CEUX QUI VIVENT CE SONT CEUX QUI LUTTENT...



« N'essayez pas de devenir un homme qui a du succès.
Essayez de devenir un homme qui a de la valeur. » (Albert Einstein)


« L'homme est capable de tout, même du bien. »
(Robert Musil)



Nous avons montré, précédemment, ce que sont les hommes et les femmes d'après les lois de la Nature qui les a créés.
Nous avons montré, plus tôt sur ce blog, ce que leurs instincts naturels les porte à être les uns pour les autres.
Nous allons montrer, maintenant, la lutte qui résulte, dans l’état social, des entraînements si différents de chaque sexe : l’un, le sexe mâle, cherchant sans cesse la satisfaction de ses passions et descendant ainsi les degrés de la vie morale jusqu’à son effondrement dans la bestialité ; l'autre, le sexe féminin, s'efforçant d'entraver l’homme dans son évolution sexuelle qui le blesse et voulant le faire monter, avec lui, vers les hautes régions de la vie morale.

RÉVOLTE DE L’HOMME CONTRE LA NATURE
Le premier fait à enregistrer, c'est la révolte de l'homme contre les lois de la Nature.
Ce fut dans la jeunesse de l’humanité que l'homme s'aperçut, peu à peu, de la différence qui commençait à se dessiner entre lui et la femme.
D'abord il traversa une période d'étonnement et de tristesse quand il aperçut l’état qui résultait de la nouvelle fonction qui s'était imposée à lui. Il s'y était livré sans frein, si bien qu'il avait vu, en peu de temps, s'accentuer, en lui, les caractères du mal qui en sont les résultats, il était devenu brutal, batailleur, irritable et sensuel jusqu'à l'excès. A ses heures de réflexion il eut honte de cet état, il voulut le cacher, l’effacer. Pour cela il y avait un moyen : arrêter la cause de sa déchéance pour en arrêter les effets. II l’intenta, mais l’instinct devint plus fort que lui, il ne put le vaincre.
Alors, s'adonnant tout à fait à la passion qui le sollicitait, il se révolta contre la Nature même qui lui imposait ce sacrifice de son Âme.
La perversion, naissant en lui, lui enseigna le mensonge, il nia ce qui était, condamna la Nature, nia ses lois, nia tout ce qu'il avait cru jusque-là, tout ce qui le gênait : ce fut le premier pas en arrière.
Le voilà donc divisé en deux êtres : l’un qui s'affirme et se révolte dans la vie sexuelle, l'autre qui le retient dans la vie intellectuelle, et la lutte qui va s'établir dans l'homme lui-même est le prélude de la lutte qu'il va soutenir contre la femme qui sera comme un reflet de sa propre conscience.

RAPPROCHEMENT SEXUEL
La femme... il la veut, pourtant, pour son amour mais non pour ses reproches. Il la poursuit assidûment d'un désir, d'abord idéal, mais bientôt, bestial.
Quant à elle, comme, elle ne sait pas que l’homme est un être autrement constitué qu'elle, elle croit trouver en lui tout ce qu'il y a en elle : l'amour cérébral qui élève l’esprit, qui l'invite à la contemplation de l'univers, au rêve cosmique, à l’abstraction.
Et, dans les premières heures de rapprochement, c'est de la Nature qu'elle lui parle, du Cosmos ou d'elle-même, chef-d'œuvre de la création qu'elle veut lui dévoiler.
Mais il ne la comprend pas, ce n'est pas cela qu’il veut.
Cependant, dans ces premières relations, elle triomphe et fait naître en lui une ombre de sa pensée, il traduit, en rêve, ce qui est en elle, le réel, il donne une forme concrète à l’idée abstraite, mais la poétise ; sa vérité, à elle, était nue, austère, il l'habille de belles phrases, la rend embellie et comme une conception née en lui. Elle lui a beaucoup parlé d'elle. Lui, qui s'ignore, écoute ses idées révélatrices, se les assimile, fait du moi féminin son moi à lui et ainsi s'attribue si bien son âme qu'il se croit elle.
C'est ainsi que naît sa première erreur psychologique qui grandira et s'affermira à travers les générations. Cette empreinte cérébrale, née avec le premier amour, ne s'effacera jamais en lui.
C'est un curieux phénomène psychique que ce reflètement d'un être sur l'autre, ce miroir que tient la femme et dans lequel l'homme croit se voir !
Mais ce prélude de l’amour ne lui suffît pas, il demande autre chose, et, alors, commencent, pour elle, les terreurs. Elle ne voulait que l'union des esprits, et les désirs qu'il exprime l'inquiètent, elle invente, pour s'y soustraire, une diplomatie savante. Mais elle est bonne, elle a pitié, elle ne veut pas le contrarier, elle l’aime trop pour cela, et elle cède elle se résigne, sans plaisir aucun, au sacrifice de sa personne.
Lui, satisfait son besoin bestial et aussitôt la scène change.

RÉACTION BRUTALE CONTRE LA FEMME
Il devient méchant. Il devient jaloux.
Sa méchanceté commence par la taquinerie, les petites contradictions, les caprices imposés avec entêtement. Il substitue sa volonté à celle de la femme. En même temps sa force grandit, il va l'affirmer.
Puis la jalousie de sexe survient.
Tourmenté de sa déchéance, dont il sent les amertumes, dont il suit les progrès, il va concevoir, pour elle, la haine sourde de l’envie, et la tourmenter pour lui faire expier sa supériorité morale.
La femme, qui le croit fait dans le même moule qu'elle, ne comprend pas. Elle croit ses reproches justifiés et cherche, en elle, des défauts à corriger pour éviter ses critiques. Mais plus elle cède, plus il l’accable, son but est de la faire souffrir, de la vexer, et plus elle croit à sa parole, plus il s'enfonce dans le mensonge, dans son mensonge que la crédulité de la femme fait triomphant.
Il fut timide, d'abord, cependant ; c'est timidement qu'il osa le premier reproche, la première injure ; mais au lieu d'une réaction violente de celle qu'il outrageait, il la trouva intimidée et crédule. Elle crut, comme une vérité, ce qui était une ruse, elle prit pour une justice ce qui était une jalousie. Cela l'encouragea et il recommença.
Ces moments de fausseté manifestés, par des outrages qui expriment sa révolte contre elle, ne sont interrompus que par des poussées de nouveaux désirs ; il fait trêve à ses brutalités quand il veut la reprendre, il redevient alors subitement et momentanément soumis et aimant.
Elle, heureuse du changement, heureuse de l'avoir retrouvé comme elle le désire, croyant le retenir par sa soumission, cède de nouveau et, de nouveau recommence la réaction brutale et ainsi se passe la vie. Chaque rapprochement est suivi d'une chute qu'il fait dans l’abîme du Mal, et chaque fois il tombe un peu plus bas, jusqu'au moment où la folie qui le guette, le prendra tout à fait.
La femme, complice ignorante de ce drame, en est la première victime. L'homme devient le tourment de sa vie.

LES REPROCHES DE LA FEMME
A la fin, elle comprend, non la cause du mal, mais l'injustice des accusations dont elle est l'objet.
Alors la réaction commence, les ripostes, les colères, les reproches.
Pourquoi la traite-t-il si mal ? Pourquoi est-il si méchant ? Pourquoi n'obéit-il pas à la raison comme elle ?
Pourquoi ! Est-ce qu'il le sait ? L'amour, calmé en elle, ne l’aveugle plus. Elle le voit, maintenant, tel qu'il est, et blessée de tous ses vices naissants, elle les lui reproche les uns après les autres ; elle le trouve sot et orgueilleux, brutal et méchant, faux et hypocrite, despote et volontaire, capricieux et vaniteux, lâche et vil. Et alors, elle commence son rôle de moralisatrice. La grande loi morale, inscrite dans le cerveau de toutes les femmes, lui dicte des conseils et des reproches, quelquefois aussi des ruses. Mais s'il ne l'écoute pas, elle y met de l'ironie, cela le blesse, son orgueil se révolte, il ne veut pas être moins qu'elle, il refuse de se soumettre à ses avis, veut agir suivant ses propres inspirations, et alors, ballotté entre le vrai et le faux, le bien et le mal, la raison et la folie, il marche en trébuchant dans la vie, cachant ses fautes, car il la craint, occupé, constamment, à justifier ce que sa conscience lui reproche, et la justification, c'est toujours le mensonge.
Quelquefois, cependant, sa conscience l'emporte, et il fait l'aveu de ses fautes, demande un pardon aussitôt accordé et immédiatement recommence un nouveau chapitre, éternellement le même, de la possession, puis de la lutte.

LA LUTTE
Nous avons parlé de cet étrange phénomène psychique en vertu duquel la pensée de la femme, versée dans l'âme de l'homme, lui suggère des idées féminines, au début de la vie et au début de l'amour. La mère fait la pensée de l'enfant, puis l'amante fait la pensée de l'amant.
Nous allons voir, maintenant, un autre aspect, non moins curieux, de cette réflexion sexuelle. C'est le renvoi à la femme, par l'homme, des reproches qu'elle lui adresse lorsque survient la réaction, après l'amour.
L'homme, pour répondre aux reproches de la femme, ne trouve aucun argument, aucun fait à alléguer. Il s'ignore, du reste, comment pourrait-il se justifier des actes dont il n'aperçoit pas la cause ? Il se contente alors, pour se défendre, de renvoyer à la femme tout ce qu'elle lui reproche, de lui imputer, à elle, tout ce qu'il fait, et maintenant que ce système est devenu une habitude psychologique que tous les hommes pratiquent, il arrive souvent que le renvoi des reproches est si prompt que la femme n'a pas même le temps de les formuler, l'homme se défend avant d'être attaqué, sur un simple soupçon de ce que sa conduite peut provoquer de récriminations. Ce jeu de balle d'un genre spécial, cette façon de jongler avec les reproches a produit, dans la société, le plus étrange galimatias psychologique.
Nous allons en donner quelques exemples.

LE REPROCHE SEXUEL
Le point capital, dans la lutte, c'est la sexualité même, ou du moins, les conditions de la sexualité.
La femme, qui avait été glorifiée dans les antiques religions, divinisée pour son privilège sexuel qui la soustrait à la déchéance, se vit jalousée par l'homme à cause de cette supériorité que la généreuse Nature lui avait octroyée. Ce fut donc son sexe, avec tout ce qui en dérive, qui devint, pour l'homme, un objet permanent de haine ; après l'avoir adoré, il le voua à la plus violente jalousie, essaya, de toutes les manières en son pouvoir d'en entraver le développement, d'en condamner les fonctions et, finalement, renversa si bien la morale primitive que c'est à la femme qu'il appliqua la réprobation formulée contre le sexe mâle, c'est à elle qu’il renvoya tout ce que la morale naturelle avait édicté de lois pour l'entraver dans sa déchéance : il mit le mal à la place du bien, c’est-à-dire l’amour bestial à la place de l’amour sacré.
Et, appuyant ce renversement de mille mensonges, il voulut faire croire à la femme que c'était lui qui progressait dans son évolution sexuelle, elle qui s'abaissait. Et cette idée fausse arriva à s'incruster si bien dans son cerveau qu'elle se propagea, par la suite, à travers les générations, s'empirant encore par l'accumulation des haines que les siècles virent surgir les unes après les autres. Si bien que, aujourd'hui, cela constitue un des éléments de l'héritage atavique du jeune homme, il recommence la vie sexuelle en repassant par la lutte primitive, mais l’accélération des phases de l'évolution est telle qu'il arrive, avec une précocité effrayante, à la période de réaction brutale. A peine s'est-il arrêté quelques années au stade qui reproduit la grande et lumineuse époque de l'harmonie sociale qui régna primitivement et fît la splendeur des grandes civilisations morales de la très haute antiquité, c'est-à-dire des temps fabuleux.
L'atavisme lui dicte les ruses employées par ses ancêtres pour se justifier vis-à-vis de la femme avant même qu'il en ait senti lui-même le besoin, son cerveau est prédisposé au mensonge sexuel par l'évolution ancestrale et c'est ainsi qu'il réédite, dans la société moderne, toutes les faussetés d'un âge qui fut l'aurore du règne du mal sur la terre.

Tout au fond de l'histoire morale de l'humanité, nous apercevons ce premier chapitre de l'histoire du mensonge universel, aujourd'hui séculaire, et tellement accepté qu'il est dit : conventionnel.
- La loi naturelle disait tout bas à l'homme à chaque pas qu'il faisait dans son évolution masculine : tu t’abaisses. L'homme, que cet abaissement même livrait au mensonge disait à la femme : C'est toi qui t'abaisses.
- La loi naturelle lui disait : ton intelligence s'atrophie. L'homme disait à la femme : tu es un esprit inférieur et c'est moi qui suis l’être intelligent.
- La loi naturelle disait à l'homme : il faut modérer une fonction qui te pousse au mal. L'homme disait à la femme : Tu ne te livreras pas à la satisfaction de tes désirs.
- La loi naturelle disait à l'homme : Tu éviteras tous les excès et toutes les intempérances qui peuvent provoquer une passion qui t’abaisse. L'homme disait à la femme : Tu te nourriras le moins possible afin d'être plus belle, l'idéal, pour toi, c'est de vivre de l’air pur des champs et du parfum des fleurs.
- La loi naturelle disait à l'homme : Le droit prime la force et le droit est le privilège de l’intelligence, c'est-à-dire de la sensibilité cérébrale qui l'engendre. L'homme disait à la femme : La force prime le droit.
- La loi naturelle disait à l'homme que, depuis qu'il avait perdu la coordination des idées, ses actions n'étaient plus guidées par la raison, mais par la passion. L'homme disait à la femme : c’est moi qui suis l’être de raison, c'est la femme qui se laisse guider par le sentiment.
- La loi naturelle disait tout bas, bien bas à l'homme : Tu es un être rusé, voué au mensonge, tu tournes le dos à la vérité depuis que tu dévies ton cerveau de sa direction primitive. L'homme disait à la femme : c'est toi qui es un être rusé.
- Il était bruyant et bavard, il accusait la femme d'être bavarde.
- Il était vaniteux, il accusait la femme d'être futile.
- Il était doué d'une imagination qui le portait à agrandir ou à diminuer les choses avec exagération. N'a-t-il pas été jusqu'à faire l'homme si grand qu'il en a fait un dieu qui remplit le ciel ? C'est la femme qu'il accuse de son exagération, elle qui reste toujours dans la limite réelle des choses.
- Il manquait de logique (nous avons montré pourquoi), c'est la femme qu'il accusait de manquer de logique.
- Quand il était ignorant et pédant, il l'accusait de pédantisme et d'ignorance.
- Quand il devenait fou, il l'accusait de folie.
- C'est lui qui tente la femme. Il explique l'histoire en nous disant que c'est la femme qui a tenté l'homme.
Non seulement il voit faux, en vertu de l'interversion de son esprit, mais il ajoute à cette cause naturelle d'erreur, une autre cause, il la complique de la fausseté voulue, du mensonge. Ces deux causes nous donnent l'explication de l’éternelle médisance de l'homme contre la femme.
Tout ce qui est sexuel est renversé ou faussé par lui.
Il a perdu la science, il accuse la femme d'erreur.
Il a réduit la femme en esclavage, il accuse la femme de tyrannie.
Il a étouffé toutes ses œuvres ou les a marquées d'un nom masculin, il l'accuse de ne rien avoir produit, d'avoir copié ou démarqué les œuvres masculines.
L'homme a des doutes, des incertitudes de jugement, il n'arrive jamais à une certitude, il ne peut se fixer dans une opinion : il accuse la femme de mobilité d'esprit ; c'est le plus capricieux des hommes qui a dit : « Varium et mutabile semper femina ».
C'est en vertu de l'interversion de l'esprit que les hommes ont fait de leurs défauts des qualités, et des qualités de la femme des défauts. Il est résulté, de ce renversement de la morale, le renversement de la justice.
Les hommes restés en dehors de ce mouvement de déviation de l'esprit masculin ont été appelés des justes ; belle expression qui dit bien que l'homme resté droit est le seul qui puisse être juste, tandis que tous les autres sont injustes, de par leur nature physiologique actuelle.

LES IDÉES RENVERSÉES
Voici quelques exemples, entre mille, d'idées renversées qui sont devenues des lieux communs, des mensonges conventionnel, singulier phénomène psychique qui consiste à renverser la signification morale des actes ou des mots, afin de justifier les actions mauvaises dans lesquelles l’instinct sexuel entraîne les hommes.
Ne pouvant nier les caractères sensitifs plus intenses chez la femme que chez l'homme, ils ont altéré la signification physiologique du mot sensibilité, afin de masquer la supériorité qu'il implique.
L'agent sensitif est le principe de l'intelligence ; en physiologie comme en philosophie, sensibilité et intelligence sont synonymes.
Les hommes qui ont un intérêt à inférioriser la femme n'ont pas dit cela ; ils ont dit que la sensibilité était une sorte de faculté maladive, un signe de faiblesse. Ils ont inventé une femme douée d'un tempérament nerveux qui confine à l'état pathologique et c'est cette femme imaginaire qui sert de type dans les romans, les comédies, les articles de journaux.
Quelques femmes ont cru que c'était là le modèle qu'il fallait imiter pour plaire aux hommes et se sont moulées sur ce type irréel, perpétuant ainsi, en lui donnant un semblant de vérité, une erreur inventée par l'esprit renversé de quelques hommes.

