FIN DU 4ÈME SIÈCLE ET DÉBUT DU MOYEN-ÂGE

LE MONDE MODERNE
Le Monde Ancien a pris fin avec le triomphe du Catholicisme au Concile de Nicée.
Le Monde Moderne commence.
Entre les deux, une époque de transition :
Le Moyen Age, que l'histoire classique fait commencer à la mort de Théodose le Grand (395) et termine à la prise de Constantinople par les Turcs (1453).
Ces divisions n'ont pas de valeur pour nous. Ce qui nous intéresse, c'est de savoir comment à l'ancien gouvernement féminin va succéder le gouvernement masculin. Nous allons en étudier les péripéties. Il s'agit surtout de dévoiler l'histoire de la Femme en lutte avec l'Église, depuis le Concile de Nicée jusqu'à la Révolution française.
Nous l'avons spécialement étudiée en France parce que c'est pour nous l'histoire la plus connue.

LE PREMIER CHRISTIANISME EN GAULE
Pendant que ceux qu'on appelait les « barbares » envahissaient le Midi, les Chrétiens envahissaient le Nord.
Déjà ils avaient fondé l'île d'Iona, qui fut le berceau du premier Christianisme en Ecosse et le foyer des lumières religieuses du royaume. Le nom donné à cette île indique bien qu'il s'agit de la religion johannite (voir l'article du blog intitulé « ORIGINES ET HISTOIRE DU CHRISTIANISME »).
Les propagateurs de la doctrine vinrent dans les Gaules, alors soumises à la domination romaine, et que commençaient à troubler les infiltrations ou incursions germaniques. Les Chrétiens féministes constituaient des sociétés ayant leurs lois propres, leur morale et leurs mœurs distinctes, leur culte et leur justice.
Ils étaient à la fois les éducateurs moralistes, économes et administrateurs de la Société, veillant non seulement à la conservation du culte caché dans les anciens Mystères, mais encore et surtout à l'observation des obligations de réciprocité entre les associés, qui s'appellent des « frères », et à l'application de la doctrine, dénonçant les infractions et les punissant par des pénitences infligées et au besoin par l'expulsion de la Société sous forme d'interdiction.
Pour donner aux riches l'exemple du désintéressement, ces délégués d'une classe qui ne possédait rien imposaient à ceux qui possédaient la charité et le renoncement à leurs biens.
Telle fut la primitive Église Johannite, dans les conceptions et les pratiques de laquelle on retrouve toutes les traditions féministes des anciens Israélites et des anciens Celtes.
Mais ce qui est bien « christien », c'est-à-dire johannite, c'est la conception de l'organisation de la société nouvelle sur une base égalitaire, c'est-à-dire en supprimant les supériorités factices et conventionnelles des hommes, qui prennent toutes les premières places sans avoir aucun mérite, aucune valeur qui y donne droit.
L'Église primitive voulut affranchir le monde de tous les privilèges masculins injustifiés.
Voilà l'idéal chrétien que des rénovateurs modernes, tel Saint-Simon, proposent comme un exemple à imiter.
Un peu plus tard, pendant que l'Église Johannite devenait un Ordre de Chevalerie, le peuple resté fidèle aux anciens principes de Justice du régime antérieur matriarcal organisait le mouvement communal, qui ne fut que l'application dans le domaine civil des principes de la doctrine chrétienne. Ce sont ces principes de Justice qui présidèrent à l'organisation ouvrière des Confréries ou Corporations, que les syndicats modernes essaient de reconstituer.
Et je souligne le mot Confréries pour que l'on comprenne bien leur origine religieuse, mais féministe.
Le mouvement communal, à raison des circonstances dans lesquelles il Se produisit, demeura local, comme le régime féministe des tribus fédérées. Il n'a pas été une révolution nationale comme les mouvements masculins toujours plus étendus, mais, tel qu'il est, il demeure encore un modèle d'organisation attestant le génie de ceux qui l'avaient créé, et l'on peut même dire que ce régime social aurait atteint la perfection sans les difficultés qui l'entravèrent.
C'est la philosophie des temps primitifs qui fut mise en institutions par le peuple à côté de l'Église Johannite, et c'est ce qui a pu persister de ces anciens principes qui fit la civilisation, l'art, la science, et le bonheur des peuples à toutes les époques.
Ce n'est donc pas le Catholicisme qui créa l'association, le concours mutuel, en un mot la solidarité restée l'idéal social ; c'est si peu la morale de l'Évangile masculin qui produisit tout cela que, lorsqu'il parut, le peuple déjà (et toujours) se moquait du prêtre et s'insurgeait contre les évêques. Le Catholicisme, que l'on a appelé bien à tort le socialisme chrétien, loin d'organiser, désorganisa le monde, aidé par la royauté que prétendaient exercer les pirates de toutes les nations.
Après le grand désordre moral de la Rome impériale, il fallait pour faire sortir la Gaule de l'avilissement et y reconstituer une civilisation, que tout fût renouvelé, la vie privée et la vie publique.
Il fallait des « Principes » nouveaux, des hommes capables d'héroïsme, pour que l'humanité retrouvât la Justice, basée sur le Droit Naturel, condamné par les révoltés. C'est ce qu'apportait à la Gaule la doctrine des Johannites.

LA GAULE ROMAINE
La corruption romaine avait détruit l'œuvre sociale des anciens temps gynécocratiques ; il n'y avait plus que perversion en haut et misère en bas, et, pour les femmes, servitude et désespoir.
C'est au milieu de ce désordre qu'avait surgi la doctrine Christienne de Johanna en Judée, et déjà elle s'était répandue dans l'Empire romain, puisque, depuis Tibère et Néron, on la persécutait.
Cette doctrine restituait les anciennes vérités sous une forme nouvelle, elle rétablissait l'ancienne morale, et elle renouvelait toutes les institutions sociales ; elle portait donc en elle les éléments d'une renaissance, elle rouvrait la voie de la Justice et suscitait des vertus nouvelles, des héroïsmes.
Rome avait condamné le Droit Naturel ; le Christianisme de Johanna le rétablissait.
Mais ce sont ces lois si sages, ces principes si élevés qui inquiétaient les hommes. La foule ne savait plus rien, mais souffrait de l'injustice que l'ignorance avait engendrée ; elle avait accepté toutes les fables que les Druides ou les Romains avaient enseignées, mais ces vaines croyances, sans morale, avaient fait une société dans laquelle, suivant l'expression d'Henri Martin, « les riches s'étourdissaient dans les orgies, les pauvres s'abrutissaient dans la misère ». Il fallait autre chose : le retour aux lois de la Nature, le retour à la morale scientifique.
C'est ce que tout le monde attendait.
Ce fut alors que la doctrine de Johanna fut introduite en Gaule par saint Pothin et saint Irénée, disent les Catholiques ; nous ne savons pas, mais peu importe ; il est certain qu'en 160 on fonda la première Église à Lyon, et on nous dit que la doctrine nouvelle fut accueillie avec transport par les pauvres, par les opprimés. C'était en effet leur salut.
Elle avait pour base la Justice, la Liberté et l'Amour divin (féminin). Aussi nulle part la foi nouvelle, qui rendait sa place à la Femme, ne s'étendit avec autant de rapidité.
Moins d'un siècle après l'apparition des premiers Chrétiens en Gaule, la nation tout entière était convertie.
De nombreuses églises étaient fondées suivant l'architecture et le symbolisme des anciens Mystères que l'on retrouve encore dans ces vieux temples, tel le temple Saint-Jean à Poitiers, fondé par saint Hilaire, que les Catholiques, plus tard, ont consacré à leur culte, et dans lequel la Franc-Maçonnerie pourrait reconnaître le vieux symbolisme des Loges.
Inutile de dire que, dans ce premier Christianisme, il n'était pas question de la légende de Jésus.
La trahison de Paul n'était pas encore connue, et sa doctrine surnaturelle de l’homme-Messie ne se propagea que longtemps après. Nous avons montré comment la fondatrice du premier Christianisme, Johanna, est devenue saint Jean dans l'histoire masculinisée.

LE CULTE DE MARIE EN GAULE
L'introduction du Christianisme dans les Gaules y apporta, avec la doctrine de Johanna, la glorification de l'antique Myriam, car la Rédemption (mot qui signifie redonner) ne pouvait rendre la science antique sans en faire connaître en même temps l'auteur caché et persécuté.
L'origine végétale avait été connue et enseignée par les Druidesses, et cela avait fait naître la vieille tradition de l'arbre de Noël, ce symbole du recommencement de la vie à l'époque des naissances.
C'est que, avec le temps, les traditions mystérieuses du Druidisme étaient descendues du chant des Bardes aux croyances populaires.
Il fut d'autant plus facile de raviver en Gaule le culte de la Femme que, en réalité, ce culte avait toujours existé. La Madone était depuis longtemps populaire, et le peuple rendait un hommage à la Divinité féminine sous des noms divers, et lui édifiait, de distance en distance, d'humbles chapelles champêtres.
Il y en avait sur toutes les routes, dans les bois, dans les prairies, dans les plaines, sur les monts, partout. Ces petites chapelles étaient couvertes de lierre et de fleurs. Cette dévotion naturelle, naïve, spontanée, si bien appropriée aux instincts profonds de l'homme, aux habitudes primitives, à l'atavisme de l'antique Age d'Or, subsista longtemps avec sa religieuse poésie. La Madone a plusieurs fois changé de nom, mais elle est toujours restée « la Femme », et, près d'elle, il y avait toujours une petite lampe mystérieuse qui ne devait jamais s'éteindre : c'est la lumière de l'Esprit Féminin.
Les images de Myriam, devenue Marie chez les Gaulois, se multiplièrent.
Donc, malgré tout, la Gaule, c'est la Femme, comme Rome, c'est l'Homme. La lutte va s'établir entre ces deux puissances.
Elle durera jusqu'à la Révolution française.

PERSÉCUTION
La Rome des Empereurs avait persécuté les Chrétiens Johannites en Italie, elle allait les persécuter en Gaule. Les philosophes masculinistes et les prétendus savants les combattaient par la parole comme on combat le féminisme moderne, les gouvernements par la persécution.
Les tortures les plus horribles furent employées contre ces femmes et contre les hommes qui défendaient leur cause, et, comme elles voulaient la Vérité et la Justice sociale, on voulut les obliger à rendre les honneurs divins aux dieux mâles. « Les Chrétiens sont accusés d'être des séditieux qui refusent d'adorer l'image de l'empereur et d'offrir des sacrifices aux dieux pour le Père de la Patrie. » (Henri Martin.)
En effet, les Gaulois restaient fidèles à la Matrie. Chateaubriand, dans les Martyrs (Livre XXIV), dit : « Cyrille s'écrie : Fils de la Femme, on vous a donné un front de diamant. »
Mais les empereurs romains voulaient prendre la première place dans la religion. On ne les appelle pas seulement divins, on les appelle éternels (copie de l'éternel féminin), et dieux paternels, pour copier les Déesses-Mères. Chateaubriand dit des Chrétiens, qu'il confond à tort avec les Catholiques : « Poussés à bout par leurs persécuteurs et poursuivis comme des bêtes fauves, ils n'ont pas même fait entendre le plus léger murmure ; neuf fois ils ont été massacrés. » On les déclara ennemis publics et on les fit dévorer vivants par des bêtes féroces.
Les martyrs furent nombreux, et les dignités dont quelques-uns étaient revêtus ne les sauvaient pas.
En 177, saint Pothin, évêque johannite de Lyon, fut envoyé au supplice avec 47 de ses disciples. Une jeune esclave Blandine, fut livrée aux bêtes. A Autun, Symphorien, fils d'un des magistrats municipaux, fut mis à mort. Saint Denis fut décapité à Paris, en 260, sur la butte Montmartre. Toute la Légion thébaine fut passée au fil de l'épée.
Crépin et Crépinien, frères, vinrent de Rome pour prêcher l'Évangile et s'établirent à Soissons ; ils furent décapités en 287.
La persécution redoubla en 303.
Mais tout cela n'empêcha pas la doctrine de se répandre, car nous trouvons l'Église Johannite s'organisant et se perpétuant au milieu des luttes jusqu'à l'époque de l'Inquisition qui la fit sombrer tout à fait.

ORGANISATION DE L’ÉGLISE CHRÉTIENNE JOHANNITE
Les primitives Églises Johannites s'étant perpétuées dans les sociétés secrètes, nous en retrouvons l'organisation dans les Temples maçonniques.
La Mère-Vénérable (presbyte), que les masculinistes appellent l’Ancien, l'Oratrice et la Secrétaire (de secretum, secret), sont des fonctions féminines et siègent à l’Orient, partie réservée du Temple.
Tout était symbolique dans cette religion naturelle. Orient signifie soleil qui monte. Ce mot indique l'ascension dans l'évolution féminine.
Les hommes avaient aussi des fonctions dans les Temples. Mais ils siégeaient à l'Occident (mot qui signifie soleil qui descend, symbole de l'involution masculine). Ces fonctions étaient celles des Surveillants, appelés Épiscopes, d'où Évêques. Elles ont pris de l'extension, comme tout ce qui est masculin, au point que, plus tard, ce sont les Épiscopes qui ont accaparé la grande autorité des Mères-Vénérables ; puis ils ont siégé dans la partie réservée des Temples et ont dirigé toute la religion. La femme de l'Évêque s'appelait Episcopa.
Les historiens modernes nous disent que chacune des cités de la Gaule (il y en avait 155) avait son Evêque, élu par les Chrétiens.
Évidemment, il s'agit de l'époque de transition qui sépare le premier Christianisme du Catholicisme, car, à l'époque de la Gaule Romaine, la religion catholique de saint Paul et des Papes n'est pas encore née.
Mais ce sont des auteurs catholiques qui ont écrit l'histoire, et toujours avec l'intention de faire croire que c'était leur religion qui était le premier Christianisme, quand en réalité ils en furent les ennemis et les destructeurs. Mais ces ennemis ne surgirent que plus tard (bien après Constantin). Pour le moment, l'Église Johannite a à se défendre sur un autre terrain.
« L'Empereur prétendait exercer une autorité sur les Églises, et il se qualifiait l’'évêque du dehors, l'évêque laïque, et s'attribuait la présidence des Conciles. » (H. Martin.)
« Le Christianisme, fondé par l'esprit de paix, de persuasion et de liberté, fut de la sorte mis en possession de l'empire par les armes et par l'autorité politique. » (H. Martin.)

PRISE DE POSSESSION DE LA RELIGION PAR LES EMPEREURS
Nul doute n'est possible. Ce qui est en jeu, au fond de ces luttes, c'est le Droit divin (féminin), le Droit maternel (naturel) que l'homme dispute à la femme ; et, quand il aura triomphé, la Déesse-Mère s'appellera le Saint-Père, les Prêtresses deviendront des prêtres, qui du reste portent le costume de la femme et se rasent pour faire disparaître le caractère principal de la masculinité.
L'État masculin favorisera le développement de la religion, quand la religion, sera masculinisée ; alors il facilitera sa diffusion et persécutera l'ancienne forme religieuse, qui se cachera dans les sociétés secrètes.
Tous les historiens font confusion entre le Christianisme Johannite et le Catholicisme Jésuiste qui l'a remplacé. Les Catholiques, ont tellement dénaturé l'histoire qu'ils ne savent plus se débrouiller eux-mêmes dans ce dédale.
C'est que l'égoïsme tyrannique de l'homme reparaît partout.
Qu'importent les noms donnés, les étiquettes mises sur un régime, si au fond il y a toujours un homme libre et maître, et une femme assujettie et dominée.

