NOS VÉRITABLES ORIGINES, NOS RACINES, NOTRE ARBRE GÉNÉALOGIQUE




LE BOIS SACRÉ
À côté des Temples des déesses existait un Bois sacré.
C'est que l'enseignement de la Cosmologie donné dans le Temple était complété par un enseignement des sciences naturelles donné dans le Bois sacré.
Ce Bois est sacré parce qu'on y enseigne l'origine végétale de l'homme et les lois de son évolution, et, pour démontrer ces idées abstraites, on montre à l'étudiant l'Arbre de vie, conservé avec soin, jamais mutilé, afin de pouvoir observer en lui les phases de l'évolution qu'il traverse et qui sont fidèlement reproduites par l'embryon qui se forme dans l'utérus maternel en repassant par les étapes de la vie végétale.
Des nymphes appelées Hamadryades avaient la garde des arbres et empêchaient de les couper. On disait qu'elles naissaient et mouraient avec l'arbre dont la garde leur était confiée.
Le culte de l'Arbre est resté dans toutes les traditions, mais on n'en comprend plus la haute portée philosophique. L'arbre révèle les puissances de la Nature. L'homme était arbre avant d'être devenu homme.
On dit l'Arbre de la science parce qu'il contient en lui tout le mystère de l'évolution et des lois biologiques. Qui connaît ces lois possède la science.
Les familles des castes supérieures avaient leur arbre sacré qu'on soignait religieusement. De là est venue cette expression : l'arbre généalogique.
Les Hindous avaient édicté des peines sévères contre ceux qui endommageaient les arbres.
Les Athéniens punissaient de mort quiconque osait couper des branches aux arbres des Bois sacrés ou des cimetières.







L'histoire de la Genèse étant ce qu'il y a de plus universellement répandu, il faut, pour rectifier les erreurs qu'elle contient, expliquer la vérité dans la langue comprise de tous. Cependant, l'entreprise est difficile. L'origine de l'homme étant au début de toutes les connaissances, c'est l'origine de l'homme qu'il faut d'abord généraliser.
Et comment vulgariser une étude qui est la science la plus élevée, la plus abstraite, qui repose sur des faits que l'étude approfondie des sciences naturelles seule fait connaître ? Essayons cependant de vaincre cette difficulté et de tout expliquer en supprimant les termes scientifiques, tâchons de simplifier les faits et de les présenter à l'esprit sous la forme la plus saisissante.
Et que les savants plus ou moins pédants ne nous accusent pas de ne faire que de la littérature scientifique : c'est voulu.
Cependant, plusieurs résumés « savants », provenant directement de l’ouvrage « L'origine des animaux, histoire du développement primitif : nouvelle théorie de l'évolution réfutant par l'anatomie celle de M. Darwin » reprendront les grandes étapes de l’évolution humaine à l’issue de cette première description.



τ . T .


L'ORIGINE VÉGÉTALE DE L'HOMME
COMMENT IL ENTRE DANS LA VIE ANIMALE
L'ENFANCE DE L'HUMANITÉ
SES CARACTÈRES ANATOMIQUES, PHYSIOLOGIQUES ET PSYCHIQUES
Nous allons, dans ce qui va suivre, faire entendre les échos du passé depuis longtemps silencieux.
Le Monde primitif, c'est le monde inconnu, celui que ni la science ni l'histoire ne nous avaient révélé jusqu'ici. Si nous avons pu en pénétrer les mystères, c'est parce que les véritables lois de l'évolution des êtres organisés que nous avons exposées précédemment, à l'article La Vie, nous ont permis de faire remonter l'histoire humaine jusqu'à ses origines. Cette méthode d'enchaînement est indispensable pour comprendre les phénomènes de la vie humaine, qui sont une suite continue, dans laquelle tout se lie à travers les âges.
Pour connaître les manifestations psychiques de l'homme, il faut connaître l'évolution physiologique qui leur sert de base.
Or, pour connaître l'évolution physiologique, il faut connaître l'origine lointaine de l'humanité.
 
PREMIÈRE ÉPOQUE - NOTRE ORIGINE
Toutes les questions qui agitent l'esprit humain depuis longtemps, se heurtent à des mystères qu'aucune science jusqu'ici n'avait pu expliquer : c'est que l'ordre dans les opérations intellectuelles est ce qui manque le plus. On constate des faits, mais on ne sait pas les classer. C'est ce classement qui est la science suprême, la Mathèse qui, seule, donne des résultats certains. C'est en remontant aux origines qu'on comprend les phénomènes actuels et leur devenir.
Or, qu’a été à l'origine l'homme qui pense ?
Il a été l'Homme-enfant.
Mais qu'est-ce que l'Homme-enfant ?
Est-ce le sauvage, que le darwinisme met avant l'homme qu'on appelle civilisé ?
Oh ! que non. Ceux qui mettent la brutalité finale au début sont des imposteurs qui renversent l'histoire ; en vertu de leur perversion cérébrale, ils voient le monde s'enfuir devant eux pendant qu'ils s'enfoncent dans le gouffre de la dégénérescence, ils voient la succession des faits dans un ordre renversé, font de l'enfant que la sexualité n'a pas encore entamé, l'image des vices longtemps satisfaits, des passions devenues triomphantes dans la bestialité, et de cette fin de l'humanité usée ils font un commencement ! Ils placent l'homme dégénéré, avec sa force de brute, dans le chétif et faible petit, et de là ils montent vers l'être perfectionné qu'ils personnifient en eux.
Orgueilleux insensés ! vous faites ainsi marcher l'humanité de la vieillesse à l'enfance, du mal au bien, alors que c'est l'inverse que la vie réelle nous montre ! Est-ce une ruse ? Voulez-vous ainsi cacher la période de paix que vous êtes venus troubler, ou bien est-ce que votre cerveau ne peut plus voir droit ?
Les premiers hommes qui resplendissaient de la pureté morale de l'Enfant, de sa naïveté, de sa droiture, de son exquise sensibilité, ne sont pas plus les fils des singes qu'ils ne sont le vieil Adam des théologiens fait de toutes pièces par un Dieu inconnu.
Ces deux chemins inverses qui ont été suivis pour nous expliquer les origines, nous révèlent deux faiblesses humaines.
Si la tradition telle qu'on nous la présente est inadmissible, c'est parce que les Écritures dans lesquelles elle est déposée ont été altérées, leur signification primitive n'y peut plus être aperçue.
Si ces récits nous étaient parvenus dans leur forme initiale, nous y retrouverions des idées vraies, une science grandiose. Ce qui le prouve, c'est qu'à travers les interpolations et les altérations, nous apercevons encore les lueurs de la grande et simple vérité.
La cause qui a poussé l'homme à altérer les Ecritures et à fausser l'Histoire est sa grande honte, c'est le mensonge formidable, roulé à travers les générations, et qui est le fait capital de l'évolution sociale de l'Humanité.
Il est rappelé et dévoilé intégralement dans ce blog.
La seconde faiblesse humaine est celle qui a engendré l'erreur moderne.
L'homme veut paraître en progrès. M. Cari Vogt n'a-t-il pas dit un jour : « J'aime mieux venir d'un singe que d'un Abel dégénéré ».
Là est la cause réelle de cette doctrine absurde, elle donne à l'homme orgueilleux l'illusion du progrès et lui cache une déchéance que son orgueil même dénonce.
Le darwinisme est né de cette hypocrisie. Si l'humanité a marché en progressant, comment expliquez-vous ces héros hindous, égyptiens, chaldéens, phéniciens et phrygiens, aryens et chinois, qui sont au seuil de l'histoire et nous représentent la jeunesse phylogénique de l'homme ? Ce sont eux qui fondent les grandes civilisations que vous ne comprenez plus, les grandes institutions sociales que vous n'avez pas su dépasser, que vous parodiez encore, en les amoindrissant, que vous avez mesquinisées, en les réduisant à votre petite taille, eux qui, dans l'ordre industriel, inventèrent tout ce dont vous bénéficiez.
Et ce sont ces grands ancêtres de l'homme que notre intelligente jeunesse reproduit par atavisme, que vous rapprochez des anthropoïdes, tandis que vous mettez au sommet l'homme moderne plus avancé dans l'évolution, en même temps que l'homme plus âgé, celui dont la conscience ne parle plus, celui dont l'envie insulte ou méprise les grandeurs qui le gênent, dont le verbe est une audacieuse négation de tout ce qui est vrai, le moderne enfin pour qui le vol et le meurtre sont des jeux.
Est-ce là le progrès ? Alors nous aimons mieux retourner dans le passé !
C'est par une erreur de jugement qu'on a fait l'Evolution à l'envers, mettant au début la folie des dégénérés qui engendre la brutalité, le fétichisme, la terreur, l'absurdité.
Les commencements de l'Evolution, sous ses aspects multiples, sont l'image des phases de la vie de l'Enfant. La mentalité des primitifs, comme celle de l'enfant, est saine, mais inexpérimentée ; elle n'est pas pervertie par les passions, encore à naître.
L'esprit de l'enfant est droit, il cherche le pourquoi des choses, il est simple parce que plus près de la Nature que l'homme, qui d'âge en âge perd sa lucidité d'esprit en même temps que sa droiture et ainsi arrive à la ruse, au mensonge, à l'erreur.
Depuis l'époque éloignée où la lumière de la civilisation jeta ses premières lueurs sur les bords de la Meuse (On sait que M. Cailleux donne une origine celtique à toutes les civilisations qui auraient commencé entre la Meuse, l'Escaut et le Rhin.), puis sur les bords du Gange, un mouvement de dégénérescence s'est produit qui a amené partout l'ignorance et les ténèbres ; l'erreur a engendré le désordre, le désordre a produit le crime, et la misère générale en est résultée.
Depuis 50 siècles, la VÉRITÉ est perdue.
« Dans ce long espace de temps, dit Marius Fontane (L'Indu Védique, p. 307), l'instruction et la science semblent avoir plutôt changé de résidence qu'étendu la sphère de leur domaine, et là où elles fleurissaient le plus, avec leurs compagnes inséparables, le commerce, les arts, la richesse, on ne trouve guère aujourd'hui que des barbares et des ruines. Persépolis et Babylone ne sont que ruines et débris et, là où Thèbes et Memphis élevaient leurs monuments gigantesques, le pèlerin cherche aujourd'hui un misérable abri sous l'humble toit d'un bédouin.
« Au milieu de ces cités détruites, on en voit qui surgissent dans un autre hémisphère, Albin, Mobile, Cincinnati, etc., etc. Toutefois ces cités n'égalent pas encore, à beaucoup près, celles qui sont tombées.... mais la barrière est levée, l'arène ouverte, le temps sans limite, et qui sait si une Carthage ne s'élèvera pas sur l'Hudson, une Tyr sur le fleuve des Amazones ?
« L'Europe elle-même, ce centre de la civilisation moderne, ne présente-t-elle pas ce douloureux spectacle de souverainetés tombées et de cultures éteintes ?
« Que l'on examine la terre classique où Platon était entouré de ses disciples, Démosthène de ses auditeurs, Phidias de ses chefs-d’œuvre. Après avoir langui des siècles dans la nuit de la barbarie, un faible rayon vient de jeter son reflet sur elle.
« Portons nos regards sur les rives fortunées où Constantin fonda sa capitale ; ses arcs de triomphe sont en poussière, son hippodrome est changé en bazar des esclaves !
« Si nous passons aux édifices romantiques de l'Alhambra qui témoignent si hautement de l'ancienne civilisation des Maures, de leur amour pour les arts, de leur esprit chevaleresque, nous nous demandons ce que sont devenus ces peuples qui ont failli subjuguer l'Europe : des demi-sauvages, des barbares ; et le superbe palais de leur roi, désert aujourd'hui, sert de repaire aux guérillas et aux bandits.
« Rome même, la cité dite éternelle, déchue de sa grandeur passée, n'est plus qu'un tombeau !
« Ainsi la lumière et les ténèbres, la vie et la mort, la création et la destruction se sont succédé réciproquement. »
 
DÉVELOPPEMENT PRIMITIF
Expliquons donc ce que fut notre origine.
Après la période azoïque (sans vie), la Terre s'était couverte d'une subite végétation. Mais les espèces apparues dans la primitive période de vie (époque de transition) ne ressemblaient pas à celles que nous connaissons actuellement. C'était une végétation bizarre, des Lycopodes, des Fougères arborescentes et bien d'autres perdues aujourd'hui, qui devait être suivie d'une animalité ayant aussi des caractères extraordinaires, des grands sauriens, des chauves-souris gigantesques.
Puis, changement à vue, pourrait-on dire, une seconde Epoque surgit pendant laquelle une nouvelle végétation apparaît, des conifères, des cycadées, et une nouvelle animalité s'en dégage : les Didelphes. En même temps, des Graminées apparaissent et sont suivies de l'apparition des insectes. Alors aussi apparaît la grande famille des Monocotylédones (genre palmiers) et, dans la sous-période jurassique, elle prend les caractères d'une vie animale, celle des oiseaux.
Arrive l'époque tertiaire et toutes les conditions de la vie organique changent encore, Une végétation nouvelle surgit : les Dicotylédones, et, après eux, issus d'eux, les grands mammifères.
Dans l’Eocène, sous-période de l'époque tertiaire, apparaît l'arbre mystérieux, embryon du genre humain, dont toutes les Ecritures sacrées ont parlé, parce que son passage à la vie animale avait été vu des premiers hommes.
Comment, dans cette vie végétale, s'introduisit le principe de la vie animale, là est le mystère ! Mystère si grand, que chacun y a regardé et n'a rien vu ; la science des orgueilleux, fatiguée de rechercher des ressemblances qui n'existent pas, a conclu à la négation.
C'est qu'il fallait regarder autrement. L'homme cherche partout son image ou sa ressemblance, méconnaissant ainsi la grande loi de l'évolution, qui change incessamment les formes, les organes, les tissus. Figurez-vous un kaléidoscope en rotation continuelle, et nous présentant sans cesse de nouveaux dessins, issus les uns des autres cependant. Pourquoi voulez-vous que les derniers ressemblent aux premiers ?
Donc les formes ancestrales ne ressemblent pas à l'homme.
Mais alors, à quoi ressemblent-elles ?
A l'arbre, à l'arbre qui s'accroît, qui se modifie, qui se transforme, qui longtemps évolue à la même place sans rencontrer la mort, cette interruption qui abrège nos existences et qui n'existe pas pour l’arbre de vie.
Demandons à l'ébauche de l'enfant qui va naître quelles sont les phases de la vie végétale qu'il reproduit, car, par une loi merveilleuse de la nature, les recommencements retracent mot à mot les commencements.
C'est par une cellule que tout organisme commence. Mais toutes ne sont pas semblablement constituées.
Celle qui commence la vie humaine, l'ovule fécondé, commence, de même, la vie végétale des organismes supérieurs, et cette aristocratie du monde des plantes se reconnaît à ses premiers organes pairs : les cotylédons, ces avant-feuilles qui ne ressemblent pas à des feuilles, et qui ont valu à toute la grande caste supérieure du monde végétal un nom barbare, les dicotylédones.
Passons rapidement. Voici une tige tout entière faite de ces mêmes cellules ; l'embryon de l'homme n'est d'abord que cela.
Puis elle se ramifie dans deux directions, par en haut pour former un bouquet de branchilles au sommet, par en bas pour former les racines. Même ramification dans l'embryon. Cela s'appelle improprement : l'aire vasculaire.
Mais où donc est la tête, où donc les membres ?
Cela va venir, mais, en attendant, et pour que l'on puisse s'y reconnaître facilement, nous allons expliquer tout de suite le grand fait, ou plutôt le grand mystère, qui nous a caché, si longtemps, notre origine végétale : c'est que l'arbre est renversé, non, nous nous trompons, l'homme est renversé. Quand il est embryon, quand il est arbre, il a la tête en bas, les jambes on haut.
Regardez-donc les arbres que vous allez observer, pour y trouver tout ce que nous allons vous décrire, comme des êtres renversés.

Avant de continuer notre description, ajoutons que, outre les textes, nous avons pour retrouver les idées primitives, et appuyer notre affirmation, une autre méthode. C'est celle des étymologies.
Les langues très anciennes énoncent des vérités, dans la signification même des mots. Ainsi nous trouvons, en sanscrit, que les organes du corps, les membres, les téguments, etc., s'expriment par les mêmes mots que les organes correspondants, dans la vie végétale.
Le mot branche se dit en sanscrit Çakha, mot qui sert à désigner aussi le bras. Les branches de l'arbre sont les « bras » de l'arbre ; les bras de l'homme sont ses « branches ». En lithuanien le mot Ramka signifie aussi branche, bras et main.
Dans l'ancien slave, on trouve le mot Râka, qui a aussi cette double signification.
Le mot racine en sanscrit se dit Çapha ; il signifie une branche souterraine et, en même temps, un sabot d'animal (du cheval entre autres).
Nos bras, nos mains sont d'anciennes branches, d'anciennes racines.
L'écorce de l'arbre et la peau de l'homme s'expriment par le même mot « Kritti ». Ce mot s'applique surtout au bouleau, qui perd son écorce par une desquamation si connue.
En persan, trois mots servent à désigner l'écorce. Ce sont :
Carman, de la racine car (ambulare, qui s'en va, qui se desquame). Cira, haillon, lambeau détaché, d'où l'on fait Cîma, fendu, divisé.
De ces racines on fait Cartah, peau.
De la racine Cùr ou Kùr on fait Côlaka ou Carâka, enlever, dépouiller. Ces mots qui dérivent de racines qui signifient blessure (détruire, déchirer), nous font assister par l'esprit à l'évolution de l'enveloppe tégumentaire du corps des animaux, laquelle apparaît quand l'écorce qui la recouvre dans la vie embryonnaire est déchirée, détruite. Cette enveloppe qui reproduit les feuillets du liber de l'arbre a été appelée par la science moderne épitrichium.
En ancien slave, en russe, en polonais, la peau s'appelle encore Skora.
L'origine des sexes est annoncée en sanscrit.
De la racine Dri on fait Dar, diviser, fendre, voulant indiquer, sans doute, la division des sexes ; de là Dêvadârou, bois divin.
Est-ce la partie féminine de l'arbre divinisé ?
La croissance de l'arbre, ou plutôt son évolution, est appelée en sanscrit Roûksha, mot que l'on retrouve dans un terme gothique désignant l'arbre, et resté énigmatique pour les étymologistes, « rôhsns », qui veut dire « ce qui est avant », c'est l'arbre-ancêtre. On a traduit ce mot, qui indique quelque chose d'antérieur, par cour, vestibule.
Le tronc de l'arbre, qui devient le tronc de l'animal, est dit, en sanscrit kal, d'où Kalama (les Latins en font calamus, calmus, columna). Par une suite d'altérations, on arriva à faire de ce mot gestare et jerre. Conclusion : le tronc (de l'arbre) est en gestation, en travail pour faire l'animal.
Les Hindous vénéraient le Pippal, dans lequel ils voyaient l'origine de l'être supérieur, de Vishnou. Il en est souvent question dans les livres sacrés.
La Forêt, première demeure du genre humain, se dit en sanscrit Vana, mot qui veut dire aussi demeure (primitive demeure) et par extension maison.
De Vana on fait Vanadja, né dans la forêt.
L'arbre originaire du genre humain est appelé saptaparna, arbre à sept feuilles. C'est la feuille composée de l'acacia qui est ainsi désignée.
L'origine végétale des oiseaux, si curieuse à étudier, était bien connue des anciens Hindous, leur langue le prouve. On désigne en sanscrit, par le mot « parnin », l'arbre qui a des feuilles, celui de l'embranchement des monocotylédones, qui a toujours de très grandes feuilles.
(Cette distinction ferait supposer qu'à l'époque où fut formée la langue, les dicotylédones n'avaient pas, ou n'avaient plus, de feuilles, ou qu'elles étaient si petites qu'on les voyait à peine.)
De là on fait « Parna », qui signifie feuille, plume et aile.
Parnin signifie « arbre muni d'ailes ».
Le buteo frondoso est appelé Parna Parnin ; le lotus s'appelle Parnasi.
La racine par signifie faire avancer, faire passer (de la vie végétale à la vie animale).
Pattrin (de Pattra) veut dire aussi feuille et aile.
En zend, langue très rapprochée du sanscrit, par (aile, plume) fait parena, aile, paridan, voler, par, para, vol, parand, oiseau.
Tout cela vient de parnin, arbre qui a des feuilles.
Dans l'ancien slave, on retrouve pariti, prati, voler ; pero, plumes.
Et cet ancien Parnin des Hindous (arbre à feuilles), infiltré dans le latin, y devient parus, mésange.
De tout ce que nous venons de dire, il résulte bien clairement que les Hindous primitifs ont affirmé l'origine végétale de l'homme.


Après cet éclairage étymologique, continuons à construire notre ébauche d'homme.
Voici que la tige s'accroît, et remarquons bien ceci : chaque année, c'est un segment de tige qui se forme et vient se superposer à la tige antérieure, par en haut et par en bas. Tous ces fragments mis bout à bout formeront la colonne vertébrale ; chaque pousse, que nous appellerons mérithalle avec les botanistes, protovertèbre avec les embryogénistes, deviendra plus tard une vertèbre.
Voilà l'origine de la colonne vertébrale. Si l'être qui se forme ainsi doit être un mammifère porteur d'un appendice caudal, la tige médiane de l'arbre se prolonge (par en haut, puisque la tête est en bas). Si c'est un homme qui doit résulter de cette ébauche, la croissance de cette tige s'arrête. Tout cela est fixé par des lois immuables, connues, expliquées.
Maintenant, voici venir les membres. Toutes les petites branchilles qui poussaient autour de la tige, dans sa jeunesse, ont disparu, et, à leur place, nous voyons se former par en haut deux grosses branches qui vont bientôt se couder, comme une jambe qui se plie. C'est que l'articulation du genou commence à se former et voici comment.
La plante cherche le soleil, or le soleil tourne ou semble tourner (toujours des apparences) et la branche qui veut le suivre s'incline vers l'est le matin, vers l'ouest le soir. De là, à un point fixe, une articulation.
Puis la branche se dédouble, en forme ainsi d'autres plus petites qui se retrouvent dans les os si compliqués du pied. Enfin les orteils resteront après que toute la cime sera emportée, comme l'ont été les branchilles de la tige jeune. Par en bas le même phénomène se produit, mais nous ne le voyons pas, cela se passe dans le sol ; les branches qui deviendront des bras sont étendues sous nos pieds, et ce que nous voyons au pied des vieux arbres correspond aux aisselles.
Voici la tête maintenant. C'est le prolongement par en bas de la tige qui va en former la plus grande partie ; elle va s'infléchir et, en même temps, se réunir à de fortes racines, infléchies dans la même direction. L'extrémité de la tige-racine recourbée forme toute la partie supérieure du crâne et s'étend jusqu'au nez qui en est la terminaison.
Les racines latérales, qui s'y annexent, viennent former la future mâchoire inférieure.
Tout cela est bizarre, et, si l'évolution ne refaisait cette évolution, nous aurions de la peine à y croire.
Voilà la charpente construite. Elle va se modifier lentement, sans plus changer de forme. Le centre des axes va se durcir ; c'est le bois primaire, qui deviendra le tissu osseux ; les fibres qui sont autour resteront plus molles et deviendront les muscles ; ils sont encore blanchâtres dans la plante, puisque le futur sang n'est pas encore rouge, mais cela va venir.
Autour des branches, se trouvent des couches superposées comme les feuillets d'un livre, qu'on appellent le liber et qui s'exfolient extérieurement. Chez quelques arbres (pas chez tous), on trouve dans une de ces couches des espèces de crins, des fibres textiles dont on fait des étoffes. Quand la desquamation des couches superficielles est achevée, les fibres restent à l'air, et alors ces crins ou plutôt ces poils, qui s'assouplissent avec le temps, deviennent la fourrure qui enveloppe l'animal qui s'est ainsi formé.
Voilà l'extérieur. Voyons maintenant l'intérieur. Nous avons dit que la tige s'accroît par en haut et par en bas ; il y a donc, à un endroit donné, un point neutre qui sépare les deux impulsions supérieure et inférieure. Là se forme un organe que les botanistes appellent scientifiquement le mésophyte, vulgairement le nœud vital. C'est le futur cœur.
Mais cet arbre que vous nous montrez, allez-vous dire, est plein, nous n'y voyons aucun viscère, tel qu'il en existe dans le corps de l'homme.
En effet, il est plein, comme le petit corps de l'embryon aussi est plein.
Mais voici que l'axe médullaire, qui est au centre, se déplace peu à peu et s'en va vers le bord postérieur de la tige, vers la périphérie.
Voilà donc l'axe déplacé et, alors, on voit une cavité qui commence à se creuser du côté qui doit devenir la partie antérieure du corps.
Vous trouverez des arbres dans notre végétation actuelle, et beaucoup, arrivés déjà à cet état de la vie embryonnaire.
Dans cette partie antérieure se forme un tissu cellulaire qui brunit, et cela parce qu'il est exposé à l'action de l'air, car le tronc est ouvert en avant.
Mais un autre phénomène bien intéressant doit nous occuper.
L'arbre, qui s'élève très haut, est parcouru dans toute sa hauteur par un canal. Comment se fait-il que ce canal, droit comme l'arbre lui-même, arrive à se contourner et à se tasser pour devenir l'intestin ? C'est qu'une pression constante s'exerce sur la tige, le poids énorme de l'atmosphère l'écrase, insensiblement, mais constamment, si bien que, peu à peu, l'arbre se tasse en s'épaississant.
C'est alors que le canal se contourne pour arriver à se caser dans la partie du tronc qui sera l'abdomen.
Ce tassement produit un autre phénomène, il comprime le tissu cellulaire, qui a bruni, dans la partie ouverte du tronc, et arrive à en faire deux masses qui formeront le foie.
Tout cela se passe au-dessus du point neutre qui règle la circulation : le cœur, lequel, dans les arbres qui ont achevé leur croissance, se trouve bien à un mètre au-dessus du sol.
Si nous cherchons, en dessous, ce qui arrive, nous voyons que les phénomènes sont différents parce que la force qui comprime ne contrarie pas la force qui dirige la croissance, mais au contraire marche avec elle de haut en bas ; voici le primitif canal, il reste droit : c'est l'œsophage ; voici le tissu cellulaire, il ne se tasse pas : ce sont les poumons.
Nous savons que le sang de l'homme contient du sérum et des globules. Le sérum, ce liquide clair, est dans la sève de l'arbre, mais les globules n'y sont pas, c'est-à-dire n'y sont pas libres et circulants. Ce sont, d'abord, des cellules fixées en certains endroits ; elles forment le cambium, cette masse un peu gluante que vous avez certainement touchée quand vous avez, vandale inconscient, mutilé des plantes. Plus tard, ces cellules gluantes se mettent en circulation et se colorent en rouge.

