ISLAMISME ET ISMAÉLIENS - LES TOUAREG


« Comme s’il pressentait que son heure était proche,
Grave, il ne faisait plus à personne un reproche ;
Il marchait en rendant aux passants leur salut ;
On le voyait vieillir chaque jour, quoiqu’il eût
A peine vingt poils blancs à sa barbe encore noire ;
Il s'arrêtait parfois pour voir les chameaux boire,
Se souvenant du temps qu’il était chamelier.
Il semblait avoir vu l’Eden, l’âge d’amour,
Les temps antérieurs, l’ère immémoriale.»
(Victor Hugo, An neuf de l'hégire, 1858)

« Je viens mettre à profit les erreurs de la terre... 
Il faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fers.
Il faut un nouveau Dieu pour l'aveugle univers. »
(Voltaire, Le Fanatisme, ou Mahomet le prophèteParis 1742)

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« Ceux qui aiment d'Amour spirituel et divin... 
dont les yeux ont l'aspect du jasmin »
(Le jasmin des fidèles d'amour : kitâb-e 'Abhar al-'âshiqîn)
Abû Muhammad ibn Abî Nasr Fas'î Sîrâzî Rûzbehân Baqlî (1128 - 1209)

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L'ISLAMISME
C'est au milieu des luttes que l'Église catholique soutenait contre les premiers Chrétiens féministes, qui gardaient fidèlement le culte de la Déesse, que retentit un cri de révolte d'un autre genre contre l'ancienne Théogonie : « Dieu seul est Dieu, et Mohammed est son Prophète. »
Il n'est plus question de savoir de quel Dieu il s'agit, il n'y en a plus qu'un : c'est Dieu ; impossible d'être plus simple, et c'est avec ce cri et ce drapeau qu'une horde de cavaliers arabes va envahir l'empire d'Orient et celui des Perses, en guerre depuis 30 ans.
L'an 630, Mohammed tombe comme une avalanche sur le territoire sacré de la Mecque, avec une armée de 10.000 hommes. La ville, incapable de résister, se rend, et le forban fait purifier la Kaabah (le sanctuaire) et détruire les images des anciennes Divinités pour anéantir le culte antérieur.
« La Vérité est venue, dit-il, que le mensonge disparaisse (1). »
Un grand nombre d'images de femmes se trouvaient dans la Kaabah ; on prétend qu'on y voyait aussi celle d'Abraham et celle de Jésus.
Ce triomphe amena à Mohammed la plupart des hommes. Toutes les tribus de l'Arabie se soumirent à sa doctrine qui se résume en cette phrase fameuse : « Dieu seul est Dieu, et Mohammed est son Prophète. »
Les Arabes imposèrent par la force leur religion aux polythéistes, leurs ennemis naturels, puisqu'ils représentaient encore, dans l'opinion du monde, le symbolisme de la Nature et le culte de la Femme laissé à côté de celui de l'homme. Mais ils furent plus doux envers ceux qui avaient déjà masculinisé la religion. Les Juifs renégats et les Catholiques pouvaient, moyennant un impôt personnel, continuer librement l'exercice de leur culte.
(1) Une inscription sabéenne trouvée par M. Camoin a été présentée à l'Académie des Inscriptions par M. Derenbourg. On y lit ceci : « Abd, fils de Méharwah, vassal de Banou-Thaan, a consacré à sa Déesse Ouzza cette statue d'or en faveur de sa fille, l'adoratrice d'Ouzza, Koholthahir. Au nom d'Ouzza. »
Cette divinité fut condamnée par le Koran comme une divinité rivale qu'Allah a chassée de la Kaabah, comme une adversaire redoutable du monothéisme islamique.

MOHAMMED
Cet homme audacieux naquit à la Mecque, vers 571, d'une famille pauvre de la tribu des Koraïshites (amasseurs). Les traditions qui relatent son enfance sont incertaines, elles ont été arrangées après sa mort.
On sait qu'il était orphelin ; d'abord pâtre, puis serviteur d'une femme riche, qu'il séduisit et qu'il épousa. Enfin, il était marchand de chameaux, d'après le Dictionnaire de Voltaire. Il eut une apparition céleste, dit la légende, un rêve qui fut le point de départ de sa propagande.
Il résidait à la Mecque. Ses premiers partisans furent les membres de sa famille. Sa doctrine était celle du « Dieu unique » ; il voulait détruire ce qui restait de la religion théogonique, qu'il appelait « l'idolâtrie officielle ».
Il rencontra une vive opposition, subit des déboires et des injures ; ses disciples furent persécutés et se réfugièrent en Abyssinie. Cependant, il gagna des partisans. Tous les hommes pervertis se rallièrent à lui. Il convertit le farouche Omar. Il trouva des partisans dévoués parmi les habitants de la ville de Yathrib. Vers 621, douze d'entre eux vinrent prêter un serment d'obéissance à sa personne et de fidélité à sa religion, sur la colline Akabah, près de la Mecque. (Ceci ressemble beaucoup aux douze disciples de Jésus réunis sur la Montagne.)
L'année suivante, ils étaient 75. Ils furent obligés de s'enfuir vers la fin de l'été de l'année 622. C'est cette année de la fuite qui sera le commencement de l'Hégire (l'ère nouvelle des Musulmans).
La ville de Yathrib, qui, la première, lui avait donné des alliés, fut appelée Medinet En-Nabi (ville du Prophète), ou simplement « El-Medinah », la ville ; en français, Médine.
Suivant un géographe turc, on disait : « Médine, la resplendissante ». Le premier soin de Mohammed fut de construire une mosquée et de fixer les formes d'un culte. La forme d'abord, contrairement aux religions primitives qui s'occupaient des idées abstraites et non des idées concrètes.
Il institua « l'appel à la prière ». Le mulâtre Bilâl fut le premier moueddin (qui appelle à la prière).
Il consacra au jeûne le mois de Ramadan, et n'oublia pas l'argent ; il établit la Zékah, dîme aumônière que chaque fidèle devait prélever sur ses biens pour être employée aux besoins du Prophète et de sa religion.
Il avait des femmes en nombre. L'une d'elles, Aïshah, se maria avec lui « étant encore fille » ; les autres étaient plutôt prises parmi les prostituées.