LES DERNIERS PAÏENS
Les Israélites appelaient les nations étrangères, qui avaient d'autres croyances que les leurs, Go'im (Psaume 21 ; Isaïe, 41,6) ; et ce mot servit plus tard à désigner les sectateurs des autres cultes.
Dans le Nouveau Testament, ce mot, sous sa forme grecque Ethnè et ethnikoï, désigne les païens.
La Vulgate rend Ethnè par gentes et par gentiles, pluriel de gentilis, « qui appartient à une nation ».
Ce mot gentiles sert presque toujours dans la Vulgate à traduire le mot Hellènes.
Après le triomphe du Jésuisme, sous Constantin, les païens, du latin paganus, paysan, qui sont ceux qui habitent les villages, les pagi, furent les derniers sectateurs de l'ancien culte théogonique, parce que ce culte persistait dans les campagnes, tandis que, dans les villes, où régnait la corruption, il avait cédé la place aux cultes nouveaux.
On trouve le mot païen pour la première fois dans l'édit suivant promulgué par Valentinien 1er en 368 ou 370 :
« Nous ordonnons que la décision rendue par le Divin Constance (305-306) ait force de loi et que, sous aucun prétexte, on n'ait égard aux décrets rendus à l'époque où les esprits des païens étaient soulevés par la méchanceté contre cette loi si sainte » (Codex Theodosianus). C'est que les « païens » s'étaient mêlés aux premiers Chrétiens, dans les villes et dans les maisons, et les défendaient.
Fabre d'Olivet, dans ses Vers dorés (p. 282), fait une remarque très judicieuse au sujet du mot Païen. Il dit : « Le nom de Païen est un terme injurieux et ignoble, dérivé du latin Paganus, qui signifie un rustre, un paysan.
« Quand le néo-christianisme eut entièrement triomphé du polythéisme grec et romain et que, par l'ordre de l'empereur Théodose, on eut abattu dans les villes les derniers temples dédiés aux Dieux des Nations, il se trouva que les peuples de la campagne persistèrent encore assez longtemps dans l'ancien culte, ce qui fit appeler par dérision Pagani tous ceux qui les imitèrent. Cette dénomination, qui pouvait convenir dans le 5e siècle aux Grecs et aux Romains qui refusaient de se soumettre à la religion dominante dans l'Empire, est fausse et ridicule quand on l'étend à d'autres temps et à d'autres peuples. On ne peut point dire, sans choquer à la fois la chronologie et le bon sens, que les Romains et les Grecs des siècles de César, d'Alexandre ou de Périclès, les Persans, les Arabes, les Égyptiens, les Indiens, les Chinois anciens ou modernes soient des Païens, c'est-à-dire des paysans réfractaires aux lois de Théodose. Ce sont des polythéistes, des monothéistes, des mythologues, tout ce qu'on voudra, des idolâtres peut-être, mais non pas des païens. »
Ceux que les masculinistes appellent païens sont ceux que les féministes appellent « les gentils » parce qu'ils les soutenaient.
La haine des Jésuistes contre les Païens (qui étaient pour eux un reproche vivant qui les irritait) se manifestait violemment : ils détruisaient leurs temples, ou les convertissaient en églises catholiques, ils prohibaient leurs spectacles, leurs jeux, ils permettaient de se ruer sur eux, de les piller, de violer leurs femmes et leurs filles, de dévaster leurs sépultures, de saccager tout ce qui rappelait le culte de leurs divinités, le culte des Déesses désormais aboli.
De plus, avides autant que débauchés, ils volaient les richesses des familles païennes qu'ils faisaient injustement condamner ; avec cela, ils fondaient des couvents de prostitution qui s'enrichissaient promptement et étaient le commencement de la richesse ecclésiastique qui devait tant s'accroître en continuant le système de vol qui eut son point de départ du temps de la simonie de Paul.

Pour comprendre l'histoire que nous allons relater maintenant, il faut connaître l'état social du monde à l'époque qui va commencer.
Cet état social ayant toujours été présenté par les historiens modernes comme répondant aux préjugés actuels, l'histoire n'a jamais été impartiale et n'a jamais cherché à l'être ; elle a été une arme dont se sont servis ceux qui ont voulu dominer, et ils l'ont fait servir à leurs fins. L'histoire racontée par l'homme est celle de ses instincts et de ses luttes. Or le règne de l'homme s'occupe des choses matérielles, les guerres, les intrigues pour la domination.
L'histoire racontée par la femme est celle des impulsions de la nature féminine. Le règne de la Femme s'occupe des choses spirituelles. Elle raconte ses craintes de la brutalité de l'homme, ses efforts pour cacher ce qui la blesse, ses souffrances et ses humiliations.
Donc, l'histoire des hommes, c'est la demi-histoire et la demi-humanité.
Nous allons faire l'autre moitié de l'histoire, celle que les hommes ont cachée, parce que, de siècle en siècle, ils ont affirmé leur puissance et supprimé toutes les contingences qui en entravaient la manifestation.

L’ETAT, IMAGE DE LA FAMILLE
La vie sociale, c'est le prolongement de la cause dans les faits.
« L'État, ne venant qu'après la famille et tirant d'elle son origine et ses droits, ne peut évidemment rien entreprendre sur ce qui la constitue essentiellement », dit l'abbé Naudet.
Ce qui est premier ne peut être ni analysé ni critiqué. C'est la source même où puise la tradition, où s'alimente l'esprit.
La forme de l'antique Matriarcat était logiquement basée sur cette considération que la Femme est l'élément économique tant psychique que moral du monde. Elle est le centre de la famille. Où il n'y a pas une Mère, il n'y a pas de famille.
Son nom, Mater, a fait Matri-monial, dont les hommes ont fait patrimoine.
Elle est la vie morale et la vie matérielle, Elle est l'éducatrice et la protectrice, Elle est la Justice.
C'est pour cela que la famille a quelque chose de sacré et d'inviolable, que nous résumons dans le mot foyer et que les Anglais appellent le home (1). C'est le lieu de refuge au milieu des difficultés de la vie, l'endroit où l'on sait qu'on est aimé et protégé et où le mal, l'ennemi, est impuissant et ne peut nous atteindre.
(1) En latin, Mora (demeure). En arabe, Morabit (uni à Dieu, mis pour Déesse). En gaélique, Mor (grand, monumental). Le wallon belge désigne encore la demeure par Mon. Ainsi, pour dire aller chez Fabre d'Olivet, on dira aller à Mon-Fabre d'Olivet.

LE CULTE FAMILIALE
Le culte de la Déesse-Mère a régné partout. Chaque maison a son atrium autour duquel se réunissent, pour la prière aussi bien que pour le repos, les membres de la famille matriarcale.
Ils chantent en commun les hymnes que leurs ancêtres leur ont légués. C'est, avant tout, la religion du Foyer, des aïeules, qui est le lien de la famille antique. La famille maternelle est une organisation religieuse.
Le caractère général des récits de cette époque, c'est la subordination des hommes aux Divinités, qui n'exigent pas seulement la piété, mais la pureté et la Justice.

L’ÉGALITE DES ENFANTS
Le régime maternel, c'est l'égalité des enfants devant la Mère et devant sa loi.
Dans le régime maternel, les hommes ne sont pas divisés en castes, il n'y a ni pauvres ni riches, tous travaillent, mais le travail n'avilit pas, au contraire, c'est une loi générale à laquelle tous se soumettent avec joie. C'est pour cela que l'antiquité nous montre la vie agricole sous un aspect poétique, esthétique et joyeux, que les modernes ne connaissent plus.
Le travailleur n'a pas l'aspect du prolétaire moderne, il ne se distingue pas par des vêtements sordides, par un langage vulgaire, par un manque d'éducation ; tout cela est le résultat des castes masculines. Le travailleur de l'ancien régime, c'est le berger qui chante les vers du poète, c'est la bergère enrubannée, gracieuse et même élégante, les dryades, les hamadryâdes, les nymphes, etc. La caste pauvre n'existe pas. Le peuple malpropre n'est pas né. Il y a partout beauté, propreté, abondance et joie.
Rappelez-vous les Bucoliques de Virgile. Celui qu'il appelle Tityre et qui chante sous un arbre ne ressemble pas au paysan moderne, malpropre, mal élevé, avare et souvent brutal.

ORGANISATION DU TRAVAIL
Quelques mots sur l'histoire de la propriété foncière, pour montrer que les biens nationaux ne sont légitimes que quand ils appartiennent à la Matrie.
Avant l'organisation matriarcale, les hommes erraient d'un lieu à l'autre, étrangers au sol qu'ils occupaient.
Les Déesses-Mères, en organisant le travail, divisèrent le sol et le délimitèrent pour les travaux agricoles. Elles donnèrent aux hommes la part de terre qu'ils avaient à cultiver. De là vint le mot tenancier, qu'on retrouve dans le vieux mot latin tenere (tenir ; celui qui a).
Mais le tenancier devait donner une part de ses produits à la Mère, à l'organisatrice, dont le rôle moral, maternel, éducateur, n'était pas producteur des biens matériels nécessaires à la vie. Il fallait donc que l'homme travaillât pour elle et pour les enfants de la collectivité. Il faisait cinq parts du produit de sa terre, en gardant quatre et donnant la cinquième à sa Maîtresse. Le travail que représentent ces quatre parts a eu des appellations restées dans les langues. Ainsi, arbé, dans les langues celtiques, veut dire quatre. De là s'est formé arbeit qui, en celtique, signifie travailler (en allemand arbeiten).
Arabe est le nom donné à ceux qui étaient soumis à cette redevance (arba’a : quatre en arabe).
Arabe ne serait pas un nom de peuple, mais un nom générique désignant celui qui travaille la terre. Arare veut dire labourer.
Les Bretons étaient quelquefois appelés arbi (hébreu, heber, arabe), ceux qui travaillent.
Chez les Celtes, où Vyer signifie quatre, la grange dans laquelle se gardaient ces quatre parts fut appelée Vyer heim (vyer, quatre, heim, demeure), d'où nous avons fait ferme.
Le souvenir du cinquième lot payé à la Maîtresse laisse également des traces dans le mot five, qui signifie cinq et dont on fait fief.
Une ferme s'appela quinta chez les Ibères. Le grec pente, cinq, forma le latin penaere, payer l'impôt.
Et, si nous poussons plus loin, nous trouvons que, dans la langue géorgienne, cinq se dit chuth, qui n'est que le schot celtique, tribut. En Corée, cinq se dit tasel, désignant par son nom même la taxe imposée au tenancier.
La personne à qui était payé l'impôt s'appelait Fron (Frau, Dame). La terre de son obédience prit le nom de Fron-terre, dont nous avons fait frontière. L'homme tenancier se fixa sur le sol où il errait auparavant sans s'y intéresser. A partir de ce moment, il contracta des habitudes de permanence, et cela eut un retentissement sur sa vie morale ; ses affections passagères devinrent plus durables quand il demeura dans un même lieu. Mais ce fut aussi le commencement de l'idée de propriété foncière, qui devait avoir un si triste avenir à cause de l'exagération que l'homme met dans tout ce qu'il fait, et à cause aussi de ce manque de jugement qui l'empêche d'apercevoir les causes naturelles des choses, surtout du Droit des Femmes, ce privilège donné à l'autre sexe et dont il ne comprend pas le motif. C'est ainsi qu'avec le temps les hommes commencèrent à trouver bien lourde leur sujétion. Ils travaillaient sur un sol dont ils n'héritaient pas (la fille seule héritait). On vit alors des hommes, plus audacieux que les autres, s'attacher à la Maîtresse et prétendre partager avec elle la redevance des tenanciers.
Alors le cinquième donné fut divisé, et chacune de ses deux moitiés devint un dixième (la Dîme).
C'est ainsi que Joseph, à la cour de Pharaon, régla la taxe du peuple (Genèse, XLI, 24).
Cailleux dit : « Le cinquième se dédoubla dans la suite, par la séparation des pouvoirs (civil et religieux), ce qui produisit la Dîme. »
Par civil, il faut entendre le pouvoir masculin, et par religieux, le pouvoir féminin.
C’est le commencement du partage de l'autorité entre l'Homme et la Femme.
Par toute la terre, nous trouvons la même organisation.
La loi divine de Manou attribuait à la Déesse-Mère le sixième du revenu. Darius instaura en Perse cette redevance, mais dans des conditions de gouvernement masculin qui font de la Maîtresse un Maître. Quelle différence entre le Maître et la Maîtresse, entre la douceur dans l'assujettissement naturel de l'homme à la Femme et l'assujettissement forcé d'un homme sous le joug brutal d'un autre homme !
Le servage est issu de cet esclavage illégal, imposé par l'homme vainqueur à l'homme plus faible qui, ayant été dépossédé de ses droits de propriété par la force, est obligé de se soumettre à un Maître de terre, un Maître terrien, et se trouve forcé de lui consacrer une partie de son travail, comme l'homme des anciens temps gynécocratiques la consacrait à la Mère commune de la Tribu.
C'est encore ici l'imitation d'une loi légitime devenue illégitime par le changement des sexes.
L’homme doit le produit de son travail à la Femme parce qu'elle est d'une autre nature que lui et parce qu'elle est la Mère qui a enfanté l'humanité, il ne doit rien à un autre homme qui peut travailler comme il travaille.
L'obéissance de l'homme à la Femme est une vertu. L'obéissance de l'homme à un autre homme est une bassesse.
Celui qui, dans l'antiquité, cherchait à se libérer de l'autorité maternelle était flétri, et le mot libertin indique le sens de cette flétrissure.
Les principes qu'on inculquait à l'enfant lui donnaient le respect de l'autorité maternelle, il savait que sa soumission l'ennoblissait.
Le jeune homme était encore le dévoué serviteur de la Dame, et il en était récompensé par des marques d'approbation que sa conscience demandait, par des signes de tendresse que son cœur désirait. Cela mettait dans sa vie l'immense satisfaction du Bien réalisé, en même temps que cela le mettait à l'abri des soucis de la vie matérielle, la Dame pourvoyant à tout, et c'est pour cela qu'elle est la « Providence ». L'homme tenait tout de cette sécurité providentielle.
L'ancienne organisation matriarcale régnait partout, elle avait établi une autorité morale, religieuse et législative, invincible comme tout ce qui est basé sur les lois de la Nature.
« Chaque peuplade avait sa Grande Prêtresse, dit Edouard Grimard ; ces femmes jouaient un-rôle plus ou moins semblable à la fameuse Voluspa des Scandinaves, qui, avec une autorité que nul n'eut osé lui contester, dirigeait tout un Collège de Druidesses. Et, tandis que l'homme tremblait devant les manifestations d'un monde inconnu, les femmes, plus hardies, exaltées par leur enthousiasme, prophétisaient sous certains arbres centenaires, considérés comme sacrés. » (Cité dans Les Bibles de Leblois.)
« Chez les Celtes, dit Fabre d'Olivet, les Femmes du suprême sacerdoce exercèrent la première Théocratie. Un Collège de Femmes était chargé de tout régler dans le culte et dans le gouvernement. Les lois données par les Femmes étaient toutes reçues comme des inspirations divines.
« A la tête de chaque Collège de Femmes, car il y en avait dans toutes les contrées, était une Druidesse qui présidait le culte et rendait des oracles ; on la consultait dans les affaires particulières, comme on consultait la Voluspa dans les affaires générales. Leur autorité était très étendue. Leur nom vient de Drud, qui veut dire puissance directrice de laquelle dépendent toutes les autres. Les Druides, que l'on voit à côté des Druidesses, ne faisaient rien, sans prendre leurs avis. Le peuple recevait avec le plus grand respect les ordres et l'enseignement de ces prêtresses, qui exerçaient le pouvoir législatif, mais confiaient à l'homme le pouvoir exécutif. C'est ainsi que la Voluspa nommait un Kank (ou Kang ou King), qui signifia plus tard « roi », qu'on regardait comme le délégué de la Déesse institué par Elle, par sa faveur divine. Et le peuple se soumettait sans aucune hésitation à ce chef qu'elle avait nommé et qui était, autant pontife que roi. »
A cette époque primitive remonte la formation de la langue ; la création de la poésie et de la musique qui étaient appelées « la langue divine ». On dira plus tard « la langue des Dieux » quand on mettra des Dieux à la place des Déesses, mais, à l'origine, les Dieux ne sont pas nés.
« Tel avait été le décret divin que l'homme recevant ses premières impulsions de la Femme tiendrait de l'amour ses premiers développements », dit encore Fabre d'Olivet.

JUSTICE DIVINE
Les Déesses-Mères rendaient la Justice. C'était dans leurs attributions. Elles avaient, à certaines époques, des cours de Justice, que leurs ennemis appelaient des cours d'amour pour s'en moquer.
Celui qui avait offensé une femme était passible d'une amende, plus forte que s'il eût offensé un homme. Le viol était puni de la peine de mort.

