CELTES ET LATINS




« Est-il besoin de vous dire... que je suis sensible...
aux services qu'elle pourrait rendre à une prise
de conscience de la culture française ?
»
(Lettre d'André Malraux à Henri Dontenville après
la publication de La mythologie française, 1948)
...
 Le peuple de ce pays-ci continuera t-il à s'ignorer ?


« Personne ne pourrait douter, en contemplant cette œuvre de la Providence,
qu’Elle n'ait disposé ainsi ce Pays avec intention et non au hasard ». (Strabon)

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CELTES ET LATINS
Il existe deux courants dans l'opinion des intellectuels : l'un qui prétend que la civilisation est venue des Latins ; l'autre qui affirme qu'elle est venue des Celtes.
Les Latins appuient leur opinion sur le droit romain qui a instauré la puissance paternelle, et proclamé la déchéance de la Femme, et sur la littérature latine qui a sanctionné cet état de choses.
Les Celtiques appuient la leur sur le droit naturel, le règne de la raison représenté dans sa plus haute manifestation par la Femme, la Déesse-Mère, qui régnait dans les Républiques Celtiques.
Donc, le conflit représente la lutte de sexes, et la résume.
Contrairement à ce que croient les Latins, la primitive civilisation prit naissance dans le pays qui fut le berceau des Celtes, et qui est compris entre la Manche et le Rhin. C'est là que s'est constitué le fond de la race celtique ; « Fixés sur leur base séculaire, dit M. Cailleux, ils occupent aujourd'hui les mêmes positions où l'histoire les a trouvés, la science ne peut sonder leur origine ni prévoir leur décadence. »
La race celtique a affirmé la supériorité de sa nature par son empire sur le monde entier où elle a porté la civilisation dont elle possède en elle les éléments, c'est-à-dire la supériorité de l'esprit, la bonté et l'audace. Il existe en elle un principe de vie, une action secrète et puissante qui l'anime en tous ses mouvements et lui donne un empire qui n'appartient qu'à elle.
Ce sont ces caractères qui lui ont donné une si grande puissance de développement. Elle n'a pas reçu la civilisation comme les Grecs et les Romains, elle l'a créée.
La race celtique fut vaincue par les Romains, qui semèrent partout le désordre et l'impuissance. Leur séjour dans la Gaule fut une éclipse dans la vieille civilisation ; il laissa comme trace de son passage les luttes féodales, basées sur l'ambition et le despotisme de l'homme qui ne reconnaît plus aucune loi morale, puis les dissensions autour du principe de la monarchie dynastique, imitation de l'empire romain, qui firent régner pendant quinze siècles la barbarie latine sur le sol où s'étaient développées jadis, dans le calme et la sécurité, les Républiques Celtiques.
Sur quoi prétend-on appuyer la culture latine ?
Sur la philosophie grecque qui avait renversé l'Ecole Pythagoricienne, dernier foyer de haute culture scientifique, auquel on substitua une série de sophismes qui aboutirent aux erreurs modernes.
Les Romains, héritiers et continuateurs des Grecs, allèrent plus loin encore, et de tout ce fatras incohérent firent le dogme surnaturel et superstitieux qui a envahi le monde.
Les principes de l'empire romain furent le despotisme de la puissance impériale, appuyé sur la force et sur le code romain qui donne à l'homme le droit de vie et de mort sur l'esclave, sur la femme et sur l’enfant.
Ce sont ces principes-là que l'impérialisme laïc ou religieux représente aujourd'hui ; c'est lui qui continue Rome, ce n'est pas la France républicaine qui est restée celtique au fond. Il ne lui manque plus que de rendre à la Femme la place que ses aïeux lui donnaient pour être revenue à la civilisation des anciens Celtes.
C'est contre ce que Rome nous a légué de despotisme et d'erreurs que les civilisés actuels doivent se liguer, ce n'est pas pour faire renaître la culture latine qui n'a été qu'une forme de la décadence morale. C'est sur les ruines définitives du droit romain que s'élèvera le monde nouveau, basé sur le droit naturel.
Si nous jetons les yeux autour de nous, nous voyons que, actuellement, les révolutionnaires de la pensée qui veulent plus de vérité et plus de justice sont presque toujours ceux qui n'ont pas fait leurs humanités, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas reçu l'empreinte fatale de la culture latine qui atrophie l'esprit et développe l'orgueil de l'homme ; ceux-là sont les continuateurs des Celtes-Gaulois, ils cherchent en avant un progrès qui n'est qu'un retour vers la civilisation détruite par les Romains.
Pendant que les Latins brûlaient les Livres sibyllins, les Druidesses qui enseignaient dans leurs collèges formaient l'âme gauloise.
Rome, c'est le passé, c'est la barbarie basée sur l'erreur, la superstition, le mensonge.
Il nous faut un régime de vérité, un idéal nouveau que la Femme seule peut faire renaître.

LES CELTES
L'histoire du pays sur lequel nous vivons et qui s'appelle actuellement la France, la Belgique, et la Grande-Bretagne, a eu quatre périodes très distinctes les unes des autres :
1° La première époque fut la période celtique ou pré-celtique ; l'âge divin (féminin).
2° La seconde fut la période gauloise, que les historiens appellent l'âge du fer. C'est le millénaire qui précéda notre ère ; l'âge héroïque (masculin).
3° La période gallo-romaine.
4° La période franque.
Notre pays a accompli, à travers ces périodes diverses, tout le cycle de l'évolution humaine.
Dans le premier âge, l'âge heureux de la jeunesse humaine, une civilisation grandiose régna ; ce fut l'âge d'or, résultant partout de la première organisation sociale basée sur la Gynécocratie, la Théogonie, le Matriarcat. Ce fut l'époque celtique et pré-celtique.
Dans l'âge suivant se produisit la première révolte de l'homme contre le régime féminin.
Chez les Celtes, c'est l'âge du fer qui commence. L'homme dispute à la femme sa suprématie ; c'est la révolte des Gaulois (masculinistes), combattant les Celtes et leur disputant le pouvoir.
Vient ensuite l'âge de la décadence qui livre la Gaule à la puissance romaine.
Et cela se termine dans la quatrième période, l'âge de la corruption qui résulte partout du règne de la Force triomphante. (Comme cela est si vrai aujourd’hui)

LES DEUX SOURCES DE L’HISTOIRE
Il y a deux manières de faire revivre le passé : l'une consiste à le remettre sous nos yeux en y réintégrant les deux sexes qui en ont été les auteurs ; l'autre expose sommairement ce que les hommes de l'époque étudiée on dit ou fait, en se gardant de rien ajouter au témoignage de ceux qui se justifiaient de crimes, de délits, de fautes commises ; ceux-là multiplient les références parce qu'ils savent que les gens sincères peuvent leur reprocher leur partialité, puisqu'ils suppriment le rôle joué par la femme à l'époque qu'ils étudient. Ceci prouve qu'il y a toujours eu, dans le monde, deux partis bien tranchés représentant les deux sexes :
1- Des féministes affirmant leurs droits naturels et cherchant la justice dans le présent et dans le passé.
2- Des masculinistes donnant les droits féminins aux hommes et défendant leur usurpation par des ruses, des hypocrisies, des mensonges.
L'histoire écrite par les auteurs masculins s'occupe exclusivement de ce que font les hommes : la guerre d'abord, la conquête, le commandement, puis l'industrie et quelques notions concernant la vie privée, les mœurs, et ce qu'ils entendent par le mot religion.
Tout cela dans le but d'affirmer les droits donnés aux hommes par les codes masculins. Quant à la vie morale et spirituelle des femmes, il n'en est jamais question ; non seulement on néglige ce chapitre, mais on l'amoindrit en le désignant dédaigneusement sous le nom de fables ou de Mythologie.
C'est cependant cette partie de l'histoire qui explique toutes les origines, en même temps que toute la vie intellectuelle des peuples.
Ainsi, ce qui distingue les Celtes féministes des Latins masculinistes et annonce une divergence entre eux, ce sont les conditions de leur civilisation, leurs pratiques religieuses, leur éducation, leur science, leur morale, leurs notions ethnographiques, leur gouvernement, c'est-à-dire tout leur programme de vie.
En un mot, les Celtes sont féministes, tandis que les Latins et les Grecs sont masculinistes, et ces derniers sont si avancés dans la dégénérescence qu'ils ne cherchent de différence entre les peuples que dans les choses matérielles, concrètes ; le reste leur échappe, et ils traitent les plus « intellectuels », c'est-à-dire « spirituels », comme des ennemis.
Donc, quelle valeur donner aux documents latins ?
« Les qualités et les défauts des Celtes n'ont été rapportés que par leurs ennemis », dit Dottin.
Les opinions des anciens sont du reste loin de concorder exactement.
Nous en trouvons de très favorables. Dans César, ils nous apparaissent comme livrés aux recherches de pure spéculation.
Dans Tite-Live, ils franchissent leurs barrières pour répandre au loin leurs émigrations et leurs idées. « Nul peuple, à aucune époque, n'a élevé plus haut ses recherches et propagé plus loin ses découvertes. » La colonisation de l'Inde par les anciens Celtes est connue.
L'histoire glorieuse de la Celtide a été cachée par les historiens grecs et romains parce qu'elle était à la gloire des femmes.
C'était une gynécocratie fondée sur le droit naturel. Les détracteurs de ce régime nous représentent les habitants du pays celtique, avant l'invasion romaine, comme des sauvages occupant une contrée presque déserte, et dont la température était âpre et froide. Guizot ose dire : « Les rivières gelaient presque tous les hivers assez fort pour être traversées par les chariots », ce qui est faux, car il est avéré que la température, plus élevée dans les temps anciens, s'abaisse graduellement. Mais ce mensonge est destiné à faire croire que le régime de l'homme apporte tous les progrès, même ceux du climat.
Chacun, parmi les anciens, leur attribue ses vices. « Aristote, Diodore et Athénée ont accusé les Celtes de pédérastie parce que c'était leur cas, mais les écrivains romains ne leur attribuent pas ce vice » (Dottin).
La haine des Latins pour les Celtes est telle que certains auteurs vont jusqu'à leur attribuer tous les crimes. D'après Pausanias, les Celtes « buvaient le sang des petits enfants et goûtaient de leur chair » (Dottin).
Remarquons aussi les ruses des savants modernes pour empêcher que la Vérité soit dite.
M. Dottin, que je cite souvent, dit dans ses Etudes sur l’Antiquité celtique (p. 54) ceci :
« Parmi les inscriptions découvertes dans les pays qui portent dans l'antiquité le nom de celtiques, il en est quelques-unes qui sont rédigées en une langue qui n'est ni le grec ni le latin », et la crainte d'en découvrir le sens est exprimée par ceci :
« Tant qu'on ne les aura pas expliquées d'un bout à l'autre à l'aide des formes anciennes des langues celtiques, actuelles, il serait téméraire de leur donner le nom d'inscriptions celtiques. Du fait qu'on y trouve des noms propres celtiques on ne saurait rien conclure. Si même on découvre dans une inscription quelques mots qui, expliqués à l'aide des langues celtiques, auraient un sens vraisemblable, il est peu scientifique d'en tirer une conclusion sur la langue de l'ensemble de l'inscription, les coïncidences fortuites entre les mots appartenant à des familles de langues différentes n'étant pas rares ».
C'est ainsi qu'on prépare d'avance des arguments pour répondre à ceux qui apporteraient des découvertes nouvelles en faveur de la cause féministe.

LES PRÉ-CELTIQUES OU HYPERBORÉENS
On ne considère pas les Celtes comme les premières races ayant habité l'hémisphère boréal. Avant eux, on sait qu'une race pré-celtique a existé et peuplé la moitié de la terre, ce sont les Hyperboréens.
« Il est possible, dit Dottin, que le nom d'Hyperboréen, qui a désigné une race mythologique, peuple de l'âge d'or, habitant un pays fertile, ait été aussi une expression géographique. Héraclide du Pont, à la fin du IVème siècle avant notre ère, avait écrit que, d'après une nouvelle qui venait de l'ouest, Rome avait été prise par une armée qui venait de chez les Hyperboréens. A la même époque, Hécatée d'Abdère plaçait en face de la Celtique, le long de l'Océan, une île aussi grande que la Sicile, qui s'étendait vers le nord et était habitée par les Hyperboréens. Dans ces textes, le mot Hyperboréen semble être synonyme de Celte » (Dottin, p. 22).

LES BORÉENS ET LES SUDÉENS
Toutes les races sont autochtones ; je nie les émigrations en masse de peuples entiers.
La race blanche habitait l'hémisphère boréal parce que c'est là qu'elle était sortie de la végétation boréale qui avait été son état embryonnaire. (1)
Une race noire, plus ancienne, était sortie de la végétation tropicale d'Afrique et d'une partie de l'Asie.
La race rouge, moins connue, s'était développée sur les hautes montagnes de l'Amérique du Nord. Cette race avait possédé l'hémisphère occidental, pendant que la race jaune possédait l'oriental.
(1) Voir l'article du blog intitulé « NOS VÉRITABLES ORIGINES »

LEURS LUTTES
Dès que ces hommes de races diverses furent mis en contact, des rivalités se manifestèrent. La race noire, qui avait mûri plus vite que les autres dans les régions de l'Equateur, était entrée dans la vie à une époque où la race blanche possédait encore la pureté de l'enfance. Cela causa aux blancs hyperboréens de l'horreur pour cette race, en même temps que la couleur noire de la peau des nègres les dégoûtait.
Fabre d'Olivet croit que la race noire fut appelée Suthéenne et que les blancs firent de leur pays le domicile de l'esprit infernal, appelé pour cette raison Suth ou Soth par les Égyptiens, Sath par les Phéniciens, et Sathan ou Satan par les Arabes et les Hébreux. Ce nom a servi de racine à celui de Saturne chez les Étrusques, et de Sathur, Suthur ou Surthun chez les Scandinaves, divinité terrible ou bienfaisante suivant la manière de l'envisager. C'est du celte saxon Suth que dérivent l'anglais South, le belge Sugd, l'allemand et le français Sud. Ce mot désigne proprement tout ce qui est opposé à l'élévation, tout ce qui est bas, tout ce qui sert de base ou de siège. Le mot sédiment en dérive par le latin sedere qui, lui-même, vient du celte saxon sitten, en allemand stizen, s'asseoir (Fabre d'Olivet, L'Etat : social de l'homme, p. 91).
Donc, d'après cette doctrine de d'Olivet, la première lutte des hommes avait été celle des Sudéens contre les Boréens, des noirs contre les blancs.
Les noirs sont plus forts que les blancs parce qu'ils sont plus avancés dans l'évolution sexuelle.
Mais les Boréens ont une supériorité morale, ils sont purs, alors que les noirs sont les impurs.
Et c'est ce qui explique que le mot Boréen est devenu un titre d'honneur, dont on a fait Baron en Europe. Le titre de Barons et de hauts Barons que s'attribuaient les Hyperboréens signifiait vainqueurs. Et c'est pour cela que ce peuple entrait dans la vie sociale avec la réputation d'un peuple vainqueur. Mais les Sudéens, pour se défendre, donnaient au mot qui les désignait une signification aussi glorieuse : « ils mettaient leur gloire dans le mot Syd qu'on écrit mal à propos Cid » (Fabre d'Olivet, t. I.p. 129).
Les Celtes appellent leurs ennemis Pélasks, c'est-à-dire peaux tannées (Pélaskon, Pélasges). La région qui entoure toute la mer Méditerranée portait autrefois le nom de Pélasques, parce que des peuples noirs la possédaient.
Le Péloponèse, nom qui vient de Pélops, signifie archipel. Ce mot est remarquable parce qu'il signifie : ce qui domine sur la mer noire. Mais il peut se faire que le mot noire ait été pris symboliquement pour représenter la méchanceté ; alors, ce ne serait pas d'une lutte de races qu'il s'agirait, mais d'une lutte morale dans une même race.
Il est resté dans les anciennes traditions que les noirs sont les peuples ignorants, livrés aux instincts de la bête humaine, ce qui devait horripiler les femmes boréennes. Aussi la première lutte entre les deux races est au fond une lutte de sexes, c'est-à-dire une lutte entre les deux instincts spirituel et sexuel ; et ceci va mieux nous faire comprendre pourquoi cette première lutte est d'ordre moral.
Fabre d'Olivet dit : « Hébé, dans l'idiome phénicien, est le nom de l'amour féminin spirituel, Chaos est le principe masculin matériel. La secte qui adopta cette cosmogonie fut très répandue et très nombreuse : c'est celle des anciens Celtes. Le mot Chaos, opposé à celui d'Hébé, développe l'idée de tout ce qui sert de base aux choses, de résidu, comme le marc, l'excrément, le caput mortuum, c'est en général tout ce qui demeure d'un être après que l'esprit en est sorti ».
La couleur blanche représente la Vérité, la science chez les Celtes ; le mot blanc est synonyme de sage, de spirituel. On dit en allemand Weiss, blanc, et Wissen, savoir ; ichweiss, je sais. En anglais, white, blanc, et wit, esprit, witty, spirituel, wisdom, sagesse.
On donne le nom de noir aux pays occupés par des nègres.
Pélasgès, terre noire, était le nom de la Grèce quand elle était occupée par les peuples noirs. Les Héraclides qui vainquirent les Pélopides sont des Boréens appelés Hérules.
Les peuples dont on trouve les noms dans les anciens auteurs, compris ordinairement sous le nom générique de Celtes ou de Scythes, n'étaient, au fond, que les divisions d'un seul et même peuple, issu d'une seule et même race : les Boréens. Le nom de Celtes qu'ils se donnaient, en général, à eux-mêmes, signifiait les supérieurs, les illustres, les purs. Le nom de Scythes que leur donnaient leurs ennemis signifiait, au contraire, les impurs, les réprouvés ; il venait du mot cuth, ou scuth, appliqué à toute chose qu'on éloigne, qu'on repousse ou qui repousse. Il désignait au propre un crachat. C'était par ce mot injurieux que la race noire caractérisait la blanche, à cause de la couleur du crachat.
De là l'habitude de cracher en signe de mépris.

LA LÉGENDE DES ATLANTES
On s'étonne de l'amour des anciens pour les îles, et l'on remarque que tout ce qu'il y a de sacré, de grand et d'antique s'y serait passé.
Evhémère raconte des merveilles à propos de ce que l'on trouve écrit en caractères d'or sur une colonne, dans l'île de Panchaïe.
Des îles sacrées étaient situées au delà de l'Angleterre, où Plutarque place le séjour des Daïmons et des Demi-Dieux. Diodore de Sicile parle de Basilée, située à l'opposite de la Scythie et au delà des Gaules (T. II, p. 225).
Pline donne à cette même île le nom d'Oséricta ou Océriclea, mot qui signifie dans les langues du Nord « île des Dieux-rois, île royale des Dieux ». La Bretagne, pour les Mystères de ses monuments druidiques, fut appelée « Ile des Dieux ».
C'est dans l'île Basilée, dit-on, qu'on recueille l'ambre. Or l'ambre est un symbole dont nous avons expliqué la signification profonde dans l'introduction de ce blog. Une île appelée Eixoia était surnommée l'île du bonheur.
Les Orientaux nous parlent encore d'une mer obscure, d'une région ténébreuse, où sont les îles fortunées, où se trouve la fontaine de vie (Fontaine de vie, Fontaine de Jouvence est une autre manière d'exprimer ce que l'ambre représentait.) (Herbelot, p. 393). Ce sont les Champs-Elysées de l'âge d'or, c'est le pays des Fées.
Or, si les îles ont un si grand rôle dans l'histoire, c'est que c'est dans des îles que se réfugièrent les Féministes quand l'homme s'empara des continents pour y exercer sa domination.
Si les îles prennent le caractère de « Séjour Divin » (1), c'est parce que ce fut là que les Déesses continuèrent l'enseignement des hautes vérités de la Nature et des lois de la morale. Pendant que les oracles des Latins étaient donnés par une Sibylle, ceux des Celtes l'étaient par une Mermine (de Maer et mine, fille de la mer). C'est dans l'île de Philae que se réfugièrent les dernières prêtresses égyptiennes ; dans l'île de Sein que s'abritèrent les dernières Druidesses.
Dans la langue indienne et malabare, le mot Div signifie île. Les Portugais possèdaient aux Indes, dans le royaume de Guzarate, une ville nommée Diu parce qu'elle est bâtie dans une île. Cette signification est évidemment dans les noms des îles Mal-dives et Laque-dives.
L'île de Ceylan porte chez les Arabes le nom de Seran-dib, mot à mot « île de Seran », parce que les Arabes, n'ayant pas le V dans leur langue, y ont substitué le B.
Dive ou duve signifie aussi colombe et Duveland veut dire île des colombes.
Hésiode dit que l'île des Hespérides, ou des Gorgones, est au delà de l'Océan, au bout du monde et dans le pays où habite la nuit (Théog., V, 274) ; en Scandinavie ou en Angleterre.
« La nuit, dit également Hésiode (Théog., V,211), a enfanté les Hespérides qui gardent les pommes d'or au delà de l'Océan. Atlas, dans la région des Hespérides et aux extrémités du monde, plie sous la nécessité et sous le poids du ciel porté sur ses épaules ».
Apollodore dit : « Les pommes d'or enlevées par Hercule ne sont point comme quelques-uns le pensent dans la Lybie, elles sont dans l'Atlantide des Hyperboréens » (Mytholog., liv. II).
C'est avec ces données qu'on a fait la légende de l'Atlantide.
Olaüs Rudbeck place en Scandinavie l'Atlantide de Platon ; Bailly met le berceau de toute la science, de tous les arts, de toutes les mythologies du monde au Spitzberg.
Il en est parlé dans le sixième chapitre du Sépher (la Genèse), sous le nom de Ghiboréens, dont les noms ont, été si célèbres dans la profondeur des temps.
Les Ghèbres sont un reste de peuples appelés dans le Sépher Ghiborim (Ghiboréens) et que les Grecs ont connus sous le nom d'Hyperboréens, les seuls qui en ont conservé le nom.
« On trouve cent fois le nom des Hyperboréens dans les écrits des anciens et jamais aucune lumière sur leur compte. » Un certain Aristèe de Proconèse, qui avait fait, dit-on, un poème sur ces peuples et qui prétendait les avoir visités, assurait qu'ils occupaient la contrée du nord-est de la haute Asie que nous nommons aujourd'hui Sibérie.
Hécatée d'Abdère, dans un ouvrage publié du temps d'Alexandre, les rejetait encore plus loin et les logeait parmi les ours blancs de la Nouvelle Zemble, dans une île appelée Elixoia.
Eschyle, dans son Prométhée, les plaçait sur les monts Riphées.
Diodore de Sicile dit que leur pays est le plus voisin de la Lune.
« Les Atlantes, ajoute Diodore de Sicile, habitent une contrée maritime et très fertile. Ils diffèrent de tous leurs voisins par leur piété envers les Dieux (qui à ce moment sont des Déesses) et par leur hospitalité. Nymphe est le nom que portaient toutes les Femmes dans le pays des Atlantes » (Diodore, T. I, p. 454, traduction de Téraffou).
(1) Dans les pays où ont pénétré les colonies des Celtes on doit s'attendre à trouver la religion associée au arts et le souvenir de l'Ile-Mère (l'Ile des Dieux, la Bretagne), (Th. Cailleux).

