CONSÉQUENCES DE L'INVASION ROMAINE

 
Résumons l'histoire de la conquête de la Gaule par César.
Une peuplade gauloise, alliée des Romains, les Eduens, prit une attitude conquérante sur les autres tribus.
La tribu des Séquanes, pour se venger, appela à son aide une tribu teutone commandée par Arioviste. Les Eduens furent vaincus, mais Arioviste voulut alors dominer les Séquanes, qui se virent obligés d'appeler à leur tour les Eduens pour les défendre. Les deux tribus s'unirent, mais furent ensemble vaincues par le chef germain qui exerça sur elles la plus complète tyrannie.
Elles appelèrent alors Rome à leur aide, et Rome envoya César qui vainquit toute la Gaule.
En 58, César parut en Gaule, au moment où les Helvètes (les Suisses) attaquaient aussi la Gaule, pour lui prendre une part de son territoire. César les vainquit. Alors les Gaulois félicitèrent le proconsul romain de les avoir délivrés de cette invasion et, se mettant sous sa protection, le prièrent d'expulser aussi Arioviste, ce qu'il fit.
Dès lors, tous les hommes galliques acclamèrent César comme un libérateur.
Après une diversion causée par une invasion des Cimbres (Danois) et des Teutons, qui furent vaincus par les Romains, nous retrouvons les Gaulois en lutte avec leurs voisins et livrés à la guerre civile.
La Province aurait pu profiter de cette guerre civile pour recouvrer son indépendance, mais César, profitant de cet état d'esprit, établit l'armée romaine dans le pays, leva des tributs, entassa des vivres et gouverna les Assemblées fédérales.
Rome avait un tel prestige aux yeux des hommes que, loin de songer à se soustraire à sa domination, ils se divisèrent en deux partis, romains tous deux, l'un qui se joignit au peuple, l'autre aux partisans du Sénat. Et ce fut une abominable guerre civile au milieu de laquelle sombra le pouvoir féminin, dominé par la tyrannie du vainqueur et la rapacité des proconsuls. Cette Province, jadis si heureuse, perdit bientôt toute vigueur et tout souvenir de sa nationalité ; elle s'anéantit dans la domination romaine et ne conserva pas trace de son ancien gouvernement gynécocratique, si prospère.
C'est alors que Vercingétorix essaya de relever son malheureux pays, sans autre résultat que l'exil et le martyre.
César cherchait à établir la domination romaine par la ruse.
Cependant, les Celtes du Nord (Belges) se méfiaient de lui, de ses actes et des alliances qu'il recherchait, et ils formèrent une ligue contre lui. Ce fut le commencement de la guerre de conquêtes qui dura six années, de 58 à 52, et qui fut terrible. César promena le fer et le feu dans toutes les tribus gynécocratiques, qu'il anéantit les unes après les autres, souvent en les excitant les unes contre les autres (diviser pour régner). Il alla jusque dans la Grande-Bretagne pour effrayer et arrêter les Celtes réfugiés dans cette île.
Quelques tribus résistaient encore ; une d'entre elles, celle des Cadurques, commandée par Luctère, s'enferma dans Uxellodunum, petite ville détruite dont on retrouve les débris dans la commune de Saint-Denis, sur les confins des cantons de Martel et de Vayre (dans le département du Lot) ; elle était située sur une petite colline appelée en patois du pays Puech d’Uxellon. Elle ne se rendit qu'après une si vive résistance que César exaspéré devint féroce et, pour épouvanter les peuples, fit couper la main droite à tous ceux qu'il venait de vaincre, mais leur laissa la vie pour que la mutilation (1) rappelât longtemps leur rébellion et leur châtiment.
Enfin, en l'an 52, César vit la Gaule tout entière soumise à sa puissance. Il laissa ses légions dispersées dans les garnisons et revint en Italie où il se fixa à Pise.
César s'appelait Caius, nom latinisé de Caïn. Il fut tué par son fils adoptif Brutus.
C'est ainsi que la Gaule, affaiblie par ses discordes intestines, ne put pas échapper à la domination étrangère qui se partagea ses dépouilles, ne trouvant plus en elle qu'un cadavre sans force.
C'est alors qu'on dut se souvenir, mais trop tard, des paroles de Velléda qui disait aux Gaulois : Est-ce là le reste de cette nation qui donnait des Lois au monde ? Où sont les États florissants de la Gaule, ce Conseil des Femmes auquel se soumit le grand Annibal ? Où sont ses Druides et ses Druidesses qui élevaient dans leurs collèges sacrés une nombreuse jeunesse ? Proscrits par les tyrans, à peine quelques-uns d'entre eux vivent inconnus dans des antres sauvages. Velléda, une simple Druidesse, voilà donc tout ce qui vous reste aujourd'hui.
« 0 île de Sayne, île vénérable et sacrée, je suis demeurée seule des neuf Vierges qui desservaient votre sanctuaire ! » (Chateaubriand, Les Martyrs.)
Les Gaulois, alors, durent comprendre que, pour se libérer de la domination si douce et si juste de la Déesse-Mère, ils s'étaient jetés dans une aventure qui avait été pour eux un danger réel, puisqu'ils s'étaient donné des maîtres bien plus terribles !
L'invasion de Jules César dans la Gaule avait porté la terreur dans le pays, dans cette Gaule dont Horace dit : « la terre où l'on n'éprouve pas la terreur de la mort ».
Les femmes s'étaient montrées d'une vaillance admirable. Au siège de Gergovie, elles avaient, par leurs objurgations, fait retirer les Romains. C'étaient des vaillantes qui préféraient la mort aux déshonneurs d'être livrées aux hommes qui venaient violer leurs droits. Les Femmes, à cette époque, prenaient part aux combats, non seulement comme soldats, mais comme commandant en chef aux guerriers les plus fameux, qu'elles égalaient par leurs exploits. Les Vierges gauloises, prêtresses, guerrières et prophétesses, prenaient part au conseil (2), donnaient leurs avis et décidaient avec les hommes de la paix ou de la guerre. Ces mêmes Gauloises excitaient leurs maris, leurs frères et leurs fils au combat, défendant les villes, aidant aux retranchements des camps. M. Flach cite à l'appui l'Augusta gallo-romaine, Aurélia Victorina, qui fit trois empereurs et fut surnommée « la Mère des camps » par les soldats qu'elle menait à la victoire.
La Gaule vaincue par César n'exista plus dans sa première forme de République celtique groupée en Nations fédérées (comme la Suisse), elle ne fut plus qu'une dépendance de Rome, une province romaine.
Quand la résistance des femmes et des Celtes eut cessé, César séduisit les Gaulois masculinistes par le prestige de la force ; il les enrôla dans son armée et se fit d'eux des auxiliaires utiles à ses fins contre Rome. Grâce à eux, il devint le seul maître dans sa patrie, qui perdit sa liberté par l'action de ces Gaulois que César avait vaincus et asservis.
Dès lors, le territoire de la Gaule va servir de champ de bataille à l'ancienne civilisation celtique, qui ne veut pas mourir, et à la barbarie romaine qui veut la vaincre.
C'est la formidable lutte des sexes qui va se dérouler à travers l'histoire pendant des siècles. La Gaule va être le théâtre des plus grands événements, les peuples les plus divers y viendront.
Mais elle a perdu la force que lui donnait « le Droit », et elle ne la retrouvera qu'avec la rédemption de l'Esprit féminin et le retour à l'ordre qui résulte du droit naturel sur lequel s'appuie la Gynécocratie.
Le régime masculin empruntera à tous ce qu'il pourra, il ne produira rien par lui-même, il s'assimilera les idées des autres hommes, fermant hermétiquement les issues par lesquelles pourrait resurgir la pensée féminine.
Fabre d'Olivet dit (Etat Social, t, II, p. 31) : « Jules César fit la conquête des Gaules. Il n'y avait plus de Celtes proprement dits ; le nom antique s'était bien conservé, mais la nation avait disparu. Il n'existait pas davantage de Gaulois, de Tudesques, ni de Polasques ; ces noms persistaient seulement comme monuments historiques. On aurait cherché en vain les nations qu'ils avaient primitivement désignées. On trouvait dans les Gaules les Rhètes, les Bibractes, les Rhutènes, les Sénones, les Allobroges, les Alvernes, les Carnutes, les Bitures, les Hennètes et une foule d'autres.
« La Germanie, qui avait pris la place du Teutsland, et la Sarmatie, qui tenait lieu du Poland et du Rosland, étaient également partagées entre une infinité de peuplades.
« Les Gaulois donc que César vainquit n'étaient plus précisément des Gaulois et encore moins des Celtes ; c'était un mélange de cent petits peuples qui souvent ne s'entendaient pas entre eux. »
Et ailleurs Fabre d'Olivet dit encore (Etat Social, t. II, p. 29) : « Le culte public, privé de base, ne consistait plus qu'en vaines cérémonies, en superstitions atroces ou ridicules, en formules allégoriques qui n'étaient plus comprises. Le corps du peuple se reposait bien encore sur ce fatras indigeste de mythologie phénicienne, étrusque et grecque, et se livrait bien à quelques croyances vagues, mais la tête de la nation ne recevait aucune de ces idées comme vraies ; elle les considérait seulement comme utiles et s'en servait politiquement. Les Augures, les Aruspices se faisaient pitié l'un à l'autre et, selon la remarque de Cicéron, ne pouvaient plus se regarder sans rire. »
(1) La main-morte, dans son origine, vient de la force et de l'absurde pouvoir dans les siècles barbares, où les grands tenaient les petits dans l'esclavage le plus rude et se servaient d'eux pour défricher la terre, comme aujourd'hui nous nous servons des animaux.
Des seigneurs osèrent expliquer le mot par la chose en se faisant apporter dans leur manoir la main coupée de l'homme de main-morte décédé, comme un avis de sa mort et du besoin de lui constituer un successeur de même condition.
(2) Chateaubriand nous dit : « Je n'ignorais pas que les Gaulois confient aux femmes les secrets les plus importants, que souvent ils soumettent à un conseil de leurs filles et de leurs épouses les affaires qu'ils n'ont pu régler entre eux.
« Les habitants de l'Armorique avaient conservé leurs mœurs primitives et portaient avec impatience le joug romain. « (Les Martyrs, Livre IX.)

ETAT MENTAL DE L’HUMANITÉ RÉSULTANT DU POUVOIR ABSOLU DE L’HOMME
Il est curieux d'étudier dans l'Empire en décadence les formes diverses que prend la Religion, depuis qu'il n'y a plus de Religion.
On ne croit plus aux Dieux parce qu'on ne croit plus aux Déesses ; ils sont tombés ensemble. Mais alors que croire ?... Et comme l'âme humaine a horreur du vide, quand la foi ne la remplit plus, la superstition s'y précipite ; on admet les idées les plus absurdes, des rites sans explication, des cérémonies sans raisons, des prières sans conviction, des offrandes sans amour, des sacrifices impies.
Et les prêtres de ces cultes irréligieux sont occupés de divination, de magie, de sorcellerie, tout cela entouré de grands mystères afin d'impressionner les gens crédules, et cela réussit. « Plus le pouvoir est mystérieux, dit Lucain, plus il est redouté. »
Il n'y a plus qu'une chose universellement imposée : l'erreur ; c'est pour cela que la foi est exigée par le prêtre, qui se donne l'autorité morale de la Prêtresse. Il impose ses erreurs parce que la Femme imposait sa science, sachant que l'homme n'est pas juge de la vérité religieuse. Le Prêtre retourne tout cela et l'exploite à son profit : « Malheur, dit-il, à celui qui doute ou qui nie, la damnation éternelle l'attend ; l'Enfer et les supplices sont le partage éternel des incrédules. »
Les écoles masculines qui se fondent sont intolérantes, leurs dogmes sont déclarés sacrés, en trahir un seul est un crime. Et ceci est encore une ancienne idée dénaturée : la Prêtresse avait tant dit que trahir la Vérité et la Justice était le crime des crimes, que ceux qui imitent son sacerdoce imposent leurs erreurs comme elle imposait ses Vérités. C'est ainsi que les clercs, attachés à la lettre, greffent sur elle des subtilités troublantes. On crée un vocabulaire nouveau pour exprimer ces idées nouvelles.
Ils ont d'abord lutté contre la doxie qui était la croyance, l’eudoxie (la bonne croyance), qu'il fallut désigner ainsi quand les Prêtres firent une mauvaise croyance, une cacodoxie.
Les tentatives masculines pour faire une religion sans femmes aboutissent à la nouvelle forme religieuse d'Auguste, le culte de la Cité Reine.
A Rome, on ne regardait la religion que comme une institution politique ; on nommait le Souverain Pontife non à cause de sa valeur morale, mais à cause de ses opinions et des services qu'il pouvait rendre. Du reste, les convictions étaient si peu solides, depuis qu'on avait perdu la vraie foi, que c'était la coutume de mêler les cultes des religions les plus diverses. Agoréus Praetextatus, le Père des Pères, que met en scène le livre des Saturnales, cumule les sacerdoces les plus variés. Il est Quindécemvir, Pontife de Vesta, Hiérophante d'Isis. Sa femme, Aconia Paulina, se félicite d'avoir été initiée aux Mystères de Bacchus, de Cérès et de Cora, à ceux du Liber de Lerna, d'Isis et de l'Hécate d'Egire.
Au milieu de tout cela, la philosophie grecque voulut se donner quelques-unes des formes et des allures d'une religion et prétendit prendre la direction des consciences. Ce fut une tentative stérile, impuissante à agir sur les cœurs et sur les consciences, quoiqu'elle eût un semblant de réussite sous les Antonins.
« Jamais, dit M. Gasquet, le monde n'a vu pareil débordement, pareille orgie de surnaturel ; jamais tant de devins, de charlatans, d'astrologues, de vendeurs de pieuses recettes et d'amulettes ; l'espace se peuple de génies et de démons qui interviennent pour faire de la vie de l'homme un miracle. D'extravagantes chimères hantent les cerveaux les plus lucides. Mais cette folie même est le signe d'un travail intérieur, d'une fermentation spirituelle, d'une attente. Des préoccupations nouvelles, des mots nouveaux circulent, qu'on entend dans les réunions secrètes, dans les associations des humbles, et qu'on retrouve sur la pierre des inscriptions. L'âme est, en sa vie, au tournant de l'inconnu et de l'au-delà, elle réclame un sauveur, elle aspire au salut, elle souffre de la tare intime du péché ; non de cette amertume que laisse après elle la faute commise, mais de cette souillure radicale et foncière, qui vient de l'infirmité originelle de l'homme. Pour la laver et l'épurer, on a recours aux lustrations, aux expiations connues, et l'imagination enfiévrée en invente de nouvelles ».
Toutes les anciennes religions sont discréditées, parce que toutes ont été altérées. Le Judaïsme a remplacé l’Israélisme qui avait joui d'une extraordinaire faveur à cause de sa haute morale et de la simplicité grandiose de son dogme, résumés dans ces deux mots : la Femme ; le Bien.
Tout cela est remplacé par le Talmud qui discrédite la race juive.
Le culte de Cybèle est devenu charlatanesque depuis que les prêtres, les Galles, s'en sont emparés. Il est réduit à l'état de basse superstition populaire.
On tourne les yeux vers Isis, on cherche Mithra. Mais Isis est trop femme pour la Rome des hommes ; Mithra leur plaît davantage, il est plus viril et répond mieux aux idées du temps.
« Le monde, dit Renan, eût été mithriaste, si le Christianisme avait été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle. »