LES DÉESSES-MÈRES
On désigne par le mot Mères les Prêtresses de la Déesse Hemoera. Ce nom a été trouvé dans de nombreuses inscriptions au bord de la Méditerranée.
Oscar Vignon, dans le Rhin français (31 mars 1917), dit :
« Le mot gaulois ma-yr (mair) a donné non seulement le mot latin mater, mais aussi cet autre, ma-yr-a, dont témoignent les vieilles inscriptions : Mairae.
« Les Romains élevaient des pierres aux trois Mères, qu'ils nommaient indifféremment Maïra, Mater, Matrona ; les trois Marie de Galilée ont continué la tradition.
« Comment se fait-il que les dictionnaires latins les plus récents passent ce Maïra sous silence ? »
Et Oscar Vignon ajoute : « Vous avez donc bien peur de voir éclater la Vérité Celtique, la Vérité Gauloise, que vous dissimulez avec tant de soin tout ce qui peut servir à la faire resplendir ! »
Donc, primitivement, la fonction des rois est d'accomplir la volonté des Déesses-Mères. L'homme, guerrier par sa nature, savait conquérir de vastes pays, mais il ne devait agir que sous la volonté morale d'une Déesse. Il était « duc » (conducteur), mais non législateur. Quand les Catholiques auront pris le pouvoir, ils nous diront que « les rois devaient gouverner les âmes pour la gloire de la Reine des cieux et de la Terre ».
Cependant, des révoltes se produisirent. L'homme fort, devenu roi, brave le pouvoir suprême de la Déesse et va se révolter contre l'ancienne Justice. Les hommes déclarent qu'à l'avenir ils ne veulent plus être jugés par des femmes, ils veulent être jugés par des hommes comme eux ; on dira : jugé par ses pairs.
Et, quand les Francs vont régner, ils vont introduire dans leurs usages cet axiome : « Chaque citoyen ne peut être jugé que par ses pairs. » Et, pour justifier cette prétention, on va mettre, à côté des Maïrs (les Prêtresses), des hommes qu'on appellera Mayer. Les masculinistes feront venir ce mot de mak ou mok (force), mais, en réalité, c'est une altération masculine du mot Maer. D'altération en altération, ce mot deviendra Ma-or (major) et finalement maire (1). C'est un pouvoir qui n'a pas comme excuse une supériorité intellectuelle, comme celui des Lochrs ; il ne vient que de la force brutale, qui, du reste, commence à être partout glorifiée. Hercule, qui la symbolise, va s'appeler Hérold chez les Celtes, d'où on fera Roll, Raoul, Rolland, nom qui, décomposé, Roll-land, signifie « l'homme fort dominant sur une étendue de terre ».
Puis nous voyons naître une royauté représentée par des hommes qui gouvernent par droit divin, c'est-à-dire droit concédé par la Déesse. Ceux-là prennent le titre de Kank. On attache à ce mot Kank ou Konk (qui deviendra King) une idée de force morale, tandis que le mot Mayer ne représente que la force brutale. Aussi une violente rivalité s'éleva entre le Konk et le Mayer, et l'on a vu souvent les Mayer (les Maires) dépouiller les rois de leur autorité.
Depuis que les Celtes avaient abandonné la paisible gynécocratie, qui avait duré tant de siècles, ils ne marchaient plus que de division en division. Cependant, au milieu des guerres, une sorte de vénération pour les femmes, que les hommes justes et éclairés continuaient à regarder comme divines, adoucissait l'âpreté des mœurs. Mais cette vénération ne devait pas rester longtemps générale ; la raison s'obscurcissant, l'homme n'aima plus la Femme, mais une femme. Alors le mot aimer changea de signification.
D'après les Latins, les Germains avaient gardé l'esprit des tribus matriarcales. Chez eux, la famille comptait plus que l'individu ; la tribu se rangeait sous une gynécocratie souveraine qui la guidait et la protégeait, à qui elle remettait le soin de sa destinée. Ces hommes avaient le respect des grandes Déesses et se soumettaient à leurs ordres : c'était l'esprit de vasselage.
Ceux que les Latins appellent les Germains, ce sont surtout les Hollandais et les Flamands. Leur nom primitif est teuch ou teuton. C'est chez eux qu'apparaît la Chevalerie, qui est la pratique de l'équité, la Justice Divine. Équitable (d'où équestre) a plus tard été remplacé par Chevalerie, parce que Marc'h signifie cheval dans l'ancien celte. De ce mot, on fera Marc (monnaie), mais on fera aussi Marquis, l'homme de marque.
Le Mark allemand, c'est le Marc'h dont l'effigie était sur les monnaies gauloises.
Le féal chevalier sera le vassal de la Dame-Fée (d'où Féal). Il sera Féal, ce qui indique la Foi et l'hommage que le vassal doit à sa suzeraine.
L'homme-lige, celui qui est lié par un lien moral (légal), promet à sa Dame toute fidélité contre qui que ce soit sans restriction.
(1) Le comte Maurice de Périgny, archéologue français, a découvert au Guatemala, dans le district de Peten, les vestiges d'une immense cité de l'époque des Mayas, c'est-à-dire des Maïrs.

LES FRANCS
Après le départ des Romains, la Gaule fut envahie par des étrangers qui y apportèrent un nouveau ferment de révolte masculine.
C'est ainsi que, vers l'an 241, on trouve tout à coup des peuples du Nord appelés Francs.
Ce mot n'appartenait à aucune langue du pays. Il venait de frei et signifiait les fracasseurs, ceux que rien n'arrête.
Mais les Francs comprennent deux peuples et deux partis : les Francs-Saliens (masculinistes), ainsi nommés parce qu'ils viennent de l'Yssel ou Sala, et les Francs-Ripuaires (féministes), qui viennent des bords du Rhin, de Cologne et d'une partie de la Belgique.
Leurs chefs avaient un Roi suprême, ou roi inamovible, qui n'était autre qu'une Reine.
Leurs prêtres étaient supérieurs aux chefs (petits rois), mais ils obéissaient au Roi des Rois (la Reine), appelé « si-nist ».
Voyons ce qu'était ce Roi des Rois.
Le mot gone signifie femme (Théogonie, Divinité féminine). C'est chez les Celtes que nous allons trouver l'origine de ce mot « gone » et de ses dérivés.
L'histoire des Celtes nous dit que ce « Roi des Rois », le Roi permanent, inamovible (c'est-à-dire la Reine), s'appelait « ist », continu (qui avance, supérieur). C'est la supériorité naturelle que donne le sexe, l'avance dans l'évolution de la fille sur le garçon.
En même temps, les petits rois qui étaient révocables portaient le nom de Cunic (Cun-ic.) ; ce sont ceux-là qui étaient des hommes.
La terminaison « ic » servait à former des diminutifs. On prononçait aussi Conic ou Konig, et c'est de là que sont sortis les noms Konig, King, Koning, Kong.
C'est donc un diminutif de cun, con ou gone, qui désignait la Femme. Ce qui prouve que c'est bien d'elle qu'il s'agit, c'est qu'on nous dira que cun signifie l'aimable, l'élue (le vase d'élection).
Le mot latin cuniculus (lapin) vient de cun-ic-ulus (mon petit lapin), petit mignon. Cun-ic a fait en espagnol con-ejo. Ce mot est connu comme étant celtibère et se retrouve dans la symbolique de l'Ibérie.
L'histoire nous dira que Gondioc, le Roi des Rois, le sinist, qu'il faut écrire cyn-ist, franchit le Rhin à la tête de 80.000 burgondes (Francs-Ripuaires). Or Gondioc n'est pas un nom, c'est un titre comme Brenn. Ce mot, formé de gone et dioc, signifie surveillant, inspecteur, conducteur (de là doge et duc).
Gondioc est donc l'intendant de gone, celui qui agit sous les ordres de gone (Dioc, duc, c'est le lieutenant de la Reine, le gérant, le ménager de gone, et de gonic on fait gérance).
Gondioc se retrouve en breton dans Goni-dec.
Dans le Cornouailles, c'est Gonidoc, qui devient tioc, dioc. Et de tioc les Anglais font till, cultiver, parce que la culture de l'esprit se confond avec la culture de la terre, et alors gones signifiera cultiver et gôn plaine arable (gonys, cultiver la terre).
Toutes les mythologies des hommes ont confondu la Femme et la terre ; de là la façon dont le symbolisme avait représenté les sexes, montrant le féminin comme ce qui est plat (d'où plaine) et le masculin comme ce qui est saillant (d'où l'idée de colline, montagne), et ce mot saillant se retrouve dans salien, le parti masculiniste, alors que le parti féministe (plat) sera appelé ripuaire.
Donc, gone, pour les symbolistes, devient la plaine cultivable, et, si nous ne connaissions cette interprétation donnée par ceux qui ont voulu cacher l'histoire réelle, nous ne comprendrions rien à leurs explications.
Ainsi, M. Oscar Vignon nous dit que Gondimar vient de gone et moor ou mawr et que oic signifie le major de la plaine. Donc, cela veut dire « le major de la Femme ». En effet, dans Gondyn-maor, nous trouvons gon, femme, dyn, homme, et maor, major.
Dans Con-ty, major de la maison, majordome (ti signifie demeure). Le major-dome, c'est le major de la Dame (la Domina latine).
Des noms qui ont une étymologie féministe sont restés comme Con-dillac, Con-dorcet, Gon-dinet (dinet, petit homme) (1).
Les Burgondes, qui sont les primitifs Bourguignons, se disaient Bor-gon-dyn (bor, gras, gone, femme, dyn, homme).
Bor-gogne a fait Bourgogne. Et gogne (de gone) a fait gonia (chez les Grecs gunè). Les Latins en feront cognât (parenté par les femmes).
Le mot allemand Kunst, art, est mis pour Kun-ist (Kun, c'est Cun), mot qui signifie agrément suprême ou suprêmement agréable.
Donc, l'allemand vient du celte en grande partie.
Les petits roitelets sont appelés Al-ber (Al-bert), et aussi Beral et Ber-ic (l'article après), ce qui signifie le petitot, le petitpetit.
De Ber-ber, les Latins ont fait bar-bar.
Autre preuve que l'allemand dérive du celte : Wall-halla, assemblée de tous les Gaulois, est resté en allemand l'assemblée des dieux.
Toutes les Déesses portent des noms celtiques comme dans le panthéon Scandinave.
(1) Dans les antiques ballades des 2 Bretagnes, on chante le monarque des temps primitifs, qu'on appelle Cone, Conan ou Codon. La ville saxonne de Caen s'appelle de son nom primitif Cathom ; de là sont venus Cathare, Catherine. Conan Mériadec, c'est l'affidé de Mériam ou Myriam (auteure de la loi d'Israël, Ha-Thora).

ORIGINE DU MOT CONGRÉGATION
Le mot Con-grégation dérive du mot gaeren, anciennement réunir, qui désignait des associations de personnes qui s'appelaient des frères (herman ou german, d'où Germains pour les Latins qui ne comprennent pas les langues du Nord, mais qui constatent que ces peuples manifestent un grand respect pour la Femme).
Ils sont frères par la loi, c'est-à-dire par la croyance qui les relie à l'autorité féminine, d'où Con-grégation.
Les Con-grégations, ce sont les anciennes tribus matriarcales.
Le mot Germain semble désigner tous les peuples du Nord pour les Romains, car Tacite dit ceci : « Les Germains sentaient dans les femmes quelque chose de divin et de divinatoire. »
Il ne faut pas confondre les Germains avec les all-mands qui occupaient la rive droite du Rhin.

LES DEUX RACES
Voici donc, dans la Gaule Franque, deux races venant occuper le pays après le départ des Romains :
L'une, continuant la vieille tradition celtique, représentera la raison calme, la réflexion, la Justice : ce sont les Ripuaires.
L'autre, turbulente, et en lutte avec la vieille tradition féministe, impose ses idées et sa domination masculiniste, en même temps qu'elle supprime la Justice : ce sont les Saliens.

TRAHISON DES SALIENS
Les Francs-Saliens sont des renégats. Ils ont abandonné l'ancienne religion, antérieure à l'occupation romaine en Gaule, et sont devenus masculinistes avec les Latins.
C'est pour cela que nous les retrouvons appelés les Prêtres de Mars. Mais ils gardaient le titre de Saliens qui avait un grand prestige, tout en pratiquant une religion profane en opposition avec celle des anciens Germains (Flamands).
Comme tous les mots sur lesquels on ne Veut pas faire trop de lumière, on donne à celui-ci des étymologies Avariées et disparates.
Si nous les demandons aux savants modernes, ils nous répondent, en remontant au latin, que ce mot vient de salire qui veut dire sauter, que c'est l'acte du mâle qui prend possession de la femelle : saillir, mouvement qui se fait par saut, par élan ; mais aussi qui est en dehors, en relief, angle saillant opposé à angle rentrant dans les anciens symboles des Mystères.
Safaris : nom des prêtres saliens.
Saliatus : dignité de prêtre salien.
Salii : prêtres de Mars et d'Hercule.
Salio : danser, sauter, bondir.
Saltatio : danse.
Saltator : danseur, mime, pantomime.
Saltatus : réciter en dansant.
Les Italiens en ont fait saltarelle (de sauter) et saltimbanque.
Pourquoi le mot Salien est-il une trahison ?
Parce que primitivement le mot Sala signifiait « lieu où se tiennent les réunions des fidèles de la science sacrée ».
Voici ce que de Grave dit de cette origine :
« Borsela, une des îles de la Zélande (Bor, d'où Boréens ; sele, en latin sala ou salia), veut dire salle des Boréens, (Sala comitum), lieu d'assemblée.
« En traitant de l'étymologie de Franci Salii, que quelques-uns font dériver du fleuve Sala, Alting tire ce mot sala de comitii loco, salle étant le nom du sanctuaire où les chefs du peuple tenaient leurs assemblées pour régler les affaires publiques ; le mot sale a la même racine que salig, beatus, saligheid, salus. On regardait comme sacrés (salig) les lieux où les gouvernants tenaient leurs séances. C'était là que l’on statuait sur le salut (salig-heid) de l'État. On donnait aux lois qui en émanaient l'épithète de saliques (Salige Wetten) lois sâlutaires ou sacrées. »
Les modernes, pour cacher cette étymologie féminine, nous diront que Sala était le nom d'un affluent de la Marne et que c'est sur les rives de cette rivière que s'établirent les Francs.
D'autres nous diront que le mot sala signifiait chez les Francs, « maison », parce que dans l'ancien haut-allemand salle veut dire maison.

LES DEUX PARTIS
Les adhérents de ces deux partis, Salien et Ripuaire, se vouèrent une haine implacable.
Ils vont représenter dans l'histoire deux races qui dirigeront tour à tour les destinées du pays, mais chacune en y apportant sa psychologie spéciale.
Nous ferons comprendre aux modernes cette différence en disant que les Ripuaires furent et restèrent les hommes de salon (sala), les Saliens les hommes du dehors, de la rue.
Les hommes de la rue sont arrivés à former des associations masculinistes très importantes, mais dont les femmes ont toujours été exclues ou bien où elles ont eu un rôle très secondaire, effacé, toujours subordonné à l'autorité de l'homme.
Les hommes des salons, quelles que soient les doctrines que les fluctuations sociales aient introduites dans le monde, sont restés des êtres policés, obligés au respect, parce qu'ils sont chez la Femme, dans son domaine, sous sa loi. Et ce sont eux qui ont toujours sauvé la civilisation.