ORIGINE DE LA LÉGENDE
Mais ce qui motiva la légende, c'est un chapitre de la loi des sexes dont on fit un mystère et que l'on cacha dans l'histoire d'un continent disparu.
Atala, la femme boréenne, a dépassé les hommes dans son évolution. C'est un fait connu que la jeune fille de 12 à 18 ans progresse en intelligence et en beauté plus que le jeune homme ; elle dépasse le garçon retardé dans son évolution par la crise de l'adolescence.
Nous avons expliqué rapidement dans l'introduction de ce blog cette doctrine qui est la base même de la religion, c'est-à-dire du culte que l'homme rend à la femme à l'époque où il la voit si supérieure à lui.
Les Hyperboréens sont donc une race supérieure, dans laquelle les femmes primitives ont devancé les hommes et ont organisé la vie sociale d'après leurs conceptions féminines. Cette primitive histoire a été conservée, quoique voilée, dans la légende des Atlantes.
La première forme de la légende nous montre Atalante, la Femme dépassant l'homme adolescent dans son évolution. Celui-ci se voyant dépasser veut la retarder et pour cela emploie le piège de la séduction ; l'amour arrête la Femme et la livre à l'homme qui, alors, se met en avant.
Voici les termes de la légende :
« Atalante, recherchée par de nombreux amants, promit sa main à celui qui la vaincrait à la course ; une foule de prétendants avaient déjà succombé ; Hippomène enfin, implorant le secours de Vénus, reçut de la Déesse trois pommes d'or et entra en lice ; chaque fois qu'il se voyait sur le point d'être dépassé, il jetait une pomme ; Atalante, s'amusant à la ramasser, retarda ainsi sa course et fut prise ».
Les pommes d'or symbolisent l'amour masculin.
Le nom d'Atalante a servi à faire le verbe adelantar (dépasser, surpasser) dans le vieux celte ; il s'est conservé en espagnol. Adelante, qui veut dire « en avant », est resté un nom de femme : Adèle ou Atala (d'où Atlas, la force morale qui soutient).
Atlas qui porte le globe sur ses épaules, c'est Atala, la Déesse (1).
Les Atlantes n'étaient pas confinés d'abord dans des îles, ils étaient partout, puisque c'était la race primitive, qui se soumettait aux lois de la Gynécocratie et de la Théogonie. Mais comme cette race fut partout persécutée, elle se réfugia dans les îles du grand Océan qui existait à l'Occident de l'Europe. Cet Océan prit le nom d'Atlantique parce que les Atlantes étaient venus s'établir dans ses îles.
Ce qui ne veut pas prouver, du reste, qu'il n'y eut pas un effondrement de terre dans la mer à une époque antérieure, ou une augmentation des eaux qui submergea quelques îles...
On connaît la guerre des Athéniens contre les Atlantes, c'est-à-dire contre ceux qui défendaient le régime féministe. Elle est mentionnée par Platon dans son Timée, où il fait parler un prêtre égyptien qui dit aux Grecs :
« Vous ne savez pas quelle était dans votre pays la plus belle et la meilleure génération d'hommes qui ait jamais existé ; il ne s'en est échappé qu'une faible semence dont vous êtes les descendants. Nos écrits rapportent comment votre république a résisté aux efforts d'une grande puissance qui, sortie de la mer Atlantique, avait injustement envahi toute l'Europe et l'Asie. » (Cette grande puissance, c'est la Celtide.)
Bailly, qui rapporte ces paroles, ajoute : « Lorsque Platon parle de la plus belle et de la meilleure génération qui ait jamais existé, il veut peindre par la plus belle une génération éclairée et instruite ; quand il la désigne pour la meilleure, il entend qu'elle avait des mœurs et des lois respectées. Si nous ne considérons que le physique de ces expressions, le beau serait la nature régulière et fleurie, le meilleur la nature forte et puissante ; mais nous écoutons un poète philosophe : le beau, c'est l'instruction ; le meilleur, c'est la vertu. Platon parlait donc d'un peuple antérieur, savant, policé, mais détruit et oublié, aux Athéniens, à ce peuple spirituel, léger, aimable, semblable en tout à nos Français.
« La conquête qui a tout bouleversé a mis la barrière d'un immense désert entre les peuples dont Platon nous parle et les peuples connus qui ont place dans l'histoire.
On a daté de l'époque des nouveaux établissements, tout le reste est effacé ».
Mais ce qui a précédé cette époque est très intéressant.
Nous apercevons des peuples perdus comme celui que je vous ai fait connaître. Si les sciences nous ont prouvé la nécessité d'un peuple détruit, l'histoire nous en offre des exemples.
Le peuple Atlantique, le peuple qui lui a résisté, sont perdus pour le temps, on ne sait dans quel siècle on doit les placer ; ils sont perdus pour le lieu, car l'Atlantide même a disparu. On dit que les abîmes de la mer l'ont englouti comme pour nous dérober le berceau de ces peuples.
Mais, en même temps que Platon nous apprend leur existence, il nous montre une grande invasion qui motive la perte des arts, des sciences et des lumières. Cet événement mérite toute notre attention. (C'est ce qu'on a appelé le déluge de Ram.)
« Oh ! Solon, Solon, disait le sage égyptien, vous autres Grecs, vous êtes toujours enfants ; si âgés que vous soyez, aucun de vous n'a l'instruction et l'expérience de son âge. Vous êtes tous des novices dans la connaissance de l'antiquité, vous ignorez ce qui s'est passé jadis, soit ici, soit chez vous-mêmes. L'histoire de 8.000 ans est écrite dans nos livres sacrés, mais je puis remonter plus haut et vous dire ce qu'ont fait nos pères pendant 9.000 ans, c'est-à-dire leurs institutions, leurs lois et leurs actions les plus éclatantes ».
Reprenons le récit que Platon nous fait de l'Atlantide : « Cette mer, dit le prêtre égyptien qui parle dans le Timée, était alors guéable ; sur les bords était une île vis-à-vis de l'embouchure que dans votre langue vous nommez Colonnes d'Hercule (le détroit de Gibraltar), et cette île était plus étendue que la Lybie et l'Asie ensemble. Dans cette île Atlantide, il y avait des rois dont la puissance était très grande, elle s'étendait sur toute cette île, sur plusieurs autres et sur des parties du continent. Ils régnaient en outre, d'une part, sur tous les pays depuis la Lybie jusqu'en Egypte, et, de l'autre, savoir du côté de l'Europe, jusqu'à Tyrrhénia. C'est alors que votre république s'est montrée supérieure à tous les mortels par la force et la vertu. Elle commandait à ceux de vos peuples qui ne l'avaient pas abandonnée ; elle triompha de ses ennemis et elle érigea des trophées de sa victoire. Mais lorsque dans les derniers temps il arriva des tremblements du globe et des inondations, tous vos guerriers ont été engloutis par la terre dans l'espace d'un jour et d'une nuit, l'île Atlantide a disparu dans la mer. C'est pourquoi la mer qui se trouve là n'est ni navigable ni reconnue par personne, puisqu'il s'y est formé peu à peu un limon provenant de cette île submergée. »
Puis ce prêtre qui se vante de connaître l'histoire de 9.000 ans va raconter ce qu'étaient le gouvernement et la religion du peuple primitif qui avait vécu sur cette île disparue, et nous pensons déjà que nous allons avoir là des données intéressantes sur le régime antérieur. Quelle n'est pas notre surprise en voyant que tout cela a été imaginé et arrangé pour faire croire aux naïfs de ce temps que le régime de la monarchie masculine, alors mal affermi et discuté, que les hommes voulaient faire prévaloir et la religion des prêtres grecs ont une haute antiquité, qu'ils ont toujours existé, puisque c'est ce régime et cette religion qui régnaient chez les Atlantes, ce peuple primitif disparu.
Quand on aperçoit cette grossière imposture, on n'attache plus aucune valeur aux écrits de Platon et on doute même de l'existence de l'Atlantide.
Dans le dialogue intitulé Critias, il remonte jusqu'à l'origine de l'homme apparu sur cette île mystérieuse, et nous dit que le premier couple sorti de la terre s'appelait Evenor (c'est l'homme qui porte ce nom dérivé de Eva) et Leucippe, est le nom donné à la femme ; ce couple a une jeune fille, Clito (nom symbolique), qui engendre cinq couples d'enfants mâles jumeaux (les races), pas de filles, ce qui n'empêche que c'est de ces dix enfants mâles que sort toute la population de l'île. Ce sont déjà les idées que nous verrons deux siècles plus tard mettre dans la traduction de la Bible la Version des Septante, qui elle aussi fera commencer la génération par trois enfants mâles. Ceci nous révèle l'état d'esprit de ces hommes. Mais continuons l'exposé du gouvernement de l'Atlantide. Parmi ces dix fils, il y en a un qui s'appelle Atlas. C'est lui qui, dans le partage des terres, a le centre de l'île, et lui donne son nom, Atlantique. Le royaume était transmis à l'aîné de la famille, voilà le principe de l'hérédité monarchique. Jamais Prince n'a eu ni n'aura de richesses semblables à celles de ces rois. Puis suivent des descriptions de la somptuosité des palais des rois, et du temple de Neptune, recouvert d'or, dont les voûtes étaient d'ivoire ciselé et le pavé d'argent et d'orichalque. Là étaient des statues d'or ; celle du Dieu monté sur un char tiré par six chevaux ailés, entouré de cent Néréides assises sur des dauphins. A l'entour étaient placées les statues de tous les Rois qui avaient succédé à Atlas et à ses frères.
Les prêtres d'Egypte, soigneux de conserver les usages antiques, montrèrent également à Hérodote (autre mensonge) les statues de 341 Rois qui avaient régné sur eux.
Puis Platon nous dit que chacun des dix chefs régnait dans son district et dans ses villes, sur ses sujets et selon ses lois. Cette société d'empire, semblable au gouvernement des Amphictyons de la Grèce, était établie en conséquence d'un ordre précis de Neptune, exprimé dans une loi respectée et gravée sur une colonne qui était dans son temple (voilà déjà l'homme qui règne par droit divin).
C'est dans ce temple que des dix chefs s'assemblaient alternativement tous les cinq ou six ans, ayant les mêmes égards pour le nombre pair et impair.
Or, dans ces temps de symbolisme, les nombres pairs et impairs représentaient l'homme et la femme.
L'homme est double (pair), la femme est simple (impaire), c'est le Dieu un, et toute l'antiquité s'était agenouillée devant l'un, l'unique, l'indivis, jusqu'au jour où l'homme revendiqua pour lui la moitié des hommages.
Ce fut alors, pendant un temps, l'égalité des sexes, et c'est ce régime que Platon met chez les primitifs habitants de l'Atlantide !
Platon nous montre ensuite ces insulaires pratiquer dans un temple la religion des prêtres, immoler un taureau, remplir un vase de son sang, en verser une goutte sur chacun d'eux, et enfin réaliser toutes les folies de la Grèce en décadence.
L'antiquité parle de la merveilleuse république des Atlantes comme remontant à la même antiquité que l'Egypte. On a donné des chiffres : Bunsen dit 21.000 ans, Mme Blavatsky dit 31.105 ans. D'autre part, au rapport des prêtres égyptiens, il y a 12.000 ans que les habitants de l'Atlantide arrivèrent sur nos plages, envahissant l'Espagne, l'Italie, la Sicile.
Diodore de Sicile ajoute que ces peuples avaient inventé la sphère (ce qui veut dire qu'ils connaissaient toute la Terre représentée par l'Atlas), qu'ils avaient dominé le monde entier (force de l'Atlas), et qu'ils fondèrent des villes.
(1) Aigle, en langue teutonne, se rend par Adelaer, et Adèle veut dire Noblesse. Atlas est formé de Atel as ou Adel as, chef de Noblesse. Donc les Aigles représentent la Nation Atlante. Aëtos ou Aietos, en grec, signifie Aigle. C'est le nom donné au roi de Colchide, possesseur de la Toison d'or, frère de Circé, Déesse emblématique de la Communion religieuse des Atlantes (DE GRAVE, La République des Champs Elysées, t3).

RELATIONS DES EUROPÉENS ET DES AMÉRICAINS PRIMITIFS
On s'est demandé comment il se fait que les habitants du vieux monde ont pu communiquer avec ceux du monde nouveau dans la haute antiquité, ainsi, que l'attestent les anciens souvenirs qui sont les mêmes partout, puisque partout les mêmes idées, les mêmes traditions ont été retrouvées.
Nous pensons que cette communication a pu s'accomplir par terre, attendu que, à cette époque reculée, la mer Atlantique ne devait pas avoir une aussi grande étendue que dans les temps modernes, puisque l'eau augmente sur la terre. Il devait y avoir une terre qui reliait les deux mondes par le Nord.
Ce n'est que depuis l'envahissement de l'eau que les deux mondes sont séparés par une large mer. Il n'y a pas eu effondrement d'un continent, mais submersion de plusieurs îles.
L'Amérique s'appelait Antila (d'où est resté le mot Antilles). Une carte d'André Bianco se trouve à la Bibliothèque de Saint-Marc, à Venise, elle fut faite en 1436 et parle de l'Amérique sous le nom d'Antila.
Les deux frères Zeni, vénitiens, pénétrèrent en Amérique par le Nord-Ouest de l'Europe vers 1380, ils nommèrent le pays où est le banc de Terre-Neuve, Friesland.
Dans l'atlas d'André Bianco, Terre-Neuve est appelé Stoka-fixa (d'où l'on a fait Stockfisch).
Chez les peuples Ibériques, on savait par d'antiques traditions qu'il existait au delà de l'Océan un pays que certains nommaient Ile de la main, de ce que la divinité s'appelait Maïr, Moera ou Mana (Mère).
On fit une légende sur le mot main. On raconta qu'une main en sortait la nuit pour saisir ceux qui s'approchaient.
M. Cailleux nous fait remarquer (Origine celtique, p. 463) que Mair-Monan, le Dieu des mexicains, n'est autre chose que la Déesse Mère (Maïr, Moera), et il nous montre que par toute la Gaule on trouve des inscriptions rappelant la même Déesse, Deabus Moerabus.
Le vrai nom est donc Mair, exactement écrit comme dans Mair-Monan, ce qui établit une communication d'idées entre l'ancien Mexique et l'ancienne Gaule.
(Cette Déesse porte dans une main cinq pommes de pin et dans l'autre une couleuvre ondulante.)
Dans le Massachusetts (USA, Nouvelle-Angleterre), on voit des inscriptions phéniciennes gravées sur des roches (Malte-Brun, L. CXI).
En Amérique, le mot Hour (qui vient de Houri) signifie pro-stituée (premier-état), c'est-à-dire femme de l'ancien régime.
Le comte Maurice de Bregny, archéologue français, a découvert au Guatemala, dans le district de Peten, les vestiges d'une immense cité de l'époque des Mayas, c'est-à-dire de Maïr (Mères).

ORIGINE DU MOT CELTE (CELTAE)
On a souvent cherché à pénétrer le sens de ce mot ethnique.
Gluck le rapproche du latin celsus (keltos élevé). D'Arbois de Jubainville l'explique par celui qui prend du butin, « j'enlève », to-cheli (victoire) (Les premiers habitants de l'Europe, t. II, p. 396).
De tout cela on peut inférer qu'après un combat ce peuple a remporté une victoire. Mais ce n'est pas une victoire guerrière, car à cette époque reculée il n'y a pas encore de guerre, c'est une victoire morale, et ce genre de victoire est toujours le résultat d'une lutte entre les hommes et les femmes. Or le triomphe dans une lutte morale, c'est une élévation, cela indique donc une élévation collective de la race. C'est bien là ce qui a toujours distingué les Celtes des autres peuples.
Ils furent, dans cette antiquité reculée, les maîtres de l'univers, les héros, les sachant, c'est-à-dire les féministes connaissant et utilisant la science primitive sans la discuter.

LES RACES
Nous venons de voir, dans les pages précédentes, que, avant que le nom de Celtes fût connu des anciens, les peuples celtiques avaient été compris sous la dénomination générale de Boréens ou Hyperboréens.
Puis des noms divers de peuplades celtiques nous sont transmis par les auteurs anciens, en grand nombre, on en compte plus de 150, ce qui prouve que dans cette unité primitive on fit des divisions.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils forment des tribus éparses sur de vastes territoires sous une dénomination qui indiquait, non des peuples différents, mais des initiés à la même vérité, vivant de la même vie. L'unité de civilisation n'implique pas la parenté de race, ni l'identité de langue. Toutes les races de la terre ont été gynécocrates pendant la jeunesse de l'humanité, et des changements profonds peuvent s'accomplir dans la vie matérielle, dans l'industrie, sans cependant que des changements se produisent dans les croyances, et les institutions qui en sont la conséquence.
L'histoire classique divise les Celtes en deux rameaux.
Les Gaëls, et les Gallois, appelés aussi Kymris ou Belges.

LES CELTES GAËLS
Les Gaëls sont les peuples celtiques d'Irlande et d'Ecosse. Les Celtes d'Irlande sont les anciens Gâidel (ou Gôidel).
Les Celtes d'Ecosse sont les Calédoni (Kaledoni) ou Caledones (Kaldéens).

LES CELTES GALLOIS
Le second rameau celtique, ce sont les Gallois (Galls, Galli, Galates, Galatae).
Il comprend deux grandes divisions :
Les Kymris ou Belges, et les Gallois d'Armorique. Ce rameau diffère essentiellement du rameau gaélique d'Ecosse et d'Irlande.

LES KYMRIS OU BELGES
Les Kymris sont antérieurs aux Gallois d'Angleterre et à ceux d'Armorique. Des Belges, ayant occupé les côtes de la Grande-Bretagne, donnèrent leur nom au pays de Galles, et ce sont les Gallois de ce pays qui, plus tard, vinrent coloniser l'Armorique.
Le nom de Galls se dit Wal ou Wallon chez les Belges.
On a donné une origine des Wallons que voici (Dottin, p. 29) :
« Les Volcae sont partagés en deux branches : les Arecomici établis entre le Rhône et la Garonne ; les Tectosages dans la région de la Haute-Garonne. »
Le nom de Volcae est devenu chez les Allemands Walach, puis Walch, d'où est dérivé Welsch qui désigne les peuples de langue romane, italien et français; chez les Anglo-Saxons, Wealh, d'où le dérivé Welsh qui désigne les Gaulois.
Si cela était ainsi, les habitants de la Celtide galloise se seraient appelés Welsch, c'est-à-dire Belges, avant de s'appeler Gaulois.
C. Jullian pense que l'ancienne dénomination est Kelte et que Galate désignait primitivement les Belges (Hist. de la Gaule, t. I, p. 317). Pour César, les Belges, les Aquitains, les Celtes, diffèrent les uns des autres par la langue, les institutions, les lois.
Le type gallois ou wallon, c'est une âme spéciale dans la vivace petite nation belge.
La Belgique a fixé sa race dans un travail séculaire, dans une direction donnée qui fait le caractère d'un peuple. L'individu en est le type, il a créé et entretenu en lui l'Esprit libéral.
Les races qui habitent la Gaule au moment où l'histoire masculine commence, sont : les Ibères qui sont en Espagne, les Celtes ou Galls, les Belges ou Kymris. On fait venir les Celtes d'Asie pour rester fidèle à la tradition biblique qui les appelle les fils de Japhet. Mais c'est une erreur, ils sont autochtones.
D'autres les rattachent aux Aryas, qui seraient les habitants d'une terre appelée Arie. L'origine de ces peuples aryens fondateurs de la grande civilisation celtique est mal connue, elle a été dénaturée avec intention par les Grecs et les Latins.
Non seulement les Celtes ne viennent pas d'Asie, 1600 avant notre ère, comme on l'a dit, mais ce sont eux, au contraire, qui allèrent y porter la civilisation. D'après les mêmes historiens, les Kymris seraient venus en Europe dix siècles après les Celtes (600 avant notre ère).
Or ce nom de Kymris rappelle le nom des premières femmes régnant dans cette région, les Val-Kyries, qui donnèrent leur nom au pays.