Il arborait comme emblème la liva ou bannière blanche (c'était la couleur des masculinistes). Cependant, dans ses expéditions, il arborait un drapeau noir appelé « Raya », fait d'un châle de sa favorite Aïshah ; mais ses troupes gardaient la bannière blanche, la liva. Le Raya portait cette inscription : « Il n'y a point de Dieu hors Dieu, et Mohammed est son Prophète. »
Un jour, il attaqua une caravane pour se procurer des richesses, et, pour la première fois, dans le combat, il poussa comme cri de guerre le fameux Ahadun qui signifie un seul ; et cela voulait dire « un seul Dieu », ce qui sous-entendait : suppression des Déesses.
Les rigueurs contre les Israélites féministes poussèrent ces derniers à former contre lui une coalition de plusieurs tribus réunies. Ils attaquèrent Médine pour détruire la nouvelle communauté, devenue menaçante pour l'ordre social du pays. Mais Mohammed fut plus rusé qu'eux. « La guerre, disait-il, est un jeu au plus fin. »
Les Israélites se retirèrent, abandonnant la lutte. II fit graver un cachet d'argent avec l'inscription : « Mohammed, apôtre de Dieu ».
Lui-même se donnait ce nom ; il n'attendait pas que les autres lui reconnussent une valeur quelconque, il s'imposait, c'était plus vite fait. Puis, une fois établi prophète de par sa propre décision, il envoya des messagers aux rois d'Abyssinie et de Perse, au prince de Syrie et au gouverneur d'Egypte, à l'empereur de Constantinople Héraclius et au chef du Yemen, dans l'Arabie centrale, pour les engager à se convertir à l'Islam.
Cette doctrine, jusqu'alors, n'avait qu'un précepte : supprimer ce qui restait de la Divinité spirituelle de la Femme et ne reconnaître qu'un Dieu anthropomorphique, celui que les Catholiques avaient mis dans les cieux, si loin qu'il ne gênait plus personne.
Cette suppression devait séduire bien des hommes, tous les libertins qui, déjà, s'étaient affranchis de toute loi morale. Du reste, il avait une façon de faire sa propagande qui était souvent décisive : il joignait le combat à la parole, il marchait en guerre contre ses ennemis, à la conquête de l'autorité brutale qu'il voulait substituer à l'autorité morale ; il intimidait ceux qui lui résistaient.
La vie du Prophète eut deux grandes périodes. La première se passa à la Mecque, sa ville natale, et dura 13 ou 15 ans. L'autre se passa à Médine et dura 10 ans. La fuite de la Mecque à Médine eut lieu en 622. Il mourut en 632.
Ce qu'on appelle « sa vocation » dura de 606 à 610. Les Sourates (séries) du Koran sont écrites suivant ces deux périodes.
Il y a les sourates mecquoises et les sourates médinites.
Cependant, cette division n'est pas indiquée dans le Koran, où règne le même désordre que dans l'esprit de son auteur.
Il est curieux de savoir comment Mohammed a fait le Koran. Il avait un fils adoptif, Zaïd ibn Hâritha, qu'il avait acheté et qu'il avait marié. Un jour, pendant son apostolat, ayant fait une visite à ce fils adoptif, il trouva que sa femme était belle et s'écria : « Gloire à Dieu qui tourne le cœur des hommes comme il veut. »
Zaïd répudia sa femme, et Mohammed, après avoir essayé de l'en détourner, épousa Zaïnab et écrivit, pour le Koran, le verset suivant (sourate 33) :
« 0 Mohammed ! tu as dit un jour à cet homme (à Zaïd), envers lequel Dieu a été plein de bonté et qu'il a comblé de ses faveurs : Garde ta femme et crains Dieu ; et tu cachais dans ton cœur ce que Dieu devait bientôt mettre au grand jour. Tu as craint les hommes, il était cependant plus juste de craindre Dieu. Mais lorsque Zaïd prit un parti et résolut de répudier sa femme, nous l'unîmes à toi par le mariage, afin que ce ne soit pas, pour les croyants, un crime d'épouser les femmes de leur fils adoptif, après leur répudiation. Et l'arrêt de Dieu s'accomplit. »
Les autres versets n'ont sans doute pas une origine plus sérieuse.
En voici un qui nous apprend que Mohammed était illettré ; on croit qu'il ne savait ni lire ni écrire (sourate, 156 et 158) :
« Ma miséricorde, je la destine à ceux qui suivent l'envoyé, le prophète illettré (ommi). Croyez à Dieu et à son envoyé le prophète illettré » (Ommi, dérivé de Ommah qui veut dire peuple).
Le Koran, dont Mohammed est l'auteur, n'est qu'un ramassis de sentences que chacun savait déjà par cœur. Il y ajoute des miracles, des pensées personnelles dictées par un intérêt particulier, des vulgarités, en un mot, qui, mises bout à bout, constituèrent un ouvrage incohérent comme la pensée malsaine qui l'avait dicté (1).
Les Mecquois accusaient Mohammed de puiser ses révélations dans les asatir des anciens (mot traduit ordinairement par conte, histoire, en grec).
« Il les a mis par écrit, disaient-ils, ils lui sont dictés matin et soir » (sourate 25,6).
Mohammed cite lui-même cette accusation pour faire croire qu'il sait écrire, puis il y répond en disant : « Celui qui connaît les secrets des cieux et de la terre a envoyé ce Livre. »
On voit que Mohammed veut se donner l'air d'un homme instruit ; ainsi, il fait dire à Dieu :
« Nous t'avons envoyé le Livre. Auparavant, tu ne lisais aucun livre, ni tu n'en écrivais de ta main droite » (sourate 29,46-47).
Un homme instruit, sachant lire et écrire, n'aurait pas eu l'idée d'insister sur ce détail.
Enfin, comme preuve dernière de son ignorance, on raconte, d'après une tradition, que, sur son lit de mort, il demanda des matériaux pour écrire, mais qu'ils lui furent refusés parce qu'il avait un accès de fièvre. On n'est pas plus naïf que ceux qui ont inventé cette réponse pour faire croire à la postérité que le Prophète aurait pu écrire. Si cela était, il serait resté quelque chose de lui, et ce n'est pas au moment de la mort, c'est pendant sa vie qu'il aurait profité de ses talents calligraphiques pour nous raconter ses succès et pour chanter ses louanges.