CE QUE DISENT LES MODERNES
Les Ripuaires, qu'on accusait d'être efféminés parce qu'ils représentaient le parti féministe, étaient appelés grenouilles ; on les ridiculisait.
Les Saliens, leurs ennemis, étaient considérés comme des gens rustiques, manquant d'esprit. On les appelait grues, oies, pour représenter par une figure l'organe qui était l'origine de leur bêtise.
C'est cette oie symbolique que nous retrouvons au Capitole dans le temple de Jupiter.
Fabre d'Olivet dit : « Les Ripuaires étaient ainsi appelés du mot ripa ou riba, qui signifiait rivage, et les Saliens, à cause du mot sal ou saul, qui exprimait une éminence. C'est de ce dernier mot que sortent les expressions sault, seuil, saillant, et l'ancien verbe saillir.
« A l'époque de la domination des Étrusques, les Celtes Saliens, prêtres de Mars, avaient la coutume de sauter en chantant des hymnes à leur dieu. Leur enseigne, qui était une grue, s'ennoblit assez, par la suite, pour devenir l'aigle romaine. Il en arriva autant aux grenouilles des Ripuaires, qui, comme on le sait assez, sont devenues les fleurs de lys des Francs. » (L'État social, t. I, p. 249.)
Les Saliens avaient pour emblème un taureau portant une grue sur le dos, les Ripuaires une grenouille, mais le taureau fut abandonné et la grue resta seule.
Certains auteurs diront par ironie que les Saliens étaient les prêtres de Vénus, alors qu'ils étaient les ennemis des Vénètes (initiés du culte féministe. Vénètes viens de Vénus).
Ils ont toujours eu une mauvaise réputation. Dans les temps modernes, on dit encore de ceux qui font parodie d'autorité ou de sainteté : « Ce sont des sauteurs. »

CINQUIÈME SIÈCLE
LUTTE DU NORD CONTRE LE SUD - ALARIC (401)
Pendant que les Romains, les Grecs, les Africains se disputaient, sur leurs dogmes absurdes, les Wisigoths et les Saxons soutenaient d'autres superstitions.
Les Goths, en général, sont les sectateurs d'Odin.
Les Sicambres (1) , les Francs, les Vandales, les All-mands, etc., sont des surnoms donnés à ces mêmes Goths, relativement à leurs caractères ou à leurs mœurs, comme ceux d'Ostro-goths et de Wisi-goths le sont relativement à leur position géographique.
Les Goths (Gothans ou Gothins) étaient les défenseurs d'Odin, comme les Catholiques sont les défenseurs de Jésus.
La lutte du Nord contre le Sud, c'est la lutte des sectateurs d'Odin contre les sectateurs de Jésus. Leur dieu avait un nom différent, mais leur dogme ne valait guère mieux.
Cependant, les hommes du Nord, n'ayant pas hérité de la corruption latine, étaient restés plus près de la primitive religion de la Nature ; ils avaient gardé des principes plus élevés, avaient encore au fond les mœurs et les lois des Celtes primitifs.
Les Goths avaient un profond mépris pour les Romains, et, dans leur haine pour eux, ils rendaient odieux tout ce qui venait de leur nation. Le nom romain était pour eux l'expression de tout ce qu'on peut imaginer de bas, de lâche, d'avare, de vicieux.
Ils attribuaient à la philosophie et aux lettres cultivées par les Romains l’état d'avilissement dans lequel ceux-ci étaient tombés. Et il faut bien reconnaître que c'est cette littérature dépravante (Devenue classique) qui corrompt la jeunesse par la fausseté des idées qui y sont exposées.
Quant à l'opinion des Romains sur les Goths, elle était celle qu'ont les inférieurs sur les supérieurs, une envie haineuse manifestée par le dénigrement et la calomnie. Procope dit que c'est par un sentiment d'humanité qu'il ne veut pas transmettre à la postérité le détail des cruautés exercées par les Goths, pour ne pas l'effrayer par ces monuments de barbarie. Il oublie la barbarie des empereurs romains. Idace qui se dit témoin des désolations qui suivirent l'irruption des Vandales en Espagne, dit que, lorsque ces barbares eurent tout ravagé avec férocité, la peste vint encore ajouter ses horreurs à cette calamité.
A côté de ces accusations, ils prétendaient que les Goths ne savaient pas écrire et n'avaient pas de littérature. Mais ce qu'ils ne nous disent pas, c'est que, quand les Romains furent vainqueurs du monde, et après eux les Catholiques, ils détruisirent les annales des peuples du Nord. Ils oublient aussi qu'on leur doit une renaissance architecturale et artistique. Si leurs historiens Jornandès, Paul Warnefinde, Grégoire de Tours, ne donnent sur leur origine, leurs lois, leurs mœurs, que des lumières confuses et peu satisfaisantes, c'est parce que ces auteurs ne voulaient pas glorifier leurs adversaires, les partisans d'une religion que les Catholiques venaient détruire ; ils ne voulaient pas non plus faire connaître les principes de l'Ancien Régime gynécocratique qui s'étaient conservés chez les Celtes jusqu'à l'invasion romaine. Les femmes du Nord, avaient encore à l'époque d'Alaric (vers 400) une prépondérance que les Romaines avaient depuis longtemps perdue.
Quand les Germains descendirent vers le Sud, des femmes les accompagnaient ; elles exerçaient la médecine, soignaient les blessés, pansaient et guérissaient les plaies, « mettaient-emplâtre et donnaient des simples en infusions », disent les vieilles chroniques.
Ce sont elles qui, avec le concours des Germains venus en conquérants en Italie, fondèrent la célèbre école de médecine de Pavie.
La grandeur du monde barbare, que Montalembert appelle « une mêlée de scélérats », était faite de caractères sincères et énergiques se mettant résolument à la besogne pour empêcher le règne du mensonge latin ; déjà alors la lumière venait du Nord.
Les Germains et les Scandinaves, qui vinrent s'établir en Gaule, en Espagne et en Italie, y apportèrent un mépris dédaigneux pour la religion de ces peuples qu'ils allaient dominer.
Si les barbares, sous Alaric, parurent aux portes de Rome, ce fut pour venger la conscience outragée, la femme vaincue...
Alors il y eut un retour sur soi-même, dans le monde romain, et l'on vit ces hommes insoumis se repentir : « A bout de ressources, dit l'historien Zozène, le Sénat monta au Capitole et y observa, aussi bien que dans les places et les marchés, les cérémonies selon l'ancienne coutume. »
L'invasion des barbares, dont les chefs de guerre prenaient eux-mêmes le titre de Fléaux de Dieu, montre bien que c'est contre le dieu surnaturel, qui règne depuis Socrate, et contre le Catholicisme naissant qui le magnifie, que ce grand mouvement fut déchaîné.
Ce fut un temps d'arrêt dans la propagation de l'effroyable erreur.
Quand le bruit de ce grand passage d'hommes eut cessé, et que l'on put distinguer quelque chose à travers la fumée des conflagrations et la poussière des champs de bataille, on vit que l'Europe avait changé de face.
Les Saxons occupaient l'Angleterre, les Francs s'étaient emparés de la Gaule, les Goths de l'Espagne et les Lombards de l'Italie. Il ne restait plus le moindre vestige des institutions civiles et politiques du puissant peuple romain. La barbarie avait tout envahi et tout balayé devant elle. Partout on remarquait de nouvelles formes de gouvernement, de nouvelles lois, de nouvelles coutumes ; c'était un nouveau masculinisme contre l'ancien. Valait-il mieux ? Il ne pouvait pas être plus mauvais que le masculinisme romain, qui reprend, du reste, dans l'Église de Rome. Car c'est au milieu de cette transformation générale que le Catholicisme s'affermit et se propagea, parce qu'il était comme les barbares le fléau, non de Dieu, mais des Déesses.
(1) Le nom de Sicambres vient de Sig-Kembers et signifie Cimbres victorieux.

QUELQUES DATES
Alaric 1er, roi des Wisigoths, ravagea l'Orient, puis se jeta sur l'Italie (401) où il fut arrêté par Stilicon. Plus tard (410), il prit Rome, et il se disposait à passer en Sicile lorsqu'il mourut à Cosenza (411).
Déjà, du temps de saint Augustin, Hippone avait été assiégée et les 400 Églises d'Afrique ravagées par les Vandales.
Ces barbares ne voulaient pas permettre le « massacre des idées » et détruisaient les temples catholiques parce que les Catholiques voulaient détruire le passé.

ORIGINE DU MOT BARBARE
Chez les anciens Germains, Wer signifie homme. En latin Vir, en anglo-saxon Were, en gallois (vieux français) Ber.
Quand les hommes du Nord vinrent en Italie, on les appela Ber (hommes), puis, comme les Romains se rasaient tandis que les envahisseurs portaient la moustache, on appela les étrangers ber-ber (bar-bar), c'est-à-dire deux fois homme. Donc, les bar-bar étaient les hommes à barbe, les poilus de cette époque, et le mot barbe vient de bar-bar.
On appelle leur langue, qui est pour les Latins un jargon barbare, baragouin.

LES ROIS DE FRANCE
L'histoire de France ne sera, à ses débuts, qu'une lutte entre les Francs-Saliens et les Francs-Ripuaires, c'est-à-dire entre les masculinistes et les féministes. Ces derniers devaient faire cause commune avec les Celtes Gaulois restés fidèles aux anciennes traditions.
Les historiens nous ont caché la part prise dans cette lutte par les féministes et n'ont enregistré que les succès des masculinistes.
C'est à nous à rétablir la vérité en cherchant le rôle caché de la femme dans cette histoire lointaine.
Je vois, tout d'abord, qu'on mentionne comme premier Roi de France un nom sur lequel on ne nous dit rien, on ne sait rien. On va même jusqu'à mettre en doute son existence.
Or, étant donné ce que nous avons dit plus haut du Roi des Rois chez les Francs, il est bien certain que Pharamond est le terme générique sous lequel on désigne ces Rois suprêmes. C'est du reste le nom d'une Fée, qui joua un grand rôle, la Fée Faramonde.
En cherchant l'origine des langues égyptienne et hébraïque, nous y avons trouvé des origines, des racines celtiques, et d'abord le mot Reine Faée. Ce mot, devenu pharaï (parler), désignait l'inspirée qui parle. Ce terme rapproche singulièrement les Déesses du Nord des Pharaons de l'ancienne Egypte, qui étaient aussi des Puissances morales et sacerdotales exercées par des femmes.
Les mots Pharao Pharaonis, resteront dans la langue grecque, mais qui les rapprochera de l'ancienne Fata ? Qui saura que le nom de Phasias, donné à Médée, en vient aussi ?
Les Phara-mund, comme les Phara-on étaient donc les grandes Cheffesses du Gouvernement théocratique, et ce qui le prouve, c'est qu'entre la Meuse et le Rhin se trouvait leur centre appelé Mèdiomatrice. C'est de là que partit la civilisation celtique. Ce centre était près de la ville de Divodurum (aujourd'hui Metz), à l'orée de la forêt des Ardennes, à laquelle la Déesse Arduina donna son nom.
Nous verrons bientôt les Pères de l'Église, qui copiaient tout, se faire appeler Patrices pour imiter le centre féminin, la Matrice, comme nous verrons les rois prendre l'appellation de la grande déesse Cybèle (Mater Magna) et se faire aussi appeler Magne (Charlemagne).
Le roi Pharamond, que l'on fait monter sur le trône de France en 420 (quoique son existence soit niée), serait mort en 428.
Dans ce règne, qui serait venu remplacer la domination romaine qui finissait, je vois l'indication déguisée d'une restauration du pouvoir féminin quelque temps éclipsé, mais venant reprendre ses droits, en même temps que l'influence de la doctrine johannite rendait à la femme la place qu'elle avait occupée dans l'ancien gouvernement celtique.

DEUXIÈME ROI DE FRANCE
CLODION (Monté sur le trône en 427, par droit d'élection, mort en 448 à Amiens.)
On ne sait guère de lui qu'une chose, c'est qu'il avait beaucoup de cheveux, puisqu'il est appelé le Chevelu. Mais ce qui est certain, c'est que, pendant tout le temps de son règne, une femme gouverne le pays. C'est celle que les Catholiques ont appelée « sainte Geneviève » (422-512). Elle vécut sous quatre rois :
Clodion, qui régna de 427 à 448 ; Mérovée, de 448 à 458 ; Childéric, de 456 à 481 ; Clovis, de 481 à 511, et mourut sous Childebert, monté sur le trône en 511.
Inutile de rappeler l'histoire ridicule que l'Église a faite ; Geneviève a été légendée comme toutes les femmes qui ont fait quelque chose. Ce qui est certain, c'est qu'elle a existé et qu'elle a joué un grand rôle dans les événements de son temps, puisqu'on en a fait la patronne de Paris et que longtemps on lui a rendu un culte.
Elle devait s'appeler Junièvre, ou Genovefa ; elle était probablement la grande cheffesse de la vie morale et sacerdotale, la Matrice, et c'est pour cela qu'on en a fait une Pastoure.
Sans doute elle résidait sur le mont Valérien où l'on sait qu'il existait un temple à Isis, qui devait être une métropole. On sait qu'elle était la fille d'un noble gallo-romain, qui avait une villa à Nanterre, où elle naquit. Donc, elle n'était pas une bergère ; mais, pour diminuer socialement les grandes femmes, l'Église les classe toujours dans les rangs inférieurs de la société.
Rappelons que le nom de païens qu'elle donne aux partisans de l'ancienne doctrine féministe vient de pagus, nom du territoire du clan matriarcal, dont les habitants sont appelés pagani, d'où païens, que l'on fait synonyme de paysans.

GENEVIÈVE ET ATTILA
Tous les historiens, même les plus masculinistes, nous disent que, lors de l'invasion de la Gaule par Attila, Paris fut défendu par sainte Geneviève.
On nous dit aussi que le siège de Paris dura dix ans, comme celui de Troyes, et que Geneviève alla chercher des vivres à Troyes ; et on raconte une entrevue qu'elle eut avec ce chef guerrier qui détruisait tout entre la Seine et la Loire.
Cette femme avait donc une grande puissance morale et sociale et une grande autorité sur le peuple, qui la suivait, puisque sa parole suffit à éloigner l'envahisseur.
Ce n'est donc pas Clodion qui régnait, c'était elle, car nous ne voyons pas Clodion intervenir en cette affaire.
Les libres-penseurs masculinistes modernes ont voulu supprimer le rôle de cette femme vis-à-vis d'Attila, sous prétexte que l'évêque Grégoire de Tours n'en parle pas. Quelle naïveté !
Jamais un évêque catholique ne mentionnera ce qui est à la gloire d'une femme ! Ils ont revendiqué Geneviève pour leur Église, mais en faisant d'elle une humble paysanne, soumise au prêtre et faisant des miracles pour la plus grande gloire du Catholicisme.
On dit que la légende de sainte Geneviève, en contradiction manifeste avec l'histoire, fut fabriquée au milieu du 7ème siècle, ce qui veut dire que c'est alors qu'on cacha son véritable rôle et inventa la légende catholique.
L'Église fait gloire de la victoire de Geneviève sur Attila à des évêques.
Mais, en 450, les évêques qui pouvaient exister en Gaule n'étaient pas catholiques, ils étaient encore johannites. Donc, l'Église n'y était pour rien et tous ces saints qu'elle nous cite n'ont existé que dans son imagination, à moins que ce soient des noms pris à l'histoire antérieure qu'elle ait catholicisés, suivant son habitude, tel le diacre Mémorius, dont elle fait saint Menier ou saint Mesmin.
Il y a plus. Suivant un autre système de l'Église, ce qui fut fait par une femme est attribué à un homme, et nous voyons, au siège de Troyes, un évêque, saint Loup, refaisant la scène classique et se présentant à Attila du haut des remparts comme Geneviève se serait présentée à lui aux portes de Paris.