CALIGULA
C'était le temps où le monde était conduit par des aliénés. Le plus monstrueux de ces fous fut peut-être Caligula.
Caius César Caligula, au moment de la mort de Tibère, restait seul des fils de Germanicus. Sa mère avait été condamnée, ses frères exilés. Il voyait tout cela sans émotion ; il était déjà doué de l'insensibilité des aliénés et se livrait à des amusements de bas étage. Son adolescence annonçait ce qu'il serait à l'âge viril.
Caligula, du temps de Tibère, montrait déjà quels horribles goûts il aurait plus tard : les supplices étaient pour lui un spectacle plein de charme, et Tibère l'avait deviné et jugé lorsqu'il disait : « C'est un serpent que je nourris pour le genre humain. »
Il s'appelait Caius, nom qui est l'ancien Caïn de la Bible, latinisé ; on lui donna un surnom, Caligula, qui vient de caliga, nom de la chaussure militaire qu'il portait dans son enfance, alors qu'il vivait dans les camps au milieu, des soldats. Dès son enfance, il avait été sujet à des crises nerveuses violentes, moitié épilepsie, moitié hallucination, pendant lesquelles il voyait des choses effrayantes et s'entretenait avec des êtres ou des objets imaginaires.
Plein d'instincts vicieux, sa raison mal équilibrée, il ne pouvait vouloir que le mal ; puis, esprit déclamatoire et vaniteux, Caius n'attendit pas longtemps pour établir sa folie.
L'homme modeste des premiers jours se fit donner du jour au lendemain tous les titres d'abord refusés ; la liste en est longue auguste, empereur, père de la patrie, grand pontife, fils des camps, père des armées, sans oublier certaines épithètes qui faisaient également bon effet à énumérer dans les cérémonies solennelles et autres, par exemple le grand, le pieux, l'excellent, l’'action de lèse-majesté, si terrible du temps de Tibère, et supprimée par Caius à son avènement, fut rétablie. Les crimes commencèrent alors. Silanus, son beau-père, le gênait : il lui fit dire de se tuer.
Le jeune Tibère, au dire de César, avait pris du contrepoison, par crainte d'être empoisonné par l'empereur ; cette défiance était un outrage : il lui fit dire de se tuer. Macron, son ancien confident du temps de Tibère, le rappelait parfois aux règles du décorum et de la bienséance ; cette surveillance était importune : il lui fit dire de se tuer. Ce genre de supplice était d'ailleurs devenu à la mode, et l'on s'y soumettait, en général, d'assez bonne grâce.
Mais tout ceci n'est que de la férocité ; voici la folie.
La puissance que possédait Caius et la platitude avec laquelle s'inclinait devant cette puissance quiconque approchait l'empereur, lui firent définitivement croire qu'il n'était pas de la même race que les hommes. C'était, du reste, un brillant raisonneur, et il s'adjugea la divinité en vertu du syllogisme suivant : « Ceux qui conduisent les bœufs, les moutons et les chèvres, ne sont ni bœufs, ni moutons, ni chèvres ; ce sont des êtres d'une nature supérieure ; ce sont des hommes. De même, ceux qui conduisent les hommes ne sont pas des hommes, mais des dieux. » Il montra pourtant une certaine modération au début, et ne fut que demi-dieu.
On le voit être successivement Hercule, Castor et Pollux, Amphiaraûs ; puis il devint tout à fait dieu : un jour c'est Bacchus, un autre jour Apollon ; une autre fois c'est Mercure, puis Neptune, puis Vénus (ce jour-là, il était doublement fou) ; il ne lui reste plus qu'à se faire Jupiter, et il se proclame Jupiter. Il prend les temples des dieux, il vole leurs statues, il leur fait couper la tête ; on ajuste la sienne à la place ; il a des machines qui imitent le tonnerre et les éclairs ; il lui naît une petite fille, il confie à Minerve les fonctions de gouvernante de l'enfant. Sa sœur Drusilla meurt, la sœur d'un dieu sera déesse naturellement, et même un sénateur est chargé de venir jurer officiellement qu'il l'a vue monter vers l'Olympe.
Car, il faut bien le dire, en devenant dieu, Caius était tout simplement devenu plus féroce et plus raffiné dans sa cruauté. Tuer, toujours tuer, même sans aucune raison de vengeance, d'intérêt ou de peur, voilà la pensée qui obsède l'esprit de ce monstre.
Des gladiateurs sont vieux et infirmes, il les fait jeter aux bêtes.
La viande devient chère, il nourrit les bêtes du cirque avec des prisonniers. Un gladiateur, avec qui il faisait des armes, feint d'être vaincu et tombe ; Caligula lui donne traîtreusement un coup de poignard. Dans un sacrifice où il jouait le rôle de sacrificateur, il se trompe volontairement de tête, et abat la hache non sur la victime, mais sur le victimaire. Il ne donne plus un banquet, il ne célèbre plus une orgie, sans avoir à côté de lui, comme instrument de volupté exquise, le bourreau qui n'attend qu'un signe pour torturer ou tuer.
Sa folie était d'autant plus atroce qu'elle était savante et qu'elle avait une habileté merveilleuse pour tirer d'une douleur tout ce qu'elle pouvait donner. Quand il condamnait les fils à mort, il invitait les pères à l'exécution, et envoyait poliment une litière à ceux qui étaient trop souffrants pour marcher. On connaît cette horrible aventure d'un père dont le fils aîné venait d'être tué, que l'empereur invita à un festin, et qui non seulement n'osa pas refuser, mais encore étouffa sa douleur et ses larmes pour boire gaiement à la santé de Caligula. Pourquoi ? dit Sénèque dans son dramatique langage. Parce qu'il avait un autre fils.
Quand le monstre ne tuait pas, il faisait entendre des paroles dignes de ses actes : c'est lui qui regrettait que son règne ne fût pas signalé par quelque calamité épouvantable ; c'est lui qui souhaitait que le peuple romain n'eût qu'une seule tête pour la couper d'un seul coup.
Que dire de ses prodigalités inouïes, de ses constructions extravagantes ; de ses dons à des farceurs, des bouffons, des cochers ; de ses repas où la dépense se comptait par millions ?
En un an, les prodigieuses économies de Tibère avaient disparu.
Mais tout cela ne serait rien si cette ruine n'avait pas stimulé sa cruauté : proscriptions, suicides par ordre, confiscations, condamnations rétrospectives, testaments exigés et suivis promptement de la mort du testateur, sont ses moyens journaliers de remplir ses coffres vides. Il jouait un jour, en Gaule, et perdait ; comme il n'avait pas d'argent, il se fait apporter la liste des contribuables, désigne pour la mort les plus imposés, et s'adjuge leur fortune. On n'en finirait pas si l'on voulait raconter tous les procédés qu'il employait pour piller. L'amour de l’or était devenu chez lui une rage : il en fit un jour remplir une salle, ôta ses sandales, marcha et se roula sur les pièces d'or comme sur le plus moelleux tapis.
Non seulement il voulait être le plus riche de tous, mais le plus beau, le plus grand, le plus habile, le plus éloquent, le mieux vêtu, le mieux coiffé même, et malheur à quiconque lui portait ombrage ! Disons bien vite que c'était à qui s'humilierait, s'avilirait devant lui. On ne s'étonnera donc pas de l'immense mépris qu'il portait au genre humain, et l'on ne trouvera pas trop extraordinaire qu'un jour il se soit mis en tête de faire nommer consul, qui ? Incitatus, son cheval.
Ce maniaque, moitié par cupidité, moitié par vanité, eut envie de faire la guerre. Il partit, et passa le Rhin. Il se trouva que les ennemis n'étaient pas là ; mais un soldat s'étant avisé de dire : « Quel désordre, si l'ennemi apparaissait ! », Caius se prit de peur, descendit-de sa voiture, monta à cheval, et regagna le pont à toute bride. Le pont, malheureusement, était encombré ; il fallut passer de main en main et par-dessus les têtes le vaillant empereur, qui ne cessa de trembler que sur la terre de Gaule.
Mais il fallait à toute force une victoire. Une première fois, il fait cacher quelques prisonniers dans un bois voisin du Rhin ; ils reviennent, par ordre, avec un grand fracas. L'empereur, sur l'avis que l'ennemi arrive, quitte noblement son repas, il était à table, et s'élance avec quelques cavaliers et ses convives sur ces ennemis formidables : on ne les voit plus ; ils avaient fui.
L'empereur fait dresser des trophées, réprimande ceux qui ne l'ont pas suivi, et distribue des récompenses aux compagnons de ses dangers et de sa victoire.
La gloire qu'il avait acquise en Germanie par cette guerre simulée le mit en goût pour une autre expédition aussi glorieuse.
Jules César avait remporté sur les Bretons une victoire fort douteuse ; en tout cas, la Bretagne semblait rangée de la liste des conquêtes à venir de Rome.
Caius trouva qu'il lui appartenait de faire ce que les autres ne faisaient pas : son armée vint se ranger sur les côtes de la Gaule ; quant à lui, monté sur sa galère, il s'avança à quelque distance du rivage, et revint. La guerre était terminée ; il n'avait pas vaincu la Bretagne ; il avait fait beaucoup plus et mieux ; de son regard d'aigle, il avait vu que l'Océan était dompté. Il proclama son triomphe du haut d'un trône, devant toute son armée ; les soldats, par ses ordres, ramassèrent des coquilles sur la grève, pour les rapporter comme dépouilles au Capitole ; puis il fit bâtir un phare, monument destiné à transmettre aux races futures le précieux souvenir de cette étonnante expédition.
Sur ces entrefaites, il y eut des difficultés à Alexandrie et à Jérusalem au sujet de l'établissement du culte du dieu Caius.
Les Juifs étaient assez nombreux dans la première de ces villes pour y jouer un rôle important, et, quant à la seconde, ils y étaient absolument maîtres, à tel point que les gouverneurs romains prenaient les plus grandes précautions pour ne pas choquer leurs scrupules religieux. Lorsqu'il fut question d'introduire la statue du nouveau dieu dans les synagogues, ce fut un cri général d'alarme et d'indignation, dans le peuple israélite, à la pensée de cette idolâtrie sacrilège. Il y eut des pourparlers, des ambassades, des négociations, des supplications, des lueurs d'espérance presque aussitôt éteintes : avec un fou comme Caius, on ne pouvait compter sur rien.
Si Rome fut gouvernée par des monstres, c'est que la foule romaine était tellement pervertie qu'elle admirait toutes les manifestations du mal et les encourageait. Son éducation était faite dans les principes de la misogynie.

LA FOLIE SANGUINAIRE DES ROMAINS
Comment dire le terme des égarements, comment sonder la profondeur de l'abîme dans lequel l'homme peut s'enfoncer quand il se libère de la direction morale de la Femme, Elle qui est son idée directrice ? Sans Elle, il devient un corps sans âme, comme Elle est, sans l'homme, une âme sans corps, c'est-à-dire sans action.
La Nature a donné à chacun des fonctions différentes : l'homme féconde le corps de la Femme, et la Femme féconde l'esprit de l'homme.
C'est dans l'exercice du pouvoir que l'on voit ce que vaut l'homme, puisqu'alors, ne reconnaissant plus aucun frein, ses actions sont l'expression de sa nature librement manifestée.
La Rome des empereurs nous montre un étalage de monstruosités inouïes. Partout crime et luxure, ces deux monstres accouplés. Les hommes subissent un empoisonnement moral qui les fait dépérir ; on les voit se précipiter dans tous les excès et commettre les violences les plus outrées.
Une phrase de Sénèque nous apprend que, sous Auguste, un Volésus, proconsul d'Asie, avait fait décapiter trois cents hommes en un jour et qu'il se promenait fièrement, content de son œuvre, au milieu de ces trois cents corps décapités.
Sous Trajan, on voit un préteur d'Afrique qui se conduit comme un brigand dans sa province ; il volait et se faisait payer pour tuer des innocents.
Les orgies immondes des palais servaient d'exemple au peuple.
Les violences, les brutalités des empereurs excitaient celles des inférieurs.
Le livre grec de Philodime, trouvé dans les papyrus d'Herculanum, nous montre les maîtres estropiant leurs esclaves, leur crevant les yeux, et les esclaves exaspérés tuant la femme et les enfants du maître et brûlant ses maisons.
Voici Caligula jugé par Suétone (Collection des auteurs latins publiée par Nisard, p. 117, Suétone, XXXVI) :
« Il n'eut aucun souci de sa pudeur ni de celle des autres, et il passa pour avoir aimé d'un amour infâme M. Lépidius, le pantomime Mnester et quelques otages. Valérius Catullus, fils d'un consulaire, lui reprocha tout haut d'avoir abusé de sa jeunesse jusqu'à lui fatiguer les flancs. Sans parler de ses incestes avec ses sœurs, ni de sa passion bien connue pour la courtisane Pyrallis, il ne respecta aucune femme de distinction. Le plus souvent il les invitait à souper, avec leur mari, les faisait passer et repasser devant lui, les examinait avec l'attention minutieuse d'un marchand d'esclaves ; et, si quelques-unes baissaient la tête par pudeur, il la leur relevait avec la main. Il emmenait ensuite dans une chambre voisine chacune de celles qui lui plaisaient le plus ; puis, en rentrant dans la salle du festin avec les marques toutes récentes du plaisir, il louait ou critiquait tout haut ce qu'elles avaient de bien ou de mal et il disait jusqu'au nombre de ses exploits. Il en répudia quelques-unes, au nom de leur mari absent, et il fit insérer ces divorces dans les actes publics. »
Caligula voulut anéantir les poèmes d'Homère et demandait pourquoi il ne pourrait pas faire ce qu'avait fait Platon qui l'avait banni de sa République.
N'est-ce pas là une preuve de plus que cet auteur est une femme jalousée et honnie des hommes pervers ?
Un jour, ce grand fou se déguise en Jupiter, pendant son voyage en Gaule. Un cordonnier l'aperçoit. « Que penses-tu de moi ? », lui dit l'empereur. « Que tu es un grand niais », répond-il. Il alla jouer aux dés. C'est à Lyon que cela se passe. L'argent vint à lui manquer, il lui en fallait, où en prendre ? Rien de plus simple ; il s'absente, fait tuer les plus riches habitants de la ville, prend leurs richesses et revient jouer.
Dans Néron, nous voyons la force brutale qui dispose de toutes les façons de faire souffrir et qui tient la dignité humaine accablée sous elle. Néron était, disait-on, « une punition des Dieux ».
Ne pourrait-on pas plutôt dire « une vengeance des Déesses détrônées » ?
Claude est cet empereur aussi célèbre par ses crimes et sa débauche que par sa proverbiale bêtise, qui fait que son nom devient une épithète bouffonne, « godiche », d'où gaudir, gaudriole. (N'est-ce pas de là qu'est venu le god des Saxons ?) (1).
Et cet être immonde a une femme supérieure, une impératrice d'une grande beauté, à qui il fait supporter la vue de son abjection, de sa stupidité, de ses crimes. Enfin elle le quitte, outrée de tant d'excès dans le mal ; elle suit, dit-on, un jeune homme qu'elle aimait, cela excite la jalousie furieuse du monstre qui la fait mettre à mort, puis s'excuse de ce nouveau meurtre en couvrant de boue sa mémoire, en vouant le nom de cette sainte victime au mépris des générations futures. Cette impératrice, c'est Messaline, la mère de Britannicus et d'Octavie, la femme qui supporta Claude et qu'il accusa de vendre ses charmes au plus offrant dans les lieux mal famés. Il faut être descendu aux derniers degrés de l'aliénation mentale pour oser représenter une impératrice romaine quittant son palais, ses enfants et celui qu'elle aime réellement, pour se livrer à des débauches qui ne sont, en réalité, que celles de Claude qu'il attribue à sa sainte femme. Et il faut que les historiens soient eux-mêmes bien peu clairvoyants ou bien pervertis pour s'être fait les complices d'un monstre en répétant l'infâme calomnie qu'il répandit sur elle. Calomnie, du reste, qui atteint le sexe féminin tout entier, puisqu'elle porte sur les actes sexuels d'une femme !
Du reste, elle fut vengée par une autre femme, Agrippine, que Claude épousa après le meurtre de Messaline, et qui empoisonna ce dément.
(1) C'est le iod hébreu qui est devenu le god des Anglo-Saxons, mais il est probable qu'à Rome cette racine hébraïque avait formé les mots qui indiquent les fonctions ou les excès de la masculinité.