Il avait des secrétaires qui écrivaient sous sa dictée, et lui lisaient les lettres qu'on lui adressait. Un auteur, M. Th. Noldeke, lui donne neuf secrétaires ; un autre, M. Weil, lui en donne 26 et même 42 (Mohammed der Prophet, p. 350).
Lorsque Mohammed parlait, ses secrétaires écrivaient ses paroles sur des morceaux de cuir ou de parchemin, ou sur des feuilles de palmier, ou sur des pierres blanches et plates ; ils écrivaient aussi sur des os, des omoplates ou des côtes.
Tout cela était conservé pêle-mêle dans une caisse. Les Arabes n'avaient pas encore de chiffres pour les numéroter.
(1) Voltaire, dans le Portatif, dit : « Le Koran est une rapsodie sans liaison, sans ordre, sans art ; on dit pourtant que ce livre ennuyeux est fort beau. Je m'en rapporte aux Arabes, qui prétendent qu'il est écrit avec une élégance et une pureté dont personne n'a approché depuis. Si ce livre est mauvais pour notre temps et pour nous, il était fort beau pour ses contemporains, et sa religion encore meilleure. »

LES ISMAÉLIENS
La prétention de Mohammed d'établir un Dieu unique fut loin de gagner tous les suffrages.
A peine né, l'Islamisme vit se former, en face de lui, une secte : les Ismaéliens.
Cette secte avait pour fondateur Ismaël, qui mourut vers l'an 766. La société fondée par Ismaël prit le titre de « Zindik » ou « Esprits forts » ; elle devait, plus tard, perdre ce nom et n'être plus désignée que par celui de son fondateur.
Les disciples d'Ismaël étaient des libres penseurs qui discutaient les préceptes du Coran chaque fois qu'ils en avaient l'occasion.
Au début, ils agirent au grand jour, mais les khalifes les persécutèrent ; un de leurs chefs les plus célèbres, Babek, qui parut en 815, tomba avec ses partisans en 837.
Ils se constituèrent alors en société secrète et enseignèrent l'antique vérité, comme les Manichéens, ou du moins le syncrétisme divin résumé dans l'idée d'une dualité représentant l'homme et la femme.
Ce fut Abdallah, qui vivait à cette même époque à Ahwas, dans les provinces méridionales de la Perse, qui, rendu circonspect par le sort des disciples de Babek, résolut de miner sourdement la religion des Arabes et fit de l'Ismaélisme une société secrète.
Il divisa l'enseignement des doctrines en 7 degrés. Dans le 7ème degré, on apprenait que toutes les religions des hommes étaient des chimères et qu'il fallait revenir à la Nature.
Abdallah eut un grand succès ; il forma des disciples, dont beaucoup se firent missionnaires et allèrent propager au loin l'Ismaélisme, qui eut bientôt des ramifications à Bassorah et dans toute la Syrie.
Le plus célèbre de ces émissaires fut Ahmed, fils d'Eskhaas, surnommé Karmath. Ses disciples, qu'on appelait les Karmathites, n'eurent pas la prudence des autres adhérents d'Abdallah ; ils se mirent en lutte ouverte avec les khalifes encore puissants. Cette lutte fut sanglante et se termina par la destruction complète des Karmathites, mais ceux-ci ne moururent que pour renaître.
Un de leurs plus hardis missionnaires, qui se nommait aussi Abdallah et qui descendait d'Ismaël, parvint à s'échapper du cachot où l'avait fait jeter le khalife El-Motadhal et rallia à lui, avec l'aide des Ismaéliens d'Egypte, un parti nombreux et déterminé.
Il réussit à conquérir le pouvoir et s'assit sur le trône sous le nom d'Obeidallah-Mahdi (909). Il fut le fondateur de la dynastie des khalifes égyptiens, appelés Fatimites parce qu'ils se donnaient pour origine Fatmah, fille de Mohammed, et non Mohammed lui-même.
A partir de ce moment, la secte des Ismaéliens fut toute puissante en Egypte. Elle fut propagée par des agents officiels, dont le chef portait les titres de « Daï Ed-Doat », suprême missionnaire dans l'intérêt du trône, et de « Qâdi El-Qodat », juge suprême de l'État. Les membres de l'association des Ismaélites avaient au Caire, au Moyen Age, des assemblées deux fois par semaine, le lundi et le mercredi, sous la présidence de « Daï Ed-Doat ». Ces assemblées étaient mixtes, les femmes y assistaient en aussi grand nombre que les hommes.
Ces réunions s'appelaient « Medjlis El-Hekmah », Société de la Sagesse, et l'édifice où elles avaient lieu « Dar El-Hekmah », Maison de la Sagesse.
L'Egypte, tombée sous la domination masculine, a eu le sort de toutes les nations qui ont suivi la même évolution. Roulant de chute en chute, elle arriva à se laisser vaincre par le Catholicisme.
En 391 de notre ère, un édit de l'empereur Théodose proclama que la religion catholique serait désormais la religion officielle de l'Egypte. Ordonnant la fermeture de tous les lieux du culte et la destruction de tous les dieux, il répandit la mort sur cette terre autrefois si vivante ; les temples furent profanés, détruits, l'Egypte devint une tombe renfermant l'ombre de la grande Déesse Isis, l'ombre de la Femme.
Mais le Catholicisme devait être dépassé en barbarie par l'Islamisme. En 640, l'invasion arabe vint détruire ce que le Catholicisme avait laissé debout. Les derniers temples et les derniers palais furent abattus, et leurs matériaux servirent à la construction des misérables villes arabes ; d'un manteau royal on fit un torchon.
Le 22 décembre 641, prise d'Alexandrie en Egypte par les Musulmans. C'est à la prise de cette ville qu'aurait été brûlée par Omar la fameuse bibliothèque des Ptolémée. Ce fait est aujourd'hui contesté.
On démolit Memphis pour bâtir le Caire, rapetissant l'architecture pour la mettre à la mesure des esprits ; les sculptures et les inscriptions furent converties en chaux et servirent à préparer le mortier. Les cachettes des tombes furent pillées...