LE SYSTÈME NERVEUX
Quoi ! la plante a des nerfs ?
Assurément, et nous allons vous le démontrer.
D'abord, nous avons deux espèces de nerfs, vous le savez, les uns qui font percevoir des sensations, les autres qui nous donnent le mouvement.
Ce sont les premiers seulement, les nerfs sensitifs, que possède la plante.
Ils ne sont pas encore des agents de sensibilité consciente, mais en attendant ils ont une autre fonction : ce sont eux qui font pousser la plante ; telle une multitude de petits architectes, ils lui donnent sa forme. Nous allons les observer ensemble. Déchirons doucement une feuille, nous verrons, entre les deux moitiés, de petits fils blancs qui les relient ; ce sont les nerfs sensitifs des plantes. On les appelle trachées déroulables.
Nous voyons qu'ils viennent se terminer dans les feuilles. Mais les feuilles, où sont-elles dans l'animal ? Nulle part. Bien avant d'arriver au caractère de la vie animale, la plante les a perdues, elles ont disparu après s'être modifiées lentement, après s'être découpées, déchiquetées, pourrait-on dire, sur les bords, puis rapetissées.
Enfin, il arrive un moment où le bourgeon qui les produit n'a plus la force de les pousser dehors, et même, par la suite, ce bourgeon, comme apeuré des forces extérieures qui le dominent, reste caché sous l'écorce, au lieu de venir montrer sa petite tête ronde sur les branches. C'est ainsi caché que nous le retrouvons dans l'animal, il est au bout des doigts, des orteils, et en bien d'autres endroits encore. C'est dans cet état que les anatomistes l'ont retrouvé et en ont fait le corpuscule du tact.
Quant aux nerfs qui produisent le mouvement, ceux-là n'existent pas du tout dans la plante, au début. Ce n'est qu'à une époque avancée qu'ils commencent à se former et ce sont eux qui amènent la grande révolution dans la vie commencée, eux qui font, de la plante, un animal, mais lentement, lentement : il leur faut des siècles pour se constituer eux-mêmes, puis pour arriver à imposer, dans le milieu où ils exercent leur action, des caractères nouveaux.
Ce sont de vrais révolutionnaires, ils vont tout déranger dans l'arbre qui jusque-là avait végété en paix, sous l'action créatrice du grand soleil.
Ces petits anarchistes viennent remplir dans le corps un rôle néfaste, ils viennent troubler les phénomènes établis, détruire les tissus formés, ralentir la croissance, l'arrêter même, puis, en traîtres, jeter en nous le germe d'un ferment de mort qui ne fera que s'affirmer de plus en plus par la suite. Si bien que l'arbre de vie deviendra, dans l'avenir, l'homme mortel. Ce principe est donc le grand destructeur, il désorganise ce que les nerfs sensitifs avaient organisé avant son arrivée, et, dans la suite, ces deux frères ennemis ne cesseront pas de lutter, l'un pour faire la vie, l'autre pour la détruire.
Ce principe apporte aussi, avec lui, la chaleur animale. Il fait le mouvement, mais, nous le répètons, bien lentement, aussi ce n'est pas dans la période primitive de notre organisation qu'il faut en chercher les effets. D'abord, il est absent au début.
L'embryon qui nous retrace cette histoire de notre évolution n'a pas de nerfs moteurs, il est aussi incapable de mouvements volontaires que la plante, pendant ses trois premiers mois de vie.
Vers le quatrième ils apparaissent, mais ne fonctionnent pas, et ne fonctionneront réellement qu'après la naissance. Les mouvements du fœtus ne sont pas des mouvements volontaires, ce sont des poussées inconscientes, exercées par les jambes pour s'étendre, enfermées qu'elles sont dans un lieu devenu trop étroit.
Donc, à ceux qui demandent, comme preuve de notre origine végétale, à voir des arbres qui se déplacent, nous répondrons que l'arbre ne se déplace jamais tant qu'il est arbre. C'est sur place qu'il se forme, sans bouger, et ce n'est qu'après toute la longue période de développement, qui dure des siècles, que le principe du mouvement sera assez fort pour le remuer.
Il nous reste à mentionner ici le fait capital de cette histoire du système nerveux. C'est l'apparition de la vie éveillée.
Tant que la plante n'a pas acquis tous les caractères de la vie animale, elle est dans un état que l'on peut comparer au sommeil, elle n'a pas encore la conscience qui naît au réveil, elle ignore le monde extérieur avec lequel elle n'est pas encore en relation.
Toute la vie végétative, qui prépare notre vie agitée, n'est qu'un long sommeil. Chaque fois que nous nous endormons, nous retombons dans cet état primitif.


PHYSIOLOGIE DE L’HOMME TERTIAIRE
L'homme, comme tous les êtres organisés, est dans son existence actuelle la réalisation ultime d'un genre, qui n'a pas évolué à travers les autres genres, mais à côté d'eux. Les conditions physiques qui régnaient dans les âges passés de la Terre, conduisaient l'être créé dans la voie de l'achèvement par une évolution progressive sans temps d'arrêt. Les végétaux continuaient sans interruption leur évolution anatomique, physiologique et chimique, et, dépassant l'état d'organisation auquel s'arrêtent nos végétaux actuels, ils prenaient peu à peu les formes embryonnaires qui les amenaient aux formes animales.
En même temps, les fonctions de la vie humaine qui sont déterminées par l'apparition des nerfs moteurs s'établissaient lentement dans ces formes en évolution.
Les organes qui fonctionnent actuellement dans le corps de l'homme se formaient avec une infinie lenteur, par l'action incessante des forces physiques, chimiques et mécaniques qui s'exerçaient sur les plantes et les modifiaient incessamment.
C'est après cette longue évolution dans la stabilité végétale que se produisit le grand événement qui marque une date importante dans l'histoire de l'humanité primitive, le changement de station, le renversement. L'arbre qui a pris tous les caractères du fœtus humain s'est modifié chimiquement, sa cellulose a disparu, ses fibres ligneuses qui lui donnaient au début la rigidité du bois se sont ramollies sous l'action lente d'un principe alcalin.
Ce changement de consistance pendant que le corps subit la pression atmosphérique l'épaissit en le tassant et finalement lui fait perdre son équilibre primitif, il tombe sur le sol.
Cette chute s'opère brusquement et occasionne en lui une perturbation générale, une souffrance intense qui s'annonce par des vagissements.
C'est quand arrive ce moment dans la vie intra-utérine que l'enfant qui veut se renverser par atavisme, pour refaire la chute primitive, provoque, par les efforts qu'il fait pour changer de station, la poussée qui dilate les organes et ouvre la voie qui le jette dans le monde. Les premiers vagissements de l'enfant nous annoncent qu'il repasse par la première douleur ressentie dans la vie phylogénique.
C'est évidemment là le grand événement de la vie ancestrale du genre humain. C'est à partir de ce moment que les fonctions de la vie végétale, qui constituent la vie organique involontaire et inconsciente, se complètent dans la vie éveillée par l'annexion des fonctions volontaires et conscientes de la vie animale.

SECONDE ÉPOQUE
La première Époque que nous venons de résumer est celle qui est reproduite par la vie embryonnaire.
La seconde Époque commence à la naissance de l'homme.
L'enfant jeté dans le monde est dans le même état que l'arbre ancestral tombé sur le sol, dans un état d'organisation intermédiaire entre la vie végétative, qui continue, et la vie animale qui va commencer.
Cette seconde Époque, qui comprend toute l'enfance humaine, doit être divisée en deux sous-périodes :
La première passée dans la station horizontale, c'est-à-dire antérieure à la station droite et à la marche.
La seconde représentée par l'enfant qui marche.

PREMIÈRE ENFANCE
L'homme-enfant dans la station horizontale.
L'homme-enfant vient de naître, c'est-à-dire qu'il vient de se libérer définitivement de ses attaches avec la terre.
C'est maintenant que la vie éveillée va commencer. Il est couché sur le sol, les yeux encore fermés, encore insensibles à l'action de la lumière, sans besoins et sans mouvements ; l'eau et l'air qui l'ont nourri jusque-là continuent à le nourrir, et cela lui suffit. Cependant, le réveil viendra, les impressions se multiplieront, la conscience du monde extérieur naîtra en même temps que les perceptions sensorielles.
C'est pendant cette période de la primitive enfance que se développe le principe moteur qui donne le mouvement et détermine la vie animale.

PRÉ-ALIMENTATION
L'alimentation de l'enfant actuel a pour but de lui fournir les matériaux nécessaires à sa croissance. La nutrition de l'enfant ne sert pas encore à réparer des pertes, mais à fournir les matériaux de construction de son corps en voie d'accroissement. Il s'édifie, il ne répare pas.
Chez les êtres primitifs, rien de semblable.
C'est pendant la vie végétale que s'est effectuée la croissance, et, quand l'homme-enfant sort de la vie végétative, il est grand, colossal même comme tous les primitifs. Il n'a donc pas besoin de matériaux de croissance puisqu'il ne s'accroîtra plus, mais au contraire va commencer à décroître. Et ce sont ses propres matériaux, emmagasinés pendant sa longue vie végétale, qui constituent une réserve organique aux dépens de laquelle il va vivre longtemps.

PROGRESSION ANATOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE
C'est pendant ces premiers siècles de développement que l'ossification s'achève, que les dents apparaissent, que les cheveux poussent. C'est alors que les sécrétions et les excrétions commencent, que la vie éveillée a de plus longs instants, que tous les organes des sens, jusque-là existants mais inactifs, commencent à fonctionner.
Il a des yeux, formés pendant la période végétative, mais ne voit pas, et c'est après la naissance à la vie animale qu'il apprend à distinguer les objets ; l'enfant actuel fixe d'abord la lumière, qu'il suit en tournant la tête, comme l'enfant ancestral a dû suivre des yeux le soleil, dans sa course diurne. Puis, commençant à se servir de ses membres, il prend les objets qui sont à sa portée et les porte à sa bouche, et ainsi, s'apercevant qu'ils ont une saveur, un nouveau sens se révèle à lui : le goût.
Mais c'est l'ouïe surtout qu'il se plaît à mettre en activité dès qu'il découvre en lui la faculté d'entendre, il écoute les bruits qui se produisent autour de lui, puis, plus tard, essaye lui-même d'en produire et, charmé d'avoir trouvé le moyen de faire résonner l'air, il abuse de ce pouvoir, et c'est par atavisme que nos enfants modernes refont cette expérience.
Le toucher aussi s'éveille progressivement en lui, il tâte avec ses mains maladroites ce qu'il rencontre à sa portée.
Et tout ceci nous prouve que ce n'est pas la fonction qui, fait l'organe, mais que la fonction révèle la sensation que peut produire un organe formé pendant la période antérieure sans préméditation et sans but et qui ne fonctionnera que dans la période suivante.

LA VIE PROLONGÉE
Des paléontologistes, poussés par une sorte d'intuition vague, ont voulu trouver l'Homme à une époque plus reculée que celle où son squelette a été rencontré. On a cherché à prouver sa présence dans le Miocène, la sous-période médiane de l'époque tertiaire.
Charles Lyell, John Lubbock et d'autres ont étudié cette question, cherchant l'homme tout en constatant l'absence de restes humains.
Or, on envisageait mal la question, en supposant que l'homme est un être qui fut soumis dès l'origine aux conditions de vie et de mort des êtres actuels.
La vie primitive a la longueur extrême de la vie végétale ; la vie intermédiaire a encore une intensité prodigieuse qui permet au Primitif de franchir une période sans être interrompu dans son évolution par la mort, et d'arriver ainsi à la période suivante.
C'est ainsi que la plupart des Enfants-humains du Pliocène arrivèrent à l'aurore de la période quaternaire sans avoir rencontré la mort.
Les antédiluviens vivaient l'âge des cèdres, dira-t-on.
Quant à ceux qui mouraient, soit par accident, soit par suite de cataclysmes quelconques, c'est dans les tourbières que se trouvent leurs restes agglutinés.
Il faut se rappeler que le squelette ne se conserve intégralement que quand il est complètement ossifié et que, dans la période d'enfance, le squelette est encore cartilagineux, l'ossification n'est pas achevée. Or les tissus cartilagineux subissent la destruction organique et ne se retrouvent pas sous forme de squelettes entiers, mais forment des masses de matières organiques agglutinées, et c'est ce conglomérat qui forme les tourbières. Dans ces amas, les restes des animaux jeunes comme l'humanité se trouvent mêlés à ceux des enfants-humains, les primitifs fauves, entre autres, qui n'ont pas pu être un danger pour l'homme, puisqu'ils étaient eux-mêmes dans leur première enfance à cette époque.

TROISIÈME ÉPOQUE
SECONDE ENFANCE
C'est au sortir de la première enfance que l'homme, en possession d'un commencement de vie consciente, qui essaye de se manifester, s'occupa du monde extérieur et peu à peu chercha à en tirer parti, pour son plaisir ou pour ses besoins, lorsqu'ils se manifestaient. Mais, dans la première enfance, il n'a pas de besoins autres que ceux que la Nature satisfait, donc il ne pense pas à travailler, ni même à se remuer.
C'est dans la seconde enfance, qui commence avec l'époque quaternaire, que l'enfant, en possession déjà d'un organisme plus complet, va commencer à agir. Il va marcher, il va manger, il va se réunir à ses semblables, et essayer un commencement de langage, il va observer la Nature au sein de laquelle il vit dans le bonheur primitif de l'enfance, fait d'inconscience et d'ignorance.
Il s'est laissé vivre jusqu'alors, sans chercher à contribuer par son action, à intervenir dans cette vie qui se manifeste sans son concours, laissant couler son existence comme un esquif sans rames et sans gouvernail, ne sachant pas où la nature le menait.
Et c'est ainsi qu'il arriva à ce qu'on appelle « l'âge de la pierre taillée », c'est-à-dire à ce moment de sa vie d'enfant où, doué d'un esprit qui s'éveille brillamment (et que nous voyons réapparaître dans nos enfants de 7 à 14 ans), il commence à s'occuper d'une multitude de choses, créant ainsi la première industrie.
En face de la grande Nature qui occupait son attention, qu'il apprenait à connaître, et qui lui fournissait toutes sortes de matériaux, l'homme primitif utilisa tous les objets naturels qui pouvaient répondre à un de ses besoins.
Les premiers tâtonnements de l'industrie humaine n'ont pas été conservés parce qu'ils étaient faits aux dépens de substances altérables, telles les feuilles dont on fait les premiers vêtements et les premiers ornements, les fruits dont les enveloppes sont les premiers vases, les écorces qui ont des usages multiples, les tiges jeunes, les joncs dont on tresse des nattes, des paniers. Tout cela devait subir la destruction du temps, les pierres seules ont subsisté.
Ce que les modernes considèrent, chez leurs enfants, comme des jeux, ce sont les essais d'industrie primitive, que leur atavisme les pousse à refaire quand on les laisse en liberté ; l'enfant se fait ouvrier de la Nature, il rassemble des pierres, creuse des canaux et des lacs dans le sable du jardin, ajuste des morceaux de bois, fabrique une charrette primitive en traînant une planche avec une corde, découpe du papier pour en faire des simulacres de meubles minuscules, de bijoux, etc.
Ce travail que l'enfant veut refaire est un besoin de son esprit ; il veut reproduire ce que ses ancêtres ont fait dans la période de vie qui correspond à celle qu'il traverse. Et pendant qu'il se sent instinctivement attiré vers les occupations qui ont rempli la vie des hommes de l'époque que son âge représente, la civilisation moderne, qui dépasse son âge phylogénique, ne l'attire pas, les raffinements d'une industrie complexe ne disent rien à son esprit ; il s'y habitue, mais ne s'y attache pas parce que cela dépasse les facultés et les besoins de son temps.

LES CARACTÈRES PHYSIOLOGIQUES
Les caractères physiologiques de la jeunesse nous montrent une sensibilité et une intelligence plus développées que celles qui règnent chez les adultes ; en même temps, une force musculaire moindre, et c'est ce qui engendre les impressions multiples qui développent l'intelligence.
L'activité mentale n'est pas encore entravée par la vie sexuelle.
Si nous considérons la somme des connaissances acquises par nos enfants pendant les années qui précèdent l'adolescence, nous sommes obligés de reconnaître que, l'activité cérébrale de l'enfance étant bien plus grande que celle de l'homme adulte, les Primitifs ont également dû posséder une activité mentale intense.
L'homme à l'origine du quaternaire, initiateur de l'industrie et de l'art, inventeur de toutes les choses utiles à la vie, n'est pas un intermédiaire entre le genre simien et le genre humain, puisque son activité intelligente est supérieure à celle de l'homme historique occupé de luttes, de pugilats, de guerres ou de plaisirs dégradants (c'est-à-dire de tout ce que firent naître les passions) : cet homme trouva en naissant un monde tout fait qu'il n'a eu qu'à perfectionner.
L'œuvre primitive a tout produit, tout créé, la langue, en même temps que l'industrie. Et l'enfant, loin d'être un être brutal, fort et méchant, comme le sont les dégénérés, est au contraire doux, sensible et bon. C'est la civilisation moderne qui l'a déformé.
C'est de 12 à 14 ans que l'enfant commence à mettre en activité ses forces naissantes ; refaisant la vie de ses ancêtres de l'âge de pierre, il aime la course, les excursions dans les bois, les expéditions lointaines, comme ses aïeux ont dû les aimer ; comme eux, il aime à vaincre les obstacles, à escalader les rochers, à écarter les taillis, à franchir les cours d'eau.
Mais cette activité utile n'implique aucune méchanceté, aucun amour des luttes inutiles de l'homme adulte qui veut dominer.

LA DURÉE DE LA VIE
Les Primitifs sentaient la sève de la jeunesse circuler à flots dans tout leur être, ils étaient en possession de l'exubérance de vie de l'Enfant qui ne connaît pas encore les maux de l'humanité à venir. Ils faisaient un libre usage de leurs forces vitales, intellectuelles et psychiques. Etres privilégiés pour qui la souffrance et la maladie sont encore inconnues, donc pour eux la mort n'a pas de causes naturelles, elle n'est pas encore survenue, l'homme-enfant traverse les années d'enfance sans mourir ; la vie est avant la mort, et c'est pour cela que l'on ne trouve pas de squelettes humains dans les couches de terrain que les Primitifs ont occupées et dans lesquelles ils ont laissé les preuves de leur industrie ; ils vivaient, ils travaillaient, mais ils ne mouraient pas encore. Et c'est cette absence de squelettes qui a tant préoccupé les savants, qui n'ont pas compris ce phénomène physiologique, cependant bien simple : LA VIE EST AVANT LA MORT, vie prolongée dans l'enfance et se continuant d'une époque à une autre.
Du reste, deux grandes erreurs existent actuellement dans la science et obscurcissent la paléontologie :
1° Celle qui consiste à chercher des squelettes osseux dans un passé lointain, à une époque où le squelette n'était encore que cartilagineux.
2° La recherche de squelettes humains avant la mort de l'homme.

AGE DE LA PIERRE POLIE
Dans cette seconde période de la jeunesse de nos primitifs aïeux, l'industrie s'est perfectionnée, on est arrivé à fabriquer une quantité d'objets en pierre et en os.
Dans toutes les cavernes explorées, on a trouvé des outils arrondis, pointus, tranchants ; des aiguilles à coudre avec leur chas en os compact, finement terminées en pointe, et percées avec l'œil rond, petit et régulier.
A côté des instruments en silex, il en est en jaspe, en cristal de roche. On trouve aussi quelques vases en terre.

LES PREMIERS SQUELETTES
Des os qui paraissent provenir du genre humain ont été trouvés dans les derniers dépôts d'alluvion formés sur les bords des rivières, ou sur les fonds d'anciens étangs ou marais desséchés, ce qui semblerait indiquer que l'homme imprudent et sans expérience se noya parfois et que les premiers morts furent des noyés.
On a trouvé aussi des ossements humains dans les fentes des rochers, ce qui prouve qu'il fit des chutes mortelles, quand il voulut entreprendre des escalades dangereuses. On en trouve aussi à peu de distance de la superficie dans des endroits où ils peuvent avoir été enfouis par des éboulements.
Tout ceci semble prouver que la mort accidentelle a précédé celle qui résulte d'une cause pathologique.
Depuis l'année 1700 jusqu'à l'époque actuelle, on a trouvé des fossiles humains et on a commencé à les étudier. Par malheur, ces découvertes se firent surtout pendant le temps où régnait le fanatisme transformiste, qui troublait les esprits. Si bien que, au lieu d'observer ce qu'on trouvait, on n'avait comme objectif que l'idée de trouver des preuves pour soutenir la doctrine acceptée d'avance. Cependant, toutes les découvertes ne faisaient qu'infirmer ces vues préconçues ; bien plus, elles confirmaient notre doctrine en montrant que les Primitifs sont des enfants et non des dégénérés. Or, qui dit enfant dit facultés puissantes, en réserve pour une vie à venir, dans une tête volumineuse, bien supérieure à celle de l'adulte, si on la compare à la grandeur du corps.
Huxley, dans Modem Science and Modem Thought, dit (p. 180) :
« Le type humain de la caverne de Cro-Magnon doit être rapporté à une race cultivée, de haute stature, au cerveau puissant et bien supérieur à celui de nombre de races humaines modernes ».

CARACTÈRES ANATOMIQUES DES PRIMITIFS
Il est bien évident que les hommes de cette époque devaient avoir les caractères de l'enfance pendant toute leur existence, quelle que soit sa longueur. Si nous nous reportons aux hommes figurés dans les dessins préhistoriques, nous constatons en effet qu'ils ont tous l'aspect de grands enfants ; non seulement les caractères de la vieillesse n'existent pas pour eux, mais ils ne sont pas même arrivés à l'âge de la puberté et, chose intéressante, leurs dents sont celles de la première dentition.
Broca remarque, en étudiant un des squelettes préhistoriques, que les tissus dentaires étaient doués de peu de résistance, ce qui est un caractère de jeunesse, et il ajoute : « L'usure si prononcée sur la première grosse molaire est très faible, au contraire, sur la seconde, et cela permet de croire qu'il ne s'est pas écoulé un très grand nombre d'années entre l'éruption de cette dernière et l'époque de la mort. »
Or cette dent pousse de 12 à 14 ans.
L'âge viril ne commence qu'après la cinquième partie de la vie totale. (Pour une vie de 100 ans, l'âge viril est à 20 ans.)
C'est cette cinquième partie qui est la vie entière des enfants de l’âge de la pierre polie.
La vie s'est raccourcie avec la puberté et par suite même de l'exercice sexuel de l'homme.
Il faut aussi remarquer que la taille est plus élevée dans ces temps anciens, surtout chez les femmes qui sont aussi grandes que les hommes (comme du reste les petites filles actuelles de 12 à 15 ans sont aussi grandes, quelquefois plus, que les garçons).
C'est encore la vie sexuelle qui, plus tard, déterminera la différence de taille et de force musculaire, en donnant à la fille primitive des conditions nouvelles qui sont devenues les caractéristiques de la Féminité.
La capacité crânienne de ces primitifs enfants est supérieure à celle des hommes modernes, et tous les caractères de la tête sont ceux de l'enfant. Ce qui étonne Broca, c'est que la tête semble à la fois très courte et très large. C'est là un caractère de l'enfance incontestable.

SEXUALITÉ
Ici se place l'aurore du grand fait qui va changer la vie de l'Homme : l'origine et l'évolution de la vie sexuelle.
C'est entre 7 et 14 ans que la sexualité, qui veut se manifester produit en lui des impressions nouvelles. Pendant les premiers siècles de son évolution, l'Homme primitif ne se préoccupa pas des différences sexuelles, c'est seulement au premier éveil du sens génésique que l'attention de ces deux Enfants fut attirée sur cette loi merveilleuse de la Nature ; c'est alors que s'éveilla en eux la première curiosité.
La période pendant laquelle la vie sexuelle se prépara dut avoir une longue durée, car elle se développa par lentes étapes, parce que, dans cette humanité primitive, il n'y a pas de génération antérieure à imiter, pas de souvenirs ataviques pour inciter l'homme à des actes déjà accomplis avant lui, tout est nouveau, tout est à trouver.
En même temps, les premières lueurs de l'amour s'annoncent, c'est l'aurore d'un sentiment qui devait grandir, mais qui ne fut au début qu'une impression faible et fugitive, qui se confond avec l'altruisme de l'enfance. C'est pendant cette période que se préparent les caractères nouveaux, qui vont changer le corps de l'adolescent en lui faisant perdre les caractères de l'enfance.
Lorsque dans les Ecritures de l'antiquité on voulait indiquer qu'un homme était fort jeune dans la vie de l'humanité, on disait « qu'il était encore d'ivoire » (eburneus), c'est-à-dire blanc, délicat et glabre.
Cette idée, si conforme à la véritable évolution humaine, contredit celle d'une évolution animale. Rien dans cet homme-enfant ne ressemble au singe velu et grossier.

ÉTAT MENTAL DES PRIMITIFS
Pendant la seconde enfance, c'est la sensibilité qui domine, et c'est l'époque du grand et facile développement des facultés mentales, facultés d'autant plus nettes, d'autant plus vives et d'autant plus profondes qu'elles ne sont pas encore mêlées aux passions humaines.
Il est absurde de chercher chez les Primitifs, qui sont des enfants, tout ce qui provient de la sexualité de l'homme et de la perversion des idées primitives, qu'elle a engendrée, telles les superstitions des peuples dégénérés.
On a accusé les hommes de l'âge de pierre de porter des talismans et des amulettes parce qu'on a trouvé dans les grottes qu'ils occupaient des dents percées d'un trou pour être suspendues au cou. Or, quel rapport y a-t-il entre une dent ou un coquillage percés et portés par des enfants qui s'amusent, et les superstitions religieuses des peuplades en décadence finale ? Quelques-uns leur supposent des superstitions parce que les peuples en décadence en ont. D'autres, dans le but de défendre les croyances du spiritualisme moderne, nous disent : « Cette race a cru à une autre vie et le contenu des tombes semble prouver que, sur les bords de la Vézère et de la Somme, on comptait sur les prairies bienheureuses. » (De Quatrefages, L'Espèce humaine).
Or il n'y avait alors ni prévision de la mort, ni rites funéraires par conséquent.
Cette façon d'écrire l'histoire préhistorique est aussi peu raisonnée qu'est peu raisonnée la science des anthropologistes qui mettent les caractères de décadence, tel le front fuyant des dégénérés, chez les enfants dont le front est proéminent parce qu'ils ne sont pas entrés dans l'âge des passions humaines.