JUVENAL LE BLASPHEMATEUR
C'est Juvénal qui a eu la triste gloire d'avoir sali Messaline devant la postérité. Il ne l'a pas connue, cependant. Il naquit Vers l'an 42 de notre ère, Messaline fut assassinée par Claude en 49. Juvénal avait alors 7 ans. Il publia ses satires à 40 ans, 33 ans après la mort de Messaline.
Voici comment ce blasphémateur parla de la plus sainte des femmes :
« Regarde quels furent les rivaux de nos Césars-Dieux ! Ecoute ce que Claude eut à souffrir. Dès qu'elle sentait l'empereur endormi, Messaline, préférant à son lit de pourpre le grabat des prostituées, se couvrant d'une misérable mante, cachait sous de faux cheveux blonds ses cheveux noirs et s'échappait audacieusement du palais, accompagnée d'une seule esclave. Suivons-la !
C'est dans un lupanar à la chaude et lourde atmosphère qu'elle est entrée ; elle va droit à une logette vide, qui est la sienne.
Aussitôt l'auguste courtisane rejette tout vêtement, enferme ses seins dans un réseau d'or, puis, sous le nom de Lycisca, elle offre à tous les flancs qui te portèrent, généreux Britannicus ! Oh ! les joies, les caresses dont elle accueille les plus vils champions !
Et, sans rougir, elle revendique son salaire. (Ici un vers supprimé parce que trop obscène.) L'heure vient cependant où le maître du lieu congédie ses filles d'amour ; Messaline est désolée ; l'œil rouge, la poitrine encore frémissante (autre vers supprimé), du moins est-elle la dernière à clore sa cellule. II le faut ! Épuisée de luxure, mais non rassasiée, elle part hideuse à voir, le teint blême, la peau imprégnée des fumées de sa lampe, elle rapporte au lit impérial l'odeur de la prostitution. »
Messaline fut tuée par Claude (en 49) qui, tout de suite après, épouse Agrippine, fille de Germanicus, veuve de Domitius, sa nièce, qui avait un fils, Néron.
Néron devint, par adoption, fils de Claude, tandis que Britannicus, fils de Messaline, est délaissé, isolé. Narcisse le prend sous sa protection et cherche à réveiller les sentiments paternels de Claude.
Agrippine empoisonne Claude avec un plat de champignons.
Néron est proclamé empereur à 17 ans. Il empoisonne Britannicus, l'héritier légitime du trône impérial, en 55. Néron mourut en 68.
Juvénal dit de la mort de Claude empoisonné par Agrippine :
« Une femme veut-elle, chez son mari, tuer la raison, elle va lui révéler les incantations magiques ; une autre lui vend les philtres thessaliens. Au moins le bolet clans lequel Agrippine empoisonna Claude eut-il des effets plus innocents ; il ne causa que la mort d'un vieillard au chef branlant, aux lèvres toujours dégoutantes de salive. »
Voici, du reste, le portrait de cet empereur fait dans l'Histoire romaine de Dauban (cours de 4ème) :
« Malade dès son enfance, méprisé par sa Mère, humilié dans sa famille, bafoué par tous en public, repoussé longtemps des hommes, il avait eu une existence malheureuse ; abandonné au ridicule et aux outrages, il en était venu à se délaisser lui-même et à se plonger dans les amusements grossiers du jeu et de l'ivrognerie. Il avait de véritables absences et, cependant, il n'était pas complètement stupide. Mais il resta toujours un homme nul, timide, irrésolu, débauché, naïvement sanguinaire et commettant ou laissant commettre, par imbécillité, autant de crimes que Caligula par démence.
« On voyait avec dégoût sa gloutonnerie, on riait de ses étranges distractions.
« Quand les prétoriens le nommèrent empereur, on le chercha, on parcourut le palais ; on aperçoit derrière le voile d'une porte un homme de grande taille, à tête chauve et branlante, qui se cachait ; c'était Claude, l'oncle de Caligula. Il tombe à genoux et demande la vie ; on le proclame empereur, on le jette dans une litière, on le porte au camp des prétoriens. Le Sénat reconnaît l'élu des soldats. »
Juvénal vécut à la fin du 1er siècle, sous les Antonins. Il fut d'abord déclamateur (acteur). Il traitait des sujets fictifs ; il réussit peu et s'en plaint vivement. Il descendit de plus en plus bas dans la société du cabotinage, étant de basse extraction.
Il avait les colères des envieux contre les riches, contre les grands, contre les femmes, contre les princes, mais aussi la lâcheté des inférieurs.
Sous Domitien, la tyrannie était épouvantable alors, il n'osa rien faire ; sous Trajan seulement, il commença à publier quelque chose.
Il dit qu'il écrit des satires parce que l'indignation fait des poètes, il se plaint de ce que les riches négligent trop les pauvres, ils ont des clients qui les saluent pour que l'intendant leur donne de l'argent, tandis que, dans le régime antérieur, c'était simplement honorable. Les aumônes s'appellent sportule ; il se plaint qu'elles ne soient pas plus abondantes. Il se plaint aussi des embarras de Rome. Il attaque les jeunes gens de la noblesse, qui aiment trop le plaisir, dans une satire violente qui semble une vengeance personnelle.
Il écrit contre les femmes. Le mot Femme l'irrite. Il met tous les défauts, toutes les passions dans le sexe féminin.
Il invite le Prince régnant à donner des pensions aux gens de lettres. Il ne parle que de ceux qui sont morts pour les critiquer, il ne risque rien. C'est un révolutionnaire manqué. Il mourut très vieux, et fit 16 satires en tout.
Voici quelques extraits de la satire contre les femmes (satire VI) :
« Les femmes n'ont d'intrépidité que pour le mal. Vers combien de crimes l'influence tyrannique de leur sexe ne pousse-t-elle pas les femmes ? Le libertinage est le moindre de leurs défauts.
Je ne sais pas un mari si pleinement captivé, auquel ne soit à charge celle-là même qu'il porte aux nues et qui ne la déteste sept heures sur douze.
Pas une femme n'épargne l'homme qui l'aime. Celle qui rendrait amour pour amour ne s'en ferait pas moins un jeu de torturer, de dépouiller son amant.
Tu peux désespérer de la concorde aussi longtemps que vivra ta belle-mère. Elle apprend à sa fille l'art de te ruiner en riant.
Une Mère peut-elle donner d'autres mœurs que les siennes ? Ces vieilles éhontées ont trop d'intérêt aux débordements de leurs filles.
Les femmes ont en haine les enfants d'une concubine, c'est leur droit, personne n'y contredit. Mais n'ont-elles pas admis déjà comme naturel le meurtre des filles du premier lit ? Et vous-mêmes, leurs propres entrailles, si votre patrimoine est opulent, je vous avertis : défendez bien vos jours, prenez garde à ces mets succulents, leur teinte livide peut recéler du poison. Ayez soin qu'un vieux serviteur, le premier, et malgré ses craintes, déguste les aliments que vous présentera celle qui vous a donné la vie.
Quel conseil donner à Silius que la femme de César veut épouser ? C'est un jeune patricien de mœurs irréprochables, d'un visage charmant ; on le traîne aux genoux de l'Impératrice ; il va mourir de l'amour de Messaline. Depuis longtemps, impatiente, elle l'attend couverte du voile des nouvelles mariées ; le lit nuptial, aux tentures de pourpre, s'étale à ciel ouvert, dans les jardins. Le million de sesterces est prêt, suivant l'antique usage. L'augure arrive, voici les témoins. Tu te figures un hymen secret ! Elle veut, elle, un mariage avec toutes les solennités légitimes.
« Choisis : il faut obéir ou mourir sur l'heure. Si tu deviens son complice, tu peux compter sur un sursis ; tu vivras jusqu'au moment où le crime, connu de Rome et du peuple entier, parviendra enfin aux oreilles du Prince, le dernier à savoir le déshonneur de sa maison. Tu prises assez quelques moments d'existence pour tout consentir ? Peine perdue, il faudra toujours finir par tendre au glaive ce beau cou d'albâtre.
Toutes les femmes sont adultères. »
Après avoir montré partout l'avortement, il ajoute : « S'il prenait fantaisie à ta compagne de sentir les tressaillements de la maternité, c'est, probablement, un Éthiopien dont tu te trouverais le père. Et, bon gré, mal gré, il figurerait sur ton testament, cet héritier de couleur disparate, dont la vue, chaque matin, te serait un supplice. »
La satire XIV est écrite contre la Maternité :
« Comment la fille de Larta ne serait-elle pas adultère ? Si rapidement qu'elle les nomme, je la défie de citer les amants de sa Mère sans reprendre haleine jusqu'à trente fois. Vierge, elle fut la confidente des désordres maternels. Que rien de ce qui peut faire rougir les yeux ou les oreilles n'approche du toit où s'abrite le premier âge. Hors d'ici les femmes perdues ! »
Deux légendes ont existé sur Messaline :
- Celle qui l'avilit, et qui vient du portrait tracé par Juvénal pour entretenir la haine des masculinistes.
- Et la légende populaire propagée oralement, sans doute par le parti féministe, et par les honnêtes gens, qui font de Messaline une sainte.
De vieilles gravures ont été retrouvées qui la montrent entourée de ses enfants et la représentent comme le type du dévouement maternel.
Cette légende de sainteté était si bien établie au commencement du Christianisme que, lorsque l'on créa des saintes, on mit parmi elles Messaline. Depuis, on a fait de la sainte et de l'Impératrice deux femmes différentes, la légende ignominieuse de Juvénal ayant surnagé.
Au IVe siècle, une variété de Manichéens de la Thrace prit le nom de Messaliens ; ces initiés se divisèrent en apôtres ou prédicants, en euchètes ou illuminés et en gnostes ou parfaits ; ceux-ci possédaient seuls la science des Mystères et le secret de la secte. Les Messaliens pratiquaient l'antique Eucharistie.
Ils avaient fondé sur le mont Argée un phalanstère nommé Téphrique, c'est-à-dire distinction, qui devint la cité de tous les sages du temps.
Ceci nous révèle un aspect imprévu de la vie de Messaline. Elle était affiliée au Christianisme primitif et c'est ce qui déchaîna la haine contre elle.
Actuellement, dans le monde catholique, on mène une double campagne à propos de Messaline :
Le cercle catholique de Saint-Félicien, à Foligno, a entrepris de réhabiliter le nom de Messaline et demande qu'on donne le nom de cette sainte au plus grand nombre possible de petites filles. Ce cercle devait célébrer en 1903 l'anniversaire de sainte Messaline et donner une prime de 100 fr. à toute enfant née ce jour-là qui serait baptisée sous le nom de Messaline ; l'évêque de Foligno, Mgr Bertuzzi, donnait son appui moral à cette campagne.
Parallèlement, un autre mouvement se produisait. M. Nonce Casanova, voulant imiter l'auteur de Quo vadis, dans le but d'atteindre le même succès par le roman historique à thèse, publiait une Messaline avec l'intention de personnifier en elle le vice universel du paganisme, mettant en face d'elle la Vierge chrétienne, la jeune Coelerina qui va devenir l'idéal chrétien, la femme sans sexe, mais cependant livrée à l'homme.
Nous retrouvons donc dans ce roman l'esprit dépravé de l'époque romaine, cette époque de laquelle on disait que des entrailles mêmes de la Terre sortaient des cratères qui vomissaient l'injure, l'outrage, le blasphème, dont tous les peuples, jusqu'aux plus infimes, ressentaient le contre-coup. Cette crise morale, ce fut l'universel mensonge qui avilissait la Femme dans son sexe.
La science nous en délivrera.
Mais combien Elle aura souffert, en attendant, celle qui a sanctifié cette Terre par son action providentielle, jamais arrêtée, écoutant impassible les plus ineptes apostrophes et les plus monstrueux outrages contre sa sainteté sexuelle, sans jamais se venger du mal subi et prouvant par son attitude la grande force morale que sa nature féminine lui assure !

PHÈDRE (1er siècle après notre ère)
Nous venons de voir Juvénal ridiculisant, avilissant la Femme.
Voici un auteur qui fait le contraire ; c'est l'œuvre de l'homme qu'il critique, mettant dans des fables les vérités défendues. Il dit : « Un esclave obligé d'être timide, n'osant pas s'exprimer librement, mit une traduction de ses propres sentiments dans des apologues et déjoua la malveillance par des fictions badines. »
En effet, la Fable fait deviner ce qu'on n'est pas libre de dire.
Au milieu de cette Rome où la dureté triomphe, Phèdre exprime la pitié ; à l'orgueil de l'homme, cet auteur oppose l'humanité, la justice, il prend la défense des humbles, des faibles. C'est la voix féminine, cachée sous l'allégorie, qui plaide en faveur des Innocents (voir cette fable) ; elle défend le faible, attaque l'égoïsme de l'homme dans Le Bœuf et l’Âne.
Donc, Phèdre est, comme Ésope, une personnalité féminine cachée.
M. Louis Havet dit : « Voilà pourquoi Phèdre, qui se sent romain, nous semble pourtant bien différent des Romains ordinaires ; sa pitié fait contraste au milieu de l'impitoyable Rome. »
C'est que Phèdre est un auteur qui écrit en Femme, comme Ésope qu'il (ou qu'elle) copie. Phèdre est un nom féminin, comme Lucrèce, qui exprime aussi des idées féminines.
Louis Havet, dans une étude sur ce fabuliste, voit des allusions politiques dans des fables qui sont des allusions sexuelles.
Ainsi, dans une de ces fables, un loup emporte un agneau ; le loup, c'est l'homme, l'agneau la femme. Dans une autre, une grue happe des grenouilles ; la grue symbolise le sexe mâle, les grenouilles le sexe féminin. Phèdre nous montre le soleil dévorant qui dessèche le monde ; ce soleil-là est celui d'Apollon-Jupiter.
Dans une de ses fables, nous voyons un lion qui vole ses associés.
Le lion, c'est le vainqueur qui trompe les hommes associés à lui pour la victoire dont il profite sans eux.
Dans « l'Aigle, la Tortue et la Corneille », nous voyons la Femme écrasée par les deux puissances masculines, le Roi et le Prêtre.
L'aigle, c'est la grue ennoblie devenue l'insigne de l'Empire ; la tortue, c'est la Femme sans action, mais qui porte le monde ; la corneille, c'est le prêtre personnifiant la ruse, la trahison. Et le fabuliste dit : « Contre les puissants, personne n'est défendu par assez de remparts, mais c'est bien autre chose quand il vient se joindre à eux un conseiller perfide. »
On connaît la fable : «Un aigle enleva dans les airs une tortue. »
C'est l'homme qui enleva la Femme avec lui dans son régime masculin.
« Comme celle-ci avait caché son corps dans sa maison d'écaille et qu'elle était invulnérable en s'y tenant enfermée, une corneille vint à travers les airs et, volant à côté de l'aigle, lui dit : « Certes, c'est une belle proie que tes serres ont ravie, mais, si je ne te montre ce que tu dois faire, elle te fatiguera inutilement par sa lourdeur.
« L'aigle lui ayant promis une part, elle lui conseilla de fracasser, en la lançant du haut du ciel sur un rocher, la dure enveloppe ; celle-ci brisée, il pourra facilement prendre sa nourriture. Ainsi, la tortue qu'avait protégée un don de la nature, trop faible contre deux ennemis, périt d'une mort malheureuse.»
C'est la Femme, précipitée de sa hauteur psychique dans un abîme de honte par l'homme qui l'emporte dans son monde, mais il ne peut la manger, c'est-à-dire en faire sa proie sexuelle, que s'il brise le bouclier qui la protège : sa science et son esprit.
C'est dans Phèdre qu'on trouve Les grenouilles qui demandent un roi. Quelle allusion à la faiblesse féminine qui veut être dominée par l'homme ! Puis la fable du Vieillard et de l’Âne dont la morale est que « dans un changement de gouvernement il n'y a que la personne de maître qui change », conséquence fatale du règne légendaire de Minos, qui introduisit dans le monde le gouvernement des lois (Phèdre, L. II).
Dans « Les deux taureaux et la grenouille », il s'agit d'une dispute d'hommes. Moralité de cette fable : quand les puissants se querellent, ce sont les faibles qui pâtissent ; les grenouilles, étrangères au combat, risquent d'être écrasées par le vaincu. Dans la fable « Le milan et les colombes » se trouve la critique du droit romain qui asservit les femmes. En voici la moralité : « Celui qui se met sous la sauvegarde d'un scélérat, en cherchant protection trouve sa perte. »
Les Colombes (symbole féminin), bien des fois, avaient échappé au milan, et la rapidité de leurs ailes les avait sauvées de la mort (allusion aux émigrations des femmes). Le brutal ravisseur, changeant de méthode, eut recours à la fourberie et trompa cette race sans défense par la ruse suivante : « Pourquoi, leur dit-il, passer dans l'inquiétude toute votre vie, au lieu de me créer votre roi, par un contrat en forme, pour vous garantir de tout dommage ? » Les colombes, sans méfiance, se livrèrent au milan ; mais, mis en possession de la royauté, il se met à les dévorer les unes après les autres et, comme moyen de gouvernement, à se servir de ses serres cruelles. Alors, une de celles qui restaient : « C'est justement, dit-elle, que nous sommes frappées, nous qui avons confié notre vie à ce brigand. »
La lutte pour l'enfant est dans L'Aigle et le Renard, fable grecque, imitée par Phèdre. Dans la fable grecque, l'aigle (l'homme) et le renard (la femme rusée), ayant conclu amitié, convinrent de vivre près l'un de l'autre. L'un donc fit ses petits en haut d'un grand arbre, l'autre mit bas dans les broussailles qui poussent au pied. Un jour que le renard était sorti pour chercher sa nourriture, l'aigle, qui avait faim, enleva les renardeaux et les mangea avec ses aiglons. Le renard, à son retour, fut réduit à lancer, de loin, des imprécations contre son ennemi. Mais l'amitié profanée ne fut pas longtemps sans vengeance. Des gens ayant sacrifié une chèvre dans la campagne, l'aigle s'abattit sur l'autel, enleva les viscères enflammés et les porta dans son nid. Au souffle du vent, la paille légère et desséchée flamba vivement, brûlant les aiglons qui étaient encore sans ailes et qui tombèrent à terre. Et le renard accourant, sous les yeux de l'aigle, les dévora tous.
On a, sans doute, voulu montrer, dans cette fable, l'imprévoyance de l'homme et le triomphe de la Femme.
Autre allusion à la lutte entre le droit paternel et le droit maternel : « L'aigle ravit un jour des renardeaux (les enfants de la Femme) et les déposa dans son nid pour les dépecer et les donner en pâture à ses aiglons. La mère le suivit, le supplia de ne pas infliger à une malheureuse une si grande douleur. Mais l'aigle méprisa ses prières : « N'étaient-ils pas en sûreté là-haut ? » La Mère saisit sur un autel un tison ardent et fit autour de l'arbre un cercle de flamme, déclarant la guerre à l'aigle et le menaçant dans sa progéniture. (Allusion au massacre des garçons.) L'aigle, pour arracher ses petits à la mort, dut rendre sains et saufs les renardeaux, en demandant grâce à leur mère. »
De Phèdre on nous dit qu'il fut l'affranchi d'Auguste, parce qu'il nous parle lui-même de son esclavage. Mais il s'agit de l'esclavage de la Femme, asservie par les lois et les mœurs romaines ; il ne s'agit pas de l'homme appartenant à la caste inférieure des prolétaires.
Les auteurs du temps d'Auguste n'avaient pas cité les écrits de Phèdre. Cependant, lorsque l'on découvrit son manuscrit, les savants ne doutèrent pas que ce fût une production du siècle d'Auguste. C'est que l'on pratiquait déjà alors la conspiration du silence vis-à-vis des œuvres de femmes.