Et l'on s'étonne, après tout cela, d'apprendre que les savants trouvent encore des monuments dans un pays ainsi ravagé par deux hordes de vandales, les Catholiques et les Musulmans. Il est vrai que ce qui reste leur a échappé parce que cela demandait un certain travail de déblaiement, et, comme tous les dégénérés, ils avaient en partage la paresse.

LES ISMAÉLIENS AU MOYEN ÂGE
La secte des Ismaélites, dont nous avons raconté les débuts, subsista en Orient jusqu'à la chute de l'empire des Fatimîtes.
Pendant toute leur durée, ils firent une active propagande, envoyant partout des émissaires, si bien que cette société se répandit secrètement dans les différentes contrées de l'Asie. Dans la dernière moitié du 11ème siècle, un de ces missionnaires, Hassan ben Sabah Homaïri, devint le fondateur d'une nouvelle branche de la secte, celle des Ismaéliens de l'Est, appelés Hashishin, mangeurs de « hashish ».
Hassan devint le plus célèbre des chefs de l'Ismaélisme.
Il était, appelé « le Vieux de la Montagne ». Il avait pris le système ismaélien en 2 classes, les « refik », compagnons, et les « daï », maîtres, le subdivisant en 9 degrés ; il y ajouta une 3ème classe d'un seul degré, qui formait un groupe à part qui était celle des « fedawis », mot qui signifie les sacrés, ceux qui se sacrifient.
Les fedawis s'engageaient à obéir aveuglément à l'ordre des supérieurs; ils étaient des instruments dociles, dans un temps où les idées se défendaient les armes à la main et où une propagande secrète ne pouvait subsister qu'en s'entourant de tous les moyens possibles pour assurer sa sécurité.
Les jeunes gens destinés à devenir des « fedawis » recevaient une éducation soignée. On leur enseignait plusieurs langues ; on les armait d'un poignard destiné, leur disait-on, à venger les injures faites à la secte par les Catholiques ou les Musulmans. Ils prenaient, pour mieux assurer leur action secrète, divers déguisements, tantôt le froc du moine, tantôt l'habit du commerçant, et ils agissaient avec tant de circonspection qu'ils arrivaient toujours à leurs fins. Ceux d'entre eux qui périssaient dans l'accomplissement de leur mission étaient considérés par les autres comme des martyrs ; leurs parents recevaient de riches présents, ou, s'ils étaient esclaves, on les affranchissait.
Les Ismaéliens, cependant, évitaient de tuer leurs ennemis, mais ils leur faisaient comprendre leur puissance pour qu'ils sachent à quel danger ils s'exposaient en les attaquant.
L'Ordre des Ismaéliens comprenait une hiérarchie de fonctions. Après le Grand-Maître, qui était le chef suprême de la société, venaient les « daï kebir » ou Grands Recruteurs. Ces officiers gouvernaient les trois provinces sur lesquelles la puissance des Ismaélites s'était étendue ; le Djebal, le Kouhistan et la Syrie.
Ce sont ces dignitaires que les historiens des Croisades appellent les Grands Prieurs. Ils avaient sous leurs ordres des fonctionnaires militaires et civils, Vers la fin du 12ème siècle, cette secte régnait des frontières du Khorassan aux montagnes de la Syrie, du mont Taurus au Liban et de la mer Caspienne à la Méditerranée.
Hassan était mort en 1124, après avoir choisi pour successeur Kia Buzurgomid, celui des Daï qui lui avait paru le plus digne d'être investi de la Grande Maîtrise ; mais peu à peu cette dignité devint héréditaire.
L'Ordre des Ismaéliens subsista dans son entier jusqu'à l'an 1254, époque à laquelle le petit-fils de Gengis-Khan, Mangou-Khan, inonda l'Orient de ces hordes mongoles qui renversèrent toutes les puissances, et du même coup détruisit la secte des Ismaéliens, dont les membres furent en grande partie pris et massacrés. Leurs ennemis, notamment les faux Chrétiens, leur imputaient toutes sortes de crimes, et rapprochaient leur nom Hashishin du mot assassin, pour les flétrir.
Aladin, un des Vieux de la Montagne, régna sur les Ismaéliens à la fin du 13ème siècle.

LES VIEUX DE LA MONTAGNE
Un article paru dans le Mercure du 15 octobre 1924, sous la signature de J. Bru, s'occupe du culte de la Femme et des raisons de ce culte méconnues jusqu'à ce jour.
Cet auteur nous rappelle d'abord l'histoire des Ismaéliens, qui avaient fondé une religion secrète pour détruire la puissance de l'Islam. C'est vers 1080 de notre ère, avec le Grand-Maître Hassan ben Sabah, que les Ismaéliens jouèrent leur grand rôle sur la scène du monde. Pour se défendre et défendre leur religion, il créa le corps des « Fedawis » (les dévoués), qui, avec un entier dévouement, se chargeaient des missions les plus dangereuses dans les vues de sauvegarder leurs croyances et leur organisation.
L'histoire écrite par leurs ennemis les appelle les Assassins, et les représente comme des brigands et des pillards enivrés de hashish et tuant dans l'exaltation des stupéfiants. On a fait justice de ces calomnies depuis que l'on sait que leur but était de défendre la Femme. Pour eux, les infidèles, ce sont ceux qui ont abandonné la religion naturelle et la loi de Myriam.
Les Catholiques, qui copient tout, appellent leurs ennemis infidèles, alors que ce sont eux qui le sont, eux les négateurs de la Vérité démontrée, et les pires fanatiques de l'erreur indémontrable.
Lorsque les Croisés (les Francs) apparurent sur les routes de Jérusalem, ils rencontrèrent les Ismaéliens de Syrie, et c'est par les croisés que les premiers échos portèrent en France le renom du Vieux de la Montagne.
A cette époque-là, les Ismaéliens de Syrie avaient à leur tête le Grand-Maître Abou Hassan ben Soleïman ben Mohammed Rashid ed-Din, plus connu sous le nom de Rashid Sinam.
Ceux qui ont rencontré les populations de ces régions ont été surpris d'y trouver de beaux types d'Aryens à la stature, élevée, au teint clair, souvent aux yeux bleus ; vision occidentale qui a servi à étayer l'hypothèse d'une origine celtique.