LES LANGUES
Nous ignorons si une langue primitive a régné chez les peuples hyperboréens.
Au moment où on envisage l'histoire des Celtes, ils forment les deux grands rameaux dont nous venons de parler : les Gaëls (d'Ecosse et d'Irlande) et les Gallois (de Belgique et d'Armorique).
Les langues de ces peuples sont :
Le gallois ou kymraeg, appelé welsh par les Anglais, c'est la langue conservée dans le Wallon belge.
L'armoricain, bas-breton ou breyzard, conservé en Bretagne.
Le gaélique ou erse, parlé encore par les montagnards écossais.
Ils se donnent à eux-mêmes le nom de Gaëls, qu'ils écrivent, Gaedheal, et ils donnent à leur langue le nom de Gaelig.
L'irish ou irlandais ressemble tellement à la langue erse des Ecossais que ces deux peuples s'entendent quand ils se sont un peu familiarisés avec les différences de prononciation.
La langue erse est très propre à la poésie, ainsi que le prouvent les poèmes ou chants recueillis et imités par Macpherson sous le nom d'Ossian.
Le gallois ou kymraeg est de tous les idiomes celtiques celui qui a été le plus anciennement cultivé, son alphabet se compose de 16 caractères radicaux et de 27 caractères dérivés, faisant en tout 43 lettres. Chaque son de la langue est fixé d'une manière invariable. Le gallois est encore parlé dans le pays de Galles, où il fut porté par les Kymris, mais la race de ces bardes, jadis fameux, est complètement, éteinte (le nom des Kmers semble une altération de kymreag).
L'armoricain ou breyzard est encore parlé dans la partie la plus occidentale de la Bretagne ; une population de plus de 700 000 âmes parle cette langue (dans le Finistère, le Morbihan, les Côtes-du-Nord « d’Armor »). Elle est elle-même divisée en quatre dialectes :
1°- Le trécorien, ou breton-bretonnant, qui est le plus pur et le plus concis et qui est usité dans le diocèse de Tréguier.
2°- Le leonard, qui se fait remarquer par sa douceur et qui se parle dans l'ancien diocèse de Saint-Pol-de-Léon.
3° Le cornouaillier, qui est dur et aspiré et qui se parle aux environs de Quimper-Corentin.
4° Le vannetais, qu'on regarde comme le plus corrompu, et qui est en usage dans l'arrondissement, de Vannes, ancien pays des Vénètes (disciples de Vénus).
Le bas-breton est moins pur que le gallois sans doute parce que l'armoricain s'est corrompu plus tôt en devenant une langue populaire (1), tandis que le gallois est resté la langue des intellectuels, il a été conservé longtemps comme langue sacrée et, avec le temps, employé seulement par les initiés (2).
D'après Edwards, les langues celtiques ont laissé des traces profondes dans le français.
Pictet a écrit, en 1837, « de l'affinité des langues celtiques avec le sanscrit ». Ces affinités doivent, être nombreuses, et plus encore avec le zend, la langue de l'Avesta. La suite de cette histoire en donnera la raison.
Les Basques ont aussi, un dialecte d'origine celtique.
Non seulement, les langues d'Asie avaient été formées aux dépens d'idiomes celtiques, mais aussi le grec. « Tacite rapporte l’opinion d'après laquelle il y avait sur les confins de la Rhétie et de la Germanie des monuments et des tumuli portant des inscriptions en caractères grecs. » « Les plus anciennes monnaies gauloises portent des caractères grecs. » (Dottin," Antiq. celt., p.. 96.).
(1) Le breton armorique Volcke fait Vulgus d'où vulgaire.
(2) C’est comme, langue d'initiés que nous retrouvons des mots de l’idiome kymrique dans les termes restés dans toutes les liturgies, comme Kyrie eleison, Kyrielle (litanie), longue suite de peuples qui ne finissent pas.

COLONISATION
Si nous suivons l'évolution sociale des Celtes, ou Keltes, nous voyons que, partis des bords de la Meuse, ils se répandent dans toute l'Europe et dans l'Asie.
Wallen ou gallen (wallon) veut dire voyageur. « Les Atlantes, dit de Grave, passant pour être les inventeurs de la géographie, mous devons nous attendre à la voir rédigée en idiome du Bas-Rhin, la langue de la Belgique. »
Les Celtes vainqueurs des peuples noirs, en même temps que de la noirceur des méchants, se répandirent sur toute la terre pour y porter la Vérité qui était leur grande force morale, et, pendant plusieurs siècles, ils portèrent leur civilisation partout, instruisant tous les peuples de l'Europe.
Les Celtes qui occupaient le nord de la France, de la Belgique et de la Hollande, franchirent d'abord la Manche et allèrent peupler l'Angleterre ; ils allèrent ensuite chez les Ibères et occupèrent l'Espagne où, mêlés aux indigènes, ils formèrent les Celtibères.
Les Serbes (Serves) sont aussi les descendants des anciens peuples de la Meuse. Leurs légendes racontent que, partis de régions lointaines, ils eurent pour guide une souris (Maus, pour Mosa, Meuse), qui coupait les montagnes, pontait les rivières et les établit finalement dans le pays devenu la Serbie.
Maus signifie souris en celtique, en latin et en grec (voir les poésies de Mme Elise Vogart).
Ce sont les Celtes d'Ecosse qui allèrent en Asie et donnèrent leur nom au peuple primitif qui habita la Kaldée, les Ak-Kad : (Ak signifie chef et Kad montagne). C'étaient les anciens montagnards écossais (Caledoni), qui étaient allés porter leur science et leur civilisation en Orient. Les Ak-Kad sont les pré-Kaldéens.
La ville d'Ask-Kaldan, appelée aujourd'hui Ascalon, célèbre par la naissance de Sémiramis, peut signifier peuple celte (kelte) aussi bien que peuple kaldéen. Les Hindous considèrent encore aujourd'hui la ville d'Ascalon comme sacrée.
Les Accadiens et les Sumirs, déduits de la traduction des tablettes, n'existent pas, disent les savants modernes, et ils ajoutent : « l'antiquité ne les a jamais mentionnés ».
C'est une erreur. Les Ak-Kad, devenus les Kétas, ont été souvent mentionnés, mais toujours avec l'intention de les rendre odieux parce que c'étaient des féministes ; on a fait disparaître leur nom aussi souvent qu'on a pu.
Révilloud dit : « Les documents sont très rares concernant les Kétas ou Kétéens, qui avaient l'hégémonie asiatique que possédèrent plus tard successivement les Assyriens, les Babyloniens et les Perses. Ce que je tiens surtout à mettre en lumière, c'est ce fait que, plus on remonte dans les origines de la civilisation chaldéenne, plus on voit la situation de la femme être considérable. Il en est de même dans l'Egypte archaïque. »
Donc, c'est le mot Kad qui devint Kéta. Le peuple ainsi nommé est celui qui fut persécuté en Egypte et que les hommes avilissaient en les appelant « vils Kétas ». Ils s'exilèrent et vinrent en Phénicie. Les Phéniciens s'appelaient alors Kennanis, nom qui semble être une altération ou un dérivé du mot Kymris, et ce sont certainement les Belges-Kymris qui ont donné leur nom à cette peuplade d'Asie, cinq siècles avant le schisme d'Irshou, époque à laquelle on fait remonter les Kennanis.
Le chef des Kétas est appelé Kétasar ou Kétasou. Ils sont décrits par les masculinistes comme des tribus sémitiques de l'est de l'Egypte, qui se livraient au brigandage. On les trouve habitant des îles ; leur ville est surnommée Isah (Jérémie, L. I, 41) et le peuple est appelé Ionah (ce sont les Ioniens).
Quand Tyr est prise par les Kaldéens, sa flotte fait voile vers les Kétim (Isaïe, xxm, 12) ; Hébron devient la capitale des Kétas, qui sont quelquefois appelés Rhétas. « Dans le traité d'alliance et de commerce qui fut conclu entre les deux nations des Kétas et d'Egypte, on remarque le rôle très important joué par la Reine des Kétas qui, de son propre chef, était Reine de Kidjautan. » (C. Renooz, Le monde ancien, p.37).
Donc, les Ak-Kad et les Choumirs, c'est-à-dire les Kmers, seraient de la race celtique.
Les Kaldéens, en relation avec les émigrés de l'Inde (les Israélites), leur communiquèrent la science des Celtes, en même temps que leur langue. Ils en font un dialecte qui est le fond de l'hébreu. Quand ils s'en vont en Egypte, ils y portent cette langue qui se mêle à l'ancien égyptien.
Eburonis a fait hebrus ; hebrus a fait hébreu ; ce serait donc l'hébreu qui ressemblerait le plus au celte. La Tour d'Auvergne a donné une liste de mots hébreux pris dans la langue celtique. Ce même auteur dit: « Les Celtes, peuple valeureux qui étendit la gloire de son nom jusqu'aux parties les plus reculées de l'Europe et de l'Asie et qui étonna l'univers » (Origines gauloises).
Les Assyriens et les Chaldéens, au moment où l'histoire nous les montre comme de grands peuples, avaient déjà une histoire ancienne, ils avaient hérité d'une civilisation acquise avant eux et qui leur avait été léguée par les Accadiens qui les avaient précédés. C'était une race gynécocrate qui avait fondé de sages institutions en même temps qu'elle avait fait des découvertes importantes. Les Accadiens parlaient une langue antérieure à l'Assyrien et avaient créé l'écriture cunéiforme. Un certain nombre d'ouvrages découverts dans la bibliothèque d'Assourbanipal étaient écrits dans cette langue et avaient été traduits en assyrien ; tantôt l'original et la traduction ont été trouvés ensemble, tantôt l'original est resté seul. Ceci est de la plus haute importance, car il est bien certain que c'est dans le passage de ce monde primitif au régime postérieur que se firent les altérations des légendes et des mythes accadiens. Le fond de la religion des Babyloniens et des Assyriens est tout entier pris aux Accads : leurs Déesses, leur culte, leurs connaissances astronomiques, leur mathématique et leur chronologie (leur système chronologique repose sur le nombre 60 pris pour unité), leur architecture, leurs travaux hydrauliques, le creusage des canaux, etc. Enfin, ce qui prouve que c'était surtout une race intellectuelle, c'est qu'ils ont laissé une riche littérature. Aussi ils sont restés longtemps considérés comme le phare qui éclaire et guide le monde, et leur langue est restée la langue de la religion et du savoir.
Les Déesses Wallonnes, appelées Val-Kyries, laissent la trace de leur passage en Asie ; de leur nom Kyrie, on fait le Çri sanscrit qui est un titre de suprématie ; et de Wall on fait Wali qui signifie roi en sanscrit (validus en latin). Leur nom Valia (Gaule de l'est) indiquait la force, la puissance, la valeur.
D'autre part, on trouve des mots sanscrits dans l'ancienne Celtide ; ainsi, de même que la Meuse signifie Muse, la Dive (de Dêvâ) est une rivière qui se jette dans la Manche près de la petite ville de Dives (Calvados).
Les grandes traditions indo-européennes datent de cette époque.
Des faits importants, dont le souvenir a été conservé, nous montrent le grand rôle des femmes celtes : une princesse nommée Nanca, qui partit du 62e degré de latitude, arriva en Chine et y fonda la ville de Nankin (Cailleux, Origine celtique).
D'après une tradition recueillie par un compilateur grec anonyme, c'était une femme nommée Onomaris qui avait guidé les Galates lorsqu'ils franchirent l'Istros, et qui était devenue leur reine dans le pays qu'ils conquirent (voir Revue des Etudes anciennes, t. VIII, p. 123, cité par Dottin, Ant. Celt., p. 182).
Cependant, les auteurs modernes admettent difficilement cette origine de la civilisation.

Les quelques informations d'ordre général qui vont suivre, vont nous préparer à aborder un long résumé chronologique de la période romaine, à l'issue de laquelle nous rétablirons une connexion avec la Celtide et plus particulièrement avec la Gaule, l'ancien nom de notre Belle et Éternelle France.

ZEUS
Zeus, qui représente la puissance vitale, qui est appelée Zoon ou Zoé, va être tantôt « une vierge immortelle », tantôt un Jupiter.
Le mot Zeus vient du sanscrit : c'est une transformation du mot Dêvâ, qui devint Diva, de là Dyaus, Zevos, et Zeus (le V et l'U se confondent). En grec, on disait Zeus Kronidès, c'est-à-dire éternel. Le mot éternel, ou immortel, accompagne toujours le nom de la Déesse. La fable que l'on bâtira autour de ce nom sera un symbole cachant la loi des sexes.
Voici ce qu'elle dit :
« Zeus est né de Kronos, le temps, le Principe éternel.
« Kronos dévore ses enfants, mais Zeus lui échappe ».
Mettons des sexes là où on les a supprimés et disons : « Le Principe de vie dévore ses fils, mais ses filles lui échappent. »
La fable ajoute que Zeus, la vie, a été élevée en secret par sa mère. C'est le secret de la vitalité féminine.
La destinée des hommes dépendait de la volonté de Zeus.
C'est Elle qui gouverne le monde ; elle a pour l'aider trois Parques : Klotho, Lakhésis et Atropos, qui tissent la trame du destin des hommes.
Mais Zeus, la Déesse, fut chassée du Ciel, c'est-à-dire de son empire, par l'homme sexuel représenté par Kronos ; car l'homme dans sa sexualité est toujours personnifié par l'essence de la vie qu'il donne, par le Soleil qui la représente dans le Ciel.
Kronos, alors, devient l'origine du mal. C'est ainsi que le représentent les Hindous dans Krôn, le couronné (la couronne, ce sont les cornes du Bélier de Ram : les disciples de Ram étaient appelés Ramsès en Egypte).
Donc Kronos, l'homme sexuel devenu méchant, chasse Zeus du Ciel, qui a été jusque-là son partage. Il en résulte une guerre soutenue par cette Divinité contre les géants nés de la Terre et qui voulaient escalader le Ciel et l'en déposséder. Mais elle triompha d'eux. Ces géants avaient des formes de reptiles.
On place en Crète le tombeau de Zeus, le Dieu vivant. Quand on masculinisa Zeus, on en fit le Dieu suprême de l'Olympe et on le représenta assis, le torse nu, tenant un sceptre d'une main, lançant la foudre de l'autre. Un aigle, emblème mâle, fut placé à ses pieds. Puis on lui donna une femme : Métis.
A côté de la défaite de Zeus, nous pouvons placer celle de Déméter qui traverse une époque de deuil, devient malheureuse par suite de la révolte de ses enfants, personnifiés par les Corybantes qui se livrent à des danses frénétiques au son d'une musique furieuse et discordante.
Déméter avait été la grande Déesse d'Eleusis pendant que Héra régnait à Argos. Cette déesse eut aussi à soutenir les assaults de ses ennemis. Héra est richement parée et couverte d'un voile, comme la Déesse Sais d'Egypte (dont on fait Thaïs) ; le paon lui était consacré ; Elle a pour messagères Iris et les Heures.
Quand la révolution religieuse prétendit renverser les rôles et donner à des hommes sans intelligence les facultés divines, il y eut des censeurs pour les railler, car alors naquit une locution appelée à devenir populaire : on disait de ceux qui imitaient la Déesse qu'ils voulaient se parer des plumes du paon.

LA DÉESSE THAOTH (Thot)
Nous avons vu que la Déesse Céridven était là Mère des sciences et que c'est à elle qu'on faisait remonter l'invention des lettres.
Cependant, les Égyptiens attribuaient à la Déesse Taoth l'origine de toutes les connaissances humaines, géométrie, astronomie, astrologie, arithmétique, théologie, invention des lettres, nature et harmonie des mots, rituel du culte divin.
« Les prêtres assuraient, dit Diodore de Sicile, que Taoth avait inventé les sciences, les arts et les lois. »
Est-ce donc la même Déesse qui porta un nom différent chez les Celtes et chez les Egyptiens ? Où bien l'une était-elle la Mère de l'autre, puisque l'on nous dit que Céridven est la mère de la Déesse aux sept Etoiles ? Nous l'ignorons. Mais ce que nous savons, c'est que la Déesse égyptienne eut un grand rôle dans l'Europe celtique.
Son nom, déjà altéré en Phénicie où l'on disait Taout, va, dans les langues du Nord, s'altérer encore ; on y ajoutera les deux lettres « at » et l'on dira That-at ou Theut-at, et ainsi, peu à peu, ce nom va devenir Tath, Teutad, Teutatès.
Pour la race germanique, l'être divin est Teutatès. Il représente l'Esprit, les Arts, l'Intelligence. De Teut-Sohn (fils de Taoth) on a fait teuton. « Les Allemands appellent encore leur pays Deuth-land (terre divine), terre de Taoth », dit Fabre d'Olivet (Etat soc., p. 157).
Du mot Teut-AEsk qui signifie « le peuple de Taoth », on a fait Tudesque. C'est sous les traits d'une belle jeune fille blonde que cette « Terre divine » est représentée.
Le principe du mal, c'est Teufel, de Tiefe, « l'abîme ». C'est la pierre brute qu'il faut travailler, c'est-à-dire discipliner, ce qui nous explique que la Germanie a fait de son nom Teuth le synonyme de discipline. On disait Teuth-land, qui voulait dire pays discipliné. On donnait à tous les livres scientifiques le nom de Thoth.
Jablonski, dans son Panthéon égyptien, remarque que les vastes connaissances qu'on attribuait à Thoth étaient inscrites ou gravées sur des colonnes de pierre nommées stèles (en grec stylai), et qu'on donnait à ces stèles le nom de « Livres de Taoth ». Ces livres contenaient l'histoire de la civilisation de l'Egypte.
Les Égyptiens ont donné au premier mois de leur année et au premier jour de ce mois le nom de Taoth. Chose curieuse, parmi les Grecs, le premier qui a parlé de cette Déesse, c'est Platon, et il en fait un dieu qu'il nomme Theuth, ainsi qu'on le prononçait chez les Germains.

RÉACTION DE LA FORCE CONTRE L'ESPRIT
Chaque manifestation féminine est toujours suivie d'une manifestation masculine.
Les femmes viennent d'instituer le culte de l'Esprit, les hommes vont instituer le culte de la Force.
Le nom donné à la Déesse, HERA, en qui on faisait résider la noblesse et la souveraineté, va être mis au masculin, HER. Ce mot fera Her-man (frère, chef) ou Gher-man (cousin) et signifiera un souverain, un maître.
En suédois, il signifie une armée, parce qu'une armée est composée d'hommes. Heria, c'est la dévastation, Herbod, la déclaration de guerre, Herbunal, les armes et l'appareil militaire.
Her-ôll est le chef des Her-man, l'homme fort. Ses ennemis le surnommaient Ogmi, qui signifie « la puissance » (mauvaise) ou la grande armée (des hommes). Ce mot est composé de Hug-mûch. Le premier terme, hug ou huge, signifie grand ; conservé en anglais il signifie très vaste ; il a servi de racine au mot augere, comme au français augmenter.
Le second, mûch, conservé en allemand, y a pris, par la suite, une signification analogue à celle du mot may, d'où Mayer, un puissant, un maître. « Le mot mayer, dit Fabre d'Olivet, vient de mah ou moh, force motrice. On dit encore en anglais may, en allemand mühe. Nous avons changé le mot mayer en celui de Maire ».
Ce nom Her-ôll, en se chargeant de l'inflexion gutturale dans celui de Hercôll, ou Hercule, est devenu célèbre dans le monde entier. On appelait Irminsul, ou plutôt Herman-Sayl, le symbole de ce dieu représenté par une lance.
Si nous nous rappelons que ces hommes guerriers étaient en opposition avec le monde gynécocratique où régnait l'Esprit féminin, nous comprendrons pourquoi on leur donna un nom qui indique la grossièreté et l'infériorité : Her-cul (1). Et ce mot voulait dire un chef de soldats.
D'après Cailleux, Saldures, en celtique, représente l'élite des guerriers. Du mot celtique Soldure, en gallois Sawldwr, s'est formé, par analogie, l'anglais soldier, le belge soldaer, le français souldait (soudard) et soldat. (Les hommes de guerre que l'on salarie.)
On écrit Hercule ou Herkul.
Le premier travail de ce dieu, c'est sa victoire sur le lion de Némée. Cet animal (sphinx), selon Diodore, était d'une grandeur énorme et ne pouvait être blessé ni par le feu, ni par l'airain, ni par les pierres : c'est la force spirituelle de la Déesse.
Et admirons l'ignorance des Grecs ! Ils donnent à Herkul deux fils, l'un nommé Celte et l'autre Galate !...
Quand le mot Her-kul descendit des Hyperboréens chez les Grecs, où l'on défigurait tout, on donna à l'homme fort, Her-cul, le nom de Hera-clès, et on justifia ce changement en disant que cléos signifie gloire.
On confondit Hercule avec Hera-clite (celle en qui résidait la gloire de l'Esprit), et on changea la signification des mots ; on prétendit que Hera-clède signifie « un homme armé en guerre ».
Et c'est ainsi que les étymologistes qui voudront, plus tard, tout expliquer à la plus grande gloire de leur sexe, diront que Héraclès vient de Heer (héros) et cléos (gloire). Aussi c'est le nom que se donnaient les grands orgueilleux révoltés, il signifiait pour eux « les mâles, les forts, les illustres ». Ils le faisaient dériver du mot held, « un héros ».
Herkul va s'appeler Hérold chez les Celtes, d'où on fera Roll, Raoul, Rolland, nom qui, décomposé, Roll-and, signifie « l'homme fort dominant sur une étendue de terre ».
(1) On dit qu'Her-cul avait parcouru les mers assis dans un pot, in scypho (De Grave)

DIONYSOS FONDATEUR DE LA PATERNITÉ
Dionysos, représentant le Père par le soleil fécondateur et la Mère par la terre fécondée, devait naturellement donner au Père la première place. Mais cette façon d'envisager les choses ne considère que la vie sexuelle, non la vie spirituelle.
L'homme est le sexe premier ; la femme le sexe second. Donc le Père a la suprématie, cela est évident, dans la vie sexuelle.
Mais quand on considère la vie spirituelle, quand on regarde l'humanité par le pôle cérébral, c'est-à-dire élevant la vue de bas en haut, les choses sont renversées ; la femme est le soleil et l'homme son reflet.
Toutes les religions primitives avaient ainsi envisagé l'humanité parce qu'elles émanaient de la femme qui regarde de bas en haut. Il était donné à l'homme avancé dans sa sexualité, et dont Dionysos est le type, de créer une religion qui, regardant l'humanité de haut en bas, renverserait les principes primitifs, mettrait l'homme le premier et prendrait pour emblème de sa supériorité le phallus.
Bachofen, envisageant cette question, dit : « Le passage de la suprématie maternelle au pouvoir paternel forme le pôle le plus important dans l'histoire de la guerre des sexes. Il y a dans le passage au système de paternité une opposition absolue de l'ancien point de vue. Si l'union de la Mère avec l'enfant repose sur la connexité matérielle physique, si elle est reconnaissable et toujours vérité, la paternité procréatrice montre un caractère entièrement opposé ; aucun rapport sensible ne l'unissant à l'enfant, elle ne peut, même dans le mariage, se défaire du caractère d'une pure fiction ; ne participant à la procréation que par l'intermédiaire de la Mère, elle n'apparaît que comme un potentiel éloigné. En même temps, elle représente dans sa nature, comme cause révélatrice, un caractère immatériel, tandis que la Mère, créatrice et nourrice, s'affirme comme « matière », comme réceptacle de la semence et comme nourrice.
« Le règne de la paternité marque un empiétement de l'existence humaine sur les lois naturelles. »