UNE LUEUR DE RAISON DANS L’OBSCURITÉ ROMAINE (de 218 à 222)
Nous avons lu, avec surprise, un article publié le 1er novembre 1918 dans le Mercure de France. Dans cet article, on nous montre un Empereur romain féministe.
En voici, du reste, le résumé :
Dans une cité fameuse, Emèse, le Dieu-Soleil eut son temple, merveille de cette opulente Phénicie si riche en monuments.
Selon la coutume de ce temps, dans les profondeurs mystérieuses de ce temple vivait une armée de sacerdotes, Prêtresses, hiérodules, secteurs, sous l'autorité d'un grand Pontife dont la puissance s'étendait sur toute la contrée.
Et les grands Prêtres du soleil montèrent sur le trône lorsque la dynastie des Séleucides se fut éteinte.
Mais Emèse tomba au pouvoir de Rome.
Seulement, les vaincus ayant une valeur morale très supérieure à celle des vainqueurs, ils imposèrent leur autorité et leur religion à la Rome victorieuse. Ce fut leur revanche.
La somptueuse religion de l'Asie, encore féministe, séduisit les légions romaines elles-mêmes, et la pourpre impériale couvrit les épaules de deux grands Prêtres du soleil, Héliogabale, féministe, et Alexandre Sévère, masculiniste.
Mais, dans le monde de la corruption romaine, ceux qui restaient partisans de l'ancien culte féministe étaient considérés comme des fous ou des débauchés. C'est ce qui fit donner à Héliogabale un renom de folie et de débauche, et c'est sous cet aspect qu'il est représenté dans l'histoire par les masculinistes qui avaient renversé toutes les lois de la morale.
Son nom était Aurélius Antoine. Héliogabale est un surnom.
La grande religion féministe, la Théosophie, est considérée comme une religion monstrueuse. Cependant, les ruines de Baalbek et de Palmyre témoignent de la grandeur du culte voué dans toute la Phénicie à la Déesse Astarthé (ridiculisée dans Astoreth et devenue l'épouse de Baal pour les masculinistes).
La grande Déesse Astarthé était adorée à Emèse sous le nom d'Eliogabal.
Héliogabale, encore jeune et déjà grand Prêtre, avait pris part aux Mystères dans lesquels Adon sacrifiait à la Déesse à la fête symbolique du printemps. Il était beau et fit impression sur les soldats romains. Sa mère Julia Saemias ou Sémiamira (d'après Lampride) seconda le caprice des légions en répandant l'or à profusion, tandis que son aïeule Julia Moesa, « dame assez belle, dit Allègre, mais au reste prompte d'esprit », faisait courir le bruit que sa fille avait eu les faveurs de Caligula et qu'Héliogabale en était le fruit.
Le nouvel empereur entra dans Rome où on lui fit une ovation enthousiaste. Le Sénat était avili par un long esclavage.
Ceci se passait en 218. Pendant son règne de près de quatre ans, il n'eut qu'une pensée : glorifier la Déesse asiatique et lui donner la prédominance sur tous les dieux de l'Olympe latin.
Son premier soin fut de faire venir à Rome le symbole qui la représentait, une pierre noire de forme conique (sexe féminin) sur laquelle étaient gravées de mystérieuses empreintes. On la disait descendue du ciel. Peut-être la croyait-on une émanation de l'astre puissant, foyer de toute lumière, de toute chaleur, de toute vie, agent des fécondes décompositions, objet d'un culte profond chez tous les peuples de l'antiquité (imité par les masculinistes qui lui substituèrent le phallus).
Héliogabale fit construire sur le mont Palatin un temple magnifique, dans lequel il installa solennellement la Pierre sacrée d'Emèse. Autour du temple étaient dressés de nombreux autels, où l'empereur officiait lui-même. Il paraissait dans les cérémonies, vêtu d'une robe flottante enrichie d'or et de pierreries, son front était ceint d'une couronne d'or.
Un peu plus tard, il fit construire un nouveau temple dans un de ses jardins, et chaque été, au temps du solstice, la Pierre sacrée y était conduite en grande pompe. On la plaçait sur un char somptueusement décoré et traîné par six chevaux blancs. Aucun mortel ne pouvait s'asseoir aux côtés du symbole sacré. L'empereur, en qualité de grand Prêtre, conduisait seul, tenant les chevaux par la bride et marchant à reculons pour ne pas quitter la Divinité du regard ; à la suite du char s'avançaient les dieux antiques de Rome, qui semblaient être ainsi les serviteurs du Phénicien. « Il disait, rapporte Lampride, que tous les autres dieux n'étaient que les ministres du sien. » Et Hérodien ajoute qu'« ordre fut donné à tous les magistrats de Rome d'invoquer, même dans les sacrifices publics, le nouveau dieu avant tous les autres ».
Il y associa la Thanit punique, qui était une dérivation de l'Astarthé phénicienne.
On reproche à Héliogabale d'avoir étendu sa protection toute puissante sur les plus viles courtisanes, c'est-à-dire sur les féministes de son temps.
On attribue ce fait à l'éducation qu'il reçut entre sa mère Sémiamira et sa grand-mère Julia Moesa.
Il voulut garder à Rome la morale pure de la religion naturelleet on lui en fit un crime ; il voulut continuer à honorer la femme dans un monde d'orgie masculine où tout le monde l'outrage.
« Il paraissait en public, dit Lampride, vêtu comme une femme et coiffé d'un diadème orné de pierres précieuses qui rehaussait sa beauté et donnait plus de féminité à son visage. »
Il arracha une Vestale aux autels pour protester contre la religion romaine.
Le fait le plus curieux de son règne est la création d'un Sénat de femmes.
Malheureusement, les auteurs latins, si prodigues de détails lorsqu'il s'agit de raconter les cruautés, les licences, les moindres gestes des empereurs romains, sont peu prolixes sur de tels faits, dont le côté philosophique leur a échappé. Lampride est, croyons nous, le seul qui donne à ce sujet quelques renseignements que nous allons lui emprunter :
Il fut tellement dévoué à Sémiamira, sa mère, qu'il ne fit rien dans la République sans la consulter, tandis qu'elle, vivant en courtisane, s'abandonnait dans le palais à tous les désordres.
Lors de la première assemblée du Sénat (des hommes), il fit mander sa mère. A son arrivée, elle fut appelée à prendre place à côté des consuls ; elle prit part à la signature, c'est-à-dire qu'elle fut témoin de la rédaction du sénatusconsulte. De tous les empereurs, il est le seul sous le règne duquel une femme, avec le titre de clarissime, eut accès au Sénat pour y tenir la place d'un homme.
Il établit aussi, sur le mont Quirinal, un petit Sénat ou Sénat de femmes, dans un lieu où se tenait auparavant la réunion des dames romaines, aux fêtes solennelles seulement, réunion à laquelle n'étaient admises que les femmes de consuls, honorées des ornements consulaires ; c'est une concession faite par les anciens empereurs en faveur de celles surtout qui n'avaient pas leurs époux anoblis, pour qu'elles ne restassent pas elles-mêmes sans distinction.
Julia Saemia siégea dans le Sénat des hommes tant que dura le règne d'Héliogabale. Un passage de Lampride ne permet pas d'en douter :
« Avec lui on mit à mort Sémiamira sa mère, femme sans honneur et bien digne d'un tel fils. Après Héliogabale, on s'occupa, avant toutes choses, du soin d'empêcher que jamais femme ne mît le pied au Sénat, et l’on dévoua aux enfers, chargée de malédictions, la tête de celui qui commettrait pareille énormité. »
Un rôle politique, une part dans les affaires de l'État, l'accès aux charges publiques ; voilà ce que rêva pour les Matrones romaines le Syrien couronné ; Ne méritait-il pas le titre que nous lui avons donné d'Empereur féministe ? Il ne s'en tint pas là, malheureusement, et voulut pour les femmes plus encore. Il revendiqua pour elles le libre choix des amours, la satisfaction de leurs caprices, toutes les facilités de mœurs qui sont l'apanage sinon légal, du moins toléré, de l'homme dans nos sociétés modernes elles-mêmes ; en un mot, il voulut les sortir du gynécée, prison, jalouse où depuis des siècles elles étaient enfermées.
Ce n'est pas tout encore. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, il couvrit de sa protection les prostituées de Rome. Comment s'y prit-il pour les relever de l'anathème qui pesait sur elles, pour leur donner dans le monde romain une place conforme à l'idée qu'il se faisait de leurs fonctions d'après l'éducation reçue et les rites de la religion d'Emèse ? Sur ce point, les historiens latins abondent en détails précis, et nous n'avons qu'à glaner les plus singuliers documents ; à les entendre, on comprend que la réhabilitation de la prostituée ait été une des grandes préoccupations de son règne.
Tout d'abord, nous ne pouvons plus guère nous étonner qu'il considérât la chasteté, chez la femme, comme une chose monstrueuse, peut-être comme un sacrilège. Sa Divinité ne demandait elle pas le sacrifice de la virginité comme un acte recommandable ?
Aussi devons-nous croire Allègre quand il nous raconte qu'Héliogabale « avait fait publier une loi portant qu'aucune Vierge romaine, voire Vestale, ne se peut obliger à garder virginité, mais qu'elles eussent liberté de s'enfermer ou de se marier ».
Et, pour mettre sa conduite d'accord avec ses principes, Héliogabale courait souvent les quartiers mal famés de Rome et rachetait toutes les prostituées, leur rendant la liberté (donc ce sont des esclaves).
« Enveloppé d'une cape de muletier, pour n'être pas reconnu, ajoute Lampride, il visita un jour toutes les courtisanes du cirque, du théâtre, de l'amphithéâtre et autres lieux de la ville, et leur distribua des pièces d'or, en leur disant : « C'est Antonin Héliogabale qui vous donne cela, mais que personne ne le sache. »
C'est le fait d'un homme généreux et sensible à certaines misères humaines ; bien digne en tout cas de l'homme qui, traversant un jour le marché qu'il trouva bien pauvre, pleura sur la misère publique.
Et cet homme tant calomnié par les historiens « ordonna, dit Allègre, qu'aucun Romain, ne fût si hardi de jeter et mettre hors de sa maison un serviteur, esclave, cheval, chien ou autre animal de service, pour sa vieillesse et infirmité, afin que les jeunes, en servant et entretenant les vieux, pussent espérer d'avoir semblables soins et liberté quand seraient vieux ».
D'autres fois, il ramassa au cirque, au stade, au théâtre et dans les bains toutes les courtisanes qui s'y trouvaient, les réunit dans un édifice public et les harangua comme s'il eût parlé à des soldats, les appelant « braves camarades ».
Et voilà l'homme couvert de boue !...
Consultons maintenant l'opinion des masculinistes.
Les Dictionnaires de vulgarisation nous diront : « Héliogabale (218-222) fut tué dans une émeute, se signala par son extravagance. »
Mais, au-dessus des dictionnaires, il y a des savants. En voici un, c'est Salomon Reinach qui dit dans Orpheus (p. 633) :
« Le culte de la Déesse Syrienne s'introduisit en Grèce et en Italie où il fut propagé par des prêtres vagabonds et mendiants, par des soldats, des marchands et des artisans qui formèrent des confréries jusqu'en Gaule. A côté de la Déesse Syrienne, d'autres dieux de ce pays trouvèrent des fidèles, en particulier les Baalim ou Jupiters d'Héliopolis et de Doliché (en Commagène). Les impératrices syriennes favorisèrent ces cultes à Rome au 3ème siècle, et l'empereur Elagabal, prêtre de la Pierre noire d'Emèse, fit adorer ce fétiche jusque dans le palais de César. »
Après les masculinistes, consultons les féministes ; ce sont toujours eux qui nous donnent les renseignements les plus sérieux.
Cailleux nous dit (Origine celtique, p. 156) :
« Dans les anciens Mystères était une Pierre noire où brûlait le feu de Vesta. » Ces Mystères étaient célébrés par les Filles du soleil (Amazones, qui vient du grec Aimasia, et Maoz chez les Hébreux).
Plus loin, Cailleux nous donne un autre renseignement (p. 141) ; il dit :
« Esat signifie serment et Hito pierre noire.
« Apollonius de Rhodes, décrivant les Mystères de Cybèle dans l'Asie Mineure, signale la Pierre noire, qu'il appelle Mêlas lithos. A Hiérapolis, on l'appelait Hélio Kepel, pyramide du Hélion.
« En jurant sur cette pierre, on jurait donc sur le Hélion, le fleuve sacré du soleil. »
Les hommes, par imitation, jurèrent sur leurs testicules.
Pour ceux qui se moquent, Héliogabale devient Gabalus. Une grosse pierre noire est tombée du soleil, ou c'est le soleil lui-même.
Quelques-uns disent la lune. Et, comme Héliogabale est appelé Gabinus, Junon est appelée Gabina et un culte lui est rendu à Gabies, ville des Volsques.
Maintenant, voici des découvertes archéologiques qui nous rendent aussi la Pierre noire. Il s'agit des fouilles du Forum. Nous lisons ceci :
« En Italie, les explorations de la route devant la basilique Julie commencent à amener des découvertes très importantes. On peut voir actuellement six puits rituels de forme rectangulaire, obliquant légèrement vers le midi et entourés de dalles soigneusement encastrées. Chacun de ces puits s'étend sur un espace de deux pieds romains sur quatre. Dans l'un d'eux, on a trouvé un grand nombre de calices en terre cuite, de forme très curieuse, car la coupe est réduite aux proportions les plus minimes, parce que, sans doute, ces calices ne servaient qu'à des cérémonies augurales.
« Les deux premiers puits rituels, les plus près du temple de Saturne, furent coupés vers l'an 18 de l'ère chrétienne pour poser les fondations de l'arc de Tibère, mais il subsiste des traces d'une des parois de chacun de ces puits et ce sont ces restes qui ont engagé à entreprendre cette nouvelle et importante exploration.
« La question des puits rituels se rattache, en effet, intimement au problème du Lapis Niger, la Pierre Noire, sur laquelle on a tant disserté alors que le directeur des fouilles continuait en silence ses explorations. »

L’ORDRE DES ROSE-CROIX
Vers cette époque, de 240 à 270, un événement important se produisit en Orient. Un Perse, Curbicus, surnommé Manès, ressuscitait les Principes de l'ancienne religion naturelle tels qu'ils avaient été formulés dans l'Avesta.
Il en fit, du reste, un ordre fermé que nous retrouverons plus tard sous le nom de Rose-Croix lorsque les modernes le restaureront.
C'est pour protester contre la profanation du culte de Vénus dans l'empire romain que ce mouvement se produisit.
La rose était consacrée à Vénus. Elle est, par excellence, l'emblème de la Femme. Les vrais fidèles sont dits sub rosa (sous la Rose).
Mais la femme a été avilie dans son sexe, elle a souffert à cause des péchés de l'homme ; c'est sa couronne d'épines, elle représente une vallée de larmes, alors que jadis elle portait sur la tête une couronne murale appelée en, latin Vallaris Corona.
On va la réhabiliter en l'appelant Vénérable, mot qui rappellera son nom divin Vénus, et qui restera dans les ordres secrets.
C'est elle, Vénus-Uranie ou Vénus-Lucifer, qui portait le flambeau de l'Esprit avant la grande profanation ; on en fera sainte Lucie, mais on fera aussi de Lucifer un ange déchu.
Cette nouvelle doctrine, qui se propagera sous le nom de Manichéisme, va surtout protester contre la prétention de ceux qui veulent donner à l'homme les facultés divines de la Déesse.
L'homme est un demi-dieu parce qu'il se dédouble en deux principes qui se combattent de toute éternité : l'esprit, qui représente le Bon Principe, et le corps de l'homme, qui contient le mauvais principe. Donc on doit honorer l'esprit et haïr le corps.
Mais, si l'homme est un demi-dieu, il n'y a pas de demi-Déesse ; la divinité féminine est totale, intégrale.
La doctrine secrète des Manichéens a servi à faire la légende masculiniste de ceux qui renversèrent le premier Christianisme.
Ils l'ont copiée en mettant au masculin ce qui était au féminin.
L'ordre des Rose-Croix a été repris et intercalé dans la Franc-Maçonnerie par les modernes.
Dans les Sociétés secrètes modernes, on en a fait le 18ème degré.