RELATIONS SOCIALES
Les mœurs pacifiques et affectueuses de l'enfance ne révèlent rien de la bestialité du singe adulte (qui à l'époque actuelle est lui-même dégénéré).
Les primitifs enfants avaient l'activité de leur âge, mais ils ne savaient pas encore attraper les oiseaux, ils ne savaient pas pêcher et ne se nourrissaient pas encore de la chair des grands animaux (1).
Ils avaient des résidences fixes, où ils revenaient après leurs excursions dans le voisinage (et où on a trouvé des squelettes, mais ce n'était pas pour cela des sépultures).
Il n'y avait pas encore dans les groupes de distinction de sexes, donnant aux femmes d'autres occupations qu'aux hommes, la maternité n'ayant pas encore fait son apparition ; on travaillait en commun, on jouait en commun ; l'autoritarisme de l'homme n'existait pas encore dans cette société où l'on vivait comme des frères.
Si nous résumons l'état mental des Primitifs, nous voyons qu'au point de départ de la mentalité humaine il n'existe ni surnaturel, ni merveilleux, ni préjugés, ce qui suppose des jugements antérieurs déformés. La Nature seule dans sa simplicité s'impose à l'esprit et fait naître l'étude attentive des phénomènes qui se produisent.
C'est la science en germe avec la vérité partout.
Le mensonge avec tout son cortège de maux n'apparaîtra que dans les époques postérieures.
(1) Ovide dans ses Métamorphoses, dit :« Dans ces temps antiques appelés l’Age d'or, l'homme se contentait du fruit des arbres et des plantes nées du sein de la terre. Le sang ne souilla pas sa bouche : alors l'oiseau pouvait sans danger agiter ses ailes dans les airs et le lièvre errer sans crainte dans les campagnes. Alors le poisson n'allait pas, victime de sa crédulité, se prendre au perfide hameçon. Nulle part des pièges tendus, nulle part la fraude à craindre, partout une paix profonde. »

QUATRIÈME ÉPOQUE
ADOLESCENCE DE L'HUMANITÉ
Nous entrons dans la vie sexuelle. C'est en partie double que nous allons avoir, à l'avenir, à faire l'histoire de l'Humanité, puisque, à partir de ce moment de son évolution, l'être humain va se manifester différemment dans ses deux entités.
Nous allons voir se dérouler devant nous les temps appelés « l'Age d'or », que nous ne connaissons qu'en cherchant à les apercevoir à travers les traditions, les légendes, les mythes, seules sources réelles de la primitive histoire.
Plusieurs peuples différents ont écrit, dans des langues différentes, l'histoire de l'humanité primitive. Nous n'avons, pour la restituer, qu'à suivre leurs écrits qui nous montrent la formation primitive de la Terre, l'apparition et l'évolution des êtres organisés et l'histoire des premières races humaines ; tous nous parlent de la déchéance de l'homme liée à sa sexualité et nous montrent, à partir de « la chute », une lutte de sexes qui éclate et dans laquelle la Femme finit par être vaincue. Et, chose curieuse, c'est à partir de cette victoire de l'homme que commence, pour les historiens, l'HISTOIRE. C'est après que les faits les plus importants de la vie humaine se sont déjà passés, qu'on nous parle d'Origines, comme si la vie sociale des peuples était compréhensible sans l'histoire du développement primitif qui explique les causes premières de tous les effets survenus dans la suite.
La science de l'histoire a une plus haute mission.
Elle doit ramener aux causes fondamentales, aux idées originaires, les croyances, les symboles, les mythes et les rites de tous les peuples. Et elle ne peut le faire que si elle connaît le système du Monde, c'est-à-dire le commencement et la fin de la planète que nous occupons, et l'origine des êtres organisés, c'est-à-dire le commencement et la fin de l'homme. Sans cette connaissance, il est impossible de comprendre les croyances qui ont été la base des théologies et le fondement des cultes.
En montrant l'identité fondamentale de toutes les races primitives, nous allons démontrer la similitude de développement de toute l'humanité, l'unité dans l'évolution.
Puisque la nature humaine est partout la même, puisqu'elle est soumise aux mêmes lois physiologiques et psychiques, il faut qu'elle traverse les mêmes phases de l'évolution mentale et arrive aux mêmes fins, après avoir passé par les mêmes luttes.
En considérant ce que les mythes contiennent de vérité morale et de vérité historique, nous arrivons à conclure que tous les peuples de la Terre sont reliés par les instincts les plus profonds de l'être.
Pour refaire cette histoire éloignée, nous allons continuer à employer la méthode qui ne trompe pas, celle qui consiste à rapprocher le développement ontogénique du développement phylogénique.
Cette méthode jette sur les textes qui ont été conservés une lumière nouvelle. Elle nous aide à en comprendre les altérations, elle nous montre, sous un aspect imprévu, des choses que l'on avait obscurcies à dessein, elle rend leurs véritables proportions aux choses exagérées et, enfin, met en relief des faits importants auxquels on n'avait pas fait attention.
Nous avons donc plusieurs moyens de reconstituer ce passé lointain, ce passé qui se perd dans la mystérieuse nuit des temps.
Nous pouvons l'étudier dans l'évolution ontogénique, c'est-à-dire en suivant le développement anatomique, physiologique, psychique et moral de l'enfant ; nous pouvons l'étudier en cherchant dans le passé, en feuilletant l'histoire, en soulevant le voile allégorique des mythes de l'antiquité. Mais ce dernier moyen, qui semble cependant le plus facile, n'a jamais donné un résultat complet, parce que toutes les sources historiques très anciennes sont plus ou moins altérées.
Une grande cause d'erreur vient surtout de ce que l'on a pris l'habitude d'écrire l'histoire en mettant dans le passé les croyances, les mœurs, les institutions, les passions de l'époque à laquelle on appartient. L'historien est dominé, à son insu, par les idées de son temps et par celles de son âge. L'erreur vient aussi de ce que les hommes qui écrivent altèrent le rôle de la Femme, autant parce qu'ils ne le comprennent pas, que parce qu'ils croient avoir un intérêt à l'effacer.
Rétablissons la Vérité et montrons, telle qu'elle a été, l'évolution des idées, des mœurs et des institutions, et aussi celle des luttes de sexes.

EXPÈRIENCE CONFIRMATIVE
Supposons que nous prenions deux enfants, une jeune fille et un jeune garçon, et que nous les mettions dans une île déserte, livrés à la Nature ; ils referont l'évolution primitive en vertu de deux lois :
1° La persistance, des lois physiologiques qui leur fait refaire ce que leurs ancêtres ont fait avant eux, étant doués des mêmes organes, soumis aux mêmes fonctions.
2° L'atavisme, ce singulier héritage mental qui nous oblige, même en dehors des causes actuelles, à refaire ce que nos ancêtres ont fait.
« L'imagination individuelle des enfants, chez les nations les plus avancées, offre encore le tableau fidèle de l'imagination générale des peuples à l'aurore de leur civilisation. Mais il ne faut pas confondre le printemps de la vie et l'automne, l'enfance et la vieillesse, quoiqu'on y trouve des caractères communs. » (Fabre d'Olivet, L'Etat social de l'homme, tome I, p. 151).
Il est bien entendu que nous devons supposer nos deux adolescents élevés loin des préjugés qui auraient pu modifier leur nature. En observant nos enfants actuels, nous tiendrons compte aussi de certaines altérations des idées, produites par un atavisme postérieur à l'âge réel qu'ils traversent, lequel, en vertu de la rapidité de l'évolution ontogénique, empiète quelquefois d'un âge sur l'autre et se précipite, pour ainsi dire, dans la vie qui recommence.
Cette cause d'erreur mentionnée, il nous reste deux êtres tels que la Nature les a faits. Voyons ce qu'ils vont faire en vertu des lois physiologiques et psychiques qui les régissent.

L’AGE CRITIQUE DE LA SEXUALITÉ
C'est dans les lois qui régissent la vie de nos adolescents que nous devons chercher la cause première des faits que la tradition et l'histoire nous ont relatés. Si nous étudions le début de la physiologie et de la psychologie sexuelles, nous remarquons tout de suite combien leurs effets sont différents dans les deux sexes.
Comme cette histoire du sexualisme est au début de toutes les Écritures sacrées de l'antiquité, nous devons nous y arrêter afin que l'on comprenne bien sur quelles bases s'est appuyée la RELIGION NATURELLE qui a été la première forme du gouvernement des hommes. Là est le grand fait de l'histoire humaine : l'origine et l'évolution de la vie sexuelle.

LES DEUX SEXES SONT INVERSEMENT POLARISÉS
La circulation sanguine et nerveuse, qui résume toute la physiologie humaine, s'accomplissent inversement chez le mâle et chez la femelle. De là toutes les différences de leur organisation.
Il nous est impossible de développer ici cette grave question ; nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux articles L'Amour et Psychologie et loi des sexes.
Résumons-la cependant :
Les êtres vivants naissent tous en apportant à la vie deux éléments : l'élément nerveux qui a une valeur immense, puisqu'il est le principe même de la vie ; l'élément sanguin qui n'a qu'un rôle matériel, l'édification du corps.
Si ces deux éléments constituent la richesse biologique, ils le font comme l'or et le cuivre constituent la richesse économique, c'est-à-dire en ayant une valeur différente.
Or, la loi des sexes veut que chacun garde en réserve un de ces deux éléments et donne l'autre à la génération.
Le sexe mâle garde en réserve l'élément sanguin et dépense l'élément nerveux. Le sexe femelle garde l'élément nerveux et dépense l'élément sanguin.
Il existe une polarité sexuelle en vertu de laquelle l'élément gardé tend à se déposer dans la moitié supérieure du corps, alors que l'élément dépensé se dirige vers la moitié inférieure pour être livré à sa destination génitale.
Nous avons donc tous deux vies : la vie gardée et la vie dépensée.
Ce sont les conséquences de ces deux vies que l'histoire va nous révéler.

LA FEMME PRIMITIVE
Chez la fille primitive qui devint femme, de grands changements se produisirent.
Elle embellit en perdant les caractères de l'enfance, elle s'affina, pour ainsi dire, devint supérieure à ce qu'elle avait été, prit des caractères de spiritualité et de pureté dont le symbolisme, plus tard, dota l'ange, cette figure allégorique inventée pour la représenter.
« Que de choses je pourrais dire sur le réveil de la Femme, dit Flammarion, de la femme qui, advenue plus tard que l'homme à la vie animale, y apportait une sensibilité plus exquise, plus longuement élaborée, plus raffinée, des organes plus achevés, une vue plus perçante, une voix plus vibrante, des tissus plus souples, des formes mieux modelées ».
La fillette actuelle, qui devient femme, embellit aussi, son exubérante chevelure révèle extérieurement l'activité nerveuse qui règne dans la partie supérieure de son corps, faisant monter l'influx nerveux qui augmente sa masse médullaire cérébrale.
Sa bruyante gaieté trahit le bonheur intime que lui donne la plénitude de vie qui s'affirme en elle ; elle devient altruiste, elle aime la vie dans les autres comme elle l'aime en elle, elle aspire à épandre ses sentiments, cherche des amitiés profondes. Sa jeunesse est une floraison naturelle qui fait éclore toutes les sensibilités ; son caractère se forme et s'affermit, sa raison droite s'affirme. Elle n'aurait nulle timidité, nulle pudeur, si on ne lui imposait une réserve qui n'est pas en elle, que son atavisme lointain ne lui impose pas, car elle n'est pas avertie, par la voix secrète de la conscience, qu'il y ait en elle quelque chose à cacher, son instinct, au contraire, lui dit qu'elle est pure. Et n'est-ce pas la voix de cet instinct qui est la cause de l'horreur qu'inspire à nos petites filles la confession, cet aveu forcé de fautes qu'elles sentent ne pas être en elles ?
Ce chapitre tient une grande place dans l'histoire des sociétés primitives. De bonne heure, la Femme sut que la bonne Nature l'avait traitée en privilégiée, et que les conditions physiologiques qu'elle lui imposait avaient d'heureuses conséquences pour elle, la grandissaient en intelligence, rehaussaient sa beauté. Et c'est dans ces lois psychiques que nous trouvons l'origine du dogme de « la Femme immaculée » qui régna partout.
Michelet dit : « La charmante et terrible puissance qui se révèle chez la Femme, après l'amour, lui donne les sept esprits (les sept vertus de l'Avesta). Les sept dieux de Syrie sont nés du Dieu-désir. Les sept esprits sont : la science, la bonté, la pureté, la vaillance, la douceur libérale, le génie de la vie productive, l'esprit vivificateur. La merveille, c'est que, réellement, en sept nuits elle a grandi d'une façon surnaturelle. Elle est noble et fière, elle est Reine. Il est étonné d'elle, il en a presque peur tant elle est imposante et belle. » (La Bible de l'Humanité).
« Elle a de l'ange et de la bête, mais elle garde, après l'amour, ce qu'elle avait de céleste et n'a plus ce qu'elle avait de bestial. » (Michelet).
Quand on ne connaît pas l'histoire physiologique des sexes, il est impossible de comprendre la signification des religions primitives, tout entières édifiées sur cette base. C'est la clef des mystères et c'est aussi la cause des luttes terribles dirigées contre les Femmes.

L’HOMME PRIMITIF
Chez le jeune homme, les changements qui surviennent par suite de son entrée dans la vie sexuelle sont tout différents. En perdant les caractères de l'enfance, il enlaidit, devient velu, sa force musculaire augmente ; la bête humaine s'introduit en lui, lentement (brutalement, brusquement, quelquefois, chez les descendants des anciennes races qui se précipitent dans l'évolution et en récapitulent les phases en peu de temps), elle le transforme, imprime sur son visage sa lourde empreinte bestiale, l'intimide, l'effraie.... il voudrait la fuir, se sauver de lui-même pour ne pas vivre avec cet hôte gênant, il a honte de cet état nouveau. C'est chez lui que naît la pudeur, c'est lui qui voudrait se cacher. Car c'est chez lui qu'il y a pour passer de l'enfance à l'adolescence une révolution mentale, une crise intellectuelle et morale, une conversion accompagnée d'un changement du regard.
L'apparition de la barbe lui fait perdre sa beauté enfantine, sa voix devient grave et sourde, ces changements le troublent profondément. Il devient timide en face de la Femme et cherche à dissimuler ses caractères sexuels. C'est lui qui invente le vêtement, et nous verrons chez certains peuples primitifs les hommes se voiler la partie inférieure du visage pour cacher la barbe naissante.
Si nous cherchons quels changements se produisent dans son caractère à la suite de ces modifications physiques, nous constatons que le jeune garçon subit les premières atteintes de la perversion quand il devient homme.
Quand nous l'observons dans la société des autres enfants, dans la vie de collège, par exemple, nous le voyons déjà occupé à faire souffrir ses petits camarades comme plus tard, dans la société, il cherchera à vexer, à duper ses semblables. Un autre garçon est pour lui un petit ennemi d'abord, le premier sentiment qu'il éprouve en le voyant est mauvais, il lui témoigne de la défiance, de la haine, il ne s'adoucit que s'il peut en faire le complice de ses gamineries, de ses turpitudes, de ses vices naissants. Si c'est un être faible, il se montre déjà lâche vis-à-vis de lui, il a une férocité native qui demande une proie, l'antagonisme, l'opposition semblent être, chez l'être mâle, un mouvement spontané.
Ce sentiment apparaît avec ses premières manifestations sexuelles.
Il devient destructeur, il mutile les plantes, tue les insectes, torture s'il le peut les animaux ; ses jeux sont cruels, il tue les mouches en attendant qu'il puisse tuer de grands animaux, qu'il puisse tuer des hommes ; il martyrise des papillons, des hannetons, tous les insectes, et ainsi s'habitue peu à peu à la souffrance des autres, et y prend plaisir. Les plus forts d'entre les garçons torturent les plus faibles, ceux qui sont doux et inoffensifs, et ils appellent cela un jeu.
Le fameux mot de Hobbes est l'expression de la vérité : « L'homme est un loup pour ses semblables ».
Si nous suivons l'enfant jusqu'à l'adolescent, si nous observons attentivement les phases de la crise qu'il traverse, nous voyons que l'amour physique qui s'est révélé à lui, qui l'a séduit, dominé, a fait en lui son œuvre bestiale. Pendant qu'il se travaille en silence, il devient sombre, misanthrope, en même temps paresseux, malpropre, la coordination des idées l'abandonne, il devient incohérent dans sa conduite comme dans son esprit, il voit faux, ce qui l'amène à mentir. Mais il devient fort, c'est-à-dire brutal, il aime le pugilat, et ses relations avec les autres garçons de son âge sont surtout des luttes.

DIFFÉRENCES SEXUELLES
C'est de 12 à 15 ans que les différences sexuelles commencent ; elles sont peu sensibles d'abord, mais s'accentueront et seront déjà bien tranchées de 16 à 18 ans.
Déjà nos deux enfants, devenus deux adolescents, se sont séparés l'un de l'autre et marchent dans des voies divergentes.
La sensibilité qui a augmenté rapidement chez la jeune fille a développé son esprit. Chez le jeune homme, la sensibilité s'est déviée, elle est devenue sexuelle, elle a abandonné le cerveau pour descendre dans la partie antérieure du corps que le symbolisme représentera plus tard par le cœur.
Il en résulte que la jeune fille marche plus vite que lui dans l'évolution mentale.
« Femme, vous offrez les charmes de l'adolescence à l'époque où l'homme n'est encore qu'un enfant et vos tendres regards trahissent déjà les émotions de votre âme quand il ignore leur existence ». (Fabre d'Olivet. Etat social, p. 110).
Dans la vie actuelle, nous trouvons la Femme aussi avancée à 15 ans que l'homme à 20. Il ralentit sa marche en raison de la perte nerveuse que la sexualité lui occasionne. Mais s'il marche plus lentement dans l'évolution intellectuelle, il marche plus vite dans l'évolution matérielle, car, si son esprit est moindre, son corps est plus grand, ses muscles se développent, sa force augmente.

PREMIÈRES RELATIONS INTERSEXUELLES CHEZ LES PRIMITIFS
L'amour naissant pousse l'un vers l'autre ces deux adolescents.
Une mystérieuse attirance les rapproche, ils se cherchent et facilement se trouvent dans la solitude des bois, dans le silence des soirs d'été, dans la vie en commun des cavernes. C'est dans ce décor magique de la grande Nature, encore vierge, que se déroule le prélude du grand drame humain. Leurs premières tendresses, leurs premières caresses font naître un charme qu'ils veulent exprimer, leurs regards seuls ont trahi jusque-là le trouble naissant de leur cœur, mais bientôt ils vont créer un langage sentimental, qui, avant ce moment, n'eût pas eu d'objet. L'expression d'un sentiment nouveau naît du sentiment même. Ils veulent se communiquer leurs premiers désirs, ils commencent à rêver un inconnu encore irréalisé. Cependant, l'amour est un grand maître qui leur indiquera les voies... Ils essayent des frôlements d'épiderme, des serrements de mains, des effleurements de joues, ils arrivent ainsi à trouver le baiser, y reviennent et s'attardent en cette ineffable communion des lèvres. Ces moments de premiers bonheurs, fugitifs dans la vie actuelle, où tout se précipite, furent longs dans la vie ancestrale. Cette découverte d'une volupté naissante dut les absorber, les dominer. Ce dut être la grande, l'unique pensée du moment. Tout le reste devait disparaître devant l'extase de l'amour, leur seul désir devait être de s'y plonger, de s'y attarder. Ils étaient au début d'un jour nouveau et allaient marcher en aveugles dans cette dangereuse voie ouverte devant eux. Enfin, de tâtonnements en tâtonnements, ils allaient arriver au moment suprême de l'union... suivi de sa terrible réaction.
Mais avant cela, quelle vie calme et heureuse.
Et l'histoire des temps de cette époque, de ces premières amours phylogéniques, c’est la période de l'histoire que l’on appelle l'Âge d'or.


PARTIE 2


« L'homme moderne qui réclame, à grand renfort d'arguments scientifiques, une étroite parenté avec les animaux, devrait être plus empressé d'étudier sur nature les mœurs de ses ancêtres. Il verrait, chez eux, absence complète de despotisme, de tyrannie du mâle contre la femelle, absence d'esclavage, de domestication ; il y verrait le respect de la maternité et dans une certaine mesure le respect de l'amour ! Ceci peut paraître paradoxal ? Il n'en est rien.
Dans les espèces un peu développées on ne voit pas les mâles user de violences vis-à-vis de la femelle ; il y a, sans aucun doute, l'ardeur de la chasse ; tels poursuivent avec insistance et sans relâche, l'objet de leurs désirs ; c'est le rôle des prétendants, mais ils abandonnent la partie dès qu'on leur fait comprendre que le moment n'est pas favorable. L'amour n'existant que pour assurer la perpétuation de la race, il faut que celle qui assume la plus grande responsabilité, dans cette œuvre de vie, soit consentante et prête à remplir la fonction essentielle que la nature lui a dévolue.
Le mâle se retire sans haine. L'antagonisme des sexes n'existe pas chez les bêtes. On s'accouple sans honte et on se quitte sans mépris. Dans les espèces supérieures on rencontre des qualités d'ordre moral très développées, des sentiments affectifs ; constance, dévouement, abnégation, certains couples ne peuvent supporter la séparation et meurent de chagrin. Il y a de nobles races qui refusent de se reproduire dans l'esclavage, etc., etc.
Serait-ce trop téméraire de penser que l'espèce humaine ne peut pas être inférieure aux animaux ? ou tout au moins qu'elle ne l'était pas à l'origine ?
Si ce fameux transformisme existait, il est probable qu'il admettrait que la nature, depuis le premier animalcule jusqu'à l'homme, a dû marcher de perfectionnements en perfectionnements. Et, alors, comment expliquer le contraire?
Les humains pervertis plus cruels que les bête féroces ? Si les premiers hommes étaient des « animaux cyniques » que fait-on de l'évolution ? Sauvages au début, sauvages encore parvenus au sommet des civilisations ??? ».
(Cleyre Yvelin, Étude Sur Le Féminisme Dans L'Antiquité)