LES INCONSÉQUENCES DES CULTES NOUVEAUX
Le but de l'homme, en créant le culte masculin, avait été de faire prédominer la vie sexuelle de l'homme et de supprimer celle de la femme, c'est-à-dire de renverser l'idée contenue dans les religions primitives qui sanctifiaient le sexe féminin et donnait un frein au sexe masculin.
Mais comment l'homme qui, pour la satisfaction de ses besoins sexuels, cherche la complicité de la femme, pouvait-il arriver, comme il le désirait, à éteindre toute la sensualité féminine et à la contraindre à une chasteté absolue, en même temps qu'il lui demandait son concours pour ses satisfactions personnelles ? C'est cette aberration, qui devait se perpétuer dans toutes les religions anthropomorphiques, que nous voyons apparaître avec le culte de Dionysos, et voici ce que Bachofen dit du résultat obtenu :
« Si Dionysos oppose à l'amazonisme le mariage et la maternité comme loi suprême de sa religion, ce principe portait en soi un nouveau danger de décadence.
« Si l'idée primitive du culte bacchique fut de régler la vie sexuelle et de fonder l'institution du mariage et de la maternité, la mise à nu du phallus (exhibé cyniquement) devait favoriser un développement de la vie sexuelle dont l'excès paraissait être le but de la religion même. A la place de la suppression des instincts de la nature féminine, un déchaînement complet arriva, et fut favorisé par la loi bacchique qui exigeait de la femme un abandon complet à la virilité inépuisable du jeune dieu.
« La vie de la femme fut dirigée vers un naturalisme sensuel qui revêtit la forme d'un mérite religieux. L'ivresse sexuelle était excitée par Dionysos, qui exigeait de la femme un abandon complet et en faisait la condition de son salut. La stimula devient le type caractéristique de la femme dionysienne (la Bacchanale).
Comme stimula, la femme bacchique est une Aphrodite tentatrice, coquette, qui enchaîne l'homme à elle, une Pandora qui fait prévoir par les immortelles le sort réservé à l'humanité, une Triade dont l'amour pour Dionysos, agrémenté de pantomime, fait tomber les maris dans les bras de leur femme, les maris toujours prêts à augmenter leur fécondité et à observer les lois du dieu phallique.
« Tous les efforts de la femme doivent être dirigés dans le but de donner à l'existence le plus grand charme, elles doivent augmenter leur beauté naturelle par toute l'ingéniosité de l'art (c'est le commencement de la coquetterie, des fards, des teintures, etc.). Cette première conséquence est le signe du règne de l'homme, c'est en même temps l'avènement de l'art et des Beaux-Arts.
« Par ces charmes, Hélène doit enflammer, éveiller, même dans le vieillard, le désir, et se préparer à recevoir le jeune dieu.
« Dionysos a fondé son règne sur la femme, mais, au lieu de la sanction religieuse qui élève la matrone au centre du mystère, c'est le raffinement de son charme sexuel qui lui est laissé, et qui lui fournit les armes avec lesquelles elle reprend le royaume de son dieu. Une nouvelle gynécocratie s'élève. Le même dieu qui détrônait la femme de sa hauteur amazonique et la détrônait de son ancien pouvoir, lui rendit toute sa puissance, par la direction religieuse dont il la revêtit et, plus tard, par le développement sexuel érotique auquel son culte la conduisit.
« Les mêmes faits se produisirent chez tous les peuples de l'antiquité qui furent voués au culte bacchique. Une religion qui fait de la vocation (?) sexuelle de la femme la base de son salut, était capable d'enthousiasmer l'humanité et de la conduire à la création des chef-d’œuvres de l'art, en prose et en plastique.
C'est par elle qu'on arriva à la réalisation du plus sublime idéal de la beauté. Mais éviter la corruption et la débauche morale d'un tel régime fut impossible.
« Dans une pareille aberration, c'est l'homme qui tombe le plus bas, c'est lui qui fut la principale victime de la religion bacchique. Chaque civilisation érotique sexuelle conduira au même résultat de relever la femme au-dessus de l'homme, de faire de celui-ci un instrument de jouissance, de doter celle-là de tous les charmes et d'une existence raffinée.
« La femme se détourne avec mépris de l'homme qu'elle voit dans une telle dégénérescence. La faiblesse morale du sexe mâle accroît toujours la force du pouvoir du sexe féminin. La prédominance spirituelle et corporelle est du côté de la femme.
Au point de vue de la sexualité, la femme surpasse l'homme que l'aiguillon du désir anime beaucoup plus et qui ressent la jouissance sexuelle dix fois plus.
« Dionysos, qui a renversé la femme et l'a assujettie à sa masculinité, est le fondateur d'une nouvelle gynécocratie sexuelle érotique, et son culte est devenu le commencement et l'origine de l'abaissement de l'homme. »
Il est certain que le régime féminin primitif avait été la source de toutes les vertus qui élèvent l'homme, que le régime masculin fut la source de tous les vices qui l'abaissent.
Si la première forme religieuse faisait régner l'ordre, la seconde fit régner le désordre.
L'influence dissolvante de la religion de Dionysos amena la dégradation des hommes, les rendit méprisables en les vouant à toutes les bassesses. Leur infériorité morale créa « le mépris de la Femme », car les mentalités perverses font toujours de la femme l'image de l'homme, et ce fait est le plus sûr diagnostic de la folie.
Les peuples qui surent se soustraire à cet entraînement, tels les Lyciens et les Eliens, gardèrent purs les principes démétriens.

LA GRÈCE C’EST L’HOMME - ELLE INSTAURE LE MASCULINISME
« L'hellénisme est uni étroitement à l'histoire de la paternité. L'hellénisme veut obtenir tout par ses propres efforts ; dans la lutte, il reconnaît sa victoire paternelle ; combattant, il s'élève au-dessus du matriarcat auquel il appartenait auparavant ; combattant, il arriva à sa propre divinité. La source de l'immortalité n'est plus pour lui dans la Femme génératrice, mais dans le principe qui engendre, il se revêt de la gloire de la Divinité que l'ancien monde n'accordait qu'à la Femme.
« L'héllénisme se pose comme l'ennemi de ce monde gynécocrate. Avec l'autorité maternelle tombent aussi ses conséquences. L'évolution de la Paternité nous montre des côtés tout autres de la nature humaine ; un tout autre monde d'idées en résulte.
« Hérodote reconnaît dans la civilisation égyptienne l'antithèse de la civilisation grecque et surtout attique. A côté de celle-ci, l'autre lui apparaît comme un monde renversé. Si Hérodote avait comparé les deux grandes époques historiques de l'évolution grecque, leur contraste l'aurait conduit aux mêmes expressions d'étonnement et de surprise. » (Bachofen.)

LE CULTE D’APOLLON
Apollon, l'homme jeune et lumineux, le poète, vint à lui seul remplacer toutes les Muses.
On l'appelle Phoïbos (rayonnement solaire).
On le fait naître de Léto (la nuit-femme) dans l'île aride de Délos, comme on fait naître Dionysos dans une bourgade de la Béotie.
Ses attributs sont l'arc et la cythare.
Dans le culte qu'on lui rend, nous voyons les anciennes couleurs symboliques interverties. Le rouge qui, d'abord, a représenté l'élément générateur féminin, devient l'emblème de la force fécondatrice masculine. C'est l'homme qui va représenter le phénomène mensuel de l'autre sexe, et la pourpre sacerdotale, qui en était l'emblème, va recouvrir les Prêtres et les Rois, parce qu'elle a recouvert les Prêtresses et les Reines.
Par contre, la couleur blanche, qui jusque-là avait symbolisé l'élément mâle, est maintenant dévolue aux femmes.
La veille de la fête du Dieu Apollon, vêtues de blanc, elles vont dans son temple jurer de se soumettre à la fidélité conjugale.
L'usage des bijoux en or et des fards leur est interdit. C'est le commencement du système d'enlaidissement que la jalousie de l'homme impose à la femme. La beauté est maintenant symbolisée par le Dieu adolescent. C'est à lui qu'on donne la beauté féminine.
Ce système devait progresser et prendre un développement considérable dans les religions modernes.
Les couronnes, les guirlandes dont on parait la Déesse sont remplacées par le laurier donné au Dieu.
Tandis qu'on ne pouvait approcher du sanctuaire dionysien qu'en vêtement de femme, à Delphes aucune femme n'avait la permission d'entrer dans le sanctuaire d'Apollon. C'est la contrepartie de ce qui avait lieu dans le temple de la Déesse où l'homme n'entrait pas, où son nom même ne devait pas être prononcé, dans les mystères féminins, comme à Eleusis entre autres, où la fille seule est initiée, le fils ne peut l'être, ou comme à Samothrace, où la force procréatrice mâle ne peut être mentionnée.
Maintenant, dans les mystères apolloniens, le mâle apparaît comme le centre de tout.
Les Prêtres d'Apollon étaient tenus d'observer une rigoureuse chasteté pendant leur temps d'office.
La succession par la ligne maternelle est considérée par les Apolloniens comme une erreur qu'il faut rejeter. C'est la succession par la ligne paternelle qui va la remplacer et qu'on va considérer comme un progrès.
Une idée nouvelle est introduite dans le monde, celle de la création universelle, cherchant par-là à supprimer le rôle de la Mère dans la génération. Toute la période apollonienne a défendu cette folie, que l'on résume ainsi :
Au-dessus du Père mortel est Apollon, la source de la paternité.
Si l'homme engendrant personnellement se croit père, c'est une erreur qui le trompe, car le vrai Père, c'est Apollon qui donne à l'enfant un Père mortel.
On impose à la Mère la croyance que c'est le Dieu même qui l'a fécondée, afin de lui faire considérer comme un honneur une fécondation qu'on lui fait accepter comme un devoir religieux, ce qu'elle n'admettrait pas si elle venait d'un homme mortel.
On enseigne au fils qu'il peut se consoler d'être né du sein maternel d'une mortelle (depuis que l'homme est immortel, c'est la femme qui est devenue mortelle) en considération qu'il doit ses jours à un Dieu immortel, à Apollon lui-même. Le rôle de sa mère est effacé, elle n'a fait que le mettre au monde et le soigner. (On a vu dans ceci une transition entre le culte bacchique et le Catholicisme ; et, en effet, l’Apollonisme prépare les religions modernes.)
Chaque enfant est considéré comme un effet de la force spirituelle du Dieu solaire.
Dans le culte d'Apollon, le fils est supérieur à sa procréatrice « et son éclat se répand victorieusement sur les ténèbres nocturnes de la femme ».
Cependant Apollon, veut bien reconnaître qu'il vient de la femme, et c'est pour cela qu'il porte encore en lui le caractère nocturne comme Hemera (l'ancienne Déesse de la lumière). Le sceptre passe de la main de la Mère dans celle du fils, mais dans la Mère repose la dignité suprême.
On voit dans ces singulières idées les contradictions de l'esprit de l'homme qui veut se déclarer le premier et cependant est ramené, comme malgré lui, à la vérité et aux lois de la nature.
Les lois de la procréation avaient fait l'objet de grandes discussions, et étaient représentées dans les différentes formes religieuses avec un caractère exclusif donnant la suprématie à la Mère d'abord, au Père ensuite.
Dionysos était né de Sémélé, fille de Kadmus. Ensuite, un Dieu s'approche d'elle au milieu de la foudre et des éclairs, il est alors accueilli dans la hanche paternelle procréatrice, qui sert à l'homme de matrice, après cela il est mis au monde une seconde fois. D'abord fils d'une Mère, il devient ensuite fils d'un Père (1).
Voilà les idées bizarres que fait naître cet instinct d'imitation de l'homme qui veut absolument pour son sexe les conditions de l'autre sexe.
D'abord, Dionysos et Héphaïstos étaient nés d'une Mère sans Père. C'est pour imiter ce phénomène qu'on fait naître Minerve d'un Père sans Mère.
Dans le culte apollonien, on considère la Vierge sans Mère comme le symbole de la paternité la plus pure, parce que cela indique que l'homme a renoncé à l'union avec la terrestre Déméter ; il a procréé sans accouplement, il ne s'est pas abandonné à la fécondation matérielle qui fait succomber l'homme sous les charmes de la Femme. Si Minerve est née sans Mère, c'est parce qu'elle veut élever sa ville d'Athènes à la plus grande supériorité spirituelle. Aussi cette ville est surtout attachée au culte apollonien ; c'est là que tous les vainqueurs des femmes trouvent le meilleur accueil, la retraite la plus sûre. C'est là qu'Oreste se réfugie ; ainsi qu'Œdipe, Thésée, Héraclès, tous ceux qui luttèrent contre la gynécocratie. C'est là, à Athènes, que triomphe le droit paternel. Là, on punit celui qui médit non seulement de son propre père après sa mort, mais aussi du père d'un autre Athénien.
C'est un curieux hommage rendu à la Divinité paternelle par un peuple dont les ancêtres Pélasges avaient appartenu au culte des Déesses et au régime du matriarcat, par un peuple qui, jusqu'à la fin, laissa aux Matrones la législation et ne cessa jamais de célébrer les mystères de Déméter. Aussi il ne faut accepter les faits racontés par les historiens que sous toutes réserves ; ils sont plus souvent destinés à justifier le nouveau régime qu'à enregistrer des événements réellement survenus.
Les savants, qui considèrent Apollon comme antérieur à Dionysos, ont cherché comment le Dieu bacchique avait pu supplanter le Dieu solaire.
Si l'introduction d'Apollon dans le Panthéon grec fut antérieure à cette époque, son rôle fut d'abord effacé ; c'est pour réagir contre les orgies dionysiaques que l'on voulut opposer à l'homme-sexe l'homme-esprit. C'est après le 6ème siècle qu'il grandit dans l'Olympe, et si nous trouvons le nom d'Apollon mêlé à des écrits antérieurs, cela provient de l'habitude qu'avaient les anciens historiens de reporter à une date éloignée les faits nouveaux qu'ils voulaient faire accepter. Eschyle, parlant des Dieux d'Homère, les appelle « des jeunes Dieux », des « Dieux nouveaux ».
Mais c'est du temps d'Eschyle qu'ils sont nouveaux, non du temps d'Homère qui ne les a pas connus. Ils ne semblent nouveaux dans Homère que parce qu'ils y sont introduits par les réviseurs du texte.
Du reste, c'est une évolution psychologique naturelle, et qui s'est produite partout, qui fait entrer l'homme dans la lutte par le sexe d'abord, l'instinct est tout-puissant, par l'esprit ensuite, pour se justifier en imitant la spiritualité féminine, mais alors, comme il sort de sa nature, il divague, le Dieu n'est jamais que la caricature de la Déesse.
Les historiens nous montrent Apollon et Dionysos comme deux rivaux.
Bachofen, que je suis, continue ainsi : « Au-dessus de l'ivresse bacchique dans laquelle la force du mâle triomphe, plane la pure Divinité d'Apollon qui n'est jamais en proie au vertige des sens.
Apollon faisant vibrer la lyre aux sept cordes, que n'écoutent que les pures, c'est à lui qu'est voué le collier d'Aphrodite. En lui l'humanité a abdiqué toute matérialité phallique, elle a atteint le degré supérieur de son évolution. »
Il est bien évident que ce sont les caractères de la spiritualité féminine qui lui sont donnés, mais alors pourquoi en faire le fécondateur universel ?
Et Bachofen poursuivant :
« Comme le soleil dans sa force, la paternité dionysienne cherche éternellement la matière, désireuse d'être fécondée.
« Tout autre est la période apollonienne, qui se dégage de l'éternel va et vient de la nature masculine, de son éternel mouvement d'ascension et de descente, mouvement uni à l'idée de la procréation.
« L'idée qui règne maintenant est celle d'une source lumineuse, invisible dans l'immense royaume du Soleil, abandonnant complètement toute idée d'union avec la matière féminine.
« Si Dionysos a élevé l'idée de la paternité au-dessus de la maternité, Apollon se dégage complètement de toute union avec la Mère. Sa paternité est exempte de l'élément maternel, elle est purement spirituelle.
« La paternité dionysiaque est procréatrice ; la paternité apollonienne est spirituelle.
« L'assujettissement durable et complet du principe maternel n'est possible qu'au grade apollonien. C'est le triomphe du principe métaphysique du Dieu-homme. » (Bachofen.)
Mais Dionysos et Apollon sont des rivaux ; ils attendent, regardant à qui les immortelles donneront la victoire.
Nonnos nous montre leurs disputes devant une assemblée de Dieux. Apollon, sûr de sa victoire, lève les yeux, mais son adversaire fait circuler la coupe pleine d'un vin généreux ; alors Apollon, rougissant, baisse les yeux à terre, car il ne peut rien offrir de comparable à un pareil don.
« L'exubérance sexuelle de Bacchus l'emporte sur la spiritualité métaphysique d'Apollon. Comme dans les Bacchanales romaines, le jour apollonien est vaincu par la nuit bacchique. Le vin qui agit sur les sens et l'esprit triomphe, c'est lui qui a le pouvoir d'unir les êtres dans l'amour et dans l'amitié, il est le symbole de l'excitation qui chancelle entre le plaisir et la douleur. »
C'est Dionysos qui hérite des pouvoirs de Zeus, ce n'est pas Apollon. Ainsi finissent les luttes de la conception phallique et de la conception spirituelle de la paternité. La réelle nature masculine se retrouve dans Dionysos, c'est ce qui fait sa force.
La faiblesse de la conception apollonienne vient de ce que peu d'hommes sont capables de comprendre le modèle qu'on leur propose dans Apollon. Son sens abstrait (l'homme-femme) échappe.
Et Bachofen ajoute cette phrase bizarre : « Dans la fondation d'un culte, on est donc forcé de considérer d'abord le matérialisme humain ; seulement, celui qui fonde le surnaturel sur le naturel est sûr de la réussite. »
Pourquoi alors fonder un surnaturel ? Le naturel suffit. Mais il s'agit des luttes de sexes, ne l'oublions pas ; du reste, l'auteur nous le rappelle par la réflexion suivante : « Devant la supériorité métaphysique de l'homme, la femme se subordonne pour toujours. »
Combien cette idée d'un Apollon dominateur est loin des illusions de la Femme qui veut voir dans ce Dieu l'homme jeune, beau, aimant et aimé, chantant la louange de la Femme et lui offrant ses prières, son cœur et sa vie !
Ce rôle très humain serait le plus beau, il en ferait l'homme idéal. Au lieu de cela, on nous donne un homme qui est une copie manquée de la Femme, on gâte la légende de ce Dieu en voulant le faire trop grand. On lui donne un rôle qui l'amoindrit en le faisant sortir des limites de la masculinité, on en fait un Dieu sauveur, alors qu'il pense à asservir ; l'inspirateur des Sibylles, alors que c'est la femme qui inspire l'homme ; un guérisseur, alors que l'art médical est encore uniquement pratiqué par les Asclépiades.
C'est lui qui tue le serpent Python (l'homme méchant), alors que c'est lui qu'on appelle Apollon-Pythien. Il préside à la musique et à la poésie, prenant ainsi la place des Muses. On en fait un Dieu vengeur (un Némésis), alors que c'est la femme qui est outragée par son culte. Il voulut aussi rendre ses oracles ; chercha un lieu pour fonder son sanctuaire ; s'installa à Delphes comme pour narguer la grande Déesse ; là, se fit divin, prit le trépied de la Femme et s'y agita en convulsionnaire (2).
On lui donne comme attributs : le cygne, le coq, le laurier, le palmier, l'olivier. Tout cela représente la sexualité masculine.
Le cygne en est une figure : on voit dans ses deux ailes ouvertes et son cou flexible un immense phallus ; le coq en est la force génératrice ; le palmier s'incline ; le laurier triomphe et l'olivier est le signe de la paix après l'orage parce qu'il produit l'huile pour l'onction.
On fait de lui le lumineux.
Quand Apollon est représenté par le Soleil, la femme est représentée par la Lune (3).
Le voilà donc devenu sur-humain par ce renversement des facultés de chaque sexe ; ainsi symbolisé, il figure une sorte de Vénus mâle qui n'est pas dans la Nature, mais qui flatte l'homme.
C'est le travestissement représenté dans Pindare par la peau de léopard dont il revêtit Jason. Et lorsque L'homme fut ainsi féminisé, il fut, dit-on, l'objet d'une grande vénération.
C'est un cas moral d'inversion sexuelle ; le mot vénérer lui-même a un sexe, il vient de Veneris (génitif de Vénus).
En résumé, c'est l'homme qui va représenter l'esprit féminin pendant que la femme ne représente plus que le principe tellurique, la terre, ce qui est inférieur. La Mater Deum, auparavant seule considérée, s'efface, et l'idée de la vie, de la lumière, de la résurrection passe dans l'homme où elle fait triompher la paternité.
C'est un contraste frappant avec l'ancienne religion et l'ancien régime familial.
C'est au 6ème siècle que la Grèce éleva les premiers Temples, qui furent de grandes constructions architecturales. Sur le mont Parnasse, à mi-côte au-dessus de la ville de Delphes, s'élève le sanctuaire d'Apollon.
Les constructions des hommes sont grandioses ; ils cherchent à frapper l'imagination, à éblouir les yeux pour mieux imposer leurs dogmes et faire plus solennelle leur propre glorification.
Tout autour régnaient d'autres petits monuments que les partisans du nouveau régime venaient bâtir là, sans ordre. Cent petits temples attestent les sentiments orgueilleux des peuples grecs, qui, sur cette colline, ont, de mille manières, érigé l'image de l'homme. Tous les vainqueurs de la Femme y sont : Hermès, le prêtre qui cache ; Hercule, l'athlète qui frappe ; Jupiter, le Père qui foudroie. La statuaire perpétua ces luttes, immortalisa les héros qui terrassèrent la Femme, et l'on se demande si ce mot héros n'est pas une façon d'écrire Eros.
C'est sur ce mont que, les jours de fête, la jeunesse est amenée en longues théories, pour glorifier le Dieu (Apollon est surnommé Théorius).
On enseigne à l'enfant que là il va admirer la beauté suprême, la suprême bonté, que là se célèbre le culte sacré, et ainsi on le détache de l'ancienne religion, on pervertit sa pensée, on obscurcit, sa conscience.
Et c'est au sein de la belle Nature, sur une colline superbement posée en face de la mer, non loin du Temple de la Déesse redoutée, qu'on osa ainsi diviniser l'homme. Et la montée de ce temple, ainsi peuplée de Dieux mâles, fut une via sacra !
Quel enseignement pour le jeune homme à qui l'on semble dire dès l'adolescence :
« Ne crains pas la Femme, vois comme nous l'avons vaincue, adhère ce que nous avons fait de l'homme qui était derrière elle !
Le voilà maintenant dominant le monde ; apprends à être orgueilleux et fier de ton sexe, imite les héros qui terrassèrent la faible créature sans force, sois « glorieux » comme eux, lutte aussi, terrasse aussi celle qui te résistera, ose tout, les Dieux mâles te soutiennent. »
Et cela s'appelle une religion ! Naturellement, elle devait rallier les hommes, elle était la sanction de leurs instincts ; aussi, combien ils trouvèrent vraie cette première tentative qui devait aboutir au Dieu unique des temps modernes ! Ce fut une des formes de la genèse du Dieu-homme, une de ses premières étapes.
Combien il devait grandir encore pour arriver à remplir l'univers et conquérir l'exclusif privilège divin !
Le jeune homme entrait dans le Temple pénétré de respect et, pour le gagner tout à fait on lui faisait le récit miraculeux de l'enfance du Dieu, on troublait sa raison comme le rusé qui, perfidement, verse l'alcool homicide à celui qu'il veut tromper.
Michelet nous conte ainsi cette histoire : « Phébus était né colérique, un Dieu sévère, vengeur. Dans la sauvage Thessalie où il parut, son arc, souvent cruel, lançait des fléaux mérités.
Dur pasteur chez Admète, humble ouvrier à Troie, dont il bâtit les murs, il n'était pas encore le Dieu des Muses. Demi-barbare et Dorien qu'il est d'abord, le génie ionique et l'élégance grecque l'adoptèrent, l'embellirent, vont toujours le divinisant... Ainsi le Dieu des arts est lui-même une œuvre d'art. Il est fait peu à peu, de légende en légende. Il n'en est que plus cher à l'homme et plus sacré. Il prend, de plus en plus, un cœur d'homme ; à lui accourent les criminels involontaires. Oreste y vient, perdu, désespéré, tout couvert du sang de sa Mère (que son père lui a fait verser).
Il est de près suivi, serré par les Euménides, son oreille effarée sent souffler leurs fouets de vipères. » (Ce sont les Femmes autrefois appelées propices que l'on appelle maintenant Vipères.)
Les Jeux de Delphes sont les plus grandes réjouissances alors. Un bel enfant, figurant le Dieu, est conduit en pompe dans le bois voisin où il cueille le laurier, il en orne le Temple, puis chante la victoire du « Dieu de Lumière » sur le sombre dragon de la nuit (la nuit qui est femme maintenant).
Et des jeunes filles venaient prendre part à ces jeux qui avilissaient leur sexe et les humiliaient devant l'homme ! Puis les jeunes gens luttaient, les athlètes combattaient, les courses bruyantes de chars, les tumultes, les accidents souvent sanglants qu'elles occasionnaient rappellent les courses modernes avec leur tumulte profane. Et c'est un Dieu-Esprit que l'on célèbre ainsi ?
Dans les cultes masculins, l'art remplace la raison, la musique tient lieu de logique, la statuaire parle aux yeux et, pour faire taire la pensée, les couleurs qui éblouissent tiennent lieu de réflexion.
Tout y est, moins le vrai.
Le culte d'Apollon ne créa pas seulement l'art profane, il créa aussi la solidarité masculine, réunissant dans ces fêtes les fils de toutes les provinces, les jeunes combattants flattés de jouer un rôle dans ces joutes ; enfin, on institua des députations d'hommes âgés (image des Matrones) chargés de décerner des prix. Ces députés furent appelés des Amphictyons. Bientôt ils formèrent un corps considérable et on s'habitua ainsi à les prendre pour arbitres dans d'autres occasions, dans des querelles de particuliers ou de villes. C'est ainsi qu'ils s'érigèrent en juges et peu à peu prirent la place de Thémis. Le nouveau culte justifiait cette usurpation, l'encourageait.
Cependant, les féministes luttaient. On leur répondait par l'insulte et le mépris. C'est alors que nous voyons une nouvelle idée surgir : « Qui méprise Proserpine en meurt » Mort morale seulement, et cela n'effraie pas l'homme ; mais cela crée une nouvelle superstition : « Si on en mourait réellement ? » Et quelques-uns deviennent prudents.
L'ardeur de la lutte des deux partis nous est révélée par le serment qu'on faisait prêter aux Amphictyons ; ils juraient « de ne pas détruire une ville grecque » et « de ne pas détourner ses eaux courantes ». C'était donc cela qu'on faisait ? Et cela rappelait les travaux d'Hercule.
Nous assistons ici aux premiers essais d'association des hommes pour la lutte et la conquête du pouvoir. Combien cette fédération masculine devait prospérer, et que de mal le pouvoir brutal ainsi amplifié devait faire aux faibles, aux isolés, aux vaincus !
Bachofen résume en ces termes cette grande lutte de sexes chez les Hellènes : « Bien que le fond de la population d'Athènes soit pélasgique, elle a à la fin subordonné le principe Démétrien au principe Apollonien ; elle a vénéré Thésée comme un second Héraclès anti-féministe. A Athènes, la paternité sans mère a remplacé la maternité sans père ; et même, dans sa législation, on a accordé à la paternité l'immunité que l'antique droit des Erynnies accorda seulement à la maternité. Bienveillante à tous les mâles, secourable à tous les héros du droit solaire paternel, telle est la divine vierge Pallas Athéné. Mais sa ville fut impitoyable pour les femmes qui, défendant les droits de leur sexe, attachèrent leurs vaisseaux aux rivages d'Attique en demandant secours.
« Le contraste entre le principe Démétrien et le principe Apollonien se montre là sous sa forme la plus poignante. La même ville, dans l'histoire de laquelle on trouve des traces gynécocratiques, a apporté à la paternité son plus haut développement et, par une exagération insensée, donnée à la nouvelle direction, a condamné la femme à une subordination qui étonne surtout par son contraste avec le fond même des Mystères d'Eleusis. »
(1) C'est par un jeu de mots que l'on fit naître Minerve de la cuisse de Zeus ou de Jupiter. On confondit le mot meros (cuisse en grec) avec le mot Mérou, nom du Mont Mérou où se faisait l'initiation aux mystères de la création.
(2) Fabre d'Olivet, cherchant l'origine du culte d'Apollon, dit très judicieusement (Vers dorés, p. 22) : « Il est digue de remarque qu'Hésiode, né au bourg d'Asora, à peu de distance de Delphes, ne fait aucune mention de l'Oracle ni du Temple d'Apollon. Tout ce qu'il dit, en passant, de cette -ville, qu'il nomme Pytho, se rapporte à la pierre que Saturne avait engloutie (Théogonie, V, 500 ; Delphes était appelée Pytho à cause de la Pythie qui prononçait des oracles). Homère ne parle pas du tout de cette Pytho dans l'Iliade. Il fait seulement mention dans l'Odyssée d'un oracle rendu sur le mont Parnasse par Apollon. Mais on sent bien que c'est une interpolation. »
(3) Il est curieux de considérer comment les idées ont évolué et comment les modernes les interprètent. M. Réthoré dans Science et Religion, dit ceci : « L'âme du Soleil, d'abord logée dans l'intérieur de sa masse, fut dans la suite placée à sa surface, et là, personnifiée, elle devint, sous le nom de Phoebus, un beau jeune homme à la chevelure rayonnante ; celui-ci se détacha plus tard complètement de l'astre dont il gardait les coursiers et devint Apollon, qui put dès lors garder les troupeaux d'Admète, présider le chœur des Muses, et inspirer les Sibylles et les Pythies. » Ainsi, au lieu de voir dans les Dieux une manifestation de l'orgueil male qui grandit l'homme et l'élève jusqu'au Soleil, cet auteur fait descendre le Soleil jusqu'à l'homme à qui il donne alors un caractère surnaturel. Quelle aberration !