LA LÉGENDE CATHOLIQUE DE SAINTE GENEVIÈVE
Si nous reprenons les faits principaux enregistrés au fond de la légende de sainte Geneviève, nous trouvons ceci :
(La légende que je cite est celle qui a été publiée par les Causeries du Dimanche, publication catholique. Je mets en italique les phrases qui en sont empruntées.)
Une femme, sur le mont Valérien, ravie en extase et qui fut tenue pour morte pendant trois jours que dura la crise. Pendant ce temps, son âme contemplait au Ciel la joie des bienheureux et en enfer le tourment des damnés.
Ce sont là les circonstances qui accompagnent la grande intuition, qu'on a toujours considérées comme surnaturelles. Ce qui veut dire qu'elle trouva, par une lumière de l'esprit, le principe du Bien et le principe du Mal. C'est pourquoi cela lui permit de puiser dans le trésor des grâces, ce qui lui donna particulièrement le discernement des esprits. Rien n'était caché pour elle.
Donc, elle connaissait les hommes et faisait un enseignement, ce qui explique le Temple du mont Valérien et le titre de Bergère (Pastoure, qui enseigne) et les petits moutons dont on l'entoure (ses disciples).
Mais le loup rôdait autour du troupeau, dit un auteur de sa vie, le loup infernal qui ne cherche qu'à nous dévorer. C'est l'homme de mensonge, l'homme de proie, d'astuce et de haine envieuse.
Elle était initiée à la Science secrète des Esséniens, devenus les Johannites. C'est pour cela qu'on nous dit qu'elle prit le voile des vierges, ce qui veut dire qu'elle n'accepte pas le mariage des masculinistes, que les premiers Chrétiens rejetaient.
Elle portait leur signe, le chi-ro, ce qui ressort de cette phrase : Or il se trouva à terre un nummus d'airain, qui portait sur l'une de ses faces le signe sacré de la croix. C'était le signe des Johannites. Les Catholiques avaient comme signe trois phallus enlacés, ils n'adoptèrent le signe de la croix qu'après le 6ème siècle.
Comme les Esséniens et les premiers Chrétiens, elle était végétarienne, et la légende nous, dit que sa nourriture se composait d'un peu de pain d'orge et de quelques légumes". Jamais elle ne voulut manger de viande.
Plus loin, voici ceci : L'évêque la nomma supérieure des Vierges et des Veuves de Paris, qui étaient en grand nombre. A Meaux, elle conquit à la virginité, c'est-à-dire contre le mariage, suivant la doctrine des Manichéens, une jeune personne nommée Céline, dont l'Église a fait une sainte.
D'abord, il n'y avait pas encore d'évêques catholiques à cette époque en Gaule, il n'y avait que des évêques johannites. Puis, dans ce titre de supérieure des veuves et des vierges de Paris, c'est-à-dire des femmes chrétiennes féministes, qui n'admettent pas le mariage, il faut voir la preuve qu'elle est l'autorité suprême de la Religion, la Vénérable Mère qui la dirige. Et ce qui va le prouver, c'est la persécution qu'elle va subir. Le diable éteignit leur flambeau et elles furent plongées dans l'obscurité. Mais sainte Geneviève le ralluma et le diable s'épuisa en vains efforts pour l'éteindre.
On cherche aussi à l'isoler, suivant l'habitude des persécuteurs. La sainte passait des journées et des semaines entières dans la solitude. Depuis la fête des Rois jusqu'au jeudi saint, elle demeurait enfermée dans sa chambre sans nul entretien.
Ceci arrive à toutes les grandes persécutées.
Le diable, furieux du bien qu'elle accomplissait, cherchait par tous les moyens à lui nuire. Poussées par des instigations secrètes, des personnes plus remplies d'orgueil que de jugement se mirent à répéter à qui voulait l’entendre que Geneviève était une hypocrite et que, sous des dehors austères, elle cachait les crimes les plus affreux. Ces bruits, semés avec tout l'artifice de l'esprit malin, trouvèrent de nombreux échos ; les gens de bien finirent par avoir la Vierge de Nanterre en mauvaise estime.
Voilà qui prouve que la calomnie est éternelle, qu'elle régnait alors comme elle règne aujourd'hui, et qu'elle n'a même pas changé de forme à travers les siècles.
On disait aussi d'elle que par ses rêveries stupides elle empêchait ses concitoyens de sauver leur vie et allait tout livrer aux barbares et à la ruine. La populace ameutée parlait déjà de la massacrer. Mais l’archidiacre Germain apaisa le peuple, Geneviève fut acclamée, et les Parisiens restèrent dans leur ville.
C'est ici qu'il faut placer son intervention pour empêcher Attila de pénétrer dans Paris. Mais, si nous n'avons aucun document historique, écrit par des hommes, pour nous en rendre compte, nous avons un genre de document qui ne manque jamais : c'est la parodie que font les hommes de ce qu'ont fait les femmes. Ainsi, voici dans le récit des Catholiques, ce dialogue : Un saint, qu'on appelle Loup, pour rappeler celui que la légende a mis près des brebis sur le mont Valérien vient au-devant d'Attila et lui dit :
— Qui es-tu, toi qui troubles le monde du bruit de tes armes ?
— Je suis Attila, roi des Huns, et je ravage tout par où je passe.
— Et qui t'a fait roi ?
C'est que la royauté de l'homme n'était légitime que lorsqu'elle avait été conférée par le Roi des rois (la Reine).
Après ce dialogue, on nous dit que l'intrépide douceur de ce moine évêque (Loup) (mis à la place de la Femme) désarma le féroce envahisseur et qu'il lui promit d'épargner la ville. Il (c'est-à-dire elle) prit à ses yeux des proportions surhumaines, et il lui sembla que sa présence serait un talisman précieux pour son armée et il lui demanda de l'accompagner jusqu'au Rhin (cela se passe en 450 ; elle est née en 422, donc elle a 28 ans), lui promettant de lui laisser toute liberté de s'en retourner dans son pays (1).
De cette légende ainsi arrangée il est resté un dicton : lupus et leo, un loup et un lion.
Le lion (le sphinx), c'est la femme. C'est pour justifier ce dicton que l'Église a inventé saint Loup.
Dans l'histoire écrite par les Catholiques, on nous dit qu'Attila, roi des Huns, ravagea l'empire d'Orient, puis la Gaule, et qu'il fut surnommé le fléau de Dieu. Or, sachant ce qu'est à cette époque le Dieu de l'Église, celui de saint Paul, nous ne pouvons que l'admirer, s'il en a été l'adversaire. Mais il fut vaincu en 450, par Aétius, et le Dieu qu'il combattait triompha (2).
(1) C'est à cette occasion qu'on donna comme emblème à Paris la barque d'Isis et la devise fluctuât nec mergitur (elle flotte, mais ne sombre pas).
(2) 5 novembre 462, mort du pape Léon le Grand ; ce fut lui qui, en l'année 452, se présenta devant Attila arrêté aux portes de Rome et parvint à l'empêcher d'y entrer. Ceci est la copie de l'épisode de Geneviève.

MÉROVÉE ASSIÈGE PARIS
Voici maintenant un autre ordre de faits sur lequel la légende jette une lumière inattendue. Elle nous dit : cinq ou six mois après la défaite d'Attila, Mérovée, roi des Francs (Saliens), vint assiéger Paris, encore au pouvoir des Romains. Le siège durait depuis quatre ans quand Mérovée s'en rendit maître. Alors, comment se fait-il que Geneviève régnait à Lutèce quand Attila s'en approcha et qu'elle y exerçait une autorité morale suffisante pour intervenir dans les faits de guerre et pour protéger la ville ? Et comment cette ville dans laquelle règne une femme gauloise est-elle assiégée par Mérovée, 3ème roi de France ?
C'est évidemment qu'il y avait séparation des pouvoirs : le spirituel (féminin) et le temporel (masculin).
C'est qu'il y avait deux Frances : celle des Saliens masculinistes, dont Mérovée est le petit roi et qui n'a qu'un tout petit territoire à l'Est, et celle des Ripuaires féministes, qui reconnaît le pouvoir spirituel et qui est allié à ceux qui occupent le reste de la Gaule, y compris Paris.
Voilà ce qui va nous expliquer l'histoire de France, qui ne sera qu'une lutte de sexes : les masculinistes et les féministes : l'une qui veut la Vérité et le Bien, l'autre qui veut l'erreur et le mal ; l'une qui va produire des persécuteurs, et l'autre des persécutés.
Les historiens masculins ne nous parleront jamais que des Francs Saliens (les masculinistes), ils tairont ce qui concerne les peuples féministes de la Gaule. Et toute cette primitive histoire de France ne sera que l'histoire du petit parti des révoltés saliens, affranchis de la morale, de la raison, du devoir et de la soumission au Droit divin de la Déesse-Mère, ce qui nous est révélé par cette phrase : « Qui t'a fait roi ? »
Il y a donc une autre histoire de France à faire, celle des peuples légitimes de la Gaule Celtique, vaincus, après de longues luttes, par les révoltés illégitimes.
Et cette histoire fut si glorieuse que, malgré tous les efforts faits pour la cacher, nous trouvons encore assez de documents pour la reconstituer.
Donc, Mérovée vint attaquer Paris, ce qui causa une grande famine. Et c'est encore Geneviève qui se dévoua pour nourrir ces hommes, qui l'avaient attaquée, appelée sorcière et démoniaque.
Elle équipa onze grands vaisseaux et, se dirigeant vers la Champagne, elle recueillait de ville en ville le grain que lui procurait la charité des habitants. Revenue à Paris, elle se mit à cuire elle-même le pain et à le distribuer aux pauvres.
Pendant que ces événements se passent, l'histoire place trois rois : Clodion, qui ne fait rien, Mérovée, qui attaque Paris et Geneviève, et Childéric, qui n'est connu que parce qu'il a épousé la reine Basine.
On nous dit, de cette reine Basine, qu'elle était la femme d'un chef des Thuringiens et qu'elle quitta son mari pour venir habiter avec Childéric. Ceci est dit en style moderne, selon les mœurs modernes, qui n'ont aucun rapport avec les mœurs et les usages de cette époque.
On nous dit aussi de Childéric que, exilé à cause de ses désordres, en Thuringe ou à Constantinople, il fut rétabli sur le trône de France au bout de huit ans. Voilà qui n'est pas glorieux pour les Francs Saliens.
Mais revenons à Geneviève.
La légende nous dit que Mérovée et Childéric ne pouvaient s'empêcher d'admirer ses vertus. Ils l'appelaient une demi-Déesse.
Ce demi est mis là pour imiter le demi-dieu. Les Catholiques ne donnent plus la divinité entière à la femme, mais, sous prétexte d'égalité, la donnent tout entière à l'homme.
Geneviève avait 59 ans quand Clovis monta sur le trône en 481. Elle était encore pleine de vie et d'activité, et la légende catholique va nous dire que « sainte Clotilde, la noble épouse de Clovis, regardait comme un grand bonheur de recevoir les visites de Geneviève ; elle eut avec elle de longs entretiens, et les deux saintes, s'ouvrant l'intime de leur cœur, s'entretenaient familièrement d'assurer leur salut. Geneviève avait été le conseil et le soutien de Clotilde pendant ses premières années. »
Or tout ceci nous fait comprendre que c'est la cause des femmes qui est en jeu et dont elles s'entretiennent, et nullement celle de l'Église, qui ne règne pas encore en Gaule.
Geneviève mourut à 90 ans. Son corps fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, que Clovis avait bâtie par le conseil de Geneviève, et qui, dès lors, porta son nom, dit-on hypocritement.
Or ceci est impossible, car aucune femme, alors, n'aurait glorifié Paul.
Cette église, détruite à la fin du 18ème siècle, était à la droite de Saint-Étienne-du-Mont dans la rue Clovis. Elle avait toujours été desservie par les chanoines réguliers de saint Augustin, appelés Génovéfains.
Depuis que l'Église a fait de Geneviève une sainte catholique, on lui a rendu de grands honneurs. Tant qu'elle n'était qu'une savante, on la regardait comme démoniaque. Tel est le sort des femmes.
L'ancienne église de Sainte-Geneviève, située sur la colline et gardienne des reliques de la sainte, menaçait ruine au 18ème siècle. Le roi Louis XV en fit construire une nouvelle près de l'ancienne ; mais survint la Révolution, qui changea l'église de la patronne de Paris en Panthéon, destiné aux grands hommes (1).
La Révolution supprime toutes les femmes. L'Église avait laissé les siennes ; le régime laïque masculin ne reconnut plus que la masculinité : il dédia l'église Sainte-Geneviève « aux Grands Hommes ».
(1) Le peuple de Paris, « né badaud », dit Rabelais, a toujours eu un culte profond pour sainte Geneviève ; dans les grandes calamités, on descendait la châsse et on la promenait dans Paris avec la plus grande pompe. C'était le clergé de Notre-Dame, portant les reliques de saint Marcel, cet autre patron de Paris, qui venait chercher la sainte et allait de même la reconduire après la cérémonie.
Voici ce que dit Guy Patin de la procession de 1652 : « Je ne vis jamais tant d'affluence de peuple par les rues qu'à cette procession. Je ne sais s'il s'y est fait quelque miracle, mais je tiens que c'en est un, s'il n'y a eu plusieurs personnes d'étouffées. Si vous aviez vu tout cela, vous auriez appelé notre ville de Paris l'Abrégé de la Dévotion. »
Et Madame de Sévigné : « C'étaient les orfèvres qui portaient la châsse de saint Marcel ; la sainte allait après, portée par ses enfants nu-pieds. Arrivés près de Notre-Dame, ils font, l'un à l'autre, une douce inclination et s'en vont chacun chez soi. »
La dévotion à sainte Geneviève était si ardente chez le peuple parisien, et surtout chez les femmes, qu'elle dégénérait en idolâtrie ; on n'abordait les reliques de la sainte qu'avec des pleurs, des soupirs, des sanglots, des transports de passion enthousiastes ; on lui demandait, par billets écrits des remèdes pour tous les maux, des consolations pour tous les chagrins ; on faisait toucher à la châsse des draps, des chemises, des vêtements. En 1793, la châsse fut envoyée à la Monnaie.

CLOVIS
Clovis est le premier roi de France que l'Église Catholique revendique et dont elle parle longuement.
Il monte sur le trône en 481.
Ce roi s'appelait en réalité Lodoïx, nom devenu Ludovicus, puis Louis ; mais, devant ce nom, il mettait le titre Kaï (conquérant mâle, ennemi des femmes) que nous avons déjà rencontré et expliqué.
Rappelons que Kaï a fait Caïn et que, chez les Latins, en mettant le K devant Esar (le mâle), on avait fait César, ce que les Allemands écrivent K-aiser.
Donc, Kaï-Lodoïx, devenu pour les modernes Clovis, était un roi qui affirmait par son titre ses convictions masculinistes et sa haine de la féminité et du régime qui avait consacré son autorité.
Voyons ce que valait cet homme.
Voici ce que dit saint Grégoire de Tours, historien du 6ème siècle, de ce Clovis que l'Église de France invoque :
« Il envoya secrètement dire au fils du roi de Cologne, Sigebert le Boiteux : « Ton père vieillit et boite de son pied malade. S'il mourait, je te rendrais son royaume avec mon amitié. ».
Chlodéric envoya des assassins contre son père et le fit tuer, espérant obtenir son royaume... Et Clovis lui fit dire : « Je rends grâce à ta bonne volonté, et je te prie de montrer tes trésors à mes envoyés, après quoi tu les posséderas tous. ».
Chlodéric leur dit : « C'est dans ce coffre que mon père amassait des pièces d'or. »
Ils lui dirent : « Plonge ta main jusqu'au fond, pour trouver tout. » Lui l'ayant fait et s'étant tout à fait baissé, un des envoyés leva sa hache et lui brisa le crâne. Clovis, ayant appris la mort de Sigebert et de son fils, vint en cette ville, convoqua le peuple et dit : « Je ne suis nullement complice de ces choses, car je ne puis répandre le sang de mes parents, cela est défendu ; mais, puisque tout cela est arrivé, je vous donnerai un conseil : venez à moi et mettez-vous sous ma protection.
Le peuple applaudit avec grand bruit de voix et de boucliers, l'éleva sur le pavois et le prit pour roi. »
Cela faisait deux têtes de moins et un royaume de plus pour Clovis.
« Il marcha ensuite contre Chararic, le fit prisonnier avec son fils et les fit tondre tous les deux. Comme Chararic pleurait, son fils lui dit : « C'est sur une tige verte que ce feuillage a été coupé, il repoussera et reverdira bien vite. Plût à Dieu que pérît aussi vite celui qui a fait tout cela ! »
Ce mot vint à l'oreille de Clovis ; il leur fit à tous deux couper la tête. Eux morts, il acquit leur royaume, leurs trésors et leur peuple. »
Cela faisait encore deux têtes de moins et un royaume de plus pour Clovis.
Ragnacaire était alors roi à Cambrai. Clovis, ayant fait faire des bracelets et des baudriers de faux or, car ce n'était que du cuivre doré, les donna aux leudes de Ragnacaire pour les exciter contre lui. Ragnacaire fut battu et fait prisonnier avec son fils Richaire. Clovis lui dit : « Pourquoi as-tu fait honte à notre famille en te laissant enchaîner ? Mieux valait mourir. » Et, levant sa hache, il la lui planta dans la tête. Puis, se tournant vers Richaire, il lui dit : « Si tu avais secouru ton père, il n'eût pas été enchaîné. » Et il le tua de même d'un coup de hache. »
Cela faisait encore deux têtes de moins et un royaume de plus pour Clovis.
« Rigomer fut tué par son ordre, dans la ville du Mans. »
Cette fois-ci, ce n'était qu'une seule tête pour un royaume, mais le bon saint Grégoire de Tours continue : « Ayant tué de même beaucoup d'autres rois et ses proches parents, il étendit son royaume sur toutes les Gaules. Enfin, ayant un jour assemblé les siens, il parla ainsi de ses parents qu'il avait lui-même fait périr : « Malheureux que je suis, resté comme un voyageur parmi des étrangers, et qui n'ai plus de parents pour me secourir si l'adversité venait ! » Mais ce n'était pas qu'il s'affligeât de leur mort ; il ne parlait ainsi que par ruse et pour découvrir s'il avait encore quelque parent afin de le tuer. »
Le bon évêque de Tours trouve sans doute que ces horreurs n'étaient que de saintes ruses, puisque c'est un Catholique qui les pratiquait pour la plus grande gloire de l'Église, car il conclut en disant : « Tout lui réussissait, car il marchait le cœur droit devant Dieu. »
C'est à la bataille de Tolbiac, livrée près de Cologne en 496, que Clovis promit à Dieu de se faire chrétien, s'il était victorieux.
Voilà un marché peu glorieux pour Dieu et un motif de conversion peu recommandable pour une religion. Cela peint bien ce qu'était l'esprit néo-chrétien.
Clovis fut baptisé avec 3.000 soldats, subitement convertis, dans la basilique de Reims en 496, le jour de Noël.
On sait comment ce saint roi s'y prenait pour convaincre ses hommes de l'excellence de la doctrine des néo-chrétiens.
L'histoire du vase de Soissons, cette lâcheté criminelle, nous le montre : croire ou mourir.
Et ce sont ces abominations que l'on enseigne à nos enfants.
C'est par des forbans comme Clovis que la royauté et le Catholicisme furent introduits et soutenus dans la Gaule.
Ce chef de pirates germains, dont saint Rémi fit un Chrétien et dont l'Église romaine se servit pour combattre les gouvernements des Wisigoths et des Burgondes, qui étaient ariens et féministes, fut appelé par les évêques du 5ème siècle, dans le seul intérêt de leur autorité pontificale, à ravager la France et à s'enrichir des dépouilles des Gaulois.
Et cet assassin de toute sa famille fut traité par l'Eglise presque comme un saint. Il fut le Constantin du Nord.
Les historiens officiels, comme Henri Martin, disent de Clovis qu'il était « actif, rusé, ambitieux, doué de qualités supérieures, pieux, vaillant, glorieux, mais cruel et perfide ».
Quand on est criminel, cruel et perfide, comment peut-on être doué de qualités supérieures ?
C'est à Clovis que l'on fait remonter la promulgation de la loi salique, à tort, car cette promulgation n'eut jamais lieu.
C'est lui qui commença à prendre le nom de Franc et à appeler la Gaule France. Par franc, il entendait affranchi des principes, des lois, de la morale du régime antérieur à lui. C'est de son temps qu'on remplaça l'ancienne justice par les épreuves judiciaires par l'eau bouillante et le fer rougi.

