LES CATHARES

LES CATHARES (Les Purs)
La doctrine professée par les Cathares, dans les anciennes provinces de Macédoine et de Thrace, avait été importée par les Pauliciens, Manichéens venus de l’Asie Mineure.
Ces sectaires firent leur apparition en France au commencement du deuxième millénaire et bientôt se répandirent dans toutes les directions. On les trouve en Aquitaine dès l’an 1010 ; en 1023, on en brûlait 11 à Orléans ; vers 1035, on en trouva une petite communauté à Montfort ; on les brûla. Cent ans plus tard, on en trouvait partout.
On leur donnait différents noms. Un de leurs principaux centre était Albi ; on les appela Albigeois. Ils furent impitoyablement poursuivis de 1210 à 1228.
Le Catharisme était une révolte de la conscience et de la raison contre le désordre catholique. S’il ressemble au Manichéisme, c’est qu’il a la même origine : un soulèvement des bons instincts contre l’excès du mal, une réaction contre le désordre social généré par le pouvoir du prêtre.
L’oppression continue de la meilleure partie de la société sous la tyrannie des grands soulevait l’exaspération des gens intelligents et bons. L’iniquité des lois appuyées par la force aveugle entretenait la pire des souffrances, celle des plus nobles instincts. Les femmes révoltées et outragées refusaient d’être mères pour ne pas donner de nouvelles victimes à la tyrannie.
En 1025, on trouva des Cathares à Arras. Interrogés par l’évêque sur leur doctrine, ils répondirent « qu’elle consistait à se détacher du monde, à réprimer les désirs de la chair, à vivre du travail de ses mains, à ne faire de tort à personne et à exercer la charité. Nous croyons, ajoutèrent-ils, que, en gardant ainsi la justice, on n’a pas besoin de baptême, et que, si on la viole, le baptême ne sert de rien pour le salut. Ils ajoutèrent que leur religion excluait tout culte extérieur, les bonnes œuvres étant le seul hommage que Dieu agrée ; qu’ils se mettaient fort peu en peine qu’on les enterrât n’importe où et n’importe de quelle manière, les cérémonies des funérailles n’étant, du reste, qu’une invention de l’avarice des prêtres. Quant au mariage, ils ne l’admettaient pas comme sacrement, se passant, pour les unions, de la bénédiction du prêtre. »
On le voit, à toutes les époques il y a eu des gens sensés. Malheureusement, ce ne sont pas eux qui ont écrit l’histoire ; ils étaient les humbles, les petits, ils étaient même les ignorants, car ils ne savaient pas le latin, ils ne savaient même pas lire, ni écrire, talents rares alors. La science de l’époque, c’était la théologie ; tout le monde appelé savant était perverti par les idées dites chrétiennes, la raison et le courage s’étaient réfugiés chez les ignorants de cette science vaine.
On prit ces êtres courageux pour des monstres humains. A Orléans, dix chanoines furent convaincus de Manichéisme.
« Orléans était devenu le séminaire de la secte », dit le moine Glaber.
Partout ils renaissaient sous différents noms : c’étaient les Bogomiles en Bulgarie.
Les Cathares dans la Flandre.
Les Vaudois à Lyon.
Les Coteaux et les Ruptariens à Bourges.
Les Publicains dans les Pyrénées.
Les Bonshommes dans le Bourbonnais.
Les Agenais à Toulouse.
Les Brabançons, Navarrois, Basques, Aragonais, etc., et surtout les Albigeois, qui avaient la ville d’Albi pour métropole.
A Orléans se trouvait un clerc, Herbert, et deux autres clercs étudiants, Etienne et Lisoye, honorés à la cour de Robert le Pieux ; Etienne était même le confesseur de la reine. Ces trois jeunes gens étaient des hommes sensés, ils causaient entre eux de choses sérieuses et n’admettaient pas les absurdités catholiques. On les fit espionner par un traître normand, Aréfaste.
Convaincus d’hérésie, ils furent emprisonnés. On les accusa, comme cela se faisait toujours, d’abominations semblables à celles des premiers Catholiques. Cette vengeance resta toujours dans l’esprit du prêtre.
Cependant, dans la procédure dirigée contre eux, il n’en était pas question. On se contenta de les chicaner sur leurs idées, fort au-dessus de celles des prêtres.
Guérin, leur accusateur, leur ayant fait passer sous les yeux toute la légende catholique, ils répondirent avec beaucoup de dignité : « Vous pouvez conter ces sornettes à ceux qui croient aux inventions des hommes charnels, écrites sur des peaux d’animaux ; pour nous, qui portons la loi de l’Esprit Saint écrite dans l’homme intérieur, nous méprisons vos discours. Finissez et faites de nous ce que vous voudrez. »
On en brûla onze sur treize, onze esprits droits !… Deux se rétractèrent.
Détail complémentaire : la reine Constance, à leur sortie de l’église, où elle les attendait, creva un œil à Etienne, son ancien confesseur, avec une baguette qu’elle avait apportée pour cela.
C’est ainsi qu’il se trouve toujours des femmes faibles pour renchérir sur les cruautés des hommes et les soutenir dans leurs erreurs.
Pierre, un moine qui écrivit l’histoire des Albigeois, rapporte ainsi l’acte de renonciation qu’on exigeait pour faire partie de la secte des Cathares :
« Quand quelqu’un se livre aux hérétiques, celui qui le reçoit s’écrie : « Ami, si tu veux être des nôtres, il faut que tu renonces à ta foi entière qu’occupe l’Église romaine. » Lui répond : « J’y renonce. » — « Donc, reçois l’esprit saint des Bons hommes. »
Ainsi, le néophyte accepte le baptême des hérétiques et renonce au baptême de l’Église. A partir de ce moment, il devient membre de la secte.
Les Cathares furent condamnés par les Conciles de Toulouse en 1119, de Latran en 1139, de Tours en 1163.
Les Cathares attendent un Messie femme qui va rapporter la vérité. Ils ont un culte, et des symboles. Les femmes officient en même temps que les hommes.
Le prêtre s’appelle le Barbe (d’où les Catholiques ont fait sainte Barbe), parce que, chez les anciens Celtes féministes, l’homme était appelé Ber ou Bar.