Les chefs régionaux détiennent l'autorité morale. Chez les Ismaéliens, c'est le Sheikh religieux et l'Émir. Presque chaque village a son Sheikh. Le Sheikh dépend spirituellement de l'Émir, qui est le chef de cette principauté théocratique, le chef des Ismaéliens de Syrie, le vassal et le représentant du Grand Maître l'Agha-Khan, qui de Bombay préside à la vie religieuse de tous les Ismaéliens du monde, car les Ismaéliens ont des adhérents dans tous les coins de la terre : au Zambèze et en Abyssinie, en Allemagne, en Angleterre, et même en France, paraît-il.
L'Agha-Khan, que tous les fidèles considèrent comme l'incarnation d'Ismaël, est le dépositaire du Grand Mystère de la Religion. Mais les dogmes entraînent tant de discussions et d'interprétations diverses que l'Agha les doit trancher tous les ans dans le Pharaman, le livre sacré de la doctrine.
Cette doctrine, il serait un peu long de l'exposer dans son ensemble, d'autant que, obscurcie de phrases sibyllines, il faudrait en commenter presque toutes les sourates.
Suit un aperçu de la doctrine, qu'il est impossible de faire comprendre à ceux qui ne sont pas initiés ; c'est toute la science telle que nous l'avons reproduite dans ce blog et telle que les sociétés secrètes la conservent encore : par les pratiques de la volupté, l'âme masculine s'est alourdie, créant une matière charnelle qui, de chute en chute, obscurcit son esprit.
Pour les Ismaéliens, l'homme est un dieu déchu qui se souvient des cieux. Pour regagner les sphères pures, il faut que son âme s'allège de toute l'enveloppe matérielle qui l'alourdit et la retient dans les basses couches de la pensée. C'est la science, la mystique rationnelle, qui donne les moyens de retrouver cette forme pure. Mais tous les humains ne connaissent pas cette science qui rend le Paradis perdu.
Le grand secret ne sera livré qu'aux sages qui, par une vie d'exemples et de volonté, seront parvenus à mériter les 7 grades de l'initiation. Cette initiation n'a rien gardé des anciens rites hermétiques. L'Ismaélien est initié, sans allégorie, à une religion et non à des mystères. Comment a-t-on pu en découvrir le secret ?
On sait que dans l'antiquité la célébration des Mystères était tenue des plus secrètes ; des gardiens vigilants écartaient les curieux, et les mystagogues exigeaient de l'initié le secret le plus absolu sous les menaces les plus terribles.
Et, cependant, ce secret fut découvert. Voici comment :
un jour, dit l'auteur de l'article que je cite, le hasard nous donna ce que, depuis tant de siècles, les sectateurs cachaient.
Un Ismaélien de Syrie, hiérophante ou catéchumène, fut trouvé mort sur les bords de la route qui va de Latakieh (l'ancienne Laodicée maritime) à Djebleh (l'ancienne Gabala des Sinnites). Dans le turban crasseux du mort, sur une feuille de papier noircie par le temps et les mains sales, étaient transcrites deux des leçons du Grand-Maître Rashid Sinam, le Vieux de la Montagne.
A la traduction, nous reconnûmes la copie d'un fragment du livre qui contient les sages enseignements du Vénérable Rashid Sinam, recueillis par son disciple Abou Fares el-Mimiki. Cette copie, est un document capable d'éclairer l'étude de la religion des Batiniehs, qui sont des adeptes d'une secte hermétique qui appuie son dogme sur le sens caché des Écritures. C'est la religion de la Science du sens caché, semblable à celle des Gnostiques et des Mandéites.
Aujourd'hui que le document trouvé sur l'homme de Laodicée nous livre les origines de ce culte, nous prêtons une oreille plus attentive aux témoins qui rapportent ce que leurs yeux ont vu ; mais les témoins sont rares. Il est non seulement plein de difficultés, mais aussi de danger, de vouloir percer le secret des rites. M..., un Chrétien de Moissyaf (je m'abstiens de citer son nom par crainte de représailles), me dit qu'un vendredi, à la tombée du jour, il aurait surpris la réunion des Ismaéliens par un trou pratiqué dans le plafond du Mashad-Ali. Les Ismaéliens étaient assis, les jambes croisées à l'orientale, écoutant le Sheikh lire des passages du Bir-Sadin.
Cela dura plusieurs quarts d'heure, cependant que, sur un piédestal aménagé, une jeune fille toute nue se tenait debout. Dans la salle, aucun autre ornement que cette resplendissante fleur de chair, la Femme, l'idole éternelle qui se tenait immobile, hiératique, devant les hommes recueillis. Puis, la lecture achevée, les assistants se levèrent les uns après les autres. En silence, chacun à son tour se mit à genoux devant la jeune fille, devant les sources de la vie, devant les sources de la joie, devant le symbole de la vie éternelle ; l'homme rendait hommage à la Femme. La tête, dans un geste d'humilité, venait s'appuyer sur le triangle sacré de son origine. Et, l'hommage rendu, il regagnait sa place.
Dans la grande leçon du Vénérable Seigneur Rashid ed-Din aux croyants ses disciples, nous trouvons dans le Mashad-Ali (maison de prière) les 40 disciples qui demandèrent au Maître les raisons pour lesquelles la Vérité a été révélée aux hommes sous les apparences d'une Femme. Il fut répondu : Le Secret de Bismillah est le point sous le « Bâ » ; c'est le plus redoutable mystère ! Il ne peut être révélé à qui que ce soit !
Cependant, dans la 2ème leçon, il dit : La Vérité de toutes les Vérités, c'est le kaf et le sin (le « Kess » ou sexe de la femme). Et l'auteur de l'article ajoute : « Nos mentalités européennes comprennent difficilement que ce mélange de sensuel et de sacré puisse garder un caractère pur et religieux ; cela participe d'une psychologie différente de la nôtre, que les siècles anciens comprenaient. »
Ce culte, qui semble étrange à tous ceux qui ignorent la loi des sexes, a une origine persane. Toutes les semaines, dans les mosquées de village, on rend à la Femme l'hommage sacré selon les principes de la religion. Tradition sacrée en opposition avec les mœurs actuelles, qui ont avili la femme.
L'Ismaélien, qui fait travailler durement sa femme, rend un culte à la Femme. Il a en lui, sans même le savoir, le respect féminin.