LA CONVERSION DE CLOVIS
Le premier Christianisme régnait dans la Gaule depuis longtemps, puisqu'il avait eu ses martyrs.
Quant au second (le Catholicisme), il n'y avait pas encore pénétré.
On savait que le premier avait pour fondateur Pierre et le second Paul. C'est peu à peu que le second s'infiltra dans le premier, lui prit ses doctrines (en partie), copia et dénatura ses Évangiles, et substitua un clergé masculin au premier sacerdoce des Prêtresses, appelées alors diaconesses.
Or voilà que la légende de sainte Geneviève nous dit que Clovis éleva une église consacrée à Pierre et Paul. Et cela, sur le conseil de Clotilde, qui était chrétienne et catholique, disent les historiens de France. Ce n'était donc pas la même chose.
Je vois dans ce fait un indice révélant l'état des esprits de ce temps.
Les gens ignorants ne savent pas qui a raison de Pierre ou de Paul. On a tant glorifié Paul qu'on a fini par croire à son mérite. Alors, exploitant le doute, l'Église, pour se faire accepter, crée une opinion neutre, qui s'appuie sur les deux apôtres dont on réunit les noms.
Mais les féministes johannites ne s'y trompent pas. Elles rejettent Paul et n'acceptent que Johanna et son fils Pierre.
Mais, à toutes les époques, il y eut des esprits timorés, qui firent des concessions. L'Église naissante arriva à convaincre certaines femmes que, pour faire cesser les luttes, il fallait accepter les deux Christianismes fondus en un seul, et c'est ce système d'union sacrée, au profit du Catholicisme naissant, que nous voyons imposé par le pape et accepté par Clovis.
L'Église s'en glorifie comme d'une conquête pour son dogme, et y ajoute ses commentaires et ses maladresses, telle l'histoire du vase de Soissons, qui n'est ni à la gloire de l'homme, ni à celle de l'Église.
La basilique romaine de Reims, où Clovis reçut le baptême des mains de saint Rémi (25 décembre 496), ne pouvait être alors qu'une église johannite ; il n'y en avait pas encore d'autres dans la Gaule. Mais on s'emparait de ces églises et on les transformait. Elle fut bâtie en 401 et dédiée à Marie, avant l'introduction du Catholicisme en Gaule.
La basilique romaine de Reims fut détruite par un incendie au 11ème siècle, puis reconstruite avec les aumônes de dix diocèses. Reims était la métropole de la province de Gaule Belgique ; elle avait remplacé le centre théosophique appelé « Médiomatrice ». Par la suite, cette cathédrale s'est appelée Notre-Dame. C'est que, depuis le Concile d'Éphèse (431), dans lequel on avait déclaré que Marie devait être appelée Mère de Dieu, les masculinistes mettaient partout des Notre-Dame pour amener à leur cause, par cette confusion, les partisans de l'ancienne Marie, si longtemps vénérée.
C'est ainsi que Clovis bâtit à Paris une église métropolitaine à Notre-Dame, à la pointe de la Cité. Il en posa la première pierre ; son petit-fils Chilpéric l'acheva. Cette église était bâtie sur l'emplacement d'un temple druidique. Les autres princes mérovingiens dédièrent à Marie des chapelles et des abbayes.
Sainte Bathilde fonda Notre-Dame de Chelles.
On se réfugiait dans ce culte à Marie, si peu défini, pour faire accepter la légende de Jésus, devenue « légende chrétienne », alors que, cependant, dans cette légende, telle qu'elle nous est relatée dans les Évangiles, Marie a un rôle bien effacé et bien humiliant même.
Après l'invasion du Catholicisme, le régime qui devait durer (le régime actuel) commença par deux anomalies : l'anarchie sacerdotale, l'anarchie royale. Non seulement ces deux autorités ne se connaissaient pas, dans la première Église, mais les divers membres dont elles étaient composées ne les reconnaissaient pas eux-mêmes. Ces deux pouvoirs naissants tendaient chacun à dominer exclusivement.
Comment les chefs gaulois devinrent-ils catholiques ?
On nous dit que ce fut à l'instigation des femmes qu'ils adoptèrent cette religion nouvelle, sans doute de celles qui, assez faibles pour écouter les insinuations perfides des moines hypocrites, courbaient la tête pour recevoir d'eux l'eau du baptême.
On se servit d'elles pour faire plier le front du fier Sicambre.
On sait assez le rôle donné à Clotilde, femme de Clovis, qui aurait exigé que son mari se convertît au Catholicisme.
Mais c'est l'histoire écrite par les prêtres qui nous raconte cela, rien n'est moins prouvé.
On nous raconte aussi qu'une sœur des empereurs Basile et Constantin, mariée à un grand Kniaz de Russie, nommé Vladimir, obtint de son mari qu'il se fit baptiser. Dans le même temps, Miécislas, duc de Pologne, fut converti par sa femme, sœur du duc de Bohême. Les Bulgares reçurent ce culte de la même manière. Gisèle, sœur de l'empereur Henri, fit encore catholique son mari, roi de Hongrie. La même chose fut dite en Angleterre de l'influence des femmes, mise à profit par les moines pour faire des conversions. Tout cela est faux, c'est une façon d'expliquer le mouvement chrétien, en le confondant avec le mouvement catholique pour le mettre à l'avoir de l'Église masculine.
Il ne faut pas oublier que ce ne fut que l'an 325 que la secte catholique, qui avait complètement dénaturé le Christianisme depuis Paul, s'installa en maîtresse à Rome.
Ce n'est qu'au 5ème siècle qu'elle pénétra en Gaule ; elle ne conquit la Suède qu'au 9ème siècle et il lui fallut mille ans pour envahir la Russie. Donc, toutes les histoires de conversion de rois sous l'influence de leurs femmes sont fausses. Les femmes étaient les ennemies des prêtres et non leurs auxiliaires.

LES ÉCROUELLES GUÉRIES PAR LES ROIS DE FRANCE
Ce ne sont pas seulement les prêtres, ce sont aussi les rois qui font des miracles ; c'est-à-dire que le fait d'être au pouvoir donne à l'homme le droit d'être absurde, parce que personne n'a le droit de le lui dire.
Charles V disait : « Tant que Sapience sera honorée en ce royaume, il continuera à prospérer, et quand déboutée sera, décherra. » Donc, c'est la lutte contre la science. Quelle science ?  
Raoul de Presles disait à Charles V : « Vos devanciers et vous avez telle puissance, qui vous est donnée et attribuée de Dieu, que vous faites miracles en votre vie, telles si grandes et apertes que vous garissez d'une très horrible maladie, qui s'appelle les escroelles, de laquelle nul autre prince terrien ne peut garir, ors vous » (1).
Cette dernière phrase était une flatterie. A cette époque, d'autres que les rois de France faisaient des miracles ; c'était la folie du temps ; les rois de Hongrie guérissaient la jaunisse, les rois de Castille les démoniaques, et les rois d'Angleterre les épileptiques ; ils prétendaient même guérir aussi les écrouelles, rivalisant ainsi de puissance miraculeuse avec les rois de France.
Du reste, il n'y avait pas que les rois qui avaient le don de guérir. On soutenait alors que tout enfant qui venait au monde une main en avant et avait aussitôt touché un cochon de lait, avait le même pouvoir que le roi de guérir les écrouelles. On se demande si, en prévision du cas possible d'un enfant mal placé, on avait toujours, près du lit d'une accouchée, un petit cochon de lait...
Le fils aîné du baron d'Aumont, comte de Châteauroux, guérissait aussi cette maladie. On disait encore que ce même pouvoir était donné au septième enfant mâle né d'un même père, sans que la naissance d'une fille soit venue interrompre la série des garçons.
Les bonnes gens croyaient sincèrement que cet affreux mal « dont le germe est une cacochimie, l'apparence d'un ulcère hideux à voir, dangereux au toucher et incurable, était tenu de disparaître sans autre formalité que l'attouchement de nos roi et par la seule parole, sans anneaux, sans simples et sans autres ingrédients et préceptes particuliers, ainsi vraiment par racle ».
Hélas ! le miracle n'était qu'un effet d'imagination ; mais qui aurait osé se plaindre d'avoir été trompé par le roi ?
C'était après le sacre des souverains, la veille des fêtes, Pâques, à la Pentecôte, à la Toussaint, à Noël, que cette comédie se jouait.
Le prévôt de Paris faisait publier le jour et l'endroit de cérémonie ; les malades s'y rendaient de bon matin.
Le premier médecin et les médecins ordinaires les visitaient et ne gardaient que ceux qui étaient sérieusement atteints, rangeait les malades sur plusieurs lignes, à genoux, les mains jointes. Le roi arrivait avec une suite nombreuse de princes, de prélats et de gardes du corps. Il s'approchait de chaque malade lui traçait sur le visage le signe de la croix avec la main droite puis répétait à chacun : « Le Roi te touche, Dieu te guérit. »
Et les rois se soumettaient tous à cette répugnante cérémonie, à cette folie malpropre.
C'est à Clovis que l'on fait remonter toutes les institutions auxquelles on veut donner une haute antiquité. Ainsi, les chroniqueurs, qui ne sont pas d'accord sur l'origine du privilège accordé (par qui ?) aux rois de France de guérir les écrouelles, le font remonter à Clovis.
Voici la légende qui accrédite cette croyance :
On sait que l'Église raconte que Clovis fut baptisé à Reims par saint Rémi et oint de l'huile divine qu'une colombe avait apportée du ciel. La vertu de guérir les écrouelles émanait précisément de ce Saint-Chrême, qui servit dans la suite au sacre de tous les rois.
Ici, une parenthèse. Nous avons expliqué la signification de l'onction, reçue par la femme et donnée par l'homme, qui se trouve, par ce fait, con-sacré, c'est-à-dire élu par la femme, qui fait de lui son prêtre domestique, son sacrificateur. Cette antique idée d'une onction reçue persiste, mais le sexe de celui qui la reçoit a changé, puisque partout il y a eu renversement sexuel. Du reste, le fait lui-même est devenu un symbole, mais il n'en est pas moins curieux de voir la colombe, cette antique personnification de Vénus, apporter le Saint-Chrême.
Donc, voilà que le fait d'être oint donne à l'homme des vertus féminines, entre autres celle de guérir les malades.
L'Église, qui prend toutes ces adaptations au sérieux, raconte ainsi l'origine de ce don de guérison :
« Un jour, comme le Roy Clovis sommeillait, il luy fut advis qu'il touchait doucement et maniait le col et la playe à Lancinet et qu'aussitôt son lict fut tout brillant et enflammé d'un feu céleste, et qu'à même instant Lancinet se trouva guéri, sans qu'il parût aucune cicatrice. Le Roy s'étant levé plus joyeux que de coutume, tout aussi tost qu'il fit jour, il fit son premier essai et essaya de le guérir en le touchant ; et estant arrivé comme il désirait, avec l'applaudissement de tout le monde, en ayant rendu généralement grâce à Dieu, toujours depuis cette grâce et faculté a esté comme héréditaire aux rois de France et s'est infusée et transmise à la postérité, la tenant purement de Dieu ».
Clovis mourut le 27 novembre 511.
(1) Traduction de la Cité de Dieu, dédicace au roi, 1386 (p. 2).

LA FLEUR DE LYS
On sait que les Féministes ont toujours eu comme emblème une fleur sacrée représentant le sexe féminin.
En Asie, en Egypte, c'est le lotus. A Rome, c'est la rose.
Chez les Celtes, le lotus prend le nom de lys.
Mais d'abord les peuples du Nord ont le Nénu-phar (Nénu, nien, ninus ; et ce mot phar, qui complète le nom, est celui qui entre dans les mots phara-on et phara-mond).
Le lotus a disparu, mais il a laissé dans les langues du Nord le verbe louteren, qui signifie laver, purifier, parce que dans les initiations on lavait ou purifiait ceux à qui on conférait le droit de se ranger sous la bannière du lotus, ou du lys (de là la confession).
Lodwitsch signifie « fils du lotus ». C'est le nom qu'on donnait aux initiés avant leur trahison. Mais après ils en firent Lodoïx, Ludovicus, Louis, et, du signe sacré féminin, ils firent un signe infamant.
Sous Clovis, on marquait les criminels (du moins ceux que l'on voulait reconnaître comme tels) d'une fleur de lys imprimée d'une façon ineffaçable sur l'épaule. C'était le signe infamant, parce que c'était l'emblème des anciens partisans du régime gynécocratique. Plus tard, cet emblème gardant son prestige malgré tout, les masculinistes l'adoptèrent pour se donner les apparences de la légitimité que ce symbole représentait toujours dans l'esprit populaire.
M. Herriot, qui, dans les Annales, décrit le costume des femmes antiques, nous dit qu'une statue de Clotilde, au porche de Saint-Germain-des-Prés, nous la montre portant une couronne décorée d'ornements qui semblent présager la fleur de lys des futurs rois de France.
Ce qui veut dire que les femmes portaient encore la fleur de lys.
Dans une quantité d'anciennes images, on trouve le lotus sacré.
Dans une vieille église de Bruxelles, on voit un tableau représentant saint Joachim et sainte Anne ; il sort de leur cœur deux tiges, qui se réunissent en une seule, supportant un lotus dans lequel, comme dans un berceau, sont Jésus, Marie, Joseph : ce qui prouve que les Catholiques appliquaient tous les symboles à leur dogme, sans les comprendre.