Symbolisme secret des Rose-Croix
Tout le monde sait que la religion catholique se compose de deux doctrines :
L'une cachée, l'Esotérisme ;
L'autre enseignée ouvertement, l'Exotérisme.
Mais ce que l'on ne sait pas assez, c'est, que les deux doctrines se contredisent ; c'est aussi que l'Esotérisme, si bien caché par l'Eglise, était la doctrine enseignée par le premier Christianisme et que son culte a été conservé dans les Sociétés secrètes.
C'est, dans la Franc-Maçonnerie actuelle, le grade de Rose-Croix qui perpétue l'Esotérisme, c'est-à-dire la doctrine des premiers Chrétiens.
Cet Ordre de chevalerie fut fondé au 3ème siècle par ceux qu'on allait appeler « les Manichéens ».
Le grade de Rose-Croix est le 18ème dans les Mystères. Son but est surtout de protester contre la profanation du culte de Vénus à l'époque romaine. La rose était consacrée à cette Déesse. Vénus Uranie, ou Vénus Lucifer, porte le flambeau de l'Esprit qui dirige et organise, elle est parmi les Grands Architectes de l'Univers.
De son nom vient le mot Vénérable.
Elle porte sur la tête une couronne murale, appelée en latin Vallaris corona. De ce mot on a fait Vallum (retranchement, rampart, défense, protection), d'où le mot vallée, resté dans le grade.
Certains auteurs croient qu'il a été institué contre la Kabbale juive pour rétablir Lucifer détrôné par Adonaï, ce qui veut dire la Déesse vaincue par le Dieu, quel que soit le nom qu'on lui donne.
Le nom de ce Mystère vient de ce qu'il est symbolisé par une croix de bois sur laquelle est clouée une rose, emblème de Vénus.
Ce grade va s'occuper des deux Principes, c'est-à-dire des deux sexes. Ce qui explique ce discours conservé dans les rituels :
« Tout a été renversé, de profondes ténèbres enveloppent la Terre, elles y ont semé le désordre et le deuil, la force règne partout en souveraine maîtresse. La parole, autrefois si puissante, ne peut plus convaincre les hommes ; ils sont devenus rebelles à la Raison, à la Justice, à la Vérité ; ils n'écoutent plus que la voix de leurs passions et de leurs appétits...
« Dans ce fatal cataclysme, les travaux (les Mystères) ont été troublés, les ouvriers (les initiés) ne se reconnaissent plus, les colonnes de la Maçonnerie sont brisées, les outils sont dispersés, le voile du Temple est déchiré, la lumière qui nous éclaire est éteinte... Hélas ! trois fois hélas ! La parole est perdue ! que pouvons-nous attendre ?...
« Nous fuyons les contrées misérables où l'erreur a détruit la Vérité, où toutes les notions de la Justice sont éteintes, où l'homme dépérit sous le souffle de l'égoïsme et de l'ambition. Nous cherchons une patrie favorisée pour accomplir notre destinée terrestre, le mal ne peut plus régner partout !... »
Le président, appelé « Très-Sage », ouvre la séance en disant :
D. — Pourquoi sommes-nous ici ?
R. — Nous cherchons la parole perdue.
« Mes Frères, travaillons à retrouver la parole perdue, afin que, ensemble, tous pour chacun et chacun pour tous, nous parvenions à la recouvrer. »
Suit une exclamation : Hoscheah, qui se dit aussi Houché, et qui signifie Sauveur (1). « Que la Foi, la Charité (l'Amour) et l'Espérance nous sanctifient ! »
Les travaux des Rose-Croix commencent au moment où la lumière s'obscurcit par la destruction du Temple. Ils finissent au moment où la lumière reparaît (époque de Johana).
Le temple est éclairé par 33 bougies, pour rappeler que David a régné 33 ans à Jérusalem.
L'initiation se fait dans trois chambres :
La Chambre noire (le passé) ;
La Chambre infernale (le présent, époque romaine) ;
La Chambre rouge (l'avenir, c'est l'espérance).

LA CHAMBRE NOIRE (le passé)
Là se trouvent trois colonnes sur lesquelles sont inscrits les mots Foi, Espérance, Charité.
— La Foi, c'est l'adhésion à la lumière que le Grand Architecte (la Déesse) a fait briller en notre esprit et qui lui sert de phare en ses plus sublimes conceptions pour le préserver des fausses doctrines de la fausse science. C'est le levier au moyen duquel l'homme renverse par sa puissance intellectuelle tous les obstacles de la matière.
— La Charité (l'Amour), c'est le sentiment de bienveillance mutuelle qui établit un lien entre l'homme et la femme. De ce sentiment découlent toutes les vertus qui élèvent l'homme et lui donnent la force d'accomplir tous les actes de dévouement, de sacrifice et d'abnégation. L'amour a des baumes pour toutes les blessures, des consolations pour tous les chagrins, des larmes pour tous les malheurs, il relève, encourage le pauvre, défend l'opprimé. Marchons donc dans sa voie, elle conduit à la lumière et à la vie.
— L'Espérance est le résultat de la Foi et de l'Amour et a pour but la Justice. La Foi et l'Amour sont éteints, mais l'Espérance nous éclaire toujours, avec elle nous rallumons la Foi et l'Amour. C'est le cri d'espérance de la Femme. (Spes en latin.)

LA CHAMBRE INFERNALE (le présent)
C'est l'enfer pour les femmes, dans le monde romain, qui a tout renversé, qui a supprimé la Vérité et nié la gloire des Grandes Déesses. Tout cela est représenté par un transparent lumineux, car la salle n'est pas éclairée. Sur ce transparent, on voit Hiram (Myriam-Hathor dont on a fait Moïse) tenant sa branche d'acacia comme la palme du martyre et recevant une couronne d'or d'Eblis, l'ange de lumière.
A droite et à gauche de cette chambre se trouve un squelette ; chacun, un arc tendu à la main, lance une flèche. Ce sont les deux puissances qui ont renversé la Femme : le Prêtre, le Roi.

LA CHAMBRE ROUGE (l'avenir)
Dans le fond de la salle, un autel élevé de trois marches. Sur cet autel, un tableau représentant trois croix ; celle du milieu, ayant au centre une rose entourée d'une couronne d'épines, représente le sexe féminin ; les deux autres ont au centre une tête de mort au-dessus de tibias entrecroisés. Ces croix, avec leur tête de mort, représentent les ennemis de la Femme, le Prêtre, le Roi, qui étaient représentés par des squelettes dans la chambre infernale.
Au pied de la croix du milieu, qui représente la Femme, est un globe entouré d'un serpent qui se mord la queue, symbole qui représente l'éternité du mal. On le remplace souvent par un pélican nourrissant ses petits en se perçant les flancs, ce qui rappelle la légende de Prométhée.
La rose est l'emblème du sexe féminin, elle est clouée sur la croix (d'infamie), condamnée par l'homme, d'où la couronne d'épines.
Les néo-chrétiens copient ce symbolisme. Ils donneront à leur Christ le sexe masculin, et c'est lui qui portera la couronne d'épines de la Femme qui a souffert pour les péchés de l'homme. Quand il sera crucifié, comme la Femme, on le mettra entre deux larrons pour imiter les deux ennemis de la Femme, qui lui ont pris sa puissance religieuse, et sociale.
Au côté nord de la salle se trouve une pancarte sur laquelle on lit en grosses lettres : « L'étude de la Nature, faite par la raison, nous révèle tout ce qui doit constituer notre Foi, et son infinité nous inspire l'Espérance certaine de l'immortalité de l'humanité, parce que l'Amour en assure la régénération constante au moyen de la génération universelle. »
C'est là que les Chevaliers d'Orient et d'Occident vont être initiés au grade de Rose-Croix. On les annonce en disant : « Ils ont cherché la parole et croient l'avoir retrouvée. »
Pour cela, ils se sont dépouillés de tout ce qui leur restait d'impur et ils ont brisé les chaînes des passions, des préjugés et de la fausse science. On les interroge.
D. — Chevaliers, d'où venez-vous ?
R. — Nous avons parcouru l'Orient et l'Occident, le Septentrion et le Midi, pour chercher la parole perdue. Malgré les ténèbres qui nous enveloppaient, malgré les entraides que l'erreur et l'ignorance semaient sur nos pas, nous croyons l'avoir retrouvée.
D. — Comment ? Par quel moyen ?
La réponse est un discours symbolique.
R. — Un jour, notre course nous ayant épuisés, nos genoux fléchissaient sous le poids de notre corps, notre vue n'apercevait aucun terme à la route dans laquelle nous nous étions engagés ; notre oreille ne percevait plus aucun son et la parole expirait sur nos lèvres. Semblables au voyageur égaré dans le désert, nous tombâmes accablés, découragés, haletants. C'était l'anéantissement, l'agonie, la mort... Oui, la mort qui se levait devant nous menaçante et terrible. Quelle fut la durée de cette défaillance (le temps de la persécution juive) ? Nous l'ignorons. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que notre retour à la vie fut marqué par un événement extraordinaire... A peine nos sens commençaient-ils à se rouvrir aux sensations, qu'une voix mystérieuse (celle de Johana, la voix cachée) s'éleva au fond de notre coeur et nous fit entendre ces mots : « Depuis que le soleil s'est éclipsé, que les ténèbres se sont répandues sur la Terre, que les outils ont été brisés et que l'Etoile flamboyante a disparu, les ouvriers se sont dispersés et la parole a été perdue. Dès lors la misère a accablé la Maçonnerie. A la place des jours de gloire qui marquèrent et suivirent son avènement, elle n'a eu que des jours néfastes ; ses ouvriers attendent dans les larmes et le deuil qu'un de leurs Frères retrouve la parole qui seule doit faire renaître son antique splendeur. Vous êtes dévoués à cette mission difficile et la Foi vous manque. Prenez courage, apôtres de la Vérité ! Le flambeau de l'Espérance vous éclaire et la Charité (l'Amour) vous montre le chemin. Encore quelques efforts et vous atteindrez le but. Ignorez-vous qu'une foi ardente soulèverait des montagnes ? Courage donc, hommes de bonne volonté, vos Frères vous attendent ! »
« Ainsi parla la voix, et nous sentîmes comme un souffle qui nous pénétrait au moment où elle murmura, en s'éloignant, une parole qui fut pour nous la révélation d'une lumière nouvelle... Alors, nous nous levâmes en promettant de ne prononcer cette parole qu'après avoir été consacrés par vous. Puis, l'ayant burinée en caractères ineffaçables, nous la renfermâmes dans un coffre en métal le plus pur. Depuis lors, notre âme reprit sa sérénité. La douce espérance marchait avec nous, et nous sommes accourus pour déposer en vos mains ce coffre qui doit renfermer l'objet de tous nos voeux... Le voici. »
Cette boîte est remise au Très-Sage. Elle est fermée par un ruban rouge qui forme la croix latine ; elle est scellée de cire rouge. Le Très-Sage rompt le cachet, ouvre la boîte et en tire un papier qu'il lit en épelant lettre par lettre :

I... N... R... I.

A ce moment, on retire le rideau dont est couvert le transparent (le voile du Temple) qui cache l'autel, et il faut comprendre la relation qui existe entre ce mot et l'autel du sacrifice sacré.
Puis une prière à la Déesse :
« Toi qui as la toute-puissance pour sceptre, l'éternité pour règne, bénis nos travaux dont le seul but est d'étudier tes lois qui se résument dans ces mots : Harmonie, Justice, Amour.
« Lorsqu'un jour la doctrine maçonnique sera devenue celle de tous les peuples et qu'ils ne formeront plus qu'une seule et même famille de Frères et de Soeurs unis par l'amour, la science et le travail, alors, plus dignes de toi, ils jouiront de l'éternelle harmonie que tu imprimes à toute la Nature. Daigne, ô Grand Architecte de l'Univers, nous rendre dignes de voir de si beaux jours. Amen. »
Puis un discours du Très-Sage dans lequel nous trouvons ceci :
« Nous, Chevaliers Rose-Croix, nous interprétons le monogramme IN RI par ces mots :

IGNÉ NATURA REGENERATUR INTEGRA

C'est-à-dire : La Nature est régénérée entièrement par le Feu. Aux profanes nous donnons un sens littéral, nous leur disons que la Nature engourdie par le froid est régénérée par le soleil au retour du solstice. Mais à ceux qui sont dignes de recevoir la communication des hautes sciences et des mystères sublimes, iis quibus datum est noscere mysierium, à ceux-là nous donnons la véritable interprétation de ces mots : Toute la Nature est renouvelée par le Feu... (1) En effet, que nous dit le Verbe ?... Il nous dit : « De même que l'or est purifié dans la fournaise, ainsi le Juste (la Femme) sera purifié par le Feu (l'amour) » ; le Feu est le principe de vie qui anime tous les êtres.
« Mais ce n'est pas au Feu matériel qui sert à satisfaire une partie de nos besoins que se rapportent les allégories de ce grade. Non ! c'est au Feu principe, à ce Feu conservateur et vivifiant qui pénètre et embrase toute la Nature, c'est à ce Feu sacré, que se rattachent tous nos mystérieux symboles. Au rayonnement de ce Feu sacré qui forme la parole, la Femme a reconquis tous les droits de sa primitive origine. » (Il est des modernes qui, partout, mettront le mot Homme à la place du mot Femme.)
Après ce discours, les nouveaux Chevaliers Rose-Croix prêtent le serment du silence, puis on leur donne le cordon du grade en disant :
« Mes Frères, la couleur de ce cordon est rouge ; c'est la couleur du soleil ou de la lumière à son foyer, c'est aussi la couleur de l'amour. (C'était la couleur qui symbolisait le sexe féminin dans l'antiquité.)
« La Rose était le secret de la fécondité dans les Mystères égyptiens, elle était l'emblème d'Isis, la Femme féconde par excellence. Donc, la croix ayant une Rose dans l'intersection de ses bras figure l'humanité se renouvelant sans cesse ; ce symbolisme mystique contient le secret qui rend la Femme immortelle.
« Quant au Pélican (qui se perce des flancs pour nourrir ses enfants), il est l'emblème de la mort morale du Père par l'acte de la génération.
« Vous voilà parvenus, mes Frères, au grade de Chevaliers Rose- Croix. Un horizon plus vaste doit s'ouvrir à votre esprit devant les devoirs nouveaux que vous aurez à remplir. Le but que se proposent les Chevaliers Rose-Croix, c'est de former des Maçons qui se dévoueront fermement et activement à la propagande. C'est là, mes Frères, une tâche difficile et périlleuse, car les ennemis de la Vérité sont innombrables. Mais leurs efforts pourraient-ils étonner notre courage ?... Nous combattons avec les armes de la Foi qu'aucune passion humaine ne saurait émouvoir ; nous instruisons par la Charité (l'amour), cette rosée céleste tombée sur l'homme pour assurer sa réhabilitation ; et, dans notre oeuvre féconde, nous sommes éclairés par l'Espérance... Qui pourrait donc nous arrêter ? Rien si nous restons sincèrement unis, tous pour chacun et chacun pour tous, nous abritant sous l'égide de la solidarité et de la fraternité universelle. »
Le Chevalier d'éloquence prononce un discours sur la réception qui vient d'avoir lieu. Il rappelle aux néophytes les diverses phases de leur initiation. Il parle du soleil qui est l'emblème d'Hiram (Maria) et du Christ (la Déesse), explique l'éternité des forces cosmiques et la substance universelle. Puis il montre que sur terre, la génération est tout, que la création n'est que l'induction de la génération. C'est la génération qui assure l'immortalité de l'homme comme espèce, l'immortalité de la famille humaine, grâce à la succession des générations que rien ne saurait interrompre, et aussi l'immortalité mystique que le symbolisme représente (celle de la Femme) et que le Principe du Feu explique.
Il ne reste plus qu'à suspendre les travaux et à passer à la cérémonie finale, la Cène.
Le Très-Sage, s'adressant au premier Grand Gardien, dit :
D. — Quel est le but que se proposent les Chevaliers Rose-Croix ?
R. — Combattre l'orgueil, l'égoïsme et l'ambition, pour faire régner à leur place le dévouement, la charité et la vérité.
D. — Qui vous a reçus ?
R. — Le plus humble de tous.
D. — Pourquoi le plus humble ?
R. — Parce que c'était le plus éclairé et qu'il savait que toute science vient d'en haut (c'est-à-dire des esprits supérieurs formant la première caste).
(1) C'est cette formule qui est résumée dans les mots Immaculée Conception. Quand Auguste Comte a aperçu cette Vérité, il a fondé la Religion de l'Humanité sur ce qu'il a appelé « l'utopie de la Vierge-Mère ».

LA CÈNE
Après cette cérémonie de réception a lieu la célébration de la Cène, symbolisme d'une importance capitale qui a pour but de rappeler comment s'accomplissait l'union de l'homme et de la femme dans le régime théogonique. Cet acte était considéré comme la base même de l'ordre social ; c'était un rite religieux entouré de prescriptions et de consécrations. Dans le langage de l'Eglise, on l'appellera le sacrifice ; c'est la principale cérémonie de toutes les religions ; elle a une haute signification psychologique. Elle remonte à l'époque où la Femme qui dirigeait le culte considérait l'amour comme une élévation spirituelle, alors que, depuis, le même mot amour, profané, a désigné un abaissement sexuel.
La différence de leurs natures est tout entière manifestée dans cette divergence de vues.
La Théogonie avait glorifié la Femme dans sa sexualité qui engendre la spiritualité ; les religions masculines voulurent l'imiter, rendre un culte au sexe mâle, et il en résulta une anarchie morale qui mène à la démence. Là est la cause du mal social.
Voici comment, dans les Ordres secrets, la Cène est résumée :
On fait apporter une table recouverte d'une nappe blanche bordée de rouge, sur laquelle se trouvent du pain, du vin, deux grandes coupes et deux serviettes. Le Très-Sage dit : « Avant de nous quitter, nous allons rompre ensemble le même pain et boire dans la même coupe. Nous cimenterons ainsi davantage les liens qui nous unissent et nous nous aimerons mieux... Approchons-nous, mes Frères, de la table fraternelle. »
Quand tous sont placés, le Très-Sage dit : « Grand Architecte de l'Univers (Déesse-Mère), toi qui pourvois aux besoins de tes enfants, bénis la nourriture que nous allons prendre ; qu'elle soit pour ta plus grande gloire et pour notre satisfaction. »
Prenant le pain et l'élevant : « Que ce pain nous maintienne en force et en santé. »
Prenant les coupes qu'il remplit et les élevant : « Que ce vin, symbole de l'intelligence, élève notre esprit. »
Il rompt le pain en deux parties égales, puis sur ce pain il fait le signe du grade, ce qui équivaut à une bénédiction. Le Chevalier d'éloquence, qui est à la gauche du Très-Sage, exécute sur le pain le contre-signe. Le Très-Sage alors donne les deux morceaux de pain à ses voisins, après y avoir mordu, en disant : « Prenez et mangez. Donnez à manger à ceux qui ont faim. » Après cela, il prend les deux coupes et fait le signe sur le vin, puis il fait passer les deux coupes après y avoir bu quelques gouttes, en disant : « Prenez et buvez. Donnez à boire à ceux qui ont soif. »
Le pain et le vin circulent, chacun y goûtant. Après cela, on fait la chaîne d'union et l'on se donne le baiser fraternel.
La cérémonie de la Cène a lieu obligatoirement après les séances de réception et quelquefois après les tenues solennelles.