Au cours des guerres de tribus à tribus, on n'a jamais enregistré le moindre assassinat, le moindre viol, la moindre atteinte à une femme ennemie. La Femme est respectée par le guerrier, comme par le bandit coupeur de routes. Leur égoïsme et leur faiblesse ne prête pas à la femme la responsabilité de tous les malheurs humains. Ils n'y voient pas la cause des ruines, des malheurs, des misères, des injustices, mais la source des joies et des consolations, des plaisirs et de l'équilibre, de la paix, de la puissance.
C'est pourquoi Hassan ben Sabah, qui était un grand sage, voulut qu'on lui rendît les honneurs divins.
Peut-être était-il plus avancé que nous dans la connaissance des hommes. Nos âmes, il est vrai, sont si différentes !

LA CIVILISATION ARABE
La civilisation arabe prit un grand développement de 500 à 800. Les sciences arabes étaient protégées par le khalife El-Mansour, en attendant Haroun Er-Rashid au 8ème siècle, El-Mamoun, El-Motassem.
On vit s'élever des écoles nombreuses à Damas, Baghdad, Alexandrie, Tripoli, Cordoue et Grenade.
L'industrie, le commerce, l'agriculture suivirent le progrès des sciences et s'étendaient partout, en Syrie, en Egypte, dans le Nord de l'Afrique et le Midi de l'Espagne. Ces progrès seraient venus vers le Nord s'ils n'avaient été arrêtés à Poitiers par Charles Martel.
En 756, une dynastie de khalifes s'établit à Cordoue, fondée par Abdérame, de la famille des Ommayades (elle dura jusqu'en 1031).
Parmi les femmes intellectuelles de l'Orient qui émigrèrent en Espagne avec eux, il faut citer Valadata, fille du roi Mohammed, Aïshah de Cordoue, Sophia de Séville, et Bent Achali, fille du fameux poète Ahmed. Ces femmes transportèrent en Andalousie les rites des anciennes sociétés secrètes, qui depuis se sont perpétués en Espagne. C'est à leur influence que l'on doit en partie l'exquise éducation du peuple espagnol, qui, pendant la domination arabe, réagit contre la brutalité que le régime masculiniste des Suèves et l'infiltration romaine avaient essayé d'introduire.
L'Espagne de cette époque avait aussi de grandes femmes parmi les Chrétiennes. On cite Alfasula et les deux sœurs de saint Isidore, Théodora et Florentine.

L'INFLUENCE DE L'ORIENT AU XIIIème SIÈCLE
L'« ancien régime » tendait à rentrer peu à peu dans la société, tel un corps malade qui tend à revenir à la santé.
La civilisation avait commencé en Orient, où les femmes avaient régné longtemps. Elle revenait en Occident de différentes manières, par les Arabes, par les Juifs, par les Cathares, par tous les hérétiques, par les idées rapportées d'Orient lors des Croisades.
L'influence de la civilisation arabe surtout se faisait sentir. Elle avait déjà sa littérature, ses arts, sa poésie, et surtout sa brillante architecture. Les Arabes avaient fondé des écoles en Egypte, au Maroc, en Syrie, en Perse, en Andalousie ; ils avaient une philosophie qui se développait et qui s'inspirait de la philosophie indienne et de la philosophie grecque. C'est ce mouvement qui, remontant vers le Nord, vint apporter aux écoles de Paris le germe de toutes les grandes idées nées et cultivées autrefois en Orient.
C'est ainsi que les écrits d'Aristote, connus et enseignés depuis longtemps dans les écoles de Cordoue et de Séville, furent introduits en France en 1215 par un Espagnol nommé Maurice. C'est à la civilisation arabe que la France doit ses arts, ses sciences, ses mathématiques, son architecture, c'est-à-dire tout ce que l'Église laissa passer.

LES TOUAREG
Les Touareg sont le résidu d'une race qui a conservé les lois de l'époque matriarcale. On les trouve dans les profondeurs du Sahara où ils forment une aristocratie qui a conservé ses caractères natifs et ses antiques institutions sociales. Ils sont de véritables archives vivantes, du plus grand intérêt pour nous, puisqu'ils sont une confirmation de l'histoire vraie que nous nous efforçons de restituer, un lambeau conservé de cette antiquité disparue, une preuve vivante et agissante de ce que fut le « Régime primitif ». M. Barth, qui a consacré cinq années à l'exploration du pays des Touareg, nous a révélé cette fière aristocratie du grand désert, qui a continué à vivre comme vivaient les primitifs il y a des milliers d'années et qui n'a pas laissé entamer ses antiques institutions par l'Islamisme qui l'a dominée sans la convertir.
Il y a là une mine inépuisable pour la science de l'histoire.
La race Touareg s'appelle elle-même imohar, imohagh, imochar, imageren, imaziren, suivant les tribus, ce qui veut dire en langue sémitique : les hommes de race pure.
Rapprochons imohar de immolar ; fonction mystérieuse du sexe féminin, souvent mentionnée chez les Hébreux, et rapprochons aussi i-mageren de Maga, Maya ou Maja.
Tout cela se traduit chez les Latins par majores ; chez les Ibères par Mujeres ; en Hongrie, le premier souverain s'appelle Mogère, d'où l'on a fait Magyar (Chez tous les peuples primitifs, le nom de la femme indique la souveraineté. Les Scandinaves appelaient la femme Queen, qui veut dire Reine.).
Cette expression « Magyar » s'appliquait au Xème siècle à toute la noblesse de la nation hongroise. Donc, qui dit noble dit féminin, ou féministe.
Le régime des castes est la loi sociale des Touareg, et la Dualité sociale le trait dominant de leurs institutions.
En effet, le dualisme sexuel ne peut que créer un dualisme social. Il existe partout, du reste, mais chez les Touareg il est basé sur la vraie loi des sexes. La Femme occupe la place que lui donnent ses facultés naturelles, et c'est cela qui étonne les hommes parce que, dans les sociétés masculines, on a violé la Nature en renversant cette loi des sexes. Les femmes sont les majores, les majeurs (de maja), les hommes sont les minores, les mineurs, les minimes, d'où ministres.