LES CARACTÈRES DES DÉGÉNÉRÉS
Les hommes ont l’habitude de représenter les races dégénérées par la débauche comme étant composées d'individus petits, chétifs, imberbes, possédant des caractères physiques se rapprochant de ceux de la femme et une sensibilité nerveuse plus intense que celle des autres hommes.
Or, dans les races inférieures, ce sont les caractères tout opposés à ceux-là qui dominent. Les hommes sont forts, robustes, ils se rapprochent des anthropoïdes ; leur front dégarni est fuyant, leur physionomie respire « la bêtise au front de taureau », comme disait l'antiquité.
Ce qui a pu faire croire à une dégénérescence physique amenant l'homme aux caractères de la femme, c'est que parmi les hommes arrivés très haut dans leur passé historique, mais descendus très bas dans leur évolution sexuelle, la taille a décru en vertu de l'antiquité de la race.
Seulement, la sexualité imprimant un mouvement déviatoire au système nerveux de l’homme fait que les facultés qui faisaient sa grandeur, en le portant au bien, deviennent les causes du mal, lorsqu'au lieu d'être employées en pensées ces facultés servent à entretenir ses fonctions génératrices. C'est cette déviation des facultés qu'on exprime par le mot fausseté. C'est en vertu de cette déviation qu'un homme qui nait très intelligent peut cependant devenir très rusé, très menteur, très astucieux, très dangereux.
Ces hommes-là peuvent avoir une apparence chétive et malingre, et cependant ils possèdent une force musculaire intense qui se révèle dans certaines occasions. Mais cette force, qu'elle soit imprimée en caractères découverts sur l'individu ou en caractères cachés, est toujours le résultat de la diminution de l'intensité sensitive.

Il y a quelques années, un jeune armurier nommé Didier, accusé d'attentat aux mœurs, était traduit en police correctionnelle. Malgré l'évidence, il nia le fait. On le soumit à un examen médical confié aux docteurs Motet et Mesnet. Ces messieurs déclarèrent que Didier était un hypnotique, un malade, dont les muscles grêles prenaient tout à coup à l'appel du docteur Motet, et sous une influence morbide une force à secouer comme des plumes de rudes gaillards tels que les gardes de Paris.
Et, en conséquence de ce rapport, Didier fut acquitté.
Et ni les juges, ni les médecins ne comprirent que c'était justement cette force musculaire qui trahissait le coupable et apportait une preuve de son délit ; que cet état chétif et malingre annonce l’action perturbatrice du ferment moteur dans l’organisme, et que tout cela, c'est la conséquence du vice. Et le grand public, qui croit tout ce qu'on lui dit, ne s'aperçoit pas que le mot hypnotisme est un mot hypocrite qui sert toujours à couvrir ce qu'on veut cacher, à expliquer ce qu'on ne connaît pas, à excuser ceux que l'on veut soustraire à l’action de la justice.
Donc, l'abus sexuel ne diminue pas la force musculaire de l’homme. L'individu épuisé ne devient pas efféminé, il devient, au contraire, plus homme, puisqu'il accentue sa sexualité (1).
L'homme efféminé, c'est l'enfant qui n'a pas encore rempli la fonction sexuelle, c'est le savant qui la remplie avec modération, c'est l'ascète qui y a volontairement renoncé, c'est le castrat forcément chaste.
Plus l'homme progresse dans son évolution sexuelle, plus sa force musculaire augmente, et plus il la considère comme une supériorité, oubliant que cette progression est accompagnée de la diminution sensitivo-cérébrale. Prenant pour un progrès ce qui est une déchéance, on glorifie la puissance musculaire, on fait de la force un mérite, un but à atteindre.
C'est ainsi que nous voyons encore, dans nos sociétés modernes, des jeunes gens, dominés par cette idée fausse, se plaire à faire valoir la puissance de leurs muscles sans même se douter qu'en faisant cela, ils ne font que mettre en évidence leur caractère le plus évident d'infériorité.
Si la force musculaire est un danger pour la société et un signe de dégénérescence sexuelle pour l’individu, c'est une faculté qu'il faut bien se garder de stimuler.
Il faut, au contraire, combattre ceux qui prétendent substituer l’éducation physique à l'éducation intellectuelle, la gymnastique à la morale.
La grandeur des nations, comme celle des individus, vient de leur intellectualité et non de leurs muscles.
(1) Dans l’antiquité on condamnait l’homme efféminé. Mais on attendait par-là celui qui usurpait les privilèges du sexe féminin, qui avait des mœurs de femmes et qui voulait, pour l'homme, la glorification sexuelle de la Déesse. Cet efféminisme là a triomphé ; il n'est plus condamné aujourd'hui, il est accepté.

LE COEUR ET L’ESPRIT
Le mot cœur dans le symbolisme antique représentait le sexe ou la vie sentimentale régie par le système nerveux grand sympathique. Ce mot est toujours employé par les hommes pour désigner tout ce qui se passe dans la poitrine ou, par extension, dans la partie antérieure du corps. Les actions du cœur sont en opposition avec celles de la raison, ce qui indique bien clairement que le corps de l’homme a deux pôles qui se disputent son activité sensitive.
Le cœur n'est qu'une figure symbolique qui représente la sexualité masculine.
Donc, dans le langage primitif, c'était l'homme qui avait du cœur, la femme n'en avait pas, mais elle avait de l’Esprit, puisque, chez elle, c'est dans la tête que se trouve confinée toute la sensibilité. Quand on renversa les caractères sexuels, c'est à la femme qu'on attribua le cœur, c'est-à-dire la sexualité masculine, c'est à l'homme qu'on donna l'esprit. Nombre de femmes se figurent que, avoir beaucoup de cœur signifie avoir beaucoup de sensibilité, alors que l'homme entend par là avoir beaucoup de sexualité. Aujourd'hui le mot cœur, qu'on emploie à tort et à travers, a toutes sortes de significations qui ne répondent en rien au fonctionnement de l'organe cardiaque que nous avons dans la poitrine.

RAISON ET SENTIMENT - LE DUEL SENTIMENTAL
Nous voulons encore rappeler que la sensibilité masculine est une faculté à la fois intellectuelle et sexuelle ; que la sensibilité féminine est une faculté seulement intellectuelle, jamais sexuelle. Nous avons montré que c'est de cette différence que naissent toutes les différences psychologiques des sexes et, en même temps, le malentendu qui règne entre eux, dans la société, car chaque sexe ne connaissant bien que lui, impute à l'autre sexe les facultés qu'il possède, sans penser que la psychologie d'un sexe ne ressemble pas à celle de l'autre.
Ainsi nous voyons toujours l'homme attribuer à la femme les facultés qui sont les siennes, et qu'il croit même exagérées chez la femme, comme la sensibilité passionnelle, le sentiment, alors que cette faculté n'existe pas du tout chez elle, et que tout ce qui est sentiment pour la femme, émane du cerveau, non du système nerveux sympathique.
L'homme s'est habitué à se considérer comme un être de raison et de sentiment, faisant ainsi deux parts de son activité sensitive. Il attribue cette même disposition à la femme en faisant prédominer, chez elle, le sentiment sur la raison, alors qu'il fait prédominer chez l'homme la raison sur le sentiment. C'est encore là un fait de réflexion sexuelle, car c'est le renversement de ce qui existe.
Chez l'homme, le cœur (c'est-à-dire la sensibilité sexuelle), entraîne la raison.
Chez la femme la raison guide le cœur (c'est-à-dire les impulsions sexuelles).
La femme emploie ses facultés sensitives à penser, l'homme emploie les siennes à aimer. Mais les hommes le nient souvent, et même, renversant la loi sexuelle et faisant de leur désir une loi, ils croient que c'est la femme qui aime, que c'est l'homme qui pense, sans s'apercevoir que l'homme reçoit ses idées, du monde extérieur, par les sens, que la femme les crée.
Mais l'homme jugeant tout par analogie, c'est-à-dire rapportant tout à lui-même, doute que la psychologie féminine repose sur des facultés qu'il n'a pas ; il refuse de croire que la femme soit douée de cette vue de l’esprit qui fait voir, avec certitude, les lois de la Nature.

Ainsi donc, les auteurs qui ont écrit cette phrase, souvent répétée : la femme aime, l’homme pense, ont fait une confusion de sexe, une réflexion sexuelle.
La femme n'aime pas comme l'homme, elle aime de l'amour cérébral. L'intensité de son amour est en raison de l'intensité de sa pensée.
L'homme n'aime que par le sexe et met dans l'amour sexuel bien plus d'ardeur que la femme. Nos mœurs en sont la preuve. Les femmes ne se soumettent à ses désirs que parce qu'elles y sont contraintes, pour des raisons économiques, dans le mariage ou hors mariage. Mais elles n'y sont pas sollicitées par l'ardeur du sentiment comme les hommes et c'est pour cela même que les hommes les ont prises par la famine pour les forcer à se livrer.
Quand la femme manifeste un amour ardent c'est un amour cérébral ce n'est pas un amour générateur, comme celui de l’homme, c'est un amour platonique qui, livré à ses propres impulsions, n'aboutit pas à l'accouplement, mais n'aspire qu'à cette union intellectuelle qu'en termes mystiques on appelle l’union des âmes.
L'amour de l'homme, au contraire, a toujours pour but et pour objet final le rapprochement des sexes.
C'est cette diversité d'aspirations qui fait qu'il y a lutte dans l’amour.
Si l'homme était impressionné de la même façon que la femme, ils n'arriveraient jamais à l’accouplement. Ils feraient, de leur amour, une tension indéfinie, alimentée de plaisirs purs, d'échanges d'idées, de rêveries philosophiques, de joies intellectuelles ; en un mot de tout ce qui émane des facultés cérébrales.
Donc, la femme pense en aimant.

Il faut beaucoup de science pour comprendre des sentiments que l'on n'éprouve pas et sortir de sa nature pour juger la nature différente des autres.
Il en résulte que la plupart des hommes supposent les femmes animées de sentiments semblables à ceux qu'ils éprouvent eux-mêmes ; d'autre part, il y a des femmes qui rêvent de mettre en pratique l'amour platonique qui fait le but de leurs aspirations, le croyant compatible avec la nature de l'homme.
Les uns et les autres font preuve d'ignorance.
L'amour cérébral est aussi peu dans la nature de l'homme que l'amour générateur est peu dans la nature de la femme.
Seulement, comme il faut que, dans la lutte, l'un des deux cède, c'est généralement la femme qui se sacrifie, à cause du principe qui est l'essence de son caractère : le manque d'action, qui engendre, en elle, l'horreur de la lutte, et l'altruisme, cette vertu féminine qui engendre l'abnégation.

LA VIRILITÉ
Le mot viril sert actuellement à indiquer tout ce qui est masculin. Il exprime entre autres une idée de force ; mais de force génératrice. Par extension, nous voyons qu'on employa le mot viril pour qualifier tout ce qui appartient à l'homme, supposant que tout, dans l'homme, est viril c'est-à-dire que tout est fort. S'il s'agit de la puissance musculaire le mot n'est pas déplacé, l'homme est fort, donc il est viril. Mais il arriva que l'homme, ignorant ou méconnaissant les lois physiologiques qui le régissent, s'avisa d'étendre ce terme à tous ses organes, même à son cerveau, ignorant que c'est parce que l’organe génital est fort, que le cerveau ne l’est pas ; c'est-à-dire que c'est parce que la force est dans le membre générateur qu'elle n'est pas dans l'organe intellectuel, donc un cerveau viril signifie un cerveau faible, puisque, plus l'homme est mâle, plus son intelligence décroit.
Cependant les hommes disent, en parlant d'un esprit fort : c'est un esprit viril, deux mots qui se contredisent. Si l’homme est viril, c'est-à-dire mâle, son esprit est faible, si son esprit est fort, c'est qu'il est peu viril.
La contradiction va plus loin, et là, cela devient même drôle, tant c'est appliqué à contre-sens. Nous avons entendu un homme dire à une femme qui venait de faire une belle conférence sur la science : Vous avez un esprit viril. Or, si cette femme avait eu un esprit viril, elle n'aurait pu faire que ce que font les hommes, et c'est justement parce que la femme n'a pas l'esprit viril, c'est-à-dire masculin, que, sur le domaine des sciences abstraites elle va plus loin que l'homme, elle fait mieux que lui, parce qu'elle voit la Nature telle qu'elle est. Dire à une femme: vous avez l'esprit viril, c'est l'offenser, c'est la diminuer, c'est méconnaître toutes les qualités de l'esprit qu'elle possède et que l'homme ne possède pas. Pour la flatter, il faut lui dire : vous avez l'esprit féminin. L'homme qui dit à une femme : vous avez l'esprit viril, ne flatte pas la femme, il flatte l'homme.
Nous savons bien que le mot viril ne signifie pas seulement force, il signifie aussi vertu, La vertu masculine, c'est-à-dire le contraire de la force génératrice, la continence.
Mais cette signification du mot s'est altérée et on a confondu « vir » avec « vis », force. Le mot vertu du latin virtus dérive du mot « vir » (homme), et forme le mot virilité qui indique le courage moral de l'homme. La base de la vertu, était pour l'homme, la résistance à son instinct ; il faisait acte de courage moral s'il résistait à l'entraînement sexuel ; pour cela il lui fallait mettre en jeu la volonté. De là, courage, volonté, vertu, étaient considérés comme des actions viriles, morales, parce que c'est chez l'homme seulement que les impulsions de l'instinct ont les fatales conséquences que nous avons énumérées. Mais le mot vertu qui dérive de viril a été démasculinisé, malgré son étymologie, et appliqué à la continence de la femme, non plus à celle de l'homme.

L’HONNEUR
Jadis, lorsque la femme était outragée dans son sexe, et qu'elle se défendait en tuant son agresseur, elle disait : j'ai vengé mon honneur. Et, en effet, l'outrage atteint toujours l'honneur sexuel de la femme. Aujourd'hui la signification des mots a changé, c'est l'homme qui venge son honneur, et, quand cela ? Quand on l’a outragé, lui, en lui imputant des actes sexuels qu'il n'a pas commis ? Non, quand sa femme a obéi aux lois de la morale naturelle, c'est cela qu'il considère comme un déshonneur pour lui.
L'homme met son honneur dans la conduite de sa femme, dans celle de ses enfants, de ses parents, même dans celle de ses amis ou de ses coreligionnaires, mais jamais dans sa propre conduite.
Il est déshonoré par les actions des autres, jamais par les siennes.
Donc il vit dans la personnalité des autres, qu'il a faite sienne à force d'avoir subi le reflet de leur pensée.
Pourquoi l’homme qui reçoit un soufflet se croit-il déshonoré ? Parce qu'il adopte une idée féminine : le soufflet donné par un homme à une femme est un déshonneur pour elle.

L’OUTRAGE SEXUEL
Deux grands outrages sont faits à la femme par l’homme :
L'outrage sexuel, l'outrage spirituel.
L'outrage sexuel consiste à l’incriminer parce que femme.
Ce n'est pas seulement la pudeur du corps que l’on a imposée à la femme, c'est surtout la réserve physiologique.
On a exigé d'elle la négation des fonctions de son sexe, lui faisant une honte de l'ovulation, qu'elle ne peut cependant pas entraver sans danger pour sa vie.
Que dirait-on si on défendait à la poule de pondre ses œufs sous peine d'être accablée du mépris de ses pareils ?
La prohibition faite à la femme de remplir cette même fonction, prouve la folie de ceux qui ont pu introduire, dans les mœurs, de pareilles monstruosités. Et cela dure depuis des siècles, si bien que les hommes qui ne croient que ce qu'ils voient, ont fini par ignorer cette fonction de l'autre sexe et tous, même les savants, confondant, au point de vue moral, la fécondation avec l'ovulation, ont fait de la loi sexuelle un absurde galimatias.
Cependant ils se doutent bien qu'il existe quelque chose de caché, ce qu'ils appellent « le secret d'un sexe » qui fait, de la femme, un être aussi indéchiffrable, pour eux, que le Sphinx de la fable.
Si la sexualité féminine est si peu, ou si mal, connue des hommes, c'est parce qu'ils n'ont pas pu l'observer pendant la vie, et n'ont eu à leur disposition que l’étude du cadavre.
Si les femmes, elles-mêmes, en ont si peu parlé, c'est que, dès leur plus tendre jeunesse, elles ont senti qu'il fallait se taire sur cette question qui, dans l'antiquité, a soulevé des orages et fait naître des luttes de sexe qu'elles craignent de voir recommencer. Leur silence actuel est un phénomène d'atavisme moral, aussi il est bien inutile de demander à la femme des renseignements à ce sujet, elle a appris, dans le passé de la vie ancestrale, à nier l'existence de sa fonction sexuelle et elle apporte, en naissant, l’instinct de cette négation.
Ceci nous révèle un grand fait de la vie phylogénique :
- la cause première de ce silence, que nous trouvons dans la nécessité où se trouva la femme de se soustraire à la vengeance sexuelle de l’homme.
En effet, l'acte génésique étant, pour lui, une faute grave, un péché mortel puisqu'elle « tuait son âme », le faisait déchoir de sa grandeur humaine et le conduisait vers l'animalité, il ressentit, à la vue des conditions différentes de l'autre sexe, une jalousie, en vertu de laquelle il voulut empêcher la femme de grandir pendant qu'il s'abaissait.
Alors il fit à la femme un crime de son crime.
Cette réaction de l'homme contre la femme, commencée dans le passé de l'histoire humaine, recommence dans chaque individu et perpétue la nécessité, pour la femme, de cacher la vérité sur un fait qui a été la cause de toutes les tortures que l'homme lui a infligées.
Mais, lorsque la science aura mis en évidence la véritable signification psychique de cette fonction, les femmes comprendront que, en disant ce qui est, loin de mériter un soi-disant mépris, qui n'est que du dépit, elles s'élèvent, au contraire, dans la grandeur morale et que, cacher ce qui fait leur gloire c'est laisser le triomphe trop facile à l'Esprit du Mal.
Il a été expliqué, précédemment, comment et pourquoi on avait supprimé l’Ovulation de la nature humaine, faisant à la femme un crime de cette fonction inéluctable, et défendant l'étude des sciences qui pouvaient en démontrer la réalité et la nécessité. Comment on avait fait de « la chaste épouse » l'idéal de la vertu féminine, sans penser, ou sans savoir, que, si cette chasteté avait été observée, il y a longtemps que l'humanité aurait disparu de la surface terrestre.
Mais, heureusement pour les hommes, il n'y a pas eu « de chastes épouses » et toutes les femmes ont continué à obéir aux lois de la Sainte Nature, sans tenir compte de l’anathème prononcé contre leur sexe.
La science masculine, héritière de la théologie, a adopté tout ce qui avait été fait contre la femme, et s’est même appliquée à donner des explications de ce qui avait constitué le reproche sexuel ; elle a prétendu faire la démonstration du mensonge séculaire qui avait avili la femme, alors que sa mission était de le démasquer.
C'est dans cet esprit que les savants ont étudié le sexualisme, particulièrement ce qu'ils appellent les déviations du sens génésiaque, appliquant à la femme des monstruosités qui sont spéciales au sexe masculin.