LES AGAPES
Les agapes des Rose-Croix ont lieu une fois par an, dans la nuit du Jeudi Saint au Vendredi Saint. C'est la fête de Pâques. On pourrait dire la fête de la fécondation, qui, dans les temps anciens, n'avait lieu qu'une fois par an pour assurer la reproduction. C'est ce qui est symbolisé par la Pierre cubique, c'est-à-dire le rapprochement des deux triangles qui, unis, font un cube. Ils sont dédoublés toute l'année, c'est-à-dire séparés ; une fois par an seulement, on les réunit dans une grande cérémonie religieuse.
Tout le symbolisme des agapes se rapporte à l'idée d'union. La cérémonie a lieu après la célébration de la Cène.
Au fond de la salle se trouve la Croix portant la Rose. Les verres sont des calices (le vase sacré). On les place sur une ligne tracée par deux rangées de rubans rouges (symbolisant le sang de la Femme). Les noms des objets sont très symboliques :
La table s'appelle autel.
La nappe, tapis.
Les serviettes, écharpes.
Les verres, calices.
Les bouteilles et carafes, amphores.
Boire, c'est vider le calice.
On comprend que tout cela couvre le naturalisme sexuel.
On ne met sur la table qu'un pain pour deux couverts, qui, primitivement, devaient être pris par un homme et une femme. Celle devant laquelle il était placé devait le partager avec le frère qui était à sa droite en le lui présentant afin de le rompre ensemble.
Quand on porte des santés, ce qui s'appelle exécuter des libations, on met sa serviette sur son cou, comme les Juifs, dans leurs synagogues, mettent encore le taleth. C'est l'image du lien d'union, représenté par le poêle qu'on tenait sur la tête des mariés pendant la bénédiction nuptiale. En latin, cette serviette's'appelle pallium (manteau).
Ce nom de poêle est donné au drap mortuaire dont on couvre le cercueil dans les sacrifices masculins.
Nous n'avons pas parlé du 17ème degré qui le précédait : Chevalier d'Orient et d'Occident, parce qu'il se rattache complètement à l'histoire que nous allons développer dans la suite du blog.
Si nous mentionnons ici les Rose-Croix, c'est parce que, cette doctrine s'étant répandue en Gaule, nous allons voir les Druidesses instituer de nouveaux Mystères sous l'influence des vérités que ce mouvement rapportait.
Déjà, plusieurs peuples avaient fait alliance et constitué parmi les Chevaliers d'Orient et d'Occident un grand conseil dit des Chevaliers Rose-Croix, qu'ils chargèrent de juger toutes les difficultés qui pourraient désormais surgir entre eux.
On allait aussi instituer un enseignement pour montrer aux peuples comment les empires s'écroulent et comment les nations se relèvent.
Ce grand conseil fut une forme rénovée des Aréopages, qui sont des assemblées délibérantes que les Catholiques copieront en faisant des conciles.
(1) Dans le monde supérieur, le rédempteur qu'on attend n'est pas désigné par le mot « oint », mais par le mot « Soter » (sauveur). Le Soter, c'est la Sota, l'ancienne reine en Egypte.

NOUVEAU MYSTÈRE EN GAULE
Au moment où la suprême autorité morale de la Mère, est menacée par le Droit romain et par les doctrines fausses qui envahissent le monde, on va rappeler que c'est à elle seule que cette autorité appartient. Ce nouveau grade sera intitulé : LA GRANDE SOUVERAINE (MATRICE) DE LA JÉRUSALEM CÉLESTE
Il aura pour objet de rappeler que l'enseignement de la Vérité avait créé l'Age d'or et l'Eden, dira-t-on symboliquement, c'est-à-dire la vie heureuse.
Les allégories et les symboles de ce grade sont empruntés à l'Apocalypse. On fait chercher à l'aspirant la route qui conduit à la Jérusalem Céleste, le chemin de la Vérité. On y trouve les quatre portes de l'Arbre central aux 12 feuilles, point de départ de toute science.
La Franc-Maçonnerie moderne en a fait le 19ème degré.
Il est utile, pour reconstituer les Mystères antiques, de s'inspirer de la forme qu'ils ont prise dans le monde masculin, car il n'y a généralement de changé que le sexe des personnages ; les rituels ont dû être respectés, car ils se rattachent d'une façon précise aux événements de chaque époque.
C'est ainsi, que nous trouvons dans le discours de l'orateur du 19ème degré ces phrases :
« Il n'y a pas d'autre Vérité que celle qui est enseignée par la raison. L'éducation des masses, par l'enseignement, ramènera seule les beaux jours de l'Eden où vivaient, le premier homme et la première femme. (On aurait dû dire, au pluriel, les premiers hommes et les premières femmes.)
« Le vrai paradis, c'est l'Eden (l'âge d'or perdu depuis que la Femme a été renversée de son trône et réduite en esclavage)
L'humanité s'y nourrissait des fruits de l'arbre de la science, et, pour posséder de nouveau le Paradis, il faut que l'interdiction faite par Adonaï (Dieu masculin représenté par le Prêtre) de toucher à cet arbre n'ait plus aucun effet. C'est pourquoi, sous la conduite de l'Ange de lumière (la Femme), les descendants de Myriam (Hiram) monteront à l'assaut de la Jérusalem céleste pour réduire à l'impuissance Adonaï, principe du mal.
« L'Eden reconquis, l'Ange de lumière régnant et Adonaï déchu de son pouvoir néfaste, tel est le but de notre Fraternité. »
Faut-il faire remarquer que le Principe du Mal a pris bien d'autres noms depuis cette époque ?
Les assistants, vêtus d'une robe blanche, ont le titre de fidèles et vrais frères, parce que, depuis la grande apostasie romaine, il y a des infidèles et des faux frères. Ils portent autour du front un bandeau de satin bleu, avec douze étoiles brodées en or, pour représenter les douze livres de la nouvelle science annoncée dans l'Apocalypse et qui doivent rapporter la Vérité dans le monde à venir.
A propos des 12 étoiles représentant les 12 livres de la science restituée, on dit :
« Notre vision ne pouvant embrasser qu'une portion infinitésimale du grand tout harmonique de la Nature, notre intelligence étant essentiellement finie, en présence de l'infini, nous n'avons pas à préjuger le moment où la Vérité, l'Honneur et la Fraternité écraseront définitivement le mensonge, la bassesse et l'intolérance, les trois têtes de l'hydre du mal. Notre devoir est d'attendre ce moment béni avec patience et confiance. »
C'est depuis lors que les Celtes attendaient une régénération morale, une nouvelle épiphanie de la Déesse. Celle qui devait venir l'accomplir devait naître le jour de Noël, suivant l'ancien calendrier, c'est-à-dire douze jours après la Noël actuelle. La nuit qui devait la voir naître était appelée d'avance « nuit mère » (nodra nect).
Dans ce grade, il n'y a qu'un seul surveillant (épiscope) au lieu de deux à l'ouest (côté des hommes), pour faire comprendre que la moitié des hommes a passé dans le parti des traîtres, des faux frères. Ce surveillant unique tient en main une étoile d'or, pour signifier que c'est lui, resté fidèle, qui possède la vérité.
Ce grade n'est pas seulement un degré à ajouter aux autres, c'est une réorganisation complète à faire, une division nouvelle à créer, une troisième partie à annexer aux anciennes Fraternités.
Les modernes l'appelleront la Maçonnerie noire. Il s'agissait de faire comprendre qu'un grand malheur public s'abattait sur le monde, à cause des doctrines fausses du nouveau masculinisme qui commençait à se répandre partout.
La question du vêtement a une grande importance dans les Mystères masculins ; aussi on décrit toujours le costume avant d'expliquer les principes qu'on va enseigner. Dans le grade dont nous nous occupons, la Mère-Vénérable porte une robe de satin blanc. Il est probable que ceux qui ont remplacé la Mère par le Père l'ont aussi habillé de satin blanc. Nous l'ignorons, mais nous avons un document curieux qui nous renseigne sur cette question du costume ; c'est la description que fait M. Monceau d'une initiation antique d'après Apulée. Il dit ceci :
« Il s'arrête devant les hiéroglyphes entrevus dans les temples des dieux orientaux. Au milieu de ses escapades dévotes, il regarde curieusement le gros livre que le Grand-Prêtre tire du plus profond de son sanctuaire. C'est un affreux grimoire qui se dérobe aux indiscrets. On y distingue des figures d'animaux qui résument à elles seules de longs sermons, puis ce sont des dessins qui s'enchevêtrent en nœuds, s'arrondissent en roues, ou se contournent en spirales comme les vrilles d'une vigne. Tout cela, dit Apulée, pour se défendre contre la curiosité des profanes. Malgré sa dévotion, ces hiéroglyphes lui ont causé bien des distractions à l'époque où il se faisait admettre aux Mystères ; pendant qu'on lui lisait les formules consacrées, il regardait anxieusement dans le gros livre par-dessus l'épaule du prêtre. Au milieu même de la cérémonie d'initiation, il étudie du coin de l'œil le costume dont on l'a affublé. Il s'avance couvert de douze robes sacerdotales. On le fait asseoir au milieu du temple, en face de la statue de la Déesse, sur une estrade de bois. Sur sa robe de dessus, la douzième, couverte de dessins à fleurs, on pose encore une grande chlamyde qui, de ses épaules, tombe jusqu'à ses talons.
« De tous les côtés, dit-il, je me présentais chamarré de figures d'animaux de toutes les couleurs. C'étaient des dragons de l'Inde, des griffons hyperboréens, ailés comme des oiseaux, produit d'un autre monde. En liturgie, on appelle ce vêtement la robe olympienne. De ma main droite je tenais un cierge allumé. Mon front était ceint d'une belle couronne de palmiers blancs, dont les feuilles semblaient des rayons lumineux. Immobile comme une statue, j'avais l'air du soleil. On tire les rideaux et le peuple m'admire, bouches béantes. »
« Tout en marmottant ses prières, il avait l'œil sur les hiéroglyphes, sur la foule, sur son estrade et sur ses treize robes. » (Monceau, Apulée)

LES DRUIDESSES VAINCUES ET DISPERSÉES
Quand la religion de l'homme devint sanguinaire et intolérante, quand la femme fut persécutée, elle fit ce que nous lui avons vu faire partout, elle s'éloigna de l'homme, cherchant le repos et le calme dans la solitude, et c'est ainsi que les Druidesses, cachées dans les forêts, enseignaient les lois de la Nature.
Mais là-même elles n'étaient pas en sécurité ; alors elles s'isolaient sur des bateaux. Enfin nous les retrouvons dans une île de l'Océan Atlantique, l’ile de Sein, où elles continuent à enseigner la science dans un dernier « Collège de Druidesses » qui a longtemps existé.
« Avec Jules César sonne la dernière heure des Mystères par le sac de la célèbre Alésia (Alise Sainte-Reine) tombeau de l'initiation, de la religion des Druides et de la liberté de la Gaule.
« Bibracte, son Sacré Collège et ses Ecoles recevant 40.000 élèves et où s'étudiaient toutes les sciences, son amphithéâtre pouvant recevoir 100.000 spectateurs, un Capitole, des temples, de somptueux édifices, une naumachie gigantesque, un champ de Mars, etc., etc., et des fortifications datant des époques héroïques ; toute cette grande et célèbre cité fut anéantie et, avec elle, périrent les secrets des grands mystères de la Nature (1). » (F. d'Olivet.)
Un sénatusconsulte du temps de Tibère supprima les Druides devenus des espèces de devins et de médecins. Claude abolit complètement la religion druidique, si effroyablement cruelle ; déjà, sous Auguste, elle avait été interdite aux citoyens romains.
Dans cette condamnation des Druides on comprend les Druidesses qui, cependant, n'étaient pas leurs complices, mais, au contraire, leurs victimes.
Du reste, depuis longtemps on les laissait au second plan, on parlait peu d'elles, et, si nous consultons les auteurs latins et grecs, nous ne saurons presque rien sur la place qu'elles occupaient dans les Gaules.
Le géographe romain Pomponius Mêla, parlant des prêtresses de l'île de Sein, en face des rivages des Orsismi, dit : « On les appelle Gallizenae », et M. Dottin ajoute : « Les gallicanas dryades de Vopiscus. » Le nom de Druidesse n'y est pas prononcé.
On trouve encore au 3ème siècle, en Gaule, des prophétesses appelées Dryades ; ceux qui en parlent tendent à les inférioriser.
L'une aurait prédit à Alexandre Sévère (208-235) sa fin prochaine.
L'empereur Aurélien (270-275) avait consulté les prophétesses gauloises, gallicanas dryades, sur l'avenir de sa postérité.
« Une de ces femmes aurait promis l'empire à Dioclétien ; cette dernière était une aubergiste de Tongres. » (Dottin.)
On croit que la prophétesse tongrienne, Tongria Virgo, s'appelait Pou-hon. C'est elle qui aurait donné son nom à la fontaine minérale de Spa.
Henri Martin les assimile aux religieuses. « Il existait, dit-il, des communautés de femmes consacrées à la Divinité ; on les nommait Druidesses. Elles vivaient retirées dans les îles de la mer et des fleuves, et le peuple les croyait douées du pouvoir de soulever et d'apaiser les vents et les flots, de prendre à volonté toutes sortes de formes d'animaux et d'oiseaux, et de prédire l'avenir. Dans la mémoire des peuples, leur souvenir se confond avec les contes de fées. »
Le nom qui a surnagé, dans ce naufrage des Druidesses, est celui de Velléda, et cela parce que Chateaubriand l’a fait revivre dans ses Martyrs. Il lui fait dire, dans un discours qu'elle adresse aux Gaulois: « Est-ce là le reste de cette nation qui donnait des lois au monde ? Où sont ces Etats florissants de la Gaule, ce conseil des Femmes auquel se soumit le grand Annibal ? »
Velléda aurait été une Druidesse des Germains. Son père, qui s'appelait Segenax, fut le premier magistrat des Rhédons.
Dans le Dictionnaire de Décembre-Allonnier, nous lisons ces lignes :
« Velléda ou Véléda, nom générique donné par les Germains à leurs prophétesses, et dont les Romains ont fait un nom propre.
La plus célèbre est celle qui prit part à la révolte de Civilis et des Bataves contre Vespasien en 90. Elle était de la nation des Bructères et engagea les Germains à reconnaître l'Empire gaulois qu'elle fut ensuite la première à abandonner, pour traiter avec Céréalis. Après le départ des troupes romaines, elle essaya de faire insurger de nouveau le pays. Mais elle tomba entre les mains du proconsul Rutilius Gallicus, qui l'emmena prisonnière à Rome. »
Izoulet voit la grandeur de la Celtide dans le Conseil qui se tenait tous les ans, et dont nous avons expliqué l'origine. Il dit : « Chaque année, les Druides tenaient au centre de la Gaule, dans le pays de Chartres, de véritables assises pour tous les procès publics et privés, avec, au besoin, de redoutables sentences d'excommunication.
« Cette domination du Clergé a frappé beaucoup tous les écrivains anciens qui se sont occupés de la Gaule. Il n'y avait, en ce moment, rien de semblable dans le monde grec et romain. L'Orient seul offrait, en Egypte et en Chaldée, une caste sacerdotale aussi puissante que celle des Druides.
« Chaque année, les Druides des cités, c'est-à-dire leurs représentants auprès des puissances divines (les Déesses-Mères), se réunissaient en assises solennelles dans le pays Carnute. »
Et il ajoute : « C'étaient les Druides qui présidaient le plus souvent à ces pensées et à ces relations communes. »
Donc ils ne remplaçaient pas toujours les Déesses-Mères qui en étaient les présidentes naturelles.
« Leur assemblée annuelle chez les Carnutes, les DIEUX qu'ils adoraient, leur organisation en Églises, leur obéissance à un pontife souverain (Matrice), les leçons qu'ils donnaient sur les origines de la nation, tout faisait d'eux les représentants traditionnels et les gardiens de l'unité celtique. » (La Rentrée de Dieu, p. 141.)
Les assises solennelles dans le pays Carnute ont laissé un souvenir ineffaçable dans l'esprit des peuples anciens. C'est pour cela que les Catholiques ont édifié une cathédrale à l'endroit sanctifié par la tradition sacrée.
Aujourd'hui, une vieille croyance de la ville de Chartres fait remonter aux Druides l'existence de la superbe église à laquelle la cité des Carnutes doit justement sa célébrité. Des historiens fort sérieux ont écrit que, trois ou quatre cents ans avant la naissance de la Vierge, les prêtres païens avaient voué un autel et une statue Virgini parituroe, à la Vierge qui doit enfanter.
On n'a donc pas pu faire autrement que de remettre une simili-Déesse dans ce lieu consacré aux anciennes Déesses celtiques.
Cet enfantement attendu, c'est l'attente de la restitution de la science antique par une nouvelle Déesse, prédite et espérée, qui viendrait remettre les choses comme elles étaient pendant les temps bienheureux de l'âge d'or.
Izoulet nous dit encore, dans le livre déjà cité (p. 138) :
« Depuis plus de 2000 ans, la Gaule-France est Avouée à la recherche, à la poursuite, à la reconquête de sa primitive Religion naturelle, à savoir le Dieu druidique.
« Les Druides ne se bornaient pas à conserver les survivances religieuses de cette unité, ils préparaient pour l'avenir des générations capables de comprendre, d'aimer et de défendre le nom gaulois.
« Les Druides, dont l'enseignement s'adressait à tous les nobles, enseignaient le passé divin de la race ; ils les excitaient à combattre ou mourir.
« Ces éducateurs de la jeunesse se trouvaient être ceux qui maniaient le plus les idées générales, et c'est grâce à ces hommes, sans doute, que, malgré les querelles des peuples, elles reprenaient vigueur à chacune des générations qu'ils formaient. »
Mais la Gaule fut conquise par les Romains, et les Romains n'ont pas manqué de laisser lentement s'éteindre ou d'aider sourdement à s'éteindre le Druidisme et la corporation des Druides, ces fervents mainteneurs de la sainte Matrie.
Camille Julian dit : « Ils supprimèrent ou laissèrent se dissoudre la corporation des Druides dont ils redoutaient, avec raison, la puissance politique et l'influence populaire. Le Druidisme subsista jusqu'au 4ème siècle, mais ne forma plus que des devins ou des sorciers. Et, pour justifier leur suppression, les Romains les accusaient de toutes sortes de crimes qu'ils n'ont, sans doute, jamais commis. »
La conquête romaine est sévèrement jugée par Camille Jullian.
Il dit : « Si Rome n'avait pas étendu son empire sur la Gaule, il eût fallu, pour la transformer, compter par siècles et non point par années.
« ... Pour l'avoir empêchée de rester une et forte, de se gouverner et de s'éduquer à sa guise, nous ne saurions trop détester l'impérialisme romain. Il a arrêté l'œuvre à laquelle tant de siècles avaient déjà travaillé.
« ... Si Domitius et César n'étaient point venus, une grande patrie aurait achevé de se former sur la terre et elle y aurait pris une noble figure. Il n'en fut pas ainsi...
« Les épopées des Druides, les hymnes des Bardes, sont sortis de la mémoire des hommes...
« ... Les poèmes sacrés se sont tus pour toujours, plus rien ne nous les rendra.
« Et Rome, après avoir privé la Gaule de son existence nationale, a aboli jusqu'aux œuvres et aux souvenirs de son histoire.
« Elle l'a frappée dans son présent, elle l'a frappée dans son passé, elle l'a retardée dans ses destins naturels. »
En effet, les Grecs et les Romains ont détruit les annales des Celtes pour effacer leur histoire et ne laisser subsister à la place que les mensonges dont ils l'avaient recouverte. De là l'abaissement du niveau spirituel des hommes par les Humanités, qui sont l'évangile masculiniste et misogyne perpétué par l'enseignement de la littérature grecque et latine.
(1) Sur l'emplacement d'Alésia (à Alise Sainte-Reine, Côte d'Or) était l'oppidum de Bibracte qui semble avoir été abandonné peu de temps après la conquête romaine.