Dans ce régime Touareg, la femme a gardé les privilèges de son sexe, elle exerce ses droits.
L'homme est considéré comme l'être qui a besoin d'être guidé, celui qui doit recevoir ses inspirations, qui doit être suggestionné. Et quoi de plus juste, puisqu'il ne pense pas par lui-même et suit toujours quelqu'un ? Il a des devoirs à remplir dans le monde social et ne prétend pas jouir des droits de la Femme, des droits de la Mère.
Telle était la base de toute la grande civilisation antique. Partout avait régné le Droit naturel, avant l'invasion des masculinistes qui renversèrent le régime primitif des castes et toutes les institutions matriarcales, tout en refaisant les castes sur un plan masculin (dans lequel le prêtre prend la place de la Femme) et la société sur le Droit de l'homme substitué au Droit naturel, au Droit de la Femme.
La langue des Touareg est une langue berbère. Elle s'écrit en caractères tifinars.
Quand l'Egypte fut envahie par la domination masculine (ce qui qui lui valut le nom de Terre maudite : c'est de Afri (Afrique) qu'on fit affreux), les Touareg se réfugièrent dans les montagnes, et c'est là qu'ils ont continué à vivre et qu'on les a retrouvés, pendant que les Éthiopiens de race chamitique occupaient la partie centrale de l'Afrique. C'est cette race chamitique qui engendra les Hottentots, les Cafres, les nègres.
Au Nord, les peuples berbères sont les plus anciens dont l'histoire ait gardé le nom.
Vers l'an 1200 avant notre ère, ils occupaient le pays compris entre la Méditerranée, l'Egypte, l'Ethiopie et l'Océan Atlantique, c'est-à-dire la Numidie (Algérie actuelle moins le désert) :
La Mauritanie (le Maroc) ;
La Gétulie (Sahara ou désert septentrional).
L'Atlas qui traverse le pays était appelé les colonnes du ciel. (Plus tard, on dira colonnes d'Hercule). « L'histoire des Berbères remonte dans la nuit des temps, dit le colonel Bidault (dans Monde actuel et Monde ancien, p. 350). Les auteurs grecs et latins ont connu les Berbères dans la contrée des Somalis et sur les bords de la mer Rouge.
« Les écrivains arabes relèvent l'existence de ce peuple, bien avant l'invasion de l'Islamisme sur les bords du Nil, sur la lisière nord du grand désert et le long de la côte méditerranéenne, depuis le Fezzan jusqu'à l'Atlantique.
« Aujourd'hui nous les retrouvons formant trois groupes bien distincts :
« En Algérie, les Kabyles ;
« Au Maroc, les Chillouh ;
« Au désert, les Touareg, dont la langue a chez tous le même fond, avec des variantes suivant les régions où elle est parlée, ce qui fait que les Kabyles ne comprennent pas les Marocains et que les Touareg ont un dialecte spécial connu sous le nom de Tamalek.
« Les Touareg ont choisi comme refuge les monts Tassili, Hoggâr, Aïr et Adrar qui renferment chacun une de leur quatre fédérations.
« Ces quatre massifs sont entourés de plaines, qui ne semblent appartenir à personne. On a voulu y voir la ligne de séparation entre les Touareg du Nord et ceux du Sud, séparés par la ligne Timissao, Assion, lnguezzan, et, d'autre part, entre ceux de l'Est et ceux de l'Ouest, séparés par l'Ygharghar et l'ouadi Taffasseret ».
« Les Berbères, dit Vivien de Saint-Martin, appartiennent à une race intelligente. Ils ont tenu leur place et joué leur rôle sur le théâtre des événements du monde.
« La Genèse, dans son Xème chapitre de l'Ethnographie, en fait une branche des Hamites, sœur des Mizraïm.
« Le royaume de Méroé, dans les temps anciens, et un peu plus tard les royaumes d'Axoum ou d'Abyssinie, reposent ethnographiquement sur un fond berbère.
« Enfin, la portion de la race à laquelle l'appellation de Berbère est restée plus particulièrement attachée, les Berbères de l'Atlas, qui se nomment eux-mêmes Amazih, a glorieusement figuré dans les événements de l'histoire romaine, de même qu'aux premiers temps de l'Islamisme. Plusieurs chefs berbères, en Afrique et en Espagne, fondèrent des dynasties renommées qui ont eu leur histoire dans Ibn Khaldoun ».
Les hommes qui ont écrit l'histoire après la conquête masculine ont volontairement laissé dans l'ombre tout ce qui pouvait faire retrouver le régime antérieur. Ils n'ont pas voulu mentionner les régions où s'étaient réfugiés les Touareg, et longtemps on crut qu'il n'y avait là qu'un désert de sable, le fond d'une ancienne mer, mais tout cela a été mis à néant depuis les explorations modernes.
On a fait dire à Hérodote, décrivant ce pays, dont on voulait effacer le souvenir parce qu'il était le dernier rempart des Féministes :
« Au nord du plateau sablonneux que je viens de décrire, la Lybie ne présente que des déserts sans eau, sans humidité et sans végétation ».
(Colonel Bidault, Monde ancien et Monde moderne, p. 56).
« Les caractères physiques des Touareg ont été décrits par le général Daumas et le médecin Schaw qui les ont trouvés dans toute leur pureté. C'est une haute stature, une peau blanche, une figure allongée, les traits réguliers, les cheveux blonds, les yeux bleus et un air de grande distinction ».
M. Duveyrier les voit autrement, il dit :
« En général, les Touareg sont de haute taille ; quelques-uns même sont de vrais géants. Tous sont maigres, secs et nerveux, leurs muscles semblent des ressorts d'acier, leur peau est blanche dans l'enfance, mais le soleil lui donne la teinte bronzée. Ils ont la face allongée, le front large, le nez petit, les lèvres fines, les dents blanches et belles, les yeux et les cheveux noirs. Parfois les yeux sont bleus ».
Des savants prétendent avoir reconnu le type blond sur nombre de sarcophages de plusieurs Pharaons. Rien d'étonnant. Toute l'humanité jeune a été plus blonde que la vieille humanité, comme l'enfant est blond avant de devenir brun.
Le général Daumas donne le portrait suivant d'un Targui (singulier de Touareg) : « Le chef des Ahoggar est un homme très grand, maigre et fort. Ses yeux bleus à demi cachés par un voile noir brillent comme des étoiles dans la nuit.