TRANSFORMATION RELIGIEUSE UNIVERSELLE
La transformation du Druidisme en Gaule semble être le point de départ de la grande révolte contre les Déesses, qui va transformer la Religion dans le monde entier. Ce n'est pas seulement chez les Celtes et chez les Grecs et les Latins qui en sont le reflet que la lutte se produisit, elle s'étendit plus loin et nous allons la découvrir chez les Hindous, chez les Perses et chez les Kaldéens.

LE PRÊTRE AUX INDES
Nous lisons dans « Les Champs Elysées » les curieuses lignes suivantes : « Les Brachmans sont forcés de convenir qu'ils sont eux-mêmes étrangers au bord du Gange, et ils ne font point scrupule d'avouer qu'ils ignorent le nom et le lieu de leur patrie, L'étymologie de leur nom, man (homme), appartient à la langue du Bas-Rhin. Mannus est le fondateur des Germains. Brachman est un nom de famille très commun dans quelques parties de la Belgique. Il y a plus de vingt familles de ce nom dans la seule ville de Gand. De plus, on trouve en Belgique une province qui porte le nom de Brakland, pays de Brak, c'est le Brabant ; son ancien nom est Brakbant ou Bracbant : Brocantus ; c'est ainsi que cette province est nommée dans les monuments du moyen âge. »
C'est de brant que vient le nom de bannen (bannir), exiler, expulser du pays. Brakman veut donc dire : homme du Brabant qui aurait été expulsé du pays. Pourquoi ?
C'est que les Brachmans sont devenus des prêtres ; alors on donne à leur nom une autre signification : les prêtres, partout, sont regardés comme des parasites qui se sont soustraits au travail pour imiter la Prêtresse, dont ils veulent, pour eux, les privilèges. Et de Grave fait remarquer (p. 172) que braken signifie reposer, avoir des loisirs. (Skolè, d'où dérive le mot Ecole, signifie en grec otium, loisir.)
Les Brackmannen étaient des gens qui s'exerçaient dans les Ecoles ou gymnases ; Strabon, et d'autres, les appellent gymnosophistes, terme qui veut dire littéralement sophiste ou savant d'Ecole ; c'est encore leur profession moderne (celle de tous les prêtres). Les Brahmanes sont obligés de faire un long cours d'études dans les collèges de leur université de Bénarès. Mais les Gymnases (mot encore usité en Allemagne) ne sont que des Ecoles de filles dans lesquelles ce sont exclusivement des femmes qui enseignent ; elles continuent l'œuvre des anciennes Val-Kyries. (Gym est une racine féminine.)
Ceci nous laisse supposer que les Brahmanes ont été expulsés du pays parce qu'ils ont voulu s'affranchir du travail de l'homme et prendre la place de la femme ; alors ils sont allés porter leur doctrine en Orient, où ils ont fondé une religion dans laquelle ils ont donné le premier rôle à l'homme. Ils donnent leur nom au soleil, Brahmâ, et en font un dieu suprême qu'ils ont seuls le droit de représenter et qui forme une trinité avec l'homme et la femme (Çiva et Vishnou) devenus égaux sur la terre. Chez les Celtes, on devait les accuser de folie, et le mot brachman a peut-être signifié homme Insensé.

LE SANSCRIT
D'après de Grave, le sanscrit, qui n'a jamais été la langue populaire des Hindous, serait le vieil allemand importé quand les Brachmanes sont allés occuper l'Inde. Plusieurs auteurs ont soutenu cette thèse, entre autres Don Paulino, directeur du Musée de Vienne, qui a fait voir une conformité frappante entre le sanscrit, le persan et le vieil allemand. Le nom même du sanscrit annonce son origine. On l'appelle tantôt hanscrit, hanscret ou samscrit, quelquefois sanscrit. On reconnaît visiblement, dans scrit ou scret, le belge scrift et le français écrit. Hanscrit est un manuscrit, Samscrit une compilation, et Sanscrit la langue sacrée des prêtres, basée sur les compilations.
Nous avons vu que hans veut dire ancien ; donc hanscrit signifie anciens écrits. Si nous cherchons des renseignements sur le culte abandonné en Celtide par les prêtres exilés, nous trouvons dans l'ancienne Belgique des souvenirs nombreux de la Déesse Isis, dont le nom rappelle évidemment la ville d'is où se tenaient les Mystères. De Grave va encore nous éclairer à ce sujet. Il dit ceci : « Les journaux du mois d'octobre 1800 ont publié qu'on venait de déterrer à Bénarès un vieux manuscrit en langue sacrée, qui contenait un traité topographique. Cet écrit donne la description d'une île appelée sainte. On y trouve, dit-on, les noms d'Isis et de Tamisis, et la description d'un temple en forme de pagode indienne. On a cru qu'il s'agissait de l'Angleterre, qui a été autrefois consacrée au soleil. Mais on n'a plus parlé de cette découverte, faite en 1800. Les directeurs de la Compagnie anglaise n'en parlent plus. Pourquoi ? »
Evidemment parce que ce manuscrit donne des renseignements sur ce qu'on a voulu cacher. En voici la preuve : « On trouve encore sur les bords de l'Escaut occidental une petite ville qui porte le nom de la Déesse Isis : c'est le fort d'Isen-Dicque (digue d'Isis). A peu de distance d'Isen-Dicque, il se trouve un golfe de l'Escaut qui est connu dans les cartes du pays sous le nom de Brachman. » (De Grave)
Les Suèves honoraient particulièrement Isis. Ils la représentaient sous la forme d'un bateau, la barque d'Isis qui « fluctuat nec mergitur ». Les Suèves ont été répandus en Flandre, témoin les villages de Sweveselle (salle des Suèves), de Sweveghem (séjour des Suèves). Il existait des Suèves établis sur les bords de l'Escaut, en deçà d'Anvers.
Saint Eloi dit qu'après avoir prêché la foi dans la West-Flandre, il est allé convertir les Anversois et les Suèves.

LES MAGES DE PERSE
L'origine du mouvement de révolte des Mages contre la primitive religion mazdéenne n'est pas connue ; on sait seulement que les prêtres qu'on appelle des « Zoroastres » sont les ennemis des Déesses et se disent envoyés pour les combattre. Cette question est longuement développée à l'article du blog intitulé « PERSE ET HINDOUS ». Rappelons seulement que c'est à cause de leur révolte que les Mages ont dû être expulsés du pays de la Déesse Ardui-Ainyahita, qui habitait près de la forêt des Ardennes à laquelle elle donna son nom.
Rappelons que la Perse s'appela d'abord Eran, dont on a fait Iran, et rapprochons ce nom de celui de l'Irlande qui s'appelait l'île d'Erin, et nous verrons qu'il est bien évident que la langue de l'A-Vesta a été parlée dans le nord de l'Europe, puisque le nom de l'Irlande signifie « terre des Ires ou Aryas » Aira sur les bords de la Lys a fait Arie.
L'ancienne Arie (Iran) avait une capitale qui se nommait The Iran, d'où l'on a fait Téhéran. (Le the, article, est bien anglais.) On ne sait pas dans quelle langue l'A-Vesta a été d'abord écrit. On nous dit qu'il est resté longtemps oral et s'est transmis de vive voix sans intermédiaire de l'écriture, ce qui est faux. On n'a inventé cette supercherie que pour excuser ceux qui ont détruit les Livres. C'est cette destruction qui a fait perdre la connaissance des origines, et on s'est si bien habitué à cacher tout ce qui se rapporte aux Livres sacrés qu'on ne connaît même pas l'écriture de l'A-Vesta sur laquelle les Pehlvis ont fait leur traduction. Les Pehlvis actuels l'ignorent et font remonter leut traduction à l'origine même de l'A-Vesta, alors qu'elle ne date que du règne de Sapor II (4ème siècle de notre ère), au temps d'Abendad.
Cette question est donc restée sans solution, ce qui fait dire à Ihre dans son Introduction : « Parmi les énigmes que le 17ème siècle a proposées à la solution des savants, se trouve cette singulière harmonie entre la langue persane et la langue allemande, qui a été aperçue par Eichmann, Bochart et d'autres savants dans les langues orientales. Cette vérité est aujourd'hui généralement reconnue. Cette conformité de langage ne doit être cherchée ailleurs que dans une communauté d'origine. »
Ihre remarque que l'affinité de la langue allemande avec la persane ne se manifeste pas seulement dans les mots et les termes particuliers, mais aussi dans le génie de la langue et dans les inflexions des verbes, observations qu'il appuie d'une manière sensible par la comparaison du verbe être. Il remarque aussi que les verbes ont à l'infinitif leur terminaison en en, comme les verbes teutons. Parmi les mots persans dont la conformité avec les nôtres se présente d'une manière sensible, se trouvent les noms des membres qui composent la famille, tels pater, père ; mader, mère ; dochter, fille ; brader, frère.
On a cherché l'origine du mot Mage. C'est Maya, la Nature, qui a fait Mage, et on a appelé Mages les naturalistes. Og et Magog désignent le père et la mère. Magog a fait Majesté.
Maintenant, écoutons de Grave, qui nous dit ceci : (Ch. Elys., L. II, p. 195) : « Dans le Zend A-Vesta, il est dit que les Mages sont originaires d'un pays où les plus longues nuits d'hiver sont le double des nuits les plus courtes de l'été, ce qui ramène leur patrie vers le 50e degré de latitude, le point central de toute la haute antiquité. »
Dans Plutarque, nous trouvons aussi le souvenir de cette émigration ; il nous dit : « Les Cimmériens n'étaient qu'une petite partie d'une grande nation (la Celtide), chassée par les Scythes (Gaulois), et qui s'arrêta près du Tanaïs après avoir traversé l'Asie. Cette multitude habitait auparavant les bords de l'Océan, dans des forêts épaisses et sous un ciel ténébreux. »
Il y avait donc, dans la Gaule-Belgique, d'autres prêtres que les Druides ? C'est certain. Et César parle une fois de sacerdotes qui peuvent être différents des Druides, et Dottin, qui rapporte ce fait, ajoute : « Rien ne nous indique que les prêtres des Boii de Cisalpine que mentionne Tite-Live, fussent des Druides, ni les sacerdos de la forêt sacrée chantée par Lucain (L. III, 424. Tite-Live, XXIII, 24, 12). »
Maintenant, si on me dit que le zend est un dialecte du sanscrit, je répondrai que je crois que ces deux langues viennent toutes les deux de l'ancien Celte, dans lequel Indien signifie indi-gène.
Si on nous demande pourquoi on expulsa les Mages de la Gaule-Belgique, nous répondrons que ce fut parce qu'ils créèrent la doctrine de mensonge et de folie qu'on a appelée la Magie.

LA MAGIE
L'histoire nous dit que c'est de second Zoroastre qui créa la magie ; ce qui semble vouloir dire que c'est à une seconde génération de prêtres que l'on doit cette création. Les Mages sont des hommes qui prétendent faire des choses extraordinaires ; ils s'entourent de mystères, créent un surnaturel exubérant qui, une fois les limites de la Nature franchies, s'égare dans toutes les aberrations ; ils cherchent à étonner les esprits simples, qui aiment le merveilleux, et se prétendent doués du pouvoir de faire agir des forces occultes ; ils Invoquent les morts, les font parler ; ils prétendent commander aux éléments ; ils veulent conjurer les tempêtes, faire pleuvoir, suspendre la marche des maladies ; ils vont jusqu'à prétendre transformer, pour un temps, l'homme en animal. Ils ont avec eux toute la gamme des fous et s'adonnent à toute la variété des miracles.
Cette manifestation de la mentalité masculine, qui a existé dans tous les temps, répond à une loi psychique : Quand l'âme de l'homme descend par suite des appels de la vie sexuelle, quand son esprit devient inquiet et instable, ne comprend plus la valeur des actes à accomplir, au lieu de prendre une décision, il imite les autres. Quand il prend la place de la Femme, il imite la Femme. C'est ce que, dans les temps modernes, nous avons appelé la réflexion sexuelle ; dans l'antiquité, cela s'appelait « spéculation », de spéculum (miroir). Mais, ne comprenant pas ce qui émane de la pensée féminine, ne connaissant pas la limite de cette pensée, qui lui semble infinie, son imitation est maladroite, elle est outrée, il va au delà, s'égare parce qu'il se met dans le domaine des choses qu'il ne peut pas comprendre.
L'enseignement des Magiciennes reposait sur la puissance de leur esprit qui leur faisait connaître les lois de la Nature sans s'égarer dans un sens ou dans l'autre. Cela s'appelait « la Magie blanche ».
Le Mage qui veut l'imiter tombe tout de suite dans le miracle, en cherchant à sortir de sa nature pour s'élever jusqu'à celle de la Femme ; il dépasse les bornes de la puissance humaine. Cela s'appelle « la Magie noire ».