LE CHAPELET
Le chapelet, qui tire son nom des couronnes de fleurs qu'on appelait au moyen âge chapas ou chapeaux, était la couronne spirituelle de Marie, sorte de réparation et d'expiation pour les grandes douleurs représentées par la couronne d'épines de la Déesse.
Le chapelet des Catholiques dut son origine à un jeune religieux de l'Ordre de saint François. Avant de prendre l'habit des Frères mineurs, ce jeune homme avait l'habitude de faire tous les jours une guirlande de fleurs dont il couronnait une image de Notre-Dame.
C'est lui qui eut l'idée de substituer à la couronne de fleurs la couronne spirituelle du chapelet. (Le P. Alex. Saclo, Méth. ord. pour hon. la V. M., p. 672.)
Une légende poétique rapporte que, auprès de chaque homme qui récitait consciencieusement le chapelet, se plaçait un ange qui enfilait dans un fil d'or une rose par ave, un lis d'or par dizaine, et, après avoir posé cette guirlande sur le front du dévot serviteur de Marie, disparaissait laissant après lui une douce senteur de rose.
Les rois d'Ecosse et leurs grands vassaux portaient des chapelets à dizaines d'or, pour se préserver de tout mal ; les gens plus modestes s'en faisaient avec des noisettes.
Les Géorgiens et le peuple de l'Italie se fabriquaient des corone avec des noyaux de l'azedarah.
La Rose ayant été consacrée aux grandes Déesses, tous les noms de fleurs le furent aussi :
- Le narcisse fut appelé lis de Marie.
- La rose de Jéricho, la rose de Marie.
- Le sceau de Salomon, le sceau de Marie.
- La pulmonaire tachée de blanc, le lait de Notre-Dame.
- L'Ecosse prit pour emblème son chardon bénit.
- L'Arabe appelle fumée de Marie une sorte d'absinthe à fleur blanche qui croît sur les dunes sablonneuses.
- La menthe des Alpes, le romarin et la persicaire, herbes de sainte Marie.
- Les Orientaux, y compris les Musulmans, appellent le cyclamen odoriférant bokour Miryam, parfum de Marie.
- En Perse, la même plante s'appelle tchenk Miryam (sa main).
- Une plante printanière d'Europe s'appelle manteau de Nôtre-Dame.
Tout cela, c'était l'imitation de ce que les Johannites avaient fait dans leurs Mystères, du culte que Manès avait institué dans la Rose-Croix.
Saint Dominique, fondateur des Dominicains, voulut les imiter.
En 1208, il créa le saint Rosaire en l'honneur de la dévotion à la très sainte Vierge Marie, qu'il substituait à la doctrine des Albigeois. Singulière mentalité : substituer une femme surnaturelle aux femmes naturelles !...
Dès l'an 1094, Pierre l'Ermite avait imaginé de faire en bois des grains de chapelet sur lesquels les soldats croisés, qui, pour la plupart, ne savaient pas lire, récitaient des ave, dont le nombre variait suivant la solennité des fêtes.
Avant lui, d'anciens historiens rapportent qu'on disait déjà une série d'ave sur des cordes à nœuds : per cordulam nodis distinctam. (Astolfi, Règl. de la Confr. du Rosaire ; Gabriel Pennatus, in Hist. Tripart.)
Le Rosaire (de Rose-Croix) et le chapelet, que les Italiens nomment corona, étaient en grand honneur ; les bourgeois et les gentilhommes le disaient en allant aux champs ou en revenant à la ville, les plaideurs au Palais. Les rois eux-mêmes en donnaient l'exemple : Louis XI en portait plusieurs sur sa poitrine ; un rosaire bénit était attaché au glorieux pavilllon amiral de Don Juan d'Autriche lors de la bataille de Lépante.
Remarquez les Ave, c'est la continuation du culte israélite de Hevah.
Nous soupçonnons, dans cette préoccupation de faire répéter le nom de Haveh tant de fois, une réaction contre le silence dans lequel les Juifs tenaient ce nom (voir article du blog intitulé « DE L'ISRAÉLISME AU JUDAÏSME ».

LA SORCIÈRE
La sublime Prêtresse qui chantait le cantique de la Nature, l'inspiratrice des hommes, la grande consolatrice, Celle qui était la promesse et la miséricorde, Celle qui était la science et guérissait toutes les blessures, a été chassée du temple.
L'ignorance a pris sa place et s'est faite orthodoxie. Alors, que va-t-elle devenir ?... Qu'elle le veuille ou non, la voilà destinée à l'oeuvre sourde des conspirations.
« Humiliée dans les petites occupations, elle qui avait vu par-dessus nos fronts, dit Jules Bois, elle fut enfoncée dans les détails obscurs. La sibylle qu'elle porte en elle fait semblant de dormir, mais s'éveille parfois.
« La femme est en tête de l'hérésie. Chassée du temple, elle devint la sorcière. Elle paya cette révolte du plus riche et du plus précieux de son sang. Les Albigeois et les Gnostiques la glorifièrent. La sainte Sophia était pour eux la Déesse invisible. C'est dans le massacre que fut noyée cette résurrection mystique de la femme. Plus tard, quand les Bohémiens arrivent à Paris, ils disent obéir à la sublime maîtresse du feu et du métal, prêtresse d'Isis, qui dans le dernier de leurs chariots penche un front couronné de sequins sur les livres antiques. Mais la pauvre sorcière du moyen âge est encore la plus dolente. On l'extermine par hécatombes. »
Mais il faut un prétexte pour l'exterminer.
On l'accuse d'exercer un pouvoir magique, occulte et tout-puissant, pour nuire à l'homme.
Le synode de Paderborn, en son 6ème Canon, confirmé par un édit de Charlemagne, reprit la question des masques anthropophages en ces termes : « Quiconque, aveuglé par le Diable, croit, à la manière des païens, qu'une femme est sorcière et dévore des hommes, et brûle pour cela cette femme et fait manger sa chair par d'autres, doit être puni. »
Donc, on mangeait des femmes !... et on accusait les païens de cette invention, pour les noircir !
Et c'est parce qu'on mangeait des femmes qu'on accuse les sorcières de manger des hommes !...
Le synode de Riesbach et Freisingen, en 799, dit dans son 5ème Canon que « les magiciens et magiciennes devront être emprisonnés, mais que, dans aucun cas, il ne pourra être attenté à leur vie ».
Voilà des documents qui nous font connaître les mœurs qui existaient en ces temps.
La puissance donnée aux femmes sorcières était immense. Une d'elles, du pays de Constance, qui n'avait pas été invitée aux noces de son village, à cause de sa supériorité, se fit, dit-on, porter par le Diable sur une haute montagne, y creusa une fosse dans laquelle elle répandit sa sécrétion urinaire, puis prononça quelques mots magiques, et, aussitôt, un formidable orage éclata qui dispersa la noce, les ménétriers et les danseurs. Tout cela prouve que le mal qui arrivait lui était attribué : c'était sa vengeance qu'elle exerçait, l'ancienne vengeance divine à laquelle on croyait toujours, quoiqu'elle ne fût plus Déesse. Elle était devenue au moyen âge la Stryge, celle qui s'envolait par les cheminées, se précipitait du haut des montagnes, devenait une chatte, etc.
Et cependant, malgré la persécution, elle travaille, elle écrit, son esprit toujours actif se manifeste sous l'impulsion de sa plus brillante faculté, l'intuition ; c'est ce qui fait dire à Jules Bois, dans Le Satanisme et la Magie (p. 43) : « Elle se relève la nuit, écrit d'étranges pages, qui semblent ne jaillir ni de ses souvenirs, ni de ses lectures, ni de ses conversations. D'où alors ? Autour d'elle, on s'inquiète : comment croire à des fraudes ? On se récrie, on résiste, puis d'épouvante on accepte tout. C'est que l'invisible devient visible de plus en plus, il commande, il conseille, il investit la maison de sa présence outrecuidante, utile cependant. Il gère les affaires, prophétise, allonge dans la famille moderne l'ombre des vieux Dieux. »
La Fée Mélusine, la femme savante et bonne, n'était-elle pas représentée dans un corps qui finit en serpent par le Catholique qui la maudit ?
Après ce massacre de la Femme, qu'allait-il rester de la société humaine ?
« La Femme universelle, toujours refoulée par l'Eglise, la Mère étouffée par la Vierge, la Femme vraie, sans fausse honte de sa nature et de ses dons » (Jules Bois). En effet, il restait la Nature avec ses éternelles lois. Il restait la Femme !.. Déesse sans autels, Reine sans royaume, qui n'ose avouer sa royauté,... mais la prend quand même !
Mais toutes n'étaient pas des femmes fortes, des sorcières. Il y avait aussi les femmes faibles et amoureuses de l'homme perverti. Celles-là vont au prêtre, et ce sont les riches, les joyeuses, les heureuses, celles qui plaisent aux séducteurs par leurs complaisances ; elles lui apportent leurs amours et leur or. Qui oserait critiquer la sainteté de leurs intentions ? Aussi les maris se taisaient.
Ces bons Pères ! on les comblait vraiment, on les traitait comme des dieux ; il n'y avait pas assez de belles dentelles pour leurs surplis, pas assez d'or pour leurs ornements, pas d'étoffe assez belle pour les vêtir,... les saints hommes !
Des mains princières travaillaient pour eux, filaient le fin lin de leur robe... Et tout cela couvrait si bien leur boue, qu'on ne la voyait plus.
Mais les femmes fortes allaient à l'homme maudit, à celui que, par un paradoxe fréquent, le prêtre appelait « Satan », c'est-à-dire à l'homme vrai, grand et droit. Elles allaient donc au diable, elles se donnaient au diable, modeste, pauvre, déshérité comme elles.
Ce sont eux qu'on appelle les bons hommes, on les prend en pitié parce qu'ils n'ont pas l'astuce et l'hypocrisie des grands seigneurs de l'Église. Ces naïfs sont restés fidèles à l'antique loi morale ; aussi, comme ils sont ridiculisés, avilis, meurtris, les pauvres grands bons hommes, et hués par le peuple abruti ! Mais qu'importe à ces hommes ce qu'on dit d'eux ? il leur reste la vraie femme, la grande, c'est-à-dire tout, et c'est cela qui, finalement, les fera triompher