LES CATHARES AU XIIIème SIÈCLE
Les Albigeois, par la haine et le mépris qu’ils ressentaient et qu’ils savaient inspirer pour le despotisme catholique, portèrent un coup fatal à l’autorité du pape.
Une circonstance inattendue donna plus de force encore à l’hérésie des Cathares. Les écrits d’Aristote, récemment retrouvés, commençaient à jeter un jour nouveau dans les esprits et un grand trouble dans les consciences. Cela donna naissance à des idées nouvelles, fort peu conformes à l’esprit de l’Église, et très favorables à la belle doctrine des hérétiques qui envahissaient le Midi de la France.
Les Cathares auraient certainement triomphé si les armées du Nord n’étaient venues soutenir l’Église et l’aider à noyer dans le sang les doctrines qui avaient si énergiquement résisté jusque-là aux plus affreuses tortures.
Innocent III, nom ironique, porté par le monstre qui Devait faire assassiner tout un peuple d’Albigeois et organiser l’Inquisition ! Il occupa le trône pontifical de 1198 à 1214.
Dans la croisade contre les Albigeois, il commandait le pillage et le vol, le viol et les orgies des soudards ; cela valut des sommes énormes à la trésorerie romaine.
C’est pour cette belle entreprise qu’il appela Philippe-Auguste et les armées du Nord à son secours, excitant par la promesse de riche butin le zèle de ces Français du Nord contre leurs frères du Midi.
Le siège et la prise de la ville de Béziers en 1204, où furent égorgées 60.000 personnes, hommes, femmes et enfants, est une des pages les plus lugubres de l’histoire de l’Église. On égorgeait tout le monde pour être sûr d’atteindre les hérétiques.
C’est là que fut prononcée par Arnauld Amauri (ou Amalric), abbé de Cîteaux, cette horrible parole : « Tuez, tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »
C’est un moine de l’époque, Césaire d’Heisterbach, qui rapporte cette phrase, restée célèbre.
Simon de Montfort, dans cette terrible guerre, prenait les premiers venus ; il lui fallait des victimes pour assouvir sa rage sanguinaire, et il les exterminait « pour les préserver de l’infection de l’hérésie ». En 10 ans, plus de 400.000 périrent.
Au fond de ceci se retrouve encore une guerre de sexes. « Béatrice révèle le ciel », disait-on. Simon de Montfort, une brute, trouve que la femme révèle l’enfer. Il meurt d’une pierre lancée par une femme.
Après Béziers vint Carcassonne. Et c’est ainsi que la Provence, où commençait à se développer une civilisation naissante, où la poésie florissait déjà et promettait tant, se trouva violemment rejetée en arrière.
Mais, pendant que les prêtres faisaient rage ainsi dans le Midi, l’hérésie remontait vers le Nord. La même année (1204), l’Église condamna, dans le diocèse de Chartres, Amaury de Bène, professeur à la Faculté de Théologie, comme convaincu d’enseigner les idées nouvelles. Mais, s’il succomba, la doctrine qu’il avait répandue ne périt point, et son école alla grandissant.
Cinq ans plus tard, de nouvelles persécutions furent dirigées contre les Cathares du Nord, et de nouvelles sentences furent prononcées contre eux par le Concile de Paris.
Ce fut le premier grand drame sanglant dont l’Église donna le spectacle au monde épouvanté.
C’était du reste la première révolte sérieuse contre les absurdités de la doctrine dite chrétienne et contre le joug de Rome ; ce fut aussi la première tentative d’un retour à la Vérité antique et à la vie simple, suivant les lois de la Nature et de la vraie morale. Si les Cathares avaient triomphé, l’humanité serait entrée alors dans une ère nouvelle, et les huit siècles de souffrances et d’ignorance qui se sont écoulés depuis auraient été un temps de paix et de rénovation.
Au lieu de cela, l’Église entra dans la période la plus sombre et fonda l’Inquisition.