RÉACTION PROFANE EN KALDÉE
Parmi les noms des Déesses qui furent masculinisées et profanées, il ne faut pas oublier celui de Vénus-Belisama qui, décomposé, faisait Bel-isa-ra (Isa-ra a fait Isra-el).
Avec le temps, Bel devint un dieu mâle. Dans la Norique et dans la Gaule, après quelques siècles, nous trouvons que Bel est devenu un dieu solaire. Les Scandinaves firent de Beli un dieu subalterne, et de Balder leur Apollon, en attendant les Grecs qui donneront le nom de Bélénus à l'Apollon celtique. Le nom de druide, en langue celtique, est Belech ; ce serait donc le Druide qui se serait fait glorifier sous le nom de Bel, Belus ou Belos. Il aurait bâti la ville de Babel, dit-on, et fut le fondateur (c'est-à-dire le réformateur) de l'empire babylonien, appelé tantôt Syrie, tantôt Assyrie.
L'audace sacrilège de l'impie Belochus aurait donné le signal de tous les malheurs. Ce personnage légendaire se serait fait reconnaître comme roi de Babylone et se serait déclaré monarque absolu.
Une histoire est arrangée pour donner du prestige et de l'antiquité à la révolte des prêtres. On raconte qu'un préfet de Médie nommé Arbace, secondé par un prêtre babylonien nommé Belesis, se révolta contre Sardanapale. Puis, d'après les calculs de Callisthène, il faudrait placer le règne de Belochus l'an 1930 avant notre ère.
Ce serait le Caïn du Sépher.
On donne tous les malheurs comme étant la suite de ce schisme que l'on confond avec le schisme d'Irshou. Le nom de Bel est resté dans l'histoire comme un nom générique servant à désigner l'homme qui prend un commandement. C'est évidemment de ce nom qu'on a fait « Bellone », la guerre.
A Tyr nous trouvons Bel-Tsur ; à Sidon Baal-Tsidon ; à Tarse Baal-Tars ; à Palmyre on l'appellera Belus ; en persan et en sanscrit on dira Bala ; Ballen en phrygien, et ce mot signifiera Roi. Rappelons cependant avec quelle ardeur on combattait le Bel des Babyloniens, qui devint le Baal des Phéniciens et dont les multiples aspects représentaient l'horreur qu'il inspirait. C'était Baal-Moloch (le destructeur), Baal-Bérith (la honte), Baal-Péor, Baal-Ram, Baal-Samin, Baal ou Bel-Zébuth, Baal- Itou, etc., etc.
A côté de lui se trouvait Ophin, l'homme-serpent, qu'on appelait par corruption Surnu-Bel (serpent de Bel). Rien n'est curieux comme l'histoire de l'évolution des mots. Celui que nous étudions, servant d'abord à désigner une Déesse, change d'aspect quand un homme s'en empare et prétend exercer une autorité sur les autres au mépris de leurs droits ; le mot alors s'amplifie, grandit à tel point qu'il se répand dans le monde entier, et en se propageant devient l'expression d'une force immense, d'une puissance. Mais revenons à la source de la légende, à l'homme qui s'est révolté contre l'autorité de la Femme, jusque là incontestée. Cette révolte, loin d'être acceptée par le monde féminin, est, au contraire, très sévèrement jugée et, si, Bel est glorifié par les hommes, il est maudit par les femmes qui le représentent comme un dieu de la mort. Elles en font d'abord un personnage odieux et ridicule, le Baal-Phégor de Syrie, un diable aux longues oreilles, ivrogne, luxurieux, comparé à l'âne ; c'est ce type grotesque qui, en évoluant, s'élèvera en passant par des formes nouvelles jusqu'à devenir un être innocent, de blanc vêtu, jusqu'au moment où il deviendra un grand Dieu assis sur le trône divin à côté d'Astarté. Telle est la puissance d'imagination du cerveau de l'homme.
Je reviens à de Grave, qu'il est toujours intéressant de citer. Il dit (T. II, p. 19) : « Ce qui détermine encore plus précisément l'endroit de leur première patrie, c'est le nom de leur célèbre idole, Bel, Belus. Ce nom indique évidemment la Belgique ; Bel-gio, dont on a fait Bel-gium, signifie pays de Bel. Gio, go, gan (en grec, gè, gaia) sont des termes un peu variés qui, tous, veulent dire pays.
« Le mot Bel, de même que Bélus, Bal, Baal, devenu le titre du dieu de la plus grande monarchie de l'univers et de la fameuse ville de Babylone, offre un exemple frappant des métamorphoses littéraires opérées par la corruption du culte à l'aide du style- métaphorique. »

LE CONSEIL DES NATIONS
Les faits que nous venons de mentionner montrent que les femmes ont encore une grande autorité dans la nation, puisqu'elles ont le pouvoir de rendre la Justice qui est encore inhérente à la religion théogonique.
Du reste, c'est l'époque où, à Athènes, les prêtresses d'Hemera, Aspasie et les autres, font condamner Socrate pour son impiété.
Dans le monde celtique, c'est l'ancienne institution appelée « le conseil des anciens » ou sénat, qui fonctionne encore. Bien avant que le Christianisme eût pénétré dans les Gaules, les femmes y tenaient cette place prépondérante que l'érudit Sainte-Foix dans ses Essais sur Paris, Chateaubriand dans ses Martyrs, et après eux tous nos historiens modernes, ont signalée.
Au temps d'Annibal, plus de deux siècles avant notre ère, l'administration des affaires civiles et politiques était confiée à un sénat de femmes choisies par les différents cantons. Les documents historiques abondent à cet égard.
Henri Martin nous dit : « Le sénat ou Conseil des Nations était formé des représentants des divers cantons ; chaque tribu était une grande famille et se gouvernait par les lois de la famille.
« La terre était aux familles plutôt qu'aux individus, bien que chacun eût son lot.
« Les chefs de nation, de canton et de tribu, avaient pour conseillers les Anciens du pays et répondaient de leurs actions devant l'assemblée du peuple. » Or cette Assemblée, c'est le Conseil des Déesses-Mères, et c'est cela qui est devenu le sénat. L'âge est lié à la fonction.
De œd on fait Edda, et ce mot, qui veut dire aïeule, devient edad (âge) dans la langue des Celtibères. Tous les mots qui indiquent la direction morale, comme duc, éducation, en dérivent.
Le mot ancien, que nous voyons employé pour désigner ceux qui sont des éducateurs, doit être expliqué afin de faire comprendre comment la primitive autorité divine fut donnée à celles que les modernes appellent des anciens. Cela m'oblige à répéter encore une fois ce que j'ai déjà dit :
La première Divinité est désignée par le mot As ou Az (d'où Asie, terre des Déesses). As-gard signifie bourg ou garde de la Déesse. Mais le mot se change insensiblement en Ans, et cela à mesure que la Déesse vieillit, et ancien dérive de Ans.
La vieillesse était en grand honneur dans l'antiquité. L'âge était un titre de distinction ou de noblesse. Jornandès, en parlant du respect religieux que les Goths portaient à leurs chefs, dit qu'ils les regardaient comme semi-Anses, ce qui veut dire semi-deos (demi-dieux). Ans ou Hans servit à désigner ce qui est premier ou principal. Hans signifie en hollandais seigneur (Groote hansen, grand seigneur). De seniores populi, on a fait seigneurs. De là sénateur et senectus. Les ministres des religions, imitant les anciennes qui, dans les Mystères, étaient appelées Presbytres, ont pris ce nom dont ils ont fait le mot Prêtre. (En Kaldée, on trouve la racine Oald signifiant vieillard) Et comme senex (vieillard) fait seigneur, nous trouvons en Syrie le mot Syr, signifiant un maître, un seigneur, un sénateur.
Pour convoquer les communes, annoncer les jours de fête, les moments de danger ou autres affaires d'un intérêt public, on sonnait les cloches ; et la cloche s'appelait Bel, du nom de la déesse Bel-isa-ra. Des tours élevées, en forme de phare, prirent le nom de Bel-fort. De là est venu le mot corrompu de beffroi.
Bel (cloche qui appelle) est un symbole qui signifie chef qui commande, qui ordonne. C'est pour cela, dira de Grave, qu'on a donné ce nom au pays Bel-gio, Bel-land, qui signifie Chef-pays, pays des peuples conducteurs, instituteur des autres nations.
Ce sont les prêtres kaldéens qui ont construit à Babylone la fameuse Tour de Bel. Quand les hommes ont pris le gouvernement du monde, ils ont fait de ces tours des prisons et les ont consacrées au dieu Thor. Alors ce nom a fait torture, et celui-ci est devenu Tartare.
Les hommes ont substitué la guerre à l'Esprit. Le champ de Mars s'est appelé, d'abord, champ de Cérès. Quand les hommes écriront l'histoire à leur manière, ils diront que, lorsque la lutte d'homme à homme s'organisa, les chefs boréens furent appelés Herman (frères) ou Gherman (cousins) (la racine Her indique le sexe masculin et veut dire saillant), et ils ajouteront que les femmes se chargeaient de la subsistance des batailleurs et que c'est pour cela que le mot diète a signifié subsistance. Ce mot vient de AEdes Cereris ; il indique l'assemblée tenue dans le temple de Cérès pour s'occuper des hautes questions scientifiques, morales, sociales, qui intéressaient le pays. C'est la Diète germanique qui est devenue le sénat.
Et c'est par ironie que les hommes, qui veulent que les femmes s'occupent de leur nourriture, donnent à ce mot une signification qui indique la privation de nourriture. (Fabre d'Olivet, L'Etat social, T.. I, p. 117, note.)
Aux modernes qui mettent en doute que le sénat fût une assemblée de femmes, on a répondu ceci : « Si, dans le traité d'Hannibal avec les Gaulois, le règlement, des difficultés est confié aux matrones gauloises, si tant de traditions des âges mythiques nous montrent les femmes, tantôt seules, tantôt groupées, tantôt isolées entre elles, tantôt côte à côte avec les hommes, jugeant, votant dans les assemblées publiques, arrêtant l'ordre des batailles, négociant la paix, réglant les traités, sacrifiant pour la patrie tantôt la fleur de leur corps, tantôt leur vie même ; qui oserait accuser ces récits d'invraisemblance, leur reprocher de contraster avec ce que nous connaissons, d'être incompatibles avec les lois de la nature humaine sous sa forme actuelle ; qui oserait enfin invoquer contre eux l'auréole poétique qui les entoure ? Ce serait sacrifier le passé au présent, ce serait combattre les siècles, rabaisser l'histoire, en faire le jouet d'opinions éphémères. L'invraisemblance ! Mais les probabilités se modifient avec le temps. » (Le Droit de la Mère dans l'antiquité, Préface).

LA JUSTICE
D'abord, les cours de Justice, les assemblées d'élection se tenaient aux mêmes endroits que les assemblées religieuses, dans des cercles de pierres consacrées, situés dans des clairières. Le pouvoir judiciaire était une branche du pouvoir législatif. Manas, la raison féminine, exerçait la fonction de Grand Juge.
Virgile dit que Rhadamante, juge suprême et grand devin, forçait les coupables à révéler eux-mêmes leurs crimes et les horreurs de leur vie. C'était donc une confession, comme cela se passait en Egypte dans les célèbres jugements des morts. On paraissait au tribunal accompagné de ses amis et de ses parents et on y déployait toutes les ressources de sa race et de ses richesses pour se faire absoudre. Les principaux délits étaient ceux qui concernaient l'atteinte au droit divin, à la puissance de la Déesse, à son prestige spirituel, en un mot le manque de respect et le refus d'obéissance.
Henri Martin nous dit que « les vieilles lois gauloises punissaient les attentats à l'honneur comme les attentats à la vie », et il ajoute : « La loi des Celtes d'Irlande dit que la loi a trois objets : le gouvernement, l'honneur, l'âme. Le gouvernement, dit-elle, appartient aux chefs, l'honneur et l'âme appartiennent à tous. » Or les chefs, ce sont les Déesses législatrices.
On célébrait à Athènes les Thesmophories de Cérès, fête des lois. C'est Cérès Législatrice qui fut surnommée Thémis en Grèce. A Rome, on semble en faire deux entités différentes.
Thémis est la Déesse bienfaisante pour les hommes, qui prend la défense des opprimés, qui personnifie l'ordre et la régularité. On la confond avec Diké, Déesse de la Justice ; elle a les traits d'une belle femme au regard sévère, tenant d'une main l'épée qui châtie, de l'autre la balance qui rétablit le Droit. On dit qu'elle dirige la marche régulière de l'année, représentant par là l'ancienne idée qu'elle dirige la marche régulière des sociétés. Du reste, les mœurs du temps montrent que les hommes n'entreprenaient rien sans l'assentiment ou la consécration d'une Déesse. En voici un exemple :
Il y avait sur la Seine et la Saône une association batelière puissamment organisée. Au commencement de chaque année, les deux corporations se réunissaient sur la crête mitoyenne entre les deux bassins, saluaient du haut de ces collines le soleil levant et inauguraient la nouvelle saison par des fêtes célébrées sous les auspices de la Déesse Bérécinthe, par des festins, des jeux, des cadeaux.
On retrouve ces fêtes en Perse où les Celtes les avaient portées. La maison-mère des Druidesses de Bretagne était à Anglesey, et les Romains les appelaient Ordovices (ordo en latin, orthos en Grec, sont les racines de ce mot). Leurs jugements s'appelaient Ordalies (oor, grand, deal, jugement).
Quand les auteurs modernes ont voulu décrire les lois et les usages du monde ancien, surtout lorsqu'il s'agit de la situation de l'homme dans la famille, ils en ont toujours parlé comme si le régime familial actuel avait toujours existé. C'est cela qui constitue surtout le grand mensonge historique.
Tout le masculinisme moderne est résumé dans les lignes suivantes d'Henri Martin ; il dit :
« Leurs femmes étaient de belle apparence et de grand courage, bonnes conseillères de leurs maris, bonnes éducatrices de leurs enfants. On les prenait parfois pour arbitres dans les différends entre les nations. On cite d'elles nombre de traits d'une héroïque fidélité. »
Le mariage n'existait pas, donc les femmes ne sont pas conseillères de leurs maris. On ne les prend pas pour arbitres, puisque ce sont elles qui représentent l'autorité morale qui dirige. Le droit féminin résultant de la nature féminine réside en toute femme ; socialement il passe de mère en fille ; c'est une aristocratie.
Le droit masculin qu'on a voulu lui substituer est personnel, il ne vient pas de la nature de l'homme, il est exceptionnel et temporaire.
Pour les Grecs, le pouvoir législatif est représenté par Démi-ourgos, la Déesse-Mère (législatrice d'un peuple).
Et le pouvoir exécutif par Déma-gogos, l'homme (meneur d'un peuple).
Démos (peuple), ourgos (facteur, créateur), agos ou agogos (meneur).
Le mariage tel que les religions masculines l'ont institué ne pouvait pas exister avant le règne de l'homme. L'union n'était pas imposée, réglementée par des lois, mais seulement par l'amour et le libre choix de la femme éclairée par la science qu'enseignaient les Druidesses.
L'amour de la femme consacrait l'homme et lui conférait une dignité. L'éducation des enfants était entièrement faite par des femmes. Les enfants ne connaissaient pas leur père.
Les historiens modernes, qui ne veulent pas avouer l'existence de ce régime, diront cependant que : « Les enfants ne pouvaient aborder leur père avant l'âge de porter les armes ». C'est-à-dire qu'à l'âge d'homme ils étaient mêlés à la caste masculine dans laquelle était leur père (1).
(1) « Les Gaulois diffèrent des autres peuples, dit César, en ce qu'ils ne permettaient pas à leurs enfants de les aborder en public avant qu'ils n'aient atteint l'âge où ils sont capables du service militaire. Ils regardent comme une honte qu'un fils à l'âge d'enfant paraisse en public en présence de son père. » (Guerre des Gaules, VI, 18.)

LES MENSONGES CLASSIQUES
Parmi les mensonges historiques les plus connus, il en est un qui prétend nous expliquer la fondation de Marseille, basée sur une légende inventée pour affirmer le droit du Père, 400 ans avant le Droit romain qui a édifié le régime paternel. On raconte que 600 ans avant notre ère, un jeune capitaine grec venu de Phocée, ville ionienne de l'Asie Mineure, avait résolu de franchir le détroit d'Hercule, aujourd'hui détroit de Gibraltar. Après une longue suite de péripéties, une effroyable tempête éclata, qui brisa le navire contre les rochers de la côte. Euxène (c'était le nom du capitaine grec) et son équipage parvinrent, avec beaucoup de peine, à gagner le rivage; ils abordèrent dans un golfe situé à l'est du Rhône ; le pays voisin était occupé par une tribu de la race des Galles, les Ségobuges. Ce pays leur parut si fertile qu'ils résolurent de s'y établir ; d'ailleurs, les habitants, comme tous les Gaulois, étaient très hospitaliers ; ils furent donc accueillis avec bienveillance par Nann, chef de la tribu, qui même les emmena chez lui à un grand festin qu'il donnait en l'honneur du mariage de sa fille Gyptis.
Une coutume gauloise, ajoute-t-on, voulait que la jeune fille qui devait se marier ne parût qu'à la fin du repas. Tous les prétendants, qui étaient, pour la plupart, des chefs gaulois, se trouvaient réunis au festin, et ce n'est qu'à la fin que la jeune fille paraissait avec une coupe pleine à la main. Après avoir fait le tour de la table, au milieu d'un silence général, elle tendait la coupe au convive qui lui convenait le mieux et qui devenait son époux. Or Nann avait préparé la même cérémonie pour sa fille, et c'est à ce festin qu'il avait invité le jetine capitaine. Quand le repas fut terminé, Gyptis apparut, tenant la coupe traditionnelle à la main. Après avoir hésité plusieurs fois, elle la tendit à Euxène. La stupéfaction fut grande parmi les autres convives, mais Nann respecta le choix de sa fille et lui donna pour dot le golfe où Euxène avait abordé et quelques cantons environnants.
Ravi de cette préférence, Euxène donna à sa femme le nom d'Aristoxène, qui signifie en grec bonne hôtesse.
Devenu Gaulois par cette alliance, le jeune Grec oublia son pays et s'établit définitivement dans son nouveau territoire où il fonda la ville de Marseille. Cette légende nous apprend que c'est l'homme qui prend la nationalité de la femme par son union, c'est-à-dire tout le contraire de ce qui existe dans le régime paternel. Cette coupe que la jeune fille offre à celui qu'elle choisit, c'est la copie, ou plutôt la parodie, de ce qui se passait dans les Agapes fraternelles des anciens Mystères. Seulement, cela n'engageait pas l'avenir de la jeune fille, cela consacrait seulement son choix temporaire.

SYMBOLISME OBSCÈNE
Nous venons de voir que le Prêtre veut mettre le sexe masculin au-dessus du sexe féminin.
Cette lutte contre la loi des sexes et contre l'autorité morale de la Femme qui en est la conséquence, tout entière basée sur l'ignorance et le mensonge, est accompagnée de railleries, d'injures, de blasphèmes. C'est le sexe féminin que l'on maudit, puisque c'est dans les fonctions de son sexe que la Femme puise la force de son esprit. La lutte est obscène. Les masculinistes se font gloire de leur sexe et le représentent de différentes manières ; cela amène une réaction. Les féministes font des caricatures du phallus, que l'on va représenter par un oiseau dont le long cou s'élève entre deux ailes déployées; c'est l'oie ou la grue, et on fait de cette image le symbole de la bêtise.
On sait que les masculinistes ennoblissent toujours les emblèmes qui les représentent ; c'est ainsi qu'ils firent de ces oiseaux symboliques le cygne de Léda, les oies du Capitole, et finalement l'Aigle impérial. Et le cygne, auquel on va donner un grand rôle, va représenter la pureté. Dans la langue celtique, le mot Schwan, qui signifie cygne, fait appeler Séquanais les peuples qui habitaient entre la Seine et l'Arar. La Seine, dont le nom primitif est Sena, fut appelée Sequana (de Séquanais), et l'Arar Socoana que nous prononçons Saône.
L'oie, qui est une espèce de cygne, se dit ghanse en celtique, anser en latin, hansa en ibérique et en sanscrit, en espagnol moderne ganso.
La cigogne est restée dans les pays du Nord la représentation symbolique du sexe mâle. Dans les vieilles légendes celtiques, c'est la cigogne qui apporte les enfants. Les religions masculines ont fait de Hansa (cigogne ou grue) un symbole du dieu mâle et enseignaient que l'oie ou le cygne était un oiseau fabuleux qui boit du lait. Les sectes masculines prenaient le titre de Hansa, et une association appelée Hanse fut renouvelée au moyen âge.
Le chameau, qui a deux bosses et un long cou, a aussi représenté le phallus.
Les hommes des ports, les portefaix, étaient appelés grao (grues), d'où graii, graeci, gravii, terme de mépris qui indique qu'ils n'ont pas droit de cité.
Ces hommes des ports étaient mal reçus par les habitants du pays, qui leur disaient, en celte, Vor (hors d'ici). Ils répondaient en les repoussant hors de leur ville et les appelaient, avec leur prononciation grecque, bar-bar, ce qui servit à désigner les populations du pays.
Les Grecs ne seraient pas une race, mais le ramassis de tous les hommes des ports qui emportèrent avec eux l'épithète de graïa (grue) qui devint le nom de la Grèce. Pour se venger de ces représentations, les hommes figuraient le sexe féminin par une grenouille.
Les anciennes coutumes bretonnes nous apprennent qu'il a existé longtemps un jeu qui consistait à « écarteler la grenouille ». Les Saliens (masculinistes) avaient pour emblème un taureau portant une grue sur son dos ; les Ripuaires (féministes) une grenouille. Mais le taureau fut abandonné et la grue resta seule.
Nous avons vu, plus haut, que la Déesse Pyrène donna son nom aux montagnes appelées depuis Pyrénées. Les masculinistes, par ironie, appellent les femmes Pygas, et de là Pygmées. Comme, en même temps, on les méprise et on les infériorise, ce mot Pygmées va indiquer ce qu'il y a de plus petit. Et des historiens vous diront sérieusement : « Pygmées, peuple de Lydie qui n'avait qu'une coudée de hauteur. Leur vie était de huit ans, les femmes engendraient (pour enfantaient) à cinq ans et cachaient leurs enfants dans des trous pour que les grues, avec lesquelles elles étaient toujours en guerre, ne vinssent les enlever. Leur roi était appelé Anté » (1).
Voilà un document qui nous révèle bien des choses. Ailleurs, on nous dit que Pygas, la Reine des Pygmées, fut changée en grue. Voilà donc la grue représentant le sexe féminin.
Pour savoir ce que, finalement, elle devint, citons ces lignes lues dans un journal :
« La grue est, dans les Indes, l'objet d'une vénération particulière. C'est sa forme apparente que, selon les croyances hindoues, revêt l'âme des Brahmines (les Prêtresses) quand elle a quitté son enveloppe terrestre. Protégée par cette superstition, la grue a pullulé d'une manière prodigieuse. Les bords des lacs, de la mer, des fleuves sont habités par d'innombrables troupes de ces oiseaux, qui rendent d'ailleurs de véritables services au pays, en nettoyant et assainissant les rivages. »
Et voilà comment on fait les dogmes !...
(1) Le roi des Pygmées, c'est-à-dire la Reine, est appelée Anté (avant) parce que la Femme, qui avait régné la première, avait été appelée Andarta. En basque, la Dame est encore appelée Andréa. L'homme va revendiquer cette antériorité et se faire appeler Andros, et il appuiera celte prétention sur la science qu'il prétendra avoir faite lui-même.