On sait que l'homme cherche mille moyens pour satisfaire ses besoins physiologiques ; on sait que la pédérastie, la sodomie, la zoolâtrie ont toujours existé parmi les hommes.
On peut appeler ces pratiques une déviation du sens génésiaque puisque la satisfaction de l'instinct masculin doit avoir pour conséquence, et pour excuse, la transmission de la vie à un nouvel être.
Ne souhaitant pas entrer en détails sur cette question, vu la répugnance qu'inspire un tel sujet, mais afin de faire comprendre comment on est arrivé à donner à la femme les vices masculins, par réflexion sexuelle, et comment on est arrivé à lui imputer des crimes sexuels que l'homme seul commet, nous renvoyons le lecteur de ce forum au livre de G. Carré « Les maisons de tolérance » (1892)
La lecture de cet ouvrage fait ressortir ces deux faits : la tendance de l'homme à prendre le rôle de la femme, d'une part ; d'autre part, une sorte d'orgueil secret qui le pousse à ne pas abdiquer devant la femme, à se révolter au lieu de se soumettre, même quand il s'agit de la satisfaction de ses instincts physiologiques.
M. Romain Bierzinski dit : « Il y a dans la naissance de l'amour une part d'abdication ; on se laisse aller comme au cours de l'eau, avec une volupté tremblante On voudrait résister et on n'ose. »
Les pédérastes sont des hommes qui ont osé, C'est un excès d'orgueil. Comme l’amour commence par un hommage, nous les voyons enclins à rendre à l’homme cet hommage, comme s'il l'en croyait plus digne que la femme, qu'ils affectent de mépriser ; leur atavisme les force à jouer la comédie de l'amour, mais leur orgueil les empêche de rendre même l'apparence d'un culte à la femme.
Tous ces faits de la psychologie masculine devaient être rappelés afin de faire comprendre comment, en vertu du système de réflexion sexuelle qui consiste à imputer à la femme ce que fait l’homme, on devait arriver à accuser les femmes d'amours unisexuelles.
Il y a dans ce système une justification et une vengeance.
L'homme croit se justifier, quand on l’accuse, en répondant : ta femme aussi, ce qui ne justifie rien puisque la femme a une impunité sexuelle que l'homme n'a pas.

C'est parce que l’homme sent la responsabilité morale de ses actes qu'il cherche à atténuer la faute en la faisant partager par un autre, en prenant un complice. Et, croyant la femme dans le même cas psychique, il lui donne aussi des complices, sans penser qu'on cherche à atténuer sa responsabilité et à calmer ses remords en les faisant partager, quand on commet une action que l'on sent coupable, mais qu'on ne cherche pas à partager les conséquences d'une action que l'on sait innocente, d'une action qui fut glorifiée dans un passé lointain, et qui faisait l'objet d'un culte.
Chaque femme se sent Déesse, et loin de vouloir partager sa Divinité avec une autre femme, elle prétend garder soigneusement son unité Divine. On partage ce qui abaisse, on ne partage pas ce qui élève. L'accuser de chercher des complices, c'est la mettre dans le même cas que l'homme et cela l'outrage, la blesse mortellement. Toutes les femmes souffrent de ces imputations faites à la femme, quoique beaucoup répètent ces propos outrageant comme s'ils étaient vrais.
L'homme s'aperçut de cette souffrance, et alors, redoublant de méchanceté il fit, de ces accusations, un système. Toutes les femmes vers lesquelles se dirigeait sa haine sexuelle : les intellectuelles, parce qu'il les jalouse, les chastes parce qu'elles le dédaignent, furent accusées de chercher dans l'intimité des autres femmes ce que lui cherchait dans celle des autres hommes. Poussant jusqu'au bout le rapprochement de la psychologie masculine avec la psychologie féminine, on alla jusqu'à supposer qu'une femme peut aimer d'amour sexuel une autre femme, parce que l'homme simule l'amour sexuel pour l'homme. Mais la cause de cette aberration ne peut pas exister chez la femme, l'orgueil qui l'inspire à l'homme vient de sa honte d'aimer la femme parce que l'amour est pour lui une abdication. Mais l'amour est pour la femme un triomphe, non un abaissement, elle n'a donc aucune raison de jouer la même comédie que l'homme.
C'est sur ce mensonge masculin qu'on a bâti la légende des Lesbiennes.
Voici comment cela commença :
Lorsque les femmes furent dépouillées de leurs biens, dépossédées de leur autorité et renversées des places qu'elles occupaient dans la société antique, Une formidable lutte s'engagea. Des armées de femmes, composées d'amazones, firent une guerre ouverte à leurs persécuteurs.
Lorsqu'elles furent vaincues en Asie, elles vinrent se réfugier dans les îles de l'Archipel Ionien, dans celle de Chypre et dans celle de Lesbos entr'autres, et là, s'enfermant dans leurs cités et vivant entre elles, elles en interdirent l'entrée aux hommes. Pour se venger, leurs oppresseurs les accusaient de la perversion sexuelle dont, eux, avaient été accusés.
Depuis, toutes les femmes qui ont fui la société des hommes, qui ont excité une jalousie ou subi une vengeance, ont été appelées « des lesbiennes ».
La grande Sapho, tant persécutée pour son génie qui illustra la Grèce, fut au nombre des grandes accusées.
Chaque fois que les nations sont tombées dans la corruption masculine cette accusation est revenue dans le chapelet des injures dirigées contre la femme.
Dans notre société moderne c'est devenu un genre littéraire cultivé par les écrivains en quête de nouveauté scandaleuse. L'imagination des hommes brode sur cet outrage mille fioritures.
Le résultat c'est que, quand certains romanciers racontent des cas particuliers de déviations passionnelles (ainsi qu'ils disent), tous entiers pris dans leur imagination, du reste, ils créent, dans un certain public de femmes, une curiosité qui peut dégénérer en imitation, les esprits faibles se moulant toujours sur les personnages de romans.
C'est la France qui a créé ce genre immonde de littérature.
Dans les autres pays, les femmes ne l'auraient pas permis.

Une autre forme de l'outrage sexuel est celle-ci :
On sait qu'il est des hommes qui descendent jusqu'à chercher un rapprochement immonde avec la bête, avec la chienne. Partant de là, ces hommes pervers ont imaginé que la femme aussi, pouvait chercher un pareil accouplement, et ils ont inventé une jalousie particulière, pour le chien, qu'ils se donnent pour rival.
Mais, comment la femme, si même cela était physiologiquement possible, chercherait-elle en dehors de l’humanité un rapprochement qui, déjà, dans le genre humain, la répugne. Elle cherche à éviter l’homme et on veut faire croire que ce dégoût du mâle est, au contraire, une attraction et s'étend à la bête! Combien, ici, la perverse imagination inventive de l'homme apparaît!... Il va jusqu'à donner des preuves. Nous avons entendu raconter deux histoires.
La première accusait une femme, une parisienne, demeurant rue Oberkampf, (on précisait) d'avoir mis au monde sept petits chiens !,.. Tout le monde, disait-on, le savait, dans le quartier, on les avait vus.
La seconde accusait une femme de la province, cela s'était passé dans l’Yonne. Les grands-mères racontaient à leurs petites-filles que une telle avait été une vilaine femme elle avait été condamnée à trois mois de prison pour avoir entretenu des relations avec un chien, dont elle avait eu deux petits. Cela n'était pas mis en doute, cela n'était pas discuté.....
Or, on sait que la science n'a jamais pu obtenir de produit par le rapprochement de deux individus de genres différents, fussent-ils aussi rapprochés que le genre humain et le genre simien. Si cette expérience avait pu réussir le Darwinisme aurait pu être démontré et ses partisans auraient fait en- tendre toutes les trompettes de la victoire.
Il n'y a donc pas de produit possible entre une femme et un chien. De plus, si, par miracle cela se pouvait, le rejeton aurait le corps de la femme et l'âme du chien, puisque la mère donne les éléments sanguins qui font le corps, le père donne les éléments nerveux qui font l'âme. Ensuite, comme l'utérus de la femme est disposé de manière à ne contenir, normalement, qu'un rejeton, et exceptionnellement deux, il ne serait pas possible qu'elle ait mis au monde sept petits. Ce n'est pas la fécondation paternelle qui détermine le nombre des enfants, c'est l'ovulation.
Voilà donc un fait journellement imputé à la femme, dans le peuple ignorant, et qui est totalement démenti par la science. Mais, que leur fait la science ?... La calomnie en aura toujours raison, et l’on continuera à dire qu'il est des femmes qui mettent au monde des petits chiens... De plus, dans l'histoire de la femme condamnée, dans l'Yonne, à trois mois de prison, on inventait, en même temps, une loi punissant la femme de ce délit que la science déclare impossible.
Oh ! Triste humanité ! Combien elle est là représentée dans toute sa perversité et dans toute sa niaise crédulité !
Si toutes les femmes ne sont pas accusées de pratiques dites « contre nature », toutes sont plus ou moins victimes de la calomnie sexuelle. Nous appelons ainsi l'imputation gratuite faite à une femme de relations intimés et cachées avec tous les hommes qui pénètrent chez elle, avec ceux qu'elle peut rencontrer dans un endroit public, quelque fois même avec des hommes qu'elle n'a jamais vus.
Cette monomanie est un indice infaillible de la dégénérescence d'une race. C'est une habitude d’esprit poussant jusqu'à l'outrance l'habitude du mensonge et de l'accusation qui furent, d'abord, des cas isolés de jalousie ; c'est la généralisation à toutes les femmes de quelques cas particuliers.
C'est à Paris que cette maladie mentale sévit avec le plus de force. A Paris, la « femme seule » est toujours considérée comme une prostituée, jusqu'à preuve du contraire, et cette preuve n'étant jamais complètement faite, la « femme seule » est toujours suspecte, ce qui n'empêche pas qu'elle soit honorée, si non respectée, quand elle affiche un luxe qui fait supposer qu'elle est riche.
C'est le peuple parisien qui est, surtout, atteint de cette manie de calomnie sexuelle. Ce sont les domestiques, les concierges, les petits marchands, les petits employés qui n'hésitent pas à faire planer sur la vie des « femmes seules », les accusations les plus outrageantes. De là, la calomnie monte dans les classes sociales plus élevées qui, toutes, se plaisent à répéter les propos injurieux qui avilissent le sexe féminin.
Cela constitue le fond de la vie parisienne et occasionne une gêne permanente provenant des précautions qu'il faut prendre, incessamment, pour éviter de donner prise à la médisance.
Les femmes, qui veulent se faire respecter, sont obligées de se faire une vie factice, destinée à dissimuler aux yeux des inférieurs tout ce qui pourrait donner prise aux malentendus méchamment voulus.
Il est dans les mœurs parisiennes de ne pas admettre qu'un homme parle à une femme, même ouvertement, sous les yeux vigilants du public, sans en conclure à une liaison amoureuse entre eux.
C'est la femme du peuple, surtout, qui met toute la brutalité de sa jalousie de caste dans ces manifestations contre la femme des classes supérieures.
On sait qu'à Paris, il est nombre de concierges qui refusent de louer des appartements à des « Dames seules ».
Nous en avons entendu une (c'était rue de l'Odéon) refuser de faire visiter un logement à un jeune homme sous prétexte qu'il pourrait amener chez lui « des femmes » et, avec le plus profond mépris, elle ajoutait, montrant l'immeuble: « Pensez donc, une si belle maison ! » Le jeune homme lui répondit timidement : « Ma mère ne pourra donc pas venir me voir! »
Et cette femme immonde s'inclinait devant les riches pervertis qui occupaient les appartements somptueux de cette belle propriété.
Donc, pour ces gens, c'est l'homme qui honore, c'est la femme qui déshonore !

L’OUTRAGE SPIRITUEL
Après l’outrage sexuel, qui est né d'une jalousie, nous voyons la femme outragée dans son intellectualité, une autre jalousie. Toutes les grandes qualités de son esprit sont méconnues et attribuées à l’homme.
- Elle, dont le cerveau est relativement plus volumineux que celui de l'homme (comparé aux proportions du squelette) on l'accuse de manquer de cervelle ! (Voir les travaux du Docteur Manouvrier.)
- Elle dont l'esprit est si étendu, que les Celtes l'appelaient la Volupsa (nom qui signifie : celle qui voit l'universalité des choses), on l'accuse de ne pas généraliser, et c'est à l’homme que l'on donne cette qualité féminine, à l'homme qui se perd dans les détails et n'a pas su établir une seule des lois générales de la Nature.
- Elle qui possède une rectitude de jugement qui repose sur des conditions physiologiques inattaquables, on fait d'elle une « détraquée » semblable à l'homme dégénéré ; on qualifie de folie sa raison droite, de rêve, sa lucidité intellectuelle.
- Elle qui a toujours représenté la Justice, on l’écarte de toutes fonctions judiciaires.
- Elle qui a « la Science de l'Ordre », la Mathèse dont elle est la personnification vivante, on refuse sa science, sous prétexte qu’elle ne donne pas de preuves, alors qu'elle seule en donne, puisque ses preuves sont mathématiques. Et, ce qui est plus outrageant encore, on exige d'elle qu'elle fasse abdication de ses facultés féminines et qu'elle se mette au niveau de l'homme ; qu'elle rétrécisse son esprit et procède comme lui en aveugle, c'est-à-dire qu'elle demande à l'empirisme de lui révéler ce qu'elle a trouvé par son intuition, par son génie. C'est demander à celui qui voit de marcher en tâtonnant comme l'aveugle !
- Elle qui ne se trompe pas, on veut la mettre sous la tutelle de l’homme, qui ne cesse pas de se tromper !
- Elle qui a toujours été l'initiatrice de l'homme, on fait d'elle son imitatrice.

Voici quelques noms de femmes « imitatrices » :
1°) Une espagnole, Dona Elvira Sabuco de Nantes, trouva (sous Philippe II), la division du système nerveux en nerfs sensitifs et nerfs moteurs, dont on rapporte la gloire à Ch. Bell, le physiologiste anglais.
2°) Miss Martinau, qui fonda l'économie politique.
3°) Lady Montagu, qui introduisit en France le vaccin dont on fait gloire à Jenner, et qui a servi à faire la gloire de Pasteur.
4°) Anna Kingsfort, qui remit à l'ordre du jour le Végétarisme.
5°) Mme Blavatsky qui fonda la Théosophie moderne.
6°) Louise Michel qui dit le premier mot des théories libertaires.
7°) Georges Sand qui fonda la littérature à thèses sociales, tant imitée des Scandinaves et des Russes.
8°) Louise Bourgeois qui fonde l'obstétrique que Mme Lachapelle vint, plus tard compléter.
9°) Mme Becker Stowe, qui par son roman « La Case de l'oncle Tom », fît abolir l'esclavage.
10°) Mme Maté qui inventa le télescope marin, instrument qui fit faire un pas immense à l'art naval.
Tout cela, sans compter « La Nouvelle Science ! »
A force d'avoir nié l'Esprit de la Femme, pour se justifier de lui avoir pris toutes ses places, on a fini par croire que cette négation était l'expression d'une vérité. Et, aujourd'hui que le préjugé est ancré, nous voyons des gens nous dire, très sérieusement, que la femme est moins intelligente que l’homme. Nous voyons même des savants (?) édifier des théories prétendues scientifiques, sur ce préjugé.