LA DOCTRINE DES CATHARES
Les Cathares soutenaient l'existence des deux Principes bon et mauvais, qui avaient été au fond de toutes les Théogonies. La Divinité (ou l'humanité) était donc mâle et femelle, lumière et ténèbres. Les Cathares étaient les Féministes du moyen âge. Mais, dans un temps où la Déesse-lumière était vaincue et où les ténèbres régnaient, il était défendu d'enseigner cela. Ils disaient aussi que le souffle ou rayon divin, est engagé dans la matière, qu'on peut l'en dégager par une lente épuration et par la pratique du bien. Ils condamnaient le mariage, qu'ils refusaient de reconnaître comme un sacrement. Ils conseillaient la continence comme moyen de perfectionnement moral. Ils avaient, dans leurs cérémonies d'initiation appelées consolamentum, l'usage de demander à genoux la bénédiction, qui se terminait par le baiser fraternel.
Or, comme les Catholiques avaient avili le baiser par l'usage impur qu'ils en avaient fait dans leurs orgies, ils accusaient les Cathares de leurs impuretés. L'osculum sanctum, le saint baiser des religions antiques, était devenu chez les Catholiques un crapuleux usage de baiser le derrière du diable, puis, symboliquement, du prêtre.
On sait, que les premiers Catholiques adoraient et baisaient les genitalia de leurs prêtres. Ce baiser infâme, imposé à la Femme, passa dans les mœurs féodales et devint l'insigne de l'hommage rendu par le vassal, au suzerain.
Dans les premières parodies religieuses, on disait que en donnant ce baiser au diable, la Femme le reconnaissait pour Dominus.
Toutes les turpitudes reprochées par les païens féministes aux premiers Catholiques furent ensuite reprochées par les Catholiques aux Manichéens. On avait si bien fait l'opinion contre eux qu'un auteur du temps dit que « le monde en fut amoindri, le paradis sur terre détruit et dispersé, la Chrétienté abaissée et honnie, qu'il en résultait un affaissement général des esprits, que cela arrêta l'évolution sociale, entrava l'élan de la personnalité humaine, changea la direction de l'activité de l'âme et accabla la Femme », c'est-à-dire tout le contraire de la vérité. On leur reprocha tout ce que le Catholicisme avait produit.
Le pape Innocent III leur envoya en 1206 une députation composée des plus grands personnages du temps. Ils refusèrent les ouvertures qui leur furent faites. Alors la persécution, se déchaîna contre eux, ils furent noyés dans un flot de sang. Le XIIème siècle vit griller des milliers d'Albigeois.
La moderne loi de Lynch était appliquée aux hérétiques par le peuple, excité par le prêtre. Après cela, qu'on nous parle de la vox populi, vox Dei, à moins que ce ne soit du bien et du mal qu'il s'agisse ! En 1167, des Manichéens furent arrêtés à Vézelay. Le représentant du ministère public, l'abbé Guillaume, se tournant vers le peuple, lui demanda ce qu'on devait faire d'eux : « Qu'on les brûle ! », répondit en chœur cette foule stupide.

LES VAUDOIS AU XIIème SIÈCLE
Après la défaite des Albigeois en France s'élèvent les Vaudois dans les vallées. Ils ont, dit-on, conservé la doctrine qui leur a été apportée par un missionnaire du temps du premier Christianisme.
Leur nom de Vaudois (de Vaud ou Vaux) indique la vallée ; on dit encore « par monts et par Vaux ». Vers 1100, leur mouvement coïncide avec la renaissance de la Chevalerie.
Les Vaudois et les Pastoureaux donnèrent une grande inquiétude aux moines catholiques, qui connaissaient leurs sentiments généreux. Les Johannites étaient des audacieux qui rêvaient une société idéale, débarrassée des lois de l'homme et basée sur les lois de la Nature. Ils rejetaient la morale masculine et la fausse hiérarchie sociale ; C'était la réalisation de l'Évangile de Jean (Johana).

À suivre : LA RÉVOLUTION FRANÇAISE C'EST LA RÉSURRECTION DE LA FEMME