L'EVOLUTION RELIGIEUSE EN GRÈCE
Les grandes époques de la religion grecque sont résumées dans son histoire et représentées par les noms que ce peuple se donne.
Nous y trouvons d'abord les Pélasges qui créent la grande civilisation pélasgique, « qui tient le caractère qui la distingue, dit Bachofen, de l'importance prépondérante de la maternité ». C'est pour cela qu'ils sont condamnés et décriés par les masculinistes qui les appellent « peuples noirs » (non pas de race noire, mais de la noirceur qu'on attribue au mal).
Viennent ensuite les Héraclides (de Hercule) qui triomphent des Pélasges. C'est l'époque héroïque, celle de la grande lutte des Amazones contre les héros conquérants et usurpateurs.
Les Hellènes leur succèdent. C'est le triomphe du parti féministe qui rend à la nation le nom d'une femme, car Hélène, en Laconie, a toujours été considérée comme une Déesse. Par le nom d'Hellènes, on doit entendre les solaires, Hélices ou Iliones.
Les Orphiques qui viennent après s'opposent aux Hellènes et créent une religion nouvelle, l'Orphique Apollonienne, avec ses mystères obscènes, sa loi sévère du mariage imposé à la Femme, loi qu'on veut opposer à l'hétaïrisme, c'est-à-dire au régime de liberté de la Femme. Les Orphiques renversent la signification des mots ; pour eux, ce sont les Hellènes qui sont les lunaires, et ils vont se déclarer, eux, les solaires.
On voit alors apparaître une secte masculiniste ; les Argiens (les blancs), qui font opposition aux féministes phéniciens (les rouges).
Enfin, la division se retrouve dans les Doriens ou Achéens, parti mâle, en opposition avec les Ioniens, parti féminin.
C'est après ces étapes que nous arrivons à l'époque philosophique qui amène une décadence masculine. Cette époque est une réaction contre la fugitive renaissance de la religion théosophique, le Pythagorisme, dont les historiens masculins parleront peu, mais qui nous est révélée par les monuments.
C'est quand le parti masculin se croit vaincu que les hommes élèvent des temples à la Concorde.
Quant au nom de Grec, qu'ils se donnaient difficilement à eux-mêmes, nous venons de voir qu'il venait d'un mot celte, Graïa (une grue). Ne perdons pas de vue que la langue grecque, dans sa première forme, a été celle des Celtes, et que les noms qui ont été transmis chez les Grecs et les Latins, et que nous retrouvons dans leur mythologie, venaient du Nord.
Cette origine de leur nom prouve que les Grecs étaient mal vus, ils étaient considérés comme les suiveurs de Ram, le rejeté des nations. Le misérable orgueil qui les animait leur donna l'idée de passer pour autochtones et de s'élever au-dessus des autres nations qu'ils jalousaient.
Profitant d'une certaine analogie qui se trouvait entre les noms de leurs villes et ceux des villes de la Phénicie ou de l'Egypte, ils faisaient naître dans la Thèbe béotienne celui qu'ils appelaient le souverain universel, Hercule, qui copie la Déesse Héra. Pour eux, le Manou des Indiens devient le Minos de l'île de Crète. Ils assuraient que Persée, fils de Danaë, avait été le législateur des Perses ; ils attribuaient l'invention de la charrue à une Cérès grecque et forgeaient une infinité de fables plus absurdes les unes que les autres, pour prouver que les grandes découvertes scientifiques, faites chez les Celtes, venaient de leur pays. Il est expliqué, dans l'article du blog intitulé « FAITS ET TEMPS OUBLIÉS », ce qu'ils inventèrent, sous le titre de Cycle de Méton, ou nombre d'or, pour attribuer à un prétendu astronome grec la découverte de la périodicité des éclipses de lune faite par la Déesse Corona, qui donna son nom aux Cornouailles. On y ajouta les calculs d'éclipses attribués à Anaxagore. Nous avons aussi montré que, de Pythagore, nom d'une science, on fit un homme né en Grèce.
Puis voici Litasthène à qui on attribue la mesure de la circonférence de la terre, qui était enseignée dans les collèges des Druidesses.
Et pendant qu'ils attribuaient à la Grèce tout ce qui se faisait en Celtique, ils niaient la grandeur de ce pays à qui ils devaient toutes leurs connaissances.
Et le peuple grec, devenu arrogant, croyait à tous ces mensonges et commandait aux plus fortes têtes d'y croire.
Les Mystères établis pour faire connaître la Vérité, ouverts à un trop grand nombre d'initiés, perdaient leur influence. Les Hiérophantes, intimidés ou corrompus, se taisaient ou consacraient le mensonge. Il fallait nécessairement que la Vérité se perdît tout à fait. C'est ce qui arriva.
La Grèce, éprise d'une folle liberté, céda aux orages des passions ; elle se divisa.
A peine vainqueurs, les Athéniens et les Spartiates se brouillèrent et arrosèrent de leur sang les plaines du Péloponèse.

TRANSFORMATION DES CHAMPS-ELYSÉES ET DU TARTARE
C'est dans le polythéisme des prêtres grecs, qui introduisit Jupiter dans le Panthéon, que les antiques traditions perdirent leur signification primitive et devinrent la base d'un surnaturel ridicule.
Plutarque, qui s'en fait le narrateur, nous dit que Jupiter sentit que la force des séductions est dans les passions humaines, que les passions plaident et prononcent dans les jugements. « Ce sont les vêtements, dit Plutarque, qui corrompent les juges. »
Jupiter ordonna donc que, désormais, les juges seraient nus, c'est-à-dire morts et dépouillés de l'humanité fragile, que leur tribunal fût placé dans l'autre vie, afin que, les âmes seules jugeant les âmes, les arrêts fussent justes. Jupiter donna cet emploi à ses enfants : Minos et Rhadamante furent pour l'Asie, Eaque fut pour l'Europe. Il oublia l'Egypte où le Jugement des « morts » était antérieur à lui, ce que les Grecs ignoraient.
Voilà donc un nouveau système mensonger imaginé par les hommes pour se débarrasser du jugement des femmes. Pour donner du prestige à cette nouvelle fable, Platon raconte qu'un philosophe qui l'a instruit lui a dit que dans l'île de Délos on trouva des tables d'airain, apportées des montagnes hyperboréennes (1), sur lesquelles ce philosophe lut toute la description de l'enfer, la doctrine de l'âme immortelle, dégagée des liens du corps et descendue sous la terre dans l'empire de Pluton, empire fermé par des portes de fer, où se présentent d'abord l'Achéron et le Cocyte, au delà Minos et Rhadamante qui jugent dans les Champs de la Vérité.
C'est l'île de Délos qui a vu naître les dieux mâles dans la Grèce, île entourée de superstition et d'exagération. Diodore de Sicile et Pline en parlent ; l'un l'appelle Basilée ou royale, nom d'une des îles féministes de l'Atlantide, l'autre Osericta, mot qui signifie dans les langues du Nord « Ile des dieux-rois », île royale des dieux, c'est-à-dire des Déesses. C'est évidemment une imitation.
(1) Ces tables étaient évidemment fabriquées, ou altérées, si elles ont vraiment existé. Mais il semble que ce témoignage invoqué par Platon est un subterfuge imaginé pour donner de la valeur à la doctrine de l'immortalité de l'âme dont il était lui-même l'inventeur.

VÉNUS SPÉCULATIVE
La grande Déesse Vénus-Hemoera a été surnommée spéculative ; on la représente un miroir à la main, et le miroir s'appelle spéculum.
On sait que c'est parce que l'homme copia la Femme qu'on mit dans la main des Déesses un miroir magique qui lui montre son image et qui semble lui dire : « Tu as le reflet de mon Esprit, tu me copies, et maintenant tu me supprimes et attribues à des hommes toutes, mes découvertes scientifiques. »
Et le mot spéculation (copie) restera dans le langage philosophique des hommes. En réalité, il signifie « celui qui imite ». Mais, comme le prêtre qui s'attribue la science en fait un commerce, le mot spéculation prendra en même temps une signification qui indiquera que c'est aussi une affaire d'argent.
Un autre mot remplacera quelquefois le mot spéculation : c'est écho. L'homme qui, chez les Celtes, copie la Déesse et prétend faire des choses extraordinaires, mettant sur le terrain concret ses pensées abstraites qu'il n'atteint pas, cet homme-là s'appelle Hecho ou Hechicero, d'où est resté, dans les langues modernes, le mot écho (ce qui répète).
Les Grecs, qui changent toujours les sexes, feront d'Echo une nymphe, qui cherche à attirer un jeune éphèbe, fils du fleuve Céphise, qu'ils appellent Narcisse. Le fond de cette légende est pris aux Celtes. Narr veut dire sot et kiss baiser. Ce nom signifia embrasser son image dans l'eau. De Narr et Kiss les Grecs ont fait Narcisse.

ROME SOUS LES DICTATEURS
En 498, nous voyons à Rome les Magistri populi qui sont munis d'un pouvoir illimité dans la ville et au dehors. Leurs arrêts sont sans appel, leur pouvoir menaçant jette l'effroi parmi les plébéiens.
C'est ainsi que l'autorité brutale de l'homme venait partout remplacer l'autorité morale de la Femme. On attribua à Romulus la fondation des comices ou assemblées par curies et du Sénat, qui est copié de l'ancien Conseil des Matrones, qui existait dans le régime matriarcal.
C'est pour donner de l'ancienneté à ces institutions qu'on les fait remonter au fondateur supposé de Rome. Le peuple était déjà fatigué de ce régime nouveau qui ne lui avait procuré que des impôts, des corvées, des guerres, des champs dévastés, de la misère et une crainte perpétuelle de la prison pour dette (ergastulum). C'est alors que pour mater le peuple on créa les Dictateurs.
En 493, on dut créer les Tribuns pour mettre un frein aux excès d'autorité de ces Magistri. Voici ce qui en fut l'occasion : « Un jour, on vit tout à coup apparaître au Forum un vieillard pâle, exténué de maigreur, les vêtements en lambeaux. C'était un ancien centurion, couvert de cicatrices, honoré de nombreuses récompenses. Il raconte que dans la guerre sabine sa maison a été brûlée ; sa récolte détruite, ses troupeaux enlevés ; pour payer l'impôt il a emprunté, l'usure cumulant la dette lui a ôté tout ce qu'il possédait et, comme une plaie dévorante, a gagné son corps ; il a été emmené par un créancier, par un bourreau, et il montrait ses épaules qui saignaient encore des coups de fouets.
Tels étaient les résultats de cette manière de gouverner, telles étaient les conséquences de la guerre.
Alors, voyant qu'on avait été trop loin, on créa pour défendre le peuple des tribuns, qui sont l'origine lointaine de nos députés actuels. Ils avaient le droit de veto (je m'oppose), qui arrêtait l'exécution des Sénatusconsultes.
En lisant cela, cette réflexion vient d'elle-même à l'esprit ; A quoi bon faire des décrets et des ordonnances si quelqu'un a le droit d'en arrêter l'exécution en disant tout simplement : « Je m'y oppose » ? Quelle confiance avoir dans des législateurs qui ont besoin d'un contrôle ? On comprendrait cela si c'étaient des femmes qui s'opposaient à l'injustice des hommes ; mais des hommes contre d'autres hommes ? Qui les contrôlera eux-mêmes ?
On sent que la grande préoccupation de ce régime qui commence, c'est d'établir la suprématie du Père, qui aboutira au fameux droit paternel. On arrive à soustraire la famille à l'autorité de la Mère en donnant aux tribus une organisation nouvelle. On les partage chacune en dix curies, chaque curie est organisée en décuries ; les décuries étaient formées en gentes. La gens était comme une grande famille à laquelle on donna comme chef le Père, alors que, jusque là, c'est la Mère qui avait disposé de toute l'autorité familiale ; ceci prouve que cette substitution fut lente et longue et ne dut pas s'effectuer sans luttes, quoique les historiens nous disent qu'à ce moment le Père règne sur la femme, les enfants, les esclaves, et que son pouvoir sur la gens est absolu. On le présente, d'avance, comme le Pater familias ; il n'y a plus qu'une volonté, la sienne ; ses amis, appelés ses clients, étaient toujours prêts à le soutenir contre les justes revendications des défenseurs de l'ancien droit.
La famille, ainsi constituée, devait être un enfer pour les femmes ; aussi elles n'y entraient pas volontairement, et, pour en avoir, les hommes devaient les voler : de là le rapt.
Ce sont les partisans de ce nouveau régime qu'on va appeler patriciens ; ils vont mettre la noblesse de leur côté, en se déclarant une caste supérieure. Ce sont eux qui vont rendre la justice, déclarer la guerre et prendre la direction de la religion.

ROME FAIT DES LOIS (451)
Le régime nouveau faisait des progrès à Rome. Trois commissions furent chargées d'aller dans les villes grecques de l'Italie méridionale et jusqu'à Athènes, pour étudier les lois et les recueillir. C'est alors que Rome fut connue des Grecs. Elle n'était à ce moment qu'une petite ville sans importance. Même à l'époque d'Alexandre, elle était peu connue en Grèce. L'historien Théopompe ne dit qu'un seul mot de cette ville pour annoncer qu'elle a été prise par les Gaulois (en 390).
Au retour des commissions, on créa les Décemvirs. Dix magistrats patriciens, investis d'un pouvoir illimité, avaient, chacun pendant dix jours, la présidence et le gouvernement. Ils furent chargés en l'an 304 de Rome (442 avant notre ère) de rédiger un Code de lois (les douze Tables). Dix tables de lois furent exposées sur le Forum et acceptées par les centuries ; voilà la loi de l'homme, faite par l'homme et acceptée par l'homme. Impossible de ne pas voir dans ce fait la contre-partie de ce qu'avait fait la Femme dans l'ancien régime.
Pour compléter ces lois, les Décemvirs publièrent deux nouvelles tables remplies de lois iniques et gardèrent le pouvoir sans convoquer les comices. Donc ils commencent par abuser de l'autorité qu'on leur donne.
Des doutes ont été exprimés au sujet de l'authenticité de la loi des douze Tables. Quelques auteurs ont même prétendu que l'existence de ces douze Tables était une pure invention. M. Michel Bréal s'est chargé d'en défendre l'authenticité. Voici ce qu'elles contenaient, et cela nous explique pourquoi on les tenait secrètes.
Le Zodiaque de la Déesse Hathor était un résumé en douze symboles de la Loi qu'elle avait formulée dans le Sépher. Le mot Zodiaque vient de Zoè (vie) et disque (diaken en flamand). Le Zodiaque fut imité souvent, mais surtout par Ram, qui y introduisit de grands changements dans le but de le faire servir à la consécration des doctrines masculinistes qu'il préconisait.
Depuis, on le considérait comme contenant douze piliers c'est-à-dire comme soutien du régime nouveau. Ce sont les Lois des douze Tables qu'on a personnifiées et célébrées sous différents noms chez tous les peuples de la terre, Les uns en ont fait douze grandes intelligences qui présidaient aux douze mois et aux douze signes, d'autres les chantaient comme les douze anges gardiens de l'Univers. On les appelait les douze sénateurs, les douze modérateurs du monde. Les Scandinaves les célébraient sous le titre des douze Ases d'Odin.
Quoiqu'on ne sache pas ce que contenaient ces lois, on les invoquait souvent à l'appui de ce qu'on imposait. Ainsi, on nous dit que la Loi des douze Tables édictait des peines sévères contre les magiciens qui exploitaient la crédulité publique, les charlatans qui tenaient boutique de recettes qualifiées de magiques, qui tripotaient avec des formules sacrées, préparateurs de philtres, souvent de poisons, ne reculant devant aucun crime.
Les femmes, devaient se révolter de cet état de choses nouveau pour elles. On agissait sans les consulter ; bien plus, on les considérait déjà comme du bétail humain : « Le brutal Appius a chargé l'un de ses clients de réclamer, comme son esclave, la jeune Virginie, fille d'un plébéien distingué ; au mépris d'une loi récente des douze Tables, il l'adjuge provisoirement à son prétendu maître. En vain Icilius, son fiancé, et de nombreux témoins, prouvent qu'elle est de naissance libre, en vain Virginius, centurion à l'armée de l'Algide, accourt pour réclamer sa fille ; Appius la livre à son client. Alors le malheureux père, pour sauver l'honneur de sa fille (ce sont les historiens masculins qui parlent), lui perce le cœur et, tout couvert de son sang, il va soulever les soldats qui marchent sur Rome et campent sur l'Aventin. Puis, suivi de tout le peuple, et réuni à l'armée de Sabine, ils se retirent encore une fois dans l'asile du Mont Sacré. ».
Telles sont les mœurs barbares, les idées folles, et la morale bizarre de ces demi-sauvages !...
Ce fait peut être rapproché de cet autre, situé dans l'histoire de Rome un siècle avant (510) : c'est celui qui nous dit que Lucrèce, femme de Tarquin Collatin, fut déshonorée par Sextus Tarquin et se tua sous les yeux de son mari en demandant vengeance.
Comment des hommes peuvent-ils écrire des choses aussi contraires à la psychologie féminine ? Une femme qui a été violée est indignée certainement, mais elle ne se tue pas pour cela. Ce qu'elle peut faire, c'est tuer son violateur, mais pourquoi tuerait-elle la victime du crime, quand cette victime, c'est elle- même ?
Autre chose : elle se tua, dit-on, sous les yeux de son mari, mais en 510 on n'avait pas encore fait de loi qui instituât le mariage, puisque la première loi, celle des douze Tables, date du siècle suivant. On voit, dans tout cela, la préoccupation des hommes d'une époque postérieure, de mettre l'honneur de la Femme dans son esclavage sexuel, ce qui est en opposition avec la morale primitive qui l'avait glorifiée dans son sexe et dans sa liberté !
Fabre d'Olivet a bien jugé les Romains. Il dit d'eux : « Rome, trop farouche pour aimer les arts, asile d'une foule de vagabonds, sans connaissances et sans envie d'en acquérir, était tombée dans un tel état d'ignorance qu'on y posait encore un clou tous les ans à la porte du temple de Jupiter pour conserver la chronologie. Le premier cadran solaire que l'on vit dans cette ville y fut placé dans le temple de Romulus Quirinus, plus de deux siècles après l'établissement des consuls.
« Les Romains n'étaient, dans l'origine, que des sortes de flibustiers que l'appât du butin réunit, des brigands courageux dont l'unique vertu, décorée du nom pompeux d'amour de la Patrie, ne consista pendant plusieurs siècles qu'à rapporter à la masse commune ce qu'ils avaient pillé aux nations du voisinage.
Quand ces guerriers allaient en course, ils portaient pour enseigne une poignée de foin (nourriture de l'âne), qu'ils appelaient manipuli. La grue, qu'ils reçurent des prêtres saliens et qu'ils transformèrent en aigle, ne parut que longtemps après sur leurs drapeaux. L'aigle fut consacré à Jupiter. » (Etat social, t. II, p. 22.)
Rome était l'antithèse de la Gynécocratie. Centre d'événements tumultueux, violents, il y régnait une dureté qu'on appela de l'héroïsme, une absence complète d'aménité. Des scènes de carnage et de dévastation remplissent les annales de Rome. En quelques siècles, cette bourgade, qui n'était, au début, qu'un ramassis de révoltés, s'éleva, s'étendit au loin et arriva au faîte de la puissance brutale, donnant au monde l'exemple de ce que peut être une société quand la force triomphe.
Rome fit des lois abominables, des guerres meurtrières, elle eut des monstres couronnés, ses grandes femmes furent calomniées, avilies !
Ce fut une tache dans l'histoire, dont le déplorable effet dure encore !

INVASION DES GAULOIS EN ITALIE (390)
En 390, une tribu gauloise, sous la conduite d'un de leurs Brenns, entra encore en Italie et resta dans le nord de la péninsule, qui prit le nom de Gaule cisalpine.
Cette seconde descente des Gaulois en Italie mit en présence les deux puissances gauloise et romaine. Les Gaulois, ayant passé les Apennins et entamé le pays qui restait aux Etrusques, furent attaqués par les Romains. Ils mirent en pièces l'armée romaine, au bord de la rivière d'Allia, puis ils prirent et brûlèrent Rome (en 391). Ils ne purent toutefois prendre d'assaut la citadelle de Rome. Leur général, leur Brenn (mot dont les historiens romains ont fait un nom propre, Brennus), pour s'emparer du Capitole, fit escalader la nuit le rocher sur lequel il était appuyé ; c'est alors que Manlius fut réveillé par le cri des oies sacrées, et précipita dans le vide les Gaulois qui escaladaient le mur.
Dans cet épisode, nous trouvons à noter ceci : l'oie est un animal qui servit de symbole quand les femmes avaient le tort de ridiculiser les hommes. L'homme se vengea en faisant de l'oie un animal sacré, et nous la retrouvons au Capitole entretenue et vénérée, en attendant qu'elle devienne l'aigle impériale...
Nous trouvons là la même évolution d'un symbole que nous avons déjà constatée en Egypte, où le taureau sert à représenter ironiquement l'homme fort et devient le bœuf Apis, divinisé !...
Une autre forme de l'ironie est celle qui consiste à renvoyer à la Femme les accusations portées contre les hommes. C'est ainsi que nous voyons une jeune fille, Hercynie, tenant une oie dans ses mains. Faut-il faire remarquer que, dans les temps modernes, c'est cette idée renversée qui a prévalu, et que l'oie ne symbolise plus la bêtise de l'homme, mais celle de la Femme ?
Les Romains négocièrent la rançon de leur cité. On raconte que, lorsqu'ils payèrent, en lingots d'or, le rachat de Rome, les Gaulois employèrent de faux poids pour augmenter la somme qu'ils devaient recevoir. Les Romains se plaignirent ; le Brenn, c'est-à-dire le général des Gaulois, mit encore, en plus, sa grande épée dans la balance, en s'écriant : « Malheur aux vaincus ! » Ce Brennus était de la tribu des Semons, et les Semons était une colonie du pays de Sens en Champagne.
Au commencement du règne d'Alexandre le Grand, ils sont sur les bords du Danube ; en 337, ils fondent la Galicie. Après Alexandre, ils vainquirent les Macédoniens, et allèrent civiliser la Grèce.
Belgius était chef de l'armée qui attaqua le Temple de Delphes. Les chefs qui guidaient l'expédition avaient le collier d'or et la robe de lin. Ils furent vaincus en 278. Alors, ils passèrent le détroit qui est entre l'Europe et l'Asie et où se trouve maintenant Constantinople, et ils fondèrent dans l'Asie Mineure un Etat qu'on nomma Galatie ou Gaule d'Asie (1).
D'après une tradition recueillie par un compilateur grec anonyme, c'était une femme, Onomaris, qui avait guidé les Galates lorsqu'ils franchirent l'Istros et qui était devenue leur Reine dans le pays qu'ils conquirent. (Cité par Dottin, Ant. Celt.,ip. 182.)
C'est alors qu'ils introduisirent en Orient leur Dieu Hésus, dont le nom devint à la mode et se retrouve dans des familles juives (Jésus) lorsque, sous le nom de Galates, les Gaulois s'établirent en Asie, où ils fondèrent la Galilée. Ils furent plus tard les seuls peuples qui résistèrent aux Romains.
Pendant deux siècles, ils tinrent la puissance de Rome en échec. Ils furent vaincus par Annibal auquel ils s'étaient alliés.
Il n'est pas étonnant que ceux qui furent vaincus par eux les aient représentés comme des barbares ; ils étaient l'objet de la haine des Latins, qui, du reste, les confondaient avec les Celtes, qu'ils avaient aussi pris en haine, ceux-là à cause de leur supériorité.
Ceci nous explique pourquoi nous allons trouver deux opinions exprimées sur ceux qu'on appelle indistinctement des Celtes, des Kymris, des Belges ou des Gaulois. Les Grecs et les Latins confondent les différentes races qui occupent le territoire de l'ancienne Celtide et qui ont, cependant, une origine très différente.
Dans le 3ème siècle avant notre ère, le mot Galaete apparaît chez Callimaque comme synonyme de Celte. Galaete est aussi employé chez Eratosthène et dans deux épitaphes, dont l'une est celle de trois jeunes filles qui se tuèrent pour échapper aux barbares qui sont désignés successivement par les deux synonymes Keltes et Galaetes (Dottin, pp. 12-13.)
Faut-il penser que ce sont les Gaulois qui ne respectaient pas les femmes, mais qu'on a rejeté leur barbarie sur les Celtes, leurs ennemis ? Il est bien évident qu'un vent de révolte soufflait sur toute la masculinité qui, partout, voulait s'affranchir de la loi morale que les hommes trouvaient trop sévère pour eux.
La révolte générale est révélée par les noms mêmes qu'ils se donnent. Chaque fraction voulait commander, aucune ne voulait obéir, l'anarchie était partout. Les Celtes divisés sont :
- Les Alains ou All-ans (égaux en souveraineté).
- Les All-mands (égaux en masculinité).
- Les Vand-ales (ceux qui s'éloignent de tout).
- Les Fri-sons (les enfants de la liberté).
- Les Quades (les parleurs).
- Les Cimbres (les ténébreux).
- Les Swabes (les hautains).
- Les Allobroges (les briseurs de tout lien).
- Les Scandinaves (ceux qui errent sur les navires).
- Les Francs (les fracasseurs, ceux que rien n'arrête).
- Les Saxons (les enfants de la nature), etc.
Et Fabre d'Olivet, qui cite ces noms, ajoute cependant : « Une sorte de vénération pour les femmes, qu'ils continuaient à regarder comme divines, adoucissait un peu, il est vrai, l'âpreté de leurs mœurs ; mais cette vénération ne resta pas longtemps générale. »
(1) Gallograeci désigne les gaulois établis en Asie Mineure. C'est un synonyme de Galates.