Comme la supériorité morale de la femme est incontestable (puisque la statistique nous montre que le nombre de femmes criminelles est bien moindre que le nombre d'hommes criminels), on tire de ce fait une conséquence inattendue ; on en conclue que c'est cela qui prouve qu'elle est « l’être inférieur ».
Telles sont les théories de MM. Lombroso et Ferrero, exposées dans « La Donna Delinquente ».
Ce singulier livre a inspiré à Francisque Sarcey, les réflexions suivantes :
« Si la femme est moins criminelle, c'est qu'elle est moins intelligente.
« Vous ouvrez de grands yeux ; vous ne comprenez pas ?
Attendez. MM. Lombroso et Ferrero vont vous expliquer ce qu'ils entendent par-là :
« L'intelligence de la femme, disent-ils, est moindre que l’intelligence de l'homme. Je sais bien que vous voulez m’arrêter là-dessus et me dire : Qu'en savez- vous ? Ça n'est pas prouvé le moins du monde. Je vous en supplie, ne me faites point de ces objections ridicules. MM. Lombroso et Ferrero posent cette vérité ou axiome : l'intelligence de la femme est moindre que l'intelligence de l'homme. Discute-t-on un axiome ? Si vous n'acceptez pas ce principe, nous ne pourrons pas aller plus loin. Allons, je vois que vous l'acceptez.
Poursuivons.
« L'évolution de l'intelligence, continuent les deux physiologistes italiens, marche plus vite que l'évolution du sens moral ; il s'ensuit qu'avec l'évolution de l'intelligence la criminalité doit augmenter... »
« Hein ! Vous ne vous attendiez pas à celle-là ! Mais ce n'est pas fini :
« En effet, étant donné égal le sens moral chez deux hommes, celui qui aura plus d'intelligence aura d'autant plus le moyen de faire le mal ; il sera, par conséquent, plus criminel.
« Il faut de l'esprit inventif autant pour commettre des crimes que pour faire des inventions ou des livres. Beaucoup de femmes ne commettent pas de crimes parce qu'elles n'en conçoivent même pas l'idée ; le peu d'intelligence qu'elles ont les rend, en somme, bonnes ou du moins peu dangereuses. »
« Ce sont de terribles gens que ces physiologistes ! Ils écrivent ces choses-là sans balancer ! Ainsi, il faut autant d'esprit d'invention pour donner un coup de couteau que pour écrire un poème ou une pièce de théâtre ! Je ne l'aurais pas cru. La plupart des crimes dont le récit passe chaque jour sous nos yeux ne témoignent pas d'un esprit si inventif. Les crimes que Weiss appelait de beaux crimes sont extrêmement rares, et la plupart des criminels sont de simples brutes.
Les arguments que MM. Lombroso et Ferrero apportent à l'appui de cette thèse sont des plus extraordinaires :
« Ainsi, ajoutent ces messieurs, nous voyons que chez les animaux, les femelles sont très criminelles, lorsqu'elles sont très intelligentes, par exemple, les fourmis et les abeilles. Dans la race humaine, la criminalité féminine est plus grande dans les pays où la race a plus progressé et où la femme est plus intelligente, comme en Angleterre et en Ecosse. »
Nous avons appris avec stupeur qu'il y avait des bêtes criminelles.
Il nous semblait qu'il ne pouvait y avoir crime au sens vrai du mot, que là où il y avait connaissance de la loi morale et sentiment de la responsabilité. Les abeilles ont l'habitude de tuer leurs maris quand elles n'ont plus besoin d'eux. Nous ne demandons pas mieux, pour faire plaisir aux savants italiens, que de voir là une preuve de grande intelligence ; mais pensent-elles commettre un crime et sont-elles criminelles ? La statistique constate en effet que la criminalité féminine est plus forte en Angleterre et surtout en Ecosse que dans les autres pays d'Europe. Mais est-il bien sûr que ce soit uniquement parce que les femmes y sont plus intelligentes ?
A ce compte, ce devraient être les plus intelligentes qui commettraient le plus de crimes. Nous n'avons pas de données sur ce point ; mais nous imaginons que les jeunes personnes qui font leurs études pour devenir institutrices commettent moins de crimes que telle paysanne acculée par la nécessité de payer son fermage à l’extrémité redoutable de tuer ou de voler.
Entre nous, ces sortes d'études nous paraissent bien vaines, et les résultats que l’on tire des statistiques s'accordent plus avec l'art de grouper les chiffres qu'avec le sens commun.
Il faut beaucoup d'esprit pour être bon, disait jadis Mentor à Télémaque. (Francisque Sarcey.)
Et nous n'avons rien dit des femmes qui écrivent, ces femmes qu'Adisson décora de cette appellation : des bas bleus.
Elles se sont tant multipliées qu'il serait impossible d'en établir le nombre, d'autant plus que presque toutes prennent un pseudonyme masculin. Une petite minorité signe d'un nom de femme.
En 1888 nous avons relevé sur les catalogues des éditeurs parisiens les plus connus, les noms de ces vaillantes qui publient leurs œuvres sans se cacher. Nous en avons trouvé 544 ayant publié 1900 volumes.
Le nombre a dû doubler depuis cette époque. Quant aux femmes qui signent d'un nom masculin, elles doivent être au moins quatre fois plus nombreuses, car, sur quatre femmes qui écrivent trois prennent un pseudonyme.
Du reste ce n'est pas la quantité de volumes produits qui prouve la supériorité intellectuelle d'un sexe sur l’autre, c'est leur contenu. Un tout petit livre peut avoir plus de valeur qu'une immense bibliothèque.

Le dernier mot de l'outrage spirituel, c'est la suppression, dans le dictionnaire, du féminin des noms qui indiquent une action intellectuelle : tels que inventeur, penseur, auteur, artiste, écrivain, sculpteur, etc.
Quelques hommes veulent même empêcher l'introduction dans la langue du mot doctoresse et prétendent que les femmes doivent s'intituler : Madame le docteur, afin d'écarter ainsi le féminin d'un mot qui indique un travail de l'esprit.
Si les œuvres des femmes sont inconnues c'est parce que l’homme (qui glorifie à outrance son sexe) ne glorifie pas la femme. Elle est toujours oubliée dans ses louanges, si bien qu'on s'est habitué à croire qu'elle n'a rien produit, que c'est l'homme qui a tout fait sans elle. Mais c'est encore là une idée renversée. Son œuvre, à elle, a été immense et toute l'antiquité a brillé de sa lumière. C'est pour cacher ce fait que les conquérants masculins ont fait brûler les bibliothèques, ou ont fait altérer les antiques ouvrages sacrés écrits par les grandes femmes qui étaient déifiées. On sait aujourd'hui que les ouvrages dont les auteurs sont restés inconnus, tels que L’Iliade et L’Odyssée, ont été écrits par des femmes.
Nous avons eu la bonne fortune de faire nous-même une découverte de ce genre : nous avons trouvé que le Sépher (cet admirable livre dénaturé par Esdras qui en fit la Bible) était l'œuvre de la grande Marie l’Égyptienne (voir l'article sur l'Israélisme).

Voici un exemple de ce système qui consiste à oublier la femme dans la glorification accordée aux illustres : c'est avec le travail de Sophie Germain, intitulé : Mémoire sur l’emploi de l'épaisseur dans la théorie des surfaces élastiques que l'on a fait les calculs qui ont permis d'édifier la tour Eiffel. Une fois l'édifice terminé, on a voulu y inscrire les noms des grands hommes qui se sont illustrés dans la science et, tout autour du monument se trouvent inscrits des noms, dont beaucoup sont inconnus du public. Personne n'a pensé à mettre parmi ces noms masculins celui de Sophie Germain.

LES FAUTES DE LA FEMME
C'est son ignorance de la psychologie masculine qui a fait commettre à la femme des fautes qu'elle a chèrement expiées.
Un exemple : elle a soutenu fréquemment une doctrine qui a été fatale à l’homme ; celle de la liberté et de l'impunité de l’amour. Elle parlait d'elle, ne sachant pas que l'homme s'applique toujours à lui-même les conclusions féminines. Or, la femme ne comprend pas pourquoi il faut entraver l'évolution sexuelle, puisque, dans son sexe, cette évolution n'entraîne pas une diminution des facultés intellectuelles, et elle rit des lois restrictives dont elle ne comprend pas du tout la signification. Pour elle, donner au mot instinct une signification qui le met en opposition avec le mot raison est une absurdité, puisque chez elle, l'instinct n'est autre chose que la raison inconsciente. Elle ne comprend pas pourquoi on est arrivé à condamner toutes les actions commises sous l’impulsion de cette force : l’instinct puisque chez elle les actions qui sont conformes aux prescriptions de la Nature sont toujours bonnes, elle ne comprend pas que l'on ait érigé en morale « la résistance aux lois de la Nature », elle trouve que la délibération, dans ce cas, est déjà incompréhensible, qu'elle est même une impiété, surtout lorsqu'elle donne, pour résultat, la résistance à ces lois. Elle se dit : Du moment où l'homme délibère c'est que, en vertu de son immense orgueil, il croit faire mieux que la Nature au lieu de se soumettre, la seule chose que, d'après elle, il avait à faire, elle trouve inouï qu'il ait osé discuter la Nature, attendu qu'on ne discute une loi que lorsqu'on n'est pas convaincu de son excellence. Il croit que c'est parce que l’homme s'est cru capable de faire mieux que la Nature, de dicter des lois plus parfaites que les siennes, d'édifier des religions surnaturelles, d'écrire des codes, de bâtir une morale qu'elle trouve insensée et que, pour elle, son origine seule dénonce. Elle trouve que nous devons étudier les lois naturelles pour nous y soumettre, mais non pour les discuter.
Cette façon de raisonner, très juste au point de vue de la psychologie féminine, est absolument fausse appliquée à la psychologie masculine et, c'est pour cela, que l'homme accuse la femme de manquer de logique, alors que cette accusation prouve son ignorance de la loi des sexes.
Cependant, à la longue, il se laisse influencer par les idées féminines, qu'il fait siennes, et finit par croire que lui, comme la femme, peut se laisser aller sans danger aux impulsions de l'instinct. C'est un des cas si nombreux où il confond le subjectif et l'objectif. Du reste, cette façon de voir flatte ses goûts, et comme les hommes croient toujours ce qu’ils désirent croire, il adopte facilement ces théories que la femme lui prêche, sans se douter du mal qu'elle fait.
C'est parce que l'homme croit à l’impunité de l'amour que nous voyons les messieurs les mieux posés dans la société raconter des fredaines, qui sont des actes méprisables, sans se douter qu'ils font ainsi l'aveu de leur manque de sens moral.
L'homme imite toujours la femme, il ne faut pas l'oublier. C'est, du reste, ce qui l'a élevé dans son évolution morale. Le père imite la mère dans le ton qu'elle prend avec ses enfants, le fils imite l'attitude que sa mère a prise, vis-à-vis de lui ; autant qu'il peut l'homme se fait femme.
Mais cela va trop loin quelquefois et, alors, au lieu de l’élever, cela le rend grotesque ou odieux.
Le sérieux qu'il met dans ce travestissement moral a donné naissance au genre bouffon, et certains hommes se sont adonnés à ce genre de mimique morale avec une sorte de conviction : Être à côté de son sexe, être à côté du réel, faire rire est devenu, pour quelques-uns, un but à atteindre.
De là cette expression de mépris : Vous êtes un drôle.
Aujourd'hui, la société est toute entière travestie. A côté des hommes qui se sont faits femmes nous avons les femmes qui se sont faites hommes, celles qui condamnent leur propre sexe et prennent, pour elles, la responsabilité de toutes les actions masculines, elles imitent ce que font les hommes et les suivent dans le mal sans aucun discernement.
Chacun veut sortir de son sexe. Et c'est la femme qui est maintenant l'être déchu, de par sa sexualité, tandis que l’homme s’est mis sur l'autel de Vénus.
Que diriez-vous d'une société composée de nègres qui prétendraient que c'est vous, blancs, qui êtes des noirs, que ce sont eux qui sont des blancs ?...

LA FEMME SUBJECTIVE ET LA FEMME OBJECTIVE
On a dit que l'état naturel de l'homme est de ne pas distinguer le subjectif de l'objectif.
On a dit que les phénomènes subjectifs sont vus par tous les hommes de la même manière, c'est-à-dire comme s'ils étaient objectifs.
Un exemple frappant de ceci :
Comme l'homme éprouve un plaisir sexuel dans son rapprochement avec la femme, il en conclut que la femme éprouve un plaisir sexuel dans son rapprochement avec l’homme.
Il prend son plaisir subjectif pour un plaisir objectif. En d'autres termes, il prend le plaisir qu'il ressent pour un plaisir qu'il donne.
C'est que, pendant toute la période d'activité sexuelle chez l'homme (de 20 à 50 ans), ses facultés cérébrales sont presque continuellement troublées par les exigences du pôle générateur. Il en résulte que la plupart des opérations du cerveau de l’homme, pendant ces trente années de vie génératrice, se rapportent, surtout, aux choses qui touchent de près OU de loin à la sexualité. On dirait que le reste n'a pas d'intérêt pour lui. L'amour est tout. L'amour est avant tout.
Or, l'amour de l'homme a, pour objectif, la femme.
L'homme, pendant ces trente années de vie, ne pense donc qu'à la femme.
Si nous examinons les œuvres littéraires des hommes, nous voyons qu'elles sont, presque toutes, brodées sur le même canevas : l’amour.
Si nous voyons, dans le monde, quelques hommes qui semblent s'occuper d'autre chose, qui semblent, par exemple, se vouer à des travaux de l'esprit qui ne se rattachent pas directement à l'amour, c'est que ces hommes cherchent, dans ces travaux, un bénéfice, gloire ou fortune, qu'ils porteront à une femme.
Du moment où la femme devient l'objectif de l'homme, la femme n'existe, pour lui, qu'à la condition de répondre à ce désir qu'il dirige incessamment vers elle.
Il veut la femme, mais la femme faible, celle qui se plie à ses caprices. Si elle lui résiste, ou si elle ne fait pas l'objet de ses désirs, elle n'est pas, pour lui, la femme. Alors, c'est l'ennemie parce que c'est une sorte d'entrave morale à l'entraînement de son instinct.

L'homme, dans toutes ses œuvres, a donc représenté la femme comme il la rêve, la femme objet de ses désirs et de ses besoins physiologiques, la femme comme il veut qu'elle soit, mais non comme elle est réellement.
Cette femme-là c'est la femme objective. La femme que l'homme fait pour le servir dans la satisfaction de toutes ses aspirations sexuelles.
Or, nous avons vu que la satisfaction de ces aspirations diminue moralement l'homme. Donc, la femme objective est la complice de la déchéance de l'homme. Mais, hâtons-nous de dire que cette femme-là est l'œuvre de l’homme, ce n'est pas l'œuvre de la Nature.
La femme n'est ainsi que lorsque l'homme la fait ainsi. A côté de celle-là il y en a une autre, celle qui n'est pas l’objet de la convoitise de l’homme, celle qui n'est pas l’objet de ses désirs parce qu'elle dirige sa vie dans une sphère d'action trop élevée pour qu'il ose penser à l'abaisser jusqu'à lui.
Celle-là c'est la femme subjective, l'homme ne la connaît pas, mais il la pressent et il la craint ; aussi, il ne veut pas qu'elle existe ; nous ne la voyons nulle part représentée dans les œuvres littéraires des hommes, nous ne la voyons jamais mentionnée, si ce n'est pas pour la ridiculiser, pour la bafouer ou la narguer, enfin, pour la condamner, d'une manière quelconque.
C'est la réprouvée puisqu'elle ne suit pas la route tracée par la passion de l'homme. C'est la belle-mère, si gênante pour les vices du gendre, c'est la matrone qui sermonne, qui ennuie !...
Et, cependant, c'est cette femme-là qui sauvera l'humanité !

En général tout ce que les hommes disent et écrivent sur la femme se rapporte à la femme objective, la femme considérée comme un objet créé pour la satisfaction de leurs désirs. Ils la veulent dans l'amour et ils la veulent aussi dans la vie domestique, pour faire ce que la paresse ou la maladresse ne leur permet pas de faire par eux-mêmes. L'homme veut la femme pour lui faire sa cuisine, laver son linge, pour ceci, pour cela, mais toujours pour quelque chose qui se rapporte à lui. Tout ce qu'il dit d'elle démontre qu'il la considère comme un objet mis, par la nature, à sa disposition et à son service.
Or, que devient la femme subjective pendant que la femme objective s’exécute pour les besoins de l'homme, pendant qu'elle coud des boutons aux chemises de l'homme ? Que deviennent les facultés spirituelles, si intenses que la Nature lui a données, et que son premier devoir moral est d'entretenir, pour le progrès de l'humanité actuelle et pour l'élévation de la race ?
Quand nous considèrons l'usage que l’homme prétend faire des facultés de la femme, nous ne pouvons nous empêcher de le comparer à l’anthropomorphe, Et nous pensons que si une armée d'anthropopithèques était arrivée à dépasser en nombre la troupe des hommes, et était parvenue à les tenir en esclavage, en les réduisant par la force, les singes emploieraient les hommes à faire tous les ouvrages nécessaires à la vie des anthropopithèques, à bâtir des huttes, à chercher et à préparer la nourriture, etc, etc,. L'homme serait, pour le singe, un être objectif, il n'aurait pas de vie subjective (1).
Quand nous voyons un homme parler de la femme comme un objectif, disons-nous que nous sommes en face d'un anthropomorphe, d'un singe rectifié (pour faire pendant à la guenon rectifiée d'Alex. Dumas), mais non d'un homme comme la dignité humaine le conçoit.

Il y a donc deux classes d'hommes : Les premiers sont ceux qui voient dans la femme un être subjectif, les seconds sont ceux qui voient dans la femme un être objectif.
C'est donc avec raison qu'un critique a dit : « Quand on parle d'un homme la première question à poser est celle-ci :
Que pense-t-il de la femme ? »
La femme objective, celle que l'homme veut pour ses plaisirs ou son service c'est le type simiesque rectifié de Dumas fils dans « L’Homme-Femme ». Nous ne dirions pas à l'homme, comme Dumas, tue-la, nous lui dirions : méprise-la, si, toutefois, ce n'est pas toi qui l'a faite telle, car, alors, ce n'est pas elle qu'il faut mépriser, c'est toi. Nous dirions aussi, à l'homme : garde ton estime pour l'autre, pour celle qui ne te fait pas descendre les degrés de l'échelle humaine. Est-ce ainsi que les choses se passent ? Est-ce bien la femme qui le fait déchoir que l'homme appelle une femme coupable ? Est-ce bien à celle qui ne veut faire vibrer en elle et en lui que les cordes de l'esprit, qu'il accorde son estime ?
Si nous consultons la littérature moderne sous toutes ses formes, et les mœurs qui en résultent, nous voyons que c'est tout le contraire, nous voyons que l'homme n'estime la femme qu'en raison du mal qu'elle lui occasionne, en raison de la dégradation qu'elle lui fait subir ; et il envie cette dégradation quand elle s'adresse à un rival ! C’est alors que la femme lui semble coupable, parce que ce n'est pas lui « qu'elle a dégradé ».
Il se trouve offensé dans sa sexualité où on dirait qu'il réfugie son honneur ! Il flétrit la femme parce qu'elle porte la déchéance ailleurs, au lieu de la lui garder pour lui.
Cette circonstance, qui est, pourtant, un bénéfice moral, pour l’homme, lui semble le comble du déshonneur. Il ne trouve la femme honnête qu'à la condition qu'elle soit une machine à démoraliser, fonctionnant uniquement à son bénéfice, nous disons mal, à son préjudice.
(1) cf Pierre Boulle

INTERVERSION DES RÔLES
Le désordre social, moral et mental qui règne sur la terre depuis les temps reculés de l'Evolution humaine, les systèmes absurdes qui se sont succédés, avec une persévérance digne d'une meilleure fin, les aberrations de tous genres qui ont engendré tant de maux, n'ont qu'une cause : l'interversion des rôles de l'homme et de la femme.
Les hommes ont voulu agir dans le monde comme s'ils possédaient les facultés de la femme, c'est-à-dire comme si, chez eux, le pôle cérébral était le pôle positif et le pôle générateur le pôle négatif et ils ont voulu faire agir la femme comme si, chez elle, le pôle cérébral était le pôle négatif. Ils ont éteint ses facultés intellectuelles et ne lui ont laissé de liberté que pour l'exercice de ses facultés motrices : le travail manuel et la maternité.
En retranchant, en elle, le pôle cérébral, ils ont décapité l’humanité. Car c'est dans l'esprit de la femme qu'est le principe de toutes les vérités. L'esprit de la femme est la lumière directe, l'esprit de l'homme est la lumière réfléchie.
Ceux qui l'ont mise à l'écart pour substituer leur action à la sienne, ceux qui ont voulu, à sa place, et sans elle, philosopher, raisonner, disserter, n'ont fait que déraisonner.
En général, méfions-nous des hommes qui s'aventurent sur le terrain des sophismes philosophiques, des hommes qui veulent empiéter sur le domaine féminin.
L'homme philosophe nous fait le même effet que la femme militaire. Dans l'un et l’autre cas, c'est un être qui veut exercer des facultés qu'il ne possède pas, sortir de son sexe.
Tout ce qui est du domaine de la logique appartient à la femme. C'est un terrain sur lequel l’homme n'a pas le droit de pénétrer, à moins qu'il ne possède une nature exceptionnelle ou qu'il ne soit arrivé à l'âge où les passions sont éteintes.

