appelée Io (mot qui du reste désigne la vache).
A l'époque où partout on célèbre des Mystères, Confucius mêla la divination à sa philosophie. Voici ce que dit son biographe :
« Les huit symboles déterminent la bonne et la mauvaise fortune et ils conduisent aux grandes actions. Il n'y a pas d'image que l'on puisse imiter qui soit plus grande que le Ciel et la Terre. Il n'y a pas de changements plus grands que les quatre saisons. Il n'y a pas d'images suspendues plus brillantes que le Soleil et la Lune. Pour préparer les choses en vue de leur usage, personne n'est plus grand que le sage. Il n'y a rien de plus grand que les pailles divinatoires et la tortue »
Or cette tortue qu'il mentionne sans en comprendre la signification symbolique, est prise dans la Bhagavad-Gîtâ où elle est l'emblème de la chasteté, et c'est pour cela qu'elle soutient le monde.
Confucius croyait à la magie et la pratiquait, ainsi l'affirme le « Kia Yû ». Dans le « Yi King », ce faux sage porte la magie aux nues.
Comme tous les fondateurs de religions masculinistes se soutiennent, l'Eglise Romaine a canonisé Confucius il y a près de 300 ans.
Il existe (peut-être encore) au Musée Guimet deux anciennes gravures qui se rapportent à la lutte de sexes en Chine. Dans l'une on voit les femmes d'un côté, les hommes de l'autre ; sur le premier plan ils sont à genoux, sur le second plan ils sont debout.
Les femmes cherchent à enlacer les hommes à l'aide de cordes qu'elles essayent de leur passer autour du cou ; les hommes s'en défendent, ceux du second plan font des grimaces et des signes de menace. Cette corde est l'image du lien moral qui unit l'homme à la femme, que la Femme veut établir, que l'homme veut rompre.
Dans l'autre gravure, une Femme gigantesque est couchée sur une pierre, elle est morte, c'est l'antique Déesse.
Autour d'Elle et sur Elle, une multitude de petites femmes éplorées gisent dans des attitudes de désolation.
Ces gravures sont accompagnées d'inscriptions en chinois.
(1) Morceau d'un auteur chinois vivant 500 ans avant l'ère chrétienne, communiqué à Léguât (protestant français chassé par la révocation de l'édit de Nantes) par un missionnaire jésuite se trouvant à Java où Léguât était arrivé après mille aventures. (Léguât, Voyages et Aventures, imprimé à Amsterdam en 1708 ; t. II, pp. 104-113).

TRADITIONS JAPONAISES
On enseigne au Japon que sept Divinités régnèrent dans le passé, pendant une longue suite de siècles.
La dernière de ces Divinités eut pour fils un demi-Dieu nommé Tensio-Daï-Dsin, qui fut le Père des hommes.
Après de longs siècles écoulés dans la paix et la prospérité, de grandes discussions survinrent pendant le règne de l'homme et de longues guerres. Le Japon fut en proie à mille calamités. Au milieu du désordre, un imposteur se dit envoyé du ciel, c'est, Sin-nou (vers 660, l'époque des réformateurs religieux). Cet homme audacieux s'empara du pouvoir sacerdotal et royal et arriva à se faire accepter. Sa dynastie dura dix-huit siècles.
La doctrine de cet homme établit une pluralité de paradis situés dans les astres et que chacun peut choisir à son gré, comme on choisit un lieu de villégiature.
Mais tout le monde ne va pas en paradis, il y a aussi l'enfer, où vont les pécheurs endurcis pour y souffrir éternellement.
« Figurez-vous une boule en acier grosse comme la ville de Paris ; supposez que tous les mille ans une hirondelle l'effleure de son aile... Eh bien, cette boule sera usée avant que le supplice du damné ait pris fin ! Et quel supplice ! Plongeons dans l'eau bouillante, station prolongée sur un gril chauffé à blanc, ongles arrachés, chairs brûlées, muscles tordus, corps en lambeaux, qui sans cesse se reforme pour souffrir encore.... et pas une seconde de répit ! Ah ! tu as soif, brigand ? Bois du plomb fondu ! Une fois l'an, paix aux misérables ! sur 365 jours, pendant vingt-quatre heures (c'est toujours ça), on cesse de bouillir, de rôtir, et de se lamenter. Ce jour-là, les diables éteignent les feux infernaux, remisent leurs fourches barbelées et fraternisent gaiement avec leurs victimes ».
Depuis que les hommes qui inventent de pareilles doctrines règnent sur la Terre en se faisant appeler « Fils du Ciel », la femme est humiliée.
Le signe idéographique de l'esclavage est une femme tenue par la main.
Les Japonais décidèrent, à une époque difficile à déterminer, que la Divinité ne devait plus être représentée par des images. C'est ainsi qu'on supprima les Déesses.
M. Guimet, qui voulut bien un jour faire visiter son Musée à une Dame, avant qu'il fût ouvert au public, lui expliqua, en lui montrant une vitrine consacrée au Japon, qu'on aurait remplacé les figures des Déesses par des espèces de tire-bouchons en papier découpé.
Si l'on ne sait pas ce que cela signifie, on ne peut rien comprendre à l'histoire religieuse du Japon.




« (...) Le Dr Ebers, qui a écrit un ouvrage sur le Mont Sinaï, nous apprend que, dans une inscription antique, on désigne cette mer en ces termes : « les eaux du pays rouge ». Toute l'antiquité a dû connaître cet événement, car nous en trouvons le récit, sous forme de légende, dans l'Encyclopédie japonaise. Et parlant des Japonais, M. Cailleux dit : « Ces peuples reconnaissent un ancien législateur qui, venu de loin, leur donna les éléments de leur culte. Il se nommait Mousa, il avait pour emblème le soleil rayonnant qui est resté jusqu'aujourd'hui dans les armes du Japon. ». Les Celtes firent de Myriam le nom de la Marjolaine, et des légendes existent aussi, chez eux, perpétuant le souvenir de cette grande femme. » (De l'Israélisme au Judaïsme)

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