« Fatoum, de la même famille noble, est une femme grande et belle, distinguée par ses yeux bleus, beauté de race chez les Touareg ».
Ces hommes portent une blouse et un pantalon qui ressemblent à la saie et à la braie des Gaulois.
Les Berbères ont subi des invasions, mais n'en ont pas moins conservé leur autonomie, ce qui fait que les envahisseurs ont traversé et occupé le pays conquis sans se mêler aux aborigènes. Les révolutions s'y sont accomplies sans le concours des premiers occupants, de sorte que les Berbères sont restés spectateurs impassibles des luttes entre l'Orient et Carthage, entre Carthage et Rome, entre le paganisme et le christianisme, entre le christianisme et le mahométisme, entre les Arabes et les Turcs, aussi bien qu'entre les Turcs et les générations actuelles.
Dans les temps modernes, des entreprises isolées, nombreuses et hardies se sont aventurées vers les régions centrales de l'Afrique et ont cherché à pénétrer chez les Touareg.
En 1859, Barth les visita et écrivit sur eux un mémoire des plus intéressants.
En 1869, Melle Tinnée fut assassinée par ses guides chez les Touareg entre Mourzouk et Gath sur l'Oued Aberdzoutch.
En 1880, la mission Flatters partit de Biskra, alla à Touggourt, Ouargla, Temassinin, et dut se rabattre sur Laghouat après un échec dans ses pourparlers avec les Touareg.
En 1887, Douls tenta d'explorer le Sahara occidental, mais, arrêté par les Touareg, il se fit appeler pèlerin (El-Hadj) et se fit passer pour musulman ; arrivé à Tidikelt, il fut assassiné.
Donc tout ceci prouve que les Touareg ne veulent pas laisser pénétrer chez eux les hommes du régime masculin, ils se défendent vaillamment pour conserver intactes leurs institutions féministes.
Si les Malgaches, qui avaient aussi une survivance du régime matriarcal, avaient agi comme eux, ils auraient encore le gouvernement de leur île de Madagascar, leur régime de Droit naturel et leur reine Ranavalo.
On les a vaincus et on a importé chez eux les vices et les erreurs du vieux monde masculin.

LES FEMMES TOUAREG
« La femme touareg est l'égale de son mari. Elle dispose de sa fortune personnelle, et dans les villes, par l'addition des intérêts au capital, elle arrive à posséder presque toute la richesse. A Rhat, une grande partie des maisons, des jardins, des sources, du capital, du commerce de la place appartient aux femmes.
C'est le rang de la mère et non celui du père qui assigne aux enfants leur position dans la société. Le fils d'un serf né d'une femme noble est reconnu noble et le fils d'un noble et d'une femme serve ou esclave reste serf ou esclave.
De cette loi curieuse découle une autre loi plus exceptionnelle encore : ce n'est pas le fils du chef, du souverain, qui succède à son père ; c'est le fils aîné de la soeur aînée du chef qui prend sa place. Ainsi, encore aujourd'hui à Rhat, par suite de cette loi de succession, c'est le fils d'un étranger, d'un commerçant du Touat, mais d'une mère Rhatia, qui commande en ville, et il ose même quelquefois faire opposition à la volonté des chefs touareg.
Voici un témoignage encore plus remarquable de cette puissance féminine. Les Touareg sont musulmans et l'islamisme autorise la polygamie ; cependant, telle a été l'influence de leurs femmes, que les Touareg sont, sans exception, tous monogames.
L'historien arabe Ibn-Khaldoun nous apprend que les Touareg, après avoir embrassé l'islamisme, ont renié 14 fois la religion nouvelle, d'où leur est venu leur nom arabe de Touareg, c'est-à- dire apostats. Il est inutile de dire que ce nom est rejeté par eux et qu'ils n'acceptent comme leur étant propre que le titre d'Imohagh.
En se demandant le motif de si nombreuses apostasies et en constatant encore aujourd'hui l'interdiction de la polygamie aux Touareg, n'est-on pas autorisé à conclure que les femmes ont forcé leurs maris, leurs frères et leurs enfants, à n'accepter de l'islamisme que ce qui ne les concernait pas ?
En effet, quand, en deçà de la région des dunes de l'Erg, on voit la femme arabe telle que l'islamisme l'a faite, et, au delà de cette simple barrière de sables, la femme touareg telle qu'elle a voulu rester, il semble qu'on reconnaisse dans cette dernière une inspiration du christianisme.
Les femmes nobles portent de longues chemises blanches et par-dessus de longues blouses bleues attachées au moyen d'une ceinture ; le tout est recouvert à la manière arabe du haïk blanc, qui passe sur la tête en laissant la figure découverte ; car, contrairement à l'usage des autres peuples musulmans, chez les Touareg les hommes sont voilés et les femmes ne le sont pas.
Au milieu des révolutions qui ont successivement transporté leurs tribus errantes de Barka dans la Cyrénaïque, l'un des berceaux du christianisme en Afrique, jusqu'aux rives de l'Océan Atlantique et jusqu'au Niger, on retrouve encore aujourd'hui chez les femmes touareg la tradition de l'écriture berbère, perdue pour les autres groupes de cette grande et ancienne famille.
Tandis que dans tous les Etats barbaresques une femme sachant lire et écrire est une exception très rare, presque toutes les femmes touareg lisent et écrivent le berbère, et quelques-unes lisent et écrivent aussi l'arabe.
Le temps des femmes, après les soins réclamés par les enfants, dont elles dirigent l'éducation, est consacré à l'écriture, à la lecture, à la broderie, mais surtout à la musique. Chaque soir elles se réunissent pour se livrer au plaisir de concerts donnés en plein vent, et auxquels les hommes assistent en silence. Un instrument à archet appelé amzad en temahaq, rebaza en arabe, et la voix des femmes, sont les instruments de ces concerts.
Ce serait faire injure à la France que de la vouloir comparer à ce pauvre petit pays africain des Touareg.
Une réflexion cependant est permise : combien de millions de femmes françaises sont évidemment inférieures en éducation et en influence morale aux femmes touareg ! ». (Magasin Pittoresque.)

À suivre : LES CROISADES