L'interversion des rôles est un travestissement moral qui naquit en même temps que le carnaval ; permis pendant quelques jours de l'année, pour s'en amuser, il finit par se maintenir en toutes saisons. Et, chose curieuse, quand l’homme prend le rôle de la femme il continue à prendre, en même temps, son costume. Le travestissement est devenu un usage acquis.
- Pour rendre la justice, fonction féminine, il met la robe du juge, la robe de Thémis.
- Pour exercer le sacerdoce, fonction féminine, il met la robe de la prêtresse, la robe blanche de Junon, de Minerve.
- Pour enseigner les lois de la Nature, fonction féminines, il met la robe universitaire : le satin et le velours dont on faisait la robe des neuf Muses.
L'homme a la force musculaire, l'action, l’exécution ; à lui la charrue, le champ, l'usine, la mine, l'outil, le navire, l’industrie. A la femme, la connaissance de la Nature et l'application morale de ses lois.
L'homme peut construire des édifices mais il ne doit pas chercher à construire des systèmes.
Voyez comme tout va bien quand il raisonne un peu moins et travaille un peu plus. Comme, alors, tout rentre dans l'ordre, comme tout reprend sa place naturelle, son harmonie. Il excelle à faire des chemins de fer, des routes des ponts, il n'a jamais su trouver la vraie cause d'un phénomène.
Il est si vrai que l’homme a l’action et n’a pas la conception, que, sur le champ même de la science, le terrain qui devrait moins que tout autre comporter l'action, il a introduit un côté manuel, instrumental, qui est devenu si prépondérant que, pour quelques hommes, il est toute la science. C'est à ce point que ceux-là ne semblent même pas s'apercevoir de ce qui manque à côté, de leurs méthodes.
Or, ce qui manque, c'est le tout.
L'incapacité des hommes sur le terrain des actions sensitives a la même étendue que l’incapacité des femmes sur le terrain des actions motrices.

Règle générale : Quand il y a désaccord entre l'homme et la femme, dans la famille ou dans la société, c'est parce que l'homme veut trop raisonner, que la femme est obligée de trop agir. Le plus souvent, (presque toujours) c'est l'homme qui veut étouffer les facultés de la femme et mettre les siennes à leur place ; alors, la femme se révolte de cette usurpation. Il arrive rarement que le désaccord naisse de la prétention de la femme à exercer les facultés masculines, sa faiblesse physique l'avertit bien vite de son impuissance sur ce terrain-là, elle ne cherche pas à exécuter des travaux qui demandent des efforts musculaires qu'elle ne peut pas faire, et si elle avait la témérité de s'embarquer dans une semblable entreprise, elle s'arrêterait bientôt, laissant l'ouvrage inachevé et mal fait. C'est aussi le sort des œuvres de raisonnement que l'homme entreprend.
Lorsque c'est dans les affaires courantes de la vie que son incapacité l’a mis dans une mauvaise passe, il appelle la femme à son aide pour réparer le gâchis qu'il a fait. C'est ainsi que cela se passe souvent dans les affaires privées ; mais dans les affaires publiques, l’homme met son orgueil à agir seul, et c'est pour cela que tout ce qu'il fait est empreint de cet esprit de désordre et d'incohérence qui fait que notre société actuelle est, ce qu'est une famille sans femme : le plus beau chaos qu'on puisse imaginer.
Les deux endroits dont les femmes sont exclues : la Chambre et la Bourse, nous donnent le tableau de ce que font les hommes sans les femmes ; c'est le tumulte, le fracas, les intérêts déchaînés, le mensonge, l’injure. Tout ce qui pourrait élever l'esprit, ramener la justice, l'équité, la droiture, l'altruisme, en est exclu. Ce sont des lieux où le soleil de la pensée ne pénètre pas.
Et si l'homme en exclut la femme, s'il lui ferme la porte de tous les endroits où l’on discute, c'est parce qu'il craint la femme dans la discussion, il la trouve insupportable sur le terrain du raisonnement, parce que, sur ce terrain-là, il ne peut pas la suivre, ou il ne veut pas la suivre, pour ne pas être forcé d'arriver à une conclusion qui met en évidence la fausseté de raisonnement qui sert de base au régime actuel. Alors la discussion prend un caractère de mauvaise foi qui l'envenime, et qu'elle n'a pas d'homme à homme, puisque tous sont d'accord quand il s'agit de maintenir l'injustice.
C'est pourquoi l'homme déclare souvent qu'on ne peut pas discuter avec les femmes, ce qui veut dire qu'on ne peut pas triompher avec elles.
Ajoutons que les armes employées dans la lutte ne sont pas les mêmes. Les femmes se défendent avec des arguments, leur arme c'est l'esprit. Or, lorsque l'on parle pour convaincre, il faut être écouté, et quand l'homme a tort, quand il ne veut pas être vaincu, ou convaincu, il commence par ne pas écouter la femme, il rend ainsi son arme inutile : l'esprit. S'il ne lui tourne pas le dos, il tâche de l’étourdir par un tourbillon de paroles railleuses ou blessantes. L'argot populaire, pour désigner ce système, a créé un mot que nous ne voulons pas écrire. C'est un moyen facile d'éviter la lutte quand on manque d'arguments, mais qui ressemble beaucoup à celui qu'emploient ceux qui, pour éviter les projectiles de l'ennemi, ont recours à la fuite. Les fuyards ne sont-ils pas appelés des lâches dans le vocabulaire masculin ?
Les armes que l’homme emploie dans la lutte du sexe sont de celles qu'on ne peut jamais esquiver, puisque c'est la force sous toutes ses formes.
Cette arme-là la femme ne l’a pas.
Une femme qui donne un soufflet à un homme se met dans la même situation qu'un homme qui donne un argument de mauvaise foi à une femme. Le soufflet de la femme est faible, il est sans force ; l'argument de l'homme est mauvais, il est sans logique.
De même que l'homme méprise, et avec raison, les hostilités des femmes, sur le terrain de la force musculaire, de même les femmes méprisent les hostilités des hommes sur le terrain du raisonnement, et avec d'autant plus de raison que leur dernier mot, leur dernier retranchement est toujours, non pas un argument, mais un acte de brutalité.

LES IDÉES RÉGNANTES
Les idées régnantes sont le résultat de la suggestion sociale. On a fait croire aux masses que le bien est mal, que le mal est bien, et les masses se sont laissées persuader.
L'homme a suggéré à la femme qu'elle était son inférieure et, à force de le lui avoir répété, après bien des chicanes, cependant (elle disait non et lui disait si) les plus faibles ont fini par se laisser suggestionner. Tel un sujet qui arrive à adopter l'idée de son magnétiseur et qui, le dépassant même, y ajoute des détails que celui-ci ne voyait pas.
Par le même système, on a fait avouer, à la femme, une infériorité qui n'existe pas ; on l’a persuadée que sa sexualité est une honte qu'il faut cacher, et elle l'a cachée, puis on lui a dit, comme contrepied, que celle de l’homme a des exigences qu'on doit satisfaire et qui lui donnent des droits ; et tout cela a été accepté, et expliqué, car on cherche toujours à expliquer le mensonge, alors qu'il n'y aurait qu'une chose à faire : le renverser.
De tout cela on a fait les idées régnantes. Et c'est cet état mental de la société actuelle qui empêche de voir la vérité c'est-à-dire l'état psychique et réel de l'humanité, avant la suggestion.
Les femmes, suggestionnées par les hommes, sont en majorité. Celles, très-rares, qui sortent de l'hallucination sociale sont en petite minorité. On les traite de « folles » puisqu'elles affirment des choses que tous les hommes nient.
Il en résulte que « l’opinion, c’est l’erreur du plus grand nombre », et que, « de la discussion sort l'entêtement des opinions contraires ».

Ce sont les hommes qui font l'opinion, et ils la font dans leur intérêt. Et comme ils dirigent le monde depuis longtemps, les idées fausses qu'ils ont introduites dans la vie sociale sont devenues pour eux, « les idées de sens commun », c'est-à-dire celles qui sont les plus communes parce qu'il y a beaucoup d'hommes qui voient faux.
Et comme tous ceux qui sont arrivés au même degré de perversion voient avec le même degré de fausseté, il en résulte que les idées fausses, appelées idées de « sens commun » sont défendues par un grand nombre de gens, et, par conséquent, propagées dans tout l’univers ; pendant que les idées justes, qui ne peuvent exister que dans le cerveau d'un petit nombre d'hommes, et dans celui des femmes supérieures, sont toujours vaincues, parce qu'elles sont défendues par une infime minorité d'hommes, et par des femmes que l’on n'écoute pas. Pour les « intervertis » ces hommes justes sont des visionnaires, les femmes sont des hystériques.
« Les idées reçues ? Un joli monde, en vérité. Toutes, ou presque toutes, méritent d'être jetées à la porte, et le seraient, effectivement, si ceux qui les reçoivent valaient mieux quelles. » (Edmond THIAUDIERE)
La déviation de la droiture primitive du cerveau de l'homme a, dans chacun d'eux, autant de degrés qu'il en existe entre leurs conditions primitives et leurs conditions actuelles. Donc, lorsqu'un homme déclare « qu'il a raison » et « qu'il fait bien » cela ne veut pas dire qu'il agit suivant toute la raison, mais suivant la somme de raison qui lui reste.
Il ne connaît la nature des choses que relativement, puisque son cerveau a subi un mouvement de régression plus ou moins accentué, qui lui fait voir le monde sous un jour plus ou moins faux.

IDÉES HÉRÉDITAIRES
Il existe dans l'esprit de l'homme un fond d'idées héréditaires qu'il apporte en naissant et qui, à son insu, déterminent tous ses jugements : pendant la première moitié de sa vie, au moins, c'est-à-dire jusqu'à l’âge qu'avait son père lorsqu'il l'a engendré ; après cet âge il sort de l'atavisme.
Mais ces idées forment deux groupes qui se contredisent, c'est un atavisme d'idées masculines et d'idées féminines.
D'un côté, une voix intime dit à l'homme que ses passions sont mauvaises, qu'il ne faut pas les satisfaire, qu'il fait une action conforme à la loi du devoir quand il lutte (1), quand il se résigne au sacrifice. Cette voix intime lui dit aussi qu'il fait une action contraire à la loi du devoir quand il donne satisfaction à ses sens, à son orgueil, à sa cupidité, à son égoïsme.
L'origine de cette idée héréditaire est le sentiment intime que nos ancêtres masculins éprouvaient, dans leur existence passée, quand ils résistaient à l’entrainement de leurs passions ; ils en ressentaient une joie morale, mélange de contentement de soi et d'espérance. Quand ils ne résistaient pas, ils éprouvaient un sentiment pénible, mélange de honte, de blâme de soi, de crainte ; ils sentaient qu'ils venaient de s'amoindrir et d'offenser quelque chose de grand, quelque chose de puissant qui pouvait les punir ou les récompenser.
Une autre voix intime, qui parle dans le cerveau, à côté de celle-là, dit tout le contraire. Elle insinue à l'homme qu'il n'y a pas de passions mauvaises, que toutes les actions, qui ont pour but la satisfaction de l'instinct, sont bonnes, que la raison n'est pas en opposition avec l'instinct, mais qu'au contraire, l'instinct n’est que la raison inconsciente.
L'origine de cette idée héréditaire est dans le sentiment intime que nos ancêtres féminins éprouvaient dans leur existence passée.
Or, comme l'enfant procède toujours d'un père et d'une mère, qui procèdent, eux-mêmes, d'une série d'ancêtres féminins et masculins, l'enfant qui naît a, dans le cerveau, le germe des idées acquises par les uns et les autres dans l'existence ancestrale.

L'enfant naît avec le germe d'idées contradictoires dans l'esprit. Si les idées qui viennent de l'héritage masculin sont les plus fortes, l'enfant sent qu'il faut lutter. C'est Zénon, comprenant et enseignant que les passions sont mauvaises, que la lutte est nécessaire et méritoire et qui, par cette voie, conduit l'homme au détachement, à la vertu, au stoïcisme.
Si les idées qui viennent de l'héritage féminin sont les plus fortes, l’homme croit qu'il peut, sans démériter, se livrer à ses passions. C'est Épicure enseignant que toutes les passions sont bonnes et que leur satisfaction est légitime.
C'est Helvétius rêvant l'organisation d'une société où le devoir s'accorde toujours avec l'appétit du plaisir et où les passions de l'homme le pousseraient à faire nécessairement le bien.
Ces deux courants d'idées contradictoires se sont partagé le monde philosophique comme ils se partageaient la conscience humaine.
La notion claire de l’idée morale ayant disparu, le genre humain, chancelant, ne sachant plus à laquelle de ces deux voix obéir, les mêla dans une confusion étrange. Il arriva qu'on appliqua au sexe féminin les conclusions de l'idée héréditaire masculine, et au sexe masculin les conclusions de l'idée héréditaire féminine.
Si bien que la femme se crut un être déchu comme l'homme. Les religions modernes lui imposaient le baptême, comme à l'homme, pour la laver d'une faute qui ne l'atteignait pas, perdant ainsi de vue l'origine d'une institution qui ne s'appliquait, dans le principe, qu'à l'homme. Et c'est en vertu de l'atavisme féminin que l'homme moderne se révolte contre l'idée d'une faute héréditaire, et se révolte même contre l'idée d'une faute attachée à une fonction inévitable.
Et, pendant que les religions modernes imposaient à la femme les mêmes règles de morale, et les mêmes pénitences, qu'à l'homme, (oubliant que le frein n'avait été institué et ne peut être institué que pour l’homme), nous voyons que toutes les femmes qui parlent ou qui écrivent, prêchent le retour à la Nature, parce qu'une voix intérieure leur dit que, pour elles, la morale est conforme aux impulsions de la Nature.
(1) « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » (V. Hugo)

COALITION DES HOMMES CONTRE LES FEMMES
Le grand moyen mis en jeu par les hommes pour triompher de la force morale de la femme, c’est l’union. Seul, un homme qui a tort, en face d'une femme qui a raison, ne peut pas se défendre, mais, en s'unissant à d'autres hommes il se donne une force, ou, du moins, il croit s'en donner une, celle du nombre ; comme si une erreur multipliée par d'autres erreurs pouvait arriver à faire une vérité. C'est tout le contraire. Le nombre n'a jamais fait la vérité, mais il a toujours fait triompher l’erreur, parce que les idées fausses sont celles des majorités. Les idées justes sont le privilège de la petite élite qui pense.
Nous avons vu, dans les temps modernes, où la science est devenue une puissance sociale, pour certains hommes, la théorie du succès, c'est-à-dire du suffrage des masses, appliquée aux vérités scientifiques. On a osé mettre dans la science « la théorie de la force ». Mais ceux qui ont fait cela se sont condamnés eux-mêmes. La force et la vérité sont deux puissances antagonistes.
L'union des hommes contre les femmes, c'est-à-dire de la force contre le droit, c'est la lâcheté. L'antiquité l’avait appelée le respect humain. C'est, en effet, le respect de l'homme substitué au respect de la femme. C'est la crainte que les hommes ont du jugement des autres hommes, des pervers, la crainte de leurs sarcasmes, de leurs railleries, des accusations mensongères des envieux qui, descendus plus bas qu'eux dans la dégénérescence sexuelle, travaillent incessamment à empêcher les autres de monter pendant qu'ils descendent.
La crainte de ces accusations engendre la timidité dans le bien et la hardiesse dans le mal.
Dites à ces envieux n'importe quelle extravagance, si elle est défavorable à quelqu'un, si c'est une attaque, une méchanceté, ils la croiront, fut-elle absolument invraisemblable, impossible même.
Dites-leur la simple vérité, si elle est favorable à la personne qu'ils veulent attaquer, rien ne pourra les décider à vous croire. Ils veulent le mensonge, ils veulent la morsure faite à celle ou à celui qui s'élève.
« Nous avons la jalousie méchante et nous détestons ceux qui se permettent d'être meilleurs que nous », a dit M. Elie Reclus.
Cette lâcheté morale a engendré la solidarité masculine.
Presque tous les hommes sont engagés dans cette solidarité, à ce point qu'il n'y a pas bien longtemps encore, quand un homme se déclarait féministe, c'était un sujet d'étonnement pour les autres.
Lorsqu'un homme est juste, droit, bon, s'il est faible en même temps, il fait tout ce qu'il peut pour cacher ses qualités parce qu'il n'a pas assez de courage moral pour braver les ricanements de ceux qui valent moins que lui, il cherche à se mettre au niveau des plus mauvais, il agit comme eux, ou il s'abstient de ce qui pourrait les contrarier, ce qui est aussi lâche que d'agir comme eux.
Et, pendant que les hommes montrent cette faculté d'imiter les défauts et cette lâcheté dans le bien, ils gardent tout leur courage pour le mal ; il n'est pas de mauvaise action qu'ils n’osent commettre, quand ils ont l'excuse de l'exemple ou du nombre.
Ne les poussez pas à bout dans la voie du mal, ils vous prouveront, tout de suite, qu'ils osent, qu'ils ne craignent rien, et ils y mettront même de la bravade. C'est que les hommes vertueux qui osent le paraître, sont victimes, comme les femmes, de l'homme pervers mais ces hommes-là n'ont pas la force morale de la femme, cette grande force qui la met si haut, par-dessus les attaques de la malice humaine.
Ils n'osent pas lutter, et c'est alors qu'ils se mettent du côté du plus mauvais, croyant être du côté du plus fort.
La femme n'a pas cette faiblesse. La raillerie de Satan (c'est ainsi que l'antiquité appelait le dégénéré) la grandit, et grandit le mépris qu'elle a pour lui. Les sarcasmes loin de l’intimider l'excitent à la lutte. C'est cette force de la femme qui la fera triompher. Les armes de ses ennemis sont impuissantes contre elle, elles se brisent sur son bouclier d'airain, sa grandeur morale.