ORIGINE DES ANIMAUX - HISTOIRE DU DÉVELOPPEMENT PRIMITIF
Introduction
Les forces physiques qui agissent à la surface terrestre, la lumière, l'électricité, la température, la composition chimique de l'atmosphère et la pression barométrique donnent à la végétation tous ses caractères.
Si le monde végétal qui recouvre la surface terrestre a, aujourd'hui, une structure déterminée qui, pour nous, est normale, c'est parce que les forces qui agissent aujourd'hui sur notre globe engendrent cette structure. Mais à la surface d'une autre planète, les forces différentes doivent engendrer des formes différentes. Et même à la surface terrestre, pendant les époques passées, la structure végétale ne pouvait pas être ce qu'elle est aujourd'hui, puisque les forces directrices qui agissaient alors sur la matière n'étaient pas ce qu'elles sont dans notre période actuelle.
Cependant, aux différents âges d'un même monde on ne trouve pas de différences morphologiques fondamentales, la direction des forces étant toujours la même, mais seulement des différences d'intensité.
En étudiant la physiologie végétale des époques passées, nous devons donc y trouver des modifications profondes de l'organisme qui, de l'état transitoire auquel nos plantes actuelles s'arrêtent aujourd'hui, les faisaient passer à un état plus avancé.
Le terme auquel nous aboutissons, en suivant cette évolution, qui ne s'accomplit plus sous nos yeux, est l'aurore de la vie animale.
Depuis longtemps déjà la science est mise en demeure de démontrer par l'anatomie l'origine végétale des animaux.
Les théories sur ce sujet qui, dans ces derniers temps, ont envahi l'esprit public, ont rendu plus évidente encore la nécessité de donner définitivement une histoire scientifique de la création naturelle de l'homme et des animaux.
Cette nécessité est d'autant plus impérieuse que les deux écoles qui se disputent l'esprit humain, le téléologisme et le transformisme (darwinisme) ne sont arrivées ni l'une ni l'autre à satisfaire l'esprit scientifique.
L'une et l'autre sont restées à l'état d'hypothèses ; ni l'une ni l'autre n'ont pu être soumises à la vérification expérimentale indispensable aujourd'hui à toute théorie qui surgit.
Nous ne dirons rien du téléologisme, on a dit à ce sujet tout ce qu'il y avait à dire. Quant au transformisme, c'est une erreur qu'il faut combattre bien qu'elle ait déjà acquis la force de l'habitude et même celle de la tradition.
Cependant, quoique le Darwinisme, après avoir été vivement discuté et contesté n'ait finalement pas été accepté par les anatomistes, il se trouve un nombre, trop grand, de personnes chez lesquelles l'esprit d'examen est peu développé, et qui se sont contentées de cette solution. Pour celles-là, puisqu'elles sont satisfaites, puisqu'elles se croient arrivées à la sécurité que donne la certitude, laissons-les se reposer dans leurs convictions, mais cherchons avec les autres une solution plus juste, plus positive et surtout plus facile à démontrer expérimentalement de ce grand problème.
Or, il n'y a dans cette recherche que deux voies à suivre : partir de la série végétale ou partir de la série animale. L'histoire du développement dans la série animale a été faite : c'est l'œuvre de Darwin. Il faut admettre sa théorie si l'on prend pour point de départ de l'évolution la série animale. Cette méthode étant inconciliable avec les exigences rigoureuses de la science, ce qui est démontré par les efforts stériles de ceux qui se sont attelés à cette cause, il ne reste donc à faire que l'histoire du développement dans la série végétale. Car la vie ne se manifeste, et ne s'est jamais manifestée à la surface du globe que dans ces deux séries. Il faut donc forcément en prendre une pour point de départ.
Donc, ceux qui ne se sont pas ralliés au transformisme, ceux qui n'admettent pas l'origine animale, avec Darwin, sont forcément amenés à admettre l'origine végétale avec nous ; la logique et le raisonnement ne permettent pas qu'il en soit autrement.
Et cependant, malgré cette alternative, chaque fois que l'on prononce la phrase qui devrait faire le titre de ce livre : « L'origine végétale des animaux », on est accueilli par un sourire d'incrédulité, même par ceux qui ne sont pas darwinistes. Singulière contradiction inconsciente qui ferait supposer que ceux-là ont découvert quelque part une troisième série organique.
L'origine végétale des animaux nous ramène à la fixité des espèces, mais nous conduit à l'évolution dans chaque espèce. Elle nous les montre toutes, suivant chacune son évolution, tranquillement, sans conflit avec ses voisines, et perpétuant à travers les âges les caractères spéciaux à chacune d'elles.
Cette évolution est la loi générale de l'existence, du reste, nous la suivons de près entre la naissance et la mort dans chaque individu, si dans l'histoire des mondes ses étapes sont plus éloignées nous pouvons cependant encore les suivre de loin, et parcourir les différents âges que la plante traverse et pendant lesquels sa forme se modifie.
C'est ainsi que telle plante qui, dans notre végétation actuelle, ne dépasse pas l'état herbacé, a pu être, et même a dû être, aux époques où les forces physiques qui agissaient sur la terre étaient plus puissantes, un arbre. De même les plantes qui, actuellement atteignent l'état ligneux de nos arbres les mieux organisés, suivant également cette évolution, dépassaient cet état qui, aujourd'hui est le terme définitif de la vie végétale, le point d'arrêt de son activité et, en dépassant ce terme, ils atteignaient des formes que nous ne pouvons plus étudier dans la nature, mais que la continuation du développement commencé nous révèle.
Pour faire cette étude nous n'avons donc pas besoin de recourir à des hypothèses, nous n'avons qu'à suivre les modifications que la physiologie végétale actuelle nous montre s'accomplissant déjà, ou plutôt s'accomplissant encore dans notre végétation dégénérée.
Nous commençons donc l'étude de la plante au point où les botanistes l'abandonnent, notre point de départ est le terme auquel ils s'arrêtent.
Nous n'étudions pas l'organisation actuelle des végétaux ; si nous la rappelons quelquefois c'est pour montrer l'enchaînement de l'évolution anatomique et physiologique qui s'accomplit, sans lacune, de la plante à l'homme.
Dans cette étude nous rencontrons la formation histologique de tous nos tissus, l'origine de tous nos organes. En rapprochant ce développement primitif du développement embryonnaire de l'animal nous arrivons à prouver par des faits certains l'évidence de cette théorie.
Du reste, nous sommes en mesure de donner d'autres preuves plus concluantes encore, nous pouvons montrer des échantillons d'individus végétaux, arrêtés à différents degrés de leur développement, et sur lesquels il est facile d'observer la formation rudimentaire de nos organes.
Le point d'arrêt de l'activité vitale dans les plantes marque le moment où les relations entre la plante et le milieu qui l'entoure perdent leur harmonie. Ce point d'arrêt a dû suivre une évolution ascendante, puis une évolution descendante. Entre ces deux évolutions il s'est produit un terme culminant signalé sur la terre par l'apparition des animaux.
La vie végétale traverse une série de phases lentes que le recommencement de la vie dans chaque animal reproduit fidèlement. Les premières étapes du développement animal nous ramènent donc à l'état actuel de notre végétation.
Si l'on ne s'est pas aperçu plus tôt de cette grande vérité c'est que l'on n'a pas regardé, ou plutôt que l'on a mal regardé, la nature qui nous entoure. On a négligé, tout au commencement de cette étude, de tenir compte de la direction du développement, c'est-à-dire du renversement du fœtus dans l'utérus maternel, lequel, en vertu d'une force que les botanistes ont appelée géotropisme, cherche, comme les plantes, la direction de la pesanteur et place sa tête au bas d'un axe vertical qui suit cette direction (1).
On a voulu comparer l'animal actuel, dans sa situation actuelle, au végétal contemporain, alors qu'il fallait lui comparer le fœtus dans sa station primitive, et dans les premiers temps de son développement, puisque les formes ultérieures que prend l'animal ne sont plus traversées par les végétaux arrêtés dans leur activité vitale au milieu de leur évolution.
Si les botanistes connaissent bien la vie végétale telle qu'elle se manifeste actuellement, ils ignorent absolument la vie végétale telle qu'elle se manifestait aux autres époques. Ceux d'entre eux qui se sont occupés de botanique fossile n'ont fait que reporter dans le passé l'état présent de la terre.
En général on a étudié la plante dans son origine et le commencement de son développement, on n'a jamais été jusqu'à sa fin. C'est cette étude, absolument nouvelle, que nous faisons aujourd'hui.
M. Van Tieghem arrête l'évolution végétale à ce qu'il appelle l'arbre adulte, ce qui équivaut à arrêter l'évolution de l'embryon animal au fœtus de six semaines ; car l'arbre adulte et le fœtus humain de six semaines sont dans le même état d'organisation.
C'est pour n'avoir pas pu franchir cet état transitoire qu'on n'a pas découvert la véritable nature de la vie végétale et que l'étude de la botanique est restée jusqu'à ce jour réduite, pour ainsi dire, à l'étude des embryons.
Nous allons pousser plus loin cette étude, nous allons traverser non seulement toute la période embryonnaire que notre végétation actuelle déroule sous nos yeux, mais nous allons la suivre à travers tous les âges pendant lesquels la vie n'a pas cessé un seul instant de modifier les corps qu'elle a traversés, et prouver, par cette étude, que la biologie n'est pas une science divisée en deux branches, mais au contraire une science indivise.
Quoique la meilleure preuve à donner de la fausseté de la théorie transformiste soit de lui opposer une autre théorie vraie, construite sur des caractères anatomiques mieux étudiés, et surtout, susceptibles d'être prouvée expérimentalement, il est bon, cependant, de montrer que la campagne acharnée des partisans de Darwin reposait sur l'entêtement bien plus que sur la conviction.
On s'était fait de cette théorie une arme pour combattre la Bible, sans s'apercevoir que ce n'est pas marcher en avant que de prendre une fausse route.
Les transformistes, du reste, sentent eux-mêmes toute la faiblesse de leurs arguments puisque le plus passionné de tous, M. Haeckel, qui a poussé à l'exagération les erreurs de Darwin disait : « Nous sommes obligés d'admettre et de défendre cette théorie (le Darwinisme) tant qu'il ne s'en présentera pas une autre, capable d'expliquer aussi simplement une telle quantité de faits, tant à présent cette théorie rivale fait absolument défaut. » Et plus loin il ajoutait : « On est rigoureusement obligé, en vertu des principes fondamentaux en vigueur dans le domaine des sciences naturelles, d'accepter et de conserver, tant qu'il ne s'en présente pas une meilleure, toute théorie, fût-elle même faiblement fondée, qui se peut concilier avec les causes efficientes. » (Haeckel. La création naturelle, p. 26 et 27)
M. Haeckel qui défendait avec tant d'acharnement une si mauvaise cause, avouait donc qu'il n'admettait le Darwinisme, pour lequel il combattait, qu'à titre provisoire.
Or une conviction provisoire est une conviction illusoire.
La vérité est une. Ce n'est pas un organisme perfectible.
Elle est ou elle n'est pas. Quand on est certain de l'avoir trouvée on ne peut pas admettre, on ne peut pas supposer même qu'il soit possible de trouver postérieurement une autre vérité, plus vraie.
Deux et deux font quatre aujourd'hui. Ils feront toujours quatre dans l'avenir, quels que soient les progrès réalisés, plus tard, dans les sciences mathématiques.
Le transformisme part du principe inventé par Oken et publié en 1819 dans un article qui parût dans l'Isis, intitulé : L'origine de l'homme. Il repose sur cette idée que la terre ayant été entièrement recouverte par les eaux à une époque très reculée, c'est dans l'eau que la vie se manifesta d'abord ; donc que les premières formes animales furent des formes aquatiques ; que lorsque les eaux se retirèrent ensuite, un grand nombre d'êtres créés furent déposés sur les rivages où ils se transformèrent d'abord en amphibies et, finalement, en oiseaux et en mammifères.
Il faut bien avouer que cette théorie est absurde et ne repose sur aucune loi naturelle connue. Si la transformation des animaux aquatiques en animaux aériens s'était effectuée à un moment donné, on la verrait encore commencer à se réaliser chaque fois qu'un poisson est apporté sur le rivage. Si l'œuf qui contenait le germe primitif de l'homme, œuf qui, d'après Oken, n'éclot que lorsque le fœtus a atteint l'âge de deux ans afin qu'il ait déjà des dents en naissant pour pouvoir s'alimenter sans le secours d'une nourrice, si cet œuf prodigieux s'était formé spontanément dans la mer, il s'y formerait encore, car les lois naturelles sont constantes, elles n'admettent pas d'exceptions, elles n'octroient pas de faveurs, ce qui a eu lieu un jour peut (et doit) avoir lieu chaque fois que les mêmes éléments se trouvent mus par les mêmes forces.
Or, nous savons tous qu'un poisson mis hors de l'eau meurt au bout d'un temps très court. Chaque être vivant s'est organisé dans un milieu où il a acquis certains organes, certaines facultés en rapport avec ce milieu, et qui ne peuvent fonctionner ailleurs. La science, et la logique à défaut de la science, enseigne, au contraire, qu'à mesure que les eaux se sont retirées les animaux aquatiques se sont confinés dans les profondeurs occupées par les mers, tandis que les mollusques et les poissons restés sur les plages y ont péri puisque nous les retrouvons tous les jours à l'état de fossiles, dans leur forme primitive et n'indiquant aucun commencement de transformation.
La science et la logique nous enseignent que c'est après ce retrait des eaux que la végétation apparût, et que cette végétation primitive, d'abord seule manifestation de la vie sur les parties de la surface terrestre non recouvertes par les eaux, est le premier état, la première forme des animaux qui, issus d'elle, apparurent ensuite.
Il y a donc eu, et il y a encore, modification des espèces végétales. Par conséquent, c'est en partant de l'étude de l'anatomie comparée des végétaux et des animaux, c'est en présentant des exemples fossiles ou vivants et en s'appuyant sur les faits positifs que l'anatomie, l'histologie et l'embryologie nous fournissent, que nous devons prouver la réalité de la doctrine qu'il faut, le plus tôt possible, substituer au transformisme : la doctrine de l'Origine végétale des animaux.
Cette théorie repose sur un principe que l'on pourrait appeler inné, car il est au fond de tous les esprits.
Nous avons tous comme un vague souvenir de notre vie végétative, nous n'en avons aucun d'une vie aquatique. Nous aimons la verdure, les fleurs, les arbres, nous sentons que les bois ont été notre première demeure, notre berceau ; nous les aimons et nous éprouvons en y retournant ce sentiment de bienêtre, de plaisir que l'on ressent en revoyant l'endroit où l'on a passé ses années d'enfance ; la mer ne nous dit rien de tout cela, le fond de l'Océan nous effraye, au contraire, et l'idée de retourner dans ce milieu éveille en nous une idée de mort bien plus qu'une idée de vie.
M. de Quatrefages, une grande autorité qui honore la France, disait un jour dans une conférence sur l'homme, faite à Vincennes :
« Dans cette étude des questions générales relatives à l'histoire de notre espèce, nous avons dû nous demander quelle était l'origine de l'homme. Sur ce point, je me suis vu obligé de confesser l'impuissance du savoir actuel. Mais si je n'ai pu dire d'où venait l'homme, j'ai pu dire, au nom de la science, d'où il ne venait pas ; j'ai pu affirmer que nous n'avons pour ancêtre aucun animal, pas plus le singe que le phoque ou tout autre animal, quel qu'il soit. »
Malgré cet aveu de M. de Quatrefages, toute l'attention du monde scientifique a été portée, dans ces dernières années, vers les travaux de la Société d'anthropologie. On espérait voir sortir de cette réunion de personnes éminentes la solution du grand problème, l'origine de l'homme. Cette attente a été déçue, rien n'a été fait, et rien ne pouvait être fait puisque la plupart des anthropologistes cherchaient dans la transformation animale ce que l'on ne peut trouver que dans la transformation végétale.
C'est donc vers l'étude de la botanique qu'il faut aujourd'hui appeler l'attention du public. Il faut faire comprendre au monde savant qu'il est de la plus haute utilité d'éveiller partout le goût de cette science qui devrait être considérée comme la plus importante de toutes puisqu'elle renferme la clef du plus grand des mystères, notre origine, et, en même temps, la plus utile des histoires, l'histoire de la vie.
Mais on le sait, aucune science n'a progressé sans l'initiative des théoriciens, sans les hardiesses de certains esprits audacieux qui mettent tout d'un coup en lumière des faits que la patiente investigation des savants n'avait pas aperçus.
Les matériaux que la science a rassemblés, depuis quelques années, pour la construction de l'édifice scientifique et social sur lequel l'humanité doit reposer forment un amas confus. Il semble qu'au milieu de toutes ces pierres apportées par les uns et les autres on ait oublié de faire un plan. Chacun s'est, fait ouvrier. M. Darwin seul s'est fait architecte, mais le plan qu'il a donné est mauvais, il manque de base.
Les savants modernes ont tous négligé de s'occuper de l'idée générale qui doit grouper les matériaux épars. Ils n'ont étudié que les détails et n'ont pas aperçu l'ensemble. Ce système est inconcevable de la part de tant d'esprits d'élite. Grouper des faits sans une théorie qui les relient, c'est fabriquer isolément les pièces d'un jeu de patience en attendant une main et une intelligence qui viennent les classer.
Plus hardi que les autres, et persuadé que ce sont moins les faits qui manquent aux théories que les théories aux faits, nous avons extrait l'idée générale des détails. Nous sommes partis armé d'une idée, à la recherche de faits qui la confirment, nous l'avons soumise à une série d'observations et d'expériences, et partout nous l'avons trouvé confirmée dans la nature.
Or, comme lorsque toutes les observations et toutes les expériences sont d'accord avec l'idée conçue, la loi est trouvée, nous donnons comme une certitude l'histoire de l’Origine végétale des animaux.
(1) Chose incroyable, malgré la direction bien connue de la formation de l'embryon, aujourd'hui encore, dans les livres d'embryologie et dans les cours publics, lorsqu'on explique le développement embryonnaire, on place sous les yeux des lecteurs ou des élèves les figures destinées à la démonstration dans une position renversée qui met la tête du fœtus en haut et ses membres dirigés vers le bas, alors que l'on sait, cependant, très-bien qu'il se forme dans une situation renversée.

ANATOMIE VÉGÉTALE ET ANIMALE COMPARÉES
Le règne végétal se divise en trois grands embranchements :
- Les dicotylédones qui germent avec deux cotylédons ;
- Les monocotylédones qui germent avec un seul cotylédon ;
- Les acotylédones qui germent sans cotylédon.
Les animaux d'origine végétale sont :
- Les mammifères issus de l'embranchement des dicotylédones ;
- Les oiseaux, les reptiles et les articulés issus de l'embranchement des monocotylédones ;
- Différentes espèces inférieures groupées par les zoologistes dans des classes différentes, issues de l'embranchement des acotylédones.
- Les poissons, les batraciens, les mollusques ne sont pas d'origine végétale. Ils n'ont aucune, parenté avec les animaux aériens. Leur formation, d'origine aquatique, suit un mode de développement tout différent de celui des vertébrés terrestres.
Nous nous occuperons d'abord de l'embranchement des dicotylédones puisque c'est dans cette grande division du règne végétal que nous allons trouver l'origine des mammifères, dont l'homme fait partie.

LA STATION DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX
Nous avons parlé du renversement du fœtus dans l'utérus maternel, pendant le développement embryonnaire. Ce fait qui peut sembler insignifiant a cependant une importance considérable. Il explique à lui seul toute la théorie développée ici ; il explique à lui seul tout le développement primitif.
C'est pour ne pas l'avoir observé et, par conséquent, pour ne pas en avoir tiré toutes les conséquences qui en résultent, que nous avons été pendant si longtemps trompés dans nos recherches et déroutés dans nos observations ; c'est pour ne pas en avoir tenu compte que nous n'avons pas aperçu l'identité de structure des végétaux et des animaux, ou plutôt la continuation par des gradations insensibles de la formation anatomique commencée à l'aurore de la vie végétale et continuée dans la vie animale.
La station verticale de l'homme, la station horizontale des quadrupèdes est la cause qui nous a empêchés de découvrir leur origine végétale et de suivre leur développement progressif dans la nature. Cette façon de lever la tête vers le ciel et de s'appuyer sur les membres inférieurs, si peu faits pour le soutenir, est une station que l'homme adopte après la naissance, et qui est justement l'opposé de la station actuelle de l'arbre qui nous représente les premières phases de la vie embryonnaire. Pendant toute la vie intra-utérine qui reproduit la longue période du développement primitif l'homme occupe la même station renversée que la plante.
Il est si vrai que la position actuelle de l'homme est acquise et non pas native, que maintenant même, après des siècles d'habitude héréditaire contractée par nos ascendants, nous ne pouvons pas encore supporter la station verticale dans une immobilité parfaite pendant plus de quelques instants ; nous cherchons des points d'appui, nous prenons la position hanchée pour reposer tour à tour nos membres fatigués. Cet exercice nous est pénible parce qu'il y a une grande dépense de force dans notre station actuelle. Ce fait suffit à prouver qu'elle n'est pas originelle, car il est logique de supposer l'être primitif dénué de force puisqu'il faut bien le supposer privé, comme l'embryon, de facultés motrices à l'origine. La contraction musculaire ne s'exerce que par l'entremise des nerfs moteurs qui ne fonctionnent pas pendant les premières phases du développement.
La station verticale nous coûte un effort que nous faisons par la volonté, c'est-à-dire par la mise en jeu d'une force motrice agissant sur les muscles, mais lorsque cette force cesse d'agir, soit parce qu'un exercice fatigant a épuisé sa réserve, soit parce que le sommeil nous envahit, en un mot, lorsque la volonté n'agit plus ou devient impuissante à provoquer l'action, l'homme a besoin de s'étendre pour reprendre la position horizontale qui, probablement, a été pendant longtemps la station intermédiaire qu'il a occupée entre la position végétale et la position animale.
Il se couche sur le sol, sa tête qui alors recommence à obéir au géotropisme, vient rejoindre la terre, et c'est encore dans cette position horizontale que nous passons la moitié de notre vie, toutes nos heures de sommeil. Si par hasard il nous arrive de nous endormir debout, bientôt le poids de la tête, cherchant le sol, nous entraîne, et, malgré nos efforts, tend à lui faire regagner sa position primitive qui est en bas.
Tous les physiologistes sont d'accord là-dessus (1).
M. Béclard dit au sujet de cette position primitive qui est en bas : « Le corps pour rendre son équilibre plus stable et pour ne pas reposer tout entier sur la projection verticale du tibia, c'est-à-dire sur le talon, mais pour répartir également son poids sur toute l'étendue de la base de sustentation, le corps, dis-je, s'incline légèrement sur l'articulation tibio-astragalienne, pour reporter en avant la projection verticale du centre de gravité, d'où il suit que le corps a une certaine tendance à tomber en avant, et que les muscles qui s'opposent à ce mouvement, c'est-à-dire les muscles du mollet, sont dans un état de tension permanente. »
« L'action musculaire, quel qu'intense qu'on la suppose, est une force essentiellement intermittente. Tout muscle ne se contracte qu'à la condition de se relâcher. Une contraction ne dure pas quelques minutes d'une manière permanente sans amener bientôt un épuisement et une impuissance absolue. Une force intermittente, comme l'est la contraction musculaire, ne peut pas faire équilibre à une force constante, comme l'est la pesanteur. »
« Lorsqu'on envisage un homme qui se tient debout sur les deux pieds, le corps est à l'état d'équilibre, mais les puissances musculaires ne sont pas inactives : elles agissent dans des sens divers et se balancent réciproquement pour maintenir le corps dans la verticale. Le corps de l'homme et celui des animaux n'est, à proprement parler, à l'état de repos, que lorsqu'il est étendu sur le sol ou sur des corps plans, obéissant ainsi librement aux lois de la pesanteur. »
« Lorsqu'on cherche à placer un cadavre dans la situation verticale, le tronc peut être maintenu dans cette position, à peu près sans secours étranger, tandis que les membres se dérobent, pour ainsi dire, sous la charge du corps.
C'est aussi ce qui arrive lorsque l'homme perd connaissance, c'est-à-dire lorsque la contraction musculaire fait défaut. »
Et M. Béclard ajoute au sujet de cette position primitive qui est en bas :
« La station quadrupède n'est, pas plus que la station bipède, une attitude passive, et si l'animal la supporte plus longtemps que l'homme, elle détermine néanmoins la fatigue. Dans la station quadrupède les muscles extenseurs des membres doivent, en effet, lutter par leurs contractions contre le poids du corps, qui tend à fléchir les segments des membres dans leurs diverses articulations. Le cheval offre, dans son mode de station, quelque chose d'analogue à la station hanchée de l'homme. Dans l'état le plus ordinaire il ne repose franchement que sur trois pieds. L'un des membres postérieurs est légèrement fléchi et ne touche le sol que par la pince. »
Le pied qui supporte la charge du corps est si mal construit, chez la plupart des animaux, pour remplir cet office, que si les quadrupèdes ne reposaient sur leurs quatre membres, il n'en est pas un seul qui pourrait se maintenir sur cet appendice terminal. Chez l'homme le pied ne soutient le poids du corps que par le talon, par l'extrémité des métatarsiens et un peu par le bord externe.
C'est donc à force d'équilibre étudié, d'habitude acquise, que la station des animaux est devenue possible.
Si l'on compare cette station incertaine, chancelante, difficile, des animaux à la station assurée des végétaux, qui, cependant, reposent sur une base souvent moins large que les animaux, puisqu'ils sont dans la situation d'un animal qui reposerait sur la tête (2) et qui, néanmoins ne déploient pour se maintenir sur le sol aucune force musculaire, étant privés d'innervation, on est forcé d'arriver à cette conclusion que les végétaux sont maintenus ainsi par un équilibre naturel établi par l'action dynamique des forces atmosphériques, action à laquelle ils sont étrangers.
L'équilibre des plantes est déterminé par une force objective tandis que celui que les animaux ont acquis ne peut être maintenu que par une force subjective.
Pendant que les physiologistes zoologistes sont d'accord à reconnaître l'instabilité de la station humaine et même quadrupède, les physiologistes botanistes, au contraire, sont d'accord à reconnaître l'équilibre de la station végétale.
« Le tronc étant placé verticalement par l'action directe de la pesanteur, dit M. Van Tieghem, tous les membres qui se développent sur ses flancs se disposent de manière à égaliser leur charge tout autour de lui, de façon qu'au fur et à mesure de son développement le corps vivant tout entier demeure en équilibre autour de la verticale.
« Ce résultat est atteint par la disposition même des membres. Dans la ramification terminale la dichotomie ou la polytomie, dans la ramification latérale la disposition verticillée, la disposition isolée avec une divergence qui est fraction de la circonférence et la superposition des membres en un certain nombre de rangées verticales également espacées qui en résulte, tout concourt précisément à ce but. »
Dans la station actuelle de l'homme il se produit continuellement une dépense de force destinée à alimenter la contraction musculaire statique, c'est-à-dire à lutter avec les forces physiques, dépense inutile dans la station inverse.
Nous laissons aux amateurs de causes finales le soin de trouver et d'expliquer la cause finale d'une station qui exige de l'homme une dépense de force improductive.
Les animaux inférieurs, qui sont plus près de leur état primitif que les animaux supérieurs, sont fixés au sol par la bouche, comme les plantes, tels sont les spongiaires ; d'autres sont détachés du sol, mais conservent leur position primitive, ils marchent sur la tête, comme les céphalopodes.
Tous les insectes stationnent la tête en bas et l'abdomen en haut. Les araignées au repos au milieu de leur toile ont toujours la tête renversée.
Les insectes ne portent la tête en avant que pendant le mouvement, comme les zoospores libres de végétaux.
Enfin tous les animaux prennent, pour dormir, une position qui se rapproche de celle que leurs ancêtres occupaient dans un cycle de vie antérieure.
Ainsi, presque tous les mammifères quadrupèdes dorment en allongeant la tête entre les pattes antérieures ; quelques-uns se suspendent aux branches d'arbres en laissant pendre tout leur corps dans l'attitude qui a été leur station originaire ; le paresseux, les chauves-souris, surtout le vampire, prennent au repos cette position renversée. L'homme même sous l'accablement que cause une forte chaleur ou une grande fatigue cherche à prendre la position appelée américaine, qui consiste à appuyer les pieds sur un objet plus élevé que celui où repose la tête.
Mais tous ces faits n'ont qu'une valeur insignifiante à côté du fait qui prime tous les autres. Le renversement du fœtus pendant la vie embryonnaire.
C'est dans cette station renversée, semblable à la station végétale, non-seulement que se forment tous nos organes, mais surtout que s'établit notre circulation qui est d'abord aussi active que la circulation végétale. Lorsque l'enfant est jeté dans le monde par l'accouchement il change de station.
Longtemps cependant nous le tenons dans la position horizontale que l'homme primitif a dû lui-même occuper sur le sol avant de se redresser, et ce n'est qu'à la fin de la première année que nous mettons l'enfant sur ses pieds. Pendant cette station transitoire sa circulation se ralentit, en partie à cause de l'obstacle qu'oppose alors au passage du sang la direction des valvules des veines.
Cependant peu à peu ses organes s'habituent à occuper, par rapport aux forces physiques qui agissent dans l'atmosphère, une position inverse de celle dans laquelle ils ont été créés primitivement à l'état végétal, et reproduits dans l'utérus maternel. Mais cette situation est si peu naturelle que si nous retournions brusquement l'enfant le jour de sa naissance il est probable qu'il en mourrait (3).
Cette circulation ralentie, quoique acquise peu à peu dans la première enfance, amène encore, souvent, des troubles dans l'organisme, et la première chose que nous soyons impérieusement obligés de faire alors, c'est de nous étendre horizontalement, et souvent même ce changement de position suffit pour rétablir le fonctionnement régulier des organes. C'est ce qui arrive généralement en cas de syncope.
Nous nous occuperons dans un chapitre spécial de ce ralentissement de la circulation causé par le renversement de l'individu, ralentissement qui, aujourd'hui, est devenu notre état normal.
Si nous commençons l'étude de l'origine des animaux par leur mode de stationnement, qui semble n'être qu'un détail de la physiologie, c'est parce qu'il importe, avant tout, de les remettre dans leur position primitive pour faire comprendre la formation du squelette d'abord, et celle de tous les organes qui y sont annexés, formation qui résulte de la relation des êtres avec les forces physiques qui agissent à la surface de la terre dans des directions déterminées. Or, les effets produits par ces forces seraient tout l'opposé de ce qu'ils sont si les animaux avaient été mis de prime abord dans la position renversée qu'ils occupent aujourd'hui.
Il est un autre fait, non moins important, que l'on a également négligé dans l'étude comparée du développement primitif et du développement embryonnaire ; c'est l'absence de mouvement et la fixité de l'être pendant les premières étapes de la vie. Dans le genre humain, par exemple, les premiers mouvements ne commencent à se produire qu'après le quatrième mois de la vie intra-utérine.
Or, ces quatre premiers mois du développement représentent les premières phases du développement primitif. Comment les premières formes traversées auraient-elles pu être celles des êtres inférieurs de la série zoologique, infusoires, poissons, articulés, etc., tous doués de mouvements d'autant plus vifs qu'ils sont plus bas dans la série, tandis que les premiers mois de la vie embryonnaire se développent dans la fixité et l'immobilité qui est l'état de notre végétation actuelle.
En suivant la série animale le mouvement décroît de l'infusoire jusqu'à l'homme ; dans le développement embryonnaire le mouvement progresse de l'ovule à l'enfant, de l'enfant à l'homme.
La conclusion à tirer de ces deux faits, le renversement et l'immobilité, s'impose d'elle-même.
L'être primitif occupait à la surface terrestre, pendant les premières phases de son développement, une station fixe et renversée.
Étudions donc, en partant de ce principe, l'anatomie de la plante actuelle, comparée à celle de l'embryon (4).
(1) « Pour que les membres puissent rester fermes et soutenir le corps, il faut que leurs muscles extenseurs se maintiennent contractés, car sans cela, ces organes fléchiraient sous le poids qu'ils supportent et en détermineraient la chute. Nous avons déjà vu que les muscles se fatiguent d'autant plus vite que chacune de leurs contractions dure plus longtemps : aussi, chez la plupart des animaux, la station est-elle à la longue, plus fatigante que la marche. » Milne EDWARD.
« La station d'abord est un exercice car elle exige la contraction permanente des muscles extenseurs et fléchisseurs des membres inférieurs et du tronc ; ces muscles sont obligés de se contracter pour se faire équilibre, annuler ainsi leur action réciproque et maintenir la station. C'est un exercice des plus fatigants et qui amène rapidement la courbature des membres inférieurs par suite de la compression des filets nerveux inter-fibrillaires. » BECQUEREL.
(2) Un grand nombre de plantes ne possèdent pas, ou presque pas, de ramifications souterraines. Toutes les monocotylédones, par exemple.
(3) « Il y a longtemps que nous avons dit que l'embryogénie n'a pas seulement pour mission de faire comprendre la véritable signification des formes transitoires de la vie fœtale, mais qu'elle recherche aussi la direction de la force qui réalise ces formes. » COSTE. Histoire du développement des êtres organisés. Discours préliminaire.
(4) L'idée que ce qui est a toujours existé (idée qui est la négation de l'évolution), est tellement enracinée dans l'esprit des hommes, que pour rendre conforme le passé au présent, même dans les moindres détails physiologiques, même dans la station de l'animal, on avait imaginé une théorie bizarre qui a reçu le nom de doctrine de la culbute, et qui consistait à dire que le fœtus porte, pendant le développement, la tête en haut, comme l'homme, mais que, quelques temps avant l'accouchement, reconnaissant sans doute la nécessité de présenter d'abord la tête à l'orifice qui doit lui livrer passage, il se retournait brusquement, c'est-à-dire faisait la culbute.
On s'étonne que de pareilles absurdités aient pu avoir, même un instant, cours dans la science ; il y a longtemps, heureusement, que l'on a fait justice de cette erreur ; cependant, comme cette théorie se trouve encore mentionnée dans certains ouvrages, il est bon non-seulement d'en parler, mais même de la réfuter ; chose facile, du reste, car il suffit, expérimentalement pour prouver sa fausseté, d'ouvrir le corps d'un mammifère femelle en gestation ; à quelque période que ce soit du développement embryonnaire on trouvera le fœtus renversé.
Si, après l'expérience, nous invoquons le raisonnement, nous ferons remarquer que si l'enfant était placé à l'envers et ne se retournait que trois semaines avant l'accouchement, tous les enfants qui naîtraient avant terme naîtraient par les pieds, ce qui n'a jamais lieu dans les cas normaux. Ajoutons que la mère, qui sent si bien les mouvements que l'enfant fait avec les pieds ou les mains dans les derniers temps de la grossesse, serait, non-seulement avertie de cette prétendue culbute de l'enfant, mais en éprouverait une véritable secousse ; ce qu'aucune femme n'a ressenti.
Enfin, non-seulement la situation du placenta et celle du cordon ombilical ne permettent pas ce renversement, mais encore, s'il avait lieu, la poche de l'amnios se formerait en haut, au lieu de se former en bas, ce qui serait contraire aux lois de la pesanteur.