L’ÎLE DE SEIN
Pour protester contre l'invasion romaine, en même temps que pour garantir leur sécurité, les anciennes Druidesses s'étaient réfugiées dans l'île de Sein, appelée alors Enez Sizun.
Actuellement, c'est une île française séparée de la côte du Finistère par le Raz de Sein.
C'est un endroit d'une sauvage grandeur. A l'extrémité du vieux continent, de hautes falaises se dressent, les vagues y livrent aux rocs gigantesques, sur lesquels elles se ruent, le combat titanique des éléments. Au sein des nuits d'hiver, le roulement des blocs entrechoqués se fait entendre à plus de six lieues à l'intérieur des terres. Cela provoque dans les esprits timorés une crainte superstitieuse. C'est que, à peu de distance de cette côte sauvage, s'étend une île parsemée de bosquets d'arbres sous lesquels s'élèvent encore des autels de pierre. C'est l'antique refuge des dernières Druidesses, « sanctuaire sacré que le pied de l'homme ne souillait jamais », dira-t-on.
Cette île est, depuis longtemps, entourée d'une mystérieuse légende.
Pomponius Mêla, dans sa Description du Monde au 1er siècle de notre ère, dit de ce séjour caché par les brumes de la mer :
« L'île de Sena, située dans la mer Britannique, en face les rivages, des Osismiens, est célèbre par les oracles qu'y rend une Divinité gauloise ; les prêtresses consacrées, qui doivent garder une éternelle virginité, sont au nombre de neuf. Les Gaulois les appellent Sènes et pensent qu'inspirées par un génie particulier, elles peuvent, au moyen de leurs incantations, déchaîner les vents et les flots, se métamorphoser en tel animal qu'il leur plaît, guérir les maladies réputées incurables, savoir et prédire les choses qui seront. Mais, pour connaître et user de leur science, il faut s'embarquer et les venir consulter dans leur île même. »
M. Paul Gruyère, qui fait cette citation dans son article L'île de Sein, ajoute : « Il paraît évident que c'est bien de l'île de Sein qu'il s'agit là, le nom français étant une traduction naturelle du nom latin ; nul doute non plus que les prêtresses, les prophétesses en question, ne fussent des initiées du culte druidique qui a laissé dans toute l'Armorique tant de vestiges, et dans l'île de Sein elle-même des traces suffisantes.
« Quant à Strabon et à Denys le Périégète, dans son poème géographique en vers grecs, ils parlent également d'une île située à peu près dans ces parages, où étaient célébrés de soi-disant Mystères de Bacchus. Strabon la place plus bas, vers la Loire, mais il est coutumier d'erreurs plus graves. »
C'est ainsi que les auteurs grecs et latins rapportaient tout aux usages de leur pays, de leur religion et de leurs coutumes !
Dans César, nous lisons (Livre II) : « L'île de Sein (Sena) fameuse par son oracle, connu dans la Gaule et dans tout l'Occident. Neuf Druidesses y étaient attachées. »
Ajoutons qu'à Carnac (25 ou 30 lieues de l'île de Sein) était une chaire pour l'enseignement de la science antique.

LES DERNIERS MYSTÈRES DRUIDIQUES
La grande perturbation apportée dans la vie sociale par l'occupation romaine qui avait introduit en Gaule un culte nouveau, avait donné de l'audace à ceux que, dans les anciens Mystères, on appelait des épiscopes (surveillants). Enhardis par le règne du masculinisme, ils voulurent prendre une autorité morale qui, jusque-là, n'avait appartenu qu'à la Femme. Pour protester contre toutes ces profanations, les Prêtresses gauloises fondent un nouveau Mystère qui devait être intitulé : LA GRANDE MATRICE (ou Matriarche) Vénérable Maîtresse ad Vitam.
On va montrer que, la Femme seule ayant fait la science, elle seule peut représenter l'autorité spirituelle et diriger l'enseignement dans les collèges sacerdotaux. On va rappeler les neuf Révélatrices, auteurs des grands Livres sacrés. Pour cela, le chiffre neuf va reparaître. Les grandes Déesses de l'antiquité vont être représentées par les neuf Druidesses de l'île de Sein.
Le trône sur lequel la Grande-Maîtresse sera assise s'appelle en gaulois Gador (chaise) ; c'est le Saint-Siège. Il a neuf marches. Devant lui sera un autel sur lequel se trouve le Sépher, le Livre de Myriam que les hommes ont dénaturé.
Neuf grandes Matrices composent l'atelier.
L'Orient se nomme le sanctuaire.
Entre le sanctuaire et l'autel est placé le chandelier à neuf branches rappelant les neuf grandes Muses qui ont apporté la lumière au monde. Ce chandelier reste toujours allumé pour montrer qu'on garde leur science et qu'on n'admet pas les dogmes sacrilèges que des hommes ont inventés pour la renverser.
Les surveillants (épiscopes) sont au nombre de deux, ce qui indique qu'on a reconstitué le personnel des Fraternités et remplacé les transfuges par des frères nouveaux.
La tradition qui s'attache à l'île de Sein dit que jamais homme n'y pénétra, excepté le plus ancien des Druides. Ceci vient de ce que le radical « sen » veut dire vieux en celtique (d'où senex, vieillard, en latin).
Les femmes qui exerçaient le sacerdoce n'étaient certainement pas jeunes ; c'étaient les anciennes (vénérables), et leur assemblée, « le sénat », se tenait dans le sénaculum (d'où cénacle).
Et c'est pour cela sans doute que l'île qui leur sert de refuge a pris le nom de Sein. Les initiés aux Mystères sont les Senanisi, philosophes gaulois qui succédèrent aux Druides et qui devinrent les bardes et les devins versés dans les sciences sacrées.
L'enseignement donné expliquait la substitution des personnes chez les Juifs, commencement de tout le mal. On rappelait le temps de Zorobabel apportant la confusion dans l'histoire ancienne pour supprimer le grand rôle de la Femme.
La lumière de l'esprit féminin est représentée par une étoile qu'on encense neuf fois en souvenir des neuf grandes Révélatrices.
On l'appelle l'Etoile du Matin, c'est elle qui va monter dans le ciel pour éclairer de nouveau la Terre, car cette espérance n'a jamais été abandonnée. On rappelle l'histoire de la science antique, des sages de la Chaldée, des Prêtresses chargées d'enseigner la vérité et dont le mot d'ordre était : « Allez porter la lumière, déracinez l'obscurantisme. » On insiste sur la nécessité de maintenir à outrance, et par tous les moyens possibles, les droits sacrés de la Femme, on demande l'équité, ce qui veut dire alors la chevalerie (équité vient d'eques, d'où équitation), on réclame sa place dans la société près de l'homme et on proclame que rien ne peut l'empêcher de jouir de tous ses droits naturels.
On condamne l'outrage qui lui est-fait par la nouvelle religion romaine qui l'infériorise dans son sexe et l'humilie. « Les filles, dit Cambry, ne sont jamais coupables contre l'honneur. »
Chateaubriand, dans ses Martyrs, rend un bel hommage à ces grandes femmes. Il dit des Muses (Livre II) : « C'est vous qui avez tout enseigné aux hommes, vous êtes l'unique consolation de la vie, l'homme n'a reçu du ciel qu'un talent, la divine poésie, et c'est vous qui lui avez fait ce présent. »
Oui, sans une autorité enseignante, il serait plongé dans le chaos ; car l'homme vit suivant l'enseignement qu'il reçoit.
La Franc-Maçonnerie a fait de ce Mystère druidique son 20ème degré.
Puis l'Eglise, qui copiait tout, lui prit le chiffre neuf et en fit les neuf chœurs des Anges, puis les neuf ordres de la hiérarchie céleste. C'est de là aussi que vient l'usage de faire des neuvaines.

LA BAIE DES TRÉPASSÉES
A côté de la légende druidique, une autre légende est venue par la suite, se rattachant encore à l'île de Sein. Elle explique autrement son nom breton : « Enez Sizun ». Enez voudrait dire île et Sizun serait une contraction de seiz sun, qui signifie sept sommeils.
L'île de Sein s'est donc appelée l'île du sommeil, parce que les Prêtresses qui s'y étaient réfugiées n'avaient plus aucun rôle actif dans la société des hommes qui, partout, avaient pris leur place ; et cette expression être en sommeil restera dans les ordres secrets.
Un certain nombre de villages de la presqu'île du Raz ont à la suite de leur nom ce mot Sizun. On trouve dans cette région la baie des Trépassés, ce qui semble signifier « de celles qui sont passées ». Dans cette région se trouve l'ancienne ville d'Is (racine du mot Isis). En réaction contre les femmes, les Catholiques nous diront que, au 5ème siècle, la ville d'Is fut engloutie par les flots pour punir les péchés de Dahut, fille du roi Grallon.
Maintenant, on comprendra pourquoi l'île de refuge des Fées dans l'Océan Atlantique, près de l'île de Sein, s'appelle la baie des Trépassés. Ce qui est mort, en effet, c'est l'ancien prestige des Fées.
C'est la commémoration de ces morts que l'on célèbre le 2 novembre. C'est une fête gauloise. Ce sont les Druidesses, les Prêtresses, les Déesses, qui sont bien réellement les Trépassées.

LES FIDÈLES DE L’ANCIEN RÉGIME
Les peuples de l'ancien régime étaient tenaces dans leur croyance. Ils gardaient les connaissances de la science sacrée dans toutes ses branches. Les Mères continuaient la tradition des anciennes Déesses-Mères, elles étaient toujours l'autorité respectée, le juge suprême qui assure l'harmonie entre les enfants.
En elles réside la Justice qu'on ne discute pas.
Ces peuples connaissaient toutes les lois de l'ancienne cosmogonie, savaient que tous les phénomènes terrestres se rattachent aux forces cosmiques. Ils n'ignoraient rien de la biologie, et dans tous les pays on trouve encore des paysans qui ont des notions de culture puisées dans des traditions qu'aucune science moderne ne connaît.
Ces anciens fidèles ont reçu des noms divers :
- Les Anglais les appellent Gypsies ou Egyptiens.
- En France, on dit surtout des Bohémiens.
- Dans l'Inde, on les appelle Zangani, du mot ibérique zanganear (errer).
- En Italie, ce sont des Zingarelli.
- Aux bouches du Bétis, on trouve les Gitanos, et la ville où ils célébraient leurs jeux, Spel, en prit le nom d'Hispalis, devenu Espagne (is-spalis). Au temps de Martial et de Pline, les Gitanos étaient déjà fameux à Rome par leurs danses symboliques.
- Aux bouches du Rhône, les Gypsies célébraient les Floralies de Marseille.
- Aux bouches de l'Oder, on trouvait les Suèves, et, parmi eux, Tacite appelle Semmones ceux qui pratiquaient le culte de Herta (l'antique Déesse Arduina). Or ces Semmones se retrouvent par toute l'Asie sous le nom de Shamanes.
- Aux bouches du Danube étaient les Zigaunes (nommés par Hérodote). Leurs Mystères se célébraient à Histopolis, ce qui les fit appeler Histrions par les Tyrrhènes.
Au temps d'Hérodote, les Zigaunes du Danube étaient connus des Grecs ; ces peuples errants propageaient l'antique religion, cachée dans les Mystères. Il naquit de là une science nouvelle qui consistait à conserver le sens des Mystères et à savoir les expliquer.
Dans les Principautés danubiennes, on les appelle Tziganes.
C'est dans ces derniers pays qu'on les retrouve en plus grand nombre. Ils ont reculé vers l'Orient devant les envahissements de la civilisation masculine, pour laquelle ils n'ont que de la répugnance et du mépris. Retirés dans les montagnes ou cachés au fond des forêts, vivant en plein air ou s'abritant sous des huttes grossières, ils entendent garder leur indépendance. Ils ont des cabanes qui reçoivent le jour par la porte et par une petite ouverture vitrée de la largeur de la main. Ce sont les habitations que les auteurs décrivent comme étant celles des anciens Celtes. Ils ne possèdent aucun objet inutile, aucun livre, rien que l'indispensable, rejetant toutes les inutilités de l'industrie des modernes, auxquelles ils préfèrent le grand air, l'espace, le ciel bleu, le soleil et la liberté. Ils possèdent, en général, la beauté physique des premières races et les caractères psychiques que donne la connaissance du vrai. On leur trouve un regard étrange, plein de lueurs qui vous éblouissent ou d'une dédaigneuse fixité qui vous glace. Ils ont un langage figuré, symbolique, conservé dans l'armorial de tous les peuples, ce livre qui contient les armoiries de l'antique noblesse. S'ils méprisent le régime masculin, on leur rend, au centuple, leur mépris ; on les a réduits en esclavage dans certains pays où leur nom est une flétrissure.
Tzigane est, en Roumanie, le synonyme d'animal immonde.
Ils ont une noblesse de rois dépossédés.
Leur science contraste avec l'ignorance des peuples qui ont été dominés par le régime masculin basé sur la conquête.
L'ignorance fut générale pendant les périodes guerrières.
Jusqu'au 9ème siècle, les hommes ne savaient même pas écrire.
Pour signer, ils mettaient un signe, d'où le mot signature.
Alfred le Grand se plaignait que de son temps il n'y avait pas un seul prêtre dans ses Etats qui entendît la liturgie.
On ignorait totalement l'histoire. Quant à la science, elle n'existait pas.