LA MÉDECINE AU XIVème SIÈCLE
L'enseignement médical donné de 1300 à 1400 était basé sur des traductions d'Hippocrate et de Galien, sur les préceptes de l'école de Salerne, les vers de Gilles de Corbeil (sur les urines et sur le pouls), l'anatomie de Théophile, et quelques traités arabes d'Avicenne, d'Abulcasis, de Rhasès, d'Averroès et d'Isaac. Ce furent les seuls ouvrages classiques jusqu'à Fernal (mort en 1558), qui, dit Hauzou, « eut le rare honneur de voir ses livres enseignés de son vivant ».
Dès que l'homme usurpa les fonctions médicales de la femme, il se créa, pour justifier cette usurpation, un passé médical, comme les prêtres s'étaient créé un passé religieux ; les médecins se sont inventé des ancêtres, tel Esculape, dont le nom est une parodie des Asclépiades, nom des femmes-médecins en Grèce ; puis Hippocrate, sur lequel on n'a jamais rien pu savoir. Et enfin on a donné à Galien la paternité de tous les livres de médecine écrits par des femmes avant son époque.
Les maîtres et les élèves vivaient en camarades. Les étudiants étaient presque tous pauvres. Les professeurs devaient être fort malpropres, car, en 1350, les statuts les obligent à se vêtir convenablement d'une robe violette de bon drap, présentable et qui leur appartient.
Hugues Le Sage fut le premier doyen de la Faculté de Médecine en 1338. Ses fonctions étaient surtout de sévir contre les « charlatans », c'est-à-dire les « indépendants », et contre les empiriques, les « expérimentateurs » (La plupart des documents mentionnés dans cet article sont pris dans le livre du Dr Marcel Baudouin sur « Les Femmes-Médecins ».).
Les Commentaires (recueil de comptes rendus de la Faculté) nous apprennent qu'en 1395 il existait 32 médecins diplômés. Ils portaient de riches habits et le bonnet doctoral.
Arnaud de Villeneuve, maître de médecine, donnait à ses élèves le conseil de ne témoigner, en aucune occasion, ni surprise ni étonnement.
« La septième précaution, leur disait-il, est d'une application générale. Supposons que vous ne puissiez rien comprendre au cas de votre malade ; dites-lui avec assurance qu'il a une obstruction du foie. S'il répond que c'est de la tête ou de toute autre partie qu'il souffre, affirmez hardiment que cette douleur provient du foie. Ayez bien soin d'employer le terme d'obstruction, parce que les malades ignorent ce qu'il signifie, et il importe qu'ils l'ignorent » (Arnoldi de Villanova, Opéra, édité en 1505).
Cette façon de pratiquer la médecine n'était pas faite pour inspirer une grande confiance au public ; aussi, lorsque les rois ou les grands personnages s'adressaient aux médecins libres, ils faisaient contrôler l'avis des uns par les autres et, au lieu d'un médecin, en prenaient un nombre plus ou moins grand, pensant sans doute que l'ignorance multipliée devient la science.
Philippe le Bel avait douze médecins, entre autres un certain Hermingard, qui possédait l'art de deviner les maladies à la simple vue et sans tâter le pouls (Histoire littéraire de la France, t. XXI, p. 96).
Guillaume de Nangis raconte ainsi la mort de ce roi si bien soigné : « Le roi mourut d'une longue maladie, dont la cause, inconnue aux médecins, fut pour eux et pour beaucoup d'autres le sujet d'une grande surprise et stupeur. »
Philippe le Long, deuxième fils de Philippe le Bel, eut pour médecins Pierre de Caspicanie, Geoffroy de Courvot, etc. Il mourut à 28 ans. Et Guillaume de Nangis explique ainsi sa maladie : « Les malédictions du pape le rendirent malade ».
En fait de soins, on lui apporta à baiser un morceau de la vraie croix et un clou venant de la crucifixion du Christ. Cela ne le guérit pas. Il mourut.
Charles IV, son frère, vécut jusqu'à 34 ans. Son médecin était Guillaume Aymar, curé de Sainte-Marie du Mont. Charles IV eut au moins 22 médecins.
Dans un moment d'impatience, à la fin de 1393, on les chassa tous de Paris, mais ils revinrent.
En 1395, on appela de la Guyenne un sorcier nommé Armand Guillaume, qui s'était vanté de pouvoir guérir le roi par un seul mot (solo sermone). Il ne guérit pas et eut la bonne chance de ne pas en être puni.
En 1397, deux moines augustins, qui se disaient magiciens, offrirent aussi de guérir le roi ; ils lui firent prendre des perles réduites en poudre, ce qui n'eut pas l'effet qu'ils en attendaient, mais un autre qu'ils n'attendaient pas : ils furent décapités en place de Grève. A cette époque, c'est ainsi que les rois payaient leurs médecins.
Pendant que les hommes faisaient ainsi leur médecine, les femmes continuaient à soigner plus sérieusement les malades.
Mais cette concurrence déplaisait aux hommes. Une ordonnance de 1352 interdit aux femmes d'administrer aucune ancienne médecine, altérante ou laxative, des pilules ou des clystères.
Déjà, un édit du 11 novembre 1311 avait fait défense aux femmes d'exercer la chirurgie à Paris sans avoir été examinées par un jury compétent.
A partir du XIVème siècle, le cartulaire de l'Université de Paris abonde en documents relatifs à la lutte contre la Femme-médecin.
En 1312, le prieur de Sainte-Geneviève excommunie Clarisse de Rotomago pour exercice de la médecine.
Entre 1322 et 1327, Jeanne Converse, Cambrière Clarisse, Laurence Gaillon, subirent la même peine.
En 1331, une Clarisse est excommuniée de nouveau. Une dame noble eut à soutenir un procès retentissant, dame Jacobe Félicie ; elle avait étudié la médecine et la pratiquait. C'est cela que l'accusation lui reprochait quand elle disait : « falcem in messem mittere alienam », c'est-à-dire « mettre une faucille dans la moisson d'autrui est un crime ».
La Faculté lui intenta un procès, puisqu'elle s'était réservé « la moisson ». Cependant, dame Félicie ne soignait pas les malades pour gagner de l'argent, elle ne se faisait pas payer : Sept témoins furent appelés ; ils déclarèrent tous qu'elle ne leur avait jamais parlé d'honoraires. Dans presque tous les cas, les malades qui s'étaient adressés à elle étaient abandonnés par les médecins de la Faculté. Dominus Odo de Carnessiaco, frater Domus Dieu Parisiensis, « avait été traité sans succès par Maître Jean de Tours, par Maître Martin, par Hermann et plures alii ». Jeanne Bilant fut abandonnée par le même Hermann, par Mainfroi et autres ; Jeanne de Monciac s'adressa à dame Félicie après avoir subi le traitement des médecins Hermann, Mainfroi, Guilbert et Thomas. Et il en fut de même pour beaucoup d'autres, ce qui prouve que cette femme avait une science supérieure à celle des docteurs de la Faculté ; et, si quelqu'un devait être légitimement entravé dans l'exercice de la médecine, ce devait être eux et non elle. Tous ses malades parlaient d'elle avec reconnaissance, tous vantaient son dévouement, et, malgré la brillante défense qu'elle fit de son droit, elle fut condamnée par la Faculté, qui s'appuyait sur l'édit qui défendait aux femmes d'exercer la médecine.
Son procès est relaté dans le cartulaire.
Les statuts de l'Université de Paris nous fournissent la preuve que les femmes exerçaient la chirurgie, puisque, vers la fin du XIIIème siècle, un de leurs articles dit :
« Tout chirurgien ou chirurgienne, apothicaire ou apothicaresse, herbier ou herbière, ne passeront pas les bornes de leur métier. »
C'était alors spécialement un métier de femme que celui « d'étancher les plaies, de les entourer de bandelettes, de réduire les fractures ».
Il y avait des femmes ventouseuses et d'autres chargées de faire les saignées, de composer les élixirs et les potions, d'oindre les parties malades avec le suc de bonnes herbes et de les désenfiévrer.
C'étaient les femmes de cette catégorie que l'on désignait à Bruxelles, en 1360, par le nom de « Cloet latersen ».
Les luttes de la Faculté contre la science libre n'étaient pas toujours suivies de succès ; la population se mettait toujours du côté de ses anciens médecins ; on se méfiait des nouveaux docteurs de l'École.
Les statuts de la Faculté, en 1281, et le Concile d'Avignon, en 1337, s'étaient élevés contre l'ingérence des apothicaires et des herbiers (apothecarii vel herbarii) dans l'art médical.
Mais le public tient peu de compte de ces prohibitions, et, en 1319, la comtesse Mahaut d'Artois fait venir de Paris à Conflans l'herbière Perronnelle pour une consultation, ce qui dut bien déplaire aux médecins, puisque le nom de cette dame devint tout de suite un terme de mépris, c'est-à-dire de jalousie, et qu'il est resté dans la langue pour désigner une personne qui se permet d'avoir du mérite et d'être préférée aux hommes, donc jalousée et méprisée.
A cette même époque (vers 1364) vivait une savante d'un grand renom, Christine de Pisan, dont le père, Thomas de Pisan, était médecin de Charles V.
Les femmes occupaient encore une grande place dans la science, et la prohibition qu'on leur faisait d'exercer leur art était un fait nouveau dans le monde, qui dut soulever bien des récriminations, que l'histoire ne nous a pas transmises.
Dans tous les États d'Europe, nous voyons les mêmes faits se produire.
En Pologne, nous trouvons des documents qui signalent en 1278 une medica appelée Johanna à Posen. En 1371, on en rencontre une autre à Cracovie, sans compter toutes celles qui ne laissent pas de traces dans les documents historiques.
Dans les actes de la ville de Cracovie, on lit ceci : « En 1371, l'échauson de Catherine la médecienne (pincerna Catherinae medicae) fut chassée de la ville pour coups et blessures. »
Le docteur Swiczawski, dans son travail sur les médecins en Pologne au temps de Casimir le Grand, dit, à propos de ce nom : « si ce n'est pas une erreur du copiste, supposant qu'on a mis medicae au lieu de Medicae avec une majuscule, ce qui serait un nom propre ». Il faut vraiment avoir un esprit bien étroit pour refuser ainsi de croire au rôle joué par la femme dans l'histoire, alors que partout à la fois les mêmes faits sont constatés.
La sœur du roi Casimir le Grand, Elisabeth, femme de Charles 1er, roi de Hongrie, étudia aussi la médecine, sans l'exercer cependant, à cause sans doute de sa haute situation. Cela prouve que c'était un art réservé aux femmes du grand monde. C'est elle qui est l'auteur d'un élixir contre les rhumatismes, appelé « eau de la reine de Hongrie », que les charlatans officiels imitèrent si grossièrement.
« Un jour, raconte la tradition, comme elle souffrait cruellement d'un rhumatisme aigu que personne ne pouvait guérir, elle fit infuser du romarin dans de l'esprit de vin rectifié et s'en frotta les membres plusieurs fois, à la suite de quoi elle guérit radicalement et, quoique déjà septuagénaire, vécut encore dix ans. »
C'eût été cependant bien nécessaire alors d'avoir de bons médecins, car la mortalité faisait de terribles ravages.
En 1348, il y eut « une grande mort », une peste noire importée d'Orient. Philippe VI demanda à la Faculté une consultation sur les moyens de combattre le fléau. La Faculté répondit que le fléau remontait à 1348, parce que cette année-là, le 20 mars, il y avait une conjonction des trois planètes supérieures dans le signe du Verseau. Et, au dire d'Aristote (un autre grand docteur), la conjonction de Saturne et de Jupiter suffit déjà pour produire la dépopulation des États.
Du reste, Albert le Grand pensait de même.
Ces arguments ne convainquirent pas le peuple, dont la conscience troublée voulait voir, dans tous ces malheurs, une vengeance divine.
Pendant ce temps-là, les malades mouraient, et les femmes étaient exclues des Facultés où on discutait de tout cela sérieusement.
On empoisonnait les fontaines, disait-on, puis on accusait les Juifs de ce méfait et on les massacrait.
La Faculté se perdait en minuties ; préoccupée de persécuter les femmes, elle oubliait tout le reste, et sa haine (ou sa crainte) de l'autre sexe était si forte qu'en 1393 on refusa d'admettre à l'examen de licence le bachelier Jean Despois parce qu'il était marié. Devenu veuf, il put continuer ses études, et fut même doyen de la Faculté en 1410 et 1411.
L'extraordinaire violation des lois de la Nature que le Catholicisme avait engendrée, eut comme conséquence l'apparition de maladies nouvelles que l'antiquité n'avait pas connues.
Une des plus bizarres est cette affection qu'on appelle la danse de Saint-Guy.
La danse de Saint-Guy se manifesta pour la première fois en 1374, peu après l'année de la grande mort.
On voyait se répandre dans les rues des hommes et des femmes, courant effarés, sans direction, sans but ; à un moment donné, ils se réunissaient, formaient des cercles, ou se tenaient par la main et dansaient, sautaient, se contorsionnaient de façon hideuse, jusqu'à ce qu'ils tombassent épuisés, haletants, l'écume à la bouche. Ils se plaignaient de vives angoisses et suppliaient qu'on leur serrât fortement le ventre avec des linges et qu'on leur donnât, sur l'abdomen, des coups de poing. Tant que durait l'attaque, ils ne voyaient rien, n'entendaient rien de ce qui se passait autour d'eux. La plupart étaient en proie à des hallucinations extatiques. Les uns voyaient des démons, d'autres le ciel ouvert ; il y en avait qui se croyaient noyés dans des mares de sang, d'où ils cherchaient à sortir en faisant des bonds de carpe. La couleur rouge, une musique bruyante, un visage triste, avaient la propriété de les exaspérer. Dans la province de Liège, on en rencontrait des bandes de plusieurs mille courant les villes et les villages. Ils envahissaient les églises et y exécutaient les danses les plus bizarres ; ils déclamaient contre les prêtres et les nobles, dont Satan ne devait pas tarder à briser la puissance. On les tint pour possédés et on les exorcisa. La maladie était contagieuse ; beaucoup de ceux que la curiosité attirait autour des danseurs, cédant à une attraction irrésistible, s'élançaient tout à coup au milieu d'eux, et se joignaient à la ronde.
C'était la première forme de l'hystérie de la femme, due à l'abstinence sexuelle et communiquée à l'homme par suggestion.
L'épidémie prit naissance sur les bords du Rhin et, de là, gagna tous les pays avoisinants.

LE CULTE DE MARIE AU MOYEN-AGE
Les siècles qui avaient brillé du Christianisme de Johanna avaient remis en lumière la grande Myriam, et le culte de cette personnalité, entourée du prestige des choses lointaines, s'était répandu dans tout l'Orient.
Il avait une place prépondérante dans les Mystères et devait, par cette voie, arriver jusqu'aux temps modernes.
Les Catholiques comprirent que, pour faire accepter leur doctrine, il était indispensable d'offrir au peuple la continuation de cette légende mariale, dont on connaissait si peu l'histoire réelle qu'il était facile d'y intercaler la nouvelle légende de la Mère de Jésus devenu un Dieu sauveur. On pensa même que la Mère ferait accepter le fils, et on ne se trompait pas ; le culte de Marie se propagea facilement, et c'est elle qui, pendant tout le Moyen-Age, eut dans la religion nouvelle la place prépondérante.
En 608, le pape Boniface IV consacra le Panthéon de Rome à Marie. C'était rétablir le culte de la Femme. On lui rendait son nom antique « Notre-Dame », si peu en harmonie avec la pauvre femme de Judée de la légende évangélique, si peu Dame.
Sans cette réintégration de la Femme dans la religion, le culte catholique eût certainement sombré. C'était une imitation lointaine du Paganisme, en laid, car la Sainte Vierge, dont le principal mérite est de ne pas être une femme comme les autres, est présentée sous un aspect qui l'enlaidit ; enveloppée de voiles, elle cache la radieuse beauté de la Femme. Son expression de douleur, sa maternité, qui prime tout, sont des conditions qui vont créer un art spécial, dont le Moyen Age va remplir les églises, la reproduction du laid, les contorsions de la souffrance comme idéal.
C'est que le mensonge ne peut pas créer la beauté, qui restera toujours le privilège du vrai.
« Il ne faut pas croire, dit Burnouf, que le paganisme ait été promptement remplacé par la religion du Christ. Celle-ci était déjà montée sur le trône impérial depuis plus de deux cents ans, que l'on sacrifiait encore aux dieux dans plusieurs temples de la Grèce ; nous-même avons constaté, dans ce pays, que beaucoup de saints ou de personnages chrétiens n'ont succédé aux dieux d'autrefois que parce qu'ils portaient des noms pareils aux leurs, ou pouvaient être l'objet de cultes analogues. Saint Hélie a succédé à Hélios, le Soleil ; saint Démétrius à Dèmèter ou Cérès ; la Sainte Vierge à la Vierge Minerve, qui fut l'Aurore, et ainsi d'autres. Des traces nombreuses de l'ancien culte existent encore au sein du Christianisme, qui n'a jamais pu les effacer entièrement. Tous les faits recueillis dans ces dernières années, soit en Allemagne, soit en France ou ailleurs, prouvent que les religions ne font pas table rase quand elles se succèdent l'une à l'autre, mais qu'elles se pénètrent en quelque sorte à la façon d'un insecte qui se métamorphose, la forme nouvelle se substituant par degrés à l'ancienne et ne s'en débarrassant tout à fait qu'avec le temps.
« Ces lois générales, que tous les hommes de science admettent aujourd'hui, ont pour l'étude cette conséquence que plus une religion est moderne et universelle, plus sont nombreux les éléments qu'elle a réunis et qu'elle renferme dans son sein ; en d'autres termes, plus sont diverses ses origines. Un ignorant ou un esprit timoré peut seul s'imaginer que le Christianisme a tiré exclusivement son origine des Livres juifs ; car non seulement la doctrine chrétienne n'est pas tout entière dans la Bible, comme le pensent volontiers certains Israélites, mais encore, dans sa marche, elle a beaucoup emprunté aux idées grecques et latines, et plus tard à celles qui avaient cours au Moyen Age dans la société féodale. Si du dogme on passe au rite, on voit que la majeure partie de ses éléments ont une source orientale et une signification symbolique par laquelle il se rapproche des cultes indiens. » (Science des Religions, p. 75.)
L'Église n'a accepté et glorifié Marie qu'à l'époque où elle n'a plus craint de voir renaître le culte des anciennes Déesses.
Dans les Évangiles catholiques, on a supprimé tout ce qui glorifiait la femme. Et cependant, à l'époque où on les faisait, Marie (la grande Myriam) était célébrée en maints endroits ; elle avait des temples dans les villes et des chapelles dans les campagnes, mais les Catholiques n'en parlent pas.
Lorsque, après la conversion de Constantin, on chercha à introduire la religion nouvelle en Gaule, on comprit qu'il faudrait des siècles pour détruire le culte de la Nature, qui y régnait, et la glorification de Marie, l'antique Déesse égyptienne. L'Église aima mieux faire des concessions ; elle rendit un culte à Marie à cause de sa rivalité avec les Johannites, bien plus puissants qu'elle, à cette époque, malgré les persécutions. Ce fut une surenchère : l'Eglise s'appropria la Sainte et l'exalta avec exagération, tout en l'incorporant dans sa légende, pendant que les Fraternités qui, dans les Loges de saint Jean, lisaient son nom à l'envers et en faisaient Hiram, la cachaient de plus en plus ; et c'est par cette ruse que les Catholiques ont dominé le monde et que les Johannites ont disparu.
L'Église a multiplié les temples, les fêtes, les pèlerinages et les prières, pendant que les défenseurs de la Vérité se cachaient et se taisaient.
L'abbé Orsini nous fait remarquer « ce soin héréditaire et incessant des souverains pontifes, d'animer en mille manières la dévotion publique envers Marie ; cet empressement de toutes les nations à se mettre sous son patronage ; cette ardeur des anciens Pères, des saints de tous les siècles, des peuples entiers, à défendre ses prérogatives contre ceux qui les attaquaient. ». C'est que, en effet, c'est toujours quand l'homme a tort qu'il met le plus d'acharnement à répandre les doctrines par lesquelles il se justifie.
Le culte de Marie fut une justification.
Toutes les religions de l'antiquité ont adoré la Femme. Le Catholicisme l'avait d'abord supprimée pour lui substituer un homme. Mais, comme l'homme n'adore pas un autre homme, il en est résulté que le Catholicisme n'a été qu'une religion pour les femmes faibles, qui ont adoré le Principe mâle dans Jésus. Quant aux hommes qui ont voulu retrouver une satisfaction à donner à leurs aspirations religieuses, ils ont introduit dans leur religion le culte de la Vierge Marie, pour perpétuer l'antique culte de la Femme.
Le culte de Marie se répandit plus vite que celui de Jésus, parce que Marie représentait une Déesse antique et avait un passé glorieux depuis Myriam, tandis que la légende de Jésus, avec toutes ses invraisemblances, ne pouvait être écoutée que comme une histoire sans valeur.
Puis, dans la Gaule, déjà, on attendait la Vierge qui devait enfanter ; on était donc préparé à la recevoir, mais on n'attendait pas un homme, d'autant plus qu'on voyait déjà, dans ce culte renversé des Catholiques, qui adoraient l'homme et n'adoraient pas la Femme, la cause des mauvaises mœurs qui régnaient partout et allaient prospérer.
C'est ce renversement des facultés psychiques des sexes qu'on appelait le Satanisme.
Donnant à l'homme la Divinité de la Femme, il y avait une apparence de logique à lui donner aussi le culte rendu à la Déesse, mais cette substitution fut grotesque et fit naître, pendant tout le Moyen Age, la querelle résumée dans l'histoire du Satanisme.
L'Église, qui n'a jamais été qu'une société politique, n'a pas su appliquer aux besoins moraux de l'humanité les vérités profondes des lois de la Nature. Ses prêtres sont impuissants à comprendre l'antique science et le secret des Mystères.

À suivre : LA CHEVALERIE, LA TABLE RONDE ET LE GRAAL