ORIGINE DES MAMMIFÈRES
LE SQUELETTE (Résumé)
Le point de départ du développement primitif, comme le point de départ du développement embryonnaire, est une cellule végétale. De cette cellule dérivent tous les tissus de l'être qui s'organise.
C'est en expliquant son développement et ses transformations qu'on peut arriver à faire l'histoire du corps humain, et prouver que cette machine dont les rouages sont, en apparence, si compliqués, est le produit naturel des modifications successives que les éléments primitifs ont subi sous l'action des forces extérieures.
M. Coste dit, dans son Histoire du développement des corps organisés :
« L'homme et les animaux proviennent d'un œuf. Les végétaux émanent d'une vésicule, d’un utricule ou d'une cellule. Or, comme en définitive un œuf n'est lui-même qu'une cellule plus ou moins complexe, il s'ensuit que, considérés à ce point de vue, tous les corps organisés ont une origine commune.
Le tissu végétal, dit-il ailleurs, est exclusivement composé de cellules. Les physiologistes, entraînés par l'analogie, furent nécessairement conduits à rechercher si l'organisation animale ne se trouvait pas dans les mêmes conditions de structure. Ici, le problème était beaucoup moins facile à résoudre car les organes des animaux peuvent atteindre à un si haut degré de complication qu'il devient impossible d'en pénétrer la structure lorsqu'on les observe chez l'adulte. Mais si on prend la précaution d'étudier les tissus dans l'intérieur même du germe, et au moment de leur origine première, alors on peut clairement reconnaître que leur trame est, comme celle des végétaux, presqu'exclusivement composée de cellules d'autant plus faciles à reconnaître que le développement en a moins dissimulé la forme. »
M. Coste affirme donc, et avec raison, que l'analogie qui existe entre les végétaux et les animaux, considérés au point de vue histologique est surtout frappante si l'on compare la plante actuelle avec l'embryon puisque, dans la suite du développement, que la plante n'accomplit plus, les complications apparaissent.
Nous ne nous arrêtons pas ici à démontrer, nous ne dirons pas l'analogie, mais l'identité de la constitution anatomique des végétaux et des animaux, puisque cette étude a été faite, il y a longtemps déjà, et a servi de point de départ aux travaux histologiques modernes. M. Schwann, l’éminent professeur de l'Université de Liège, dans un travail publié en 1839, a fait l'histoire des tissus. Il a démontré que la constitution cellulaire est la règle commune de toute formation histologique, et que le mode de développement des éléments anatomiques est le même chez les végétaux et chez les animaux.
Le développement de l'ovule animal, que nous voyons se dérouler pendant la vie embryonnaire, ne fait que retracer rapidement toutes les phases de la vie végétale, dont les plantes actuelles traversent encore sous nos yeux les premières étapes.
L'ovule végétal est, à son origine, une cellule.
Cette cellule est d'abord composée d'une membrane de cellulose, d'un protoplasma albuminé et d'un noyau qui commence bientôt son travail d'organisation.
Le protoplasma s'écarte et laisse des lacunes qui se remplissent d'un liquide granuleux et albumineux que l'on appelle le suc cellulaire ; bientôt ces vacuoles grandissant toujours remplissent tout l'intérieur de la cellule et le protoplasma repoussé vers la membrane y forme une couche pariétale. Le noyau entraîné avec la couche de protoplasma qui l'enveloppe s'enfonce dans la couche pariétale où il forme une petite proéminence qui est l'origine de l'embryon. « Dans toutes les plantes vasculaires, dit M. Van Tieghem, l'œuf traverse, sur la plante-mère, et à ses dépens, les premières phases du développement qui doit l'amener à devenir une nouvelle plante. Dès cette première période, une racine apparaît presque toujours sous l'extrémité inférieure de la tige, occupant seule cette extrémité toute entière, et se plaçant dans le prolongement même de cette tige. »
C'est donc une petite tige que nous allons voir apparaître, terminée à l'extrémité inférieure ou céphalique par un petit renflement qui deviendra une tête ou une racine, terminé dans sa partie végétative, c'est-à-dire caudale, par tous les organes qui apparaissent pendant les premières phases du développement végétal, alors que l'individu possède encore les caractères de la plante herbacée.
C'est d'abord l'apparition d'un (ou plusieurs) cotylédon, reproduit dans la vésicule ombilicale, réservoir de matières nutritives et premier organe de circulation. Ensuite l'apparition d'une feuille, l'allantoïde, décrite comme une poche aplatie contenant un liquide, mais qui, en réalité, n'est qu'un organe foliaire formé de ses deux lames épidermiques séparées par le mésophylle.
Enfin nous assistons à l'apparition des premiers rudiments de la tige. « Ordinairement, dit M. Van Tieghem, la tige tire son origine des premiers développements de l'œuf. Dès que l'œuf est devenu un massif de cellules, la tige se caractérise, se différencie dans ce massif et ne tarde pas à former autour de son sommet libre, une ou plusieurs petites feuilles, c'est-à-dire son bourgeon terminal, l'autre extrémité est occupée par la racine quand il s'en fait une. Plus tard la tige s'allonge et se ramifie. »
Les premiers linéaments de cette tige primaire dans l'embryon nous mettent sous les yeux un petit corps cellulaire comme la tige herbacée, puis, un peu plus tard, une petite masse pleine, ligneuse, c'est-à-dire fibreuse, mais enfin solide, car les éléments de l'embryon ne sont pas fluides comme le seront, plus tard, dans l'animal, les liquides de l'organisme. Dans cette petite masse il n'y a d'abord ni cavités, ni viscères, ni cloisonnements ; elle est pleine d'un tissu fibreux comme le sont nos arbres actuels.
Sans entrer dans aucun détail sur les phases qui représentent le développement de la plante herbacée et que nous reprendrons dans un chapitre spécial d'embryologie, nous passons tout de suite à la formation du squelette.
Un mot cependant aux transformistes.
Il est convenu que chaque degré de perfectionnement des espèces est représenté par un stade du développement embryonnaire des espèces supérieures.
Nous demandons, en vertu de cette loi, que l'on ne peut pas nier, que l'on nous montre dans la série animale l'homologue d'un individu réalisant la forme reproduite par l'embryon au moment où il est pourvu de sa vésicule ombilicale et de son allantoïde. Où est l'animal qui ressemble à cela ?
Quel est l'espèce zoologique qui ait à l'état adulte cette structure normale ? En attendant leur réponse, nous ferons remarquer que cette forme est celle de tous les végétaux phanérogames pendant les premières phases de leur développement, celle de toutes les plantes annuelles ; toutes ont commencé par être pourvues d'une vésicule ombilicale, un cotylédon, souvent deux (nous expliquons plus loin pourquoi le second avorte toujours dans le recommencement de la vie animale) suivi de l'apparition d'une feuille, insérée immédiatement au-dessus de lui, puis enfin de l'apparition d'une tige, contenant à son centre les éléments qui formeront plus tard le canal médullaire, le névrax (ensemble du système nerveux central), en attendant l'apparition des membres et des viscères (1).
Donc, pendant le commencement de la vie embryonnaire le fœtus a la structure d'une plante et non celle d'un animal.
(1) La chlorophylle apparaîtrait dans l'allantoïde si on pouvait l'exposer à l'air sans tuer l'embryon. Mais comme elle pousse dans un endroit où les radiations solaires ne pénètrent pas, elle reste incolore comme les feuilles d'une plante qui pousse en cave. Cependant le cordon ombilical, qu'elle devient dans le courant de la vie embryonnaire, renferme de la chlorophylle ; en outre, on a observé depuis longtemps des points colorés en vert sur les bords du placenta du chien et du chat, et sur les villosités de la vésicule ombilicale de la musaraigne.
On a assimilé les matières colorantes de l'embryon à l'hématosine ou à la bilirubine. Meckel a donné le nom d'hématochlorine à la chlorophylle du placenta des carnivores.
Quoique la lumière semble généralement nécessaire à la formation de la chlorophylle, elle apparaît cependant déjà dans l'embryon végétal au sein de la graine, comme nous la voyons encore se former à l'obscurité dans les annexes de l'embryon animal. Nous expliquerons plus loin la cause de ces faits.

MEMBRES PRIMAIRES (Résumé)
La racine et la tige d'une plante dicotylédone forment deux corps cylindriques, partant d'un centre commun et croissant en sens inverse, sous l'action des deux forces verticales qui agissent sur elle, l'une de haut en bas, l'autre de bas en haut.
Le plan qui sépare ces deux corps, et qu'on appelle collet organique, est l'endroit où, peu à peu, se formera le cœur. « Je définis la tige, dit M. Germain de St-Pierre, axe ascendant ou aérien, terminé par un bourgeon (lisez vertèbre), je définis la racine axe descendant ou hypogé (souterrain) jamais terminé par un bourgeon (lisez toujours vertèbre où il y a bourgeon). L'axe primaire est celui qui résulte de la germination de l'embryon. Il est simple ; il ne tarde pas à se ramifier par la division de la racine d'une part et, d'autre part, par la production sur la jeune tige de bourgeons axillaires devenant des rameaux qui constituent des axes secondaires. »
En effet, il arrive un moment dans la vie de la plante où la croissance cessant d'obéir à la force terrestre qui la dirige de bas en haut se dévie par le développement de bourgeons axillaires. En même temps que la tige la racine se ramifie et donne naissance à des rameaux symétriques entre eux et correspondant à ceux de la tige.
Ces bourgeons axillaires divisent la tige de bas en haut et la racine de haut en bas. Dans l'embryon animal ils donnent naissance aux membres primaires.
Les bourgeons qui naissent vers l'extrémité caudale de l'embryon sont ceux qui, dans le développement primitif de la plante engendraient les rameaux aériens, ceux qui apparaissent vers l'extrémité céphalique reproduisent les bourgeons axillaires qui engendraient les rameaux souterrains.
Les membres primaires, aériens et souterrains, se divisent eux-mêmes en ramuscules qui deviennent les doigts.
Faisons remarquer tout de suite qu'il existe entre les branches aériennes et les branches souterraines des arbres dicotylédones une correspondance parfaite, peu connue en général, parce que nous n'avons jamais occasion de voir un arbre adulte en entier.
Comme dans le fœtus nous trouvons dans un arbre adulte entier un axe primaire commençant au nœud vital (la tête) et se terminant au dernier bourgeon de la tige médiane (la dernière vertèbre de la queue), latéralement des branches aériennes secondaires correspondant aux deux racines secondaires qui forment des branches souterraines, des rameaux tertiaires aériens et souterrains, toujours en nombre égal et enfin, d'autres ramifications indéfiniment ramifiées elles-mêmes, jusqu'aux dernières nervures des feuilles, lesquelles existent en nombre égal et sont toujours disposées dans le même ordre que les radicelles dont elles sont l'homologie parfaite.
Cette correspondance qui caractérise les plantes dicotylées caractérise également les mammifères.
Ils possèdent toujours quatre membres plus ou moins ramifiés, lesquels présentent entre eux une homologie parfaite. Le bras correspond à la cuisse, c'est-à-dire le fémur à l'humérus, l'avant-bras répond à la jambe, le tibia répond au radius et le péroné au cubitus, la partie terminale antérieure, la main, correspond à la partie terminale postérieure, le pied.
Mais cette division de la tige et de la racine ne s'opère pas dans la première enfance de la plante et ne peut être observée sur les individus très jeunes, quoique leur tige émette, presqu'à l'origine, des branchilles qui la garnissent à droite et à gauche sans ordre et sans symétrie.
Ces ramifications prématurées qui sont, pour ainsi dire, les tâtonnements de la nature, ne parviennent pas à se fixer. Elles sont destinées à disparaître, comme celles qui, plus tard, proviendront encore de bourgeons adventifs. Ces branchilles, malgré leur peu de durée dans la vie végétale, se reproduisent dans l'embryon. Dès la formation du capuchon céphalique (la coiffe de la racine) on voit apparaître tout autour de la corde dorsale des noyaux munis de prolongements ; ces éléments appelés noyaux des fibres lamineuses sont les fibres libériennes qui, dans les premières années de végétation, se dévient dans leur direction pour aller, en se plaçant horizontalement, former une feuille. Un peu plus tard le développement de bourgeons axillaires nés à l'aisselle de ces feuilles, forme, tout autour de la tige, une ramification adventive qui disparaît tout à fait lorsque la ramification normale est établie.
Ce stade du développement primitif est bien facile à étudier dans la nature puisqu'il se déroule sous nos yeux dans la végétation actuelle.
Dans la vie embryonnaire toute la période d'évolution qui précède l'apparition des membres est représentée par l'aire vasculaire, période très curieuse du développement, pendant laquelle le petit corps de l'embryon se garnit à droite et à gauche de rudiments vasculaires reproduisant exactement les ramifications adventives des arbres jeunes. Des ramifications qui naissent de chaque zone annuelle s'enfoncent dans le mésoderne qui forme une bordure autour de l'embryon, comme les ramifications de l'arbre s'enfoncent dans l'atmosphère qui les entoure et les nourrit. La bordure qui représente autour de l'embryon la zone aérienne dans laquelle les feuilles de ces branches adventives se nourrissaient, est un feuillet qui présente à cet endroit un épaississement plus ou moins renflé et que V. Baer a nommé le velum général.
La petitesse des objets empêche d'en découvrir les détails, mais il est probable qu'avec de plus forts grossissements on pourrait distinguer dans l'aire vasculaire des rudiments de feuilles, quoique la périodicité de l'apparition de ces organes pendant le développement primitif rende peut-être leur réapparition dans l'embryon impossible à distinguer, à cause de l'extrême rapidité avec laquelle doivent se succéder les intervalles qui répondent aux étés et aux hivers.

MEMBRES SECONDAIRES (Résumé)
Après la déviation première du méristème qui engendre les membres primaires il se produit, dans l'arbre, un nombre successif de déviations partielles, toujours engendrées par la même cause : le changement de position de l'arbre sous les radiations solaires, et le dédoublement indéfini des axes, qui résulte de ce changement. Le nombre des rameaux tertiaires produits par ces déviations varie suivant les espèces de plantes, mais il est rigoureusement déterminé dans chacune d'elles. Ce sont ces rameaux qui forment les appendices terminaux des animaux, lorsque les dernières extrémités de l'arbre se sont usées et que le tronc, les branches gourmandes et les rameaux tertiaires, ont seuls subsisté.
Leur nombre varie de deux à sept. Les chiens et les chats ont sept doigts aux pattes de devant (deux de ces doigts sont rudimentaires, c'est-à-dire formés de branches plus usées que les autres) ; mais le plus souvent ils se trouvent au nombre de cinq comme chez l'homme et un grand nombre de mammifères ; chez le sanglier, le lapin, le cochon, ils sont au nombre de quatre ; le rhinocéros en a trois, chez la chèvre, le mouton, le bœuf, on en trouve deux, le cheval n'en possède qu'un seul.
Le nombre de rameaux tertiaires d'un arbre peut être quelquefois difficile à vérifier à cause de l'avortement des bourgeons qui doivent les produire. (Il s'agit des arbres naturels, bien entendu, avertissement que nous sommes obligés de donner afin que l'on ne soit pas tenté de prendre pour sujet d'étude ceux qui ont été soumis à la culture ; et la plupart de ceux des villes sont dans ce cas). Mais le nombre des rameaux étant toujours en correspondance avec l'ordre dans lequel naissent les feuilles sur la tige, il est facile, en étudiant celles-ci, de déduire de leur nombre et de leur disposition le nombre de doigts qu'auraient les animaux qu'ils deviendraient dans un milieu favorable à leur développement (1).
Le rapport de position des membres latéraux sur l'axe commun qui les porte est une question qui a été étudiée, discutée, controversée de toutes les manières par les botanistes.
Comme ces discussions portaient, en général, sur toutes les espèces végétales, très différentes les unes des autres, dans leur structure, on a introduit dans ce chapitre de la physiologie végétale des complications que nous ne mentionnons même pas ici, d'abord parce que cette étude est inutile à notre sujet, ensuite parce que les dicotylédones étant les seules plantes qui m'occupent dans cette première partie, il est inutile de rappeler ici ce qui a été dit relativement aux autres embranchements végétaux.
Les feuilles se produisent de deux manières ; elles naissent sur la tige en spirales ou en verticilles. Lorsqu'elles naissent en spirale elles se produisent sur la tige suivant une ligne idéale plus ou moins allongée. Chaque tour de spire renferme un nombre de feuilles qui varie de deux à sept. (Nous ne tenons pas compte, pour simplifier, des fractions dont on a compliqué la question).
La première feuille qui naît après un tour entier se trouve sur la tige au point de départ, c'est-à-dire justement au-dessus de la première feuille de la spire. Elle recommence une nouvelle] série qui recouvrira la première dans le même ordre.
« La moins complexe et la plus fréquente de ces dispositions, dit M. Duchartre, avait été observée vers la fin du siècle dernier, par Bonnet, qui l’avait nommé « Quinconce », et même un siècle auparavant dit Dupetit-Thouars, par Thomas Brown. Le pêcher, l’amandier, la ronce, etc., en offrent des exemples. Dans ce cas, c'est la sixième feuille qui est superposée à la première, et, par conséquent, la spire qui va de l'une à l'autre rencontre cinq feuilles. »
Lorsque la spire ne se compose que de deux feuilles, terme minimum, on dit que les feuilles sont alternes, ou plutôt distiques. Dans ce cas l'animal n'aura que deux doigts, comme le mouton, la chèvre, etc. ; c'est le cas de l'orme. Le poirier, le cerisier et le peuplier donnent cinq feuilles dans un tour de spire. Lorsque, comme chez les chiens et les chats, on trouve sept doigts (aux pattes de devant), ils sont placés autour de la patte suivant une ligne spiralée semblable à celle que forment les bourgeons sur la tige.
Les bourgeons axillaires que chaque année produit, et qui se placent autour de la branche dans le même ordre que les feuilles engendrent donc les membres secondaires. Mais la ramification des arbres étant indéfinie, il se produit après la première spirale d'autres spirales qui, elles-mêmes, en engendrent de nouvelles. C'est cette production indéterminée de nouvelles spirales qui se greffent sur les premières, qui donne à l'arbre une forme plus ou moins arrondie et fait ressembler sa partie aérienne à un bouquet de branches. Ce qui l'éloigne considérablement de la forme animale et empêche de reconnaître, au premier abord, la similitude de structure qui existe, en réalité, entre les arbres dicotylés et les mammifères.
Mais il faut considérer que toutes les branches hautes, formées de spirales secondaires, sont destinées à disparaître, et que l'arbre, arrivé à l'état d'usure végétale qui est l'aurore de la vie animale, ne possède plus que la spire qui s'est formée la première, celle qu'on appelle la spirale primitive ou génératrice, qui est la spirale indéfinie de laquelle naissent les spirales secondaires.
On retrouve dans le développement embryonnaire la trace de cette croissance indéfinie : « Dans un embryon de lapin de 17 jours, dit Kolliker, tous les orteils étaient terminés par une traînée de blastème non différencié, de longueur variable, tantôt occupant seulement la place d'une articulation, tantôt répondant en outre à une portion de la phalange plus ou moins étendue "et non encore arrivée à l'état de cartilage. »
Lorsque toutes les spirales secondaires sont usées il ne reste sur l'arbre que la spirale génératrice, la première formée. Sa disposition régit donc le mode de terminaison des membres des animaux.
C'est l'origine des axes qui formeront dans le squelette animal le carpe et le métacarpe, le tarse et le métatarse et les phalanges des doigts.
La direction que suivent les rameaux successifs qui se produisent dépend de leur position respective ; elle est plus ou moins oblique ou verticale, mais cette direction peut être géométriquement déterminée puisqu'elle obéit à des forces immuables.
Lorsque sous l'action longtemps exercée d'une excessive pression l'arbre tout entier, comme aplati par le poids énorme qui pesait sur lui, se raccourcissait en s'épaississant, il devait arriver que toutes les branches verticales, c'est-à-dire toutes celles qui étaient placées dans une position perpendiculaire à la surface terrestre, subissaient un raccourcissement considérable, tandis que celles qui poussaient dans une direction oblique se raccourcissaient beaucoup moins. Ainsi, tandis que dans la tige médiane, la plus verticale de toutes, la pression exercée sur chaque mérithalle (mérithalle est le nom botanique des proto-vertèbres) l'aplatissait au point de le réduire à la proportion d'une vertèbre, les membres primaires de la plante, qui sont toujours les plus obliques, ne se raccourcissaient presque pas ; ils formaient les os longs, le fémur et l'humérus, qui ne sont chacun que le développement d'un seul bourgeon, comme les vertèbres. Certains rameaux tertiaires qui, dans leur mouvement de retour vers la tige, poussaient verticalement, subissaient, comme les vertèbres, un aplatissement complet, tandis que d'autres qui suivaient une direction oblique se raccourcissaient moins et formaient des os un peu plus allongés. Ainsi, en observant le squelette du pied de l'homme, nous pouvons déterminer la direction que suivaient les rameaux qui l'ont formé.
(1) Le point d'où naît une feuille a, dans la vie végétale, une double importance puisque c'est, en général, immédiatement au-dessus de lui que naît le bourgeon. Bonnet vit le premier qu'en faisant passer de bas en haut, une ligne, par les points successifs d'où partent les feuilles, cette ligne décrit une spirale autour de la tige.
Il avait signalé comme le cas le plus général celui où les feuilles reviennent ainsi superposées de cinq en cinq. (DE JUSSIEU. Hist. nat. Botanique, p. 119.)