LE TRIOMPHE DE L’HOMME
Chercher un appui dans la force, c'est-à-dire dans le nombre, c'est prouver qu'on a tort.
C'est cette faiblesse morale que l'homme veut cacher et, cependant, qu'il affirme, quand il s'unit à d'autres hommes pour terrasser la femme.
Son triomphe est dû à une lâcheté.
Dans les luttes sociales que l'histoire nous montre, nous voyons que, pour disperser les femmes et prendre leur place, les hommes n'ont eu qu'un système : les terroriser, les violenter. Elles ont cédé à la force ou à la peur.
Dans les luttes intellectuelles, les armes de ceux qui ont tort sont la mauvaise foi, le mensonge, ou la diversion, système qui consiste à déplacer la discussion quand on ne trouve rien à répondre.
C'est en vertu de ce système que, au lieu de s'occuper des recherches, des découvertes, des travaux qu'un auteur offre à l'examen, on va lui demander qui il est, quelle méthode il a employée, qu'elle fortune il a, quelle est sa vie privée ou même celle de ses parents et amis, donnant ainsi raison à l'immortelle critique du fabuliste si bien faite dans Le loup et l’agneau.

LA FEMME PERSÉCUTÉE
Quand les hommes commencent à descendre les échelons de la dégénérescence qui résulte de la perversion morale, la femme devient, pour eux, un objet de haine et de terreur.
C'est que la femme c'est le reflet de leur conscience ; c’est leur conscience vivante, campée en face d'eux comme un reproche incessant.
Elle est restée grande en son intellectualité, en sa droiture primitive ; elle n'a pas subi la déchéance sexuelle de l'homme, elle n'a pas dépensé, gaspillé, le principe de vie, en elle déposé, et cela parce que sa constitution physiologique ne le lui permet pas. Elle est constitutionnellement incapable de déchoir.
— Elle est la raison toujours inflexible ;
— Elle est la justice toujours immuable ;
— Elle est la clarté de l'esprit toujours inaltérable ;
— Et le jugement toujours droit. C'est cela qui la rend terrible.
— Quand l'homme descend vers la folie et voit, devant lui, cette raison inflexible il la maudit.
— Quand il devient personnel, égoïste, et voit devant lui cette justice immuable il la maudit.
— Quand il perd la lucidité de la pensée, quand il perd le jugement droit, et voit devant lui, cette clarté inaltérable, ce jugement d'une rectitude infaillible, il les maudit.
La femme qui incarne la plus haute raison, l'esprit le plus clair, le plus juste, le jugement le plus sain, est celle qui cause le plus de terreur à l'homme déchu. La plupart de ses superstitions proviennent de cette crainte de sa conscience, faite femme. Il la voit partout : dans l’esprit des morts, dans la clarté des étoiles, dans un mot mal compris. Pour lui, tout est reproche, tout est menace.

Chez tous les peuples en décadence nous voyons la femme qui a atteint un haut degré d'intellectualité, être l'objet de la persécution des hommes.
La sorcière du moyen-âge en est le type immortel. Elle représente la femme savante, qui combattait, vaillamment, l'Eglise envahissante, qui luttait pour sauver la science que l’homme voulait étouffer, qui osait se poser résolument en face du prêtre, qui lui jetait à la face la preuve de ses mensonges, la preuve de son hypocrisie, la preuve de son abjection. Aussi, toutes les haines se déchaînèrent contre elle, et c'est l'écho de ces haines qui la présente à la postérité comme la mégère, méchante et redoutable, vieille et laide, qu'il fallait fuir et qu'il fallait craindre.
Jules Michelet, dans son livre : « La Sorcière », nous a restitué ce beau type de femme, jeune et belle, intelligente et aimante, à qui une seule palme fut laissée : celle du martyr.
C'est par la violence qu'on répond à ses arguments, à sa raison. Le système employé dans les luttes de sexe reste toujours le même, soit que nous l'observions au moment de l'assujettissement de la femme antique, soit que nous l'observions dans la lutte contre les grandes prophétesses d'Israël, (dont l'histoire fait des hommes, malgré les adjectifs féminins qui les qualifient dans les textes primitifs) soit que nous l’observions dans l'occident chrétien ou chez les peuplades sauvages, partout le même fait psychologique se manifeste : il consiste à annihiler la femme. On exerce, sur elle, une obsession qui étouffe toutes ses manifestations :
1) En l'empêchant de parler ;
2) En faisant autour d'elle l’isolement ;
3) En l'accusant de posséder une science maudite, des secrets dangereux ; de s'adonner à des pratiques immorales, d'y entraîner les autres.
4) En la ridiculisant.
5) En la poursuivant, la traquant, lui rendant la vie impossible, ce qui l'oblige à s'enfuir, à chercher la solitude.
6) Finalement, en la jetant dans les cachots, les oubliettes, les bûchers.
Tel est, en général, le sort des femmes qui, dans les nations en décadence, osent combattre l'autorité masculine, osent s'élever contre les erreurs des hommes, osent signaler les abus, les excès, les injustices des sociétés avilies, qui marchent, avec une progression croissante, vers la sauvagerie.
L'antiquité nous montre les luttes de sexe toujours terminées ainsi, par l'extermination de la femme-lumière.
Le moyen-âge nous la montre livrée à l’inquisition par le prêtre. « Pour un sorcier, dit Michelet, il y avait dix mille sorcières »
DIX MILLE femmes d'intelligence supérieure et de science, livrées aux flammes ! ! !
On sait que ce sont ces femmes-là qui fondèrent la médecine; elles qui la pratiquaient. A elles on doit presque tout ce qui est demeuré inattaquable dans la science. On les appelait Sagas (sages).
Et nous n'avons rien dit des oubliettes, des empoisonnements, des séquestrations dans les vieux châteaux, des femmes emmurées etc, etc,.
Si nous nous transportons dans les pays sauvages actuels, nous y trouvons la femme accusée de sorcellerie, (c'est-à-dire de science), tout comme chez nous. Nous la voyons là, déclarée dangereuse « parce qu'elle a les yeux brillants et mobiles ». Il faut qu'elle possède les caractères de l’imbécilité, bien marqués, pour être exempte de soupçon, de méfiance.
Dans un article publié dans La Revue scientifique (2 février 1895) sur la sorcellerie chez les Cambodgiens, par Melle Adhémar Leclerc, nous voyons que « les sorcières sont accusées de tuer les enfants de leur voisines avec des secrets magiques, de leur jeter des sorts, afin de les nouer ou de les étouffer, » Tout cela dans le but de les isoler et d'exciter la fureur des mères contre elles, parce que l'homme craint ce qu'elle pourrait dire de lui ; il craint sa justice et sa clairvoyante intelligence.
On les isole, par la calomnie, jusqu'au moment où l'opinion étant assez excitée contre elles, on se décide à les condamner à toutes sortes de supplices, sans aucun motif.
Cependant, nous voyons, qu'en même temps, les hommes cherchent à les imiter, à faire croire que, eux aussi, possèdent la puissance magique qu'on reproche à ces femmes ; qu'eux aussi possèdent la science et l’art de guérir, dont on leur fait un crime. Mais, lorsque c'est l'homme qui se déclare sorcier, non-seulement il n'est pas inquiété, mais il fait de sa sorcellerie un commerce ; il prédit l'avenir, vend des filtres et prétend guérir les malades. Il parodie ce qu'il condamne, il exploite, à son profit, une science qu'il n'a pas, mais dont il veut, pour lui, les bénéfices.

C'est à Paris, le grand centre de la décadence morale, que nous retrouvons la « sorcière moderne »
Quand une femme dépasse les autres en intellectualité, on lui fait une légende.
Rappellerons-nous la légende de Georges Sand, tant persécutée. Celle de Louise Michel, la Vierge rouge, l'ange du pétrole. Celle de Mme Blavatzky accusée d'espionnage parce qu'elle voyageait ; appelée une aventurière parce qu'elle alla aux Indes étudier ce dont elle parlait au lieu de parler sans savoir, comme faisaient les hommes qui l'accusaient !
Ceux qui ont connu personnellement les femmes légendées savent combien le portrait qu'on fait d'elles ressemble peu à ce qu'elles sont réellement.
Les faits imputés comme des crimes aux grandes femmes du 19ème siècle sont les mêmes que ceux imputés aux femmes des autres époques, ou aux femmes des peuples sauvages, seuls les qualificatifs qu'on leur donne varient. Les modernes grandes femmes ne sont plus « des sorcières », ce sont des folles, des hystériques ou des Lesbiennes. On les isole en leur créant une personnalité odieuse, en menaçant les autres femmes de la réprobation de tous, si elles s'en approchent ; on les accuse de mœurs masculines et on les met dans l'impossibilité de se défendre.
Tout cela pour s'être rendues coupables du grand délit : celui de supériorité.

LES MISOGYNES
Afin de ne pas être accusée d'exagération ou de rêverie, nous allons citer quelques-uns des arguments que les hommes, célèbres par leur misogynie, ont employé contre la femme.
On verra, par ces citations, que les hommes prêtent aux femmes leur faiblesse morale, leurs erreurs, leurs sentiments, leurs ridicules, en un mot, tous les reproches dont ils ont été eux-mêmes l'objet de la part des femmes qui ont osé parler à toutes les époques de l’histoire.
Le jugement que ces hommes-là portent sur les femmes, n'est que le reflet du jugement que les femmes ont porté sur les hommes, dans le passé. C'est un cas de plus où les hommes donnent aux femmes leur psychologie, leurs défauts, leurs vices, leurs passions, et prennent pour eux toutes les qualités de la femme, et leurs droits, à commencer par le premier de tous, celui de juger les autres.
Leur jugement n'est, en somme, qu'une justification. Ils se justifient en accusant, et complètent leur réquisitoire contre le sexe qu'ils devraient respecter, en cherchant dans la vie de la femme tous les phénomènes naturels pour leur attribuer l'état d'irritabilité dans lequel ils la mettent par leurs continuels outrages.
— Si elle est jeune, ce sont les menstrues qui sont causes de tout le mal... qu'on lui fait.
— Si c'est la digestion de l’homme qui trouble son esprit c'est la femme qui est surexcitée à l'heure des repas.
— Si c'est de la femme âgée qu'il s'agit, la plus outragée de toutes, c'est la ménopause qui devient l'origine de tout ce qu'elle fait, de tout ce qu'elle dit contre l’intérêt ou le privilège du mâle.
Toutes les prétendues preuves physiologiques invoquées par l’homme contre la femme, ont la même valeur, toutes sont entachées de la même partialité.
Pour que ces prétendues preuves valent quelque chose, il faudrait qu'elles fussent contrôlées et acceptées par les femmes.
D'autre part, tous les faits physiologiques de la nature masculine sont présentés comme des titres de supériorité incontestable. C'est la continuation du système de partialité.
Comment ces hommes-là iraient-ils reconnaître qu'il existe des preuves de leur infériorité morale et déclarer leur ennemi supérieur à eux, puisque la lutte a, justement pour objet, la supériorité. Donc, tout ce qui a été fait par les hommes pour prouver « la supériorité des hommes » est suspect. Ils se déclarent supérieurs comme l’Eglise se déclare infaillible, et cela a la même valeur.

Voici quelques extraits des écrits des grands misogynes :

PROUDHON
Proudhon soutient qu'au point de vue moral, comme au point de vue physique et intellectuel, la femme ne saurait être l’égale de l'homme. « Sa conscience, dit-il, est plus débile de toute la différence qui sépare son esprit du nôtre ; sa moralité est d'une autre nature ; ce qu'elle conçoit comme bien et mal n'est pas identiquement le même que ce que l’homme conçoit comme bien et mal, en sorte que, relativement à nous, la femme peut être qualifiée un être immoral.
« Elle est toujours en deçà et au-delà de la justice ; l'inégalité est le propre de son âme ; chez elle, nulle tendance à cet équilibre de droits et de devoirs qui fait le tourment de l'homme. Elle aime, par-dessus tout, les distinctions, les préférences, les privilèges ; son esprit est antimétaphysique, sa conscience antijuridique. Son infériorité morale s'ajoute à son infériorité physique et intellectuelle ; car elle en est une suite nécessaire.
« Qui produit chez l'homme cette énergie de volonté, cette confiance en lui-même, cette franchise, cette audace, toutes ces qualités puissantes, que l'on est convenu de désigner par un seul mot, le moral ? Qui lui inspire, avec le sentiment de sa dignité, le dégoût du mensonge, la haine de l’injustice et l'horreur de toute domination ? Rien autre que la conscience de sa force et de sa raison ; c'est par la conscience qu'il a de sa propre valeur, que l'homme arrive au respect de lui-même et des autres, et qu'il conçoit cette nature du droit, souveraine et prépondérante en toute âme virile. »
Proudhon oublie, ou ignore, que la dignité c'est la conscience de la force morale, non de la force physique.
Un autre de ses reproches c’est l’inconsistance du caractère féminin.
« Cette inconsistance, a-t-il dit, se trahit surtout dans les amours de la femme. On prétend que les femelles des animaux, par je ne sais quel instinct, recherchent les vieux mâles, les plus méchants et les plus laids ; la femme, quand elle ne suit que son inclination, se porte de même. Sans parler des qualités physiques, à l’égard desquelles elles sont sujettes aux caprices les plus étranges et pour rester dans l’ordre moral, puisque c'est du moral qu'il s'agit, la femme préfère toujours un mannequin joli, gentil, bien disant, conteur de fleurettes, à un honnête homme. La femme est la désolation du juste ; un galantin, un fripon, en obtient tout ce qu'il veut. »
Et c'est le même homme qui, cependant, a dit :
« La femme, seule, sait être pudique, l'impur est hors de son sexe. Si l'élément féminin vient à dominer ou seulement à balancer l’élément masculin, les sociétés humaines rétrogradent. »
C'est pour cela, n'est-ce pas, que les pays comme la Turquie, ou la femme n'est rien, sont devenus prospères. Que les pays comme les Etats-Unis, où la femme se manifeste, sont tombés dans la barbarie ?...
Le système de réflexion sexuelle que Proudhon emploie est si complet que c'est lui qui a osé dire que ce qui constitue la supériorité de l’homme sur la femme, c'est la résorption du sperme, c'est-à-dire tout le contraire de la vérité, puisque c'est justement cet acte qui fait l’infériorité de l'homme. S'il le grandissait, il faudrait le glorifier et y pousser la jeunesse.
Combien de semblables arguments contre la supériorité morale de la femme, prouvent l'infériorité de ceux qui les emploient.

SCHOPENHAUER
Il faut toujours citer Schopenhauer quand on parle du déraillement intellectuel que cause la dégradation sexuelle.
Cet homme devait, naturellement, être le premier parmi les misogynes. Dans cette voie, il a été jusqu'au terme dernier de l'odieux.
Voici le résumé de ses idées sur la femme :
« Le seul aspect extérieur de la femme révèle qu'elle n'est destinée ni aux grands travaux de l'intelligence, ni aux grands travaux matériels. »
« Ce qui rend les femmes particulièrement aptes à soigner notre première enfance, c'est qu'elles restent elles-mêmes puériles, futiles et bornées : elles demeurent toute leur vie de grands enfants, une sorte d'intermédiaire entre l’enfant et l'homme. »
« La raison et l'intelligence de l'homme n'atteignent guère tout leur développement que vers la vingt-huitième année. Chez la femme, au contraire, la maturité de l'esprit arrive à la dix-huitième année. Aussi n’a-t-elle qu'une raison de dix-huit ans, strictement mesurée. Elles ne voient que ce qui est sous leurs yeux, s'attachent au présent, prennent l’apparence pour la réalité et préfèrent les niaiseries aux choses les plus importantes. Par suite de la faiblesse de leur raison, tout ce qui est présent, visible et immédiat, exerce sur elles un empire contre lequel ne sauraient prévaloir ni les abstractions, ni les maximes établies, ni les résolutions énergiques, ni aucune considération du passé ou de l'avenir, de ce qui est éloigné ou absent… Aussi, l'injustice est-elle le défaut capital des natures féminines. Cela vient du peu de bon sens et de réflexion que nous avons signalé, et, ce qui aggrave encore ce défaut, c'est que la nature, en leur refusant la force, leur a donné la ruse en partage, de là, leur fourberie instinctive et leur invincible penchant au mensonge. »
« Grâce à notre organisation sociale, absurde au suprême degré, qui leur fait partager le titre et la situation de l'homme, elles excitent avec acharnement ses ambitions les moins nobles, etc. On devrait prendre pour règle cette sentence de Napoléon 1er : « Les femmes n'ont pas de rang ».
Les femmes sont le sexus sequior, le sexe second, à tous égards, fait pour se tenir à l'écart et au second plan.
« En tous cas, puisque les lois ineptes ont accordé aux femmes les mêmes droits qu'aux hommes, elles auraient bien dû leur conférer aussi une raison virile », etc.