LES MYSTÈRES DES HOMMES
Les orgies étaient tombées dans le domaine du peuple.
Revêtues d'une apparence religieuse qui en dissimulait les désordres, elles gagnèrent facilement du terrain ; les temples se multiplièrent ; les Mystères des hommes, cherchant l'isolement, s'établirent dans les îles riveraines, dont le nom Oog (île en grec, en coréen, en garamis) resta chez un grand nombre de peuples pour signifier demeure, hogar.
Pour célébrer les Mystères, des hommes formèrent des campements provisoires, mille fois maudits par les prophètes hébreux sous le nom de Socoth Benoth (orgies de Baal (1), fête des Sichémites, mystères de Moab). Sichem vient de Sick-heim, demeure des morts.
Les Mystères des hommes n'ont pour but que le rapprochement des sexes. En quelques pays, comme à Babylone, à Sicca Venera, dans l'île de Samos, au temple de Melkart, la jeune fiancée attendait sur le parvis du temple un hôte qui pouvait être un esprit sous une forme humaine ; ou bien encore, renfermée dans le secret de la mezquita, elle recevait la visite de Bel, de Jupiter Ammon, de Brahma.
L'homme se cache sous le dieu.
Mosquée (Moschenein signifie entrer masqué).
Mosechari nous indique la destination primitive de la Mesquita : c'est là que l'homme masqué vient trouver la femme. D'après le rite romain, le sacrificateur se voile la tête.
(1) Le nom de Bal fut donné aux orgies de Bal, Moab. Mob, en anglais et en hollandais, signifie populace

SATURNALES
Les Saturnales étaient des fêtes données en l'honneur de Saturne, au mois de décembre.
Pendant que duraient ces fêtes, tout travail cessait, excepté la cuisine, et les rangs sociaux disparaissaient, les esclaves pouvaient parler comme ils voulaient et critiquer leurs maîtres.
A l'occasion de ces fêtes, on expliquait qu'Uranus se générait directement, mais que, après lui, vint Saturne, monde dans lequel on se reproduit sexuellement.

MERCURIALES
On appelait Mercuriales les fêtes de Mercure, qui étaient célébrées à Rome par une société de marchands, disait-on. Car on sait que Mercure était le dieu des voleurs ; sa divinité était un mensonge, car son éloquence et son air affable qui séduisait conduisaient les âmes dans le Tartare.
Il tient en main le caducée, fait de deux serpents représentant la trahison de l'homme sous ses deux aspects : le prêtre et le roi.
Un des noms de Mercure est Parammon, fils d'Ammon. Mercure, comme Hermès, est celui qui interprète. Pour l'excuser, on dira qu'il est le messager et l'interprète des dieux. C'est le beau parleur, « le dieu de l'éloquence », et on le représentera comme un charmeur, enchaînant le Monde par la force du discours : « de sa bouche sortent de petites chaînes qui se rendent dans les oreilles d'autrui ».
Mais ce dieu est aussi un personnage phallique. Phallus était un des quatre dieux de l'impureté ; les trois autres étaient Bacchus, Priape et Mercure. On peut voir au Musée de Rouen une statuette de Mercure tenant en sa main gauche un phallus. On appelle phallophores ceux qui, dans les fêtes infâmes de Priape et d'Osiris, portaient la figure du phallus.
Et comme ils veulent toujours mettre les femmes de leur côté, on nous dira que Phaloe était une nymphe, fille du fleuve Lyris.

LES FEMMES RÉAGISSENT
Les cultes phalliques sont l'origine de la folie masculine ; l'esprit des hommes sombre dans les orgies ; c'est une mort morale, qu'on représente par un simulacre d'abord, puis, plus tard, dans les Mystères masculins, par une mort réelle, celle d'un animal représentant l'homme descendu vers la brute. Ce fut un bélier ou un taureau, un mâle quelconque.
Au temps où l'équinoxe commençait au taureau, c'était cet animal qui était la victime. Un bélier représentait Ram. On offrait un banquet pour effacer d'avance la tache contractée par le dénouement de la ceinture (1).
On faisait remonter à Ram la révolution masculiniste.
A Rome, chaque année, pour l'immolation du Ram, 48 tribus latines se réunissaient.
Sur les bords du Tibre, aux Mystères de Raymi, on immolait un agneau noir.
A Rama, dans l'Inde, pendant la cérémonie, la foule répétait continuellement : Ram, Ram !
Le mot Ramadan vient de là.
Les Floralies se faisaient à Rome le 4 mai. En Gaule, on les célébrait aux calendes de mai. De Calendoe maianoe le peuple a fait colin-mayar. Cette fête existe encore en Angleterre et se fait à Helstown le 8 mai.
Quand les Européens sont arrivés en Amérique, ils ont trouvé le grand Caraïbe pratiquant encore, en nature, cette antique expiation, ce qui prouve que les mêmes idées avaient régné sur toute la Terre.
La victime du sacrifice, le Dévoué, était attaché au gnomon, mis à mort et mangé.
Dans Lucain et les autres poètes, dévolus signifie dévoué comme victime expiatoire.
Les Phéniciens appellent le bélier sacrifié kar. En celtique, keeren signifie expier, purifier. Dans le fameux temple de Mylasa, le pontife qui immolait le bélier victimaire s'appelait lui-même Carés.
Chez d'autres peuples, le nom est changé, mais le synonyme qui le remplace laisse voir facilement qu'il s'agit du même mystère. Ainsi Borro, en espagnol, veut dire agneau mâle d'un an, et borrar effacer (le péché). Borrico (âne) est aussi employé dans les anciens Mystères.
On connaît les deux boucs symboliques des Hébreux ; l'un (le mâle) était immolé sur place, l'autre (la femelle) était chargé des iniquités de l'homme, puis renvoyé au désert.
Chez les Celtes, l'animal victimaire s'appelait guild. C'était généralement un bélier, quelquefois un taureau. Comme le sacrifice était précédé de l'offrande, on donnait des cornes d'or au bélier. Par la suite, le sacrifice fut précédé d'un banquet, si bien que le mot guild est arrivé à signifier banquet et or. Mais il signifie aussi fille et prostituée, parce que, quand les idées s'altèrent, on fait un mélange confus de tout ce qui rappelle la vie sexuelle.
Le bœuf gras, qui est le dernier souvenir de l'animal sacrifié, s'appelle encore aujourd'hui guildos (gild, os, taureau).
En phénicien, le mot rachat, rédemption, est gael. Mais, comme gael signifie aussi coq, dans la cérémonie du Kippour c'est souvent un coq que l'on prend pour victime, et l'officiant, jouant sur les mots, dit avant de l'égorger : Sois mon rachat.
Gael et gallus, chez les Tyrrhènes, signifie coq.
Dans l'ancienne Gaule, on immolait un taureau sur une pierre trouée, et la personne pour qui on offrait le sacrifice était placée dessous, en recevait le sang ; elle était alors, comme nous le voyons par les inscriptions, Renala (régénérée).
A Mexico, on égorgeait sur une pierre des victimes humaines pour le salut de l'Empereur. Souvenir de l'homme sacrifié et de la femme sauvée (ambrator).
Cette idée de renaissance prend des formes diverses. Sur les tombes qui datent de l'époque hiéroglyphique, on dessinait les animaux qui muent pendant l'hiver, comme les serpents, les tortues, les salamandres, figurant par ces emblèmes l'initié qui laisse au fond du cercueil sa dépouille, pour reparaître dans les Floralies sous une forme nouvelle (2). On y peignait de même le hanneton (scarabée), parce qu'il arrive vers le 1er du mois de mai, époque des Floralies ; on y grava le tau T et l'aspa X (deux os placés en croix).
Muer, c'est se transformer, laisser sa première enveloppe comme le saurien, la grenouille, qui, en celte, s'appelle frog. C'est de là que vient le mot défroque, nom donné au corps du mort.
Dans les Mystères masculins où on immolait un simulacre d'homme, les Suèves de la Baltique gardaient sur leur tête rasée une touffe de cheveux. C'est par opposition à cette ancienne coutume que, plus tard, à cette même place on fit la tonsure des prêtres.
Les Kaldéens de Babylone, les Assyriens, les Araméens ou Syriens n'avaient pas de sacrifices humains ; ils sont inconnus aussi, ou fort rares, chez les Arabes. Lucien parle des sacrifices de la ville sémitique d'Hiéropolis.
(1) On déliait la ceinture dans les Floralies du Temple Olympique de Salisbury. C'est cette légende qui, en se transformant, est devenue celle d'un ancien roi qui aurait ramassé, dans un bal, la jarretière de la comtesse de Salisbury. Une ceinture mystérieuse se voit à Tortosa, en Espagne ; là, l'ancien ordre de la ceinture s'appelle aujourd'hui mystiquement Ordre de la Hache. (La hache sert à fendre.)
(2) Mithra vient de Metrius. Metrius vient de Mugter, qui veut dire Mutare (muer).

LA SCIENCE ANTIQUE CACHÉE SOUS DES FICTIONS SURNATURELLES
Il est curieux de constater par quels chemins tortueux la science antique passe pour arriver à représenter toutes sortes d'erreurs, les unes grotesques, les autres absurdes et souvent obscènes, mais toujours surnaturelles. Le but principal est de changer le sexe de la Divinité.
Dans les Mystères féminins, on continuait à enseigner les Lois de la nature et particulièrement la cosmogonie, symbolisée par le Septénaire, parce qu'il existe sept principes actifs qui régissent l'Univers. Mais cette idée a déjà commencé à se corrompre.
Les Syriens avaient désigné les Forces cosmiques sous le nom d'Intelligences ; cela va servir de base à la théorie hiérarchique des Intelligences célestes distribuées dans les sphères célestes et dans les étoiles, et la distribution en sept grandes Intelligences va se retrouver partout.
Les Guèbres, descendants des anciens Perses, étaient déjà persuadés que les corps célestes étaient animés par des intelligences qui se mêlaient à la conduite des hommes. Le soleil, d'après eux, est la première intelligence. Le feu est devenu leur grande Divinité, c'est un être intelligent susceptible de tous les mouvements spirituels.
Singulière confusion entre l'Esprit vivant et le feu des astres qui a servi à le symboliser. Le feu est devenu un être divin extrait de la substance du dieu, océan de feu et de lumière, dont tous les autres feux sont émanés. Ils placent la Divinité dans la totalité du feu éthéré, dont chaque astre est une émanation. Toute cette théorie fausse est l'origine du dieu aux sept rayons, du Saint-Esprit Mère des sept maisons, des sept lampes devant le tabernacle, des sept colonnes de sagesse, des sept étoiles, des sept chandeliers d'or, des sept esprits célestes des Japonais, des sept étages du monde, des sept cieux, etc.
Les anciens figuraient le monde par un vaisseau inondé de lumière éthérée et conduit par sept pilotes ou génies. C'est ce que, dans l'époque d'ignorance, on représentera par les sept planètes. Mais cela n'était que la copie de ce qu'on avait vu dans les Mystères, lorsque la science était encore enseignée par la Déesse appelée Fides, dont le culte était établi dans le Latium. Cette Déesse, dont le nom représente collectivement les Prêtresses qui enseignaient la science, avait des temples, des hiérophantes et des hiérophantia (Prêtresses d'Hécate) qui présidaient aux initiations. Leur science, appelée hiéroscopie, fut imitée par les Aruspices. C'étaient des femmes vêtues de blanc, les mains jointes (1). Les hommes qui les assistaient étaient voilés d'une étoffe blanche et en avaient la main enveloppée. (C'est ce qui a été parodié par Pierrot habillé de blanc.)
Ces Prêtresses enseignaient l'origine du symbolisme des sept Intelligences confondues avec les sept Principes cosmiques. On a fait d'elles les sept Pléiades.
La mythologie nous dit que les Ménades et les Hyades pleurent leur défaite par leur frère Hyas ; elles sont changées en astres et, envoyées au ciel. On les nommait Ambroisie, Eudoxe, Pasithoé, Coronis, Palixo ou Plexaure, Philéto ou Phytho et Tyché.
(1) Deux mains jointes ensemble étaient le symbole de la bonne foi.

LES ARUSPICES CONTRE LES DÉESSES
Le prêtre va copier la science des Déesses, puis la masculiniser.
Pour lui, les grands dieux Cabires de Samothrace réunissent en eux le Principe actif masculin et le Principe passif féminin. Leur nom était consacré chez les Romains et dans les livres des Augures, sous le titre de Devi-potens ou dieu tout-puissant.
Puis on appela Parèdres ou Synodes les nouvelles divinités masculines. Augure, le nom qu'on donne aux prêtres romains, vient d'une racine qui signifie vautour : geier en celtique, agur en hébreu, guira en garamis.
Festus nous apprend que les Augures entendaient par les dieux mânes tous les dieux, parce que, selon leur doctrine, il se faisait, de leur divinité, un écoulement qui pénétrait tout. (Du mot latin manare, couler.)
Les Augures furent d'abord les ministres des Temples, appelés Parasites. Leurs fonctions à Athènes étaient les mêmes que celles des Epulons à Rome. Par Parasites d'Apollon, on entendait les farceurs et les bouffons. L'ironie, le sarcasme vont devenir des dogmes.
Après que la Déesse a représenté la lumière, elle va être l'emblème de ce qui l'éteint, l'eau, prenant ainsi la place des dieux océaniques.
On faisait une fête dans laquelle on promenait la statue de la Déesse. A Rome, c'était Cybèle que les Galles promenaient et qu'ils plongeaient ensuite dans l'Almon. Pour se venger, à Rome, le 15e jour de mai, qui était celui des Ides, les Vestales jetaient dans le Tibre, par-dessus le pont Sublicius, trente effigies, ou mannequins en osier, représentant des vieillards.
Si la Bonne Déesse devint pour le Prêtre un objet de crainte, une Némésis redoutable, c'est parce qu'il l'avait outragée, après avoir pris sa place. Et c'est ce qui explique la colère des dieux.

LES VESTALES AU FORUM
Cette histoire rectifiée nous fait comprendre que les Vestales eurent un rôle très important à Rome.
Longtemps elles furent une puissance morale qu'on n'osait pas attaquer. Leur résidence sacrée était le Forum, centre et cœur de Rome, qui, depuis la ruine de l'ancienne religion, a servi à toutes sortes d'usages profanes. On a entrepris des fouilles au Forum pour découvrir les vestiges des monuments immortalisés par l'histoire. Déjà on nous a restitué des vestiges de la maison des Vestales. On sait que c'est là que se trouvait le temple fameux dédié à Vesta.
Gaston Boissier, envisageant les transformations survenues dans ce lieu sacré, nous dit : « On construisit, autour de lui, des places plus vastes, plus régulières, plus somptueuses, mais qui ne furent jamais regardées que comme des annexes et des dépendances de ce qu'on s'obstinait à appeler par excellence le « Forum, romain ».
Il résista aux premiers désastres des invasions et survécut à la prise de Rome par les Wisigoths et les Vandales. Après chaque bourrasque, on s'occupait à le réparer tant bien que mal, et les barbares eux-mêmes, comme Théodoric, prenaient quelquefois la peine de relever les ruines qu'ils avaient faites. La vieille place et ses édifices existaient encore au commencement du 7ème siècle, lorsque le Sénat eut l'idée malheureuse de consacrer à l'abominable tyran Phocas cette colonne dont Grégorovius nous dit que « la Némésis de l'histoire l'a conservée comme un dernier monument de la bassesse des Romains ».
A partir de ce moment, les ruines s'amoncellent. Chaque guerre, chaque invasion renverse quelque ancien monument qu'on ne prend plus la peine de réparer. Les temples, les arcs de triomphe, qu'on a flanqués de tours et couronnés de créneaux comme des forteresses, attaqués tous les jours dans la lutte des partis qui divisent Rome, ébranlés par des assauts furieux, finissent par s'écrouler et couvrent le sol de leurs débris. Chaque siècle ajoute à cet entassement.
Après avoir cité ce qu'écrivent les hommes modernes sur ces questions d'histoire passée, je veux aussi citer ce que disent les femmes.
En voici une qui écrit ceci : « O Vierge aux cheveux courts, blanche Vestale, à qui consuls et préteurs devaient céder le pas ; toi qui marchais précédée des licteurs et devant qui s'abaissaient les faisceaux ; toi qui connus la gloire des apothéoses les plus magnifiques et témoignais en justice sans prêter serment ; que dirais-tu, ô toi dont les tribuns même respectaient le caractère sacré ! Que dirais-tu de la thèse féministe ?.... »

LES ÉTRUSQUES VAINCUS EN ITALIE (vers 309)
Au milieu des guerres incessantes des nations masculinistes, les Étrusques, restés fidèles aux principes gynécocratiques, se sentent chanceler au milieu de leur luxe et de leurs richesses. Ils croyaient à la fatalité de leur décadence. Leurs Prêtres annonçaient le soir prochain du monde, le dernier âge de leur puissance.
Les guerriers étrusques s'engageaient, par la loi sacrée, à mourir plutôt qu'à fuir. Vaincus près de Sutrium par Fabius, ils succombèrent en effet. Ceci nous fait savoir qu'ils avaient une antique loi sacrée, comme la Thorah des Israélites.
Au déclin de la République romaine, on mourait pour la liberté, parce que les femmes ne voulaient pas du nouveau régime. Et les hommes les imitaient et s'entretuaient pour une liberté... que la loi romaine venait de leur donner ! Les rois combattaient les Sabins, les Latins, les Étrusques. Parmi les Sabins étaient les Avintenum, les Fidènes, les Réates, les Cures, peuples de l'Italie centrale. Une partie des Sabins s'établit à Rome avec le roi Tatius, et une autre resta dans ses montagnes et fut soumise par Curius Dentatus (290 avant notre ère).
On raconte que Tarpéia, fille de Tarpéius, gouverneur de la citadelle de Rome, en ouvrit les portes aux Sabins. Cela prouve que les Sabins étaient des féministes.

LES GUERRES PUNIQUES (DE 264 A 241)
Carthage est l'antithèse de Rome : elle représente la Femme ; Rome, c'est l'homme. Aussi est-elle destinée à être vaincue.
Les mercenaires n'ont pas d'intérêt direct dans ses affaires ; les soldats romains mettent leur gloire dans le triomphe, ils combattent comme l'homme, pour vaincre. Les Carthaginois sont moins soucieux de la gloire militaire ; cependant, ils ont une marine nombreuse et une cavalerie excellente, composée de Numides, mais qui ne leur appartient pas, qui peut leur échapper et qui leur échappera, en effet, au moment décisif.
Et puis il y a entre cette nation gynécocratique et les soldats masculinistes des intérêts contraires. Les Romains, eux, sont tous soldats, tous rompus aux fatigues de la guerre, et ils luttent pour une cause qui leur plaît : la conquête, le triomphe d'un Etat qui exalte l'homme. Puis ils sont protégés par une ceinture de colonies, par des municipes et des villes alliées, dont tous les hommes les soutiennent, dont la population n'a de volonté que celle du Sénat, et qui se lève comme un seul homme quand il s'agit d'attaquer ce qui reste de la puissance du vieux monde féministe.
Aussi Carthage est abandonnée à la première agression des peuples qui l'entourent ; ses soldats, fatigués du joug gynécocratique, sont assoiffés d'indépendance et tout disposés à se révolter contre leur nation au lieu de la défendre. Leur inconstante humeur les porte vers l'ennemi, au lieu de le combattre ; ils voient dans les Romains des révoltés contre les croyances et les mœurs dont ils sont eux-mêmes fatigués ; la religion romaine, plus tolérante que celle de Carthage, est plutôt leur affaire ; le régime brutal de Rome convient bien mieux à leur caractère batailleur que le travail paisible des Carthaginois.
En même temps, les superstitions romaines les attirent par leur caractère de mystère.

DÉFAITE DE CARTHAGE
Carthage était devenue un Etat puissant.
Vers 250, elle possédait presque toute l'Espagne et y imprimait son caractère de galanterie chevaleresque, qui n'a jamais cessé d'y régner.
Le culte de la Femme, institué alors, avait pris une telle force dans le cœur de l'homme que, lorsque le Christianisme triompha, c'est à la Vierge Marie que l'Espagne rendit un culte. Carthage entretenait garnison à Malte, elle possédait les Baléares et d'autres îles. Sur les médailles de Carthage se trouvait la tête de Cérès, la lionne Déesse, devant laquelle les hommes s'inclinaient.
Le culte théogonique s'était donc conservé là, grâce aux traditions gynécocratiques de cet Etat.
La défaite d'Annibal par les Romains fut le dernier coup donné au régime féministe. Annibal avait toutes les qualités des races théogoniques. C'était une belle nature, un intellectuel. Il réunissait la culture grecque et punique, il prodiguait l'argent, voulait un dévouement absolu, une obéissance immédiate, outrageusement dédaigneux pour le reste des hommes. Justin vante la sobriété d'Annibal : « Il est constant, dit-il, qu'il ne mangea jamais sur un lit (à la manière des anciens), que jamais il ne but plus d'un setier de vin par repas et qu'il observa une telle continence qu'on n'eût pas dit qu'il était africain. »
Quelle différence avec les hommes élevés à Rome, sous le gouvernement le plus masculin de la Terre ! Mais Annibal devait avoir une belle revanche. En 216, ce fut lui qui triompha des Romains.

À suivre : CONSÉQUENCES DE L'INVASION ROMAINE