LE CRANE (résumé)
La première chose à faire lorsque l'on bâtit une théorie de l'évolution c'est de chercher des échantillons d'individus arrêtés aux différents stades que l'embryon reproduit, et réalisant chacune des formes que nous considérons comme des formes de passage.
Cette méthode est si logique, et si nécessaire, du reste, pour satisfaire les exigences rigoureuses de la science, que l'on s'étonne de n'avoir jamais vu les efforts des transformistes dirigés dans cette direction.
Jamais aucun d'eux n'a eu l'idée de réunir dans un musée la série complète, classée par rang d'âge phylogénique, des êtres que l'évolution Darwinienne prétend nous imposer pour ancêtres.
Il est vrai qu'il aurait fallu commencer par nous montrer un individu muni d'une vésicule ombilicale et d'une allantoïde à l'état adulte, caractères bien définis, bien connus, bien faciles à retrouver dans la nature, s'ils y sont, et constants chez les mammifères et les oiseaux au commencement de leur développement; caractères cependant sur lesquels les transformistes ont peu argumenté, dans l'impossibilité où ils étaient de nous montrer, dans la série animale, une espèce arrêtée à ce stade de l'évolution.
Il est impossible, cependant, que le développement primitif n'ait pas laissé de traces dans les couches de terrain que la géologie a fouillées ; il est impossible que l'on ne retrouve pas, en suivant les âges de la terre, la série complète des formes traversées par chaque espèce animale.
Plus heureux que les transformistes nous pouvons reconstituer, par des échantillons, l'histoire à peu près complète des premières phases de l'évolution.
Si nous n'en avons pas encore un grand nombre à offrir à l'examen des savants et à la curiosité du public, c'est parce que nous n'avons pas les moyens d'action nécessaires pour entreprendre de lointains voyages et fouiller l'écorce terrestre.
Nous n'avons à notre disposition, pour le moment, que quelques échantillons trouvés en France et arrêtés à différents degrés de développement que les individus qui forment notre végétation actuelle atteignent encore.
Nous avons cherché ces échantillons parce que nous avons compris qu'il était du plus haut intérêt, après avoir étudié la partie aérienne de l'arbre, de savoir si l'étude de la partie souterraine allait nous présenter les mêmes analogies de structure. Il était du plus haut intérêt, en effet, de chercher dans la partie de la racine qui termine inférieurement la tige, la formation rudimentaire du crâne et des organes qui se logent dans la tête.
Cette étude ne pouvait être faite à l'aide d'aucun ouvrage de botanique, puisqu'aucun botaniste ne s'est occupé de la racine des arbres usés, des arbres arrivés à cet âge de décrépitude végétale qui est le point de départ de la vie animale. C'était donc à la nature même qu'il fallait demander des documents, des exemples et des preuves. Ce chemin, qui, du reste, est toujours le plus sûr, est celui que nous avons suivi. Nous avons examiné quelques échantillons de cette partie du végétal que, vulgairement, on appelle des souches (et qu'il est assez difficile de se procurer dans un état intact, car la hache des bûcherons ne respecte rien). J’y ai toujours trouvé, outre la structure régulière des différentes têtes animales, des particularités extrêmement curieuses et dont nous recommandons l'étude aux naturalistes.
La figure 15 (Livre p.119 – Origine des animaux) représente une tête végétale qui, évidemment, se rapporte au genre humain. Pour en faire ressortir l'évidence nous mettons à côté d'elle un crâne d'homme.
La face est aussi aplatie que celle de tous les hommes qui vivent actuellement sur la terre, et quoique le menton soit assez développé il ne ressemble en rien au museau saillant du singe. Il faut donc renoncer à l'idée de chercher dans le genre simien l'origine de l'homme puisqu'il existe des végétaux plus hommes que les singes.
Comme particularités anatomiques à noter, nous ferons remarquer d'abord la netteté avec laquelle sont marquées les cavités annexes du nez, ces cavités dont la formation embryonnaire est encore si mal étudiée.
Entre les deux cavités orbitaires, dont l'une est creusée tandis que l'autre ne l'est pas encore, et au-dessus de l'orifice buccal, indiqué par une dépression percée d'une rangée de petits trous, se trouve le septum (paroi, cloison) cartilagineux, formé de fibres en continuité avec le maxillaire supérieur.
Le sinus maxillaire est indiqué par la disposition des fibres.
En ce qui touche les annexes de la cavité nasale elles n'existent pas sur cette figure, dépouillée de son écorce, il est vrai ; or, comme Dursy a montré dans le développement embryonnaire que les annexes naissent sous forme de diverticules de la muqueuse, laquelle n'a pu se former que du liber, absent ici, il ne faut pas s'étonner de ne pas trouver dans ce rudiment de tête humaine le futur cartilage du nez.
Si au lieu de regarder cet échantillon de face nous le retournons, nous trouvons de l'autre côté l'origine du sphénoïde antérieur dans une couche fibreuse en voie d'ossification ; la cavité buccale avec une muqueuse bien formée et l'origine des glandes ; le pharynx est largement ouvert et la luette en voie de formation.
La partie postérieure du crâne manque dans cette racine.
Chose fort curieuse à observer, la disposition des fibres, encore ligneuses, de cette tête rudimentaire, annonce déjà l'expression qu'aura plus tard le visage.
La souche représentée dans la figure 17 (Livre p.121) a tout l'aspect d'une tête de chien.
Le museau est creusé à l'endroit où il doit s'ouvrir, les yeux sont indiqués et les naseaux bien formés.
Quant à la structure elle est exactement ce qu'elle sera dans l'animal.
Vue par la partie postérieure, elle nous montre le rocher, déjà de consistance éburnée, la cavité où se logera le cerveau et qui contient une petite masse médullaire desséchée, et présentant le même aspect que les cerveaux trouvés dans les crânes des catacombes ; cette souche provenant d'un individu mort depuis longtemps, sa substance médullaire est réduite à un résidu qui n'a pu disparaître par évaporation.
L'origine du sphénoïde postérieur y est indiquée, et plus bas, trois sillons indiquent la place qui était occupée par les arcs branchiaux, lesquels s'arrêtent brusquement dans le cou, et ne semblent ici prendre aucune part à la formation des parties dures de la face, contrairement à la théorie généralement admise par les embryologistes, et que nous trouvons confirmée, du reste, dans d'autres échantillons.
A part ces observations, le futur crâne de chien que nous avons sous les yeux est une masse pleine, fibreuse, sans aucune lacune dans sa continuité, si ce ne sont les orifices creusés par une action mécanique extérieure et qui annoncent la place que viendront occuper les sens spéciaux. Toute cette masse ligneuse semble coulée d'une seule pièce et la direction des fibres qui la composent, et que l'on peut suivre dans toute leur longueur, indique la direction des forces qui ont courbé et dirigé le pivot d'arrière en avant. Le crâne est continu, rien n'y ressemble aux sutures que l'on trouvera plus tard séparant les différents segments qui formeront le crâne définitif de l'animal ; du reste cette segmentation des pièces du crâne n'existe pas à l'état embryonnaire et ne se produit que par le fait du travail d'ossification.
Cet échantillon se trouve arrêté dans son développement à l'état qui correspond à ce que les embryologistes appellent le crâne membraneux, sa partie postérieure est ouverte.
La souche représentée dans la figure 18 (Livre p.122) est plus curieuse encore ; elle possède déjà un organe visuel extrêmement intéressant à observer dans tous ses détails.
Le globe oculaire, formé d'une matière gélatineuse pétrifiée, est entouré de paupières qui ont l'apparence de la lame fibreuse qui sépare les deux moitiés d'une noix.
Cette tête nous montre, de plus, un profond sillon sinueux creusé à la place où se formera la trompe d'eustache. Il part de la gorge et vient aboutir à la place qu'occupera l'oreille. La forme de cette racine rappelle celle de la tête du mouton.
L'exemple que nous donnons dans la figure 19 (Livre p.123) a été copié d'après un échantillon de la galerie de botanique du muséum. Il est moins intéressant que les autres, du reste nous n'avons pas eu le loisir de l'examiner en détail ; il n'a de remarquable que la courbure du pivot rappelant par la forme qu'il prend la tête du cheval ou celle de l'âne.
Toutes les parties du squelette primordial qui passent directement de l'état cartilagineux à l'état osseux existent dans ces échantillons à l'état ligneux. Nous ne trouvons nulle part l'origine de ce que Kolliker appelle les os de revêtement. La transformation du chondro-crâne en crâne définitif nous semble être due au processus histologique bien connu qui engendre une multiplication de cellules unies par une substance intercalaire.
Les échantillons dont nous donnons les dessins ne sont pas des fossiles, ils ont été trouvés aux environs de Paris en 1878, et proviennent d'arbres déracinés, il y a quelques années, dans des terrains avoisinant le bois de Boulogne. Du reste, toutes les souches que nous avons eu occasion de voir avaient la forme des têtes animales à différents états du développement embryonnaire. Il est facile de s'en convaincre puisqu'il suffit pour cela de faire déraciner des arbres régulièrement formés, et possédant déjà dans la partie aérienne, la structure animale.
Le grand avantage de cette théorie sur toutes les hypothèses qui ont été émises jusqu'à ce jour, c'est l'extrême facilité avec laquelle on peut en prouver Expérimentalement l'exactitude.
Ceci m'amène à donner, en passant, à M. Darwin et à ses partisans cette maxime à méditer : Ce qui est vrai peut toujours se prouver.
Si après avoir examiné ces têtes végétales nous examinons les têtes fossiles des animaux disparus, ou même de ceux dont les descendants vivent encore parmi nous, nous sommes frappés de la ressemblance qui existe entre elles, non pas seulement au point de vue de la forme, mais surtout de la disposition des éléments anatomiques et de la consistance. En effet, la plupart des têtes fossiles ont bien plutôt l'apparence ligneuse que l'apparence osseuse. Est-ce parce qu'elles n'étaient pas arrivées au même degré d'ossification que celles qui se sont formées depuis ? Peut-être, car l'évolution marche toujours et les progrès acquis se transmettent aux descendants.
En résumé, la racine primaire est la partie essentielle de la plante comme la tête est la partie essentielle de l'animal. Si elle se fixe au sol, c'est parce qu'étant positivement géotropique, c'est-à-dire cherchant la terre, elle obéit à l'action de la pesanteur qui l'y entraîne et l'y maintient. La tête du fœtus, douée du même géotropisme, se dirige aussi vers la terre, autant que l'espace restreint qu'il occupe dans l'utérus maternel le lui permet.
Sachs cite quelques exemples de cette direction constante de l'axe et de sa fixation par celle de ses extrémités qui, lorsque la plante est mobile, se porte toujours en avant. « En ce qui concerne la direction de l'axe d'accroissement, dit-il, il paraît être de règle générale que la production de tout individu nouveau coïncide avec l'apparition d'une nouvelle direction d'accroissement. Dans les phanérogames (plante ayant des organes de reproduction apparents), la direction d'accroissement de la tige de l'embryon est directement opposée à celle de l'ovule et continue de croître dans cette direction. »
Et Sachs de continuer : « Une seconde remarque est relative à la fixation de la base de l'axe d'accroissement. Même quand le nouvel axe d'accroissement se forme par une zoospore ou par une cellule embryonnaire fécondée, l'accroissement ne commence dans une direction déterminée que lorsque la cellule s'est fixée quelque part. Il en est ainsi de toutes les zoospores qui ne s'allongent en tube et en filaments que lorsque leur extrémité hyaline antérieure pendant le mouvement (la tête) s'est attachée quelque part, fût-ce seulement à la surface de l'eau, à ce qu'on appelle la surface superficielle du liquide. Mais si un point solide est une fois donné comme base, l'accroissement en longueur ne se produit plus également que dans une seule direction à partir de ce point, c'est-à-dire que tout ce qui se forme dans cette direction est un membre doué d'un caractère morphologique déterminé.
Il ne faut pas en excepter le cas où un nouvel accroissement se produit plus tard dans la direction opposée, car le membre qui se forme dans cette direction opposée est d'une nature morphologique toute différente du premier. Il en est ainsi, par exemple, dans les embryons de phanérogames, où la racine principale naît, en effet, de telle façon que l'on doit regarder son axe longitudinal comme le prolongement en arrière de l'axe de la tige. »
Ceci prouve qu'il faut que la cellule, pour croître, se fixe entre les deux forces électromagnétiques qui règnent à la surface terrestre. Sans cette fixité et cette stabilité l'action lente des forces sur la matière serait impossible. Ceci est d'autant plus important à considérer que c'est le point de départ de la formation des organes dans la stabilité végétale.
Les organismes qui ne se fixent jamais n'ont jamais aucun des organes qui résultent de l'action des forces physico-chimiques sur le protoplasma.

ACTION NERVEUSE
Le système nerveux est, dans l'organisme, l'axe autour duquel tout converge. Tous les autres systèmes lui sont subordonnés, tous se développent après lui et dépendent étroitement de lui.
Nous aurions donc dû, pour agir avec une méthode rigoureuse, commencer l'exposé de cette théorie de l'origine végétale des animaux par ce chapitre.
Si nous nous sommes occupés de la formation du squelette d'abord, c'est parce qu'il importait, avant tout, de familiariser le lecteur avec la structure de l'arbre. Mais la formation du squelette n'est pas antérieure à celle du système nerveux, puisqu'au contraire elle en dépend.

ORGANES D'INNERVATION - HISTOLOGIE (Résumé)
Les forces physico-chimiques constituent le milieu indispensable à toute manifestation vitale. Voyons maintenant comment ce milieu engendre un corps.
Lorsque deux radiations d'oxygène, ce qui revient à dire deux courants électromagnétiques, possédant un degré de tension déterminé, se rencontrent dans un milieu humide, soit que ces radiations proviennent de l'atmosphère, soit qu'elles se forment par la mise en liberté de l'oxygène qui était enfermé dans un composé organique quelconque, soit qu'elles proviennent de l'action d'un acide sur deux métaux inégalement oxydés, en un mot, qu'elles émanent d'une source artificielle ou d'une source naturelle, ces deux radiations, en se rencontrant, donnent naissance, en modifiant les éléments qu'elles rencontrent et ceux qu'elles entraînent, à une matière protoplasmique ou protéique, à un composé vivant, qui est le principe de la vie.
Telle est l'origine des fermentations, point de départ de cette végétation microscopique que nous appelons moisissure, et qui est l'image réduite de la végétation qui enveloppe les mondes, et que l'on pourrait appeler la chevelure des astres.
Si cette genèse spontanée n'est plus aussi fréquente aujourd'hui qu'elle devait l'être nécessairement à l'époque où la vie apparut primitivement à la surface terrestre, c'est parce que la tension des courants atmosphériques n'est plus la même, et varie sans cesse, comme varie la quantité d'oxygène que le soleil nous envoie, laquelle diminue proportionnellement à la diminution d'intensité de son foyer.
« La substance nucléaire ou chromatine, dit M. Van Tieghem, a sa première origine cachée dans le passé le plus reculé. Actuellement elle ne nait pas, elle se continue seulement. »
Les éléments qui constituent notre air atmosphérique, en y ajoutant l'hydrogène de l'eau, suffisent donc pour créer des êtres organisés ; ils sont les seuls créateurs des plantes, des animaux, des hommes !
Nous ne sommes, en résumé, qu'une modification de l'air et de l'eau !
Cette idée n'est-elle pas aussi merveilleuse, aussi grande, aussi féconde que tant de vulgarités que l'on nous donne à admirer. Que l'homme soit ! Non pas seulement du limon de la terre, mais de l'air qu'il respire !
La matière vivante, primordiale, qui se forme aux dépens des éléments atmosphériques, est d'abord anhiste. Elle deviendra une cellule lorsqu'elle aura acquis une membrane limitante qui se formera aux dépens de ses propres éléments, lorsque son expansion centrifuge sera arrêtée par la pression extérieure des radiations atmosphériques ; alors la couche externe qui forme sa périphérie, poussée à la fois dans deux directions, en se condensant, se coagulera et deviendra une membrane.
La coagulation est l'arrêt du mouvement, donc de la vie. La membrane est donc une partie du protoplasma privée de vie.
Cette cellule une fois formée, sollicitée elle-même à suivre alternativement deux directions, se segmentera ; elle abandonnera à l'attraction positive la moitié de son protoplasma, à l'attraction négative l'autre moitié. Elle aura deux pôles, qui représenteront déjà, à l'aurore même de la vie, la moitié positive et la moitié négative du végétal. Enfin, de segmentation en segmentation, elle commencera un individu qui commencera une famille.
Les deux courants qui ont engendré la cellule primitive nous représentent les deux éléments en lutte dans l'Univers. En lutte, parce que venant de points différents, ils se rencontrent en sens inverse, et, comme ils sont tous deux animés d'une force motrice qui engendre un mouvement rectiligne, ils veulent, chacun, obéir à l'impulsion qu'ils ont reçue et suivre leur voie directe. Ce sont deux trains express lancés, en sens inverse, sur la même voie, lorsqu'ils se rencontrent il y a explosion ou combinaison.
Combinaison, parce qu'il y a ici cette circonstance particulière, qu'étant formés, chacun, du même élément, il y a attraction entre eux, en vertu de leur affinité chimique. Ils luttent l'un contre l'autre et cependant ils se cherchent.
La lutte commencée dans la cavité cellulaire ne cesse pas par le fait de la rencontre des deux radiations, le mouvement commencé continue, malgré le premier choc qui a donné naissance au nucléole primitif. On voit les deux courants dans la cellule, sous forme de filaments plus ou moins nombreux, composés des matières qu'ils entraînent, s'agiter, aller et venir, s'entrecroiser et former un réseau à grandes mailles. Ils vont de la périphérie au centre, en rattachant ainsi l'enveloppe cellulaire au noyau.
Ces courants, appelé protoplasmiques, exécutent un mouvement circulatoire autour du noyau primitif, mouvement qui est l'origine même de la circulation nerveuse.

TOPOGRAPHIE DU SYSTÈME NERVEUX (Résumé)
Décrire l'origine de la substance médullaire dans les végétaux, c'est décrire l'origine même de la plante. Tous les auteurs qui ont fait des traités élémentaires de botanique ont fait cette description sans se douter qu'ils faisaient, en même temps, l'histoire du corps de l'homme.
La matière primordiale forme un parenchyme cellulaire qu'on a appelé méristème, et qui remplit à lui seul toute la jeune tige à son origine.
Si nous considérons le tissu cellulaire végétal au moment où il se divise et forme, par cette division, une espèce d'étoile dont le centre deviendra l'étui médullaire et dont les espaces restés libres entre les faisceaux de fibres deviendront les rayons médullaires, nous voyons à ce moment déjà la différenciation des cellules du méristème primitif produire des cellules striées qui, plus tard, deviendront, en se modifiant, des trachées. Ainsi de même, si nous considérons les premières phases du développement embryonnaire de l'animal, nous voyons déjà à ce moment apparaître dans les cellules blastodermiques les cellules nerveuses qui bientôt vont engendrer les cylindres axe.
En lisant la description de l'apparition de ces éléments dans les traités de botanique, il semble qu'on la lit dans les traités d'embryologie, tant l'identité est complète.
Kölliker est un de ceux qui, en expliquant le développement de la moelle dans l'embryon, font, sans s'en douter, de l'histologie végétale. « Au début, dit-il, la moelle est formée, de cellules rangées perpendiculairement à l'axe du conduit. Ces cellules ne tardent pas à se séparer en deux couches ; les plus superficielles s'allongent en fibres disposées concentriquement autour du canal, tandis que les plus internes forment l'épithélium de l'épendyme. »
C'est ainsi que nous voyons, de même dans la plante, la moelle être peu à peu circonscrite par les trachées déroulables qui sont, dans la jeune tige, les éléments qui se développent les premiers aux dépens du parenchyme cellulaire qui remplissait l'axe à son origine. Les trachées se rangent en zone autour du centre médullaire qu'elles refoulent sans cesse, et qui, du reste, finit par s'user. On retrouve ces éléments primitifs dans les animaux, formant l'épithélium de l'épendyme qui, d'abord épais et formé de plusieurs couches, se réduit progressivement à mesure que se développe la substance blanche.
Nous avons vu que les tubes fusiformes des trachées sont, au début, formés de cellules juxtaposées bout à bout, qui en se soudant entre elles forment des tubes continus ; nous avons vu que les tubes nerveux ont la même origine. Voilà donc un fait acquis. Il nous reste maintenant à étudier le trajet et la terminaison de ces tubes.
Le trajet des trachées déroulables est bien connu dans les plantes.
Nées de la moelle primitive elles constituent aussitôt qu'elles sont formées un point végétatif qui se perd dans le bourgeon terminal ou dans chacun des deux bourgeons latéraux. Le sort du bourgeon terminal est d'augmenter la tige d'une zone annuelle ou d'une portion de moelle destinée à cette zone.
Le sort des bourgeons latéraux est de se répandre en expansions latérales qui, d'abord, se font jour au dehors dans une feuille suivi d'un rameau axillaire, mais plus tard restent enfermées dans la tige.
Les trachées nées de la moelle se bifurquent donc dans chaque zone annuelle pour se répandre vers la périphérie de la tige.
Cette division des trachées, qui est représentée dans la figure 21 (Livre p.229) qui nous montre une section longitudinale pratiquée dans la région terminale d'une tige dressée, nous les fait voir formant trois faisceaux, l'un central et vertical, les deux autres obliques et latéraux.
Nous les trouvons continuant la même disposition dans l'animal. La figure 22 (Livre p.230) représentant l'ensemble du système nerveux de l'homme nous montre les 31 paires de nerfs formées des rayons médullaires qui régnaient dans chaque zone annuelle.
Nous les voyons se bifurquant dans le corps de L'animal, comme elles le faisaient dans la tige, jusqu'au moment où le faisceau vertical se perd dans le sommet végétatif, représenté dans l'homme par la queue de cheval (faisceau de cordons nerveux visible dans la zone inférieure de la colonne vertébrale).

RÉSUMÉ DE CETTE THÉORIE
Les deux séries végétale et animale, peuvent être représentées par une sorte d'échelle double dont les deux branches sont reliées entre elles par des échelons transversaux.
Le point de départ de cette échelle est multiple.
Il a lieu dans la branche gauche lorsque son origine est une cellule formée dans un milieu alcalin. Dans ce cas la vie se manifeste sous la forme d'un animal, c'est un être doué de mouvement mais privé de sensibilité. Cette cellule, ou plutôt la famille qu'elle engendre, restera toujours dans la branche gauche de l'échelle, jamais elle n'avance vers la série végétale (sensitive). Elle répandra ses rameaux dans les degrés inférieurs de la série zoologique, comme nous le voyons sur la planche destinée à compléter cette théorie. Les bactéries, qui occupent ce dernier terme de l'échelle zoologique, ne peuvent pas vivre dans le milieu oxygéné qui engendre la végétation. Elles meurent en présence de l'oxygène positif. Il leur faut, pour vivre, un milieu alcalin qui est mortel pour les végétaux.
Lorsque le point de départ de la vie est une cellule neutre, nous voyons les ramifications du tronc que forme cette famille s'étendre à droite et à gauche de la ligne médiane où les deux systèmes se réunissent et se confondent.
Certaines ramifications s'étalent dans la série zoologique, d'autres dans la série botanique.
Quelques-uns de ces êtres peuvent, déjà, avoir un commencement de conscience de leur existence, comme ils ont déjà quelques organes rudimentaires.
Les représentants de ce tronc sont les êtres indéfinis qui ont tant embarrassé les naturalistes qui ont fait des tables de classification.
Lorsque le point de départ est une cellule positive formée dans un milieu acide, la famille occupe toujours un des degrés de la branche droite de l'échelle organique. Les individus de cette famille, privés de mouvement, restent dans la sérié végétale pendant un temps variable. Ils se fixent au sol, non parce que les éléments du sol leur sont nécessaires, mais parce que la pesanteur les y entraîne, et qu'ils n'ont aucune raison pour ne pas rester là où ils tombent, puisqu'ils sont privés de mouvement pour agir, de conscience pour vouloir.
C'est à cette fixité que l'on doit la formation des organes de relation, puisque la condition essentielle de cette formation est la stabilité entre les forces physiques qui créent ces organes.
C'est le manque de stabilité qui fait que les animaux qui se sont formés dans la série alcaline ne peuvent pas acquérir d'organes de relation, puisqu'ils ne laissent pas aux vibrations lumineuses, sonores, etc., le temps d'agir sur eux. L'individu fixé au sol est comparable à un liquide au repos qui cristallise et acquiert les propriétés de son système de cristallisation ; l'individu mobile est comparable à un liquide agité qui ne peut cristalliser.
Mais le milieu dans lequel vivent les individus végétaux leur apporte sans cesse, et de différentes manières, des substances alcalines qui, tôt ou tard, éveillent en eux la motricité.
Lorsque cette faculté de mouvement est mûre, pour ainsi dire, en eux, ils passent, par un des échelons de l'échelle, dans la série animale. Les uns y arrivent promptement, d'autres très tardivement.
Ils y apportent les organes acquis, lesquels, dès ce moment, cessent de progresser.
Donc, si la locomotion est un avantage, puisqu'elle procure à l'animal des éléments de nutrition et des rapports sociaux qui lui sont refusés à l'état de fixité, cela ne constitue cependant pas une supériorité dans la série organique. L'être conserve son rang, quelle que soit la dénomination qu'on lui donne d'animal ou de végétal.
Il est facile de comprendre que celui qui reste le plus longtemps dans la série végétale y acquiert les organes les plus parfaits.
L'histoire de la formation de ces organes, que nous allons faire dans la suite de ce fil, le prouve. Donc, nous devons trouver dans la série animale une suite d'individus représentant tous les degrés où cette formation des organes s'est arrêtée ; mais nous ne devons trouver, dans aucun d'eux, d'organes transformés dans l'état animal même, puisque la formation ne peut s'opérer que dans la stabilité.
C'est là que réside l'erreur fondamentale des transformistes. Ils voient dans la Nature une série d'animaux dont les organes représentent une chaîne progressive, et croient que cette progression s'est accomplie dans la série zoologique, ce qui est anatomiquement et chimiquement impossible.
Ils n'aperçoivent pas l'autre branche de l'échelle, celle où s'accomplit la lente élaboration de l'individu, et, surtout, ils n'aperçoivent pas les échelons qui relient les deux séries, et, ne les apercevant pas, ils les nient, moyen employé de tous temps par les aveugles.
Lorsque vous leur parlez de la formation des organes, ils vous répondent immédiatement en appuyant leurs arguments sur l'embryologie, qui, cependant, dément formellement leur théorie, ou sur la chaîne apparente qui relie les animaux, surtout les animaux inférieurs. Or, dans l'échelle zoologique, on ne peut trouver que les différents degrés auxquels la formation des organes s'est arrêtée. Ces degrés sont séparés entre eux par les lacunes, les interruptions nombreuses qui existent entre les différents animaux arrivés dans la série négative par les divers échelons de la série végétale, échelons qui sont la continuation des rameaux venant de la branche droite, mais qui ne sont pas reliés entre eux dans la série animale.
Chaque espèce est donc, dans la branche zoologique, séparée par une lacune de celles qui s'en rapprochent le plus, tandis qu'il y a continuité dans la branche botanique. De là résulte la multiplicité des espèces végétales, bien plus grande que celle des espèces animales, parce que toutes n'arrivent pas à franchir la ligne neutre, à partir de laquelle le mouvement s'éveille.
Le transformisme animal, absolument contraire à la science, ne sera donc jamais admis par les chercheurs consciencieux qui veulent des séries complètes et des causes réelles.
Une autre erreur dans laquelle les Darwinistes sont tombés, est celle qui consiste à faire de tous les animaux une seule série, alors qu'il existe, en réalité, plusieurs séries bien définies, et dont le nombre est, probablement, en relation avec celui des systèmes de cristallisation, fait aperçu par Linné.
Du reste les transformistes avouent que la théorie édifiée par Darwin n'est qu'un essai provisoire, puisque M. Hoeckel dit lui-même : « Mes hypothèses généalogiques méritent d'être prises en considération tant qu'elles n'auront pas été remplacées par quelque chose de mieux. »
La théorie progressive que nous venons d'exposer est confirmée par un grand nombre d'auteurs, qui, quoique n'ayant pas aperçu la continuité de la série végétale, ont eu, cependant, le pressentiment de cette évolution croissante.
M. Coste, un de ces auteurs, dit à ce propos :
« Si chacun des actes transitoires que la Nature accomplit ainsi dans son œuvre progressive trouve son équivalent fixe inscrit sur un des anneaux de la chaîne qu'elle établit, on est déjà conduit, par cela même, à cette double conséquence, que les corps organisés doivent être disposés en série croissante, et que l'organisme le plus complexe doit résumer en lui tous les termes dont cette série se compose. Mais, obtenue par ces seules preuves, la solution du problème conserverait encore un vague peu compatible avec les procédés si rigoureusement précis que l'embryogénie met en usage.
Il ne suffit pas, en effet, pour faire prévaloir l'idée fondamentale du progrès organique, d'avoir établi sur des preuves certaines que le développement particulier de chaque appareil en offre le témoignage isolé ; il faut démontrer encore que l'ensemble de l'organisme supérieur, soumis tout entier à l'empire de cette loi, en porte l'empreinte passagère successivement caractérisée et déroule à nos yeux le tableau fugitif de l'admirable chaîne dont la création présente l'image conservée. L'homme apparaît comme le but et le terme dont cette création est le résultat, car il n'acquiert le privilège de sa suprématie hiérarchique qu'après avoir passé par tous les degrés de la série, qu'après avoir répété dans le développement de son propre organisme tous les actes de la création vivante. »
Le professeur Brown dit, dans un travail sur le même sujet : « Toutes les espèces d'êtres organisés n'ayant qu'une durée temporaire et disparaissant tôt ou tard, cèdent leur place à d'autres plus récentes, qui remplacent non-seulement les précédentes, mais les surpassent ordinairement encore par la diversité de leur forme et accidentellement par la perfection même de leur organisation. »