GUY DE MAUPASSANT
Parmi les modernes, il est peu d'hommes qui aient mis plus cyniquement en évidence leur dégradation sexuelle que cet auteur.
A trente ans, il écrivait dans le Gaulois ceci :
« Je ne sais quels cris d'animaux imiter, quelles contorsions de singe, quelle gymnastique exécuter, pour exprimer à l’inénarrable joie, la prodigieuse envie de rire qui m'a tordu pendant deux heures en songeant à cette adorable idée !
« Hein ? La tâtons-nous là dans toute son incapacité, dans toute sa bêtise originelle et triomphante, dans toute sa grandiose niaiserie, l’intelligence des citoyennes libre-penseuses.
« Est-ce beau ? surprenant ? stupéfiant ? Plus on y pense, moins on s'en lasse ! Plus on creuse, plus on réfléchit, plus on imagine les conséquences, plus on demeure abasourdi et délirant de gaîté.
« Votez, oh ! oui, votez. Oh oui ! soyez indépendantes, citoyennes, car nous rirons, nous rirons, nous rirons, en dussions-nous mourir, ce qui serait, du reste, la seule vengeance dont vous puissiez vous enorgueillir. »
« Allons, levez vos boucliers, guerrières, ça ne sera jamais qu'une levée de jupes ! »
A quarante ans, il mourait fou chez le Docteur Blanche.
La misogynie est le premier mot de la folie.
C'est Guy de Maupassant qui écrivit un jour « qu'on pouvait douter que la femme fût la femelle de l'homme, tant elle pensait différemment de lui. » En effet, quelle femme parlerait comme le faisait cet homme ?

STRINDBERG
Voici quelques-uns de ses arguments contre la femme :
— « La femme ne possède que très rarement la faculté de pouvoir fixer son attention sur un objet donné. »
— « Les femmes sont impuissantes à émettre un jugement indépendant de leur avantage, de leur penchant, de leurs passions. »
(On a répondu à ce reproche par une citation de M. Gaston Boissier. Dans un article sur le journalisme, il dit : « Les assemblées politiques ne gagnent pas à être regardées de près ; il est difficile de conserver beaucoup de respect, même pour les plus honorables, quand on voit à quelles intrigues elles sont livrées, et quels conflits d'intérêts ou de passions s'y dissimulent, sous l’apparence du bien public. » Si, d'un autre côté, nous cherchons l'équité qui règne dans la justice rendue par les hommes, nous voyons des verdicts étonnants de partialité. Qui peut le nier.)
— « Les femmes mettent les choses et les événements en fausse relation de causalité. »
(Ce qui prouve que ce reproche doit s'adresser à l'homme et non pas à la femme, ce sont les conséquences que certains hommes tirent des faits scientifiques, pour proclamer l’infériorité de la femme, et qui disent tout le contraire de ce que les hommes leur font dire. Les énumérer ici serait trop long.)
— « Les femmes s'obstinent à conclure d'un cas particulier à l'affirmation d'une règle générale. »
(C'est Strindberg qui dit cela, lui qui a mis son cas particulier dans tout ce qu'il a fait. C'est en vertu du cas particulier que les hommes déclarent « que les femmes manquent d'intelligence » parce que quelques-unes sont dans ce cas ; qu’ils déclarent « que les hommes sont supérieurs », parce que quelques-uns le sont.)
— Il regarde les femmes comme incapables d'entrer dans le mouvement artistique de l'humanité.
Comme on lui répond en citant Rosa Bonheur, il défie ses contradicteurs de citer un autre nom. A quoi on riposte en nommant Madeleine Lemerre, Miss Cassatt, aux États-Unis, Sarah Sears, Miss Green, Anna Witrey et tant d'autres. C'est un Anglais qui fait cette réponse, les Français pourraient y ajouter leur liste, et tous les peuples de même.
Enfin, le dernier argument est plus original :
— La femme ne peut apprendre à faire du bon café !
Nous déclarons, pour notre part, que nous avons l'habitude de prendre du très bon café, et qu'il est toujours fait par une femme.

GUSTAVE LE BON
Dans la Revue scientifique du 20 avril 1895. — Psychologie des foules.
« On remarquera que parmi les caractères spéciaux des foules il en est plusieurs, tels que l'impulsivité, l'incapacité de raisonner, l'absence de jugement et d'esprit critique, l’exagération des sentiments, et d'autres encore, que l'on observe également chez les êtres appartenant à des formes d'évolutions inférieures, la femme et le sauvage notamment. »
« La foule n'est pas seulement impulsive et mobile, comme le sauvage elle n'admet pas que quelque chose puisse s'interposer entre son désir et la réalisation de son désir. Elle le comprend d'autant moins que le nombre lui donne le sentiment d'une puissance irrésistible. Pour l’individu en foule, la notion d'impossibilité disparaît. L'individu isolé sent bien qu'il ne peut, à lui seul, incendier un palais, piller un magasin et, s'il en est tenté, il résistera à la tentation. Faisant partie d’une foule, il a conscience du pouvoir que lui donne le nombre et il suffit de lui suggérer des idées de meurtre et de pillage pour qu'il cède immédiatement à la tentation. L'obstacle inattendu sera brisé avec frénésie. Si l'organisme humain permettait la perpétuité de la fureur, on pourrait dire que l'état normal de la foule contrariée est la fureur. »
Impossible de mieux décrire le caractère masculin ; cependant l'auteur ajoute :
« Les foules sont partout féminines mais les plus féminines de toutes sont les foules latines. »
« Comme les femmes elles vont de suite aux extrêmes. »
« Dans les foules, l'imbécile, l'ignorant et l'envieux sont affranchis du sentiment de leur nullité et de leur impuissance, que remplace la notion d'une force brutale passagère mais immense. »

NIETZSCHE
Il naquit à Lützen en 1844, d'une ancienne famille de noblesse polonaise. Il étudia à Bonn, puis à Leipzig, et devint professeur de philologie à l'Université de Bale.
En 1878 sa santé le contraignit à abandonner sa chaire, alors il se mit à écrire ; cela dura jusqu'en 1889. Il ne dormait plus (ce qui indique l'action perturbatrice interne du ferment moteur, le poison organique.)
A Turin, en janvier 1889, il subit une terrible crise de folie. Retiré dans son village et soigné par sa mère, il se plaignait en répétant sur un ton monotone : Mutter, ich bin dumm, (Mère, je suis bête). On dirait qu'il avait conscience de sa bestiale dégénérescence.
Il a le front large et fuyant (signe de régression) les sourcils fortement barrés (signe de prédominance du grand sympathique), l'œil impérieux (signe de domination brutale qui accompagne toujours les sourcils épais) : la moustache énorme (ce qui indique la sexualité extrême) son regard a la fixité visionnaire des fous.
En somme c'était une grande intelligence, qui fut grandement pervertie.
Les hommes comme Nietzsche ne laissent, dans le monde, qu'une impression : « C'est un misogyne !... » Leur science est néant, leur œuvre on l'oublie, leur haine seule reste.
La science de Nietzsche n'est, du reste, pas à lui ; sa haine seule lui appartient. Il est philologue, il étudie les textes antiques et nous les traduit. C'est un plagiaire des idées lointaines, celles que personne ne réclame, c'est pour cela qu'il est quelquefois étonnant, il nous rend des idées féminines qu'il attribue à l'homme supérieur, le suprahumain.
Il nous rend la femme antique et l'appelle : le Maître, pendant qu'il avilit la femme moderne et la veut esclave. Donc, sa pensée n’y est pas, il prend des mots dans l'œuvre antique qu'il ne sait pas débrouiller du malentendu sexuel. C'est la bête qui s'affuble de la robe blanche de la Prêtresse.

LES IDÉES DE NIETZSCHE SUR LES FEMMES
Ce qui est bien à lui c'est sa jalousie de sexe, sa haine de la femme, voici ce qu'il en dit :
— « Se méprendre sur ce problème fondamental de l'homme et de la femme ; nier leur antagonisme foncier et la nécessité de leur désaccord éternel, parler peut-être de droits égaux, d'éducation égale, de prétentions et de devoirs égaux, c'est le signe typique d'une platitude et d'une trivialité cérébrale sans remède. L'homme qui possède une vraie profondeur d'esprit, une réelle noblesse d'aspiration, ne peut considérer la femme qu'au point de vue « oriental », comme une possession, une propriété à clore et à enfermer, comme une chose prédestinée à servir. Ainsi fît, avec son instinct supérieur l'Asie, et ainsi firent, à sa suite, les Grecs, ses disciples, et ses héritiers. » (Mais il ne nous dit pas que c'est alors que l’Asie et les Grecs tombèrent dans la décadence et l’oubli.)
— « Toute femme qui s'annonce comme voulant étudier doit être affligée de quelque déformation corporelle. »
(On a répondu à cela qu'il y a aux Etats-Unis 179 collèges qui confèrent des grades, qui délivrent des diplômes, lesquels comptent 25.000 étudiantes et 2. 300 professeurs parmi lesquels se trouvent seulement 577 hommes. Et toute cette population féminine ne comprend pas une seule femme difforme. - Chiffres en 1897)
— « Ce qui, chez la femme, inspire le respect, est, assez souvent, la crainte, c'est son naturel plus près de la nature que celui de l’homme, sa souplesse vraiment toute féline, sa griffe déchirante, qui fait patte de velours, l’ingénuité de son égoïsme, son animalité intérieure qu'on ne saurait apprivoiser, tout ce qu'il y a d'insaisissable, de lointain, de volage dans ses passions....
Ce qui, malgré toute la crainte qu'elle inspire, nous fait prendre en pitié cette chatte dangereuse et séduisante : « la femme » c'est que nous la voyons plus sujette à souffrir, plus vulnérable, plus exposée aux séductions de l’amour et à ses désenchantements que n'importe quelle créature. Crainte et pitié, voilà les sentiments que, jusqu'ici, l'homme apportait à la femme, prêt à jouir d'elle comme de la tragédie qui déchire, tout en enivrant. Et quoi donc, tout serait-il fini maintenant ? Et la femme s'efforcerait elle de rompre son propre charme ?
— « Que la femme soit en voie de rétrogradation, que, depuis la Révolution française, l’influence morale de l'européenne ait diminué, dans la proportion des droits qu'elle a acquis ; cela peut servir à prouver que le mouvement d'émancipation qui consiste principalement à lui reconnaître le « droit au travail » n'est pas si fort en sa faveur qu'on l'imagine. »
Voici quelques-unes de ses maximes :
— « Tout dans la femme est une énigme, et tout dans la femme est une solution, celle-ci s'appelle enfantement. » (Oui, mais il y a plusieurs manières de l’entendre).
— « L'homme doit être élevé pour la guerre et la femme pour la consolation du guerrier : toute autre chose est folle. »
— « Qu’en ton amour soit ton honneur : D'autre honneur la femme n'en conçoit guère, mais que ce soit là ton honneur, d'aimer toujours plus que tu n'es aimée et de ne jamais rester la seconde en amour. »
— « Le bonheur de l'homme s'appelle : Je veux. Le bonheur de la femme s'appelle : « Il veut. »
— « Voici le monde accompli : Ainsi pense toute femme lorsque, de tout son cœur, elle obéit. »
— « Hymen ! C’est ainsi que j'appelle la volonté à deux de créer cet un, qui est plus que ses créateurs. »
(Plus que son père, seulement, la mère reste supérieure à l’enfant.)

SES IDÉES SUR LES HOMMES
Nous allons voir, maintenant, ce qu'il pense des hommes.
Là il est surprenant :
— « L'homme est quelque chose qui doit être vaincu. »
— « Ce qu'il y a de grand, dans l'homme, c'est qu'il est, non un but, mais une transition ; ce qu'on peut aimer en lui c'est qu'il est un passage, un coucher d'astre. »
— « Je vous enseigne le supra homme. L'homme est quelque chose qui doit être dépassé. Qu’avez-vous fait pour surpasser l’homme ? »
— « Tous les êtres, jusqu'à présent, ont créé plus haut qu'eux-mêmes, et vous voudriez être le reflux de ce grand flux et redescendre à l'animal, plutôt que de surpasser l'homme ? Qu'est le singe, pour l'homme ? Une risée ou une honte. Ainsi sera l'homme pour le supra homme, une risée ou une honte.»
— « Vous voudriez, si possible, et il n'y a pas de possible, supprimer la souffrance ; et nous ? Nous la voudrions précisément plus grande et pire qu'elle n'a jamais été ! La discipline de la souffrance, de la grande souffrance, ne savez- vous donc pas que c'est elle qui jusqu'ici, a créé toutes les prééminences de l'homme ! »
(En effet, combien l'homme a dû souffrir moralement, pour vaincre la femme et supporter sa victoire, qui lui a valu la haine de celle dont il veut l'amour)
— « L'homme réunit, en lui, le créateur et la créature. Il y a, en l'homme, la matière, le fragment, le superflu, l'argile, la boue, la folie et le chaos ; mais il y a aussi, en lui, le créateur, le sculpteur, la dureté du marteau, la béatitude divine du septième jour. Comprenez-vous les contrastes ? Comprenez-vous que vous avez pitié de ce qui doit nécessairement être façonné, brisé, forgé, étiré, calciné, rougi au feu, affiné, de ce qui doit nécessairement souffrir et ne saurait échapper à la souffrance ? »
(Or ce qui doit tant souffrir c'est l'âme de l'homme, et cela pour arriver à ce beau résultat : vaincre la femme, vaincre la Vérité et le Bien et arriver à faire triompher le Mal et, fier d'en être arrivé là)
Nous venons d'avoir un aperçu sur certains des grands misogynes.
Plus loin nous nous occuperons de ceux qui ont défendu la Femme, et tacherons de mettre quelques jolis rais de lumière sur ces Grands Hommes, sur ces philogynes.

LA CONSCIENCE
La misogynie engendre le remords, quand elle n'est pas assez mûre pour engendrer la folie. Aucun homme n'outrage impunément la femme ; le châtiment du crime de lèse sainteté féminine ne se fait jamais attendre. C'est que la conscience de l'homme est une éternelle justicière qui ne pardonne pas.
D'abord expliquons ce qu'est le principe même de la conscience.
Malgré la séparation des sexes, le principe mâle et le principe femelle sont représentés dans tous les individus.
L'homme a en lui une partie féminine : il est un peu femme ; la femme a en elle une partie masculine, elle est un peu homme.
La conscience de l'homme, c'est la voix de cette partie féminine restée en lui, de cette sensibilité cérébrale encore un peu active.
Chez la femme, la conscience est spontanée, primesautière parce que ses impulsions cérébrales ne sont pas troublées par la vie sexuelle. Chez l’homme, elle est lente, réfléchie, parce qu'elle fait l'objet d'une lutte entre deux impulsions différentes, l’impulsion rationnelle et l’impulsion sexuelle.
Donc, la conscience de l'homme c'est la voix de la partie féminine qui est en lui ; elle parle comme parlerait une femme.
Quand il veut obéir aux impulsions sexuelles, mutilant ainsi l'élément sensitif de son cerveau, la voix féminine le lui reproche, sa conscience crie, s'agite, le tourmente. Quand il commet un acte injuste, quand il torture la femme ou l’enfant, cette voix intérieure crie encore. Il cherche bien à la faire taire, quand son tourment devient trop violent, il s'étourdit, mais tous les moyens qu'il emploie sont impuissants, la voix est toujours là, sourde mais tenace. Il en souffre et, alors, impute à la femme, qui en est la personnification vivante, tous ses maux intimes.
La femme est la conscience manifestée de l’homme.
Comme elle, elle impose à l’homme des devoirs qui sont, la plupart, en opposition directe avec ses secrets désirs.
Mais si la femme est souvent obligée de se taire, la conscience, elle, parle avec une telle autorité, que l'homme est bien forcé de s'apercevoir qu'elle est là, qui veille sur lui. Et, alors, prenant ses reproches pour ceux de la femme, (même quand elle ne les formule pas) c'est à elle qu'il répond, à elle qu'il s'en prend de son tourment intérieur.
La femme pardonne souvent, la conscience jamais. Un poète a dit : « Jamais au criminel, son crime ne pardonne ! »