L’IRLANDE
Il est des peuples tout entiers que leur fidélité à l'ancien régime a condamnés à vivre en dehors des conventions du monde moderne et qui, dans leur lutte suprême, agonisent lentement.
L'Irlande est de ceux-là ; elle est restée attachée à sa primitive religion et en garde les traditions inconsciemment.
Lorsque le culte commença à déchoir dans la Gaule, c'est en Albion, mise au rang des îles saintes, que les Indiens, que les Druides mêmes, allaient l'étudier. (Voir les Commentaires de César.)
L'ancien peuple irlandais était divisé en tribus pastorales vivant sur une terre commune. Chaque membre de la famille maternelle possédait un lot de superficie variable. La distribution en était faite par les soins du brehon et du chef appelé Thanist, lequel, en échange de ses services dans le conseil, jouissait d'immunités et de redevances particulières.
A l'origine de toute société se retrouve pareille forme collective de la propriété du sol, à laquelle s'est substituée la forme féodale qui a constitué l'État moderne et s'est transformée en propriété individuelle. Mais, dans la lointaine île hyperboréenne, cette organisation particulière, que les Irlandais affirment avoir été un âge d'or, s'est maintenue beaucoup plus tard qu'en aucune autre contrée d'Europe, plus tard même que l’invasion anglo-normande, dont les efforts brutaux pour y établir la coutume féodale n'avaient pas encore complètement abouti au temps du roi Charles 1er.
Plus les vainqueurs mettaient d'obstination à l'abolir par des procédés féroces, plus les vaincus apportaient d'acharnement à s'y cramponner. De ce malentendu séculaire est née la terrible question agraire, plaie toujours saignante dont l'Irlande agonise et dont, par contrecoup, l'Angleterre se trouve fort incommodée. Au 17ème siècle, ce territoire fut confié aux anciennes familles par lord Stafford, qui a eu une fin tragique, sous prétexte que ces familles ne pouvaient produire de titres de propriété écrits pour les biens dont elles jouissaient sans conteste de temps immémorial.
On s'expliquera comment chaque O'Byrne et chaque O'Toole, fût-il le plus pauvre des paysans, se considère comme le légitime propriétaire de la glèbe qui appartenait jadis à la Tribu dont il porte le nom. Ils furent dépossédés par des tyrans étrangers tels que Lord Monch et Lord Powerscourt, les deux grands Land-lords des environs de Brey.
Quelques-uns ont échappé aux mailles du filet, et l'on cite dans le comté limitrophe les Kavanagh de Boris qui vivent encore en simples cultivateurs sur le domaine de leurs pères.
On nous dira même qu'ils descendent du Celte Bratha qui a colonisé Erin l'an 1400 avant notre ère. (D'après Anne de Bovet, L'Irlande)

PAÏEN
Parmi les termes de mépris qui accablent les anciens peuples, en voici un dont l'incompréhension semble générale. Il est donc utile de remonter à son origine pour en faire comprendre la signification.
Les nations réunies formaient de vastes confédérations, des petites républiques. Ces confédérations se subdivisaient en peuplades ou tribus, et celles-ci en clans ou parentés, c'est-à-dire en familles. Le territoire du clan était désigné par les Romains sous le nom de pagus, ses habitants étaient donc des pagani.
Pour humilier les partisans de l'ancien régime féministe et pour les diminuer socialement, de ce mot on fit paysan (le lexique latin dit : paganus, habitant des villes et des villages, opposé à soldat).
Plutarque nous dit qu'il y avait trois cents pagi (tribus maternelles) dans toute la Gaule. D'autres nous disent qu'il y en avait cinq cents (1).
Les clans avaient pour origine la parenté utérine, ce qui veut dire que la parenté n'existait que dans la lignée maternelle.
Ce sont les pagani qui furent appelés les gentils, et longtemps le mot gentilhomme désigna ceux qui étaient restés fidèles à l'ancienne doctrine matriarcale.
Le mot pays est dérivé de l'ancien mot pagus ; c'est ce qui va nous expliquer pourquoi on appelle Ethnique ce qui appartient au paganisme et Ethnarque celui qui commandait une province.
On dira aussi Éthologie pour désigner un discours ou un traité sur « les mœurs et les manières », c'est-à-dire telle que la Déesse la donnait, et le mot Ethopée signifiera « peinture des mœurs et des passions humaines ». Mais toutes ces sciences morales ont été abandonnées par les hommes, et aujourd'hui l'Ethnographie n'est plus qu'une sèche étude des races.

Une curieuse polémique a été soutenue entre l'abbé Roca et Mme Blavatsky dans le Lotus de 1888, au sujet du mot païen.
Dans une discussion d'un grand intérêt sur le Christianisme ésotérique, Mme Blavatsky eut l'occasion de parler de la doctrine théogonique ou théosophique, antérieure au Catholicisme, et qui fut renversée par l'Eglise après avoir été avilie, dépréciée et méprisée, comme le sont toujours par les masculinistes les institutions féministes, et elle donne à cette doctrine son vrai nom, « Paganisme », se disant elle-même païenne.
L'abbé Roca, que ce mot offusque, dit : « Un seul mot me gêne plus à lui seul que tous les précédents ; Mme Blavatsky s'est donnée, elle et les Mahâtmâs, comme païens. Il y a là une équivoque. J'ai idée que rien au monde n'est moins païen que les conceptions des « Frères » et de leurs adeptes. »
Mme Blavatsky répond :
« Les Frères et les adeptes n'étant ni chrétiens, ni juifs, ni musulmans, sont nécessairement comme moi des païens, des gentils, pour tous les Chrétiens, comme ces derniers, surtout les Catholiques romains, sont des idolâtres pur-sang pour les « Frères ».
Est-ce assez clair ? Le Christianisme de M. l'abbé Roca ayant dit (Matthieu, X, 5) : « N'allez pas vers les gentils, et n'entrez dans aucune ville des Samaritains » (qui sont les féministes), je m'étonne de tromper un abbé chrétien faisant si peu de cas de l'ordre de son maître. »
Roca répond :
« Vous rendez-vous bien compte du sens que revêt le mot de païen dans l'intellect européen et d'après tous les lexiques ? Les païens, en latin pagani, de pagus, bourgade ou village, étaient les pago-dediti, les confinés au bourg, les campagnards, les ignorants idolâtres qui prenaient les signes sacrés, les symboles religieux, pour des réalités divines. Comment croire que Mme Blavatsky et les Mahâtmâs sont de ces gens-là ? »
Réponse de Mme Blavatsky : « Les pagani ou paysans pouvaient être des ignares aux yeux de plus ignorants qu'eux, de ceux qui avaient accepté, pour argent comptant, l'âne de Balaam, la baleine de Jonas et le serpent se promenant sur sa queue, ils n'en étaient pas plus ignorants pour cela. Une fois que les livres les plus sérieux parlent de Platon, d'Homère, de Pythagore, de Virgile, etc., etc., sous le nom de philosophes et poètes « païens », les adeptes se trouvent en bonne compagnie. Je suis païenne pour les Chrétiens et j'en suis fière, J'aime mieux être païenne avec Homère et Pythagore que chrétienne avec les Papes. »
Alors Roca dit à Mme Blavatsky qu'elle lui a ouvert les yeux sur le paganisme, mais, croyant toujours qu'il y a dans ce mot une offense, il ajoute : « Le mot est grave, mais c'est elle qui l'a prononcé la première, et qui me force à le répéter. »
Elle répond : « Je ne m'en dédis nullement. N'étant ni chrétienne, ni juive, ni musulmane, je dois être nécessairement païenne, si l'étymologie scientifique du mot vaut quelque chose » ; et, insistant sur l'ignorance de Roca, elle ajoute : « On dirait qu'il cherche à faire croire aux lecteurs que ce n'était qu'un lapsus ; mais pas du tout ; quelle est l'origine du mot païen ? Paganus voulait dire, dans les premiers siècles, un habitant des villages, un paysan si l'on veut, c'est-à-dire celui qui, vivant trop éloigné des centres du nouveau prosélytisme (masculin), était resté, fort heureusement pour lui, dans la croyance de ses pères. Tout ce qui n'est pas perverti à la théologie sacerdotale est païen, idolâtre, et vient du diable selon l'Eglise latine. »
Donc, la Théogonie des païens, c'est la religion naturelle, la religion scientifique des féministes.
D'après Tacite, on appelle Centum Pagi (les Cent familles) les Suèves qui pratiquent le culte de Herta (surnommée Diane).
C'est un peuple voyageur, appelé Ases (d'où Cent). Ce sont eux qui ont propagé dans le monde entier la Religion scientifique des Païens qui était la base de la grande civilisation celtique.
(1) Les provinces gauloises, depuis l'organisation du pays par Auguste, se subdivisèrent en cités (civitas), au nombre de 120, dont le territoire était presque partout le même que celui des anciennes peuplades gauloises, et les cités se subdivisèrent en pagi (pays ou cantons). Le Catholicisme établit des évêques dans la plupart des cités ; les diocèses épiscopaux avant 1789 représentaient les métropoles ou chefs-lieux de province de l'ancienne matrie. Pagi minores par opposition à pagi majores qui, là où il en existait, représentaient en général le territoire même des cités.

ÉPILOGUE EN GUISE DE TRANSITION ENTRE LA GAULE CELTIQUE QUI FINIT ET LA GAULE ROMAINE QUI VIENT
Il est des endroits qui semblent avoir une destinée pressentie d'avance.
C'est ainsi que le sol sur lequel la grande Vérité a été trouvée et enseignée jadis, l'ancienne Celtide, a gardé à travers les âges le germe d'une flamme intérieure que le temps ne devait pas éteindre, et qui est destinée à rendre à l'Univers sa première splendeur.
L'enseignement druidique qui avait rayonné sur toute la terre gauloise avait été la base d'un ordre social sur lequel s'appuyaient des institutions conformes à la Vérité, des lois qui sanctionnaient la stricte justice.
Il a fallu vingt siècles d'oppression et de servitude latine pour faire oublier les traditions glorieuses de la Celtide.
La Gaule s'est divisée parce que les races qui l'ont occupée avaient des atavismes divers.
A côté des anciens Celtes, restés féministes, et dont l'esprit planait au-dessus des préoccupations mesquines de la foule, des Latins ont arrêté l'essor de la pensée en maintenant les esprits dans un asservissement tyrannique à des idées fausses.
Mais tôt ou tard la vérité prend sa revanche, on a beau manœuvrer dans l'ombre, on n'empêche pas la lumière de luire.
L'éternelle lutte de la science contre l'ignorance est le suprême effort des temps présents. C'est notre génération qui doit vaincre le mauvais esprit que la dégénérescence des peuples latins a introduit dans les anciennes nations celtiques, c'est le devoir de la France, c'est sa mission.
Paris est la ville prédestinée de laquelle on attend la lumière nouvelle qui recommencera une civilisation. Sa destinée sera glorieuse, on comprendra que l'idéal celtique a survécu, et toute la gloire de l'ancienne race reviendra à la France quand elle sortira de son asservissement. Alors, la grande victoire spirituelle, incarnée dans la femme future fera renaître la tradition historique du génie druidique et rendra au territoire que nous occupons sa glorieuse suprématie ; elle fera cesser à tout jamais la lutte des sexes, elle purifiera la Terre de l'imposture qui en a été le point de départ. Et cet événement providentiel s'accomplira le jour marqué par la destinée suprême des Etats. C'est fatal.
Ce sera la plus grande révolution morale qui se sera produite depuis trente siècles. En ramenant les esprits vers la grande vérité traditionnelle, on rétablira le seul idéal qui puisse régénérer le monde : le bonheur dans la Vérité.
Quand nous parlons de l'ancienne Gaule, la Belgique y est comprise. Elle semble même avoir un rôle important dans cette occurrence. Nous avons eu souvent l'occasion de citer des auteurs belges dans ce blog. Ce sont eux, en effet, qui ont le mieux conservé l'atavisme de la grande race celtique.
« A côté de la France, écrit en 1860 l'auteur de l'Ame belge, nous avons la Belgique qui puise dans la force et l'épanouissement du parti libéral sa grande influence morale. L'esprit libéral qui y règne et qui donne une si grande impulsion à toutes les idées de progrès est le cachet de sa nationalité, son côté lumineux dans l'histoire et la meilleure sauvegarde de son indépendance. Si ce petit pays ne brille pas par ses exploits militaires, ses conquêtes, ses flottes, ses armées, il possède en revanche la sève qui fait la vie des peuples, qui honore l'humanité : l'Esprit libéral.
« Elle entretient, pour l'exemple de l'Europe et pour sa propre gloire, le feu sacré que le parti latin a étouffé dans d'autres pays ; mais sa force morale serait plus grande encore, elle serait plus radieuse si les réactions ne venaient point énerver le génie de ses enfants et souvent éteindre la flamme de leur enthousiasme.
Cependant, on y sent germer une semence féconde qui n'a besoin pour grandir que du soleil de la liberté et qui porte ses fruits à mesure qu'elle dissipe le brouillard malsain de la politique. »
Et cet auteur ajoute : « La Belgique, par son évolution à travers les âges, s'affirme comme une nécessité mystérieuse. Je crois en cela comme en une foi. »
Puis voici Cailleux qui dit ceci (Orig. Celt., p. 287) :
« Tandis qu'autour de nous les nations autrefois puissantes s'éteignaient dans le servilisme et la volupté, les Celtes obéissaient à des instincts plus nobles. Seuls de tous les peuples, ils séparaient la Terre du Ciel, adressaient aux rois leurs respects et à la Divinité leurs adorations ; soit qu'ils élussent un chef, soit qu'ils acceptassent son hérédité, ils ne voyaient en lui qu'un homme ; la foi qu'ils lui juraient, libre dans son principe, leur laissait toute leur fierté ; ils étaient grands, parce qu'ils mettaient eux-mêmes le frein à leur indépendance. L'homme, le Celte, le roi de la Terre ne connaissait donc pas, à l'époque où il nous apparaît pour la première fois, cette dépendance servile qui, aujourd'hui encore, après bien des siècles, abat tant d'autres nations et les met à nos pieds.
« Si nous descendons dans l'intérieur de la famille, là où s'élabore tout l'avenir d'un peuple, le spectacle est tout différent.
« Le Celte, qui ne souffre point de maître, a pourtant trouvé là un pouvoir qui le subjugue, la femme. Une épouse vertueuse qu'il a prise pour partager son cœur et sa fortune paraît être la SEULE PUISSANCE qu'il reconnaisse sur la Terre ; lorsque, partout ailleurs, les rois, les grands, refoulaient à l'écart celle que la nature avait faite pour être leur amie, nos aïeux lui donnaient la première place ; aussi les autres nations, dans leur existence incomplète, n'ont-elles pour histoire qu'une longue décadence, tandis que les hommes de nos contrées se sont rehaussés de tous les avantages que la nature a départis à leur noble compagne. »
La femme est la cause efficiente des religions. Sans elle, il n'y aurait jamais eu de manifestations religieuses sur la Terre.
C'est l'imitation de ce qu'elle a fait dans les temps primitifs qui a guidé les hommes. Elle a été le modèle, ils ont été les ouvriers ; ils ont bâti des temples, dressé des autels, institué des cérémonies, offert des sacrifices, composé des prières qu'ils ont récitées au milieu des peuples assemblés, mais, dans tout cela, l'homme n'a été que l'interprète de la pensée féminine, ou plutôt son déformateur.
Après avoir montré la cause de la supériorité des races celtiques dans l'attitude des hommes vis-à-vis des femmes, Cailleux conclut ainsi :
« Telle est la loi invariable qui règle le classement des peuples. Des bords de la Manche et du Rhin, centre de la vie et du mouvement, nous avons descendu, de nation en nation, toute l'échelle de l'humanité, depuis le Celte jusqu'à l'Australien, depuis l'homme jusqu'à la brute.
« Comme nous l'avons vu, la force intelligente va toujours en décroissant, dans une proportion régulière, du pays celte aux extrémités du monde, et cette dégradation suit invariablement son cours sans être troublée par les influences variables qu'elle rencontre.
« L'homme s'approche de la haute raison s'il s'approche du berceau de toute civilisation ; sa capacité intellectuelle baisse à mesure qu'il tend vers l'autre point du globe.
« C'est à ces deux pôles rationnels du monde que nous trouvons le Celte et l'Océanien.
« Le Celte, dans son attitude, semble dédaigner la Terre ; son corps se déploie avec aisance dans toute sa grandeur ; son front, que la pensée rehausse, se porte par un noble instinct vers les régions de l'espace.
« Si les nations brillent et s'éteignent, montent et descendent, si les empires apparus avec orgueil sont retombés avec fracas, tous ces coups de branle sont mesurés par une main secrète et toute-puissante pour pousser en avant le mouvement initial et consommer dans l'avenir le règne intellectuel de l'homme.
« Par l'impulsion irrésistible imprimée à sa nature dès l'origine, le Celte marche en tête du genre humain à la conquête de vérités nouvelles.
« Les nations celtiques, après avoir poussé en avant, dans les temps anciens, l'œuvre civilisatrice du monde, après un repos temporaire, sont remontées au faîte de la puissance pour donner au mouvement intellectuel un nouveau coup d'impulsion. »
Victor Hugo a écrit, dans une lettre datée du 2 janvier 1862, une phrase que quelques-uns considèrent comme prophétique, à propos de l'âme belge. « Il serait beau, dit-il, que ce petit peuple fit la leçon aux grands et, par ce seul fait, fût plus grand qu'eux. Il serait beau qu'en présence de la barbarie recrudescente, la Belgique, prenant le rôle de grande puissance en civilisation, donnât tout à coup, au genre humain, l'éblouissement de la vraie lumière. »
Au moment où ces lignes sont écrites (1926), le dernier acte du drame terrible commence. Nous allons en avoir bientôt le dénouement. L'humanité est en détresse, la France est en péril.
De partout, les yeux fixés sur Paris, on attend la pensée nouvelle qui va surgir et remettre l'humanité dans la voie de la Vérité et du bonheur, et on annonce cet événement comme étant la mission transcendantale de la Femme. C'est Elle qui, s'élevant dans toute la majesté de sa gloire et de son deuil, doit réaliser ce que les Bardes ont résumé dans cette phrase :

Y gwir yn erbyn y byd.

La Vérité à la face du monde.




À suivre : LA GAULE ROMAINE