ANIMAUX SENSITIFS ET ANIMAUX MOTEURS
Claude Bernard disait : « Il semble qu'il y ait dans le courant sensitif une sorte de tension de sensibilité ; les cellules communiquant avec le nerf sensitif transmettent l'impression sensitive plus ou moins loin suivant son intensité ; la réaction reflexe peut se généraliser ou se restreindre suivant l'intensité qui la met en jeu. »
C'est cette différence de tension de sensibilité qui fait la différence des animaux entre eux, la différence des hommes entre eux. Non-seulement les différences intellectuelles, mais les différences physiques résultent de l'activité plus ou moins grande d'un système ou de l'autre, de la tension relative du fluide qui engendre la sensibilité ou la motricité.
Les différences physiques résultent de ces degrés de tension puisque la structure du corps est elle-même déterminée par l'extension du système sensitif.
Les différences chimiques en sont la conséquence.
On peut donc diviser toutes les espèces zoologiques en animaux sensitifs et animaux moteurs.
Les animaux sensitifs sont ceux chez lesquels il existe, par rapport aux autres, une plus forte tension de sensibilité, une transmission plus prompte des impressions. Les animaux moteurs sont ceux chez lesquels cet ordre de chose est renversé, ceux chez lesquels l'intensité motrice l'emporte relativement sur celle des autres animaux.
Chez ceux-là les mouvements sont plus prompts, plus violents, moins coordonnés, la réflexion est lente, obscure, l'impression se transmet moins vite au cerveau et la réaction reflexe est plus restreinte.
Nous avons vu, dans les pages précédentes, que les animaux qui sont restés pendant le temps le plus long attachés au sol sont ceux qui possèdent le plus haut degré de sensibilité, ceux chez lesquels l'action s'est développée le plus tard.
La conséquence de cette élaboration plus lente est, en même temps qu'une plus grande perfection des organes, une plus grande différenciation des tissus, puisque tant que le système sensitif règne seul, les synthèses organiques continuent à s'accomplir.
La construction plus grande que la destruction ou, si l'on veut l'assimilation plus grande que la désassimilation, est la cause de la croissance. La croissance augmente tant que l'assimilation augmente. Elle diminue aussitôt que la désassimilation commence ; elle s'arrête lorsque l'équilibre entre ces deux fonctions est rompu par le triomphe de la force négative qui opère la destruction. A partir de ce moment il y a évolution descendante.
« La vie organique du fœtus, dit Bichat, est remarquable par une extrême promptitude dans l’assimilation et par une extrême lenteur de désassimilation. » Ailleurs, il dit encore : « Il est facile, d'après les considérations précédentes, de concevoir la rapidité remarquable qui caractérise l'accroissement du fœtus, rapidité qui est en disproportion manifeste avec celle des autres âges. En effet, tandis que toute active la progression de la matière nutritive vers les parties qu'elle doit réparer, tout semble, en même temps, forcer cette matière, qui n'a presque pas d'émonctoires, à séjourner dans les parties. »
Magendie ajoute à ce paragraphe une note ainsi conçue : « Cette explication est ingénieuse, sans doute, mais elle est insuffisante, puisque les causes qu'assigne Bichat pour la rapidité d'accroissement du fœtus cessent entièrement au moment de la naissance, et que, cependant, l'accroissement persiste encore longtemps à être très-rapide. »
Il ressort de ceci que ni Bichat ni Magendie n'ont aperçu l'influence destructive du système moteur.
S'il y a croissance rapide chez le fœtus et encore chez l'enfant, c'est parce que, pendant cette période de la vie, les proportions relatives des deux agents nerveux font encore pencher la balance vers le système sensitif, l'agent constructeur. Dans le fœtus, comme dans la plante, il ne se produit encore que des phénomènes de synthèse ; les phénomènes de destruction engendrés par le ferment moteur ne commencent qu'avec le mouvement.
L'activité vitale est d'autant plus intense que l'enfant est plus près de son état végétal, plus il s'en éloigne plus la vie se ralentit en lui, et enfin l'amène au terme fatal, la mort.
Dans la vie végétale, surtout dans la position stable et renversée, la vie ne décroîtrait pas si les forces physiques étaient constantes ; au contraire elle augmenterait sans cesse d'intensité en modifiant constamment la forme du corps.
Dans la vie végétale tout ce qui entoure le corps tend à l'accroître, dans la vie animale tout ce qui entoure le corps tend à le détruire ; il lutte, mais le principe de réaction qu'il possède en lui, sa réserve vitale, a été puisée dans la vie végétale de ses ancêtres, et s'use en passant à travers les générations.
Le méristème, qui est l'agent multiplicateur des tissus, apparaît au point où viennent aboutir les trachées déroulables, qui deviennent plus tard les nerfs sensitifs. C'est là que se forme le point végétatif.
Il y a végétation là où les trachées apparaissent parce qu'il y a attraction entre l'oxygène de la trachée et l'oxygène qui constitue les courants électriques de l'atmosphère. La rencontre de ces courants reproduit incessamment la genèse primitive qui a donné naissance à la première cellule.
Il ne peut donc y avoir de végétation, c'est-à-dire d'accroissement, que là où viennent aboutir des vaisseaux spiralés, ou des cellules propres à le devenir et les cellules propres à le devenir sont celles dans lesquelles les courants protoplasmiques ont continué à circuler. Les courants annoncent toujours qu'une cellule est vivante.
Quand le courant s'arrête la cellule meurt. Or, les fibres nerveuses sont formées de cellules dans lesquelles le courant protoplasmique s'est perpétué.
Ce sont les seules parties restées vivantes dans l'animal ; tous les autres tissus sont des échafaudages de cellules mortes ; elles seules engendrent les phénomènes de la vie, et la multiplication des tissus.
Dans l’embryon nous voyons se reproduire ce mode d'accroissement centrifuge. Les extrémités se constituent peu à peu sous forme d'un blastème dont les différentes parties forment, d'abord, un tout continu, mais qui se différencient successivement du tronc vers la périphérie.
L'histoire du méristème de la plante est exactement celle du blastème de l'animal. Nous empruntons à M. Van Tieghem une description du méristème qui met en évidence ses propriétés génératrices.
« A mesure que l'on se rapproche de l'extrémité en voie de croissance d'une racine, d'une tige, d'une feuille ou même d'un thalle différencié, on voit les divers tissus perdre peu à peu les différences qui les séparaient et se confondre enfin vers le sommet dans un tissu homogène et indifférent, dépourvu de méats, dont les cellules, riches en protoplasma finement granuleux, entourées de membranes minces et sans sculpture, sont toutes en continuel cloisonnement. C'est ce dernier caractère qui a fait donner à ce tissu homogène le nom de méristème.
Vers le bas, le méristème, cessant de se cloisonner, engendre, par une différenciation progressive de ses cellules, les divers tissus définitifs qui constituent le membre considéré ; la fin du cloisonnement et la différenciation ultérieure s'opèrent par degrés trop insensibles et se manifestent, pour les divers tissus, à des époques, c'est-à-dire à des niveaux trop différents, pour qu'il soit possible de fixer, avec quelque précision, la limite inférieure du méristème. Vers le haut, si la croissance terminale du membre est indéfinie, comme dans la plupart des tiges et des racines, le méristèmes se régénère sans cesse par la formation de nouvelles cloisons ; si la croissance terminale cesse bientôt, au contraire, comme dans la plupart des feuilles, le cloisonnement s'arrête de bonne heure et le méristème disparaît sans laisser de trace, en se convertissant, tout entier, jusqu'à sa dernière cellule en tissu définitif.
Dans tout membre doué d'une croissance terminale continue, on appelle point végétatif toute la partie terminale encore exclusivement formée par le méristème ; souvent cette région se trouve allongée en cône, et mérite le nom de cône végétatif. »
Revenons aux différences qui caractérisent les animaux sensitifs et les animaux moteurs.
Une des conséquences les plus importantes de l'intensité sensitive, c'est la longueur de l'existence, toujours proportionnée au degré de sensibilité de l'animal. L'élément destructeur, qui apparaît avec le système moteur, use la vie, d'autant plus vite que l'activité musculaire est plus intense.
Nous avons vu que tous les animaux possèdent plus de motricité que l'homme, que tous sont arrivés plus tôt que lui à la vie animale. C'est ce fait qui fait la supériorité du genre humain sur toutes les espèces zoologiques, et qui est la cause, en même temps, de la plus longue durée de son existence.
L'homme vit cent ans, même au-delà (quelques auteurs ont essayé de prouver que la limite de la vie humaine est deux cents ans) (1).
Parmi les hommes il y a des différences résultant de la latitude.
Les peuples de l'hémisphère boréal vivent plus longtemps que les peuples de l'hémisphère austral.
Les Samoyèdes et les Finlandais vivent plus longtemps que les peuples des régions tropicales.
Le cheval vit vingt ans ; le chien quatorze ; le chat vingt ou vingt-cinq.
L'insecte vit une saison ; certaines libellules vivent un jour ; certains infusoires vivent quelques heures. Enfin, plus on descend dans la série plus la vie est courte et plus l'animal est moteur.
Chez les êtres qui occupent le bas de l'échelle organique, dans la série zoologique, la vie est éphémère, c'est une lueur qui dure un instant.
Au contraire, chez les êtres qui occupent le bas de l'échelle, dans la série végétale, la vie est permanente, la mort n'existe pas. Le protoplasma qui se divise engendre de nouveaux êtres qui continuent l'existence des parents, sans qu'il soit rien perdu de son intensité, ce qui a fait dire à M. Van Tieghem que « L'idée de la mort ne s'applique pas aux plantes non différenciées, elles conservent une jeunesse éternelle. »
On peut encore mesurer le degré de sensibilité et de motricité des espèces en comparant l'âge auquel les petits commencent à marcher, âge qui correspond, dans la vie animale, à l'âge auquel la locomotion a commencé dans la vie végétale.
Chez les animaux très moteurs les petits marchent en naissant.
Plus les espèces s'élèvent dans l'ordre sensitif plus tard se développe en eux la motricité. Les petits de l'homme ne marchent qu'à un an ; le poulain marche comme un grand cheval le lendemain de sa naissance ; au bout d'une heure, le jeune chevreau se tient sur ses jambes, et avant la fin de la journée on le voit souvent bondir ; le petit chien court au bout de quinze jours ; le petit chat est un peu plus lent ; le perdreau court au sortir de l'œuf.
Si de l'ordre physique nous passons à l'ordre moral nous trouvons, dans les effets produits par la prédominance d'un des deux éléments nerveux, la même différence fondamentale.
Les facultés sensitives sont difficiles à définir tant elles sont multiples. Ce sont, en général, celles qui ont leur siège dans la partie antérieure du cerveau. La sensibilité est l'agent de toutes les opérations intellectuelles. Toutes les fonctions de l'entendement sont des manières de sentir.
La tradition populaire place le siège de la sensibilité dans le cœur, et cette expression avoir beaucoup de cœur est, probablement, bien loin de disparaître du langage vulgaire. Cependant cette manière de s'exprimer est fausse à tous les points de vue. La femme, qui a plus de sensibilité que l'homme, a le cœur plus petit, donc, anatomiquement, elle a moins de cœur.
Il y a une trentaine d'années, les physiologistes considéraient les expressions populaires relatives au cœur comme des fictions poétiques. Claude Bernard essaya de concilier les faits acquis à la science avec les expressions traditionnelles, mais les résultats qu'il obtint sont incomplets.
Les personnes étrangères à l'étude de la physiologie font encore de l'intelligence et de la sensibilité deux ordres de facultés distincts, alors qu'en réalité ces deux mots indiquent une seule et même faculté.
Il en est de même de la volonté, qu'il ne faut pas confondre avec l'entêtement. La volonté n'est aussi qu'une forme de la sensibilité ; l'entêtement est une opiniâtreté non raisonnée. Bichat disait : « Le sentiment fournissant les matériaux de la volonté, là où il n'existe pas elle n'est pas, et, par conséquent, les mouvements qui en dépendent ne sauraient se rencontrer. »
Toute action raisonnée à pour point de départ un phénomène de sensibilité. On peut dire que la sensibilité est la faculté de recevoir des impressions par l'influence des objets extérieurs, et d'en avoir conscience. De ces impressions naît la réflexion.
Plus l'être reçoit d'impressions et plus vite il en a conscience, plus il réfléchit, plus il compare, plus il se souvient, en un mot plus il pense. Donc le développement de la sensibilité engendre l'activité de l'esprit et, comme conséquence, la réflexion et la logique. « Des sensations dérivent immédiatement la perception, la mémoire, l'imagination et, par cela même, le jugement ». (Bichat)
On peut mesurer la valeur des hommes et déterminer la place qu'ils doivent occuper dans la société par le degré de tension du courant qui parcourt leurs nerfs sensitifs.
Mais il ne faut pas oublier que le degré de sensibilité que possède un individu est en raison inverse de son degré de motricité. Il en résulte que les individus sensitifs joignent à leurs qualités naturelles des qualités négatives engendrées par le défaut de force musculaire. A côté du calme, de la patience, de la persévérance, ils ont le manque d'action et, surtout, la timidité qui naît de l'aversion pour tout ce qui est lutte, combat, violence.
Il en résulte que les hommes les meilleurs sont en même temps les plus modestes et presque toujours les plus ignorés, puisque, à moins de circonstances exceptionnelles, pour se faire connaître il faut l'action, l'audace qu'ils ne possèdent pas.
En même temps les plus moteurs, c'est-à-dire les plus remuants occupent les premières places, alors qu'ils devraient occuper les dernières puisque leurs facultés intellectuelles sont moindres, leur réflexion plus lente et qu'ils possèdent, en échange, des facultés motrices qui les rapprochent des animaux et dont l'excès est un danger pour la société. Tout ce qu'on est convenu d'appeler qualités morales est le résultat des facultés sensitives, l'amour du bien, du beau, du vrai, la charité, la pitié, la fraternité, le raisonnement.
Dans le domaine des faits c'est la justice et le droit.
La prédominance du système moteur engendre des facultés toute contraires. C'est, d'abord, l'action, l'audace que donne la conscience de la force musculaire. On ne craint rien d'un ennemi que l'on peut terrasser ; la brutalité, la cruauté, la violence, la tyrannie, l'injustice, la mobilité, le défaut de persévérance, l'égoïsme, l'orgueil, et enfin un sentiment de vengeance qui naît de ce que lorsqu'un individu a reçu une impression qui le blesse, mais dont il n'a pas pleine conscience, une impression qu'il ne peut pas apprécier à sa juste valeur parce qu'il lui manque pour délibérer des facultés sensitives qu'il n'a pas, il donne à cette impression une valeur exagérée et veut en tirer une vengeance exagérée. La jalousie naît de cette impression. C'est encore la domination, l'ambition, l'autorité arbitraire. En un mot c'est la force.
C'est sous son impulsion que les hommes accomplissent tous les actes irréfléchis, dictés par ce qu'on appelle le premier mouvement, plus prompt que le mouvement sensitif qui vient après et amène la réflexion et le repentir.
C'est ainsi que chaque fois que les nerfs moteurs veulent agir sans en avoir reçu mission, dans les centres sensitifs, ils exécutent des mouvements incohérents, irrationnels, ne répondant pas à une pensée et n'allant pas vers un but.
Pour nous résumer, nous dirons que la motricité engendre l'égoïsme ou l'amour de soi, effet que nous expliquons par une cause physique. Le fluide négatif étant pauvre chimiquement puisqu'il possède une faible densité, celui qui ne possède surtout que celui-là garde pour lui tout ce qu'il a et attire à lui tout ce qu'il peut. Tandis que la sensibilité engendre l'altruisme, ou l'amour d'autrui. Ce qui s'explique de la même façon. L'individu altruiste ou sensitif est un riche qui donne aux pauvres.
On peut encore exprimer cette idée d'une autre manière. On peut dire que le système sensitif est exogène, il cherche à se répandre au dehors ; le système moteur est endogène, il tend à se concentrer vers l'intérieur, vers le moi. Cette façon de s'exprimer a l'avantage d'être en rapport avec les faits anatomiques.
L'altruisme engendre la liberté.
L'égoïsme engendre l'esclavage.
Toutes les mœurs des peuples dépendent de la mise en pratique d'un de ces deux amours.
L'altruisme commence à la politesse et finit au martyr.
L'égoïsme commence à la grossièreté et finit à l'assassinat.
La jalousie est une des manifestations de l'égoïsme, l'altruisme ne la connaît pas. Nous ne savons pas de plus bel exemple d'altruisme que cet usage pratiqué par les Esquimaux qui consiste à offrir à l'étranger qui s'arrête, chez eux leur table et leur femme. Aucun peuple de l'hémisphère austral n'est capable d'un pareil raffinement d'altruisme.
Le système moteur qui engendre la force, et le système sensitif qui engendre le droit, sont les deux principes qui sont en lutte dans les sociétés et que les mythologies ont appelés le principe du bien et le principe du mal ; dans les religions de l'Inde, le destructeur et le conservateur.
La lutte de ces deux éléments commence dans la cellule organique et se manifeste chaque fois qu'ils sont mis en présence l'un de l'autre.
S'il était possible de concevoir un homme animé seulement du fluide négatif, cet homme ne posséderait que des nerfs moteurs, il ne connaîtrait pas l'a sensibilité. Il pourrait se mouvoir, mais n'y étant sollicité par aucune sensation il n'exécuterait que des mouvements inconscients comme un somnambule ou comme un infusoire. C'est ce manque d'incitation sensitive qui explique la paresse des peuples moteurs des régions méridionales, qui mettent toute leur activité dans la guerre et si peu dans l'industrie. Supposez, au contraire, un être uniquement animé du fluide solaire et ne possédant que des nerfs de sensibilité ; il recevra des impressions vives et multiples, mais il ne pourra les traduire par des actions. On peut comparer cet être imaginaire à un homme atteint dès sa naissance de paralysie générale. Ces deux êtres incomplets représentent la limite extrême de la séparation des deux fluides. Mais ils sont imaginaires, attendu que le principe même de la vie repose sur la combinaison des deux éléments et que, suivant une expression heureuse de CI. Bernard, un nerf isolé n'existe pas plus qu'un élément zinc et un élément cuivre n'existent au point de vue électrologique.
Il semble que dans la lutte que se livrent toutes Les espèces animales, les plus forts physiquement devraient toujours triompher.
Cependant il n'en est pas ainsi puisque l'homme, qui a soumis toute la terre à son empire, est, physiquement, le plus mal doué pour se défendre.
On peut même dire le plus faible si l'on compare la somme de ses forces aux proportions de son corps.
Cela provient de ce que les espèces qui ne possèdent pas la force physique, qui engendre la contraction musculaire, possèdent la force intellectuelle qui engendre toutes sortes de moyen de défense, que l'on peut résumer dans le mot ruse.
Comme on le voit, il faut renoncer aux idées de sélection naturelle et autres causes du même genre, empruntées à la métaphysique par les mystiques du matérialisme, qui voudraient nous imposer la croyance que les différences physiologiques qui caractérisent les espèces sont dues à une action individuelle, multipliée par l'action accumulatrice des siècles.
Il n'existe rien de semblable. La cause unique de ces différences réside dans les forces physicochimiques qui agissent sur la terre et engendrent les êtres organisés, lesquels sont étrangers à leur formation.
(1) L'homme vivrait plus longtemps que tous les animaux sans le renversement complet dans lequel il stationne actuellement, renversement qui amène des désordres dans la circulation, et dans le fonctionnement de tous les organes, et qui abroge la vie. S'il est des animaux quadrupèdes qui vivent plus longtemps que l'homme, comme l'éléphant, c'est parce que la station horizontale est plus favorable que la station verticale à l'entretien de la vie.