LA DÉFENSE DES FEMMES
Dans tout ce qui précède, nous avons montré comment l'homme attaque la femme. Voyons, maintenant, comment elle se défend.
Nous ne remonterons pas dans le passé, nous voulons rester dans le présent, et voir comment les femmes qu'on appelle « des revendicatrices » mènent leur campagne.
Nous avons déjà parlé, lorsque nous nous sommes occupées des « égalitaires » des programmes qu'elles soutiennent. On les croirait faits par des hommes tant ils sont contraires aux vrais intérêts de la femme. Et, de fait, nous les croyons rédigés par les féministes, sincères ou non, qui luttent avec ces dames.
La nature même des questions le prouve : Elles prétendent devenir les égales de l’homme, donc, prendre leurs vices, leurs exagérations, leurs injustices, leur âpreté au gain, leur cruauté, leurs mœurs libertines, leurs ruses et leurs mensonges. Toutes choses qu'elles n'ont pas, en effet, dans leurs conditions sexuelles normales. Elles veulent que la Mère devienne l'égale de son fils, la grande dame l'égale de son valet de chambre, la femme sobre et rangée l'égale de l'ivrogne, qui trébuche et divague, la chaste jeune fille l’égale de l'étudiant perverti, la modeste ouvrière l'égale du soldat débauché, la femme respectable l'égale du viveur dépravé.
Or, qui a pu rêver cette égalité sinon l’homme orgueilleux qui se donne toutes les grandeurs de la femme !
Elles veulent devenir les égales de l'homme, quoiqu'elles savent que l'homme est vicieux, égoïste, méchant, fourbe et hypocrite. Pourquoi donc, elles qui, malgré toute leur ignorance, sont vertueuses, désintéressées, charitables et bonnes, veulent-elles descendre jusqu'à l'homme ? Est-ce pour imiter ses bêtises, car il en fait, et elles le savent ? Est-ce pour partager ses ambitions déréglées, car il en a et elles le savent ?
Est-ce pour tripotailler avec lui dans les affaires financières, car il tripote, et elles le savent ? Si c'est pour tout cela, ce n'est vraiment pas la peine de revendiquer. Le nombre est assez grand, dans le camp des agitateurs masculins, sans qu'il soit besoin de l’accroître encore en y annexant des femmes.
Si c'est pour faire autre chose, oh ! Alors, c'est parfait, mais, dans ce cas, ne réclamez pas, l’égalité car l'égalité suppose les mêmes occupations. Il n'y a pas à sortir du dilemme : égales de l'homme et faisant ce qu'il fait, ou : différentes de lui et faisant ce qu'il ne fait pas.
Or, si c'est ce dernier parti que vous adoptez, vous n'avez nullement besoin d'aller où il va, d'être où il est. Pour faire autre chose, restez où vous êtes ou mettez-vous sur un autre terrain que le sien ; restez vous, restez femme, ou, plutôt, redevenez femme, car vous ne l'êtes plus, psychologiquement parlant, et alors la question sera résolue. Les hommes vous écouteront bien mieux quand vous parlerez en femmes que lorsque vous parlez en hommes. Et cela vient de ce que, sachant ce que valent les hommes, puisqu'ils en sont, ils n'accordent pas de confiance à leurs pareils, ni à leurs pareilles. Ils n'ont pas confiance en eux, comment voulez-vous qu'ils aient confiance en vous, si vous vous faites leurs égales. Ils reconnaissent tout ce qui leur manque et, pour qu'ils vous écoutent, il faut que vous leur montriez que vous pouvez combler le vide de leur existence en leur apportant ce qu'ils n'ont pas, ce que leurs camarades hommes ne peuvent pas leur donner.
Donc, il faut faire autrement... et mieux, et c'est cela qu'ils attendent de vous, et non une vaine rivalité sur leur terrain.
Ce qui prouve le défaut de la méthode des égalitaires, c'est le peu de succès de leur campagne. Que d'années ! Que d'activité ! Que d'argent, même, dépensé dans une cause qui ne progresse pas, car vos succès sont illusoires, ce que vous obtenez ne change en rien la nature de l’homme ; le droit électoral conquis, dans certains pays, a-t-il fait faire une loi qui soit vraiment moralisatrice ? Les syndicats de femmes ont-ils empêché la Seine de charrier les corps des suicidées !
Nous ne voyons, nulle part, de résultats réels. Tant que les femmes se sont diminuées en demandant une égalité qui les rabaisse, elles n'ont pas abouti, c'est Celle qui osera dire toute la vérité, et remonter sur son piédestal qui réussira.
La Femme ne veux ni droits civils ni droits politiques. La Nature lui a donné d'imprescriptibles droits qui planent par dessus tout cela. Elle lui a fait connaître les secrets des multiples rouages qui font marcher la machine humaine et, avec cette science, Elle se sens bien plus forte que toutes les assemblées politiques réunies, puisqu'Elle peut formuler une loi qu'aucune d'elles ne saurait faire : la loi morale.

Tant que les féministes n'ont pas montré aux hommes une femme ayant produit quelque chose de féminin, quelque chose que les hommes n'aient pas pu faire, ceux-ci ont déclaré que vous n'étiez qu'une armée de nullités, et si beaucoup d'entre eux ne sont pas devenus féministes, ce n'est pas parce qu'ils tenaient beaucoup à garder des privilèges injustifiés, c'est parce qu'on ne leur offrait pas une seule femme digne de leur admiration.
Et changer les médiocrités masculines pour des médiocrités féminines, c'était piètre besogne. On ne changeait, en réalité, que le costume et le timbre de la voix, mais quant aux idées, elles restaient aussi fausses avec les égalitaires qu'avec les hommes seuls, c'était toujours « les idées régnantes ».
Les hommes intelligents veulent mieux que cela, ils veulent une Femme « qui ne soit pas leur égale », afin qu'ils puissent trouver, en elle, toutes les grandes qualités que l’homme droit se plait à vénérer. Ils veulent, dans la femme, une manière de penser différente de la leur, ils veulent trouver, près d'elle, quelque chose à apprendre, quelque chose de nouveau qui les tire de l'ennui qui les endort, et donne à leur vie une direction nouvelle, à leur esprit une lumière directrice. Mais les criailleries pour obtenir des droits politiques les fatiguent sans les intéresser.
Les femmes doivent s'affirmer, ce qu'elles font, heureusement, de temps en temps. Elles ne doivent pas craindre de braver toutes les fureurs des jalousies déchaînées contre elles ; elles ne doivent pas attendre qu'on les déclare égales, supérieures ou inférieures, tout cela, ce sont des mots, elles doivent montrer ce qu'elles sont et ce qu'elles peuvent.
N'est-il pas naïf que certaines d'entre elles attendent que ce soit l'homme qui vienne les proclamer supérieures à lui, ou même ses égales, alors que c'est lui qui, dans son orgueil, les a abaissées ? Les plus intelligents, seuls, arrivent à accepter l’égalité, mais les pervertis n'y arriveront jamais.
Donc les personnes, bien intentionnées, nous le reconnaissons, qui ont demandé l’égalité des sexes, se sont trompées, tant au point de vue philosophique qu'au point de vue psychologique. Il n'y a pas plus égalité entre l'homme et la femme qu'il n'y a égalité entre le voleur et le volé. Deux êtres aussi différents ne peuvent pas remplir, dans la société, les mêmes fonctions, avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. Là est toute la question ; définir les fonctions, les droits et les devoirs de chacun, leur donner Une éducation qui les y prépare et non, comme on le fait maintenant, une éducation qui les en éloigne. L'harmonie sociale régnerait si chacun d'eux, dès l'enfance, avait obéi aux lois physiologiques et psychiques de leur nature, rectifiées dans le sexe mâle, par la loi morale.
Si la femme avait gardé la suprématie morale que lui assignait ses qualités intellectuelles, si l'homme ne s'était pas révolté contre la loi suprême et contre le rôle actif que sa force musculaire lui assigne.
Demander à l’homme « d'émanciper la femme » c'est aussi absurde que de demander à un roi d'émanciper son peuple en proclamant lui-même la République.
« C'est par la force que l'homme prétend tout surmonter, c'est par sa faiblesse que la femme peut tout vaincre. » Bernardin.
C'est du despotisme des hommes que sort la révolte des femmes, et c'est la révolte des femmes qui fait le progrès.
Donc, que les femmes ne se plaignent pas des actes despotiques dont elles sont toutes un peu victimes, c'est cela qui assure leur triomphe.

LES PHILOGYNES
Les hommes qui ont osé défendre les femmes ont formé, à toutes les époques, une petite élite intellectuelle et morale, recrutée parmi les meilleurs.
Quelques-uns ont envisagé la question dans son entière vérité, d'autres, plus nombreux, n'en ont vu qu'un aspect.
Mais, les uns et les autres ont rendu d'immenses services à la cause du progrès, ils ont apporté, dans la lutte, des arguments que la femme n'aperçoit pas elle-même, parce qu'elle ne connaît pas la psychologie masculine.
C'est cette ignorance de la nature de l'homme qui a fait que jamais aucune femme n'a su défendre le féminisme comme l'on fait certains hommes. Faut-il citer l'admirable petit Essai de Stuart Mill, sur la « condition des femmes », dans lequel les lutteuses vont chercher des arguments pour se défendre ?
La femme, quand elle souffre par la faute de l'homme, ne sait que gémir, elle n'a pas, dans sa douleur, le sang-froid du philosophe qui, libre d’esprit, étudie avec calme la question.
Ce sont les spectateurs des événements sociaux, et non ceux qui en sont les martyrs, qui peuvent, réellement, chercher la cause du mal et son remède.
Il y a eu des hommes féministes à toutes les époques et dans tous les pays. Il s'en est trouvé même parmi les Pères de l'Eglise. Saint Bernard fut de ceux-là, et des plus fervents. Son culte de la femme s'adresse à la vierge Marie, mais, qu'importe l'image pourvu qu'il y ait une femme derrière.
Pendant la Révolution française, ce soulèvement de l'esprit préparé par des femmes en vue de reconquérir la liberté, et réalisé par des hommes, à leur profit, on discuta un instant, les droits de la femme.
Nous trouvons aux Jacobins les femmes attaquées par Chabot, mais défendues par Charlier.
Elles qui avaient été les initiatrices du mouvement, se virent exclues des tribunes de la Convention, par une loi du 20 mai 1793. Bientôt après, le 26 mai, on faisait une autre loi leur défendant d'assister à aucune assemblée politique.
A la Constituante, nous trouvons Victor Considérant qui, seul sur 900 membres, réclame les droits politiques de la femme.
Plus tard, Pierre Leroux développa son amendement en faveur du droit électoral pour les femmes, dans les élections communales.
Ce fut Athanase Coquerel qui proposa la loi d'exclusion contre les femmes.
Des journaux : « La Commune sociale » et « La République » réclamaient le droit des femmes. « La Démocratie pacifique », après avoir parlé de la puissance souveraine de la femme pour la pacification et pour l'accord des âmes, s'écriait : « Si l’on veut prévenir une nouvelle émeute de la faim et de la haine, il faut s'en remettre aux femmes. A elles appartient de donner le signal de ce soulèvement fraternel et religieux. »
M. Laya, dans « Le Bien-être universel », soutenait la femme et engagea une polémique, à ce sujet, avec « La Patrie » :
Diderot disait : « Celui qui n'aime pas la femme est une espèce de monstre ; celui qui ne la cherche que quand il en est averti par le besoin, sort de son espèce et se range à côté de la brute. »
Les féministes les plus militants et les plus sincères que les temps modernes aient connus sont, incontestablement, les Saint-Simoniens.
Ceux-là prétendaient remettre la femme à la place que lui a donnée la Nature et lui prodiguaient, sans marchander, leurs éloges et leurs hommages.
Leur apostolat était l'appel de la femme.
Saint-Simon disait : « Ma parole est celle de l’homme précurseur de la femme. Messie de son sexe, qui doit le sauver de l'esclavage qui est la prostitution, j'ai à préparer l'affranchissement des femmes par les femmes »
Cette Femme-Messie, conjointement avec l'homme, devait composer le prêtre, c'est-à-dire « le couple sacerdotal, dépositaire des pouvoirs de la société, et dont le rôle, dans l'avenir, consistait à diriger, humaniser les appétits, facilitant l'union des êtres à affections profondes. »
Jean Journet, l'un d'eux, écrivait :
« Alors la femme souveraine,
A l’encontre des méchants,
Doit affranchir l’espèce humaine
D'un martyr de six mille ans. »
Les Saint-Simoniens avaient la prescience du sexualisme, c'est-à-dire de la loi des sexes et de ses conséquences différentes dans l'un et dans l'autre. C'est ce qui faisait leur supériorité sur les hommes qui ne voyaient que le côté politique ou social de la question. Ils parlaient déjà du « secret de la maternité », de son sacerdoce futur, de son élévation.
Mais le public ne les comprenait pas, les femmes surtout, encore imbues des préjugés dont leur éducation est faite, leur faisaient opposition. Mme Cécile Fournel fut la première à condamner cette grande doctrine libératrice de la femme.
A l’enterrement de Talabot, Barrault rappela que dans les premières années de sa jeunesse, Talabot s'était fait remarquer par « une grande passion pour les femmes », ce qui fit sourire certains assistants, ceux qui aiment les malentendus.
« Pauvres femmes, s'écria alors Barrault, je parle d'un homme qui vous rendit un culte et l'on rit. Ah ! Sans doute, les temps sont passés où l'homme vous entourait d'un hommage chevaleresque et les temps ne sont pas encore arrivés où il pourra, sans vous dégrader, et sans se dégrader lui-même, témoigner de votre puissance. »
Dans les banquets qui réunissaient fraternellement les disciples de Saint-Simon, la place d'honneur était occupée par un fauteuil vide, celui de la Femme, l'absente, celle qu’on attendait, celle qui allait naître pour libérer son sexe et sauver l’homme de la dégénérescence et de la folie.
Ils attendaient la femme, et annonçaient sa venue pour des temps prochains, et Enfantin, reconnaissant l’impuissance de l'homme, disait : « Il n'y aura de science définitive que lorsque la femme aura parlé. » Sur sa tombe, il fit graver ces mots :
A chacun selon sa capacité ;
A chaque capacité selon ses œuvres ;
Egalité de l’homme et de la femme.
Cette dernière phrase est contradictoire avec celle que nous citions plus haut ; si l'homme seul n'a pas pu faire la science et si on attendait la femme pour la faire, il n'y a pas égalité entre eux.
Les principaux disciples de Saint-Simon étaient Bazard, Rodriguez et Enfantin.
Mais, ce magnifique mouvement de réveil féministe dût subir la persécution, comme la subissent tous les grands mouvements de la pensée.
Le 27 août 1832 eut lieu le procès des Saint-Simoniens.
Tous descendirent alors des hauteurs de Ménilmontant où ils avaient établi leur retraite et, dans l'élégant costume qui avait été dessiné par Raymond Bonheur, (père de Rosa Bonheur), ils traversèrent, la tête haute, les bras croisés sur la poitrine, une foule considérable, massée dans les rues pour les voir passer.
On accusait cette haute morale... d'immoralité.
Mais leur mouvement ne périt pas. Fourier le reprit, dans la Phalange, et il se fondit dans le fouriérisme qui le modifia, le masculinisa et en fît « le socialisme ».
Sous cette forme, il devait grandir vite dans les esprits.
Là encore, nous voyons l’avortement d'un mouvement féministe, et sa transformation au profit de l’homme, comme l'avait été, 50 ans avant, le grand mouvement de la Révolution française.
Ce sont ces transformations de l'idée pure qui stérilisent les grandes impulsions données de temps en temps par les femmes, ou par les féministes.
Il se trouve toujours un homme plus audacieux que les autres, qui adopte l’idée lancée et la dénature.
Là est le secret de l’avortement de la Révolution française.
Là est le secret, aussi, de la stérilité du socialisme moderne.
Mais l’idée dénaturée renaît sous une nouvelle forme.
C'est ainsi que le Saint-Simonisme reparut dans le Positivisme d'Auguste Conte ; doctrine qui met encore, au sommet, la femme, cette fois personnifiée dans Clothilde de Vaux.
Stuart Mill, que nous avons déjà cité, avait 26 ans quand eut lieu le procès des Saint-Simoniens. Il s'était occupé activement de cette doctrine, qui l'avait profondément impressionné.
Stuart Mill, dans une lettre adressée à M. Gustave d'Eichtal dit :
« C'est un noble spectacle, que vous donnez au monde d'un groupe d'hommes debout et lui tenant la tête... La lecture du Globe m'a beaucoup rapproché de vos opinions. Pas un de ces articles qui n'ait remué en moi quelque chose, qui ne m'ait amélioré en quelque point. Si l'heure était venue pour l'Angleterre, s'il n'était pas aussi vain de chercher ici actuellement un auditoire pour des vues organiques, qu'il eût été pour Saint-Simon dans le feu de la Révolution, je ne sais si je ne renoncerais pas à toute chose pour devenir, non l'un de vous, mais comme vous. »

Parmi les féministes modernes il faut citer, d'abord, M. Legouvé qui réclama pour la femme une extension progressive de ses droits. Il trouvait que les femmes ne sont libres que dans les couvents ; ce qui est peut-être vrai.
Victor Hugo vint apporter sa voix au concert des apôtres modernes.
Une femme exilée, comme lui, à Jersey, Louise Julien, avait vaillamment lutté pour la sainte cause. Elle fut immortalisée par le grand poète qui prononça, sur sa tombe, un discours mémorable dans lequel il dit cette phrase restée célèbre :
« Le 18ème siècle a proclamé les droits de l'homme, le 19ème proclamera les droits de la femme. »
Un des grands défenseurs de la femme fut Emile de Girardin, qui proposa de rétablir l'héritage dans la ligne maternelle et la filiation par les femmes, telle qu'elle exista dans les âges heureux du matriarcat.
Alfred de Vigny, lui, disait : « Après avoir bien réfléchi sur la destinée des femmes, j'ai fini par penser que tout homme devrait dire, à chaque femme, au lieu de bonjour, pardon ! Car les plus forts ont fait les lois. »
M. Naquet fut un féministe sincère et militant. Peu d'hommes ont rendu d'aussi grands services à la cause des femmes. En rétablissant le divorce en France, il libéra de la chaîne du mariage des milliers de malheureuses victimes.
Jules Simon, aussi, mit sa pierre à l'édifice féministe, en écrivant : L'ouvrière.
Léon Giraud entra de front dans la lutte. Il publia un bon livre sur « la condition des femmes » et défendit, devant les tribunaux, les premières candidates à la députation. Ce fut un sincère et un dévoué, malheureusement enlevé prématurément à la cause qu'il soutenait.
Dans la science on vit apparaître le Docteur Manouvrier qui, mettant la question sur son vrai terrain, vint montrer que les caractères anatomiques de la femme lui assignent une place supérieure dans la série des êtres.
Tout près de vous des apôtres plus jeunes sont venus renforcer la sainte phalange. Ils deviennent si nombreux qu'il est impossible de les citer tous ; du reste, le public attentif les connaît bien et attend d'eux le dernier effort qui arrivera à terrasser l'esprit du mal.

À suivre : LE BIEN ET LE MAL : LOI MORALE