L'AGENT NERVEUX
Pour trouver la cause ultime des phénomènes il ne suffit pas d'observer les phénomènes. La méthode empirique ne révèle que des effets, elle ne remonte pas aux causes, aussi cette méthode est-elle incomplète ; elle ne nous fait connaître que des détails épars, non reliés entre eux par un élément conjonctif.
Lorsque l'on s'aventure à la recherche des causes naturelles qui régissent le monde organique et le monde inorganique, on est surpris, en même temps qu'attristé, de voir les ténèbres qui règnent dans toutes les sciences sur ce terrain-là. On est affligé de voir des erreurs monstrueuses érigées en lois.
(Faut-il citer à l'appui toute l'œuvre de Newton, esprit nébuleux qui a entravé le progrès des sciences physiques comme l'esprit nébuleux de M. Darwin tend à entraver le progrès des sciences naturelles) (1).
En dehors de cela on ne trouve que des observations de détail, observations qui ne demandent aucun effort intellectuel, mais seulement, en physiologie un laboratoire bien monté, en histologie un bon microscope.
Partout le tissu conjonctif manque, et les faits, comme des éléments anatomiques dissociés, gisent épars sans pouvoir former un corps.
Partout on constate cette même absence d'effort intellectuel pour relier entre eux les faits.
La causalité est une faculté qui semble disparaître de l'esprit des hommes.
Les notions que la science actuelle possède sur toutes choses sont les pièces d'un jeu de patience jetées çà et là, sans ordre, pêle-mêle, ou, si vous voulez, des caractères d'imprimerie projetés sur le sol. Attendez-vous que d'eux-mêmes ils se disposent de manière à former l'Iliade ? vieille comparaison, mais toujours juste.
Pour assembler les pièces il faut une vue d'ensemble que peu d'entre les hommes possèdent, il faut pouvoir embrasser d'un coup d'œil tout le tableau que ces pièces réunies doivent former.
Les détaillistes empiriques nous font l'effet de gens qui voient l'Univers à travers une lorgnette de théâtre, dans laquelle ils regardent par le petit oculaire, ils rapprochent les objets et en observent les détails, mais leur champ est d'autant plus rétréci que l'objet est plus rapproché.
Nous n'avons jamais pu suivre cette méthode, notre vue ne s'accommode pas à ce point visuel ; nous regardons l'Univers par le gros oculaire, nous voyons l'ensemble, nous nous apercevons par les détails. Nous élargissons le champ, quitte à chercher ensuite des preuves histologiques soit dans la nature, soit dans les travaux de ceux qui n'ont vu que le petit côté de la science.
L'agent du système nerveux est une des causes qui ont le plus été cherchées, et le plus discutées.
On a voulu en faire une vibration moléculaire, comme si un ébranlement de molécules pouvait causer les phénomènes chimiques qui accompagnent toujours la transmission nerveuse.
On a voulu en faire une décomposition chimique, mais sans expliquer de quelle nature elle pouvait être. Enfin on en a fait un influx analogue au fluide électrique (2). Ce mot analogue indique avec quelle timidité la vérité s'impose, alors que l'erreur a toujours tant de hardiesse.
Nous avons toujours éprouvé un grand étonnement en face des discussions de ce genre. Voir affirmer ou nier l'action d'une force, comme l'électricité, dont, pour commencer, on ne connaît pas l'essence ; voir appliquer cette force inconnue à la recherche de l'agent nerveux, dont on ne connaît pas la nature, nous fait l'effet d'un homme employant une arme dont il ne connaît pas le maniement pour combattre un ennemi qu'il ne voit pas. C'est, suivant une expression de Paul Bert, expliquer l'inconnu par l'inconnu.
Pour affirmer ou nier l'intervention d'une force il faut la connaître, pour procéder à l'expérimentation il faut savoir sur quoi l'on expérimente.
Sans ces deux conditions essentielles tout est vague, on ne fait que des tâtonnements dont les résultats ne peuvent avoir de valeur sérieuse.
Donc, à ceux qui nient l'action de l'électricité, nous commencerons par dire : qu'est-ce que l'électricité ?
Si vous ne savez là-dessus que ce que nos livres de physique enseignent, ce n'est pas la peine de vous mêler de la question, vous ne savez rien.
Pour se prononcer il faut non-seulement connaître l'essence de l'électricité, mais encore connaître toutes ses manifestations, or nous ne les connaissons pas puisque, tous les jours, nous en découvrons de nouvelles. Donc pourquoi ne pas admettre que la transmission nerveuse est une de ces manifestations.
Le procédé de Helmholtz pour mesurer la vitesse de l'influx nerveux n'est, du reste, nullement infaillible, et repose, pour commencer, sur une hypothèse, puisque ce qu'il mesure c'est le moment de la contraction musculaire. Or, quand le muscle se contracte le nerf a cessé d'agir. La contraction est une réaction et non pas une action de nerf. Quant au moyen employé pour mesurer la vitesse du courant sensitif, il est plus défectueux encore puisqu'il consiste à avertir en frappant avec la main au moment où la sensation est perçue. Or, frapper est une réaction motrice, dont le moment où le coup est frappé n'est pas celui où la sensation est perçue, puisque, dans cette expérience, les deux actions sensitives et motrices interviennent.
Du reste les auteurs qui se sont occupés de cette question ne sont pas tombés d'accord sur la vitesse des courants. Chauveau a trouvé 70 mètres par seconde pour la vitesse de transmission dans le pneumogastrique du cheval. La vitesse semble plus grande chez les animaux supérieurs. On suppose 60 mètres par seconde pour la propagation dans les nerfs sensitifs. D'après M. Marey, la vitesse serait plus grande pour le courant sensitif que pour le courant moteur, mais rien ne prouve ces hypothèses.
CI. Bernard, un de ceux qui ont méconnu la cause réelle des phénomènes électro-physiologiques dit, à ce sujet : « L'électricité ne se substitue pas à l'agent nerveux, c'est un simple excitant. Le tissu musculaire conduit mieux l'électricité que le tissu nerveux (3). Cela prouve bien que le nerf n'agit pas par l'électricité, à moins qu'on admît qu'il put, en quelque sorte, lui servir de multiplicateur, ce qui me semble difficile à établir. »
La différence de vitesse de transmission du courant électrique et du courant nerveux s'explique de plusieurs manières :
1° Le renversement de l'individu qui a arrêté brusquement le développement de tous les organes, et surtout celui du système nerveux. Mais ici ce n'est pas seulement un arrêt de développement, c'est, en même temps, un ralentissement de la transmission électrique dont nous avons vu le premier effet dans le ralentissement de la circulation.
Si le corps avait conservé la position qu'il occupait sur le sol, à l'état de la plante, ses fibres nerveuses auraient continué à fonctionner suivant leur direction primitive. Le système nerveux n'aurait pas présenté les complications qui sont nées de ce que les choses se sont trouvées embrouillées par ce renversement.
La position de l'arbre étant toujours la même, relativement à la position de la terre sous le soleil qui nous envoie le fluide électromagnétique, les courants atmosphériques suivent toujours la même voie pour venir solliciter ou exciter les courants individuels de la plante. La place occupée par chaque filet terminal de l'élément nerveux est géométriquement déterminée, puisque la forme de l'arbre, le nombre de ses ramifications et la façon dont elles s'étalent, sont constantes dans une même espèce. Mais renversez l'arbre, vous dérangez toute cette harmonie, et vous ralentissez l'action des courants, puisqu'ils ne trouvent plus autour d'eux les points d'attraction auxquels ils obéissaient, mais, au contraire, trouvent partout des agents de répulsion avec lesquels ils luttent.
« On sait que la terre et l'atmosphère qui l'entoure, dit M. Van Tieghem, sont toujours pénétrées d'électricité dont la quantité et la tension varient à tous moments. Comme la tension du sol est généralement différente de celle de l'air, il se fait entre le sol et l'atmosphère un échange perpétuel d'électricité.
Plongée dans le sol par ses racines, dans lesquelles l'électricité possède la tension du sol, élevant dans l'atmosphère une cime rameuse où s'épanouissent ses rameaux et ses feuilles, et qui partage naturellement la tension électrique de l'air, une plante isolée a donc son corps incessamment traversé par des courants qui se dirigent tantôt de haut en bas, tantôt de bas en haut. »
Mais si vous retournez l'arbre, non pas pendant son développement, alors qu'il est encore susceptible de s'adapter à de nouvelles conditions, mais à un moment où ses organes déjà profondément différenciés ne peuvent plus être modifiés, vous le mettez, vis-à-vis des forces qui l'ont créé, en lutte ouverte, et dès lors, trop faible pour lutter, l'harmonie première se dérange.
La vitesse de la transmission électrique est égale à celle de la propagation de la lumière, environ 78,000 lieues (376 500 km) par seconde, puisque la lumière et l'électricité sont deux manifestations de la même radiation d'oxygène. La vitesse de la transmission de l'action nerveuse, malgré le désaccord des auteurs sur cette question, est évaluée, à peu près, à 43 mètres par seconde.
Outre la cause principale que nous venons de donner pour expliquer cette énorme différence, on peut invoquer d'autres causes, qui nous semblent moins importantes, mais qui, cependant, ont aussi leur valeur ainsi, on peut supposer que la différence de vitesse de la transmission provient de la différence d'énergie de l'impulsion. L'impulsion solaire qui fait radier les courants électriques qui traversent l'espace et l'atmosphère est incommensurable ; l'impulsion que l'animal donne à ses courants radiants est infiniment plus petite. La différence peut très-bien être comme 78,000 lieues sont à 43 mètres.
On peut encore invoquer une autre cause. Nous mesurons la vitesse du courant de l’électricité actuelle, et nous comparons cette vitesse à celle de nos courants nerveux, dont l'origine remonte à une époque où les forces électriques étaient autres que ce qu'elles sont aujourd'hui. Or, un organe créé ne traduit que les forces qui l'ont créé ; le courant nerveux ne peut représenter que la vitesse des courants qui existaient lors de sa formation première, vitesse qui a dû se perpétuer fidèlement dans l'organisme animal, quels qu'aient été les changements postérieurs survenus dans l'intensité des forces physiques.
Le courant primitif, qui engendrait le système sensitif, était beaucoup plus lent, en même temps qu'il possédait une plus grande puissance chimique, lorsque le foyer solaire était plus intense. La vitesse de transmission acquise alors s'est perpétuée dans les êtres créés à cette époque, quoique la force se soit modifiée depuis. Toutes les modifications successives des courants sont indiquées par la création des organismes qui se sont succédés sur la terre, et dont le système nerveux révèle l'état ou le degré. En d'autres termes, l'intensité des forces qui se propagent dans les corps organisés s'y perpétue. De là la constance des caractères dans chaque espèce, malgré la différence des milieux.
L'oxygène qui circule dans nos nerfs aurait donc toujours la tension qu'il avait à l'époque où nous avons été formés. Cette tension était celle de l'oxygène qui régnait dans l'atmosphère ; elle n'est plus celle de notre oxygène actuel. Donc les manifestations électriques de nos courants nerveux ne peuvent pas être les mêmes que celles des corps inorganiques qui ne perpétuent rien.
Nous avons chacun un optimum d'intensité nerveuse qui traduit la tension de nos courants nerveux. Cet optimum oscille entre des limites au-delà desquelles la vie s'arrête. Nous cherchons dans tout le cours de notre existence à nous remettre dans un milieu favorable à cet optimum.
Ce milieu, que nous ne retrouvons plus, était l'état normal de l'atmosphère à l'époque où la vie de l'humanité a atteint sa plus grande intensité.
La radiation solaire et la radiation individuelle de l'homme étaient alors en harmonie parfaite ; c'était des courants possédant la même tension.
On a remarqué que les individus végétaux mobiles à la surface terrestre se rapprochent, ou s'éloignent de la source des radiations pour retrouver le point qui les rapproche le plus de cet état d'harmonie.
Lorsqu'ils sont immobiles ils souffrent des écarts qu'ils sont forcés de supporter, et leur vie n'atteint toute son intensité que lorsqu'ils sont remis dans des conditions plus favorables. Mais comme dans le milieu actuel ils ne peuvent plus retrouver ces conditions, il en résulte un ralentissement des fonctions vitales qui les empêche de dépasser une limite de végétation qui est représentée par les premières semaines du développement embryonnaire.
Nous pouvons mesurer, par le chemin qui reste à faire aux organismes végétaux actuels pour achever leur développement, les différences physiques du milieu actuel et du milieu antérieur dans lequel la plante continuait son travail d'organisation jusqu'à l'état animal.
La tension de nos courants nerveux est notre optimum d'intensité. Si nous pouvions rétablir cette tension dans le milieu dans lequel nous vivons, notre vie acquerrait son maximum d'intensité.
Si cet optimum se maintenait sans oscillations ni dans un sens ni dans l'autre, notre vie n'aurait pas de terme. La mort est le résultat de l'écart qui existe, et qui augmente sans cesse entre notre optimum primitif et l'état actuel du milieu qui nous entoure.
Des expériences concluantes ont prouvé que l'électricité est la principale nourriture des végétaux.
Il serait trop long de les mentionner ici ; il serait trop long également de nous occuper du débat contradictoire soulevé par M. Naudin à ce sujet. Nous ne voulons constater qu'une chose, c'est que cette force vitale qu'on appelle l'innervation chez les animaux, cette faculté que l'on avait refusée aux végétaux jusqu'à ce jour et dont on avait même voulu faire une ligne de démarcation entre le règne animal et le règne végétal, a été non-seulement discutée, mais même affirmée (4), le jour où l'on a prouvé que la plante ne peut pas vivre sans électricité.
Et cependant toutes ces discussions manquaient de base, puisque ceux qui les soutenaient, ne sachant pas que le courant électrique est une radiation d'oxygène, affirmaient ou niaient sur des données empiriques incomplètes, ou se contredisaient, car tel botaniste qui niait l'action de l'électricité affirmait, en même temps, que la plante absorbe les radiations solaires, sans se douter qu'il affirmait et niait, en même temps, une seule et même chose.
La plante vit, c'est incontestable ; or, il n'y a pas de vie sans l'intervention de l'oxygène radiant.
La question est de déterminer les degrés de vie dans chaque individu.
Du reste, nous ne pouvons, dans aucun cas, dire que les plantes sont dépourvues de sensibilité (quoique nous fassions naître la conscience de la sensibilité au moment de la réunion des deux fluides). Nous ne pouvons dire qu'une chose, c'est qu'elles sont dépourvues de motricité, parce que si elles en possédaient elles exécuteraient des mouvements qui nous en avertiraient. Mais la sensibilité sans motilité n'a aucun moyen de se révéler, puisqu'elle ne peut jamais être appréciée que par la réaction motrice.
Nous avons expliqué comment l'origine de la circulation nerveuse est un courant libre d'oxygène, d'abord enfermé dans le nucléole du noyau de la cellule et circulant ensuite dans, ou sur, les trachées déroulables.
Donc l'essence du système nerveux n'est pas un ébranlement moléculaire.
S'il n'y avait qu'ébranlement sans transport de matière :
1° Il n'y aurait pas de phénomènes chimiques ;
2° toutes les impressions seraient les mêmes, il n'y aurait que des différences d'intensité.
C'est la molécule elle-même qui circule et qui apporte, comme un courrier fidèle, l'impression qu'elle a reçue. Ce n'est qu'un déplacement d'impression, un transport d'impression. Ce qui était dans un endroit va, dans un temps rapide comme l'éclair, se trouver transporté dans un autre endroit, où ce quelque chose se trouve tout d'un coup illuminé par la lueur de la conscience au moment de sa rencontre avec l'élément contraire.
C'est là, me dira-t-on, faire d'une molécule un être intelligent. Eh bien ! Si la somme de notre oxygène individuel représente la somme de notre intelligence, pourquoi chaque molécule de cet élément ne serait-elle pas une fraction de cette intelligence ? Pourquoi la source d'oxygène, le foyer, ou les foyers solaires, qui nous envoient la vie ne seraient-ils pas considérés comme l'intelligence suprême ?
Est-ce que toutes les religions passées n'ont pas été basées là-dessus ? Est-ce que la divinité n'a pas été mille fois définie par cette phrase : Principe éternellement pur dont le feu est le symbole. Or, le feu, c'est l'oxygène.
Est-ce que Zoroastre n'a pas institué le culte du soleil ?
Est-ce que toutes les religions n'ont pas placé Dieu dans l'empire céleste, dans l'espace, que l'on a appelé en haut, c'est-à-dire entre nous et le soleil, par opposition au mauvais esprit que l'on a toujours fait résider en bas, c'est-à-dire dans les régions sidérables opposées au soleil, par rapport à nous.
Est-ce que le fluide nerveux, l'âme, en un mot, n'a pas, de tout temps, été considéré comme l'essence même de Dieu, comme une parcelle de la divinité incarnée en nous ?
On ne peut donc pas séparer ces deux idées. Dieu et l'âme, de même que l'on ne peut pas séparer l'influx nerveux de l'électricité solaire.
Qu'on nous m'accuse pas d'athéisme, nous ne nions pas Dieu, nous l'expliquons. Nous ne nie pas l'âme, nous l'analysons.
L'oxygène est l'âme du monde. Peut-on le nier, puisque sans lui il n'y aurait ni vie, ni lumière, ni chaleur !
Tout ce que l'on considère comme émané de Dieu, est produit par l'action d'un courant d'oxygène radiant.
Pourquoi refuser à la matière raréfiée, subtilisée, cette intelligence, qui n'est qu'une de ses propriétés, et vouloir doter de cette propriété un être imaginaire (5) ? Pourquoi cet amour du merveilleux, de l'invraisemblable, de l'absurde, quand le vrai est si simple, si grand, si beau et si facile à concevoir.
(1) Toute la physique, qui étudie l'action des agents impondérables sur les corps, repose sur la théorie des radiations.
L'unité des causes physiques est dans la radiation qui engendra le mouvement, la chaleur, la lumière, l'électricité. Newton n'a rien aperçu de tout cela.
(2) « Toute activité des nerfs qui se manifeste dans les muscles à titre de mouvement, dans le cerveau à titre de sensation, est accompagnée d'une modification du courant électrique du nerf. Au moment même où le mouvement ou la sensibilité se produisent, le courant du nerf subit une diminution d'intensité ».
« Il y a dans tout nerf un courant électrique, mais les excitations qui frappent les nerfs à la périphérie du corps ne sont perçues que lorsque les nerfs les ont conduits au cerveau. »
« Les procédés les plus délicats d'observation des phénomènes électriques démontrent que, dans chaque mouvement qu'un nerf de notre corps produit, il se fait un changement dans le courant électrique de ce nerf. Ce fait a été démontré pour la première fois le 18 novembre 1847. » (MOLESCHOTT. Circulation de la vie)
(3) C'est parce qu'il ne le conduit pas qu'il est un agent électrique. Lorsqu'un corps ne conduit pas les courants radiants d'oxygène, c'est qu'il les absorbe et les emmagasine pour les rendre à un moment donné. Le protoplasma végétal, origine même de l'agent nerveux, est aussi mauvais conducteur du courant électrique ; il absorbe toute la radiation d'oxygène ; à moins qu'elle ne soit trop puissante, le courant de trente éléments de Grove détermine instantanément l'arrêt définitif du protoplasma.
(4) « Les caractères des êtres organisés dont l'ensemble constitue le règne végétal, peuvent se résumer en un seul mot : la vie. Les naturalistes se sont généralement appliqués à faire ressortir les différences essentielles qui caractérisent les règnes. Je me propose, au contraire, d'insister sur les analogies et les similitudes qu'ils présentent, tant dans les formes de leurs organes ou, de leurs appareils que dans les fonctions physiologiques dont l'ensemble constitue, soit la vie animale, soit la vie végétale.
Les fonctions physiologiques exécutées par les organes, ou appareils, dans la série de tous les êtres organisés (végétaux et animaux), s'exécutent sous l'influence d'un principe d'action désigné, tantôt sous le nom de force vitale, tantôt sous le nom de force d'innervation. L'appareil de l'innervation offre d'autant plus de développement qu'on l'observe dans les classes les plus élevées de l'échelle du monde organique. Chez les animaux supérieurs il se compose de l'encéphale ou cerveau et de ses annexes ou dépendances ; plus du système ganglionnaire (grand sympathique) annexé lui-même au précédent et qui préside aux fonctions de la vie dite végétative.
L’appareil de l'innervation si complet et si développé dans l'embranchement des animaux vertébrés s'affaiblit déjà, comme importance, dans les classes inférieures de cet embranchement très complexe encore cependant chez les articulés et les mollusques, il se simplifie de plus en plus chez les rayonnés et devient assez vague chez les microzoaires ». GERMAIN DE SAINT-PIERRE. Dictionnaire de botanique.
(5) « Qu'est-ce que la matière radiante ? Le nom vient de Faraday qui, il y a plus de soixante ans, en 1816, simple étudiant, âgé de vingt-quatre ans et déjà passionné pour la méthode expérimentale dont il devait être le coryphée, avait exposé dans les termes suivants cet état subtil de la matière raréfiée :
« Si nous imaginons un état de la matière aussi éloigné de l'état gazeux que celui-ci l'est de l'état liquide, en tenant compte, bien entendu, de l'accroissement de différence qui se produit à mesure que le degré de changement s'élève, nous pourrons peut-être, pourvu que notre imagination aille jusque-là, concevoir à peu près la matière radiante ; et, de même qu'en passant de l'état liquide à l'état gazeux, la matière a perdu un grand nombre de ses qualités, de même elle doit en perdre plus encore dans cette dernière transformation ». Plus le vide devient parfait, plus s'accroît la distance moyenne qu'une molécule parcourt avant d'entrer en collision, ou, en d'autres termes, plus la longueur moyenne de la course libre augmente, plus les propriétés physiques du gaz se modifient.
Ainsi, quand nous arrivons à un certain, point, les phénomènes du radiomètre deviennent possibles; et, si nous poussons la raréfaction du gaz encore plus loin, c'est-à-dire si nous diminuons le nombre de molécules qui se trouvent dans un espace donné, et que par là nous augmentions la longueur moyenne de leur course libre, nous rendrons possible les expériences dont il s'agit ici : « Les phénomènes, dit M. Crookes, diffèrent tellement de ceux présentés par les gaz de tension ordinaire, que nous sommes forcés d'admettre que nous sommes en présence d'un quatrième état de la matière, lequel est aussi éloigné de l'état gazeux que celui-ci l'est de l'état liquide. » (Extrait d'un article de M. Flammarion)
L'oxygène ne possède-t-il pas toutes les propriétés dont on a fait les attributs de la divinité ?
N'est-il pas subtil comme la pensée (dans le courant électrique), n'est-il pas répandu partout, n'est-il pas immatériel lorsqu'il est radiant, puisqu'il échappe alors à nos sens, et à la balance. (Nous employons le mot immatériel par concession). N'est-il pas la source de notre vie, de notre gaieté, de l'amour même, ce bonheur suprême qui naît de la tension d'un courant d'oxygène radiant qu'une autre personne dirige vers nous.
« Un créateur qui présiderait au développement de la nature organisée par l'intermédiaire d'une force placée en elle-même, dit le professeur Brown, comme il dirige celui du monde inorganique, par les seuls effets combinés de l'attraction et de l'affinité, répondrait en même temps à une idée beaucoup plus sublime. »
Les Védas, cet admirable code où toutes les religions ont puisé leurs principes, expliquent cette infiltration de Dieu dans le système nerveux, d'une façon qui n'est pas allégorique, mais claire comme la science.
Quoique ces recherches sortent de notre sujet, qu'il nous soit permis de citer quelques slocas des Védas, dans lesquels Manou fait connaître l'origine de l'essence de l'âme, qui est, pour lui, une émanation de la substance du Grand Tout (de l'oxygène solaire).
Livre VII. Védas. Dernier livre de Manou. (Traduction de M. Jacolliot).
« Le moteur de ce corps est appelé kchetradjna (âme, principe de vie), et le corps qui accomplit des fonctions visibles et matérielles a reçu le nom de boûtâtna. Composé d'éléments. »
« Un autre élément interne appejé mahat (sensation), vit avec tous les êtres animés, et c'est grâce à lui que le kchetradjna perçoit le plaisir et la peine. »
Ces deux versets nous expliquent le dualisme du système nerveux, l'agent moteur qui accomplit les fonctions visibles et matérielles, et l'agent sensitif au moyen duquel nous percevons le plaisir et la peine.
« La sensation et l'âme intelligente, unies aux cinq sens, l'ouïe, la vue, l'odorat, le toucher, l'attrait mutuel des sexes, sont dans une liaison intime et constante avec le Grand Tout qui réside dans les êtres de l'ordre le plus élevé aussi bien que dans ceux de l'ordre le plus bas. »
Ce verset nous explique le principe actif des nerfs crâniens dans les organes des sens, et celui du grand sympathique dans l'attraction sexuelle.
Leur liaison constante avec le Grand Tout, c'est la solidarité des forces nerveuses et des forces magnétiques.
Le Grand Tout qui réside dans les êtres c'est l'oxygène qui existe partout où il y a vie.
Ce qui, du reste, est encore affirmé par le verset suivant :
« De la substance du Grand Tout, s'échappent continuellement d'innombrables principes vitaux qui communiquent sans cesse le mouvement aux créatures des divers ordres. »
« Apprenez quels sont les organes que les anciens pundis ont déclaré être au nombre de onze. L'ouïe, la sensation de la peau, la vue, le goût, les organes de la génération, la langue, la main, le pied et l'organe de la voix. Les cinq premiers sont nommés organes de l'intelligence ; les cinq derniers organes de l'action.
« Il en est un autre, le onzième, le plus grand de tous, qui renferme en lui l'intelligence et l'action auquel tous les sens obéissent ; il s'appelle la conscience. »
« Ainsi la conscience humaine, ahancara, seule a la conception, la volonté, la direction, le jugement ; les organes sont inconscients et irresponsables. »
« Swayambhouva a déclaré la plus pure la partie du corps humain qui descend de la tête au nombril (moitié positive du corps portion hypocotylée de la plante) et, dans cette partie, la bouche a été déclarée la plus pure (celle qui contient le plus de fibres sensitives).
« Qu'il sache que l'âme possède la notion du bien, celle du mal, et qu'il y a, de plus, en elle, des aspirations qui ne se peuvent définir en ce monde, ce qui tient à son union avec les substances matérielles et périssables dont le corps est formé. »
Les aspirations qui ne se peuvent définir, c'est l'affinité chimique des éléments. Notre oxygène radiant, en vertu de son affinité pour les radiations d'oxygène atmosphérique, doit tendre à se réunir à elles, c'est la tension électrique, du reste.
Mais cette tension est arrêtée dans son mouvement expansif par les tissus, substances matérielles, dans lesquels le système nerveux est engagé. La désorganisation des tissus que la mort amène, peut seule mettre notre oxygène en liberté.
Ceci est encore affirmé par le verset suivant :
« L'acte par lequel l'âme aspire après l'inconnu, est un souvenir du swanga dont elle a gardé l'empreinte, comme on voit vaguement, au réveil, les images qui vous ont frappé dans les songes. »
« Lorsque soit le bien (principe sensitif), soit le mal (principe moteur), arrivent à dominer entièrement un être animé, ils le rendent semblables à eux. »
Remarquez comme cette phrase confirme toute notre théorie sur l'origine des facultés et des fonctions des organes, sur le caractère que la cause qui crée imprime à l'organe qu'elle crée.
« Mais ce qui fait la récompense ou la punition légitime, c'est la liberté du choix de l'homme entre le bien et le mal. Le bien c'est la bonté, LA SCIENCE et la modération. Le mal c'est l'ignorance, la passion et les appétits brutaux, toutes choses qui luttent dans l'homme et qu'il doit savoir maîtriser à son gré. »
Que de choses renferme ce verset ! Nous y trouvons le principe de toutes les fonctions cérébrales.
Le bien c'est la science, quelle belle phrase !
Combien nous devons l'admirer ! Le principe du bien c'est l'agent du système nerveux sensitif, ce principe engendre les facultés intellectuelles, d'où résulte la science.
La modération, c'est la coordination des actes, des pensées, des mouvements, cette fonction qui réside dans le cervelet et sans laquelle les mouvements sont incohérents, les actions inconscientes, les pensées irréfléchies. Voilà le cervelet réhabilité.
Le mal c'est l'ignorance, qui en doute ? La passion, c'est-à-dire le contraire de la coordination, les appétits brutaux, puisque l'élément dont l'homme se débarrasse en satisfaisant ces appétits est l'élément sensitif, celui qui engendre le bien, la science, celui qui vient de Dieu, du Dieu Oxygène, celui qui est une parcelle de Dieu même et dont la tension, ou l'accumulation, fait la supériorité des hommes sur les autres espèces.
La moitié au moins du code de Manou est destinée à contenir cet instinct dont la satisfaction diminue la valeur morale de l'homme.
« L'âme est l'assemblage des dieux (assemblage, c'est-à-dire combinaison des deux fluides) l'Univers repose dans l'âme suprême ; c'est l'âme qui produit la série d'actes accomplis par les êtres animés. »
« Que le brahme contemple, en s'élevant par le secours de la méditation, l'éther subtil des cavités de son corps, l'air dans son action musculaire et dans les nerfs du toucher, la suprême lumière dans sa chaleur digestive et dans ses organes visuels, l'eau, dans les fluides de son corps, la terre dans ses membres. »
Voilà tous les états de l'oxygène énumérés. L'Ether subtil c'est le fluide électrique, dans le courant nerveux ou dans l'air. L'eau, une autre forme de l'oxygène. Enfin qu'il contemple la terre dans ses membres ; la terre ce sont les éléments inorganiques des tissus.
« Mais il doit se représenter le grand Etre comme le souverain maître de l'Univers, comme plus subtil qu’un atome, comme aussi brillant que l'or pur et comme ne pouvant être conçu par l'esprit que dans le sommeil de la contemplation la plus abstraite. »
En effet, la matière radiante, le courant électrique, se conçoit mais ne se voit pas.
Les uns l'adorent dans le feu, d'autres dans l'air. II est le Seigneur des créatures, l'éternel Brahma.
« C'est lui qui, enveloppant tous les êtres d'un corps formé de cinq éléments, les fait passer successivement de la naissance à l'accroissement, de l'accroissement à la dissolution par un mouvement semblable à celui d'une roue. »
« Ainsi l'homme qui reconnaît dans sa propre âme, l'âme suprême présente dans toutes les créatures, comprend qu'il doit se montrer bon et loyal pour tous, et il obtient le sort le plus heureux qu'il puisse ambitionner, celui d’être, à la fin, absorbé dans Brahma. »
Tout cela n'est pas de l'allégorie, c'est de la science. C'est la théorie de la matière radiante expliquée en d'autres termes que ceux dont nous nous servons aujourd'hui. C'est le culte de la matière dans toute sa pureté, dans toute sa grandeur, dans toute son évidence.
Combien cette doctrine est belle, et combien elle est consolante dans sa vérité, dans sa sécurité !

À suivre : PSYCHOLOGIE ET LOI DES SEXES